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Full text of "La Provence du premier au douzième siècle;"

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LA   PROVENCE 


lU   l'UKMIKIt  AI    I»ti;ZIKMK  SIKCLK 


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1)  IMSÏOIUK  KT  l)K  (IKor.IlAIMlIK  l'Ol.lTIQn-: 


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r.VAm.Ks  1)K  MANTKVKH 

A  N  (  1 1  \    M>Miiui    in    I  II  •lit    1  II  \  M   V  i*»i-.    m    itMMi 


PAIUS 
I.llUîMIllK  Al.l'IlnNSK  l'U:\lil)  KT  l-II.S 

I.iÎT Il  ^  A":  »îi\.  V  I  .iti'8i';:U—  ••!  «le  1.1  >«iinî'-  •!••  1  K«uK'  ili-s  i!ii.iH« 

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LA   PROVENGE 

DU  PREMIER  AU  DOUZIÈME  SIÈCLE 


MACO?!,    fHOTAT    FHKRBS,    IMI'HIMKrMS 


MÉMOIRES    ET    DOCUMENTS 

PUBUés    PAR    LA    SOCIÉTÉ    DE    l'ÉCOLB    DBS   CHARTES 

VIII 


LA  PROVENGE 


DU  PREMIER  AU  DOUZIEME  SIECLE 


ETUDES 

D'HISTOIRE  ET  DE  GÉOGRAPHIE  POLITIQUE 


PAR 


Georges  DE  MANTEYER 

ANCIBN    MBMBRB    DB    L^éCOLB    PRANÇAI8B    DB    ROMB 


PARIS 
LIBRAIRIE  ALPHONSE  PICARD  ET  FILS 

Libraires  des  Archives  nationales  et  de  la  Société  de  TÉcole  des  Chartes 

82,    RUB  BONÂPÂRTB,   82 

1908 


Eugène  LeloiNG. 

JDC 
C>// 


A  LA  MÉMOIRE  D'AUGUSTE  MOLINIER 

MAÎTRE   ET  AMI   TRÈS  REGRETTÉ 

G.   M. 


LA    PROVENGE 

DU   PREMIER  AU  XII«  SIÈCLE 


CHAPITRE  PREMIER 

LA  PROVINCE  ROMAINE 

(Vers  120  av.  J.-C.  —  536  apr.  J.-C.) 

I 

La  province  proconsulaire  et  prétorienne 

(Vers  120  av.  J.-C.  —  Vers  267  apr.  J.-C.) 

La  circonscription  du  pays  de  Provence  résulte  de  plusieurs 
remaniements  :  il  faut  les  énumérer. 

C'est  aux  environs  de  Tan  120  avant  J.-C.  que  fut  créée  la 
province  romaine  de  la  Gaule  ultérieure  ou  transalpine.  Cette 
province,  gouvernée  par  un  proconsul,  comprenait,  en  attendant 
les  colonies  à  venir,  des  peuples  fédérés  et  des  peuples  sujets.  La 
métropole  grecque,  Marseille,  et  les  Voconces  étaient  fédérés.  De 
Marseille  dépendaient  les  îles  et  les  points  du  littoral  ouverts  au 
commerce.  Ony  remarquait  les  villes  grecques  de  Nice,  sur  le  rivage 
des  Vediantii^ei  d'Antibes,  sur  le  rivage  des  Decta/es  ;  le  port  placé 
sous  Voppidum  d'/Egitna  et  sur  le  rivage  des  Oxybii  (port  Jouan 
sous  la  Cine  ?)  ;  les  comptoirs  grecs  de  la  Napoule,  de  Cavalaire, 
Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Charleê.  —  VII.  1  ~  v*' 


2  LA  i»uoven<:k  nr  premier  ai*  xir  siècle 

do  Lcoubr,  de  Taroiito,  <lt»  (A»yroslo  i»l  do  (^issis  sur  lo  rivage 
dos  C(tnimf)ni,  de  Kos  sur  celui  des  .l/*;i//7// .?;,  la  ville  grecque 
d'Aide  sur  celui  des  Vulnv,  A  Marseille  se  rattachaient  aussi 
plusieurs  comj)toirs  dans  lintérieur,  chez  les  ('avares  :  sur  le 
Uhone,  Avignon  et  sur  la  Durance,  (^availlon.  Depuis  la  cam* 
pa^ne  de  loi-,  le  territoire  des  Drrintos  et  une  partie  de  celui  des 
().ri/ifii  dépendaient  des  (irecs.  Les  principaux  peuples  sujets  de 
lo  province  étaient  les  (Inminnni,  Aihiri,  SnHuvii,  Vulf/ienfes^ 
Mcmini,  (lavari,  Trirustini,  SoijitrrHauni,  AUnhnnjes,  I/clvii^ 
Vfflar  Arecnntiri,  Volvîv  Torfnsnfjrs  et,  en  partie  seulement,  les 
lUiteni,  La  route  d'Italie  en  Kspa^ne,  par  le  littoral,  était  ainsi 
assurée  à  Home.  La  colonie  romaine  de  Narhfuine  fut  fondée  en 
118,  comme  capitah»  de  la  [>rovince:  elle  était  reliée  à  l'Italie  par 
le  j)osie  d'Aix  et  couvert  à  l'ouest  par  celui  de  T(»ulouse. 

Survint  Clésar  (pii,  fçouvernant  la  Transalpine  avecllllvrie  et  la 
Cisalpine,  annexa  par  ses  con(piétes  le  reste  des  (laules  harhares 
à  la  Transalpine  '  l''*^  janvier  *)S-  JT)  mars  \\  .  Avant  de  mourir, 
il  avait  uni  la  Transalpine  à  rKspa«i^ni»  eilérieure.  Vav  les  soins 
de  son  lé«rat,  le  pontife  Ti.  (^laudius  Xero  sept.  lt>-mars  'ii\ 
il  renforva  la  colonie  de  Narhonne  avt»e  des  Nélérans  de  la  X** 
léj^ion  :  il  fonda  les  colonies  nouvelles  de  l'r/jiis  pdur  la  \*1IP, 
d* Arles  pour  la  VI'',  d'Orange  pour  la  II"  et  de  Vienne  on  ne  sait 
pour  lacjuelle  ^  Le  nouveau  régime  reposait  désormais  sur  des 
bases  inébranlables  :  toutefois,  le  dictateur  n'eul  pas  le  temps  de 
préciser  les  détails  de  son  organisation  adminislraliNC.  O  fut 
Auguste  qui  accomplit  cette  œuvre.  A  la  lin  de  27  avant  ,!.-(-., 
séparant  Tanciennc  Transalpine  à  la  fois  de  IKspagne  et  des 
Gaules  récemment  con(|uises  par  César,  il  la  constitua  province 
impériale  prétorienne  et  ce  fut  la  province  narbonnaise.  Il  en  dimi- 
nua quebpie  peu  Tétendue  primitive.  D'une  pari,  il  unit  les  Ilolvii 
à  rAquitaine;  de  l'autre,  il  laissa  à  la  Cisalpine  Niée  et  .Vntibes, 
villes  (pii  avaient  dii  y  être  annexées  et  enlevées  à  Marseille  en 
49,  lors  de  la  chute  de  cette  cité  devant  César,  lin  22  avant  J.-C., 
Torganisation  de  la  Narbonnaise  était  considérée  connue  aeconi- 

1.  Kmilc  .JuW'ion,  Ln  fomintion  (le  Lyon ^  Lyon,  A.  Slorck,  iSlM,  pp.  iiO-5;l. 


LA   PROVINCE   ROMAINE  3 

plie  ;  la  province  cessa  d'être  une  province  impériale  pour  deve- 
nir une  province  sénatoriale,  mais  elle  resta  de  rang  prétorien. 

La  Narbonnaise  et  les  trois  Gaules  ne  se  reliaient  encore  à  la 
Cisalpine  et  k  l'Italie  que  par  la  voie  aurélienne,  le  long  delà  mer  ; 
Auguste  chercha  à  multiplier  les  communications  et  à  les  assurer 
en  soumettant  les  Alpes.  En  14  avant  J.-C.,un  certain  nombre 
de  peuples  ligures  et  gaulois,  vaincus,  perdirent  leur  indépen- 
dance :  le  principal  d'entre  eux  paraît  avoir  été  celui  des  Caturifjes 
(Ghorges  et  Embrun).  Leur  énumération  est  donnée,  d'ailleurs, 
par  l'inscription  placée  sur  Tare  triomphal  qui  formait  le  trophée 
de  cette  campagne  et  qui  fut  élevé  à  la  Turbie  (27  juin  7-26  juin 
6  av.  J.-C).  Les  Brodiontii  (la  Bléone,  Digne),  Nemaloni 
(l'Asse,  Senez?),  Gallitœ^Triullati^  Vergunni  (le  moyen  Verdon, 
Vergons),  Equiluri  (l'Ysse,  Thorame),  Nematuri,  Oratelli  (la 
Vésubie,Utelle?),.Vcrw5/(Vence),  Velanni  (l'Estéron,  Glandève?) 
et  Siietri  (Grasse,  Sartoux  ?)  composèrent  une  province  impé- 
riale dirigée  par  un  préfet  puis,  à  dater  du  second  siècle,  par  un 
procureur.  L'emplacement  de  ces  divers  petits  peuples  n'est  pas, 
pour  quelques-uns,  déterminé  d'une  manière  satisfaisante.  Qu'il 
suffise  de  dire  que  la  circonscription  primitive  de  cette  province, 
très  restreinte,  connue  sous  le  nom  d'Alpes  Maritimes,  embras- 
sait à  peu  près,  sur  le  versant  occidental  des  Alpes,  le  territoire 
des  futures  cités  de  Cimiez,  Vence,  Senez,  Castellane  et  Digne  : 
le  chef-lieu  en  était  Cimiez. 

Un  chef  alpin,  Donnus,  s'était  allié  à  César  en  58  pour  lui  per- 
mettre de  gagner  la  Transalpine  comme  l'avait  fait  Pompée  à  tra- 
vers ses  montagnes,  par  le  mont  Genèvre  :  en  reconnaissance, César 
lui  avait  octroyé  le  droit  latin.  Le  fils  de  C.  J.  Donnus,  M.  J.  Cot- 
tiuSjdut  soumettre  son  pays  volontairement  au  protectorat  d'Au- 
guste au  moment  de  la  guerre  alpine.  Mais,  par  faveur  spéciale,  en 
raison  des  souvenirs  de  César,  ce  royaume  fut  laissé  à  vie  à  son  chef 
soumis  (jui  le  gouverna  désormais  avec  le  titre  romain  de  préfet. 
Cottius  donna  son  nom  au  pays  dont  il  était  le  chef  :  ce  sont,  dès 
lors,  les  Alpes  Cottiennes  dont  la  capitale  est  Suse.  L'arc  de  Suse 
(27  juin  9-26  juin  8  av.  J.-C.)  en  indique  l'étendue.  Il  permet  de 


l  LA    I'HOVKM:!-:    DI*    PKKMIKK    Al'    XII*   SIÈCLE 

voir  comnionl  la  soumission  de  (-ollius  à  l'autorité  romaine 
venait  d'être  réeoinprnsée.  Sur  cet  arc  fi^uivnt  six  ou  sept  peuples 
également  nientioniirs  sur  celui  de  la  Turhie.  Il  en  résulte  que 
le  roi  (Aïttius  joi*i^nail  désormais  aux  états  de  son  père,  notam- 
ment aux  Scf/usini  'Suseï,  liriari,  Tvhurii,  Savinrafes^  Veni- 
sufui^  lemcrii  et  Quarialcs  (Jueyras  .  le  territoire  des  peuples 
suivants,  conquis  en  l'an  II,  cVst-â-dire  celui  des  Mcdulli 
Mauiienne',  daturitjrs  Kndïrun,  (^horj^esi  et,  par  conséquent, 
des  liritjiani  i  Hrianvon  sur  la  I>urance\  ceux  des  .SW/orii,  ou 
Sofjiontii  h*  lUiëch,  Si*i^ollier,  Si*^ovcr.  Sisleron,  Sij^once?»,  Ada-^ 
natcs  'le  Bes,  Ainac,  et  la  Blanche,  Sevfie  ?  ,  Vesuhianî^  ou 
Esuhiani  [  ITha ve ?  ■,  Vcnminii  ( îuillaumes?  ;,  lùjdinii  [h\  Tinée  ?). 
Sachant  où  passait  la  li^Mie  des  diuianes  (|ui  séparaient  des 
Gaides  l'Italie  et  la  (Cisalpine,  on  connaît  la  limite  tracée  aux 
pavs  alpins  sur  le  versant  oriental  des  Alpes  :  du  fait  que  cette 
lii^ne  passait  sur  le  versant  oriental,  on  tire  hi  conséquence 
lo<;i(|ue  (pie  ces  pavs  lij^uraient  avec  hi  Xarbonnaise  et  les  trois 
(îaules,  hors  de  l'Italie  et  de  la  (lisalpine.  Otte  li^nie  traversait 
la  Dora  riparia  h  Malano  vers  I)rul>ia«;lio,  la  \'araita  à  Piasco, 
ht  Stura  vers  Bor«;o  San  Dalma/./i».  Par  contre,  K»s  Alpes  Grées 
et  Pennines,  ou  plutôt  PuMiines,  ne  dépend. lii'ut  pas  des  (laules. 
Quehjues  rectifications  de  frontière  se  produisirent,  avant  la 
lin  du  I'*''  siècle  après  ,I.-(^,  au  i)rolit  de  la  Xarhonnaise.  Les 
Hrlvii^  (prAui^uste  on  avait  drtachés  au  profit  de  1  Aipiitiiine, 
lui  tirent  rett»ur  :  de  même  Niée  et  Antihes  (pie  (ii'sar  en  avait 
détachées  au  prolit  de  hi  Li^^irie  (lisalpiiie.  (ialha,  en  tiS  ou  Gî), 
lui  annexa  les  liotliofifiri  l)ij::ne  et  les  Arnndri  la  Vance,  Gap, 
et  le  Vanvon?    ',  deux  peuples  limitrophes  ([uil  enleva  à  la  pro- 

1.  Pline,  1.  III.  ii  ^H.  I/eiuphuvnuMil  «K-s  Aranflri  >rinl»li*  exaclemeot 
corros|Hin<lre  à  la  partie  orieiitaledii  «liorèst»  de  (ia|>.  11  «Inil  ooiiiprendre 
aunonl-esl,  le  ha*»>in  «le  la  Vanoe,  polil  rour'>  liran  ijui  a  ilomié  ^on  nom  à 
Avançonet  qui  rejette  dans  la  i)uranrf  sur  la  ii\o  dii^hâ  MaK'ol  icnniniune 
de  Jarjayes  .  Ausud-e>l.  il  doil  C(nn|iR'ndiv  r-MK-nit'id  Ir  l^;l^'^in  du  Vançon, 
autre  cours  d'eau,  aflluent  de  la  Durante,  <|ui  ^*v  jette  ^ur  la  vï\o  gauche  et 
sur  la  commune  de  Volnnno.  Kntiv  la  Vam  «•  ci  le  Vîuirmi,  >e  Irouvo  la 
Sassc.    Fait   curieux,    «à  ])ro.\iniité    de  la   \anre  >e    Iidunc    l.i    localité  de 


LA    PROVINCE   ROMAINE  5 

vince  des  Alpes  maritimes.  Dès  64,  forcément,  il  en  avait  été  de 
même  des  Soffiontii  ou  Segovii,  placés  plus  à  l'ouest.  Avant  79, 
il  en  fut  de  même  pour  les  Sue/W  (Grasse?),  au  témoignage  de 
Pline.  Quant  à  Marcus  Julius  Gottius,  ce  prince  avait  eu  son  fils 
(]aius  Julius  pour  successeur  en  ii,  date  à  laquelle  Glaude, 
selon  Dion,  augmente  l'étendue  de  sa  domination.  En  61,  le 
roi  G.  J.  Gottius  mourut;  au  témoignage  de  Suétone,  Néron 
annexa  son  royaume  et,  pour  la  plus  grande  partie,  en  fît  une 
province  spéciale.  BussuUus,  que  l'inscription  des  Escoyères 
montre  préfet  des  Capillati  (Ubaye  ?),  Adanates  (Ainac  et 
Seyne?),  SavincafeSy  Quariates  (Queyras)  et  Brigiani  (Brian- 
çon),  se  trouvait  à  la  tête  de  cette  province.  Elle  paraît 
avoir  quitté,  pendant  quelque  temps  au  moins,  le  nom  de 
Gottius  pour  s'appeler  la  province  des  Alpes  Atrectiennes,  du 
nom  de  la  gens  Atrectia.  Vers  140,  du  temps  de  Ptolémée,  les 
Suetri  avaient  fait  retour  aux  Alpes  Maritimes  et,  sans  doute 
aussi,  une  partie  tout  au  moins   des  Caiuriges  (Ghorges).  Les 

Théus,  tandis  que  sur  le  haut  Vançon  se  rencontre  le  hameau  de  Théous 
(commune  d'Aulhon^.  On  peut  en  rapprocher,  au  nord-ouest  du  diocèse  de 
(iaf),  la  localité  de  Taoux,  sur  le  terroir  d'Aspremont.  Au  nord-est,  le  point 
frontitM'c  entre  les  Avantici  et  les  Caiuriges  pourrait  bien  cire  marqué 
par  le  lieu  dit  Fein,  un  peu  k  l'est  de  Gapiau,  sur  la  commune  même  de 
Chorges.  Au  nord-ouest,  le  point  frontière  entre  les  Avantici  et  les 
Socjovii  (?)  se  trouvait,  on  le  sait,  sur  la  voie,  à  six  milles  de  Gap.  Le 
domaine  de  Quint  manjue  encore  aujourd'hui  le  5®  mille  où  se  terminait, 
vers  Sauvotcrre,  la  banlieue  de  Gap  ;  près  de  là,  sur  Tanciennc  voie 
romaine,  subsiste  une  borne  sijynée  d'une  croix  (David  Martin,  Tumuli  de 
Corréo  et  du  Guïre,  Bull,  de  la  Soc,  d^Etudos  des  Hautes-Alpes,  3«  série, 
n«  13,  Gap,  Jean  et  Peyrot,  11)05,  pp.  80-103;  voir  le  plan  hors  texte 
entre  les  pages  96  et  97).  Un  mille  plus  loin,  la  station  ad  Fines  devait  se 
trouver  sur  la  commune  actuelle  de  La  Roche-des-Arnauds,  où  existe  «  Le 
Clôt  aux  Fins  »,  sur  la  rive  droite  du  rif  de  TArc,  selon  M.  F.  Nicollet, 
professeur  au  lycée  d  Aix  (lettre  du  15  octobre  1905).  Au  sud,  les  limites 
des  Avnnticl  sont  celles  du  diocèse  de  Gap  entre  Di^ne  à  l'est.  Riez  au 
sud  et  Sisleron  à  l'ouest.  Les  SVr/oriV  (Sig^oyer-M  ilpoil,  Sigoyer-sur-Tal- 
lard)  ou  Sofj ion t ii  {S'i^oil'icv,  Sisteron,  Sigonce)  doivent  correspondre  à  la 
partie  occidentale  du  diocèse  de  Gap  (vallée  du  Buëch)  et  au  nord  du 
diocèse  de  Sisleron.  Quant  aux  Bodiontici^  c'est  la  vallée  de  la  Bléone. 
Lefi  Edenaics  (Ainac?)  doivent  comprendre  la  vallée  du  Bès  et  peut-être 
celle   de  la  Blanche  (Seyne). 


6  LA    PROVENCE    DL'    PKEMIKK    AU    Xll**    SIÈCLE 

Alpes  Col  tien  nés,  fjj^ouvernées  désormais  par  un  procureur  qui, 
vers  le  temps  dWntonin  (  138-1  (il  ),  fut  à  un  moment  donné 
L.  Dudistius  Novanus,  se  trouvaient  groupées  avec  les  Alpes 
Graies.  Cinquante  ans  plus  tard,  sous  Septime  Sévère  et  Cara- 
calla  (197-211),  les  Alpes  Cottiennes  sont,  au  contraire,  unies 
avec  les  Alpes  Maritimes. 


II 

La  Xarhonnaisr  et  lu  Vin n noise 
(Vers  2<)7-i:;0) 

La  seconde  moitié  du  m*"  siècle  amena  un  remaniement  com- 
plet de  la  Narhonnaise  et  son  premier  démembrement  :  cela  se 
constate  au  concile  d'Arles  tenu  en  31 1'.  I/orif^^ine  de  ce 
démembrement,  consacré  par  la  réf(»rme  administrative  de 
Diodétien  et  de  Maximien,  doit  remonter  à  Poslume  et  aux 
empereurs  {gaulois  (257-273).  On  sait  que  la  Xarbonnaise  fut 
dévastée  par  les  Alamans,  descendus,  depuis  Avenches  (|u'ils 
ruinèrent,  le  long  de  la  vallée  du  Rhône.  La  plupart  franchirent 
les  Alpes  pour  se  jeter  sur  Tltaiie  et  furent  détruits  par 
Gallien  h  Milan,  après  avoir  été  jusqu'à  Havenne;  <[uelques- 
uns  restèrent  sur  la  rive  gauche  du  Hhône  où  Poslume  les 
réduisit  à  merci,  en  s'emparant  de  leur  chef,  Oocus,  près  d'Arles-. 
Postume,  qui  défendit  les  Gaules  (2'')7-2()7),  et  ses  successeurs 
(267-273)  se  séparèrent  des  empereurs  italiens.  Us  possédaient 
la  rive  gauche  du  Rhône,  Talfaire  d'Arles  sullit  à  le  pnmver  ; 
mais  ils  n'empiétèrent  jamais  sur  l'Italie  et  on  i)eut  se  demander 
même  s'ils  occupèrent  les  Alpes.  11  y  a  apparence  pour  la  néga- 
tive ;    les   empereurs   italiens    durent    posséder,  non  seulement 

i.  L.  Duchosne,  Fastes  episropau,r,  1. 1.  p.  f>l>. 

2.  G.   Bloch,  Les  orujines  ;  ta  Gaule  indt^pendante  et  ta  Gante   romaine, 
Paris,  Hachette,  190i,  pp.  256-257   (Eni.  Lavisso,  Histoire  de  France,  t.I", 

vol.  m. 


LA    PROVINCE   ROMAINE  7 

ritalie,  mais  aussi  les  provinces  alpines  qui  relevaient  des  Gaules. 
Les  premiers  documents,  qui  permettent  de  constater  le  démem- 
brement de  la  province  Narbonnaise  en  deux  provinces  nouvelles, 
montrent  que  l'une  continua  à  se  dénommer  province  narbonnaise 
en  conservant  Narbonne  comme  métropole,  tandis  queTautre, 
démembrée  de  la  première,  recevait  le  nom  de  province  vien- 
noise parce  que  Vienne  devenait  sa  capitale.  La  Narbonnaise  ainsi 
diminuée  gardait  le  territoire  de  toutes  les  cités  placées  sur  la  rive 
droite  du  Hhone,  sauf  celui  des  //e/ri7(  Aps  .  La  Viennoise  qu'on 
en  démembrait  comprenait,  sur  la  rive  droite  \qs  Helvii  (Aps),  sur 
la  rive  gauche  les  Allobroges  (Vienne  avec  les  vici  de  Genève 
et  de  Cularo),  les  Voconces  (Die  et  Vaison),  les  Seffovellauni 
(Valence),  les  rricas/m/(Saint-Paul),  les  Carari  (Orange,  Avignon, 
Cavaillon),  les  Mernini  (Carpentras),  les  Desuviates  (Arles), 
les  Commoni  (Toulon)  et  Marseille,  avec  le  port  de  Nice  qui  en 
dépendait  :  Vienne  était  la  métropole  de  cette  province.  Le 
choix  de  cette  cité,  la  plus  septentrionale  de  toutes  et  la  plus 
voisine  de  Lyon,  s'explique  par  sa  situation  :  elle  était  à 
portée  du  centre  politique  de  Tempire  gaulois.  L'annexion  des 
Helvii  à  la  Viennoise  s'explique  par  la  proximité  de  Vienne  et 
Téloignement  de  Narbonne.  Le  territoire  entier  des  AUobroges 
jusqu'à  Genève  dépendait  de  la  Viennoise,  tandis  que  celui 
des  Voconces  était  scindé  :  cela  s'explique  encore  par  le 
fait  de  la  proximité  plus  ou  moins  grande  du  pouvoir  de  l'empire 
gaulois,  qui  se  basait  sur  la  ligne  du  Rhin  et  abandonnait  l'Ita- 
lie. Ainsi,  plus  on  descend  la  vallée  du  Rhône,  plus  on  se 
rapproche  de  la  voie  aurélicnne  qui  gagnait  l'Italie,  plus  la 
Viennoise  diminue  de  largeur*.  Cependant,  elle  arrivait  jusqu'à 
la  mer,  puisqu'elle  comprenait  Arles  et  Marseille  :  ce  fait  est  très 
important,  car  les  cités  de  l'ancienne  Narbonnaise  placées  sur 
la  rive  gauche,  qui  demeuraient  en  dehors  de  la  Viennoise,  se 
trouvaient  ainsi  séparées  de  la  nouvelle  province  Narbonnaise 


1.   Par  Marseille  et  Toulon,  elle  s'étend  un  peu  plus  à  l'est  sur  le  littoral; 
mais  le  territoire  exijçu  de  ces  ports  ne  pénètre  guère  dans  les  terres. 


8  LA    PROVENCE    Dl'    PREMIER    AU    XU^    SIÈCLE 

réduite.  Cette  sc^poration  prouve  clairement  que  ces  cités  orien- 
tales n'obéissaient  pas  aux  empereurs  gaulois  et  qu^elles  dépen- 
daient des  emi^ereurs  italiens.  Si  elles  avaient  obéi  aux  premiers, 
ces  cités  isolées  de  Narbonne  auraient  été  incorporées  dans  la 
Viennoise  :  elles  comprenaient  le  territoire  des  Arantici  (Gap), 
celui  des  Ser/ovii  ou  Sot/ion tii  frajj^ment  de  la  future  cité 
de  Gap  placé  h  Touest  des  Arandci  et  future  cité  de  Sisteron), 
le  territoire  des  Vuhjientes  (Apt\  celui  des  Salluvii  (Aix), 
ceux  des  Albici  (Riezi,  des  Commoni  (Fréjusi  et  d'An- 
tibes.  Tel  est  le  démembrement  de  la  Narbonnaise  en  Vien- 
noise et  Narbonnaise,  survenu  probablement  dès  le  K'j^ne  de 
Poslume  (237-2G7}  et  consacré  par  la  n'»ft»rme  de  Dioclétien. 
Après  la  réunion  des  Gaules  au  reste  de  TKmpire  (273),  il  ne 
semble  pas  que  les  cités  orientales  de  la  Narbonnaise,  séparées 
de  Narbonne  par  la  Viennoise,  aient  été  rattachées  alors  à  la 
Viennoise.  Ces  cités  placées  sur  la  rive  gauche  du  Rhône 
paraissent  avoir  été  remises  sous  la  dé|H?ndance  de  Narbonne. 
En  ce  qui  concerne  les  Alpes,  sur  le  versant  occidental,  la 
province  des  Cottiennes  était  réduite  presque  à  rien  au  profit  des 
Maritimes.  Dès  Marc-Aurèle  (!<)!-!  801,  la  province  des  Alpes 
Pœnines  avait  été  groupée  avec  la  province  des  Alpes  Grées 
(Tarentaise)  *  ;  dès  liO,  la  province  des  Alpes  CiOltiennes  Tétait 
également  avec  celle-ci*.  Si,  au  début  du  m*  siècle,  les  (Cottiennes 

1.  L.  Duchcsae,  Fustos^  l.  I,  p.  70. 

2.  L'itinéraire  de  333  ^Dosjnnlins,  firof/rnphio  de  i.i  Gaule^  l.  IV,  p.  35 ^ 
prouve  que  les  Alpes  Cottiennes  élai»Mil  rncorc  comprises  alors  dans 
les  Gaules,  puisque,  se  rendant  en  Italie,  le  voyajreur  marque  seulement 
après  Suse  la  mention  :  Inde  ineipit  Itaiia.  (-el  ilinrraire  prouve  aussi  le 
rattachement  des  Alpes  (Cottiennes  aux  Alpes  Po-nines  ;  car,  entre  Kmhrun 
et  Rame,  le  manuscrit  de  Vérone  du  ix»  siècle  donne  :  Ifulr  incipiunl 
Alpes  Penninœ  cl  le  manuscrit  de  Paris  du  x»*  sircle  :  Indo  incipiunt  Alpe» 
Cottiœ, 

Précédemment,  vers  le  milieu  du  ii'  siècle,  le  texte  de  Ptolémée,  tel 
qu'on  le  possède,  attribuait  Knii>run,  Hriançon  et  Suse  aux  Alpes  (irées, 
Mommsen  a  émis  ro|»inion  <pie  c'est  là  une  erreur  de  copiste  \CnrpuM 
Inscriptionurn  latinaruni,  t.  V,  p.  810:.  11  est  plus  naturel  tie  penser 
qu'on  a  le  choix  entre  deux  hypothèses:  ou  bien  le  j^roupi-mcnt  des 
Alpes     Cottiennes    avec    les     Alpes   Grées    était    un    fait   accompli    dés 


LA   PROVINCE   ROMAINE  V 

abandonnent  momentanément  les  Grées  pour  se  grouper  avec  les 
Maritimes,  cela  ne  dura  pas.  On  les  unit  de  nouveau  avec  les 
Grées  et  les  Pœnines.  Ce  fut  fait,  en  tout  cas,  avant  la  réforme 
de  Dioclétien  qui  rattacha  ce  groupe  des  trois  provinces  Alpines 
au  diocèse  des  Gaules,  capitale  Trêves.  La  province  des  Alpes 
Cottiennes  ainsi  groupée  avec  les  précédentes  ne  comprenait 
plus,  sur  le  versant  occidental  des  Alpes,  que  le  territoire  de 
Briançon  et  la  Mauricnne,  comme  dépendances  de  la  cité  de  Suse. 
C'estsans  doute  sous  Septime  Sévère  et  Caracalla  (197-211),  quand 
Tunion  éphémère  des  Alpes  Cottiennes  avec  les  Alpes  Maritimes 
cessa,  que  les  Cottiennes  abandonnèrent  aux  Maritimes  ce  qu'elles 
possédaient  encore  des  Caluriges  (Embrun)  avec  les  Adanates^ 
les  Egdinii,  les  Veaminii  et  les  Vesubiani.  C'est  alors,  probable- 
ment, que  les  Bodiontici  (Digne)  et  les  Avantici  (Gap)  firent  retour 
de  la  Narbonnaise  aux  Alpes  Maritimes,  afin  d'en  compléter 
l'agrandissement.  La  cité  de  Cimiez  restait  toujours  la  métro- 
pole de  cette  province. 

Le  versant  occidental  des  Alpes  échappe  presque  complète- 
mentaux  Alpes  Cottiennes;  l'extension  de  cette  province  se  porte 
sur  le  versant  oriental.  Ptolémée  en  fait  dépendre,  dès  140,  les 
I^pontii  avec  Domodossola.  Plus  tard,  au  détriment  de  la  Ligu- 
rie,  cette  province  embrassera  Pollenzo  et  Gênes. 

La  préfecture  des  Gaules,  organisée  par  Dioclétien  et  Maximien, 
se  composait  de  quatre  diocèses,  dont  deux  pour  les  Gaules.  Le 
préfet,  résidant  à  Trêves,  dirigeait  lui-même  le  diocèse  des 
Gaules  dont  dépendait  la  province  des  Alpes  Pœnines,  Grées  et 
Cottiennes.  Le  diocèse,  dit  des  Cinq  Provinces,  confié  à  un 
vicaire  qui  résidait  à  Vienne,  se  composait  des  provinces  d'Aqui- 
taine, de  Novempopulanie  démembrée  de  la  précédente  dans  la 

répoque  de  Ptolémée  et  h!mbrun  en  dépendait  encore;  ou  bien  ce 
groupement  était  chose  faite,  en  tout  cas,  lorsque  le  copiste  du  texte 
de  Ptolémée  opéra  son  travail  et  cette  correction  qu'il  y  apporta 
fut  faite  par  lui  en  connaissance  de  cause.  II  ne  faut  pas  parler  d'erreur 
ici.  Les  Alpes  Cottiennes  existaient  toujours  ;  seulement,  elles  étaient  grou- 
pées avec  les  Grées  et  les  Pœnines,  de  sorte  qu'on  les  mentionnait,  soit 
sous  leur  nom  propre,  soit  sous  la  rubrique  des  Grées  ou  des  Pœnines. 


10  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU   XII*   SIÈCLE 

première  moitié  du  m*  siècle,  de  Xarbonnaise,  de  Viennoise, 
démembrée  de  la  précédente  au  milieu  du  m*  siècle,  et  des  Alpes 
Maritimes  ainsi  a^^randies  aux  déptMis  des  Cottiennes.  La  Vien- 
noise devient  alors  une  provinie  consulaire:  mais  les  autres*  de 
ranjf  prétorien,  sont  gouvernées  chacune  par  un  simple  prœses. 
Enfin,  dans  la  seconde  moitié  du  iv**  siècle,  c'est-à-dire  entre 
37i  et  381,  sous  Gratien,  se  produisirent  deux  nouveaux 
démembrements  :  l'Aquitaine  et  la  Xarbonnaise  furent  dédou- 
blées, ce  qui  porta  le  diocèse  de  cinq  à  sept  pn>vinces'.  La  Xar- 
bonnaise 11^  se  compose  tout  simplement  des  cités  orientales  de  la 
Xarbonnaise  primitive  séparées  de  Xarbonne  depuis  le  milieu 
du  n*^  siècle  par  la  Viennoise  :  comme  métropole,  c'est  Aix  qui 
est  la  cité   choisie. 

1.  Mpr  Duchesiie  a  mis  en  liiinièri'  les  fails  suivanls.  Kn  358  le  De  syno- 
dis  (le  suint  Hilaire  ne  maniue  (iii'uno  Narhonnaiso  ;  pour  So*.*  et  361, 
Aminien  Murcelliu  nVn  mentionno  ({u'uno  ;  le  12  juillet  it7î,  lo  concile  de 
Valence  s'adresse  encore  fratrilniii  per  (ialliasrt  V  pror/VnwVi.s.  Le  5  sep- 
tembre 381  hî  concile  d'Aquilée  s'aiiresse  *'pisrnitis  /*roiwVir.  Viennenitiê  et 
Sarbononsium  prim^  et  necunthv'Av  l*»"  octobre  31H'i,  le  concile  de  Nîmes 
s'adresse  à  son  tour  '?piscnpis  por  (iulli.ia  **t  17/  provinvins.  La  création 
des  Aquitaine  II  et  Narboiinaise  11  est  donc  circonscrili*  par  ces  docu- 
ments irréfutables  entre  le  12  juillet  37i cl  le  .'i  septenibre  381  sous  Gra- 
ticu  (L.  Ducliesne,  Fiistra  *^piHr(tpnu.i\  t.  1,  p.  01»,  n«)le  1  ;  J.-H.  Alhanès, 
Gnllia  Christiana  /ior/x,t///i.i,  Marseille,  n"  10,  col.  7-8  .  La  liste  de 
Vérone  (2'J7)  cite  déjà  la  II*  Narbonnaise  ;  le  bréviaire  de  Hufus 
Festus  \'MV,h  cite  de  son  côté  la  II'  Aquitaine  :  <*es  deux  compilations  sonl 
donc  en  contradiction  avec  les  sources  littéraires  et  la  série  des  conciles. 
La  conclusion  qui  s'impose,  c'est  que,  sur  ce  point,  la  limite  de  Vérone  et 
le  bréviaire  de  Hufus  Keslus  ont  été  interpolés  après  37»,  pour  être  mis  à 
jour;  s'ils  ne  l'étaient  pas,  il  en  résulterait  cpie  le  texte  du  concile  de 
Valence  a  été  corrom[)u.  ce  (pii  est  moins  vraisemblal>le,  et  en  même 
temps  que  la  II**  Narbonnaise  créée  avant  2'.»7  aurait  disparu  avant  3r»8 
pour  reparaître  avant  381,  ce  cpii  complique  bien  les  choses.  Mgr 
Duchesne,  après  avoir  (rite  les  textes  décisifs  yt.  1,  p.  »'»*•,  note  1  ,  tend 
cependant  à  suivre  Hufus  Festus  ,1.  II,  |)p.  7-8'.  Le  com-ib'  de  Turin  tenu 
le  22  septembre  '31>8?|  se  composait  sans  doute  surtout  d'éxètjues  lombards 
peu  au  courant  des  affaires  de  Provence.  Kn  effet,  ils  parlent  des  églises 
in  secunda  provinvia  Xnr-honrnsi  positir,  mais  ils  déclarent  t[u'ils  i^Miorent 
absolument  la  jjrandeur  de  la  province  d'Arles  et  ils  s'adressent  encore 
friUribu».,,ppr  GalUas  et  (fiiinr/ue  provincius  ronutiiufi^.  Le  protocole  des 
évoques  de  ce  concile  était  en  retard  .. Fedele  Savio,  <ili  .intirhi  vrsrovi 
d'Ilalia,  Torino,  1899,  pp.  55o-0Ii8  ;  E.-Ch.  Babut,  Le  concih' dr  Turin,  Paris, 
Picard,  1904,  pp.  223-225). 


LA    PROVINCE   ROMAINE  H 

A  la  même  époque.  Embrun*,  devenu  cité,  remplace  Gimiez 
comme  métropole  des  Alpes  Maritimes  :  la  Notice  constate  ce 
changement. 

La  province  des  Alpes  Cottiennes  cesse  alors  d'être  groupée 
avec  les  Alpes  Grées  et  Pœnines  ;  elle  cesse  de  dépendre  du  diocèse 
des  Gaules  pour  être  rattachée,  en  même  temps  qu'Aoste  et  tout  le 
versant  oriental  des  Alpes,  au  diocèse  d'Italie,  capitale  Milan  : 
la  Notice  Vy  fait  figurer. 

Vers  392,  en  présence  de  l'invasion  menaçante,  le  préfet  des 
Gaules  se  replia  du  Rhin  sur  Arles,  cité  qui  depuis  Gonstantin 
(25  juillet  306,  f  22  mai  337)  était  une  résidence  impériale; 
il  dirigea  désormais  par  lui-même  les  VII  provinces  et  parait,  si  Ton 
en  croit  un  texte  du  vi**  siècle,  la  vie  de  saint  Amator 
d'Auxerre  (-|-  l**""  mai  418),  avoir  fait  reporter  son  vicaire  en 
avant,  de  Vienne  sur  Autun,  pour  surveiller  les  X  provinces  des 
Gaules. 

Cet  événement  '^  est  la  cause  pour  laquelle  Arles  est  devenu 

1.  Kn  333,  ni  Chorges,ni  Embrun  n'étaient  des  cités.  Chorges  Tétaitprécé- 
deinmoiil,  jusque  sous  Dioclétien  et  Maximien  (284-305),  comme  le 
prouvent  doux  inscriptions.  C'est  seulement  au  iii*  siècle  que  le  nom  du 
chef-lieu  :  Caturifjomagus  dut  disparaître  devant  le  nom  du  peuple, 
(latur'uje»,  qui  a  donné  le  Chorges  actuel.  En  333,  Embrun  n'était  pas 
encore  une  cité  ;  cette  localité  le  fut  bientôt,  et  avant  l'époque  où  Marcel- 
lin  en  devint  le  premier  évoque  (362-370). 

2.  L'atelier  monétaire  d'Arles  fut  ouvert  en  313.  Constantin  y  séjourna 
et  donna  à  cette  cité,  en  septembre  ou  octobre  326,  le  surnom  de  Co/i8- 
fnnfina  au  moment  où  Constantin  II  devenait  son  fils  aîné,  par  suite  de 
la  disparition  de  Crispus.  Arles  se  para  de  ce  titre  jusqu'à  la  mort  de 
(Constantin  II  en  340  (J.  Maurice,  Communication  à  la  Soc.  des  Antiq.  de 
France,  séance  du  30  mars  1904,  Bull,  de  la  Soc.  nal,  des  Antiq,  de 
France,  2«  trimestre  1904.  Paris,  C.  Klincksieck,  pp.  i 69-172).  Valenti- 
nien  II  est  le  dernier  empereur  qui  ait  résidé  à  Trêves,  avec  Arbogast; 
il  abandonna  Trêves  pour  les  VII  provinces  €t  fut  tué  à  Vienne  (mai  392). 
("est  vers  ce  moment  que  la  résidence  du  préfet  dut  être  fixée  à  Arles. 
En  tout  cas,  le  fait  était  accompli  avant  le  concile  de  Turin  qui  se  tint  le 
22  sef)lembre  [398  ?J,  c'est-à-dire  après  la  mort  de  saint  Martin 
(f  8  novembre  397)  et  du  vivant  de  Félix  de  Trêves,  quand  celui-ci  allait 
aljandonner  son  siège  (voir  E.-Ch.  Babut.  Lp  concile  de  Turin,  Paris, 
Picard,  190'fj.  L'opinion  de  M.  Babut  est  que  ce  concile  se    tint  seulement 


12  L\    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

depuis  la  capitale  de  la  Pn>vence,  au  détriment  de  Vienne  ;  il 
influa  bientôt,  coiiinio  on  peut  s\v  attendri*,  sur  la  hiérarchie  ecclé- 
siastique qui,  précisément  alors,  conmuMice  à  s'org^aniser  partout. 
A  la  lin  du  iv**  siècle,  l'épiseopat  des  VII  provinces  avait  pris 
Thahitude  de  soumettre  ses  alTaiies  contentieuses  k  Milan«  capi- 
tale de  la  préfecture  d'Italie  et  résidence  impériale  actuelle  *: 
Trêves  était  bien  le  chef-lieu  de  la  préfecture  des  (iaules,  mais 
dans  une  situation  tnip  éloi^i^née  et  excentn<{ue  |K>ur  répiscopat 
du  dioeèsiî  méridional.  Dès  le  concile  de  Turin,  vers  398,  Arles 
voulait  supplanter  Vienne.  Pour  y  mieux  arriver,  Arles  se  mit  à 
soutenir  que  son  éplise  avait  été  fon<lée  avant  toutes  les  autres 
dans  les  Gaules  parTrophime,  disciple  immédiat  de  saint  Pierre. 
De  fait,  Arles  n*élait  pas,  depuis  vin^t  ans,  devenu  le  siège 
métropolitain  de  la  préfecture  (pie,  par  privilège  apostolique 
du  22  mars  il  7,  son  évêque  Patrocle  fut  reconnu,  non  seulement 


en  HT.  Collr  opinion  a  été  conlrodilt'  par  M^^r  Duchosiio  dans  la  /lerue 
historif/iir.  La  phraso  :  f7>Mro/>/jc  (iulli.iruin  t/tii  Fflici  comtnunicMni 
I»roiivo,  avec  son  conlrxU*,  i\\\o  Félix  dr  Trêves  êlail  oncore  en  vie.  Ce 
concile  se  préoccup(?  ilc  ré^'lcr  la  nouvelle  ?»ihiation  de  la  Viennoise  par 
une  transaction  enire  les  prélenlion»^  nouvelles  de  l'évèipie  d'Arles  et  les 
droits  anciens  de  l'évêque  de  Vienne.  (lelle  transaction  suppose  le  préfet 
installé  ù  Arles.  Lu  constituti(Mi  du  17  avril  tlS  rendue  sur  In  demande 
du  préfet  Ajçricola  pour  organiser  à  Arles  lassendilée  annuelle  des  VU 
provinces,  entre  les  ides  d'août  et  les  ides  de  septeinl)re,  ne  fait  cjue  se 
conformer  au  précédent,  créé  entre  it)l  et  »o:i  par  le  préfet  Félroniiis, 
précédent  <pie  le  j^ouvernenienl  arlésien  de  rusurpaleur  Constantin  .407- 
411)  avait  laissé  tond)er  en  désuétude.  Le  texte  de  cette  constitution 
laisse  bien  entendre  <pu'  Pétr<Miius  résidait  déjà  à  Arles  L.  Duchcsne, 
Fastes,  t.  1,  p.    It>3  et  note  1  . 

Dans  la  supplitpie  des  11»  évè<|ues  en  faveur  d'Arles,  adressée  au  [>ape  en 
4.*iO,  il  est  fait  menticiU  de  Constantin  le  (irand,  qui  «lonna  son  nom  h  cette 
cité  où  il  résida  ;  puis  <ui  rappelle  les  privilégies  accordés  |)ar  Valentinien 
et  Ilonorius  Mij^ne,  Pair,  ht.,  t.  LIV,  p.  87',»  .  Or,  llonoriu»i  est  Lautcur 
de  la  constitution  de  UK;  tpiant  à  Valentinien,  étant  donné  son  uhandon 
de  la  rési<lence  de  Trêves  pour  la  \  allée  du  Hhône,  il  semble  que  le 
rap{)el  de  son  nom,  plus  de  cimpiante  ans  a|)rès,dans  ce  mémoire  arlésien, 
est  bien  un  indice  de  plus  (|u'il  faut  lui  attribuer  le  transfert  de  la  pi-é- 
fecture  des  Gaules,  laquelle  actuellement  y  est  tixée,  comme  les  évèques 
le  notent. 

1.  L.   Ducbesne,  Fastru,  t.  I,  p.  90-91. 


LA    PROVINCE   ROMAINE  13 

primat  des  provinces  de  Viennoise,  des  deux  Narbonnaises  et  des 
Alpes  Maritimes,  mais  même  vicaire  du  siège  apostolique  vis-à- 
vis  de  l'épiscopat  entier  des  Gaules  *.  Il  est  clair  que  Tautorité 
ecclésiastique  de  Téveque  d'Arles  était  calquée  à  peu  près  sur 
l'autorité  politique  du  préfet  des  Gaules  qui  y  résidait  désormais. 
Cette  prééminence  absolue  et  nouvelle  était  tellement  con- 
traire aux  traditions  établies  dans  les  églises  des  deux  diocèses 
impériaux  qu'elle  ne  put  durer.  Le  papeZosime  qui  Tavait  établie 
mourut  h  la  lin  de  418;  son  successeur  ne  la  ratifia  pas.  Celui-ci, 
par  lettre  du  13  juin  419,  s'adresse  à  tous  les  évêques  constitués 
dans  les  Gaules  et  dans  les  Vil  provinces,  sans  passer  par  Tinter- 
médiaire  de  Tévêque  d'Arles  qu'il  se  borne  à  nommer  le  premier  2. 
Cela  prouve  que  le  vicariat  général  des  Gaules,  concédé  en  417, 
venait  de  disparaître.  Puis,  par  mandement  du  9  février  422,  le 
même  pape  soustrait  expressément  la  province  de  Narbonnaise  I'* 
à  toute  ingérence  ou  prééminence  du  siège  d'Arles  ^.  Ce  mande- 
ment fut  confirmé  le  26  juillet  428  ^  ;  toutefois,  le  siège  d'Uzès  qui 
faisait  partie  de  la  Narbonnaise  I*"®  demeura  soumis  aux  évêques 
d'Arles.  En  fait,  on  trouve,  dans  les  conciles  régionaux  de  439 
(Riez),  4 il  (Orange)  et  442  (Vaison),  la  preuve  évidente  de  l'au- 
torité primatiale  exercée  par  le  siège  d'Arles  sur  les  pro- 
vinces de  Viennoise,  de  Narbonnaise  11*^  et  des  Alpes  Maritimes. 
Seuls,  les  sièges  de  Marseille  en  Viennoise,  d'Aix  et  de  Nice 
en  Narbonnaise  11*^,  se  prévalaient  des  traditions  antérieures  à 
417  et  du  nouvel  esprit  qui  animait  le  saint-siège  depuis  419 
pour  s'abstenir  d'y  paraître  :  cet  état  de  choses  dura  de  419  à 
413.  En  4iS,  irrité  contre  Ililaire,  évêque  d'Arles,  à  qui  il 
reprochait  une  activité   dénuée   de  circonspection,    le   pape   va, 

1.  L.  Duchesne,  Fnsies,  t.  I*-',  pp.  8i-85;  JafTé,  n«  328. 

Ce  priviU^ffO  est  fait  au  détriment  de  révè(|ue  de  Vienne  pour  la  Vien- 
noise sauf  Marseille,  au  détriment  de  l'éve(|ue  de  Marseille  pour  la  Nar- 
bonnaise 11'*  et  au  détriment  de  Tévètiue  de  Narbonne  pour  la  Narbon- 
naise V'  ilhid,,  pp.  101-102,  105). 

2.  Duchesne,  Faute»,  t.  I,pp.  107-109;  JafTé,  n»  349. 
'A.  Ihid.,  p.  109;.lafTé,  n»  3G2. 

4.  Jbid.,  p.  110;  Jairé,no369. 


14  LA    PKOVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll**    SIÈCLE 

par  une  mesure  personnelle,  jusqu'à  dépouiller  le  siège  d'Arles 
de  toute  autorité  métropolitaine  sur  la  Viennoise  :  il  consti- 
tue alors  les  sièges  métropolitains  de  Viennoise,  de  Xarbon- 
naise  II**  et  des  Alpes  Maritimes  indépendants,  en  faveur  des 
évéques  de  Vienne,  d'Aix  et  d'Kmbrun  ^  comme  son  prédéces- 
seur lavait  fait  en  i22  pour  la  Xarbonnaise  T^.  Cette  déchéance  de 
Tévéque  Ililaire  fut  ratiliée  par  rescrit  impérial  du  8  juillet  iio  '. 
Mais  la  mise  à  néant  du  siège  d'Arles  créait  une  situation 
encore  plus  excessive  que  celle  résultant  de  son  élévation  subite  en 
417  au-dessus  de  l'ensemble  des  Gaules  :  cela  ne  pouvait  durer. 
Il  fallait  une  solution  moyenne,  qui  répondît  à  la  réalité  des 
faits,  en  satisfaisant  les  sentiments  opposés  des  pays  gnmpés, 
Tun  autour  d'Arles,  l'autre  autour  de  Vienne. 


III 

La  Provence  gothique   et  la   Viennoise    hou njuiij nonne 
(i50-:>3G) 

On  a  vu  plus  haut  que  le  démembrement,  sur  la  rive  gauche  du 
Rhône,  de  la  Narbonnaise  en  Viennoise  et  en  Xarbonnaise  pro- 
prement dite,  avait,  au  milieu  du  iir  siècle,  été  amené  très  proba- 
blement par  l'existence  momentanée  de  deux  dominations  poli- 
tiques différentes.  Ce  fut  encore,  au  milieu  du  v*"  siècle,  un  fait  de 
cet  ordre  qui  amena  la  solution  souhaitée  :  seulenient,  à  la  place 
des  empereurs,  ce  furent  les  barbares  qui  fournirent  les  éléments 
de  la  transaction.  Leur  marche  se  suit  pas  à  pas  en  Viennoise. 

En  4iO,  les  Alains  s'étaient  installés  dans  le  territoire  de  la 
cité  de  Valence  ;  en  443,  les  Burgondes   avaient   occupé  à    leur 

1.  Duchesno,  F.isfps,  t.  1,  pp.  il4-H");  Jaffé,  n*»  407.  Pour  Vienne,  le 
mandement  du  5  mai  4.'iO  le  prouve  (J.TlTé,  n*^  450'  ;  pour  Embrun,  riiistoire 
d'ingenuus  exerçant  ses  droits  à  Nice  le  prouve  aussi. 

2.  Ibi(L^  p.  ii6,  donne  I:i  date  du  0  juin.  Voir  Alhanès,  (iallia  novi^i- 
si/naf  Arles,  col.  33-34,  n°  ;i7. 


LA   PROVINCE   ROMAINE  15 

tour  la  Sapaudia  ou  Savoie  ^,    c'est-à-dire  une  partie    du   terri- 
toire des  diocèses  de  Genève  et  de  Grenoble. 

Telle  était  la  situation  lorsque  Tévêque  d'Arles  Hilaire  mou- 
rut le  5  mai  449  ;  quelques  semaines  après,  il  était  remplacé 
par  Ravennius  et  celui-ci,  jugeant  que  les  mesures  personnelles 
prises  contre  son  prédécesseur  ne  pouvaient  le  concerner,  saisit 
la  première  occasion  pour  exercer  en  Viennoise  les  droits  de 
métropolitain  en  sacrant  un  évêque  de  Vaison.  L'évêque  de  Vienne 
ayant  protesté,  dix-neuf  évéques  prirent  parti  pour  Arles,  soit 
sept  de  Viennoise,  trois  de  Narbonnaise  II*',  quatre  des  Alpes 
Maritimes,  un  de  Narbonnaise  I'®  (Uzès)  et  quatre  de  sièges  qui 
n'ont  pu  être  identifiés  :  ils  supplièrent  le  pape  de  reconnaître 
le  privilège  de  417.  La  décision  de  Léon,  datée  du  5  mai  450  2, 
fut  que  le  siège  de  Vienne  jouirait  des  droits  métropolitains  dans 
les  cités  viennoises  de  Valence,  Grenoble,  Genève  et  dans  les 
Alpes  Grées  (Tarentaise)  ;  tout  le  surplus,  c'est-à-dire  le  reste 
de  la  Viennoise,  la  Narbonnaise  II®,  Uzès  et  les  Alpes-Maritimes, 
devra  dépendre  du  siège  d'Arles.  Cette  décision,  on  le  voit, 
consacrait  tout  simplement  la  séparation  en  deux  parties  iné- 
gales de  la  Viennoise,  telle  qu'elle  résultait  de  la  situation  poli- 
tique ;  elle  rattachait  à  Vienne  les  églises  occupées  par  les  bar- 
bares et  à  Arles  celles  plus  nombreuses  qui  obéissaient  encore  aux 
fonctionnaires  impériaux.  A  vrai  dire,  les  VII  provinces  du  dio- 
cèse existaient  encore  pour  le  protocole;  l'intitulé  du  mande- 
ment de  419  s'adresse  encore  expressément  à  leur   épiscopat  ^, 

1.  Chronique  de  452  (3/o/i.  Germ.  hist,,  Auct,  Ant.,i,  IX,  p.  660); 
L.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  78,  note  1. 

2.  L.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  121  ;  JafTé,  n*»  450. 

3.  Chacune  des  souscriptions  épiscopales  placées  au  bas  des  conciles 
d'Orange  (8  nov.  441)  et  de  Vaison  (13  nov.  442)  est  précédée  de  l'indica- 
tion protocolaire,  qui  constate  celle  des  VII  provinces  à  laquelle  la  cité 
appartient.  Cependant,  en  441,  au  lieu  d'être  précédée  de  la  mention  régu- 
lière :  Ex  provincia  Viennensi,  ou  Ex  provincia  05,  la  souscription  de 
l'évoque  de  Voconces  (Die)  est  précédée  seulement  de  la  mention  abrégée: 
Ex  provincia.  De  même,  en  442,  pour  l'évêque  de  Carpentras.  Soit  deux 
exceptions  sur  22  mentions  de  la  province  Viennoise  (Duchesne,  Fastes, 
t.  I,  pp.  347-349).  Cesexceptions  se  produisent  pour  la  Viennoise;  elles  nese 


16  LA   PBO\X>CE   DU   PREMIER   AC    XU*   SIECLE 

Mais,  en  fait,  les  papes  ne  distin^aient  plus  nettement  que  la 
Narbonnaise  T'  \  sur  la  rive  droite,  et  la  Viennoise  •  sur  la  rive 
gauche,  parce  qu'elles  étaient  les  deux  pro\'inces  principales. 
En  ce  qui  concerne  la  rive  ^uche.  dans  la  série  des  mande- 
ments qui  ont  été  cités.  la  Narbonnaise  II*  est  mentionnée  pour 
la  dernière  fois  en  ilT  :  en  il9,  i28.  4i5  et  130«  elle  parait 
sous-entendue  ou  comprise  dans  la  Viennoise.  Il  en  est  ainsi 
des  Al[)es  Maritimes,  dès  117.  et.  pareillement,  des  Alpes  Grées 
en  430.  Quelquefois,  figure  seul  le  terme  de  provincia;  il 
parait  tout  englober,  comme  celui  plus  explicite  et  équivalent  de 
provincia  Vienncnsis,  et  on  pourrait  déjà  le  traduire  par  le  vocable 
moderne  de  Provence  ^.  Ce  terme  embrasse  donc,  en  réalité, 
de  422  à  430,  les  trois  provinces  du  diocèse,  placées  sur  la  rive 
gauche  du  Rhône  \  et,  en  plus,  les  Alpes  Grées.  Depuis  450,  le 
terme  de  Provincia  se  restreint  au  territoire  dépendant  à  la    fois 


produisent  jamais  pour  les  aiiiros  provinces,  requiert  h  remarquer.  On  peut 
donc  en  liivr  un  indice  nouveau  du  lanjrajn»  alors  courant,  employé  quel- 
quefois parinallenlion.au  lieu  des  formules  traditionnelles.  Ces  exceptions 
pourraient  évidemment  être  le  fait  ti'une  erriMir  matérielle  imputable  soit  au 
scribe  du  manuscrit,  soit  5  l'éditeur:  mais,  dans  ce  cas,  il  est  singulier 
qu'elles  se  produisent  uniquement  ,H  projKis  de  la  Viennoise. 

1.  Mandements  de  417.  422  et  428. 

2.  Mandements  de  417,  i28.  44r»  et  450. 

3.  En  raison  de  son  apparence  vague,  ce  terme  de  Protincin,  dans  les 
mandements  de  419  et  de  450,  a  naturellement  emlwrrassé  les  historiens 
(Duchesne,  t.  I,  pp.  108  et  122  :.*  On  ne  voit  |>as  lK»s  bien  ce  que  saint  Léon 
entend  ici  par  province  »>.  Pourtant,  si  la  chancellerie  papale  remployait, 
c'est  qu'il  ôtail  clair  et  compris.  Dans  le  premier  mandement  adressé 
suivantla  terminolojîie  officielle  et  traditionnelle  à  répiscojKit  des  Gaules  et 
den  VII  provinces,  le  paj>edit  en  lanj^age  courant  que  le  jugement  de  Tévêque 
de  Valence, /)rf*//i<  dola  rire  (fauche,  aura  lieu  intha  provinciam,  ce  qui  équi- 
vaut à  iNTHA  PHOvi\<:iAM  ViKNNENSKM  ct  cc  (|u'on  pcut  traduirc,  dès  celle 
épo(|ue,  par  les  mots  :  dans  la  Provence.  Dans  le  second,  se  constate 
l'éijuivalence  des  termes  provincia  et  provincia  Viennensis,  c'est-à-dire  de 
la  province  Viennoise  et  de  la  Provence  :  le  fait  (jue  ce  substantif  est 
devenu  alors  un  nom  propre  de  pays  s'explique  d'autant  mieux  qu'il  carac- 
térise les  dernières  provinces  conservées  par  Home,  au  delà  des  Alpes. 

4.  Il  faut  y  joindre  les  dépendances  de  la  Viennoise  sur  la  rive  droite 
c'est-à-dire  une  partie  de  Vienne,  une  partie  de  Valence  et  Aps;  il  faut  y 
joindre  aussi  Uzès  dépendant  de  la  Narbonnaise  I'*". 


LA   PROVINCE   ROMAINE  17 

des  fonctionnaires  impériaux  et  de  l'évêque  d'Arles  :  le  terme 
jusqu'alors  équivalent  de  provincia  Viennensis  est  réservé  aux 
cités  dépendant  de  Vienne.  On  a  désormais  d'un  côté  la  Pro- 
vence et  de  lautre  la  Viennoise.  En  même  temps  qu'il  séparait 
ainsi  la  Provence  de  la  Viennoise,  le  pape  reprenait  la  tradition 
de  417  en  employant  l'évêque  d'Arles,  hors  de  Provence,  comme 
intermédiaire  vis-à-vis  de  Tépiscopat  entier  des  Gaules.  Il  l'em- 
ploie, non  seulement  en  matière  de  discipline,  mais  en  matière 
de  foi.  Quarante-quatre  évéques,  réunis  en  concile  pendant  l'hiver 
de  450  à  451 ,  donnèrent  au  pape  leur  appui  par  cet  intermédiaire  et 
l'évêque  de  la  métropole  naissante  d'Embrun,  Ingenuus,  placé  par 
le  privilège  de  450,  sous  la  primatie  d'Arles,  fut  chargé  de  porter 
la  réponse  à  Rome.  Sur  ces  44  adhésions,  18  au  moins  ne  peuvent 
être  identifiées  :  les  26  restantes  en  comprennent  8  de  la  pro- 
vince d'Arles,  4  des  Alpes-Maritimes,  2  ou  3  de  la  Narbonnaisell®, 
2  delà  Narbonnaise  !*"«  (Narbonne  et  Uzès),  2  de  l'Aquitaine  1'° 
(Auvergne  et  Velay),  2  de  l'Aquitaine  II*^  (Bordeaux  et  Angou- 
lême),  2,  semble-t-il,  de  laNovempopulanie(Couseranset  Béarn), 
1  de  la  Lyonnaise  I'®  (Langres),  1  de  la  Lyonnaise  III®  (Tours) 
et  1  de  la  Sénonaise  (Auxerre).  Les  seules  provinces  qui  ne  soient 
pas  représentées  sont  la  Lyonnaise  II*'  et  la  province  de  Vienne. 
Pour  celle-ci,  son  abstention  volontaire  se  comprendrait  à  la  suite 
de  la  décision  qui  venait  de  la  restreindre  en  faveur  d'Arles  ;  quant 
à  la  Lyonnaise  II**,  son  éloignement  suffirait  à  expliquer  l'absence 
de  tout  représentant.  A  un  autre  point  de  vue,  il  est  remar- 
quable que  tous  les  évêques  identifiés  appartiennent  à  des  cités 
restées  jusqu'alors  romaines,  exception  faite  pour  ceux  de  l'Aqui- 
taine II®  et  de  la  Novempopulanie  qui  dépendaient  déjà  des  Wisi- 
goths  depuis  419.  Aucun  ne  vient  des  pays  occupés  par  les  Bur- 
gondes  ou  par  les  Francs,  ou  parles  Alamans  K 

Peu  après  se  produisit  la  dernière  modification  apportée  à  la 
circtmscription  des  provinces  qui  gravitaient  autour  d'Arles,  sur 

1.  Exception  à  faire,  peut-être,  pour  Auxerre,  en  ce  qui  concerne  ces 
derniei-s.  Voir  la  liste  des  souscriptions  dans  Duchcsne,  Fastes,  t.  I,  p.  350, 
qui  n'en  identifie  que  quatorze. 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Charles.  —  VII.  2 


18  LÀ    PROVENCE    Dt*    HŒMIEK    AU    XII*'   SIÈCLE 

la  rive  gauche.  Jusqu'alors,  Nice  était  une  enclave  qui  dépendait 
de  Marseille  ;  on  sait  que  Tévêque  de  Marseille,  comme  celui 
d'Aix,  s'abstenait  généralement  de  paraître  aux  conciles  arlésiens. 
Cette  attitude  de  réserve  devait  être  mal  vue  d'Arles  et  d'Em- 
brun. A  la  demande  de  l'évéque  voisin  de  Vence  et  de  ses  com- 
provinciaux,  le  pape  Léon  consentit  à  unir  le  siège  de  Nice  au 
siège  de  Cimiez,  qui  dépendait  des  Alpes-Maritimes.  Sans  doute, 
l'évéque  d'Embrun  Ingenuus  obtint  cette  décision  du  pape  quand 
il  alla  lui  porter,  en  451,  le  texte  du  concile  des  41  évèques, 
tenu,  sur  sa  demande,  par  les  soins  de  son  primat.  L'évéque 
d'Aix,  Auxonius  *,    soutenant   l'évéque  de  Marseille  ainsi  lésé, 


1.  Jusciu'î»  présont,  personne  ne  paraît  avoir  claircnicnl  distingué  Auxo- 
nins,  évè(|ue  d'Aix  (  V31-ir»3),(rAuxanins,  le  dernier  évêque  dWps  (463-475). 
Le  j)remier  fijçure  en  431  au  4"  rang,  en  403  au  12''  :  il  ne  fijçure  pas  aux  con- 
ciles ordinaires.  Le  second  figure  en  4r)3  au  lO**  rangel  en  474-475  au  8*,  tan- 
dis <|ue  le  nouvel  évè(|uetrAix,  Basilius,  y  parait  au  17'  ranp.  Mgr  Duchesne 
{Fastes^  l.  I,  pp.  317,  3*'»0-3"»l^  omet  Auxonius  dans  la  liste  d'Aix,  p.  272,  et 
déclare  ne  pouvoir  en  déterminer  le  siège,  j).  287.  En  réalité,  si  les  évê(|ues 
de  Nice  s'abstiennent  d'aller  aux  conciles  arlésiens,  à  l'exemple  de  ceux  de 
Marseille,  lesévècpies  d'Aix  en  font  tout  autant.  L'intervention  de  l'évéque 
d'Aix,  en  faveur  de  Marseille,  s'expliipiedonc  tout  naturellement,  soit  parles 
liens  anciens  «jui  unissaient  Aix  à  Marseille,  soit  par  l'importance  du  sit^ge 
d'Aix,  métropole  de  la  Narhonnaise  II'*.  Albanès  yGallia  (^hristinrin  /lormima, 
t.  1,  col.  20-31  ;  reconnaît  fort  bienunévéque  d'Aix  dans  Auxonius;  mais  il  le 
nomme  Auxanius  elle  confond  ainsi  avec  l'évêiiue  d'Aps,  ce  qui  lui  fait 
prolonger  à  tort  son  épiscopat  jusipi'en  i7"»,  du  vivant  de  son  successeur 
Hasilius.  Cette  erreur  l'oblige  h  croire  (|ue  la  souscription  de  Basilius  au 
document  de  i-7'»,  y  a  été  apposée  postérieurement  par  cet  évèipie.  L'abbé 
Albanès  a  été  victime  delà  quasi-homonymie  d'Auxonius  et  d'Auxanius. 
M.  Habul(A<'  Concile  Je  Turiiiy  p.  23'i-2't2i  propose  avec  raison  de  voir  dans 
Remigius  (300- V08  et  412- VIO;  le  prédécesseur  d' Auxonius  sur  le  siéged'Aix, 
et  sans  doute  le  premier  évé(jue  de  celte  cité  créé  sous  l'influence  arlé- 
siennc  au  détriment  de  Marseille  vers  392.  Sous  le  règne  de  l'usurpateur 
Constantin,  Hemigius  fut  violemment  remplacé  par  le  fameux  Lazare  qui, 
de  son  vivant,  n'était  pas  encore  un  saint,  et  qui  était  soutenu  par  Mar- 
seille. Le  3  octobre  417  (JafTé,  n"  337  ,  Hemigius  se  querellait  pour  des 
«juestions  de  limites  avec  Proculus  de  Marseille  et  Domnin.  Ce  Domnin, 
disciple  de  Marcellin  et  honoré  î\  Digne,  fut  dès  3Sl  le  premier  évêque  de 
Grenoble  et  de  (ienève.  La  (pierelle  prouv»»  (|ue  le  diocèse  de  Hemigius 
s'étendait  non  seulement  sur  Aix,  mais  sur  Sisteron  et  Cap,  ([ui  n'avaient 
pas  encore  d'évêques  propres.  Par  suite,  il   est  naturel  que  Hemitjius^   ou 


LA    PKOVINCE   ROMAINE  19 

Vénérius,  ne  manqua  pas  de  protester.  S'étant  rendu  à  son  tour  à 
Rome  en  462,  il  lit  rapporter  cette  décision  par  Hilaire,  succes- 
seur de  Léon.  Les  deux  sièges,  marseillais  de  Nice  et  embrunais 
de  Cimiez,  étaient  de  nouveau  séparés.  L'évéque  d'Embrun 
Ingenuus,  ne  voulant  pas  accepter  ce  revirement,  ordonna,  comme 
métropolitain  des  Alpes-Maritimes,  un  évêque  à  Nice  ;  puis  il  se 
rendit  une  seconde  fois  à  Rome,  en  465.  Par  un  troisième  man- 
dement, en  date  de  465,  le  pape  restitue  Nice  à  Embrun  en  lui 
unissant  définitivement  Cimiez  *.  C'est  que  les  absents  ont  géné- 
ralement tort,  à  Rome  comme  ailleurs.  De  ces  alternatives,  on 
peut  conclure  que,  si  les  deux  métropolitains  d'Aix  et  d'Embrun 
avaient  eu  possibilité  de  se  trouver  ensemble  à  Rome,  au  lieu  d'y 
venir  Tun  après  l'autre,  Rome  n'aurait  jamais  rien  changé  à 
l'état  de  choses  existant.  Cependant  la  série  des  mandements 
contradictoires  n'aurait  pu  se  prolonger  sans  tourner  au  ridicule 
pour  le  siège  apostolique  et  il  convenait  de  prendre  un  parti  défi- 
nitif :  le  troisième  fut  le  bon. 

Les  barbares  ne  tardèrent  pas  à  envahir  ce  qui  restait  des 
Gaules  romaines  et  de  la  Provence.  En  456  ou  457,  les  Bur- 
gondes  progressaient  de  Grenoble  et  Genève  sur  Die  et  les  cités 
voisines,  avec  l'appui  des  Goths,  qui  venaient  d'occuper  pacifi- 
quement Arles  en  455.  En  474,  ils  opérèrent  leur  dernière 
marche  en  avant  sur  Vaison  et  Avignon  ;  ils  s'arrêtèrent  k  la 
limite  formée  par  la  Durance.  En  même  temps,  vers  le  nord,  ils 
occupaient  Lyon  vers  470,  Chalon  en  474  au  plus  tard  et  Langres 
vers  479.  D'autre  part,  les  Wisigoths,  cantonnés  dans  la  Novem- 
populanie  et  l'Aquitaine  II®  dès  419,  entrèrent  momentanément 
à  Arles  en  455,  s'emparèrent  de  la  Narbonnaise  P*"  en  462, 
ravagèrent  vers  470,  sans  s'y  arrêter,  Arles,  Riez,  Avignon, 
Orange,  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  Valence  et  Aps,  s'empa- 
rèrent de  l'Aquitaine  l'^'^en  475.  En  476,  ils  franchirent  le  Rhône 
pour  pénétrer  à  demeure  dans    Arles,   qu'ils  n'avaient  eu  que 

lierneJius  soit  resté  honoré  de  tout  temps  h  Gap.    Le  martyrologe  hierony- 
mieu  le  marque  au    3  février. 
1.  Duchesne,  t.  I,  pp.  287-288;  JafTé,  n»  562. 


20  LA    PROVENCE    Dl*    PREMIER    AL'    XII^  SIÈCLE 

momentanément  en  433,  et,  vers  180,  ils  avaient  fini  d'occuper  la 
rive  droite  de  ce  tleuve  en  emportant  Viviers  *.  A  partir  de 
486,  moment  où  les  Francs  s'emparèrent  du  dernier  i>a3S  gallo- 
romain  occupé  par  Syagrius.  il  ne  reste  plus  qu'une  garnison 
impériale  à  Suse  :  elle  y  demeurera  jusqu'en  373,  ressortissant  à 
l'Italie. 

La  circonscription  des  métropolitainsde  Vienneavait  été  modelée 
en  430  sur  l'étendue  de  la  domination  bui^onde.  Au  fur  et  à 
mesure  que  cette  domination  progressait,  les  évoques  de  Vienne 

1.  410  (llydatii  cliix)nicon  ;  Mon.  (lerm.  hist.  Auct.  Antiquiss.^  t.  XI^ 
pp.  13-30.  —  Prospori  Kpitoma  (-lironicon;  ihifi.^  l.  IX,  p.  469.  —  Chro- 
nioa  Gallica,  452  ;  ihid.,  l.  IX,  pp.  r»i<i-*iii*J  . 

VM'k  <<  Consulo  suprascriplo  lovalus  osl  Aviliis  imperator  in  Gallias.  El 
injjfressus  osl  Thoodorions  ivx  ijollioriim  Aivlalum  ciini  fratribus  suis  in 
pace  »  [Marii  episcnpi  Aventicensis  Chrunu\i,  4,"»5-.")8i  ;  Mon.  Germ.  hisi. 
Auct.  AnlûfuUs.^  t.  XI;  C.hronica  minons  18l>2,  [>.  232), 

VÔC}.  a  Ko  anno  Hurjruinlioiios  parloiii  Gallia^  occupavoniiil  lorrasque  cum 
Gallis  sonaloriliiis  (liviscninl  >»  Marii  episcopi  Aventirensis  Chronica  ; 
ihid.^  p.  232.  (\»l  événoiiUMit  osl  rapporlô  on  4a7  soulomonl  par  un  autre 
autour    Prospori  oontinualio  llavnionsis;  ihid.,  l.  IX,  pp.  298-339). 

462.  (Ilydalii  clironioon;  -i(;<*/.  .{ntif/uiss.,  t.  XI.  pp.   13-36  . 

Vers  470  ,  Ducliosuo,  t.  Il,  p.  1.^6  ;  pour  los  Golhs  en  Provence  Sidonii 
fJpist.,  lil>.  VI,  n'»XIl;  .Von.  (ivnn.  hist.  Auct.  Antîtjuiss.^  l.  VIH,  pp.  101- 
102). 

47 1  (Viotorii  A({uitani  Cursus  pasohalis,  ms.  Golhanus,  n°  7!»  :  Mon, 
(irrm.  hist.  Aurf.  Anti(/uiss.^  t.  IX,  pp.  728-729  . 

47.*).  Ducliesno,  l.  II,  pp.  12-13  ;  Yvor,  Eurii\  roi  des  W'isigoths  ^Kludes 
(riiisl.du  nioyou-àjj^o,  dédiées  à  Gabriel  Monod,  Paris,  .Moan,  1896,  pp.  11-46). 

47<).  (Prospori  Gonlinualio  IlaN  uiensis  :  .Vo/i.  Gorm.  hist.  Auct.  Anti- 
f/uiss.,  l.  IX,  pp.  298-339). 

Vers  479  (l)uohosno,  t.  H,  pp.  i:i6  et  183. 

Vers  480.  Kn  otMpii  couoorno  lo  Vivarais,  on  ^ait  qu'il  appartenait  en  496 
l\  Alaric  II  (l)uchosiu»,  l.  1,  p.  133,  noie  i  :  lo  2''  évôtpiodo  Viviers,  Lucianus, 
(jni  mourut  on  4-87  ot  avait  siô^é  sepi  ans  .480-487),  passait  pour  avoir  vécu 
sous  Alaric  11  (i-8t-507).  Collo  domination  n'étant  pas  indiquée  pour  ses 
prédécessours,  il  y  a  liou  do  croire  ipi'ello  s  établit  au  moment  où  il  était 
évoque  et  cola  cadre  avec  ce  quoi»  sait  par  ailleurs,  l'Auver^jne  étant  devenue 
wisijrolhicpic  vers  473  et  Arlos  sans  doute  en  470  Yver,  p.  39).  Peut-être 
rétablissement  des  \Visij>:oths  cadre-til  avec  l'abandon  d'Aps  pour  Viviers: 
or,  le  dernier  évoque  d'Aps  Auxanius,  élu  vers  433,  mourut  peu  après  473. 

Vers  480.  Knce  qui  concerne  Arlos  ot  la  Provence  au  sud  de  la  Durance 
^Vver,    Euric,  roi  des  Wisiyolhs). 


LA    PROVINCE    ROMAINE  21 

cherchèrent  donc  à  s'agrandir  d'autant.  Ainsi,  Die  ayant  été 
occupée  en  457,  la  première  vacance  du  siège  se  produisit  en  463  : 
aussitôt  Mamert,  de  Vienne,  accourut  pour  ordonner  le  nouvel 
élu.  Mais,  depuis  450,  la  papauté  était  redevenue  favorable  au 
siège  d'Arles  qui  jouissait  de  la  prééminence  primatiale  sur  toute 
la  Provence  et  d  une  sorte  de  contrôle  patriarcal  sur  toutes  les 
Gaules,  conformément  au  privilège  de  417.  Aussi,  Tentreprise 
de  Mamert  fut-elle  mal  vue.  Le  pape  voulut  que  Tordination  faite 
par  lui  fût  conlîrmée  par  le  siège  d'Arles  et  Mamert  fut  invité  à 
ne  pas  récidiver.  Un  concile  national  fut  tenu  h  Arles  vers  474- 
475,  comme  celui  de  450-451,  sous  lautorité  patriarcale  de 
Tévêque  qui  occupait  ce  siège  ;  les  évêques  de  Marseille  et  d'Aix 
y  figurent.  Saint  Avit,  plus  heureux  que  Mamert,  obtint  dWnas- 
tase  II  que  sa  province  s  étendît  jusqu'aux  nouvelles  limites  de 
la  domination  burgonde,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  Durance  (496- 
498).  Son  succès  ne  fut  pas  de  longue  durée;  dès  lan  500,  Sym- 
maque  revint  à  la  délimitation  de  450  *.  Quand  les  Ostrogoths 
eurent  remplacé  les  Wisigoths  au  sud  de  la  Durance,  Tévêque 
d'Arles  fit  confirmer  encore  une  fois  cette  délimitation  ;  de  plus, 
il  fit  reconnaître  son  droit  patriarcal  sur  les  Gaules  et  sur  l'Es- 
pagne ^.  Cependant,  malgré  ces  dernières  décisions  qui  lui  étaient 
contraires,  l'évêque  de  Vienne  profita  de  l'état  politique  pour 
conserver  ses  droits  métropolitains  jusqu'aux  frontières  bur- 
gondes.  En  effet,  au  concile  wisigothique  d'Agde,  en  506,  les 
seules  églises  provençales  représentées  sont  celles  qui  se  trouvent 
situées  au  sud  de  la  Durance.  L'évêque  de  Viviers  n'y  figure  pas, 
ce  qui  prouve  que  cette  dernière  cité  avait  passé  des  Wisigoths 
aux  Burgondes,  entre  496  et  506.  Par  suite,  au  concile  burgonde 
d'Albon,  en  517,  figurent  toutes  les  églises  provençales  placées  au 
nord  de  ce  même  cours  d'eau  et,  en  plus.  Viviers.  A  cette  époque, 
de  480  à  523,  la  frontière  politique  coïncide  pour  la  première 
fois  à  peu  près  avec  la  distinction  naturelle  de  la  Provence  en 


1.  Duchesne,  t.  I,  p.  i32;  JafTé,no»753  et  754. 

2.  Ihid.,  p.  132;  JafTô,  nO'»  764-705. 


22  LA    PROVENCE    Dr    PIIE3I1FR    Al'    XIl'    SIÈCLE 

Haute- Provence  et  Basse-Provence  *  :  cette  limite  naturelle  de  la 
Durtince  servira  plus  tan!  «le  base  aux  partages  du  xii'  siècle  et 
le  comté  de  Provence  proprement  dit  ne  la  dépassera  pas. 

Kn  .j23,  l'état  de  choses  fixé  depuis  180  prit  tin.  Les  Oslrogoths, 
alliés  des  Bui^ondes,  obtinrent  d'eux  la  cession  de  toute  la 
Haute-Provence,  sauf  Die  et  Viviers.  La  Provence  de  i50  se 
trouvait  donc  reconstituée,  à  deux  cités  pK*s.  Les  conciles  tenus 
parTévêque  d'Arles  en  321,  327,  529  et  333  permettent  de  s'en 
rendre  compte.  I^  métropole  de  Vienne,  qui  avait  progressé  avec 
les  Burgondes,  recula  ainsi  avec  eux,  ne  conservant  que  les 
cités  de  Viviers  et  de  Die,  comme  l'indique  le  concile  arlésien 
de  334.  Ces  deux  cités,  elle  les  conservait,  en  fait,  comme  elle 
avait  conservé,  en  fait,  de  300  à  323  les  cités  provençales  au 
nord  de  la  Durance;  mais  cette  déj^endance,  conforme  à  la 
situation  politique,  était  toujours  contraire  au  droit.  En  effet,  le 
mandement  de  300  qui  faisait  revivre  la  délimitation  de  430 
avait  annulé  expressément  celui  d'Anastase  II  favorable  à 
Vienne. 

En  droit,  suivant  les  décisions  de  430  et  de  300,  Viviers  et 
Die    relevaient    donc   toujours    d'Arles.  Au  concile  de   794,  la 

1.  [.a  Provonco  se  divisait  jadis  péojîniphi(|uonienl  en  trois  zones  :  1®  la 
Basse-Provenco,  le  loii«;dii  'itloral,  avec  Venco,  Saint-Paul,  Grasse,  Antibes, 
Fréjus,  Saint-Tropez,  Brig-noles,  llyères,  Tonlon,  Marseille  et  Berrt*;  2o  la 
campag-ne  de  Provence,  entre  le  littoral  et  la  Durance,  puis  le  Venlon, 
avec  Tarascon,  Arles,  Sainl-Hemy,  Salon,  Aix,  Saint-Maximin,  Barjols, 
Draguignan;  3°  la  Ilaule-Provence,  au  nord  de  la  Durance  et  du  Verdon. 
Telle  est  du  moins  la  répartition  adoptée  par  (léranl  Valk  H^rttrincU  Supre- 
marum  Gallia*  Pra:»fecturaruin  una  :  vulj^ariter  Ciouvernenient  de  Pro- 
vence... |fin  du  xvii«  siècle]  carte  in-folio).  Suivant  cette  carte,  les  séné- 
chaussées de  C^astellane,  de  Dipne  et  la  partie  de  celle  de  Sisleron  placée 
entre  la  Durance  et  le  Verdon  faisaient  alors  partie  de  la  Ilaute-Provence  ; 
mais  Guillaume  de  l'isle  11075,  f  172»)  faisait  de  son  côté  remonter  plus 
haut  la  campaf^ne.  au  détriment  de  la  llaute-Provence,  en  y  comprenant  la 
vij;uerie  de  Mousliers,  <|ui  dépendait  de  la  sénéchaussée  de  Digne  \Carte 
de  Provence  et  des  terres  adjaceiiles  a  Amsterdam  chez  Jean  (lovens  et 
Corneille  Mortier...  [1730  ?]  carte  in-folio.  Anciennement,  (juand  la  Pro- 
vence était  plus  étendue  au  nord,  la  Durance  juscpi'à  Embrun  et  non  pas  le 
Verdon  séparait  la  Provence  en  deux  parties  à  peu  près  égales  :  cela  cor- 
respondait alors  à  la  Provence  wisigothique  et  à  la    Provence  burgoude, 


ÏJ^    PROVINCE   ROMAINE  23 

querelle  reprit  entre  Vienne  et  Arles  à  ce  sujet  :  les  évéques 
présents  ne  purent  que  s*incliner  devant  les  actes  de  417,  450 
et  500,  soigneusement  conservés  par  l'église  d'Arles  au  nombre 
de  ses  privilèges.  En  fait,  Tinfluence  de  Vienne  se  faisait  toujours 
sentir  dans  ces  deux  cités  qui  lui  étaient  voisines.  Toutefois,  au 
début  du  X®  siècle,  elle  reconnaîtra  encore  que  ces  cités  étaient 
arlésiennes  ^  ;  c'est  que  Nicolas  I^',  le  12  mai  864,  et  Jean  VllI,  en 
mai  878,  maintenaient  encore  la  division  de  450. 

Au  concile  de  794 ,  les  métropoles  arlésiennes  d'Embrun  et  d' Aix , 
comme  la  métropole  viennoise  de  Tarentaise,  demandèrent  à  être 
définitivement  reconnues  :  on  a  vu  que,  dès  le  milieu  du  v*^  siècle, 
celle  d'Embrun,  sous  Ingenuus,  avait  donné  des  signes  d'oi^a- 
nisation  et  que  celle  d'Aix,  héritière  des  traditions  de  Marseille, 
se  manifestait  par  son  abstention  aux  conciles  du  primat.  En  811 , 
la  Tarentaise  et  Embrun  sont  définitivement  au  nombre  des 
métropoles;  en  878,  Aix  aussi  *.  Bien  entendu,  le  métropolitain 
d'Arles  gardait  sur  Aix  et  Embrun  une  prééminence  primatiale 


\.  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  1452.  Ce  manuscrit  contient  un  exemplaire  do  la 
collection  canonique  oITerle  en  774  par  le  Pape  Hadrien  h  Charlemagne  : 
cet  exemplaire  a  été  transcrit  avant  869  (t^  i96  v»)  et  appartenait  à  cette 
époque  à  l'église  de  Vienne.  11  est  suivi  d'un  exemplaire  de  la  Notice  qui 
certainement  a  été  transcrit  à  Vienne,  car  il  mentionne  la  sujétion  à  Vienne- 
de  la  province  des  Alpes  Grées  et  Pœnines  (Duchesne,  t.  I,  pp.  208-209) 
Les  Viennois  y  reconnaissent  parfaitement  que  Viviers  et  Die  font  parlie 
de  la  province  d'Arles.  Plus  tard,  vers  913,  Tauteur  de  la  première  série 
des  faux  privilèges  de  Vienne  y  transcrivit  ou  fit  transcrire  ;>  202)  une 
pseudo-awc/orito«  destinée  à  prouver  la  sujétion  de  la  Maurienne  à  Vienne. 
Suit,  au  f°  202  verso,  1*"'  colonne,  le  début  d'un  précepte  de  Hodolphe,  roi  de 
Jurane,  qui  a  certainement  élé  écrit  par  Garnier,  notaire  de  la  chancellerie 
viennoise,  orij^ inaire  de  la  Bourgogne  allemande  (907-913)  et  dont  on  possède 
un  précepte  autographe  i4  avril  913).  On  peut  donc  se  demander  si  ce  Gar- 
nier n  a  pas  élé  l'auteur  ou  le  complice  des  faux  destinés  à  faire  de  Vienne 
un  siège  primatial  pour  l'ancien  diocèse  des  VII  provinces,  sauf  celle  d'Arles, 
et  pour  celle  des  Alpes  Grées.  Le  manuscrit,  peu  après  la  confection  des 
faux,  fut  donné  à  l'église  du  Puy  par  son  évèque  Adalard  (f°  2recto).  Le  ms. 
nouv.  acq.  lat.  1460,  un  peu  plus  tardif,  contient  une  nouvelle  transcription 
viennoise  de  la  Notice^  qui  se  décide  h  séparer  d'Arles  les  .cités  de  Die  (;l 
Viviers  pour  les  annexer  h  Vienne  (Duchesne,  t.  I,  p.  210,  note  2). 

?,  Dqchesue,  t.  I,  pp.  135  et  136, 


içii  *^  Tv.hZiii-^ir:  ^zx-.--.T^  âi  \'  -:-^îr  rt .  «iao*  le>  conciles  des  trois 
|/ro\iriC'-^  ppjvrrris'-il':^.  ^u  x:^**  sicvlr.  Tant  que  ces  sièg^es  ont 
exista,  ^.frlui  d'Ari*^  d  î-trir  le  prvrmirr  r^n^.  A  la  vrrité,  rassem- 
h\rf  jruénl^  drrs  Etàt>  d-r  Pn:«Tence  se  tenait  dans  les  der- 
uur^  temps  à  L^nil>=-s*:,  rn  pr>rsence  de  l'homme  du  roi,  c'est-à- 
dirr  d*-  l'intendant,  et  sous  la  pivsiden*:-e  de  rarchevê^jue  d'Aix, 
pp  rnier  procureur- n«:  du  pï^ys.  qui  jouissait  de  cette  préroga- 
liv.'  c»*mme  suppléant  le  s^juveniin  et  le  ^t-iuvemeur  absents  *. 
M;ji**  ce  choix  de  I  archevêque  d'Aix  au  lieu  de  l'archevêque 
d'Arles  s'explique  par  des  faits  particuliers  :  la  cité  d'Arles 
étant  villt^  ini{>ériale  et  le  tern^ir  d'Arles  étant  placé  dans  le 
district  des  terres  adjacentes.  c'éUiit  Aix.à  S4in  défaut,  qui  était 
d»'V<-nue  la  capitaK*  oflicirlle  du  comté  de  Provence. 

C«'  que  les  évéques  niétro|>olitains  d'Arles,  primats  de  Pro- 
vence, f>erdirenl  tout  a  fait,  «.e  fut  le  |)atriarcat  des  Gaules.  Ils 
le  |>«'rdirent  au  milieu  du  vr  siècle.  Les  évéques  métropolitains 
do  Lyon,  primats  de  l'ancien  diocèse  romain  des  Gaules,  leur 
succéd<'n-nt  dans  ce  rôle  patriarcal  qui  mettait  son  titulaire  au 
premier  ranjr  de  lépiscopat  tout  entier.  Ce  privilè^re  était,  d'ail- 
leurs, purement  honorifique.  Des  r»l9,  Tévêque  de  Lyon  souscrit 
le  premier.  Kn  552  c'est  celui  d'Arles  qui  reprend  cet  honneur  : 
rm  voit  que  Lyon  le  disputait  à  Arles  depuis  peu.  En  570, 
l'évéque  Nizier  parait  à  Lyon  avec  le  titre  de  patriarche  :  puisa 
M/icon.  de  même,  en  585  *.  son  successeur  Priscus.  L'évéque 
dWrles  |>erdait  du  terrain.  Pour  la  dernière  fois,  Virj^ile  re^^^ut 
riionneiir  traditionnel  du  vicariat  dans  les  Gaules  par  mandement 
du  12  «lont  595  '.  Le  premier  ran^  passe  décidément,  apK»s  lui,  à 
Lyon. 

C'est  la  riomination  franque.  récemment  établie  en  Provence, 
qui  «'t'iit  la  cause  de  ce  chan^^ement  d'influence.  En  531,  lesfds  de 
Clovis  sVîf aient  emparé  du  royaume  de  Bour«co^ne  qui,  au  sud, 
nV-tendait  sur  la  rive  franche,  jusqu'à  Valence,  Die,  Grenoble  et 

i.  A'-h.'ir'l,  firof/rafthie  flfl  In  Prnrenco,  l.  I;  Aix,  Calmon,  1787,  p.  241. 
■t,    hiM'hesiie,  I.   I,  p.  2."»2, 


LA    PROVINCE    ROMAINE  2S 

jusqu'en  Tarenlaise  K  Ce  royaume  survécut,  d'ailleurs,  aux  Bur- 
goudes  qui  l'avaient  créé  :  le  mérovingien,  qui  le  gouverna, 
régna  comme  roi  de  Bourgogne.  Mais,  sur  la  rive  droite.  Viviers 
en  fut  démembré  :  cette  cité,  au  lieu  de  continuer  à  dépendre  du 
royaume  de  Bourgogne,  se  trouva  rattachée  avec  l'Auvergne  au 
royaume  franc  d'Austrasie. 

'  \.  534.  «  Rcgos  Fraiicorum  Chihleberlus,  Chlotariiis  ctTheudeborlusBur- 
^undiam  ohtinnorunt  et  fug-nlo  Godomaro  rege  rognum  ipsius  diviscrunt  » 
(Miirii  ejmcopi  Aveniirensis  Chronica  ;  Mon.  Germ.  hist.  Aucl,  Aniiquhs,, 
t.  XF;  Chronica  minora,  1803,  p.  235). 


CHAIMTHK  II 


LA     PROVKNr.K     FIIANULE     ET   SES    PVTRICES 


I 

Lu    Pmvcnce  frHucn-auron/natc  rf  la  Provence    franco^ 
Loun/iiif/ nonne 

i:î«i-07îr) 

En  IVM\  \  la  Provence  passa,  à  son  tour,  des  Ostrogoths  aux 
Francs  :  la  répartition  fut  la  même.  Toute  la  rive  gauche  fut  rat- 
tachée au  rovaume  de  Ho:irgogne;  mais  la  cité  d'Uzès,  sur  la  rive 
droite,  se  trouva  jointe  à  Viviers  et  à  l'Auvergne  austrasienne. 
Gontran,  roi  de  Bourgogne  ^rîtJ  1-^)92  ,  obtint  en  îJTtî  de  TEmpire 
et  des  Lombards  la  c<»ssion  des  pavs  alpins  les  plus  rapprochés 
de  son  rovaume.  Il  annexa  ainsi  Suse,  Brianvon  et  la  Maurienne 
(jui  dépendaient  des  Alpes  (lottiennes,  Aosle  cpii  complétait  les 

l.  Pnx'opii  Ilistoriaiuin  lil)ri  VIII  ;  I,  r.  I.'i;  III,  c.  X\:  (^.nrp.  acripl.  IlUt. 
%3.,t.  XVI,  pp.  71-73,   'tir,-il7. 

Marorlliiii  Cliroiiiroii,  ;;:\ii;  Mon.(ior/n.  fiist.  Aurl.  .[ntiifuisit.,i.  XI,  p.  lOi. 

IVM).  «  Th(Mul(>l»orliw  rrx  Fraucoruin  Italinm  inj^^ressus  Li^urinm  .Kini- 
liaiii(pjtMlrvar>lavil  ■•  //>/</.,  p.  '2'M't  .  Piiisipu*  Tlii'uMlt'luTl  péiiôlre  [Jar  la  Lijru- 
rio  (Ml  Italio,  «'t'sl  «pi'il  poss«Ml;iil  drpui*^  peu  la  ProMMirc. 

■»3l).  •<  Tlicudihortus  Fraiicorinn  n»\  niin  iiia^MUM'XtMrilu  atlvcnious  Ijjru- 
riain  lotaimpir  dcpniMlal  .Kiniliaiii  (  MMiiiaiu  oppulum  in  litus  TvrrluMii  maris 
siluin  (»v(»rtil  ac  pravlal...  parisiviis  cum  Ht'lisari»)  atl  (iallias  ivvcMlilur  •• 
(Marcelliiii  V.  C.  tomilis  chronicoii.  Atldit.tnn^ntum  .Mi.V.'iiN;  Mon.  (ierm, 
fiisl.  Aiirf.  Antiffiiiss.,  [.Wjlhronicu  minttni.  vol,  II,  IHi»3,  n.  101»), 


LA    PROVENCE   FRANQUE  ET    SES    PATR1CES  27 

Alpes  Pœnines  déjà  entre  ses  mains  K  Mais,  par  contre,  TAus- 
trasie,  qui  possédait  Viviers  et  Uzès,  voulait  avoir  un  accès  à  la 
mer.  Pour  cela,  dès  le  début  de  son  règne,  Contran  avait  dû  lui 
céder  les  territoires  d'Avignon,  d'Aix  et  la  moitié  de  celui  de  Mar- 
seille *.  Désormais,  il  y  eut  une  Provence  bourguignonne  et  une 
Provence  austrasienne  :  Grégoire  de  Tours  nomme  celle-ci  la 
Provence  marseillaise,  par  opposition  à  la  Provence  arlésienne. 
Il  serait  plus  exact  de  la  dénommer  auvergnate  qnaustrasienne, 
car  cette  part  de  la  Provence  se  reliait  directement  à  l'Au- 
vergne par  Uzès  et  Viviers.  L'Auvergne,  de  son  côté,  dépen- 
dait du  royaume  d'Austrasie  ;  mais  elle  en  était  séparée  par  la 
Bourgogne.  L'Auvergne  et  la  Provence  auvergnate  formaient  donc 
un  territoire  d'un  seul  tenant  dont  le  centre  politique  était  forcé- 
m?nt  l'Auvergne,  pays  plus  considérable  et  plus  rapproché  de 
TAustrasie  :  la  partie  de  la  Provence  qui  lui  était  jointe  en  for- 
mait la  marche^  c'est-à-dire  Textrémité  la  plus  éloignée  ^.  La 
Provence  burgonde  était  gouvernée  par  un  haut  fonctionnaire 
auquel  on  donne  soit  le  titre  franc  de  duc,  soit  plutôt,  en  raison  de 
l'empreinte  romaine  gardée  par  ce  pays,  le  titre  impérial  de 
patrice.  La  Provence  austrasienne  en  avait  un  de  même  rang.  A 
l'égard  de  celle-ci,  la  prédominance  auvergnate  se  révèle  nette- 


i.  «In  compositionc  Auguslam  et  Sccusiam  civitates  cum  integro illorum 
lerrilorio  populo  el  partibus  Guntcchramno  Iradiderunt  »  (Fredegarii 
Cshron.,  1.  IV,  cap.  45  ;  Mon,  germ.  hist.  Script,  rer.  merov.^  t.  II,  p.  143). 

2.  Duchesne,  t.  I,  pp.  81  el  82,  noie  1. 

3.  581.  «  Eo  aono  Mummolus  palricius  cum  uxorc  et  fîliis  et  multitudine 
familiœ  ac  divitiis  multis  in  marca  Childiberli  régis,  id  est  Avinione,  confu- 
gil  »  (Marii  episcopi  Aventirensis  chronica,  455-681;  Mon.  Gerni.  hUtor. 
Auctor  Antiquiss.^l.  XI;  Ctironica  minora,  1893,  p.  239).  Mummole,  patrice 
de  la  Provence  bourguignonne,  se  réfugie  ainsi  dans  la  Provence  auver- 
gnate et  austrasienne,  qualifiée  de  marca  pour  la  première  fois.  La  Pro- 
vence auvergnate  était  la  mnrche  de  l'Auvei'gne  el  de  TAustrasie  comme 
la  Provence  bourguignonne  était  la  marche  de  la  Bourgogne  francjue. 

585.  «  Igitur  Guntchrammus  rex...  omnem  ei  provinciam  Arelatensem 
commisit...  Anno  quoque  duodecimo  Childeberti  régis  [587],  Nicecius 
Arvernis  rectur  Massiliensis  provincie...  est  ordinatus.  »  (Greg.  Tur.,  //w/, 
Franc,  VÏII,  30.  43  ;  cf.  II.  32  ;  IV,  5,  44,  IX,  •?  ;  X,  ?5), 


28  LA  i»Rovi:Nr.E  or  imikmier  ai*  xir  siècle 

meut.  Los  patrioes  de  lu  Provence  marseilliiise,  Gontran-Boson 
en  .'JSi,  Nizier  en  .'587,  venaient  (l'Auver*çne.  Saint  Prix,  évéque 
dWuverpne,  fut  massacré  à  Volvic,  le  2.*)  janvier  076  ;  il  était 
allé  célébrer  avec  C.hildéric  II,  roi  dWustrasie,  les  fêtes  de  Pâques 
à  Autun  Tannée  précédente  '.  Son  assassinat  fut  une  vengeance 
provenant  de  ce  que  Childéric,  peut-être  sur  Tavis  de  Tévêque, 
avait  mis  à  mort  Hector,  son  patrice  de  Provence.  L'évêque  tué 
fut  remj)lacé  par  Avitus  II  et  le  propre  frère  d'Avitus  II,  nommé 
Bonnet,  fut  nommé  j)atrice  de  la  Provence  austrasienne.  Ces 
faits  sullîsent  à  prouver  Tintluence  auver^^nate. 

I^i  Provence  austrasienne  se  composait  ainsi  de  Viviers, 
d'Uzês,  d'une  part  du  terroir  d'Avip^non,  de  tout  le  pays  d*Aix 
et  de  la  moitié  de  celui  de  Marseille.  11  est  clair  que  le  roi  de 
Bourgo^^ne  avait  tenu  à  se  réserver  le  territoire  du  grand  port 
d'Arles,  capit<ile  de  la  Provence.  De  plus,  il  n'avait  voulu  céder 
qu'une  moitié  de  celui  de  Marseille,  comme  accès  à  la  mer. 
Mais,  pour  relier  à  la  rive  droite  du  Rlione  le  littoral  cédé,  il 
avait  dii  donner  la  banlieue  d'Avignon  et  Aix  :  Arles  se  trou- 
vait donc  isolé  du  reste  de  la  Provence  bourguignonne. 


S;  ^''^  —  Les  terres   adjacentes,   enclaves  de   Li    Provence 
bnurf/uif/nonne. 

Le  territoire  d'Arles,  dans  l'organisation  administrative  de  la 
Provence,  telKM|u'elle  dura  jus(|u'à  la  Hévolution,  faisait  bien  par- 
tie de  la  province  de  Provence,  mais  non  pas  du  «  pays  et  comté» 
de  Provence.  La  province,  dont  la  capitale  était  Arles,  compre- 
nait non  seulement  le  «  pays  et  comté  »,  dont  le  chef-lieu  était 
Aix,   mais  encore  les  o  terres  adjacentes  >»  \  Or,  à  première  vue 


\.   I)ucho**nc,  t.  11,  p.  37. 

2.  Li\  proviiico  comprenait,  au  xiir' siôrlo,  les  comtés  do  Nice,  ileDioiselde 
Forcalquicr,  le  (^omtnt  Vcnaissin,  chcf-litMi  (^arpentras,  la  principauté  d'O- 
ranj^'O,  l'étal  d'Avi^^ion,  les  terres  adjacentes  et  le  comté  do  Provence,  chef- 
lieu  Aix.  Le  Comtat,  la  principauté,  Avij^non  et  Nice  ayant  passé  sous  une 


LA  PROVENCK  FRANQL'E   ET    SES    PAïRICES  29 

on  ne  distingue  pas  la  raison  pour  laquelle,  à  Tépoque  moderne, 
les  terroirs  d'Arles,  des  Baux,  de  Salon  et  de  Marseille  faisaient 
partie  de  ces  terres.  L'origine  et  l'explication  de  cet  état  de  choses 
doivent  remonter  à  la  séparation  de  la  Provence  en  Provence 
bourguignonne  et  Provence  austrasienne,  c'est-à-dire  au  temps  de 
Contran.  En  effet,  les  Baux,  Salon  et  Arles  étant  désormais  séparés 
du  reste  de  la  Provence  bourguignonne,  leur  terroir  se  trouva  dans 
la  position  d'une  terre  adjacente  ;  ainsi,  plusieurs  siècles  plus  tard 
Grignan  et  Mondragon  le  devinrent,  en  raison  de  la  domination 
papale  sur  le  Comtat.  Si  donc  le  terroir  de  Marseille  a  été  rangé 
comme  celui  d'Arles  parmi  les  terres  adjacentes,  c'est  qu'il  était 
de  même  séparé  par  la  Provence  austrasienne  du  reste  de  la 
domination  bourguignonne  :  on  sait  que  le  roi  de  Bourgogne  en 
avait  cédé  la  moitié.  Pour  se  rendre  compte  des  limites  exactes 
de  la  Provence  bourguignonne,  il  faut  consulter  une  carte  de 
la  province  dressée  avant  la  Révolution.  Celle  qui  est  due 
à  Guillaume  de  l'Isle,  plus  détaillée  que  les  précédentes,  peut 
suffire  *  :  elle  donne  à  la  fois  les  limites  des  diocèses  provençaux 
et  celles  des  circonscriptions  administratives  qui  y  correspon- 
daient plus  ou  moins.   Les  21   diocèses  du  comté  et  des  terres 

domination  étrangère,  le  Diois  et  une  partie  du  comté  de  Forcalquier  ayant 
été  annexés  au  Dauphiné  ne  firent  plus  partie  de  la  province  (jue  de  nom  : 
elle  continua  à  comprendre  les  terres  adjacentes  et  le  comté.  Les  terres 
adjacentes  formaient  trois  groupes  :  1°  Arles,  les  Baux,  Salon,  Marseille  et 
leur  terroir;  2°  le  comté  de  Grignan,  avec  Chantemerle,  Colonzelles,  Mont- 
ségur,  Réauville  et  Salles;  la  terre  d'Allan;  la  baronnie  de  Mondragon; 
30  la  préfecture  de  Barcelonnette  et  de  sa  vallée.  Les  terres  adjacentes, 
comme  le  comlé,  ressortissaient  au  parlement  de  la  province  et  à  la  géné- 
ralité; mais  le  comté  était  administré  par  les  procureurs  du  pays,  tandis 
que  les  terres  adjacentes  étaient  administrées  directement  par  Tintendant 
de  la  province.  Si  Barcelonnette  fait  partie  des  terres  adjacentes,  c'est  en 
raison  de  sa  longue  dépendance  des  comtes  de  Savoie  ;  si  Grignan,  Allan 
et  Mondragon  en  font  également  partie,  c'est  parce  que  le  Comtat  Venaissin 
devenu  étranger  les  séparait  du  Comté  de  Provence. 

1.  (^arte  de  Provence  et  des  terres  adjacentes.  Par  Guillaume  de  Tlsle 
de  l'Académie  Royale  des  sciences  à  Paris.  Amsterdam,  chez  Jean  Cdvens 
et  Corneille  Mortier.  Géographes.  592  ™°»  de  large  et  471  ™™  de  haut.  On  peut 
contrôler  les  limites  données  aux  vigueries  dans  cette  carte  par  un  document 
officiel  :  Affouagemcnl  des  villes  et   lieux  du  pays  et  comlé  de  Provence 


30  LA   PROVENCE    DL    PREMIEK   AU    Xll*'    SIÈCLE 

adjacentes*  se  répartissaient,  dans  le  comté,  en  10  sénéchaus- 
sées 2,  22vijjueries  •*  et  2   vallées^;  dans  les    terres  adjacentes, 

suivant  les  Pmcédiiros  faites  en  1728,  1730,  1731  et  1733,  et  les  Délil>éra- 
lions  prises  dans  les  Assemblées  générales  des  (Communautés,  et  suivant, 
les  réductions  el  susjyensions  de  Feux  accordées  par  les  Assemblées  sui- 
vantes, et  notamment  par  TAssemblée  de  Messieui*s  les  Pix)cureurs  du  Pays 
nés  et  joints  des  mois  de  Mai,  Juin  et  Juillet  177t),  ratifiée  par  l'Assemblée 
générale  des  Communautés  publiée  le  7  Décembre  suivant.  A  Aix,  (-hez 
Esprit  David,  Imprimeur  du  Hoi,  du  Pays  et  de  la  Ville,  1777,  in-4  de  42  pp. 
La  ville  d'Arles  était  atTouagée  pour  2(MJ  feux;  celle  d'Aix,  capitale  du  i>ays 
et  oomlé,  était  laissée  à  93  feux  en  raison  de  ses  privilèges. 

1.  Die  (Grignan  et  Salles  :  Rémuzat),  Saint-Paul  -  Allan  ;  Réauville,  Chante- 
merle,  Colonzelle,  Monlségur;,  Orange  (Mondragon)  ;  Carpentras  (Aurel,Saull 
Monieux,  Saint-Lambert,  Bezaure,  Murs);  Cavaillon  =  Cordes,  Goult,  Beau- 
mettes,  Mérindol)  ;  Avignon  (rive  gauche  de  la  Durance);  Arles  (rive  gauche 
du  Uhone  et  Camargue);  Marseille,  Toulon,  Aix,  Fréjus,  Grasse,  Venee, 
(sauf  Bouyon,  «Château  Far.ion»»,  c'est-à-dire  le  clos  Martel,  le  Broc,  Carros 
el  Galtières),  Senez,  Glandèves  sauf  Péone,  Beuil,  Uigaud,  Pugel-Théniers 
en  partie,  Ascros,  Pierrefeu.  Malaussène,  Hevest,  Bonson,  Gilette, Tourelle, 
Toudon,  les  Ferres,  Conségudes,  les  deux  Hociuestéron,  Sigale,  Aiglun  elle 
Mas:;  Embrun  1  vallée  de  Barcelonnetle  el  rive  gauche  de  la  Durance  depuis 
Pontis,  sauf  Hochebrune  el  Beaufort),  Digne,  Biez,  Gap  (rive  gauche  de  la 
Durance,  sauf  fraction  do  la  commune  de  Tallard;  en  plus,  sur  la  rive 
droite:  Esparron,  Barcillonnette  el  Vitrolles;  fraction  de  la  commune  de 
Sisteron  |»lacée  sur  la  rive  gauche  du  Buëch  et  Mison  ;  Eygalayes, Sederon  et 
Barret-de-Lioure,  Lemps,  La  Charce,  Pommerol,  (^ornillon  et  (-ornillac), 
Sisteron  sauf  Curel  et  le  petit  Diocèse,  mais  cependant  Saint-May,  Apt 
(sauf  Bonnieux'.  Les  diocèses  <le  Viviers,  d'Uzès  el  de  Nice  ne  donnaient 
rien  au  comté  ni  aux  terres  adjacentes.  Par  Fart.  X  du  traité  du  24  mars 
1700,  la  Provence  perdit,  au  diocèse  de  Glandèves,  (luillaumes,  Daluis, 
Auvare,  Saint-Léger,  la  Croix  et  Puget-Roslang,  la  Penne,  Saint-Antonin, 
Cuébris  et  Bo(piestéron  (rive  gauclie).  Elle  ac<iuit,  au  môme  diocèse,  Aiglun, 
Bocpiestéron  (rive  droite),  Conségudes,  les  Ferres  et,  au  diocèse  de  Vence, 
Bouyon,  le  Broc,  Carros,  Galtières. 

2.  Aix,  ForcaI([uier,  Draguignan,  Digne  (l"»3r)),  Ilyères  (1542-1618,  1619- 
16'*2,  1665),  Grasse  (1574),  Brignoles  (1575-1."»75,  157S),  Sistert)n,  (^astel- 
lane  (1639),  Toulon  (1618-1610,  HU2).  Sur  les  sénéchaussées,  voir  V»«de 
Gérin,  Xotire  nnr  les  aéfu^rhauHSt^es  de  Provence,  suivie  de  la  liste  des 
sénéchaux  et  de  celles  des  lieutenants  généraux  et  particuliers.  Avi- 
gnon, Seguin,  1889.  Il  y  a  eu  d'abord  un  grand  sénéchal,  puis  le  26  jan- 
vier 1307  trois  sénéchaussées,  six  en  mars  1535,  sept  en  1542,  huit  en 
1574,  neuf  en  1575,  onze  en  1639  et  douze  à  partir  de  1665. 

3.  Aix,  Tarascon,  Forcalcjuier,  Sisteron,  tirasse,  Ilyères,  Draguignan, 
Toulon,  Digne,  Saint-Paul,  Moustiers,  (^aslellane,  Apt,  Saint-Maximin, 
Brignoles,    Barjols,    Annot,    Colmar*^,  Seyne,  Lorgnes,  Aups,  Guillaumes. 

4.  Val -de- Barre  me  et  Val-de-Sault.  La  vallée  de  Sault  contribuait  avec 


LA    PROVENCE   FUANQUE    ET   SES    PAïRlCES  31 

en  2  sénéchaussées,  2  vallées  et  2  baronnies'.Il  a  été  dit  que 
TAustrasie  avait  reçu  une  part  du  territoire  d'Avignon,  celui  d'Aix 
avec  la  moitié  de  celui  de  Marseille,  afin  d'accéder  à  la  mer^. 
Ceci  posé,  quand  on  a  la  carte  de  Guillaume  de  Tlsle  sous  les 
yeux,  il  devient  à  peu  près  évident  que  la  Provence  auvergnate 
a  été  exactement  composée  alors  de  TEtat  d'Avignon,  sur  la 
rive  droite  de  la  Durance,  des  vigueries  de  Tarascon  et  d'Aix, 
sur  sa  rive  gauche,  auxquelles  il  faut  très  probablement  joindre 
celles  de  Saint-Maximin  et  de  Brignoles.  En  elTet,  TEtat  d'Avi- 
gnon, placé  hors  du  Comtat  Venaissin,  ne  comprenait  sur  la  rive 
gauche  du  Rliône  et  la  rive  droite  de  la  Durance  que  les  terroirs 
d'Avignon  et  de  Morières.  Au  nord  de  la  Durance  et  à  l'est  du 
Rhône,  le  reste  du  territoire  de  l'ancienne  cité,  c'est-à-dire  du  dio- 
cèse d'Avignon  encore  existant  à  l'époque  du  géographe  consulté, 
faisait  expressément  partie  du  Comtat  Venaissin.  Les  biens  de  l'ar- 
chevêché formaient  seuls  exception,  en  raison  de  ce  que  l'arche- 
vêque avait  le  privilège  de  l'immédiateté.  Sur  la  rive  gauche  de  la 
Durance,  la  viguerie  de  Tarascon  comprenait  la  circonscription 
du  diocèse  d'Avignon,  auquel  se  joignaient  le  surplus  du  ^terri- 
toire de  la  commune  de  Tarascon,  les  communes  de  Maillanne, 
du  Masblunc  et  de  Mollèges  qui  dépendaient  du  diocèse  d'Arles. 
Deux  enclaves  extérieures  se  rattachaient  k  la  viguerie  de  Taras- 
con :  la  première  comprenait  la  commune  actuelle  de  Cornillon,  où 
se  trouvent  Cornillon  proprement  dit  qui  dépendait  d'Arles,  et 
Comphoux  qui  dépendait  d'Aix.  La  seconde  comprenait  le  terroir 
d'Albaron,  sur  le  petit  Rhône  et  dans  la  Camargue,  qui  dépendait 
du  diocèse  d'Arles.  Quant  à  la  viguerie  d*Aix,  elle  ne  comprenait 
qu'une  partie  du  diocèse  d'Aix  :  en  effet,  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance,  seul  le  terroir  de  Pertuis  en  dépendait.  Les  vigueries 

la  viguerie  (J'Apt  ;  la  vallée  de  Cornillon,  comme  Lemps,  Sederon,  Eyga- 
layes  el  Barret,  dépendait  de  la  viguerie  de  Sisleron  ;  Les  Omergues,  de 
la  viguerie  de  Forcalquier. 

1.  Sénéchaussées  d'Arles  et  de  Marseille  :  vallées  de  Barcelonnette  et 
d'Entraunes;  haronnies  de  Grignan  et  de  Mondragon. 

2.  Duchesne,  t.  I,  p.  82,  note  1.  — Gregorii  Tur.,  Ilisl.  Franc,  IV,  44;  VI, 
2,   11,  31  et  33;  IV,  30;  VI,  1,  43,  45;  Gloria  conf.  60. 


32  LA    PROVE.NCK    Dl'    PRKMIER    AU    XU«  SIÈCLE 

d'Apt  et  de  Forcalquier  se  partageaient  le  reste,  la  première  du 
Puget  k  Villelaure,  la  seconde  de  la  Tour  d'Aiguës  *  à  Sainte- 
Tulle  '.  Sur  la  rive  gauche  de  la  Durante,  la  viguerie  d'Aix  ne 
comprenait  pas  davantage  tout  le  diocèse.  Les  vigueries  de  Bar- 
jols,  de  Brignoles  et  surtout  de  Saint-Maximin  s'en  parta- 
geaient une  notiible  portion  3.  Par  suite,  en  quittant  la  Durance 
à  Test,  les  localités  extrêmes  englobées  [>ar  la  viguerie  d'Aix 
du  nord  au  sud  étaient  Saint-Paul  \  Hians,  Artigues,  Puylou- 
bier  et  Trets  ;  là,  sa  limite  rejoignait  à  angle  droit  la  limite 
méridionale  du  diocèse.  A  l'ouest,  au  contraire,  la  viguerie  d'Aix 
suivait  exactement  la  frontière  du  diocèse  du  nord  au  sud  par 
Mallemort,  AUeins,  Aurons,  Pélissanne  et  Lançon.  Elle  englo- 
bait  donc   les  enclaves    du   Vernègues,  dépendant   du   diocèse 

1 .  Les  localilés  de  la  Tour  d'Aif^uos,  Cabrièrcs  d'Aipues  et  Peypin 
d'Aif^ues  liront  leur  surnom  du  fait  qu'elles  dépendaient  de  la  cité  et  du 
comlé d'Aix.  L'acle  de  Saint-Victor,  n°  400, daté  de  iOr»0-10f)4,  porle:  EgoUgo 
Fiilconisdo  Ttirri  doAquis.W  ne  faut  donc  pas  écrire  :  la  Tour  d*Aijçuès,  mais 
))i<Mi  la  Tour  d'Aij^ues.  Le  pays  d'Aix,  c'est  l'Aixciset  non  pas  Tu  Aiguës», 
nom  qui  n'existe  pas.  l'n  acte  de  Monlmajour  daté  à  peu  pri»s  de  la  même 
é(>oque  que  celui  de  Saint-Victor,  c'esl-à-dire  de  mars  1032,  sufGl  aie  prou- 
ver :  in  comilatu  Af/uense  seu  Assuemto  \^Chîin\.Q\oii^  Ilisl,  de  Monlmajour^ 
Hrv.  (le  Provence,  l'"'"  année,  p.  120  .  Dès  le  "1%  juin  840,  les  chartes  de 
Saint-Viclor  donnent  in  pstgo  Af/uense  seu  Exuense  (Cart,  de Sainl^Victor 
n"  28). 

2.  Jusqu'au  xii**  siècle,  au  moins,  Sainte-Tulle  a  dépendu  du  diocèse 
d'Aix;  plus  tard,  celle  localité  a  été  rattachée  au  diocèse  de  Sisleron. 

3.  La  vi^Mierie  de  Harjols  comprenait  surtout  des  localités  tirées  des 
«liocrses  de  Fréjus  et  de  Hiez  ;  d'Aix,  elle  n'avait  ({ue  Cadarache,  Vinon, 
(iiuîiHservis,  UrueAuriac  et  Châleauverl. 

I.a  vi^cuerie  de  Hrijj^noles  était  tirée  des  diocèses  de  Fréjus,  Toulon 
et  .MarseilU?,  mais  surtout  du  diocèse  d'Aix  dont  elle  avait  Correns,  le  Val, 
iJri^MioIrH,  (iauq>s,  Hessc,  Garéoult,  La  Hoquehrussane  et  la  Celle.  A  Mar- 
M'ille,  <'IIe  em|>runlail  Méounes,  Sij^nes.  A  Toulon,  elle  prenait  Néoules. 
\  Fnjus,  Fiassans.  Cahasse,  Carcès,  Montforl  et  Vins.  Enfin  la  vig-uerie 
d<î  Saint-Maximin  était  tirée  presque  entièrement  du  diocèse  d'Aix,  auquel 
l'Ile  joignait  quelques  localités  du  diocèse  de  Marseille.  Aix  lui  fournissait 
.Ma/;Hij,MH's,  nf)ugiers,  Tourves,  Sainl-Maximin,  Bras,  Seillons,  Saint-Mar- 
tin, Ksparron,  Ollières,  Pourrièn's  et  Pourcieux. 

Marseille  fournissait   Sainl-Zacharie,  Nans,   le  Plan  d'Aups   et   Riboux. 

4.  En  partie  seulement,  car  la  fraction  de  Cadarache  sur  cette  commune 
appartenait,  semble-l-il,  ù  la  viguerie  de  Barjols. 


LA    PROVENCE   FRANQLE    ET   SEA   PATRICES  33 

d*Arles,  et  de  Saint-Cannat  dépendant  du  diocèse  de  Marseille. 
A  partir  de  Lançon,  se  manifeste  une  tendance  contraire  à 
celle  qu'on  a  observée  au  nord  et  à  Test  de  la  viguerie  :  au  lieu 
de  laisser  en  dehors  de  ses  limites  une  fraction  notable  du  dio- 
cèse, elle  empiète  sur  le  diocèse  voisin  d'Arles,  avec  le  but  évi- 
dent d'embrasser  Tétang  de  Berre  et  d'atteindre  le  golfe  de 
Fos,  c'est-à-dire  Tembouchure  du  grand  Rhône.  Pour  cela,  sa 
limite  abandonne,  à  partir  de  Lançon,  la  direction  nord-sud;  elle 
tourne  à  Fouest  en  suivant  les  terroirs  de  Grans,  Miramas, 
Istres  et  Fos.  La  viguerie,  entre  Lançon,  Grans,  Miramas  et 
Saint-Chamas,  contenait,  on  Ta  vu,  une  enclave  de  Tarascon  qui 
comprenait  Comphoux  et  Gornillon. 

Le  terroir  dlstres  dépendit  finalement  du  diocèse  d'Aix,  mais  la 
création  de  cette  enclave  doit  remonter  h  1054  seulement.  De 
plus,  au  début  du  xii®  siècle,  Arles  et  Aix  se  contestaient  Gornil* 
Ion  et  Miramas  *  ;  ces  dernières  prétentions  d'Aix  sont  forcément 
postérieures  à  la  création  de  Tenclave  d'Istres.  Avant  1054,  toutes 
les  localités  qui  bordent  Tétang  de  Berre  dépendaient  du  diocèse 
d* Arles,  même  Saint-Ghamas.  Gette  paroisse  dépendait  tempo- 
rellement  du  comté  d'Aix;  au  point  de  vue  spirituel,  elle  rele- 
vait, comme  les  autres,  de  Téglise  d'Arles  *^.  L'évêque  d'Aix 
n'avait  donc  rien  autour  de  l'étang,  à  mi-chemin  d'Aix  et  d'Arles  : 
il  s'en  plaignit  et  c'est  pour  cela  que  l'archevêque  d'Arles,  en 
1054,  lui  concéda  Istres. 

En  somme,  le  diocèse  d'Arles,  si  réduit  qu  on  le  veuille,  a 
toujours  compris  le  littoral  depuis  Fos  jusqu'à  Garry  et,  depuis 
1054,   il    s'est    réservé    le   pourtour  méridional  de    l'étang   de 


1.  Albanès,  Gatlia  christiana  novissima.  Arles,  n®  389,  col.  164-103. 
Lalran  7   avril    [1123J.   «   (^alistus...  arcliiepiscopo  Agicnsi...  occasione 

duarum  ccclesiarum  de  Castro  Miramas  et  de  Cornelione...  si  auteiu  prae- 
dictasduas  eccicsias  de  tua  esse  diœccsi  asseris,  cum  Arelalensi  archiepis- 
copo,  qui  casdem  similiter  vendicat,  inde  contendcs...  »  (Ghantelou, 
Hist,  de  Monlmajoury  Rev,  hislor.  de  Provence,  1'''^  année,  p.  237). 

2.  Arles,  l""  mars  [969],  «  castrum  vetustissimum  incomitatu  Aqueuse... 
Sauclum  Amantium...»  {Gall.  noviss,  Arles,  n°  271,  col.  116-117).  H  dépen- 
dait dès  lors  de  l*archevèque  et  de  Téglise  d'Arles. 

Mém.  et  Doc.  de  l  École  des  Charles.  —  Vil.  3 


34  LA    PROVENŒ   DL    PKKMllJt    AU    Xll^'   SIÈCLK 

Berre,  depuis  Marligues  jusqu  a  Berre,  en  abandonnant,  à  litre 
d'enclave,  le  pourtour  septentrional  de  cet  étang  au  diocèse 
d*Aix.  Ainsi  la  viguerie  d'Aix  empiétait  sur  le  territoire  arlé- 
sien  pour  obtenir  l'accès  de  la  mer  et  du  Rhône.  Au  sud,  cette 
tendance  de  la  viguerie  à  empiéter  hors  du  diocèse  est  encore 
plus  manifeste  :  elle  englobe,  toujours  pour  accéder  à  la  mer,  les 
trois  quarts  du  diocèse  de  Marseille.  A  l'occident,  ce  ne  sont  que 
quelques  localilés,  pour  lui  permettre  de  voisiner  avec  la  rade  de 
Marseille:  le  Rove,  sur  le  littoral,  puis  les  Pennes,  Saint-Victoret 
et  Septèmes.  Mais  à  Torient,  la  viguerie  d'Aix  absorbe  à  peu  près 
tout  le  diocèse  de  Marseille,  sauf  les  localités  de  Saini-Zacharie, 
Nans,  le  Plan  d'Aups  et  Hiboux  quelle  laisse  à  la  viguerie  de 
Sain t-Maxi min  ;  sauf  aussi  celles  de  Méounes  et  Signes  qu'elle 
laisse  à  la  viguerie  de  Brignoles.  Elle  empiète  même  sur  le 
diocèse  de  Toulon  à  qui  elle  emprunte  les  localités  d'Evenos, 
Ollioules,  Sanary  et  Bandol.  A  partir  de  Trets,  dernière 
localité  du  diocèse  d'Aix,  la  limite  de  la  viguerie  passe  en 
elTet  par  Auriol,  Gemenos,  Cuges,  le  Castellet,  le  Bausset, 
dans  le  diocèse  de  Marseille,  et  Evenos,  Ollioules,  Sanary 
dans  le  diocèse  de  Toulon.  Par  Ollioules,  elle  voisinait  avec  la 
baie  de  la  Seyne  et  Toulon  à  Test  ;  elle  aboutissait  à  la  mer  par 
les  baies  de  Sanary  et  de  Bandol. 

Ainsi  Marseille  ne  conserve  que  sa  banlieue  :  seules  les 
localités  qui  actuellement  sont  placées  sur  le  territoire  de  sa 
commune  continuent  à  en  dépendre.  La  viguerie  d'Aix  s'éten- 
dait donc  sur  le  littoral  du  golfe  arlésien  de  Fos  au  port  mar- 
seillais de  Niolon  ^  puis  du  port  marseillais  de  Cassis  au  port 
toulonnais  de  Bandol  et  Sanary.  Par  contre,  elle  abandonnait  tout 
ce  qui  dépendait  du  diocè.se  au  delà  de  la  Durance,  sauf  Pertuis. 
Cette  circonscription  répond  merveilleusement  aux  besoins  qui 
tirent  se  constituer  la  Provence  auvergnate  au  profit  de  TAus- 
trasie.  La  banlieue  dWvignon,  qui  plus  tard  formera  l'Etat  pon- 
tifical d'Avignon,  jointe  à  la  partie  de   son  diocèse  placée  sur  la 

1.  Sur  la  cominuue  du  Rove. 


LA   PROVENCE   FRANQl'E   ET    SES    PATRICES  33 

rive  droite  du  Rhône,  permettait  aux  Austrasiens  de  franchir 
ce  fleuve  et  d'en  dominer  le  cours.  La  viguerie  deTarascon  avec 
la  station  d'Albaron  enclavée  en  Camargue  leur  permettait  de 
descendre  le  Rhône  jusqu'en  face  d'Arles,  puis  de  relâcher 
le  long  du  petit  Rhône,  avant  d'aboutir  à  la  mer.  La  viguerie 
d'Aix  laissait  de  côté  le  territoire  placé  au  delà  de  la  Durance 
qui  ne  leur  était  d'aucune  utilité,  sauf  la  station  de  Pertuis  placée 
sur  ce  cours  d'eau  ;  elle  faisait  d'eux  les  maîtres  absolus  de 
Tétang  de  Berre,  les  voisins  de  l'embouchure  du  grand  Rhône 
et  du  port  de  Marseille  dont  ils  occupaient  la  rade  en  partie  ; 
enfin,  elle  leur  donnait  la  baie  de  la  Ciotat  et  le  voisinage  de 
Toulon.  Les  cités  de  Marseille  et  d'Arles  devenaient  des  enclaves 
bourguignonnes,  des  «  terres  adjacentes  »  de  la  Provence  qui 
demeurait  à  Contran  K  Pour  bien  apprécier  ce  partage  de  la 
Provence  amené  par  le  souci  d'ouvrir  à  l'Austrasie  la  voie 
commerciale  du  Midi,  il  faut  se  rappeler  que  les  principaux 
bureaux  de  douane  étaient,  pour  le  commerce,  Toulon,  Marseille, 
Fos,  Arles,  Avignon,  Soyons,  Valence,  Vienne,  Lyon  etChalon  *. 


§  2.  —  Les  jK>sles  militaires  auvergnats  aux  frontières, 

La  domination  austrasienne,  exercée  par  l'intermédiaire  de  l'Au- 
vergne, n'est  pas  sans  avoir  laissé  des  traces.  Mont-de- Vergues, 
élévation  placée  à  l'extrémité  du  terroir  de  l'Etat  d'Avignon,  vers 
l'orient,  est  le  souvenir  d'un  montem  Alvernicum  'K  Plus  bas, 
dans  la  viguerie  d'Aix,  à  proximité  de  la  terre  adjacente  la  plus 
orientale,  se  trouve  le  Vernègues  qui  répond  à  un  castrum  Alver- 


1.  Le  terroir  de  Salon  n'est  pas  une  enclave  :  il  se  relie  directement  entre 
Grans  (viguerie  d'Aix)  et  Eyguières  (viguerie  de  Tarasconi,  au  terroir  de  la 
commune  d'Arles  et  autres  terres  adjacentes  arlésiennes. 

2.  Marculfi,  Formuiarum  supplementum,  n"  1 .  — Mon.  Germ.  histor.  Leguin 
Sectio  V,  Formulap,,  éd.  Zeumer,  1886,  p.  107. 

3.  Guérard,  CaW.  de  Saint-Victor,  n»  431. 


IM}  LA    PROVKNCE    DV    I»REMIKR    AU    XIl*^    SIKCLK 

nicum  *.  Ce  sont  lh,sans  aucun  doute,  deux  postes  placés  sur  les 
frontières  de  la  Provence  austrasienne  et  chargés  de  veiller  sur  elles. 
L'un,  sur  la  rive  droite  de  la  Durance  en  face  de  Cauinont  et 
de  Gavaillon,  couvre  Avignon  et  domine  la  voie  de  Milan  à 
Arles.  L'autre ,  sur  la  rive  gauche  en  face  de  Salon  et  d'Arles, 
couvre  Aix  à  l'occident  et  domine  la  voie  aurélienne.  Il  serait 
nécessaire  de  reconnaître  un  troisième  établissement  de  ce 
genre  pour  couvrir  Aix  h  l'orient  et  à  proximité  de  la  même 
voie  :  le  système  défensif  des  voies  de  terre  serait  ainsi  com- 
plet. La  localité  de  Vauvenargues  se  trouve  bien  sur  les  limites 
de  la  viguerie  h  Test  :  elle  n'est  pas  trop  éloignée  de  la  voie  en 
question.  Mais  son  site  n'est  pas  dominant  et,  phonétique- 
ment, elle  répond  à  une  vallis  Vcranica  2;  il  parait  impossible 
de  dire  que  ce  Veranica  dérive  de  V Alvernica  voulu.  A  défaut 
de  Vauvenargues,  une  localité  attire  l'attention.  Ce  sont  les 
Vernes,  castrum  de  Vernis,  dans  la  commune  d'Artigues,  sur  la 
frontière  orientale  de  la  viguerie  d'Aix,  au  point  où  celles  de 
Barjols  et  de  Saint-Maximin  y  touchaient  elles-mêmes,  la  pre- 
mière par  Ginasservis  et  la  seconde  par  Esparron.  On  pourrait  y 
joindre  le  moulin  de  Vergue,  dans  la  commune  de  Peyrolles  et 
sur  la  rive  gauche  de  la  Durance,  en  face  de  la  Bastidonne  et 
de  Miral>eau  où  aboutissait  la  viguerie  de  Forcalquier.  On  pour- 
rait, à  ce  compte,  y  joindre  aussi  la  Verne,  dans  la  commune  de 
(^oUobrières  et  la  viguerie  d'IIyères,  à  l'extrémité  du  diocèse  de 
Toulon,  vers  celui  de  Fréjus.  Ces  trois  localités  compléteraient 
h;  système,  exactement  sur  les  limites  où  elles  se  trouvent  : 
mais,  pour  elles,  il  y  a  incertitude  parce  que  ces  trois  derniers 
noms  peuvent,  au  lieu  de  rappeler  l'Auvergne,  indiquer  tout 
bonnement  l'existence  d'aulnes  disséminés  dans  les  quartiers 
humides  du  pays. 

La  Provence  auvergnate  doit  avoir  embrassé  les  vigueries  de 
Saint-Maximin  et  de  Hrignoles  puisqu'elles  étaient  formées,  en 


1.  ihiciavd,  (larl,  fie  Saint 'Victor  j  n'» 'ilD. 

2.  //>/(/.,  n»-  2H(),  233,  050. 


LA   PROVENCE   FRANQUE   ET    SES   PATRICES  37 

majeure  partie,  de  localités  aixoises.  Elle  ne  doit  pas  avoir 
embrassé  celles  de  Toulon  et  d'Hyères.  En  effet,  Tévêque  de 
Toulon  assista  au  concile  de  Paris  en  573.  Si  ces  dernières  en 
ont  fait  partie,  c'est  qu'elles  y  ont  été  jointes  après  cette  date. 
Ainsi,  de  la  Durance  à  la  mer,  la  frontière  orientale  de  la 
Provence  austrasienne  a  dû  être  formée,  du  nord  au  sud,  dans 
la  viguerie  d'Aix,  par  les  localités  de  Saint-Paul,  Rians  et 
Artigues,  dans  la  viguerie  de  Saint-Maximin  par  celles  d'Espar- 
ron,  Saint-Martin,  Seillons,  Saint-Maximin,  Bras,  dans  la  vigue- 
rie de  Brignoles  par  celles  du  Val,  de  Correns,  Montfort,  Garces, 
Cabasse,  Flassans,  Besse,  Camps,  Brignoles,  Néoules,  Méounes 
et  Signes,  dans  la  viguerie  d'Aix,  par  celles  d'Évenos,  Ollioules 
et  Sanary.  Ces  localités  appartenaient  au  diocèse  d'Aix,  de  Saint- 
Paul  à  Correns,  à  celui  de  Fréjus  de  Montfort  à  Flassans,  à  celui 
d'Aix  de  Besse  à  Brignoles,  à  celui  de  Toulon  pour  Néoules,  h 
celui  de  Marseille  pour  Méounes  et  Signes,  enfin  à  celui  de 
Toulon  d'Evenos  à  Sanary. 


§  3.  — Les  saints  auvergnats  protecteurs  des  frontières  et 
les  légendes  provençales. 

L'influence  de  l'Auvergne  sur  la  Provence  austrasienne  ne  fut 
pas  toute  militaire,  cela  va  de  soi.  Mgr  Duchesne,  puis  Dom  Ger- 
main Morin  se  sont  occupés  des  légendes  saintes  de  Provence  ^ 
que  le  martyrologe  transcrit  officiellement  vers  1120  pour  l'église 
cathédrale  de  Toulon  ignorait  encore  ou  voulait  ignorer. 
On  sait  que  ces  légendes,  dès  1190,  groupaient  Lazare  le  ressus- 
cité, ses  sœurs  Marthe  et  Marie  de  Béthanie,    avec   Marie  de 

1.  Duchesne,  Fastes  épiscopaux^  t.  I,  1894,  pp.  310-344;  Georges  de 
Manteyer,  Les  légendes  saintes  de  Provence  et  le  martyrologe  d\A  ries- Toulon 
(vers  H20),  ^fél.  d'arch,  et  d'hist.,  t.  XVII,  pp.  467-489.'  Rome,  Cuggiani, 
1897  ;  Dom  Germain  Morin,  Saint-Lazare  et  Saint-Maximin  ;  recherches 
nouvelles  sur  plusieurs  personnages  de  la  «  tradition  provençale  »  (Mém,  de 
la  Soc,  nat,  des  Antiquaires  de  France^  t.  LVI,  Paris,  1897,  pp.  27-51. 


38  LA    PROVENCE    I)C    PREMIEU    Ai:    Xir   SIÈCLE 

Magdala,  Sidoine  Taveuglo-né,  etc.  *.  Elles  confondaient  les  deux 
Maries.  Kn  roalité,  ce  groupement  était  récent  :  les  provenances 
étaient  diverses.  La  sépulture  de  Lazare,  évêque  d'Aix,  ordonné 
vers  108,  au  détriment  de  Remy,  par  Proculus  de  Marseille,  se 
trouvait  à  Sainl-Victor  de  Marseille.  Voici  pourquoi  :  ayant 
dû  se  démettre,  vers  412,  de  son  évéché,  il  s^était  rendu  en  Pales- 
tine où  on  le  trouve  en  415;  puis  il  était  venu  se  retirer  auprès 
do  son  consécrateur  et  il  était  mort  dans  cette  retraite  ^.  Quand 
les  bénédictins  de  Tabbaye  firent  dédier  leur  église  par  Benoit  IX, 
le  15  octobre  lOiO,  en  présence  de  tout  Tépiscopat  provençal,  ils 
déclarèrent  que  leur  monastère,  fondé  près  de  Marseille  à 
l'époque  d'Antonin,  était  illustré  non  seulement  par  saint  Victor 
et  ses  compagnons,  mais  encore  d'une  manière  spéciale  par  Her- 
mès et  Hadrien,  auxquels  il  fallait  joindre  Lazare  le  ressuscité  ^. 
Evidemment,  Tépitaphe  du  Lazare,  qui  était  venu  de  Palestine 
k  Marseille  vers  416  et  dont  ils  possédaient  la  tombe,  leur  avait 
donné  Tidée  de  l'identifier  avec  le  ressuscité.  Cette  épitaphe  note 
que  Lazare  avait  été  évêque;  ils  en  firent  le  premier  évêque  de 
Marseille  où  il  reposait  ^. 

1.  Guy  de  Bazochos,  chantre  de  la  cathédrale  de  Chftlons,  en  1190,  s*em- 
})ar<|iia  pour  aller  en  Terre-Sainte  :  passant  à  Marseille  il  y  recueillit  la  tra- 
dition :  «  Ad  hanc  urbeni  postascensionem  Domini  sub  persecutione  judaTca 
divina  providentia  Iransfretantes  applicnisse  lej^untur  bealus  ex  discipulo- 
nini  numéro  Maximinus,  sanctus  qucxpie  Lazaruspost  quatriduuma  Domino 
suscita  tus,  sed  et  Maria  Ma^dalena  cuni  Martha  vencrandc  sorores  ipsius 
et  (piem  Dominus  illuminavil  ex  sputo  CJdonius  nomine,  cecus  natus.  E 
(piibus  S.  Maximinus  primus  Acfuensis  provincie  metropolitanus.  Sanctus 
Lazarus...  .>  iXeues  Arrhit\  1890,  t.  XVI,  p.  104). 

2.  Lazare  avait  d'abord  été  condamné  au  concile  de  Turin  vers  398, 
comme  calomniateur  de  Tévêque  de  Tours  Brice  (Mandements  du  21  et  du 
22  septembre  417.  — Migne,  t.  XX,  col.  05^,  tUil). 

Ilic  jacet  bouc  memorie  papa  Lazarus  qui  vixit  in  timoré  Dei  plus  minus 
annos  LXX  et  recjuievit  in  pace.  (Albanès,  (wali.  Christ,  noviss.,  t.  I,  1895. 
Aix,  col.  27-29\ 

:L  Albanès,  (rallia  C/wistiana  novissima.  Marseille,  col.  55,  n«  104. 

k.  A  la  suite  de  celte  identification  du  Lazare  de  Saint-Victor  avec  le 
ressuscité,  l'éj^lise cathédrale  de  Marseille  ne  manqua  pas  de  demander  àFab- 
baye  une  |)arcelle  du  corps,  (blette  parcelle  fij»:ure  au  nombre  des  reliques 
que  révoque  Haimond  renferma  dans  une  chasse  avec  le  corps  de  saint 


LA    PROVENCE   FRANQUE    ET   SES    PATRICES  39 

A  la  même  époque,  Tabbaye  de  Vézelay  dans  le  diocèse  d'Au- 
tun  se  restaurait  sous  la  direction  de  Cluny.  L'abbé  Geoffroy, 
installé  en  1037,  et  ses  moines  se  persuadèrent  de  leur  côté  qu'ils 
possédaient  sainte  Marie  Madeleine  :  la  chose  était  reconnue  dès 
le  27  avril  1050  K  Mais  il  fallait  expliquer  comment  ils  avaient 
acquis  des  reliques  aussi  vénérables.  L'Orient  jusqu'alors  en 
revendiquait  la  possession  :  en  effet,  elles  avaient  été  transférées 
d'Ephèse  à  Constantinople  en  899  par  l'empereur  Léon  VI,  en 
même  temps  que  celles  de  son  frère  Lazare  amenées  de  Larnaca 
en  Chypre  2.  Les  moines  de  Vézelay  n'ignoraient  pas  cette  double 
translation  assez  gênante,  mais  ils  se  prévalurent  de  l'ignorance 
du  public  de  leur  pays  assez  naturelle  sur  ce  point.  L'alternative 
extrême  qui  s'offrait  à  eux  était  de  prétendre  qu'ils  étaient  aller 
chercher  le  corps  de  la  sainte  en  Orient,  ou  bien  que  Marie- 
Madeleine  était  venue  tout  exprès  de  Palestine  en  Gaule  pour 
mourir  à  Vézelay.  L'un  et  l'autre  leur  parut  excessif.  Réflexion 
faite,  ils  s'arrêtèrent  à  un  mpyen  terme  moins  compromettant  en 
créant  une  tierce  station  sur  la  route  intermédiaire  ou  en  l'uti- 
lisant :  ils  se  bornèrent  à  assurer  que  la  sainte  avait  fait  presque 
tout  le  chemin,  jusqu'à  Saint-Maximin  en  Provence  où  elle  était 
morte,  et  qu'eux-mêmes  avaient  pu  en  faire  opérer  la  translation 
de  Provence  à  Vézelay,  sous  le  roi  Carloman  et  du  temps  de 
l'évêque  d'Autun  Augier.  Qu'on  veuille  bien  se  rappeler  ici  que 
Carloman  a  régné  de  879  à  884,  que  le  pontife  en  question,  sacré 
en  875,  est  mort  en  893  ^  :  à  quinze  ans  près,  cette  prétendue 
translation  coïncide  avec  la  translation  réelle  d'Ephèse  à  Cons- 
tantinople. Evidemment,  elle  était  calquée  sur  elle  de  manière 
à  paraître  quelque  peu  antérieure  et,  par  conséquent,  préférable. 

Cannai  le  15  août  H22  (Albanès,  GalL  Christ,  novûsima.' Marseille,  n«  139, 
col.  64-65). 

1.  Duchesne,  t.  I,  p.  317.  Ajouter  le  privilège  d'Etienne  IX  pour  Cluny 
du  6  mars  1058  :  «  Abbatiam  Viziliacensem  ubi  sancta  Maria  Magdalene 
requiescit  tibi  conccdimus  in  possidendum.» (Pa/r.  /a/.,  1. 143,  col. 883;  JafTo, 
2«  édition,  n<»  4385). 

2.  Duchesne,  t.  I,  pp.  314-315  et  note  1. 

3.  Duchesne,  t.  II,  p.  182. 


40  LA    PHOVKNf:K    DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

Les  chanoines  d'Autun  étaient  sans  doute  heureux  de  voir  Made- 
hûne  dans  leur  diocèse  ;  mais  ils  eussent  préféré  la  montrer  chez 
eux  plutôt  (jue  d'aller  en  pèlerinape  k  Tabbaye  où  on  prétendait 
Ta  voir.  N'a  vaut  pas  Madeleine  que  Ton  confondait  avec  Marie  de 
Bélhanie,  réjçlise  cathédrale  ne  pouvait  moins  faire  que  d'avoir  le 
frère  de  celle-ci,  c'est-k-dire  Lazare.  Par  un  heureux  concours  de 
circonstances,  cette  égalise  était  dédiée  à  saint  Nazaire.  C'était 
presque  une  homonymie  :  il  était  tout  indiqué  d'établir  une  confu- 
sion ou  tout  au  moins  un  rapprochement  entre  les  deux  bienheu- 
reux. L'église,  ayant  été  rebâtie,  fut  consacrée  par  Innocent  II  en 
113!  :  finalement  en  Hi7,  le  13  des  calendes  de  novembre  ^  le 
corps  d'un  évé([ue  d'Autun  fut  découvert  et  il  servit  à  faire  l'in- 
vention dos  reliques  de  saint  Lazare,  le  patron  ambitionné.  I^s 
chanoines  d'Autun  ne  se  souciaient  guère  du  corps  de  Lazare 
transféré  de  Larnaca  à  Constantinople  en  899;  pour  finir,  avant 
H  90,  les  pens  d'Avallon  produisirent  le  leur,  soi-disant  transféré 
de  Marseille  à  A  vallon  par  le  duc  de  Lyonnais  Girard  (853,  -J-  873) 
et  dont  quelque  chose  subsistait  à  Marseille,  en  1190,  selon 
Ilicahrd  Fitz  Neal  '.  Le  ressuscité  avait  donc  désormais  quatre 
squelettes  bien  complets  et  bien  distincts  qui  s'offraient  à  la 
vénération.  En  1482,  on  dira  à  Autun  que  le  corps  de  saint  l^zare 
avait  été  apporté  de  Marseille  par  l'évèque  Girard  (968-976)  et 
que  les  Provençaux  en  avaient  conservé  seulement  la  mâchoire  '\ 
Il  fallait  une  compensation  à  la  Provence.  Le  sanctuaire  de  Made- 
leine à  Vézelay  ayant  réussi  à  s'imposer,  les  Provençaux  eurent 
connaissance  des  légendes  bourguignonnes  qui  les  concernaient. 
Puisqu'on  leur  adirmait  que  Madeleine  était  venue  mourir  chez 
eux  et  que  son  corps  était  resté  parmi  eux  j  usqu'à  la  fin  du  ix*^  siècle, 
ils  devaient  forcément  regretter  que  des  Bourguignons  le  leur 


1.  Alhanès,  Gall.  Chrisf.  norm.,  Marsoillo,  col.  T»-*),  n°  4. 

2.  ILid.,  col.  0,  II»  :.  ;  Mon,  (lerm.  hinl.  Script.,  t.  XXVll,  p.  115. 

3.  [Faillon',  Monii monts  inâdits  sur  Tapontolnt  de  sainte  Marie-Madeieine 
en  Provenait.  II,    tHiS,  col.  1201-1292.  n«  230  ;  Ilist.  de  l'éf/lise  d Autun 
Aului),  Dojussieu,  1771,  pp.  88-00. 


LA   PROVENCE   FRANQUE    ET    SES  .PATRICÊS  41 

eussent  enlevé  K  En  1190,  ils  croyaient  encore  à  cet  enlèvement. 
Guy  de  Bazoches,  chantre  de  Châlons,  passant  à  cette  date  par 
Marseille,  déclare  que  les  corps  de  Lazare  et  de  Madeleine  sa 
sœur  avaient  été  transportés  à  Avallon  par  le  duc  Girard  ^.  Peu 
à  peu,  les  Provençaux  furent  d'accord  pour  dire  qu'ils  possédaient 
toujours  la  sainte;  enfin,  le  9  décembre  1279,  l'invention  du  corps 
de  Madeleine  fut  faite  à  Saint-Maximin.  Des  squelettes,  on  en 
trouve  toujours  :  cependant  il  manquait  une  jambe  à  celui-ci  ^.  Pris 
d'inquiétude  devant  la  concurrence  qui  s*éveillait,  les  gens  de 
Vézelay  avaient  fouillé  de  leur  côté  en  1265;  leur  squelette  à  eux, 
authentiqué  par  un  pseudo-mandement  de  Charles  le  Chauve  du 
style  le  plus  extraordinaire,  était  accompagné  de  cheveux  de 
femme  et  cela,  pensaient-ils,  devait  lever  tous  les  doutes  en  leur 
faveur.  Cependant  le  cardinal-légat,  qui,  en  1267,  assista  à  la 
translation  solennelle  de  cette  Madeleine  de  Vézelay,  était  devenu 
pape,  sous  le  nom  de  Martin  IV.  Le  24  septembre  1281,  il  donna 
nettement  tort  aux  Provençaux  en  approuvant  le  culte  de 
Vézelay  *.  Son  successeur,  Boniface  VIII,  par  une  attitude  con- 
traire, prit  ouvertement  parti  en  faveur  des  Provençaux.  Pen- 
dant près  de  cent  cinquante  ans,  les  papes  avaient  reconnu 
Madeleine  à  Vézelay  ;  désormais  ils  la  reconnaîtront  à  la 
Sainte-Baume.  L'influence  politique  des  Angevins  explique 
ce  changement  favorable  à  la  Provence,  comme  l'influence 
de  Cluny,  jadis  plus  puissante,  avait  favorisé  Vézelay.  Le 
11  juin  1281,  trois  mois  avant  la  décision  défavorable  de 
Martin  IV,  le  prince  de  Salerne,  à  Aix,  montrait  le  cr^^ne  de 
Madeleine  et    sa  mâchoire  aux    archevêques   d'Arles,  d'Aix  et 


1.  Dès  la  seconde  moitié  du  xi«  siècle,  il  existe  dans  Avig^non  une  église 
dédiée  à  sainte  Marie-Madeleine  :  on  ne  peut  dire  si  clic  fut  élevée  avant 
ou  après  la  propagation  des  légendes  de  Vézelay. 

2.  «  Sanctus  Lazarus  primus  Massîlicnsium  episcopus  est  cfTectus.  Scd, 
post  longa  temporum  spacin  cum  gloriosa  sororc  Maria  per  prefatum  Rur- 
gundie  principcm  Gerardum  apud  Avalonem  caslrum  suuni  est  indc 
transvectus.  »  (Neues  Archiv^  XVI,  104). 

3.  Duchesne,  1. 1,  p.  333. 

4.  Faillon,  t.  II,  col.  7C1-764,  n»  63. 


42  LA    PROVENCE    DU    PKEMIER  AU    XII*   SIÈCLE 

d'Embrun  *.  En  avril  129?},  après  la  mort  de  Martin  IV,  il  se  con- 
tenta de  porterie  crâne  à  Boniface  VIII,  i>our  gagner  celui-ci  à  sa 
cause  :  le  pape  (^aetani  s'empressa  de  prévenir  le  prince  qu'on  gar- 
dait au  Latran,  non  pas  la  jamhe  qui  manquait,  mais  la  mâchoire 
de  Madeleine.  Au  témoignage  de  Philippe  de  Cabassole,  il  la  lui 
oITrit  et  elle  s'adapta  fort  bien  '.  A  partir  de  ce  moment,  personne 
ne  parle  plus  de  la  mâchoire  provençale  trouvée  en  1279  el 
montrée  en  1281.  Si  cette  mâchoire  du  Latran  avait  été  apportée 
de  Vézelay  par  Martin  IV,  il  faut  avouer  que  l'aventure  est  plai- 
sante. Elle  pourrait  provenir  d'ailleurs  encore  :  c'est  ainsi  qu'on 
prétendait,  dans  un  monastère  de  Chàlons,  conserver  la  langue 
de  Madeleine  dans  un  excellent  état  de  conservation  •*.  Les  Pro- 
vençaux avançaient  que  le  corps  avait  été  transféré  d'un  sarco- 
phage pn»cieux  dans  un  autre  plus  ordinaire  de  la  même  crypte, 
par  crainte  des  Sarrasins,  sous  le  roi  Eudes.  Le  procès-verbal, 
retrouvé  le  9  décembre  1279,  mal  lu  ou  incorrect,  notait  Tan- 
née DCCX  ^  et  le  (5  décembre,  pour  la  date  de  cette  translation 
primitive.  Il  serait  exact  de  dire,  peut-être,  que  les  arrangements 
préparatoires  et  la  rédaction  de  ce  procès-verbal  sur  un  parchemin 
tombant  de  vétusté  avaient  été  opérés  trois  jours  et  non  pas  cinq 
siècles  avant  l'invention  ménagée  au  prince  de  Salerne,  c'est-à-dire 
le  6  décembre  1279  et  non  pas  le  (î  décembre  710.  En  Provence, 
l'évocation    des  Sarrasins  s'imposait  ;  mais    celle   du  roi  Eudes 


1.  "  Nïjvrrilis  «nuxl...  ipso  princops  nobis  osltMidil...  caput  hoato  MariîP 
M.i^'clalciiîi'  cuiu  iiuMilo  sou  niaixlibula  inforiori  ab  invicem  separata...  » 
.  Kaiilon,  t.  Il,  roi.  HCh'î-HOC»,  n"  8;i».  La  note  a  (\o  la  col.  KOi  rend  bien  compte 
(le  I  ombarras  où  ce  loxlc  clair  met  réditour. 

2.  «  Hc\...  Hoiiiaiii  vcuit...  cum..  occurrcivl...  ut  ivx  caput  tune  scriniis 
pr>ijlifox  tnandibnlatii  in  LaU»ranonsi  sacrario  se  liaborc  suis  semionibus 
aniniianMit...  addilur  (b'nuim  iiiandibula  conformis  capiti....  ipsani  voro 
ni;mdil)ulain...  Houifacius  rc«;i  suscipiouti  hilariltM'  ol  dcvote  liberaiilor 
coiihilit.  Kl  ipso...  uioiijistcrio  monialium  de  Prnlbano  cam...  assif^navil  •• 
(//>/>/.,  t.  Il,  col.  7<U  :o'n. 

.'<.  «'  Ac  si  luinca  vivcnl(M»xtracta  ».  iJ.  Foirandi,  Disquisitio reliquinrin, 
p.  IW.) 

i.  Il  faut  rcstilu<»r  cvidomnionl  DCCCXC  ou  quelque  cbose  d'appro- 
cbanl  ;  les  Sarrasins  et  Kudos  réunis  y  obligent. 


LA    PROVENCE    FRANQUE    ET    SES    PATRICES  43 

révèle  une  main  proprement  angevine.  Ce  procès- verbal  de  710 
vaut  le  certificat  de  Charles  le  Chauve,  trouvé  à  Vézelay.  Le 
S  mai  1280,  jour  fixé  pour  l'élévation  du  corps,  on  mit  au  jour 
un  second  authentique  moins  compromettant  mais  plus  vague. 
Celui-ci  peut  se  comparer,  comme  valeur,  à  Tépitaphe  sculptée, 
disait-on,  de  la  main  même  de  saint  Pierre  sur  la  tombe  de  sa 
fille  Pétronille  *.  On  sait  que  le  roi  Eudes  a  régné,  non  pas  en 
Provence,  mais  en  France,  de  888  à  898.  Comment  ne  pas 
noter  que  cette  pseudo-translation  est  ainsi  reportée  exactement 
à  la  même  époque  que  la  pseudo-translation  de  Marseille  à 
Avallon,  que  la  pseudo-translation  de  Saint-Max imin  à  Vézelay 
et  que  la  translation  authentique  d'Ephèsc  à  Constantinople; 
le  synchronisme  de  ces  quatre  translations  est  criant.  Les  gens 
de  Vézelay  au  xi®  siècle  prétendaient  déjà  que  la  translation 
orientale  n'était  pas  authentique,  puisque  la  leur,  qui  naturellement 
était  la  bonne,  avait  eu  lieu  au  même  moment  et  même  un  peu 
plus  tôt,  sous  Tévêque  d'Autun  Augier.  Au  xu*  siècle,  les 
gens  d'Avallon  confondent  Vézelay  par  le  même  procédé  en 
disant  que  la  translation  avait  été  faite  de  Marseille  chez  eux 
encore  un  peu  plus  tôt  par  le  duc  Girard.  Au  xni®  siècle  main- 
tenant, ce  sont  les  Provençaux  qui  rétorquent  l'argument  de 
Vézelay  et  d' Avallon  en  affirmante  leur  tour  que  les  translations 
à  Vézelay  et  à  Avallon  sont  un  mythe  pour  la  raison  péremptoire 
que  leurs  ancêtres,  au  moment  où  elles  auraient  eu  lieu, 
avaient  soustrait  la  sainte  aux  Sarrasins.  Sur  Léon  VI,  s'étaient 
greffés  l'un  après  l'autre,  Carloman,  Girard  et  Eudes.  A  malin, 
malin  et  demi. 

Ces  déformations  successives  et  semblables  permettent  à 
elles  seules  de  rétablir  la  vérité.  Selon  le  proverbe  italien,  le 
bugie  hanno  le  gatnbe  cor  te.  Quatre  translations  simultanées 
du  même  corps  auraient  donc  eu  lieu  :  d'Ephèse  à  Constantinople 

1.  «  Corpus  S.  Petronillae  Petri  apostoli  filiae...  in  cujiis  marmoreo  sar- 
cophage ipsius  apostoli  Petri  manu  scuiptum  legebatur  :  AVRE^'E  PETRO- 
NILLAE  DILECTISSIMAE  FILIAE  «  (J.  Ferrandi,/)w7UMi7io  reliquiaria, 
p.  205,  d'après  Sigebert,  Chron.,  767). 


4i  I*A    PUOVKNCK    Dr    PREMIKU    AT    Xll**   SIÈCLE 

Kolis  I/»on  VI,  de  SainUMaximin  à  Vézelay  sous  Carloman,  de 
Marseille  h  Avallon  par  Girard,  à  Siiint-Maximin  même  d  un 
sarcophage  dans  l'autre  sous  Eudes.  Cest  trop  de  trois  :  une 
si»ule  est  possible.  Or,  celle  d'Hphèse  est  mentionnée  immédia- 
tement, dès  le  x**  siècle;  celle  de  Vézelay  ne  Test  pas  avant  la 
seconde  moitié  du  xr  siècle  ;  celle  d'A vallon  ne  Test  pas  avant  la 
(in  du  xii**  siècle,  celle  de  Saint-Maximin  ne  Test  pas  avant  le 
9  décembre  1279.  La  conclusion  s'impose  :  seule,  celle  de  Léon  VI 
est  acceptable.  Quant  aux  j^ens  de  Vézelay,  au  xi*  siècle  ils  connais- 
saient forcément  cette  translation  authentique,  puisqu'ils  la  visent 
sans  la  nommer.  De  même,  ceux  d'Avallon  au  xu*"  siècle  et  de 
même  ceux  de  Saint-Maximin  en  1279  connaissaient  la  pseudo- 
translation  de  Vézelay.  Donc,  ni  les  uns  ni  les  autres  n'étaient 
sincères  en  calquant  une  nouvelle  translation  supposée  sur  la 
précédente. 

Jus(|u\'i  présent,  on  n'a  pas  trouvé  trace  de  l'Auvergne  en 
tout  cela  ;  mais  l'invention  de  1279  fait  noter  la  présence  dans  la 
crypte  d<î  Saint-Maximin  du  corps  de  saint  Sidoine.  Son  sarcophage 
serait  devenu  celui  de  Madeleine  lors  de  la  pseudo-translation  pro- 
vençale du  IX**  siècle.  Du  moment  où  on  a  cru  en  Provence  que 
Madeleine  avait  vécu  ii  la  Sainte-Baume  et  qu'elle  était  inhumée 
<lans  la  crypte  des  saints  Maximin  et  Sidoine,  il  avait  paru  tout 
naturel  de  reconnaître  en  Maximin,  titulaire  du  lieu,  le  premier 
évérjuedu  diocèse  où  se  trouvait  cette  crypte  et  le  compagnon  de 
Madeleine.  Par  suite,  Sidoine,  identitîé  avec  l'aveugle-nédès  1190, 
était  devenu,  non  moins  naturellement,  le  successeur  de  Maxi- 
min et  h»  deuxième  évé([ue  du  même  diocèse.  C'est  ainsi  que 
Lazare,  enseveli  à  Marseille,  avait  été  pris  pour  le  premier  évêque 
de  c<*tte  cité,  du  moment  où  on  l'avait  identifié  avec  le  res- 
suscîité. 

I*'n  réalité,  saint  Sidoine  était  titulaire  de  plusieurs  églises  en 
Provence  dès  le  xi'*  siècle  tout  au  moins.  La  première  est,  au 
diocèse  de  Toiilou,  à  peu  de  dislance  de  celui  d'Aix.  Elle  est 
placée  dans  la  viguerie  d'Hyères,  mais  dans  une  localité  limi- 
tr(»phe  de  la  viguerie  ai.xoise  de  Hrignoles,  et  elle  paraît  par  un 


LA    PROVENCK    FRANOL'K    ET    SES    PATRICES  43 

acte  de  donation  daté  de  1060  '.  Cest  Téglise  Saint-Sidoine  du 
Puget  dont  une  partie  est  alors  donnée  à  Saint- Victor.  La 
deuxième  se  trouvait  sous  le  château  de  Barayol,  dans  le  Val,  à  la 
limite  du  diocèse  de  Fréjus  vers  celui  d'Aix  et  à  la  limite  de  la 
viguerie  de Brignoles  vers  celle,  bourguignonne,  de  Barjols.  Elle 
était  dédiée  en  Thonneur  de  N.-D.,  de  Saint-Jean-Baptiste  et  de 
rÉvangéliste,  de  saint  Etienne,  premier  martyr  du  Christ,  et 
de  saint  Sidoine.  Rebâtie  par  Balde,elle  fut  consacrée  le  10  janvier 
1068/9  parGuillaume,  évêquede  Carpentras,  et  Guillaume,  évêque 
de  Toulon,  au  nom  de  Rostang,  archevêque  d'Aix  2.  Enfin,  Téglise 
de  Saint-Maximin  possédant  deux  autels  secondaires,  le  premier 
était  consacré  à  saint  Michel,  le  second,  c'est-à-dire  probablement 
celui  qui  se  trouvait  du  côté  de  Tépître,  à  saint  Sidoine  ^.  Pierre, 
archevêque  d'Aix,  donna  cette  église  à  saint-Victor,  le  5  juillet 
1093.  Saint-Maximin  se  trouvait,  on  le  sait,  dans  le  diocèse  d'Aix 
et  dans  la  viguerie  de  ce  nom,  aux  confins  de  la  viguerie  bour- 
guignonne de  Barjols.  Cette  dédicace  d'un  autel  secondaire  à 
Sidoine  est  vraisemblablement  la  raison  pour  laquelle,  en  1279, 

1 .  1060.  «  dono...  partemmcam...  in  VI  ecclesiis...hocest  :  in  ccclesiasancte 
Marie  de  Descensa  et  in  sancto  Sidonio  et  sancto  Laurentio  et  sancto  Mar- 
tino  ad  Gateiras  et  sancto  Johanne...  que  omnessuut  in  territoriode  Poieto 
et  de  Pelrafoco...  et  in  sancta  Maria  de  Colobreria...  »  {Cart,  de  Saint-Vic- 
tor, t.  I,  p.  473,  n«  470;  cf.  t.  II,  p.  923).  Ce  sont  les  églises  N.-D.  (com- 
mune deCarnoules  ?),  Saint-Sidoine  (commune  du  Puget?),  Saint-Laurent 
(commune  Cuers;,  Saint-Martin  ^commune  Cuers:,  Saint-Jean  (commune 
Pierrefcu),  N.-D.  commune  Collobrières),  Puget-Ville,  caut.  Cuers,  arr. 
Toulon,  Var;Pierrcfeu,cant.  Cuers. 

2.  iOjanv.  1068.9,  ind  6.  «Devotadei  famula,  nomine  Balda...rehediûca- 
vit  ecciesiam  in  comitatu  Aijuensi,  sub  castello...  ParacoUus...  conditam 
in  honorem  Dei  genitricis  Marie  vel  S.  Joannis  Baptiste  sive  Evange- 
liste  necnon  et  S.  Stephani  prolliomartyris  Christi  atque  sancti  Sydonii...» 
(Chantelou,  Hist.  de  Montmajour.  —  JRev.  hist,  de  Provence,  l""*  année, 
pp.  187-188).  Barayol  est  sur  le  terroir  de  Carcès,  au  diocèse  de  Fréjus  et 
dans  la  viguerie  de  Brignoles.  Le  Val  (cant.  et  arr.  Brignoles,  Var),  au 
diocèse  d'Aix,  dépendait  de  Barayol. 

3.  5  juillet  1093.  «  Item  ecciesiam  sancti  Maximini  cum  altaribus  sancti 
Micahelis  et  sancti  Sedonii...  in  terrilorio  castri  Rodanis,  in  loco  qui  voca- 
tur  Vallis  sancti  Maximini...  »  {Cari,  de  Saint-Victor,  t.  I,  p.  247,  n«  222). 
Sainl-Maximio,  arr.  Brignoles,  Var. 


46  LA    PHOVKNCE    Dt    PREMIER    AL'    XIl^   SIÈCLE 

on  voulut  reconnaître  son  corps  dans  un  des  sarcophages  de  la 
crypte;  car,  à  celui  de  saint  Michel  il  fallait  bien  renoncer.  Si 
on  voulait  trouver  le  corps  d'un  saint  dans  toutes  les  églises 
qui  lui  sont  consacrées,  la  multiplication  serait  un  peu  forte.  On 
le  fit  pour  saint  Sidoine  à  Saint-Maximin  en  1279,  parce  quil 
était  titulaire  d'un  autel  secondaire  ;  on  aurait  pu  le  faire  aussi 
au  Val  et  encore  mieux  au  Puget  où  il  figurait  comme  seul  patron 
de  Téglise  *.  Dom  Germain  Morin  a  démontré  que  ce  saint 
Sidoine,  honoré  ainsi  dans  les  diocèses  d'Aix  et  de  Toulon, 
n'est  autre  que  Sidoine  Apollinaire,  devenu  évoque  d'Auvergne 
vers  470  après  avoir  été  préfet  de  Rome  et  patrice  en  468  *-. 
L'identification  s'impose  absolument  :  le  Propre  du  diocèse  d'Aix 
et  Tabbé  Albanès  sont  témoins  que  la  fête  du  Sidoine  dWix  se 
célèbre  le  23  du  mois  d'août  •*.  Or,  Sidoine  Apollinaire  est  mort 
le  21  août  479,  date  fournie  par  son  épitaphe.  Son  anniversaire, 
qui  correspond  sans  doute  à  la  date  de  son  inhumation,  est  fêté 
le  2*1  août  dans  le  martyrologe  hiéronymien  *. 

Tout  cela  se  corrobore  du  fait  important  que,  parmi  les 
cinq  églises  élevées  sur  le  plateau  du  Vernègues  ou  dans  le 
terroir  (jui  en  dépendait,  la  plus  ancienne  ou  la  plus  importante 
après  celle  de  N.-D.  était  celle  dont  il  reste  encore  un  tas  de 
pierres  appelé  la  chapelle  de  Saint-Sens.  Saens,  ou  Sens,  est 
une    forme    dérivée  de    Sidonius.  Au  xi**  siècle,  on   avait  déjà 

1.  Dès  lo  (U'hul  (lu  ix»*  siècle,  lo  pouillè  de  révèché  de  Marseille,  rédigé 
en  Hi:<  et  81i,  penntH  de  relever  le  nom  de  Sidonius  porté  par  deux  hommes 
et  celui  de  Sidnnia  par  deux  femmes,  soit  un  colon  h  Lambesc  dans  le  dio- 
crse  d  .\ix,une  femme  à  ("Jiaudoldans  le  diocèse  de  Digne  et  les  deux  autres 
dans  le  diocèse  de  Fréjus  à  Sillans  [Cart.  de  Saint-Victor,  t.  II,  pp.  634,647, 

o:i4). 

2.  Duchesne,  t.  11,  p.  3k 

3.  23  aoiil  :  «  Sidonii  arcliiepiscopi  Acpiensis  duplex  majus  {Officia  propria 
ecclesie  et  dicrcesis  A(piensis...  Acjuis  Sexliis,  apud  loannem  Tholosanum 
et  Steplianum  David  MDCXXVIl  ;  voir  celle  mention  au  Calendarium  en  lête 
et  l'oirice,  p.  85  89;.  Cf.  Albanès,  Gnllia  Christiana  novissima,  t.  I,  Aix, 
col.Sr».  Montbéliard,   189">. 

't.  «XI.  KL.  Sept...  AHvi:nMjs  Sci  Sidonii  q)i...  »  (loh.  Bapl.  de  Rossi  et 
Ludov.  Duchesne,  Mnrtyroloyium  hierunymiannm,\).  'lO^J:  Cod,Bern,),  Cf. 
Duchesne,  t.  II,  pp.  34-3:>. 


LA  PROVENCE  FKANQUE  ET  SES  PATHICES  47 

oublié  quel  était  le  patron  rcel  de  cette  chapelle,  puisque  le 
rédacteur  arlésien  d'un  acte  du  xr  siècle  est  réduit  à  en  calquer 
le  nom  latin  sur  la  forme  vulgaire  courante  et  Tattribue  à  un 
pseudo-martyr,  saint  Sinnius  *,  par  analogie  probablement  avec 
les  Sisinnius  cités  hors  des  Gaules  par  le  martyrologe  hiérony- 
mien.  Les  tombes  assez  nombreuses  creusées  sur  le  plateau  supé- 
rieur et  recouvertes  de  dalles  peuvent  être  de  1  époque  franque. 
La  constatation  qui  s'impose  est  que  le  culte  auvergnat  de 
Sidoine  fut  transporté  en  Provence  antérieurement  au  xi®  siècle. 
Ce  culte  se  rencontrant  aux  frontières  sud-est  du  diocèse  d'Aix 
et  dans  le  poste  auvergnat  du  Vernègues,  poste  placé  entre  les 
diocèses  d'Avignon,  d'Aix  et  d'Arles,  il  est  tout  indiqué  que  le 
transport  de  ce  culte  se  soit  fait  dans  la  Provence  austrasienne, 
pour  protéger  ses  frontières,  quand  elle  se  trouvait  sous  l'in- 
fluence de  l'Auvergne.  Certes,  les  patrices  austrasiens  ne  prove- 
naient pas  tous  d'Auvergne  et  ces  grands  personnages  ne 
devaient  pas  tous  s'intéresser  personnellement  à  la  diffusion  du 
culte  des  saints.  Mais  cette  probabilité  même  sert  à  préciser 
les  choses  :  parmi  les  patrices  de  la  Provence  austrasienne,  il  y 
en  a  eu  au  moins  un  d'origine  auvergnate  incontestable,  c'est  le 
patrice  Bonnet.  Saint  Prix,  évêque  d'Auvergne,  ayant  été  assas- 
siné le  25  janvier  676,  en  représailles  de  la  mort  du  patrice  Hector, 
ce  fut  Avitus,  2«  du  nom,  frère  de  Bonnet,  qui  fut  élu  pour  lui  suc- 
céder sur  le  siège  pontifical.  De  son  côté,  Bonnet,  que  le  roi  avait 
auprès  de  lui  comme  grand  échanson,  puis  comme  référendaire,  ne 
tarda  pas  à  être  envoyé  en  Provence  comme  patrice.  Ce  Bonnetétait 
lui-même  un  homme  pieux.  En  effet,  Avit  étant  mort  en  691  après 
avoir  fondé  à  Volvic  un  monastère  sur  le  tombeau  de  saint  Prix, 
ce  fut  lui  qui,  renonçant  au  monde,  devint  k  son  tour  évêque 


1.  Reynaud,  Le  Vernègues  et  la  chapelle  de  Saini-Césaire  (Congrès  archéo- 
logique de  France,  XLIIl*  session  :  Arles.  Tours,  P.  Bousercz,  1877, 
pp.  657-671,  notamment  p.  658,  et  pièce  n<»  III,  aux  pp.  670-671).  11  existe 
encore  une  chapelle  Saint-Sidoine  à  rextrémité  du  diocèse  de  Vaison,  dans 
la  commune  de  Beaumont  sur  le  Venloux  :  on  ignore  à  quelle  date  elle 
remonte. 


iS  LA    PHOVKM'.i:    hl'    PKKMIKK    Al'    \ir    SlKi.I.E 

d'Auvergne  en  remplacement  de  son  frère.  Qui  plus  est,  ce  ne 
fut  pas  un  évêque  <le  relij^ion  médiocre:  car,  ayant  abandonné 
Tépiscopat  vers  700  et  ay.nnt  quitté  TAuver^ne,  il  mourut  à 
Lyon  et  se  trouve  vénéré  comme  saint  le  15  janvier  *.  Que  ce 
hienheureux  se  soit  occupé,  quand  il  était  patrice  de  la  Provence 
«justrasienne,  d'y  introduire  le  culte  de  saint  Sidoine  Apollinaire, 
le  fameux  évêtjue  d\\uver*^ne,  ce  fait  parait  bien  probable. 

delà  nt?  veut  pas  dire  qu'il  y  «lit  opéré  la  translation  de  son 
corps.  A  cetle  épcKjue.  en  Occident,  on  vénérait  encore  les  saints 
au  point  (|u'on  n'osait  guère  toucher  à  leurs  ossements.  Le 
siège  apostoli([ue  maintenait  ce  respect  avec  force  contre  les 
demandes  indiscrètes  des  barbares  et  des  princes  orientaux  '-.  Ce 
n'était  pas  en  Provence  et  en  Auvergne,  où  l'empreinte  romaine 
subsistait  le  plus  fortement,  <{u*on  aurait  tenté  d'y  contrevenir. 
Si  l'on  laisse  de  côté  les  trans|>orts  ordonnés  chez  eux  par  les 
Mtîrovingiens  con(|uérants  et  quelques  tentatives  isolées  ^,  c'est 

\.   l)iir!i(*siie,  l.  Il,  pp.  37-38;  Acta  Sanctorum  Januarii,  {.II,  pp.  351-352. 

'Z.  I.irUnr  (lu  p.'ipr  sjiinl  Gréj^oire  :  ••  Coj?nosoal  tranciuillissima  domina 
(pii.'i  Hoin.'iiiis  coiisurhido  non  est,  (piando  sanctorum  reliquias  dant  ut 
(piid<piiiin  t:iiij;eiv  pr;i^>nin:int  de  corpore;  sed  tantummodo,  in  pyxide 
\n.twU'\\m  iiiiltilur  atipir  ad  sacratissinia  corpora  |)unitur.  Quod  levatum  in 
e<r|i«si;i  ipi;i'  *'sl  d«'di(*anda  del>ita  cum  vtMieratione  reconditur  et  tanta^ 
prr  lior  ibidem  virlules  iînnt  acsi  ilhie  specialiter  eorum  corpora  dcferan- 

tiir in    Hoin.iiiis  nauKpie  vel  totius  Occi<lontis  omnino  intolorabile  est 

:ilipicsa(:rilc;riiin  si  siinclorum  corpora  tanj^ere  quisquam  forlasse  pra'sumat 
rpiod,  si  |>r:f'sumpsrrit.r(*rtuni  est  (piia  !ia*c  temeritas  impunita  nullomodo 
n'iii;iiii'l»if  "  .loaiinis  Kerrandi  Anioiensis  e  Sot-ietate  Jesu  theologi, />wc/ui- 
#f/7/o  rrliffiiîurt.i  siif  tic  siisj)irit*n(Iaot  susprctn  eururudem  nument  reliquin" 
nnn  i/u:r  in  tliiwrsis  rrrh'siis  se/'rantur  rnulfitiniine  nitnc  primùm  prodit, 
l.ii^duiii,  siiinplilms  Laurcntii  Anisson  el  Soc.  MDCXLVII,  pp.  127,  128;. 

3.  (irr^'oirr  de  Tours  cite  une  femme  do  Maurienne  qui  voulut  se  pro- 
euM'i*  une  pîirlie  du  corps  <le  saint  Jt»an  (//m/.,  p.  2î»2}.  Au  sépulcre  du 
s.iinl,  on  lui  dit«pnM'ela  était  impossible.  Au  bout  d'une  semaine  de  prières 
obslini-es,  un  dui^'t  se  présenta  à  elle  sur  l'autel  par  miracle.  Avec  une 
lui  t«Hicli;intr,  elle  l'emporta  en  Maurienne  dans  une  lioîle  d'or.  Trois 
•'•\i'wjiii«s  voisins  v<Mdanl  se  le  parlaj;er  ne  purent  y  réussir.  Par  un  nou- 
\e;in  miracle,  ils  en  obtinrent  chacun  une  «goutte  de  sang.  Enfin,  ayant 
voulu  eidrvcr  b*  doi;;!  i\  la  Maurienne  pour  le  porter  à  Turin  dont  cetle 
valb'-r  drpi'ndjiil.  l'arcliidisicre  de  Turin  eut  à  peine  porté  la  maio  sur  le 
nliïjuaire  d(U'  «pi'il  Tut  saisi  de  la  lièvre  et  expim,  de  sorte  que  personne 


LA  PROVEKCK    FHANQLK    ET    SES    PATRICES  49 

seulement  à  Tépoque  de  Texpansion  carolingienne  en  Italie  que 
Home  fléchit  devant  les  désirs  de  ses  nouveaux  maîtres*.  Les 
pays  qui  avaient  trop  de  saints  en  donnèrent  systématiquement  à 
ceux  qui,  jusqu'alors,  nen  avait  pas  eu  assez. 

Au  vr  siècle,  puisqu'on  n  osait  pas  toucher  aux  corps  saints, 
à  plus  forte  raison  aurait-on  répugné  ii  les  dépecer.  Quand  on 
voulait  dédier  un  autel,  le  propriétaire  de  Téglise  nouvellement 
construite  s'adressait  au  pape  pour  qu'il  enjoignît  à  Tordinaire 
de  lui  procurer  des  reliques  du  saint  en  l'honneur  de  qui 
l'autel  devait  être  dédié  ^.    Mais,    certainement,  ces  reliquiœ  ou 

n'osa  plus  y  toucher  (M^t  Alexis  h'iWiei^  Méinoires  mir  lespremiers  évéques 
du  (Jior.  (le  M.utrionne,  pp. 6 -7  ;  Greg.Tur.,  De  Gloria  Martyr,,  lib.  l,cap.XIV). 

i.  «<  Ex  eo  tempore  quo  Franci  Longobardosbello  victos  ox  Italia  deiecc- 
ninl.  cff'pit  introduci  mos  ut  ctiam  per  occidentom  ossa  et  corjwra  marty- 
rum  Iransferrentur  aliù  »»  ^J.  Forrandi,p. 213;  cf.  Azor,  Inst.  inor.,  l.I,  1.  9, 
c.  8.  (j.  Il,  Romw,   1000;. 

2.  u  Domino  sanctoct  hcatissimo  i)atri  patrum  ill.  pape  ill.famulus  ves- 
ler...  Ad  augmentum...  in  predio...  juris  mei  basilicam  snmpto  proprio  me 
suggeix)  construxisse  (juam  in  honore  sanclonim  ill.  et  ill.  marlyrum  desi- 
dero  consecrari...  Quapropler  queso  aposlolatnm  vestrum  ul,  dalis  precep- 
ionibus  vestris  ad  ill.  virnm  venerabilem  civilalis  ill.  anlislitem  qualenus 
su[)ramemoratam  basilicam  debeat...  consecrare...  Pari  prece  deposco  ul, 
datis  aflatibus  veslris  ad  ill.  virum  venei*abilem  ill.  civilatis  episcopum 
((uatenus  possit  mihi  reli(piias  supramemoratorum  sanclorum  solemniler 
conlradere...  (Th.  K.  ab  Sickel,  Liher  diurnus  romanorum  pontifie  uni... 
Vindolionro,  apud  C.  Geroldifdium,  4889,  pp.  9-10,  n^  X.  Pelilio  dedica- 
tionis  oratorii).  —  Par  la  formule  XI,  liesponsuin  oraturii  dedieandi,  le 
pa|>c  donne  ses  instructions  à  révtMjue  du  diocèse  pour  dédier  la  basilique 
dont  il  s'agit.  Il  termine  en  disant  :u  sanctuaria  vero  suscepla  sui  cum  reve- 
rentia  collocabis  »  (iTxV/.,  pp.  10-11,  n«  XI}.  —  La  formule  XII,  Hesponsuni 
de speranda  sanctuaria,  est  celle  [)ar  la(|uelle  le  pape  s'adresse  à  révêïjue 
dans  le  diocèse  duquel  se  trouvent  les  tombeaux  dont  le  constructeur  a 
demandé  des  reliques  :  «  111.  sanctuaria  beati  ill.  oblata  petilione  sibi  pos- 
tulat debere  concedi  qualenus  in  ejus  nomine  basilicam  propriis  constructam 
sumptibus  possit  sollemniter  consecrari  et  ideo  fraler  karissime —  te... 
convenil  obœdirc  >»  [Ihid.,  p.  11,  n"  XII).  —  La  formule,  XIII,  De  dandis 
sanetuariiSy  a  pour  objet  de  faire  déposer  sous  Taulel  de  la  basili(pie  les 
reliques  reçues  :  «..in  oratorio  ab  ill.  constnicto  quod...  in  honore  beato- 
rum  ill.  et  ill.  dicitur  consecratum,  beati  marlyris  ill.  accepta  sanctuaria 
dilectio  tua...  constituât  »>  (//>!>/.,  p.  41,  n*>  XIII).  —  La  formule  XIV,  De 
danda  bénéficia  sancti  anf/eli,  prévoit  le  cas  d'un  autel  dédié  à  l'archange  . 
.«  ill.  ut  bénéficia  beati  archangeli  oblata  petilione  sibi  postulat  debere  con- 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes.  —  VIL  i 


no  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

sancfunrin  cfun  saint  ne  doivent  pas  être  confondues  avec  son 
corps.  Les  formules  offîeielles  du  Liber  Diurnus  ne  laissent 
aucun  douti»  à  cet  éfi^ard.  C'étaient,  le  plus  souvent,  des  frag- 
UK'nls  d'élolTes  de  prix  <|u'on  faisait  venir  du  pays  où  le  corps 
du  saint  reposait  réellement.  Ces  étoffes,  ou  objets  analo<^ues, 
avaient  et»»  placées  pendant  quelque  temps  au-dessus  de  son  tom- 
beau et  cette  proximité  momentanée  suffisait  pour  leur  com- 
muni(|uer  toutes  les  vertus  que  le  corps  lui-même  était  capable 
d(»  posséder.  Quand  Tautel  devait  être  dédié  à  un  saint  ange, 
l'absence  forcée  de  corps  ne  parait  pas  avoir  modifié  essentiel- 
lement la  procédure  :  ne  pouvant  avoir  de  reliques  proprement 
dites,  on  se  procurait  par  analogie  des  bénéficia  qui  rappelaient 
Tesprit  céleste.  Dès  ((ue  ces  reliquiœ  ou  ces  bénéficia  étaient  en 
la  possession  du  propriétaire  de  Téglise  nouvelle,  l'évêque  du 
diocés(»,  en  qualité  de  inandaUûre  du  pape,  se  trouvait  tenu  de 
It's  déposer  sous  Tautel  et  de  consacrer  Téglise.  Maintenant, 
dans  les  cas  exceptionnels  où  un  corps  saint  se  révélait  en  quel- 
(pi(»  pays,  on  bâtissait  une  église  et  on  y  élevait  un  autel  pour 
le  recevoir.  Mais  alors  il  va  de  soi  c|ue  les  reliqiiiœ  ne  sont 
plus  en  (|uestion  et  la  formule  parle  nettement  du  corpus.  De 
plus,  dans  ce  cas,   la  disposition   matérielle  de  Tautel  se   com- 

cfdi,  <|u.'iUmuis  in  ojus  iiominc  oralorium...i)ossiL..consocrari.  Et  ideo,  fra- 
t(»r  karissimc...t(»...c()nvonil  olxvdirc  [îbid.,  p.  12,  n<»  XIV).  —  I^  formule 
XXn,  Itt'in  ri'sin)nsuni,  précise co  (juo  sont  lessanciuaria  des  apôtres:  «  basi- 
licain  «piaiii  diU'clio  lua  in  honore  boalonun  aposlolorum  ill.  et  ill.  nupor 
fahricasstM'oniMUMnorat  faiMiltattMn  trihuimusdedicandi...in  qua  etiam  bene- 
diclioncni  de  sanchiariis  aposloliois,  id  est  palliola  dooorum  confessionibus 
piovi<linms  collocand.i...  ..  ihùl.,\).  !(>,  n"  XXII).  —  La  formule  XXVI,  De 
n'ntfnh'fultt  t'itrpnro  sanrtorum,  iv^^lo  (Milin  le  cas  oxcoplionnel  où  il  s'apil 
d'une  basili(pie  «pii  conlien<lra  un  corps  saint  récemment  trouvé  dans  les 
envin)ns.  Le  Li/n'r  diurmiH  ne  prévoit  pas  cpie  ce  cas  puisse  se  produire 
pour  un  sin)()lc  particulier  ;  sa  formule  s'adresse  en  effet  à  un  prince  : 
«III.  lilius  n»)sliM-...  iudicavil  in  partibus  ill.  corpus  beati  ill.  noviter  fuisse 
reperlum  el  ill.  «^loriosus  ;>^tMHtor  ejus  in  basilicam  cpiam  noviter  edificavit 
eundeni  corpus  sl.iluit  c;)llocanduni  petiitcpio  ut  eadem  ecclesia  sollem- 
nil(îr  (lel)(»al  consecrari.  Idcocpie,  fraler  karissime,  si...  nuUum...  corpus 
ibidem  constat  bumaluni...  eandem  eccle>iam,  convocatis  aliis...  coepisco- 
|>is  nostris  tibi  vicinantibusslude  sollemnitcr  dedicare...  »>  {Ibid.,  pp.  18-19, 
n"  XXVI  . 


LA  PROVENCE  KHANQUE  ET  SES  PATRICE8  51 

plique  de  la  construction  du  tombeau.  Le  corps  est  placé  dans 
une  crypte  souterraine  et  close  qui  le  protège  réellement  contre 
toute  approche  indiscrète.  L'autel  est  disposé  dans  Téglise 
ouverte,  exactement  au-dessus  du  sarcophage  inaccessible  où 
repose  le  corps.  La  crypte,  ainsi  mise  à  Tabri,  communique  verti- 
calement avec  une  chambre,  ménagée  sur  le  sol  de  l'église  et 
sous  Tautel,  par  un  petit  puits  à  ouverture  circulaire  dénommé 
umbilicus  qui  y  débouche  au  niveau  du  sol.  Une  fois  par  an,  on 
ouvrait  l'orifice  de  ce  puits  et  Tofficiant  y  plaçait  un  encensoir 
dont  les  charbons  ardents  faisaient  fumer  lencens  ;  cet  encensoir 
y  restait  jusqu'à  Tannée  suivante.  Non  loin  de  l'orifice  de  cet 
ombilic  et  à  son  niveau,  dès  le  iv*  siècle,  on  avait  pris  l'habitude 
de  creuser  dans  la  dalle  horizontale  du  sol  une  niche  rectangu- 
laire. Cette  niche  communiquait  indirectement,  par-dessous, 
avec  le  puits;  mais  elle  en  était  séparée  par  une  grille  ou  cataracta 
et  elle  servait  à  recevoir  les  étoffes  ou  objets  destinés  à  être  dis- 
tribués plus  tard  comme  reliques  du  saint.  Ce  dispositif  de  l'om- 
bilic dans  la  dalle  subsiste  encore  maintenant  à  Rome  dans  les 
basiliques  patriarcales  de  Saint-Pierre  et  de  Saint-Paul  où  il 
remonte  au  début  du  iv®  siècle  :  au  lieu  d'une  seule  cataracta^  ces 
tombes  illustres  en  supportent  deux,  qui  durent  y  être  creusées 
après  coup,  dans  le  courant  du  iv*"  siècle,  et  c'était  une  grande 
faveur  que  de  recevoir  des  reliques  provenant  de  la  grille  la  plus 
rapprochée  de  l'ombilic  *.  Ce  dispositif  s'est  retrouvé  en  1873 
dans  l'église  romaine  des  Saints-Apôtres,  à  l'autel  des  apôtres 
Philippe  et  Jacques  (361-574)  :  il  existait  également  à  Rome 
dans  l'église  des  Saints-Côme-et-Damien  (326-530).  A  Ra venue, 
des  autels,  qui  remontent  au  même  siècle,  offrent  la  même 
disposition;  notamment,  celui  de  saint  AppoUinaire  in  classe. 
Entre  1087  et  1089,  se  construit  encore  ainsi  le  tombeau  de 


I.  H.  Grisar,  Le  tombe  aposloliche  al  Vaticaiio  ed  alla  via  Ostiensc 
{Analecla  roniana,  dissertnzioni,  testi,  monumenti  delV  nrle  rujunrdanli 
principalmenie  la  storia  di  lionia  e  dei  papi  nel  medio  pvo.  Volume 
primo,  Roma,  Desclée  Lefobvre  e  C',  1899,  n«  VI,  pp.  259-306,  e  tav. 
VII,  VIII}. 


.■>2  LA    PBOVENŒ    DL'    PREMIER    Ai:    XII*   SIÈCLE 

saint  Nicolas,  à  Hari.  Le  puits  et  la  prille  placés  sous  Tautel 
étaient  eux-mêmes  protéjcés  contre  un  accès  trop  facile.  A  cet 
elîet,  l'autel  formait  la  table  suj>érieure  d'une  arca,  ou  chambre 
vide,  dont  les  quatre  parois  se  composaient  de  dalles  verticales 
et  dont  la  base  coïncidait  avec  la  dalle  du  sol  percée  par  Torifice 
du  puits.  1/ensemble  de  la  chambre  pouvait  également  se  trou- 
ver taillé  dans  un  monolithe.  A  la  paroi  antérieure  et  verticale, 
cm  se  bornait  à  ménager  une  ouverture  assez  étroite  et  à  ferme- 
ture mobile,  par  où  les  lldèles  pouvaient  prier  en  apercevant 
Torifice  du  puits  dans  Tintérieur  de  la  chambre  *.  Si  l'autel  ne 
recouvrîiit  qu'un  cénotaphe,  c'est-à-dire  un  simulacre  de  tombeau 
où  se  trouvaient,  à  défaut  du  corps,  déposées  de  simples  reliques, 
la  crypte  et  le  puits  devenaient  inutiles.  On  se  bornait  à  déposer 
dans  VarcH,  sous  l'autel,  les  linges  qui  étaient  les  reli(|ues  du 
saint,  ou  bien  encort»  les  Jtoneficia  de  l'ange.  Ces  reliques  possé- 
daient, sel(»n  la  doctrine  de  l'Église,  les  mêmes  vertus  que  le 
corps  :  quelquefois  même,  elles  valaient  davantage.  On  prati- 
(juait  donc  une  fc nos foll a  pour  pouvoir  prier  en  leur  présence. 

Les  textes  font  connaître  deux  exemples  certains  de  cette 
coutume. 

Le  corps  de  saint  Klienne  était  enseveli  à  Jérusalem;  on  en 
tirait  naturellement  des  rclif/uifc  en  grand  nombre  pour 
suflire  à  son  culte  très  répandu.  Le  H.  P.  Ferrand  observe  à 
son  sujet  <|ue,  si  ce  grand  saint  faisait  d'innombrables  miracles 
dans  les  pays  d'occident  où  se  trouvaient  de  ses  reliques, 
jamais  il  n'en  avait  fait  îi  Jérusalem  où  cependant  il  était 
enterré.  Cela,  sans  doute,  pour  justilier  la  parole  que  personne 
n'est  prophète  dans  son  propre  pays  -.  Le  R.  P.  Ferrand  aurait 
pu  dire,  avec  autant  de  justesse,  (jue  les  miracles  du  Christ  suffi- 
saient à  Jérusalem.  Il  existait  donc  des  reliques  du  premier  mar- 
tyr un  peu  partout;  il  y  en  avait  dans  les  Gaules  et  en  Italie, 

1.  II.  (ii'isar,  ÎI  priinilivo  allaro  dolla  rhiosa  romana  tlei  santi  (XHi 
AposloH  Annit'rfn,  n»  XIV.  L\in:isliisis  c  /'.j/jo.s/o/c/o/i  r/i /?oma,  pp.  595-626, 
ji  <>,  pp.  Clîl-Jiif  . 

'2.  J.  Fcriaiuli,  iJîsf/iiisiiiitn'lif/tiurin.  p.   k  ÎN. 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICKS  53 

il  y  en  avait  dans  Tîle  de  Minorque,  il  y  en  avait  en  Afrique. 
La  relique  d'Ancône  était  particulièrement  vénérable  :  c'était, 
selon  saint  Augustin,  Tune  des  pierres  qui  avaient  servi  à  lapider 
Etienne  *.  A  propos  des  reliques  d'Afrique,  Augustin  note  que 
les  prières  et  les  offrandes  s'adressaient  au  saint  per  feneslellam 
memoriœ  ad  inieriora  loca  sanctarum  reliquiarum  *.  Ce  texte  est 
aussi  clair  que  possible,  sachant  le  sens  précis  que  le  terme  de 
relif/uiœ  possède -^  sens  qu'il  gardera  encore  à  l'époque  de 
la  rédaction  du  Liber  Diurnus.  En  même  temps  que  saint 
Augustin  ^,  Evodius,  un  autre  évêque  d'Afrique,  pjirle  de  la 
vogue  des  reliques  de  saint  Etienne'*.  Or,  saint  Augustin,  devenu 
évêque  de  Bône  en  395,  est  mort  le  28  août  430  :  quant  à  saint 
Evodius,  devenu  évêque  d'Uzal  en  397,  il  est  mort  le  16  octobre 
421.  On  sait  que  l'invention  du  corps  de  saint  Etienne  se  fit 
pour  la  première  fois  le  3  août  415  et  qu'il  fut  transféré  en  460''. 
Ainsi,  les  écrits  d'Augustin  et  d'Evodius  relatifs  à  saint  Etienne 
se  placent  entre  415  et  424.  A  cette  époque,  il  existait  donc  des 
autels  à  fenestella  sur  de  simples  reliques. 

Un  siècle  plus  tard,  en  519,  on  voit  le  futur  empereur  Justinien 
demander  au  pape  Hormisdas  quelque  parcelle  du  corps  des  saints 
apôtres  Pierre  et  Paul  destinés  à  l'autel  d'une  basilique  nouvelle 
qu'il  érigeait  à  Constantinople  en  leur  honneur.  Rome  repousse, 
bien  entendu,  sa  demande  ;  mais  elle  lui  concède  des  reliques,  c'est- 
à-dire  des  étoffes  précieuses  qui  auront  été  déposées  par  grâce  spé- 


\,  J.  Ferrandi,  p.  112;  d'après  saint  Augustin,  Serm,  32  de  divers. 

2.  II.  Griser,  Analecta^  p.  273;  d'après  saint  Augustin,  De  miraculis 
S.  Stephani,  1.  2,  c.  12  (Migno,  t.  41,  p.  840). 

3.  «  Plerumque,  in  ipsis  quoque  palrociniis  martyrum  sic  esse  sentimus 
ut  non  tanta  per  corpora  sua  quanta  hcMieficia  per  roliquias  oslendant  alque 
iilic  majora  signa  faciant,  ubi  minime  por  somelipsos  jacent  ?  »  [S.  Greg. 
magn.,  lib.  2;  Dialog.,  c.  38  ;  J.  Ferrandi,  p.  448). 

4.  J.  Ferrandi,  p.  313,  d'après  saint  Augustin,  Confcss.j  lil).  9,  cap.  7;  De 
civit.^  lib.  22,  cap.  8;  lAiW.,  pp.  488-t89,  d'après  saint  Augustin,  Serm.  29, 
30,    31. 

5.  Ibid.^p.  155,  d'après  Evodius,  De  rnirac.  S,  Slephani^  lib.  l,cap.  2. 

6.  Ul.  Chevalier,  Répertoire  den  sourcoa  historiques  du  mogen-âge,  Bio- 
bibliographie, 1903-1904,  col.  871, 14tl,  1375. 


')i  L\    PROVKNCE    nr    PRKMIKR    Al*    Xll*^   SIÈCLE 

ciale,  h  celte  intention,  sur  la  {grille  la  plus  rapprochée  du  puits 
communiquant,  sous  lautel,  avec  la  confession  des  deux  saints  ^ 
Lesreli(|ues  envoyées  et  la  basilique  dédiée,  on  voit  trente  ans  plus 
tard,  c'est-à-dire  le  5  février  î)')^,  à  propos  d'une  nouvelle  affaire, 
le  pape  Vigile  parler  de  faire  déposer  à  Tautel  de  cette  basilique 
byzantine  et  sur  sa  grille,  comme  à  Tendroit  le  plus  vénérable 
de  Constantinople,  un  écrit  qui  l'intéressait^.  Il  existait  donc  à 
Hyzance  sur  le  simulacre  du  tombeau  des  apôtres,  exactement 
comme  à  Home  sur  leur  tombeau  véritable,  un  autel  surmontant 
une  chambre  et,  au  fond  de  cette  chand)re,  c'est-à-dire  au 
niveau  du  sol,  une  niche  grillée  où  se  déposaient  les  objets  à 
sanctifier  au  contact  des  reli(|ues.  Pour  accéder  à  cette  grille,  il 
fallait  bien  une  fenestella  à  Hyzance  aussi  bien  (|u'à  Rome. 

La  conclusion  est  que,  si,  aux  v**  et  vi'*  siècles,  la  fenestella 
implique  forcément  un  autel  surmontant  des  reliques,  seul  ïoni- 
biliCy  faisant  communiquer  une  crypte  avec  la  chambre  deTautel, 
suppose  Texislence  forcée  du  corps  saint  lui-même.  La  grille  peut 
exister  avec  de  simples  reliques  comme  avec  le  corps. 

Ceci  dit,  on  peut  examiner  ce  qui  subsiste  à  l'heure  actuelle  de 
l'église  primitive  de  Saint-Maximin.  L'église  basse  est  mainte- 
nant surmontée  d'un  édifice  rebAti  à  la  fin  du  xui**  siècle.  On  y  a 
conservé  quatre  sarco|)hages  qui  paraissent  remonter  au  iv* 
siècle  et  quatre  dalles,  de  facture  plus  barbare,  qui  dénotent  le 
VI*  siècle  environ  par  leur  style '^  L'inscription  qui  décore  l'une 
d'elles  est  manifestement  en  latin  de  basse  époque.  On  peut  penser 
qu'une  église  a  été  bâtie  vers  le  \i^  siècle  dans  cette  localité  et 
qu'on  y  a  utilisé,  soit  immédiatement,  soit  successivement  quatre 
sarcophages  de  l'école  arlésienne  déjà  vieux  de  deux  siècles. 

Deux  de  ces  sarcophages  mesurent,  l'un,  2 '"  50  *,  et  l'autre, 

t.  H.  Grisar,  Annlovtn,  p.  271  ;  d'après  Kpiatl.  letjaturum  ad Hormisdam 
papam  (Mi^no,  t.  03,  col.  47  i. 

2.  Ihid.,  p.  28V;  d'après  Mij^ne,  l.  (><.),  col.  :»:»,  et  JalTé,  n«931. 

3.  L.  ol  Ph.  Roslan,  Mo/nimruts  icninKjniphuiuoA  de  Véglise  de  Saint- 
Mnximin  (  Var)  ;  Monuments  et  sarrophnge^i  de  la  eri/pte.  Clialon-sur-Saône, 
J.  Dejussieu,  1862. 

4.  //>iV/.,    pp.  8-11,  pi.  IV,  V  et  VI. 


LA  PROVENCE  FRAXQUE  ET  SES  PATRICES  55 

2  mètres  de  long  ^  Celui-ci  est  coiffé  d'un  couvercle  légèrement 
débordant,  long  de  2  "»  12,  sur  le  milieu  duquel  est  percée  une 
fenestella.  Avec  ce  couvercle,  le  sarcophage  mesure  1  ™  28  de 
haut.  Le  plus  grand,  dont  la  longueur  est  de  2  •"  50,  a  perdu  son 
couvercle  :  il  est  donc  dinîcile  de  dire  s'il  avait  jadis  une  fenes- 
tella. Récemment,  on  a  cru  cependant  retrouver,  sur  Tune  de  ses 
parois,  une  fenestella  bouchée  -.  Quant  aux  deux  derniers  sarco- 
phages, mesurant  Tun  2  mètres  ^,  et  Tautre  2  *"  20  ^  de  long,  ils 
sont  encore  coiffés  de  leur  couvercle  et  ils  paraissent  ne  jamais 
avoir  eu  de  fenestella.  Restent  les  quatre  dalles  ^.  La  première, 
large  de  0"66,  représente  le  sacrifice  d'Abraham.  Elle  devait 
mesurer  1  mètre  de  haut  ou  un  peu  plus  :  mais  le  sommet  en  est 
cassé.  La  seconde  représente  Daniel,  dans  la  fosse  aux  lions, 
élevant  ses  mains  vers  Dieu  :  elle  a  1  "*  03  de  haut  et  0  ™  83  de 
large.  La  troisième  mesure  0  "»  80  de  large  et  1  *"  20  de  haut,  sans 
compter  0  "*  30  engagés  à  la  base  dans  la  maçonnerie  où  elle 
est  fixée  :  elle  représente  une  jeune  fille,  les  cheveux  dénoués  sur 
les  épaules,  en  posture  d'orante.  Comme  le  type  eût  été  insufR- 
sant  à  indiquer  la  pensée  du  sculpteur,  celui-ci  l'a  surmonté  d'une 
légende.  C'est  une  représentation  de  la  Vierge  Marie,  servant 
dans  le  temple  de  Jérusalem.  Enfin  la  quatrième  dalle,  dont  le 
sommet  manque,  représentait  une  orante  ordinaire.  De  ces  quatre 
dalles,  l'une  éveille  l'idée  du  sacrifice  et  trois  celle  de  la  prière. 
Il  est  incontestable  qu'il  faut  reconnaître  en  elles  les  quatre 
parois  verticales  de  la  chambre  d'un  autel,  encastrées  sans  doute 
au  début  dans  quatre  colonnes  d'angle.  Cette  chambre  devait 
donc  mesurer  environ  1  mètre  de  long,  0  ™  80  de  large  et 
1  ™  20  de  haut,  sans  compter  la  table  supérieure  de  l'autel  qui 
débordait.  Au-dessus  de  l'une  de  ces  parois,  probablement  sur  celle 
du  sacrifice  d'Abraham,  devait  être  ménagée  une  fenestella. 

i.  L.  et  Ph.  Rostan,  pp.  19-23,  pi.  X,  XI,  XII  et  XIII. 

2.  Joseph  Bérenger,  Les  traditions  prot'cnçnles.  li^ponse  aux  arguments 
de  M.  Vabbé  Duchesne,  membre  de  l'Institut.  Marseille,  impr.  Marseillaise, 
1904,  pp.  144  et  190. 

3.  L.  et   Ph.  RosUn,  Ibid.,  pp.  12-14,  pi.  VII. 

4.  Ibid.,  pp.  15-18,  pi.  Vin  et  IX. 

5.  Ibid.,  pp.  3-5,  pi.  I,  Il  et  III. 


/ 


S()  LA    PUOVKNa:    du    PRKMIKR    al-    Xll**    SIKCLK 

Comme  les  deux  sarcophages  à  fenestella  ont  été  cerlainement 
aussi  des  autels,  on  voit  qu'il  reste  dans  Téf^lise  actuelle  deSaint- 
Maximin  trois  autels  mis  en  usaj^^e  au  vi'  siècle.  Les  deux  sarco- 
phages sans  fenostellîi  ne  peuvent  être  autre  chose  «jue  des  tom- 
beaux d'évèques  dWix,  sinon  de  grands  fonctionnaires  et  pro- 
priétiiircs  laïques,  (jui  ont  voulu  se  faire  enterrer  dans  cette  église. 
Le  sol  de  la  crvpte  a  certainement  servi  de  cimetière  à  des  morts 
moins  importants  de  la  même  époque,  puisque,  en  18;>9,  on  en  a 
trouvé  trois  sous  le  pavé;  deux  en  pierre  et  un  en  grandes 
briques  ^ 

En  somme,  le  *}  juillet  1093,  1  église  de  Saint-Maximin  conte- 
nait trois  autels  :  c'est-à-dire  ceux  de  saint  Michel  et  de  saint 
Sidoine  avec  celui  du  patron  principal  '*,  Par  conséquent,  il  ne 
faut  pas  être  trop  surpris  de  retrouver  encore  maintenant  tn)is 
autels  du  VI**  si-;cle  dans  cette  église.  Les  plaques  doivent  prove- 
nir de  Tautel  de  Saint-Maximin,  le  sarcophage  dont  la  fcneslelU 
a  été  bouchée  doit  représenter  celui  de  saint  Michel,  et  le  sarco- 
phage à  fencstella  ouverte  doit  représenter  celui  de  saint  Sidoine. 
Tous  trois  ont  dû  contenir  les  relû/uife  et  les  bénéficia  (|u'il  était 
d'usage  de  placer  alors  sous  les  autels. 

A  vingt  kilomètres  de  là.  le  culte  de  la  Madeleine  s'était 
établi  à  la  Sainte-Baume;  il  se  peut  que  la  plaque  de  la 
Viei*ge  Marie  ait  fait  penser  que  le  tombeau  de  Marie-Madeleine 
se  trouvait  dans  l'église  où  exisUiient  ces  sarcophages.  De  là  à 
prétendre  que  son  cor|)S  avait  été  transféré  dans  le  sarcophage  de 
Tautel  dédié  à  saint  Sidoine,  il  ny  avait  qu'un  pas.  Mais  en  1093, 
cela  n'était  pas  encore  admis.  En  somme,  les  prétentions  du  clergé 
de  Provence  furent  tardives  et  modestes.  Tardives,  puisque 
l'église  de  Saint-Maximin,  en  1093,  ne  prétendait  pas  encore 
av(»ir  le  tombeau  de  sainte  Madeleine  :  qui  dit  tombeau  de  saint 
dit  autel.  Modestes,  car,  après  tout,  ce  clergé  n'avait  qu'à  se  baser 
littéralement   sur  le   témoignage  des   pierres    pour  dire  que   la 


I.  L.  et  Pli.  Hoslîiiup.  8,  n.  '2. 
'2.  (larl.  (!(.'  Saint- Virlnr,  n"  'Z'1'2. 


LA  PROVENCE  FRAKQUE  ET  SES  PATRICES  57 

Vierge  Marie,  mère  du  Sauveur,  était  venue  mourir  en  Provence, 
pour  ajouter  que  Lazare  était  pape  à  Marseille  au  moment  où 
Pierre  était  pape  à  Rome. 

Ce  n'est  pas  tout  :  en  effet,  outre  les  légendes  saintes  de  Pro- 
vence qui  viennent  d'être  passées  en  revue,  il  reste  celle  des  saintes 
Maries  et  celle  de  sainte  Marthe.  Tout  à  Test  de  la  Camargue, 
sur  le  bord  de  la  mer,  vers  Tembouchure  actuelle  du  petit 
Rhône  *  et  k  Touest  de  Tétang  Impérial,  il  existe  un  village 
dont  l'église,  comme  tant  d'autres,  était  dédiée  h  Notre-Dame  2. 
Quand  les  légendes  de  Vézelay  eurent  reçu  leur  diffusion  en 
Provence  et  qu'on  y  eut  admis,  par  conséquent,  la  venue  de 
Marie -Madeleine,  on  chercha  à  préciser  Tendroit  où  elle  avait 
pris  pied.  Tout  d'abord,  en  raison  de  Lazare  qu*on  supposait 
évêque  de  Marseille,  on  pensa  que  Madeleine  et  ses  compagnons 
avaient  abordé  à  Marseille  même.  En  1190,  Guy  de  Bazoches 
relève  cette  croyance.  Puis  les  idées  se  modifièrent  et,  en  1212, 

1.  Ce  serait  sous  le  règne  de  François  !«''  ({ue  le  petit  Rhône  aurait  pris 
son  écoulement  actuel  aboutissant  aux  Saintes-Marics  (Gauticr-Descoltes, 
Élude  sur  la  formation  de  la  Camargue,  à  propos  de  V inscription  des 
Saintes-Mariés,  Congrès  archéologique  de  France,  XLIII*  session  :  Arles. 
Tours,  Bouserez,  1877,  pp.  331-300,  et  2  pi.  hors  texte.  Voir  p.  343). 

2.  [920-961].  (*  Brève  de  terris  (juas  Manasses  archicpiscopus  in  dominio 
suo  tenuit...  omnes  piscarias...  fiscumde  Ratis...  silvam  cum  ecclesia  sancte 
MariedeRatis.  ..»>(Albanès, Gall. Christ,  novissima.  Arles, col.  409-i  10,  n°261). 

Février  1061/2.  «  Ego  Raiambaldus  archiepiscopus  et  Fulco  fraler  meus... 
donamus...  canonicis...aliquid  de  nostrisbenefîciis...  in  comitatu  Arelalensi 
et  in  insula  Camaricas,  hoc  est  ecclesia  sancle  Dei  genitricis  semperque  virgi- 
nis  Marie  de  Ratis  et  ecclesiam  sancti  Martini  (Chantelou,  Hist,  de  Mont- 
majour,  Rev.hist.  de  Provence,  l'«  année,  pp.  174-175). 

[Février  1061/2  ?].<(  Ego  Bertrannus  cornes  et  mater  mea  Stéphanie  simul- 
que  conjux  mea  Matildis...  reddimus...  [ecclesiam J  sancta»  Dei  Genitricis 
virginisque  Maria»  de  Rads...  canonicis  »>  [Ibid.,  p.  219). 

[1074?]  «  nos  sanctae  Arelatensis  matris  ecclesia?  filii  donamus...  beatae 
Mario; et  bcato  PetroMontismajoris...  ecclesiam  sancta» Maria?  de  Ratis...  tali 
conditione  ul  unoquoque  anno,in  festivita te  omnium  sanctorumtrigintasoli- 
dos  Melgorienses...  persolvant  et  duas  candelas  in  consecralione  ipsius 
ecclesiae  béate  Mariœ  et  alias  duas  in  ejus  Assumptione,  videlicet  melio- 
res  »>  [ibid.j  pp.  217-218).  Dès  l'époque  de  l'archevêque  Raimbaud,  les  moines 
de  Montmajour  réclamaient  d'ailleurs  des  droits  sur  cette  église  (ihid., 
pp.  147  et  197).  —  Cf.  le  testament  de  saint  Césaire  (Albanès,  Gall.  noviss. 
Arles,  n»  131). 


J)8  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    Xll*    SIÈCLE 

Gervais  de  Tilbury  s'en  fait  Técho.  On  pensa  dorénavant  qu'elle 
avait  dû  remonter  le  Rhône  vers  Arles  et  Avignon  :  aussi,  l'église 
de  Notre-Dame,  placée  alors  à  l'entrée  du  Rhône  de  Saint- 
Ferréol  ',  parut  être  le  point  où  avait  accosté  la  barque  qui 
l'amenait  d'Orient.  Le  bras  du  Rhône  de  Saint- Ferréol  était  navi- 
gable encore  au  xii*^  siècle.  A  dater  du  moment  où  cette  identi- 
fication fut  faite,  le  titre  de  l'église  en  question  tendit  à  passer  du 
singulier  au  pluriel  :  ce  ne  fut  plus  l'église  de  sainte  Marie,  mère 
du  Christ,  mais  l'église  des  saintes  Maries.  Cette  église  est  men- 
tionnée dès  le  milieu  du  vi*  siècle  sous  le  nom  de  Notre-Dame  de 
liatis.  11  faut  remarquer  que  les  étangs  de  Malagroy,  de  Monro,  du 
Fournelet,  de  la  Dame, du  Lion  et  Impérial,  lesquels  dépendent  du 
grand  étang  du  Valcarès,  sont  parsemés  d'îles  grandes  ou  petites. 
Quand  l'île  est  grande,  comme  l'île  de  Mornes,  il  n'y  a  rien  à 
remarquer;  quand  l'île  est  petite,  un  peu  à  l'écart  et  isolée,  bien 
en  vue,  elle  reçoit  le  nom  imagé  de  radeau.  Or,  les  «  radeaux  » 
sont  surtout  nombreux  dans  l'étang  Impérial  qui  avoisine  Notre- 
Dame  de  ratis  :  il  est  probable  que  le  diminutif  «  radeau  »  a  rem- 
placé dans  l'usage  le  terme  de  «  rad  »,  «  rau  »,  conservé  dans 
la  dénomination  de  l'église  Notre-Dame  des  «  raus  »  *.  De  tout 
temps,  on  a  navigué  par  radeaux  sur  la  Durance  et  il  en  a  été 
de  même  sur  le  Rhône,  plus  spécialement  peut-être  sur  le  Rhône 

t.  Le  Rhône  de  Saint-Ferréol,  ou  l)rassiore  de  la  Cape,  fut  abandonné 
par  le  courant  au  milieu  du  xin*  siècle  et  fermé  en  1440.  Il  est  représenté 
actuellement  parla  roubine  do  la  petite  Monlloii{>  «jui  part  du  grand  Rhône, 
sur  la  rive  droite,  à  côté  du  Fort  de  Paquos,  traverse  la  Camargue,  entre  la 
Grand'  Mar  et  Télang  de  Valcarès,  puis  tombe  dans  le  lit  encore  apparent 
du  Hhônr  do  Saint-Ferréol,  suivant  la  levée  de  terre.  Il  aboutissait  h  la 
mer  tout  près  des  Saintes-Mariés  à  l'est,  au  grau  des  Arts  [Gautier-Descotles, 
pp.  345-347). 

2.  Radeaux  Redonière,  Resson,  de  Mergues.  Cf.  Curies  de  V intérieur ^  xxi-34 
et  xxi-35.  Le  latin  rali»  aura  donné  le  bas  latin  *ratus^  i,  en  vieux  français 
rô,  puis  le  diminutif  *ratcllus^  (jui  est  l'origine  du  provençal  radelh,  du 
français  radeau  Guslav  K6rting,  Laleinisch-romanisches  Wôrierbuch, 
Paderborn,  Ferd.  Schôningh,  4891,  col.  004,  n"  0080,  et  col.  003,  n«  6091). 
—  Cf.  l'île  des  Rats,  dans  le  Rhône,  en  face  du  confluent  de  l'Aigu  es  (commune 
Piolenc)  et  d'Orange.  Si  vadum  a  donné  y  né  en  français,  gua  dans  FAr- 
dèche  et  l'Isère,  gradus  a  donné  gré  en  français,  gras  en  pmvcnçal  ordi- 


LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  K9 

Sainl-Ferréol  :  cela  explique  que  le  nom  de  radeau  ait  été  donné 
aux  petites  îles  de  Tétang  voisin  et  que  le  voisinage  aussi  ait  servi 
à  dénommer  l'église.  Cette  église  avait  été  bâtie  sur  une  dépen- 
dance du  fisc  royal,  elle  avait  été  donnée  par  saint  Césaire  à  lar- 
chevêché.  Au  x®  siècle  encore,  elle  faisait  partie  de  la  mense  archi- 
épiscopale d'Arles.  En  1061,  l'archevêque  Raimbaud  en  fit  don  à 
la  mense  du  chapitre  ;  de  son  côté  le  comte  de  Provence  aban- 
donna à  cette  mense  ses  droits  sur  Téglise.  Finalement,  du 
temps  de  Tarchevêque  Aicard,  le  chapitre  concéda  Notre-Dame 
«  des  raus  »  à  Montmajour.  Il  n'est  jamais  question  jusque  là 
que  de  Notre-Dame,  et  non  pas  des  Saintes  Maries  :  les  pan- 
cartes confirmatives  d'Eugène  III,  d'Innocent  III,  d'Alexandre  IV 
ne  parleront  jamais  jusqu'au  milieu  du  xiii**  siècle,  en  se  répétant, 
que  de  l'église  Notre-Dame  de  la  mer*.  Mais,  entre  H90  et 
1212,  c'est-à-dire  entre  l'époque  de  Guy  de  Bazoches  et  celle  de 
Gervais  de  Tilbury,  la  tradition  s'était  établie,  aux  dépens  de 
Marseille,  que  Madeleine  avec  ses  compagnons  y  avait  débarqué, 
que  six  d'entre  eux  y  avaient  reçu  leur  sépulture,  parmi  lesquels 


nairc  et  grado  en  italien  ;  on  n*a  qu'à  consulter  une  carte  pour  voir  qu'en 
basse  Provence  et  spécialement  à  l'embouchure  du  Rhône,  gradus  a 
donné  grau  :  donc,  si  *raius  s'était  conservé  et  n'avait  pas  été  remplacé 
par  son  diminutif  *r»i^e//w«,  il  y  aurait  donné  rau.  Voir  de  Fos  à  Pafevas 
toutes  les  embouchures  ou  ouvertures  dénommées  les  graus  du  Galejon, 
de  Gloria,  de  Pégoulier,  de  Giraud,  de  la  Dent,  de  Saint-Bequin,  de  Beau- 
duc,  des  BatayoUes,  du  Rousty,  des  Arts,  d'Orgon  et  du  Roi. 

Groupant  N.-D.  de  raiis  avec  l'Ile  de  Ré  et  le  pays  de  Retz,  M.  Camille 
Jullian  s'est  demandé  si  ces  noms  n'indiqueraient  pas  des  landes  garnies 
de  fougères.  Il  se  peut  bien  que  des  fougères  croissent  dans  ces  loca- 
lités :  mais,  ce  qui  les  caractérise  avant  tout,  c'est  leur  proximité  de  la 
mer.  D'ailleurs,  la  fougère  se  dénomme  en  latin  rw/a,  en  provençal  rude  : 
pour  y  répondre,  il  faudrait  que  les  textes  parlent  de  N.-D.  de  rulis  et  ce 
n'est  pas  le  cas,  puisqu'on  a  la  forme  de  ralis  (G.  Jullian,  Notes  gallo- 
romaines,  !'«  série,  Bordeaux,  Fei*et,  pp.  336-337,342-343). 

1.  Avril  1152.  «  in  Arelatensi  parrochia...  ecclesiam  sancte  Marie  de  Mari  » 
(Chantelou,  p.  250).  —  29  novembre  1204.  «  in  comitatu  Arelatensi...  eccle- 
siam sancte  Marie  de  Mari  cum  omnibus  pertinentiis  suis  »  {ihid.,  p.  290). 
—  17  mars  1258.  «  ecclesiam  sanctœ  Maria?  de  Mari  cum  omnibus  perti- 
nentiis suis  »  ((/>t(/.,  p.  355). 


60  LA    PROVENCK    DU    PREMIKR    AL"    XII*   SIÈCLE 

deux  Maries  K  Comme  il  ne  peut  èlre  c|ueslioii  ni  de  la  Viei^e, 
ni  de  Madeleine,  ces  deux  Maries  sont  Marie,  fille  de  Jacques,  et 
Marie  Salomé  •.  Ce  nouvel  itinéraire,  en  remontant  le  Rhône, 
conduit  vers  Arles  et  vers  Avignon  ;  il  montre  que  la  légende 
des  saintes  Maries  dépend  dahord,  comme  celles  de  Saint- 
Maximin,  des  légendes  de  Vézelay  relatives  à  Madeleine  et  aussi 
de  celle  plus  tardive  de  sainte  Marthe.  L'église  actuelle  doit  dater 
duxiTsiêcle  et  elle  futhàtie  en  pierres  de  Beaucaire^  A  ïarascon, 
également  sur  le  Hhùne,  se  trouvait  en  elTet  une  autre  église  destinée 
à  devenir  célèbre  :  c'est  celle  dédiée  à  sainte  Marthe.  Cette  église 
était  placée  dans  un  bourg  important,  sur  la  voie  de  Milan  en  Espa- 
gne, au  point  où  celle-ci  franchissait  le  Rhône  •  ;  elle  existait  dès  le 
x**  siècle.  Au  xi",  elle  figure  prmi  les  biens  de  la  mense  du  chapitre 
d'Avignon,  et  au  premier  rang  •'.  Vézelav  et  Autun  avant  déclaré 
«voir  Marie-Madeleine  et  I^xare,  morts  en  Provence,  les  gens  de 
Tarascon  durent  penser  bientôt  que,  si  la  Bourgogne  ne  revendi- 
quait pas  Marthe  avec  son  frère  et  sa  steur,  c'est  que  le  corps  de  celle- 
ci  était  resté  en  terre  de  Provence.  A  ce  compte,  il  devait  forcément 
se  retrouver  dans  l'église  qui,  chez  eux,  lui  était  dédiée.  De  fait, 
rinvention  des  reliques  de  I/izare  ayant  été  faite  à  Autun  le 
2i)  octobre  il 47,  celle  des  reliques  de  Marthe  eut  lieu  en  1 187,  à 
Tarascon.  A  cette  occasion,  on  rebâtit  son  église  qui  fut  dédiée  le 
1''*  juin  ilî>7.  Cette  coïncidence  d'une  construction  nouvelle  et 
d'une  invention  de  reliques  locales  est  un  fait  fréquent  et  naturel: 
on  l'observe  à  Tarascon,  comme  on  Ta  observé  à  Autun,  à  Vézelay 
et  à  Saint-Victor.  La  création  d'un  culte  nouveau,  ou  la  recrudes- 

1.   Ducliosiir,  l.l,p.  329.  note  1. 

•2.  Dès  !(»  -22  (H'UAno  lOlK),  los  chartes  de  Saiiit-Viclor  doniKMit  un  exemple 
(In  nom  <lc  Saloinr  poiié  par  la  foinme  de  Pons  Maiiiior,  à  Ollières  et  Bel- 
rodèiie,  c'esl-à-tlire  près  de  Sain!  Maximin,  dans  le  diocèse  d'Aix  [Cnrt. 
Sninf- Victor,  H*»  138  . 

3.  (ianlier-l)es<M)ttes,  Etiido  sur  la  for  mut  ion  de  la  (lamargue^  k  propos 
tic  VinHvriptum  des  SninfcH-Mnrirs  {iAm\rivs  arché(>U)fîique  de  France. 
XM1I«  session  :  Arles,  p,  347). 

V.  On  doil  noter  <pie  Sainl-Maximin  et  le  Val  où  se  tronvaienl  un  aulel 
et  une  éfçlisc  «lédiés  à  sain!  Sidoine  sonl  deux  localités  siluées  éj^alcmenl 
sur  la  voie  aurélienne  de  Home  en  Kspajifne. 

!i.  Avignon,  1.*')  seplendire[  1095 J. Privilège  d'Urbain  II  (JafTé,  2*  éd.,  n°  5a78). 


LA  PROVENCE   FKANQLE    ET   SES   PATRiCES  61 

cence  d'un  culte  ancien,  amène  forcément  un  essort  matériel  :  elle 
le  seconde,  s'il  existe  déjà.  Sainte  Marthe  étant  mise  au  jour,  il 
fallut  écrire  sa  vie  pour  la  faire  connaître  aux  fidèles  qui  venaient 
la  vénérer.  L'auteur  de  ce  texte  ne  se  contenta  pas  des  légendes 
créées  h  Vézelay,  répandues  à  Marseille  et  à  Aix.  Ce  n'étaient  plus 
seulement  Lazare  et  ses  deux  sœurs,  Maximin  et  Sidoine  qui  étaient 
venus  d'Orient  à  Marseille  :  on  leur  adjoignit  une  vingtaine  de 
personnes,  parmi  lesquels  quatorze  évoques,  de  manière  à  ratta- 
cher directement  aux  disciples  du  Christ  Torigine  des  églises 
d'Arles,  de  Narbonne,  de  Toulouse,  de  Limoges,  de  Saintes,  du 
Mans,  de  Bourges,  de  Tours,  de  Lyon,  de  Besançon,  d'Orange, 
de  Périgueux,  du  Puy  et  de  Paris.  Tout  Capharnaiim  se  trans- 
portait en  Provence.  Comme  le  remarque  Mgr  Duchesne,  ces 
divers  évêques  ont  vécu  réellement  en  divers  siècles,  du  n®  au 
vu®  ^  Le  but  à  atteindre,  c'était  que  désormais  les  Gaules 
entières  dussent  s'intéresser  à  Tarascon,  où  reposait  Marthe.  Taras- 
con  dépendait  du  diocèse  d'Avignon  :  on  pourrait  être  un  peu  sur. 
pris  de  ne  pas  voir  le  premier  évêque  du  diocèse  figurer  au  nombre 
de  tous  ces  compagnons  de  la  sainte.  Voici  pourquoi  :  c'est 
qu'elle-même  se  réserva  de  prêcher  l'évangile  dans  Avignon,  où 
elle  fit  des  miracles.  On  raconta  plus  tard  qu'elle  bàtlt  l'église 
cathédrale  sous  les  auspices  de  la  Vierge  encore  vivante  :  à  cette 
chaire  il  ne  manquait  qu'un  évêque,  la  main  de  Dieu  lui- 
même  vint  la  consacrer.  A  force  de  l'entendre  dire,  les  papes 
finirent  par  le  croire  :  Sixte  IV  en  est  témoin  2.  Dans  ces 
conditions,  l'absence  du  premier  évêque  à  côté  de  Marthe  s'ex- 
plique bien  clairement.  C'est  Marthe  qui  en  tient  lieu  :  elle  vaut 
mieux.  Quand  elle  mourut,  le  Christ  lui-même  vint  l'ensevelir, 
avec  l'aide  du  premier  évêque  de  Périgueux.  Grâce  à  ces  prodiges, 

i.  Duchesne,  l.  I,  p.  327. 

2.  1475.  M  Cum  itnque,  sicut  accepimus,  Ecclcsia  Avenionensis,  ordinis 
sancti  Auguslini,  quîje  inter  cœteras  cathédrales  ecclesias  illarum  partium 
claret,  a  beata  Martha  Jesu  Chrisli  hospita,  ad  laudem  ejus  et  gloriosie  vir- 
^ints,  manu  Dei,  utfama  est  et  antiquorum  habet  relalio  et  aliquonim  roma- 
norum  pontificum  lilter;e  attostantur  consecrala  existil  »  (Fr.  Nou- 
çuier,  liisl.  c/MriV//io/i,  pp.  7  et  11). 


62  LA    PROVENCIi:    DL    PRKMlEll    AU    XII®    SIÈCLE 

le  bourg  de  Tarascon  pouvait  traiter  la  cité  d* Avignon  comme  une 
mère-église  traite  sa  lille.  11  n'en  faut  pas  plus  pour  établir  que 
Tautour  de  la  vie  était  avant  tout  un  tarasconnais  de  Tarascon.  Le 
culte  de  sainte  Marthe  se  dévelop|>e  ainsi  à  dater  de  1187. 
Cependant,  quoique  son  église  ne  soit  citée  qu'à  partir  du  x*  siècle, 
il  est  bien  probable  quelle  existait  sous  ce  titre  dès  le  vn*"  siècle. 
En  effet,  le  nom  de  Marthe  ligure  sur  Tépitaphe,  conservée  à 
Arles,  d'une  femme  morte  à  Tage  de  trente-cinq  ans,  le  25  sep- 
tembre d'une  année  qui  n'est  datée  que  par  la  VP  indiction.  L'ab- 
sence ilu  consulat  ou  du  post-consulat  permet  de  penser  que  cette 
épitaphe  ne  peut  guère  être  antérieure  au  vn*  siècle  :  d'autre 
part,  sa  rédaction  doit  être  antérieure  au  viii*.  Le  nom  de 
Marthe  était  porté  au  début  du  ix*  dans  le  pays  arlésien  d'Ar- 
gence  placé  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  en  face  de  Tarascon  *. 

1.    I1I<:   IN   I»A<:K  llKliVIFSCIT.It.M.MAltTA    yV.lC   VIXIT  PL.MS.  ANN.   XXXV.  OBIIT  SVU 

n.vii.KAi..  <)<:toh.  im>.  m  (Muséo  d'Arlos  ;  Joseph  liéronper.  Les  traditions 
/)/•(> l'mç.-i/f'. H,  p.  171  ■•  —  7  iiovcmbri»  82i.  Kchaiij^i»  iMilro  Nolon,  archevtMpu* 
<l'Ar!os,  cl  It»  comlo  Lovl)iilfo  :  «<  iii  pajj^o  ArolaU'usi»,  infra  agro  Arprn- 
U'a...  1(1  simililor,  iiifra  ArjjjtMiloa,  donat...  Leybulfus...  iiiler  Iria  loca 
(pii  vocaiitur  (iauj^iaco.  EvtM'iciis  ol  Occisionein...  t*t  illa  lerra  ad  Occi- 
sioiu'in  osl  iiilcr  roiisorlt's...  ah  alio  fionl«»  Icrra  saiicle  Marie  L'colico. 
Kl...  Lovhulfiis...  iii...  villa  (lampopuplioo,..  iiilor  consorles  :  ab  uiio 
laloro  vinoaiii...  occlosie  saiicti  Polri,  ab  alio  laleiv  Goiidesindam,  ab 
uno  fronU»  mcipsuin  doiiatorem  et  liorrdes  Doda,  ab  alio  fronte  Marlha 
ol  lu'ri*di»s  Marliiium  vtd  ox  ajçi*o  commune  ill.  Moris,  Edm.  Blanc, 
(^urt.  (h  Lorins,  pp.  ^ort-ioS,  n"  217  .  Le  villa^^»  de  Ctinipopiiplico  no 
piMit  s'idiMitifuT  ;  il  élait  placé  dans  le  canton  d'Ar^^nce.  Aujourd'hui, 
lo  ^çrand  et  le  petit  Ar^ence  sont  simplomonl  deux  quartiers  de  la 
commune  de  Founpies,  sur  la  rive  droite  du  petit  Rhône.  Jadis,  le 
canton  <le  ce  nom  com[)renait  probablement  tout  le  pays  arlésien  de 
la  live  droite,  de  Founpies  à  Meynes,  puis(pie  les  confronls  d'Orrwio- 
nv.m  sont,  d'autre  part,  les  terres  de  N.-D.  d'Uzès.  Lo  nom  do  Marthe  est 
donc  celui  d'une  propriétaire»  do  lorrain  en  face  do  Tarascon,  on  824.  (iC 
nom  étant  [)eu  répandu,  on  peut  penser  (pu\  lors  de  sa  naissance,  elloravail 
tiré  de  la  patronne  do  Tarascon.  Le  pouillé  de  l'ovoché  de  Marseille,  dressé 
en  813  et  81 1,  indiipio  cinij  femmes  portant  ce  nom  :  la  première  dans  les 
dépendances  de  la  villa  de  Land)esc,  au  diocèse  d'.\ix;  la  seconde  au  diocèse 
d'Aix,  dans  une  villa  Vinjoni}<  lo  Vor^^on,  comm.  Aix*?)  dont  dépendaient 
,1(1  Fonte  Kon l rousse  ?),  /^i .'ic//! /.<<  (Hians?)  et  (lannijoltia  iGaragoby,  comni. 
Sainl-Paul-lès-l)urance?)  :  les  trois  (UMuièivs  au  (liocèst*  do  Fréjus,  dans 
les  villas  <lo  Harjols/.'}    et  do  Sillans  i?)   [tlart.  de  Sainl-Viclor,  i.  H,  pp. 


LA    PROVENCE    FRANQUE   ET   SES   PATRICE8  63 

11  Télait  aussi,  d'ailleurs,  dans  les  dépendances  de  Tévêché  de 
Marseille.  On  serait  porté  à  en  trouver  Torigine,  comme  pour 
celui  de  saint  Sidoine,  dans  Tinfluence  du  patrice  auvergnat 
Bonnet,  alors  qu'il  gouvernait  la  Provence  austrasienne.  Son 
frère,  Tévêque  Avitus,  deuxième  du  nom  (676-691),  avait  fondé 
un  monastère  à  Volvic  sur  le  tombeau  de  son  prédécesseur 
saint  Prix  (-{•  25  janvier  676)  *.  Jusqu'alors  saint  Aus- 
treraoine,  le  premier  évêque  d'Auvergne,  avait  reposé  à 
Issoire  ^  :  la  troisième  vie  de  ce  saint,  dont  le  texte  se  rencontre 
dans  un  manuscrit  du  xi®  siècle  ^,  dit  que  l'évêque  Avit  le  fit 
porter  d' Issoire  à  Volvic.  Cette  première  translation  ne  peut  être 
attribuée  à  Avit  1*'  qui  siégeait  pendant  le  dernier  quart  du 
VI*  siècle,  mais  forcément  à  Avit  II  puisque  Volvic  ne  fut  fondé 
que  par  celui-ci,  après  la  mort  de  saint  Prix.  A  la  vérité,  ni  la 
première  ni  la  deuxième  vie  d'Austremoine  ne  précisent  ainsi  la 
translation  d'issoire  à  Volvic  ;  mais  elle  eut  lieu  forcément  entre 
676  et  863.  En  effet,  à  cette  dernière  date,  Austremolne  fut  trans- 
féré une  seconde  fois  et  de  Volvic  à  Mozac  '*  :  d'autre  part,  Avit  II® 

635,  640.  651,  652,  653).  Le  Cariulaire  de  Saint-Victor  mentionne  aussi 
une  Fous  Marthe^,  près  de  Salernes,  au  diocèse  de  Fréjus  (Car/,  de  Saint- 
Victor  y  n***  508  et  520).  Au  diocèse  d'Avignon,  dans  la  commune  d'Orgon, 
la  carte  indique  le  lieu  dit  Font-de-Marthe.  Dès  le  x*  siècle,  le  nom  de 
Marthe  se  rencontre  dans  le  comté  d'Uzùs  (Chartes  de  Gluny,  n'»  817). 

1.  Duchesne,  t.  II,  p.  38. 

2.  Ihid.,  p.  33;  Greg.  Tur.,  Franc.  Hist.^  I,  30;  De  Glor.  confess.^  29. 

3.  Bibl.  Vatic.  Reg.  486.  Il  est  facile  de  voir  que  ce  manuscrit  est  du 
XI"  siècle  et  non  pas  du  ix^,  comme  une  erreur,  probablement  d'impression, 
l'a  fait  dire  aux  Bollandistes  (Acta  SS.  NovenibriSyi.  I,p.  61).  La  3®  vie  de 
saint  Austremoine  qui  y  figure  emprunte  un  exemple  à  la  vie  des  saints  : 
«  Quia  vero  exemplo  Marthœ  in  actuali  vita  diu  Christo  régi  libenti  animo 
ministraverat,  cœpit  coixletenus  meditari  de  laudabili  studio  Maria?...»  (Ibid., 
p.  66,  2*  col.)  et  plus  loin  :  «  Imitari  satagebat  Martham  ut  nequaquam  negli- 
geret  Mariam  »  {Ibid,^  p.  i79).  Déjà,  dans  la  vie  de  saint  Amator, évoque 
d'Auxerrc  (f  l*''mai  418),  qui  fut  écrite  à  la  fin  du  vi«  siècle  par  un  évêque  afri- 
cain du  nom  d'Etienne,  sur  la  demande  de  son  successeur  Aunachaire 
(Duchesne,  t.  II,  pp.  427  et  440),  on  invoque  la  résurrection  de  Lazare  et 
on  parle  de  Marthe  {Acta  SS.  Mai,  t.  I,  Palmé,  p.  58)  ;  mais  ce  qui  est  sur- 
prenant, ce  n'est  pas  de  pouvoir  noter  ces  allusions  aux  deux  saints  en 
question,  c'est  de  ne  pas  en  rencontrer  bien  davantage  qui  les  concernent 
dans  les  textes  hagiographiques. 

4.  La  translation  eut  lieu  sous  l'évêque  Adcbert  et  l'abbé  de  Mozac  Lan- 


6i  LA    PKOVK.NCE    DU    PRKMIKR    AU    XH*    SIÈCLE 

ayant  fondé  Tabbayo  de  Volvic,  il  est  tout  nalinvl  qu'il  ail  ou 
aussitôt  la  pensée  de  réunir  Austremoine  et  Prix.  Quoi  qu'il  en 
soit,  lors  de  la  première  translation  opérée  d'Issoire  à  Volvic, 
les  porteurs  du  corps  eurent  la  pensée  de  coui)er  leur  route  en 
se  reposant  dans  un  couvent  de  relif^ieuses  dédié  à  Marie-Made* 
leine  et  à  sa  sœur  Marthe  '.  Ils  y  furent,  entre  parenthèses,  fort 
mal  revus  et  même  mis  à  la  porte  ;  ce  (jui  amène  le  moine  de 
Mozac,  auteur  du  récit,  à  faire  le  {grincheux  et  à  tracer  de  ses 
scrurs  en  religion  un  portrait  pou  flatteur.  Ces  malheureuses  se 
virent,  naturellement,  punies  de  leur  manque  de  respect  envers  l'il- 
lustre Austremoine  :  elles  moururent  de  lièvres  et  de  dysenteries 
opiniâtres.  Quand  bien  même  il  ne  faudrait  voir  dans  le  récit  tardif 
de  cette  translation  que  Técho  de  la  situation  existant,  au  plus 

frid.  \sV  (iîillia  Chrintiana  (t.  Il,  col.  3.*'»i  ivièvo  doux  abbés  de  co  nom.  lo 
proinior  on  7t>V  au  toni[>s  do  la  translation  on  (|uoslion,  lo  second  connu 
en  HOi  par  un  acte  du  (larlulaire  do  Briontle.  Il  ost  évi<lonl  (ju'on  a  calcjué 
le  psoudo-Lanfrid  do  7(>l  sur  colui  do  Hr»t,  ou  récipnxiuoniont.  Voir,  sur 
Lanfrid,  le  .\Vmi?s  .ln7i/t\  l.  XIX,  p.  2»,  ol  t.  XVIII,  p.  572.  Los  trois  vies 
d'AusIrcnioiiic  ont  été  composées  à  Mozac  l'une  après  l'autre  (l)uchesne, 
l.  II,  [).  119).  Ce  monastère,  dédié  à  saint  Pierre  et  à  saint  Caprais  \(iall. 
ChrÎHt.^  l.  11,  col.  3,'il),  aurait  été  fon<lé  par  Pépin  lo  Bivf  ol,  avant  lOOr»,  il 
fut  uni  à  (^luny.  Dans  saint  (laprais,  il  faut  reconnailiv  siins  doute  saint 
Ciprais    h')noré  h     A^(»n  »  Duchesne,    l.  II,  pp.  Ii»-l»*i. 

Slozac,  cant.  et  arr.  Itiom.  Puy-(Ie-l)ome.  (^nrte  du  service  flo  rintàrieur^ 
xviii-2.*i.  Un  récent  mémoin»  de  M.  L.  Lovillain  {La  trnnnlation  (Ips  reli- 
f/ues  de  Huint  Auntremoine  à  Mozac  et  lo  diplôme  do  Pépin  II  d\\(|uitaino, 
HO'.i  ;  l.r  Mol/en  Ai/e^  lUO't,  pp.  281 -337 1  prouve  (pie  lo  précepte  attribué  à 
Pépin,  lils  <le  Louis  lo  Pieux  (inli.  Christ.,  t.  Il,  col.  108-1091,  est  en 
réalilé  <1(»  Pépin. neveu  do  (Ibarles  le  Cbauve,  et  qu'il  fut  fait  à  Clormont  le 
1'''  février  XG3,  en  présence  (rA<lo,  ou  .Vdebert,  évè(pio  do  Clormont  i802- 
8r>i;,  chancelier  de  Pépin,  du  sous-diacro  Joseph,  notaire  do  la  chancol- 
lerio  royale,  el  de  Lanfroi,  abbé  do  Mozac.  Selon  les  documents  hagiopra- 
pliitpies,  ces  trois  personnages  ayant  également  assisté  à  la  translation 
(pii  eut  lieu  à  la  tin  do  janvier,  la  translation  do  Volvic  à  Mozac  se  date 
donc  de  la  (in  de  janvier  H03. 

1.  •<  Levantes  itujuo  sancii  marlyris  glebam...perveniunt,  comilantoDeo, 
in  (piodam,  non  dicam  puellarum  sed  pullarum,  monastorio;  ({uia  nigridinom 
(piam  habilu  gestabant,  comitante  diabolo,  in  corde  gorebant  ;  ibiquc 
diviM'hinlnr  hospitandi  gratia.  Ipsum  (puxpie  monastorium  constructum 
fueral  in  honore  peccalricis  Maria»  et  Marthtr  sororis.  Tum  illo  cholydrus 
<pii  Adam...  députerai. .,  inimittendo  se  in  aliquarum  sororum  cordibus,  lin- 
gua  vii)erea...  ••  (Arta  SS.  Xoi'emhr.,  t.  I,  p.  78  . 


LA    PROVENCE   FRANQIE    ET    SES   PATKICES  65 

tard  pendant  le  xi^  siècle,  au  moment  où  Austremoine  reposait  à 
Mozac,  il  n  en  est  pas  moins  établi  qu*il  existait  alors  entre 
Issoire  et  Vol  vie  un  monastère  déjà  ancien  de  filles  dédié  aux 
saintes  revendiquées  plus  tard  par  Saint-Maximin  et  Tarascon. 
Probablement,  il  s'agit  de  Tabbaye  de  Chamalières  *  :  si  Ton  par- 
court la  liste  des  abbayes  relevées  par  les  auteurs  du  Gallia  dans 
le  diocèse  de  Clermont,  celle  de  Chamalières  est  en  effet  la  seule, 
soit  comme  ancienneté,  soit  comme  situation  topographique,  qui 
puisse  convenir.  Elle  fut  fondée,  paraît-il,  vers  665,  par  Genesius, 
du  conseil  de  Tévéque  saint  Prix  (-f  25  janvier  676),  avec  celle 
de  Saint-Pierre-de-Beaumont,  près  de  Clermont,  sous  la  règle  des 
saints  Benoit,  Césaire  et  Colomban  2.  L'évêque  fondateur  y  ins- 
talla Tabbesse  Gundilana.  L'église  de  Chamalières  fut  plus  tard 
dédiée  à  Notre-Dame.  Si  elle  Tétait  d'abord  à  une  sainte  Marie, 
on  pourrait  y  reconnaître  l'emplacement  du  couvent  mal  vu  de 
Mozac. 

Ce  doit  donc  bien  être  le  patrice  Bonnet  qui  a  introduit  dans 
la  Provence  austrasienne  les  cultes  auvergnats  de  Sidoine 
Apollinaire,  des  sœurs  Marie-Madeleine  et  Marthe,  comme  aussi 
ceux  de  Maximin,  de  Marcelle  et  des  Innocents  ^  :  ces  cultes  se 

i.  Issoire,  Puy-de-Dôme. 

Volvic,  cant.  et  arr.  Riom,  Puy-de-Dôme. 

Voir  les  Caries  du  service  de  Vintérieur^  xvin-25  et  xviii-26.  En  passant  de 
la  première  à  la  seconde  de  ces  localités,  les  porteurs  de  saint  Austremoine 
ont  pu,  en  effet,  s'anvler  à  Chamalières  (cant.  et  arr.  Clermont-Ferrand). 
Dans  cette  commune  se  remarque  le  lieu  dit  Saint-Mart.  Ce  nom 
parait  provenir,  selon  M.  A.  Vernière,  de  Martius  qui  vivait  au  vi*^  siècle  et 
qui  était  honoré  en  Auvergne  (Lettre  du  21  septembre  1905). 

2.  Gall.  Christ. y  t.  Il,  col.  321-324.  On  a  la  vie  de  saint  Prix  par  un 
contemporain  (Duchesne,  t.  II,  p.  38  ;  Acta  SS.  ianuarii^  t.  III,  p.  243; 
Neues  Archiv,  XVIII,  629). 

3.  Dom  Morin  a  rencontré  le  culte  de  Sidoine  et  des  deux  Innocents  à 
Aydat,  celui  de  Maximin  à  Billom,  celui  de  Marcelle  à  Chaurial;  celui  de 
Marthe  et  de  Madeleine,  qui  a  échappé  à  ses  recherches,  se  i*encontrant 
aussi  à  Chamalières,  on  voit  bien  quetouies  ces  localités  sont  dans  l'ancien 
diocèse  de  Clermont  ;  on  voit  que  le  culte  de  Sidoine,  en  particulier,  est 
forcément  d'origine  auvergnate  et  que  les  autres  ont  dû  être  propagés  en 
Provence  de  la  même  manière  que  le  sien. 

L'église    de  Billom  honorait  saint  Cerneuf  ou  Sirénat,  saint  Ju vénal  et 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes.  —  VII.  5 


66  LA    PKOVENCË    DU  PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

trouvaieiil  {groupés  à  Avdat,  à  Chamalières,  à  Billom  et  à  Chau- 
riat,  c'est-à-dire  dans  la  vallée  de  l'Allier  et  à  Test  de  Clennonl. 

A  Tarascon  s'élève  une  église  dédiée  à  sainte  Marthe,  à  Avi- 
gnon une  église  de  la  Madeleine.  Dans  le  diocèse  d'Aix,  au  Val, 
puis  entre  ce  diocèse  et  celui  de  Toulon,  au  Puget,  s'élèvent  deux 
autres  églises  à  Sidoine.  Eniin,  une  chapelle  est  dédiée  à  ce 
saint  au  Vernègue,  entre  les  diocèses  d'Avignon,  d'Aix  et 
d'Arles. 

Dès  le  début  du  ix**  siècle,  au  plus  tard,  ces  noms  de  Sidoine 
et  de  Marthe  commencent  à  se  disséminer  de  la  Provence  aus- 
irasienne  dans  les  dépendances  marseillaises,  aux  diocèses  d'Aix 
et  de  Fréjus. 

Quand  Vezelay  revendiqua  le  corps  de  Marie-Madeleine,  cette 
ahhave  prétendit  l'avoir  enlevé  à  la  crypte  de  Saint- Maximin 
où  était  également  honoré  Sidoine  :  la  raison  peut  en  être  que 
des  traces  réelles  du  culte  de  la  pécheresse  existaient  en  Pro- 
vence, traces  dont  l'origine  serait  auvergnate  et  remonterait  à  la 
fin  du  VI"  siècle.    L'existence  d'une  église  à   Avignon  qui,  dès 

sniiit  Maximin.  Claiido  Chastellain  nianiue  ce  Maximin  de  Billom  au  2  jan- 
vier; André  du  Saussay  et  Joan  van  Bolland,  au  23  février  (G.  Morin,  .S\Tm^ 
Lnz.'irPy  pp.  10-20  do  l'oxlrait).  Si  l'on  se  reporte  au  marlyrolope  hiéro- 
nymion,  au  23  février,  on  n'y  trouve  pas  de  Maximin,  mais  seulement  un 
saint  de  Pannonie  dont  (fuehjues  reli({ues  pouvaient  se  trouver  îi  Bil- 
lom:» Vil  .KL.  mar.  lu  Pannoniis  iwilalis  sanelorumScneroti...  InÂsia  Sino- 
nis...  Senerlis..,  »>(éd.  Uossi  et  Duchesne,  p.  [24]).  Au  2  janvier, à  la  suited'un 
saini  rvê(pn\  (lenom  analo^^ue,  honoré  à  Antioche,  et  quia  pu  comme  Sene- 
rolus  donner  naissance;!  Sirénal,  setrouvenn  Maximien,  dans  lequel  on  i>eut 
reconnaître    le  Maximin  dont  les  relitpies  voisinaient  à  Billom  avec  celles 

dt*   Sirénal  :  *«  1111    .NON.  lAN.    Anihiochin    Siridonî   episcopi Maxi- 

miani l'italis »(//)/>/.,  p.  j4M.  A  Aix,  c'est  le  8  juin  qu'on  fêtera  saint 

Maximin  et  le  H  avril,  sa  translation  (Of/iri,i  propria  ecclesisv  et  diœcesi- 
Atfuermin,  Af/uÎA  Scrtiis  np.  lonnn,  T/iolosununi  et  Sfcph.  /JariV/.  MDCXXVII, 
pp.  1-2,  3-27^ 

Aydat,  cant.  Saint- Amant -Tallende,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de- 
Dùme. 

Billom,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de-Dome. 

f'.hamalières,  cant.  Verlaizon,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-dc-DAme. 

Cliauriat,  cant.  Vertaixon,  arr.  Clermont-Ferrand,  Puy-de-Dôme. 


LA    PROVENCE    FRAN^L'E    ET    SES    PAÏRICES  67 

le  XI*  siècle,  lui  était  dédiée,  ne. s'explique  guère  autrement  :  Tin- 
fluence  de  Vézelay  ne  peut  avoir  été  si  prompte  dans  le  pays,  à 
moins  qu'elle  n'y  ait  été  propagée  par  Ciuny  et  que  la  Madeleine 
d'Avignon  ne  soit  l'œuvre  des  Clunisiens  dans  la  seconde  moitié  du 
XI®  siècle.  Dès  la  lin  du  xi*'  siècle  aussi,  on  trouve  le  nom  de 
Salomé  porté  près  de  Saint-Maximin  où  Vézelay  venait  de  localiser 
la  Madeleine  :  le  culte  des  Maries  a  donc  dû  s'y  éveiller,  bien 
avant  d'être  transporté  à  l'église  de  la  Camargue. 

Telles  paraissent  avoir  été  les  influences  auvergnates  :  aux  fron- 
tières de  la  Provence  austrasienne,  à  proximité  des  voies,  se  dres- 
sent le  mont  de  Vergues  et  le  Vernègue,  postes  militaires.  Aux 
frontières  également  et  à  proximité  des  voies,  s'établit  le  culte  de 
sainte  Marthe  dansTarascon,  celui  de  saint  Sidoine  au  Vernègue, 
dans  le  Val  et  au  Puget  :  le  premier  au  nord-ouest  dans  le  dio- 
cèse d'Avignon,  le  second  au  sud-est  et  au  nord-  ouest  du  dio- 
cèse d'Aix.  Si  Arles  et  Marseille  sont  restées  terres  adja- 
centes hors  du  comté,  c'est  à  leur  séparation  du  reste  de 
la  Provence  bourguignonne  par  la  Provence  austrasienne  qu'elles 
le  doivent. 

On  ne  saurait  trop  y  insister  :  la  seule  tradition  qui 
dominait  en  Provence  au  vi^  siècle,  relativement  aux  origines 
du  christianisme  dans  ce  pays,  c'est  qu'il  avait  été  évangélisé 
par  Trophime  venu  de  Rome  comme  disciple  de  Pierre. 

Le  19  mars  416,  Rome  déclare  par  l'organe  du  pape  saint 
Innocent:  «  prapsertim,  cum  sit  manifestum  in  omnem  Italiam, 
Gallias,  Hispanias,  Africam  et  insulas  interjacentes  neminem 
instituisse  ecclesias  nisi  eos  quos  venerabilis  apostolus  Petrus 
aut  ejus  successores  constituerunt  sacerdotes  K  »  C'est  dire  que 
le  patriarcat  du  siège  apostolique  s'étend  réellement  sur  toutes 
les  égliçes  d'Occident,  sans  exception  ;  en  ce  qui  concerne  plus 
spécialement  la  Provence  et  les  Gaules,  dès  le  22  mars  417,  le 
pape    saint   Zosime    précise   :  a  sane,    quoniam    metropolitana» 

1.  Migne,  t.  XX,  col.  552. 


68  LA    PROVE;NCE    DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

Arelalensium  urbi  vêtus  privilejj^ium  minime  deroj^andum  est  ad 
quam  primiim  ex  hac  sede  Trophimus  summus  antistes  ex  cujus 
fonte  toUu  Gallia^  fîdei  rivulos  acceperunt,  directus  est  '.  »  En 
ioO,  la  requête  provençale  au  pape  saint  Léon  exprime  cette 
tradition  comme  bien  connue  de  tous  :  «  omnibus  ctenim  regio- 
nibusGaUicanisnotum  est,  sed  nec  sacrosancta»ecclesiie  Romana^ 
habetur  inco^nitum  quod  prima  inter  Gallias  Arelatensis  civilas 
missum  a  beatissimo  Petro  apostolo  sanctum  Trophimum  haberc 
meruit  sacerdotem  et  exinde  aliis  paulatim  regionibus  bonum 
lidei  etreligionis  infusum  ',  »  Marseille,  Aix.  Narbonne  et  Vienne 
s'abstiennent  encore  de  souscrire:  mais,  dès  i63,  Marseille  et 
Aix  prennent  parti  pour  Arles  contre  Vienne  •*.  Kn  521,  32Î)  et 
;)IJ*{,  Maxime  d'Aix  assiste  aux  conciles  arlésiens  dont  le  dernier 
se  tint  à  Marseille  même  ''.  Dès  lors,  au  plus  tard,  la  tradition 
arlêsienne  parait  admise  de  la  Provence  entière.  Enfin,  le  12 
août  ?)î)î),  le  pape  saint  (îrrgoire  écrit  à  son  vicaii*e  Vigile, 
évêque  dWrles  :  «  quia  cunctis  liquet  unde  in  Galliarum  regioni- 
bus  lides  sancta  prodierit,  cum  priscam  consuetudinem  sedis  apos- 
tolica»  fraternitas  vestra  repetit,  cjuid  aliud  quam  bona  soboles  ad 
sinum  matris  recurrit  •'?  »  En  résumé,  Rome  émet  en  11  G  ses  pré- 
tentions i)atriarcales  sur  tout  l'Occident.  Dès  417,  Arles  déclare 
avoir  servi  d'intermédiaire,  par  Trophime,  entre  Rome  et  toute 
la  Provence.  Dès  ioO,  la  province  d'Embrun  se  rallie  à  cette 
tradition.  Dès  521-,  celle  d'Aix  également.  En  5113,  au  plus  tard, 
toute  la  Provence  y  obéit.  (]ette  tradition  arlésienne  et  romaine 
est  incompatible  avec  Tapostolat  de  Lazare,  Madeleine  et  Marthe. 
La  résistance  de  Marseille  et  d'Aix  prouve  d'ailleurs  ([u'elle  ne 
remonte  pas  aux  temps  primitifs.  En  réalité,  le  nom  d'Eutychès, 
père  de  Volusianus,  à  Marseille  *',  ceux  de  Trophime  à  Arles,  de 

1.  Mi^^fiu»,  l.  XX,  col.  6ii-(>'to;  Albanès,  (lali.  (éhrist,  noviss,  Arles,  i\°  37. 

2.  Ihnl.,  l.  I.IV,  col.  870  ;  Alhanès,  //>/c/.,  n"  T»:». 
'.\.    Durlicsiic,  f'.is/fs,  I.  I,  p.  X\0. 

i.  //i/V/.,  p.  272.  Lt»  coucilo  de  Marseille  est  ihi  2t»  mai  533  [ibid.y  p.  XW). 
"».  Mij^nc,  1.   li.WVlI,   col.  7Ho-787  ;  Alhanès,  Gall.  tJirisf.  novi»s.  Arles, 

G.  Volusianus,     fils  (rEulychès,  cl  Fortunal  soufTrireut  le  martyre,  sans 


LA    PROVENCE   FRANQUE    ET   SES    PATRTCES  69 

Demetrius  à  Aix,  à  Sisteron  et  à  Gap,  de  Pothin  et  d'Attale  à 
Lyon,  d'Aschandios  et  de  Pectorios  à  Autun  *  parlent  très  clai- 
rement. Ils  sont  unanimes  à  indiquer  que  le  christianisme  vint 
aux  Gaules  d*Asie,  en  remontant  le  Rhône.  Au  second  siècle,  les 
Syriens  et  les  Grecs  ne  manquaient  d'ailleurs  pas  sur  le  siège 
apostolique  :  mais  le  pontife  romain  ne  devait  être,  semble-t-il, 
en  Provence  et  dans  les  Gaules,  que  l'ouvrier  de  la  troisième 
heure.  Attale  était  de  Pergame;  Irénée  venait  de  Smyrne.  Ces 
églises  d'Asie  étaient  celles  que  Paul  avait  fondées  en  56  et  que 
Jean,  après  lui,  développa.  De  Pergame  à  Smyrne,  entre  Lesbos 
et  Chios,  comme  de  Smyrne  à  Ephèse,  entre  Chios  et  Samos, 
s'étendait  la  côte  lydienne  d'Asie  2.  Il  ne  faut  pas  être  trop  sur- 
pris, en  somme,  que.  dès  la  fin  de  la  première  heure  ou  dès  le 
début  de  la  deuxième,  les  ouvriers  du  Christ  soient  venus  direc- 
tement à  Marseille  du  pays  de  Phocée  travailler  la  vigne  du  père 
de  famille.  Beaucoup  plus  effacée  qu'à  Lyon,  la  conscience  de 
ces  origines  orientales  demeurera  pourtant  à  Marseille  et  à  Aix  ; 
à  défaut  du  souvenir  trop  oublié  de  leurs  premiers  apôtres  réels, 
les  noms  de  Lazare  et  de  Maximin,  de  Madeleine  et  de  Marthe 
serviront  à  faire  revivre  les  traditions  propres  de  ces  églises, 
quand  elles  pourront  réagir  contre  la  domination  exclusive 
d'Arles.  Lazare  parait  à  Marseille  quand,  au  xi*  siècle,  les 
vicomtes  de  cette  cité  obtiennent  une  autonomie  presque  com- 
plète. Maximin  et  Madeleine  paraissent  à  Aix  quand,  à  la  fin  du 
XII*  siècle,  les  comtes  font  de  cette  cité  la  capitale  du  pays  de 

doute,  à  Marseille,  sous  Marc- Au rèlc,  en  i  77  ;  leur  épilaphe  latine  a  été 
retrouvée  en  1837  au  bassin  du  Carénage  où  paraît  avoir  existé  un  cimetière 
chrétien.  M.  de  Rossi  a  jugé  que  Taspect  de  la  pierre  rappelle  l'époque  de 
Hadrien  et  des  premiers  Antonins  (117-189).  En  voir  le  fac-similé  dans 
Bérenger  (Les  traditions  provençales,  pi.  hors  texte  entre  les  pp.  170  et  177). 

1.  L'€»pilaphe  grecque d'Aschandios  due  à. Pectorios  a  été  trouvée  en  1839 
à  Saint-Pierre-rEstrier,  près  d'Autun.  Elle  peut  être  de  la  fin  du  second 
siècle  (Otto  PohI,  L'inscription  aulunoise  de  llchlhys^  trad.  par  J.  Déchelette. 
Autun,  Dejussieu,  1901,  avec  fac-similé  hors  texte). 

2.  M.  Duchesne  a  dit  de  la  province  d'Asie  :  t  Nul  pays  n'a  plus  d'impor- 
tance dans  l'histoire  chrétienne  primitive  jusqu'à  la  fin  du  second  siècle  » 
(Let  origines  chrétiennes.  Leçons  d'hist.  ecclésiast.  professées  à  l'Éc.  super, 
de  théologie  de  Paris,  l'«  partie,  nouv.  éd.,  Paris,  filanc-Pascal,  p.  39). 


70  LA    PnOVENCE    Dr    PREMIER  AU   Xll*    SIÈCLE 

Provence,  laissant  Arles,  cité  impériale,  sous  la  garde  de  son 
primat.  C'est  ainsi  que  la  politique  fait  évoluer  les  légendes  :  sous 
leurs  aspects  changeants,  la  vérité  n*est  plus  nette.  Celle-ci  ne 
peut  mieux  plaire  aux  hommes,  seml>le-t-il,  qu'en  demeurant 
sous  les  voiles  dont  le  goût  ou  l'intérêt  de  chacun  d'eux  la  pare. 


II 

La  Provence  franque  et  les  derniers  pairices 
(079-731) 

A  partir  de  679,  la  dualité  des  deux  Provences  s'eiîaça  peu  à 
peu  :  en  effet,  le  même  souverain  fut  désormais  roi  des  Francs 
austrasiens  et  des  Bourguignons.  La  Provence  fut  de  nouveau 
administrée  par  un  seulpatrice,  commeavantla  création  delà  Pro- 
vence austrasienne  et  suivant  le  système  de  l'empire  romain  trouvé 
en  vigueur  par  les  Barbares  au  \^  siècle.  On  connaît  la  plupart  de 
ces  patrices  K  Ils  tendaient  à  s'arroger  des  prérogatives  sou- 
veraines qui  réduisaient,  sur  certains  points,  la  domination 
franque  k  un  simple  protectorat.  C'est  ainsi  que,  pour  le  mon- 
nayage, on  cessa  de  frapper  au  type  impérial,  sous  Héraclius  (610- 
641)  et  au  moment  précis  où  les  traditions  romaines  faisaient  place 
à  Constantinople  aux  usages  grecs.  Alors,  les  patrices  émirent  l'or 
à  leur  efïîgie  et  l'argent  à  leur  monogramme  dans  leur  atelier  de 
Marseille,  concurremment  avec  les  rois  des  Francs.  Les  monnaies 
impériales  étaient  remplacées  par  des  monnaies  royales  et  épisco- 
pales,  ou  frappées  par  de  simples  monétaires  locaux,  dans  le 
royaume  de  France  et  de  Bourgogne  ;  la  Provence  prouvait  son 
autonomie  relative  en  frappant  des  monnaies^  qu'on  peut  appeler 

1.  En  voir  rénuméralioii  <lnn«  Kioixer  ^Verfussnngsgeschichte  der  Pro- 
vence, tnhionu  annexé  aux  [)p.  2-i3-2.*»5  avec  les  loxtes  réunis  pp.  255-265). 

2.  Voir  le  tiers  de  sou  d'or  à  IVirigio  de  Sirus  :  la  fncc  porte  le  buste  de 
pi-ofd  du  palrice  lauré  à  soneslre,  avec  son  nom  en  lé^nde  SIRVS;la  pile 
porte,  avec  les  lettres  do  l'atelier  MA|ssilia],  le  type  classique  à  la  croix  de 
VICTORIA  AVGGV,(iui,  semble-l-il,  est  devenu  VICTORIA  PAT[ricii].  (Col- 
lection de  feu  M.  le  Manpiis  de  Cilapiers].   Monnaies  françaises,  royales 


LA   PROVENCE   FRANQUE   ET    SES  PATRICES  71 

patriciales.  On  connaît  un  tiers  de  sou  d'or  du  patrice  Sirus,  sans 
doute  de  celui  que  les  textes  historiques  appellent  Siagrius 
(•j-  629).  Cet  état  de  choses  prit  fin  au  viii*^  siècle  :  à  cette  époque^ 
les  Provençaux  hésitaient  entre  la  demi-civilisation  des  Sarrasins 
d*Espagne  et  la  brutalité  franque.  Le  maire  du  palais,  Charles- 
Martel,  y  mit  bon  ordre.  Les  Sarrasins  étaient  arrivés  à  Nîmes  du 
19  mai  725  au  18  mai  726;  le  mercredi  22  août  731,  ils  entrèrent 
à  Autun.  Mais,  en  732,  ils  furent  écrasés  à  Poitiers  ^  De  733 
à  737,  Charles  passa  les  dernières  années  de  sa  vie  à  assujettir  la 
Provence,  ce  pays  dont  la  splendeur  ancienne  attirait  les  con- 
voitises de  ses  bandes.  Le  sang,  le  feu  et  le  pillage,  voilà  ce  que 
les  Francs  apportèrent  dans  chaque  cité  pour  Tempêcher  de 
se  donner  aux  Musulmans,  qui  n'auraient  pu  se  faire  haïr 
davantage.  Les  Francs  se  ressentaient  encore  trop  de  leur 
origine  :  après  trois  siècles  écoulés,  ces  barbares  gallo-ger- 
mains étaient  dégrossis  seulement  à  moitié  par  leur  foi  nouvelle 
et  par  le  pays  plus  doux  où  ils  étaient  venus  se  fixer.  L'occu- 
pation de  Charles-Martel  compte,  en  somme,  au  nombre  des  inva- 
sions dont  la  Provence  gallo-romaine  eut  à  souffrir  :  cette  contrée 
avait  eu  moins  à  se  plaindre  des  Goths  ^.  Piller  ne  suffisant 
pas  à  ses  fidèles,  Charles-Martel  leur  distribua  les  terres  des  églises 
dans  la  région,  à  titre  de  bénéfices.  Le  patrice  provençal  Mau- 
ronte,  plutôt  que  de  se  soumettre,  s'était  enfui  dans  les  hauteurs 
qui  dominent  le  littoral^.  Les  princes  Francs,  victorieux,  ne 
devaient  pas  tarder  à  se  revêtir  du  patriciat  pour  admi- 
nistrer plus  directement  le  pays.  Un  Gallo-Romain,  originaire 

et  féodales.  Vente...  29  avril...  l*»"  mai  1901.  Paris,  J.  Florange,  in-8  de 
iv-34  pp.  -f-  2  pi.  hors  texte,  n®  73,  et  pi.  I  :  vendu  50  francs.  Cf.  Bel  fort, 
n«  2729). 

i.  A.  Steyert,  Nouv.  hist,  de  Lyon,  t.  II.  Lyon,  Bernoux  et  Cumin,  1897, 
p.  86. 

2.  508.  Lettre  du  roi  Theodoric  (Cassiodori  senatoris  Varia?,  lib.  III, 
n»  XXXVIII;  Mon.  Germ.  Auct.  Antiquiss.,  t.  XII,  p.  98,  1894). 

3.  L'histoire  des  campagnes  de  Charles-Martel  est  décrite  par  un  clerc 
placé  dans  Tentourage  de  son  frère  Ghildebrand  et  sur  Tordre  de  celui-ci 
(Chronicarum  qux  dicuntur  Fredegarii  acholastici  continualiones;  Mon, 
Germ.  hisior,.  Script,  rer.  meroving,,  II,  1888,  pp.  175-182). 


72  LA    PROVENCE  DU    PREMIER   AL*    XIl*^   SIÈCLE 

des  Alpes  Coitiennes  et  dont  la  famille  était  ralliée  à  la  domi- 
nation franque,  paraît  avoir  été  muni  le  dernier  de  cette  dignité. 
Ce  grand  propriétaire,  Abon,  portait  un  nom  franc  :  il  en  était  déjà 
ainsi,  à  la  génération  précédente,  de  son  oncle  Dodon  qui  tenait 
le  sien  sans  doute  de  sa  mère  à  lui,  Dodina,  grand'mcre  d'Abon. 
Mais  le  père  et  la  mère  d'Abon,  nommés  Félix  et  Rustique,  son 
autre  oncle  Symphorien,  sa  cousine  Honorée,  son  grand- pore 
Morin  prouvent  tous  ensemble,  par  leurs  noms,  que  la  famille  était 
bien  de  souche  gallo-romaine.  D'ailleurs,  le  testament  d'Abon 
indique  qu'il  suivait  la  loi  romaine.  En  726,  le  30  janvier,  assisté 
des  évoques  Walchun  de  Maurienne,  Ragnomar  de  Grenoble, 
.^Eochald  de  Vienne,  Leonius  et  Eusthacius,  Abon  était  simple  gou- 
verneur de  Maurienne  et  de  Suse  pour  les  PVancs  *  ;  mais  il  n  est 
pas  douteux  qu'il  soit  devenu  patrice  de  Provence,  avant  ou 
après  son  testament  daté  du  5  mai  739.  Les  différents  préceptes 
royaux,  qui  confirment  ce  testament  jusqu'au  xi*  siècle,  ne  lui 
donnent  pas  cette  qualité  ;  ils  n'ont  pas  à  la  lui  donner,  parce 
qu'il  ne  l'y  prend  pas  lui-même  et  que,  sans  doute,  il  ne  la  possé- 
dait pas  alors  '^  Malgré  ce  silence,  il  est  certain  qu'il  l'eut  à  un 
moment  donné  :  un  plaid,  étranger  k  la  Novalaise  et  daté  du 
23  février  780,  rappelle  un  acte  de  l'administration  d'Abon,  en 
qualité  de  patrice,  du  temps  de  Charles-Martel  (722  octobre7i1  y, 

i.  30  j;invi(M'  726  .C.  CiiMîUa,  Monumenta  Novalicensia  vetustiora^  vol.  I, 
Roina,  1H98,  pp.  7-13;. 

2.  r»  mai  739  ii/)ic/.,pp.  18-3S)-20  juin  770.  Pivceplo  confirmalif  de  Car- 
loiuaii  /^/f/.,  pp.  43-4<)'.  —  25  mai's  773.  Précoplo  confirmalif  do  Charle- 
majrno  /7>/V/.,pp.  49-"»!  .  —  21  avril  972.  Privilôjçcde  Jean  XIII  fiAiV/,,  pp.  111- 
iW.  —  F(''vrirr  1014.  Priviltyo  de  nonoil  VIII.  C'est  le  premier  (|ui  rt^con- 
naisse  la  (pialité  de  ])atrice  «à  Abon    i7>i(/.,  pp.  135-140). 

3.  Dif^ne,  23  février  780.  u  missi  domni  nostri  Karoli  reg-is  Francorum  et 
Laii«^()l):n-donnn  seu  et  palricii  Homanorum  iCart.  de  Saint-Victor^    n°  31). 

D'ailleurs,  il  est  bien  possible  que  le  monop*amme  cruci<i^i^re  .d'un 
denier  provençal  frappa  probablement  h  Arles  doive  se  lire  à  la  fois  +  A 
Wi'lnle  et  -f-  Xïiho  Prou,  Ci/,  tlos  monnaies  de  la  Bibl.  nal,  :  Monnaies 
mrrovinifienm^a,  \).  'XM\,  n^*  l<il3  et  101 1,  planche  XXIV,  n®  11)  suivant 
l'exemple  du  mono^rramme  éj^'alement  crucij^fère  d'un  aulrt*  denier  qui  se 
reslilue  +    Xfùn/idius   ibid.,  pp.  320-321,   n»  lt79,  et  pi.  XXIII,  no  29;. 


CHAPITRE  III 

LA     PROVENCE     CAROLINGIENNE 

(751-879) 


I 

Le  roi'pairicc  et  les  comtes 

(751-840) 

En  780,  il  ne  pouvait  plus  y  avoir  de  patrice  provençal  en  Pro- 
vence, car  c'était  le  roi  des  Francs  qui  avait  assumé  personnellement 
cette  dignité.  Le  pape,  en  754,  lui  avait  remis  le  titre  de  patrice  des 
Romains,  titre  précurseur  de  Fempire.  Dès  741,  il  Tavait  offert  à 
Charles-Martel  peu  avant  que  celui-ci  ne  mourût.  C*étaitle  patriciat 
correspondant  au  duché  de  Rome  qu'il  lui  offrait  :  mais  l'occasion 
était  bonne  pour  le  roi  d'y  joindre  le  patriciat  de  Provence.  Les 
lois  étant  encore  personnelles  et  non  pas  territoriales,  le  titre  de 
roi  des  Francs  était  bon  pour  gouverner  les  Francs  ;  mais  il  ne 
valait  rien,  légalement,  pour  gouverner  les  Provençaux.  Cela  va  de 
soi.  Charlemagne  les  gouvernait  donc  en  qualité  de  patrice  des 
Romains  *,  en  attendant  de  gouverner  tous  ses  sujets,  quelle  que 
fût  leur  nation'ilité,  en  qualité  d'empereur.  Le  patrice-roi  était 
représenté  par  des  comtes  dans  la  Provence,  comme  dans  la  Bour- 
gogne. Chacun  d'eux,  apparemment,  administrait  une  importante 
cité  et  surveillait  tout  le  groupe  des  cités  moindres  qui  en  dépen- 

1.  12mars  781,  mars  190  {Saint- Victor,  n»»  83  et  8). 


74  LA    PROVENCE  DU  PREMIER    AU    XII*  SIÈCLE 

dail.  C'est  ainsi  que  Charles-Martel  avait  placé,  en  733,  à  Autun, 
son  frère  Childebrand  pour  administrer  cette  cité  et  pour  diriger 
de  haut  toute  la  partie  de  la  Bour^j^ogne  rattachée  directement  au 
royaume  des  Francs  :  c'est-à-dire  Mâcon,  Chalon,  Auxerre,  etc. 
Childebrand  ne  porte  cependant  que  le  titre  de  comte.  De  même, 
en  733,  le  comte  Theudoin  administre  avec  Vienne  toute  la  Vien- 
noise ;  son  collègue  Ferry,  qui  s*unit  à  lui  pour  arrêter  en  Mau- 
rienne  Grifon,  est  comte  de  la  Transjurane,  c'est-à-dire  de  tous 
les  comtés  bourguignons  places,  par  rapport  à  la  France,  au  delà 
du  Jura  '.  Les  termes  du  chroniqueur  indiquent  qu*aucun  autre 
grand  commandement  n'existait  entre  le  sien  et  celui  de  Vienne  : 
celui-ci  par  conséquent  s'étendait  bien  à  toute  la  Viennoise.  En 
831,  le  comte  Abon  qui  rond  Albon  à  Saint-Maurice  de  Vienne 
devait  être  le  successeur  de  Theudoin  **.  De  même,  il  devait  exister 
à  Arles  un  comte  chargé  de  l'administration  du  pays  de  Pro- 
vence. En  780,  on  trouve  mentionné  à  Digne  le  comte  Mar- 
cellin,  sans  savoir  s'il  était  titulaire  de  cette  autorité  'K  Au  début 
du  ix*"  siècle,  ou  à  la  iindu  viii^,  c'était  le  comte  Loup,  qui  exis- 
tait à  Arles.  En  824,  il  était  remplacé  par  Leyboux,  fils  de 
Gontieret  mari  d'Odda,  qui  était  arlésien  de  naissance.  En  843 
et  peut-être  en  830,  c'est  le  comte  Albert  qu'on  verra    paraître  *. 


1.  7!i3.  «  ad  Theiidoono  comité  Vionncnso  sou  cl  Frederico  Ullraiurano. 
coinilo...  Maurienna  urbeni  super  fluvium  Arboris  inlorfoctus  «(C/iron/ca- 
rum  Frrt!e(/arii  continuaiionea  ;  Mon.  (rerm.  hist.  Script,  rer.  meroving,^  t.  Il, 
j).  IS.'J).  Dès  003-604,  on  rouconlre  :  c  defuncto  NVaiidalmaro  duci,  in  pagtï 
Ultraiorano  ol  Scotiiifforum,  Proladius  patrictus  ordenatur  »  (Fredeg., 
Chnm.,  1.  IV,  c.  24;  Mon.  Gerni.  hist.  Script,  rer.  mer.,  t.    Il,  pp.  130-131). 

'2.  Aix,  3  mars  [H31].  Précepte  do  Louis  le  Pieux  :  «  Ahbo  comes  qui  et 
vieum  (|ui  dicitur  Eppaonis  qui  erat  ex  ralione  sancti  Mauricii,  ex  episcopatu 
Vionnensi  ubi  nunc...  Hernardus  archiepiscopus  prtesul...  boneficiario 
munere  et  iiostra  largitiono  habebal  »  {Cart.  de  Saint-Maurice  de  Vienne^ 
n"  i4  ;  llintor.  de  France^  VI,  r»70). 

3.  l)ij;ne,  23  février  780.  a  Comes  Marcellinus  Grmavit  •  (Cart.  de  Saint- 
Virtnr^  n"  3!  ■. 

't.  Arb's,  7  iioveinl)reK24.  h^chanj^o  entre  rarcheve<{uo  d'Arles  et  u  illus- 
trrni  viniiii  Leybulfum  comitom  >»  (Moris  et  Blanc,  Cart.  de  Lérins, 
II"* CA\X\  A \\\.  —3  janvier  iS2:i|.  Aix-la-Ciiapelle.  Précepte  conGrmalif  [ibid., 


LA    PROVENCE    CAROLINGIENNE  75 

Leyboux,  ayant  opéré  un  échange  avec  Tarchevêque  d'Arles  en 
824,  le  fait  confirmer  par  l'empereur  en  825,  grâce  à  Tentremise 
directe  de  Tarchichapelain.  Rien  n'indique  alors,  entre  lui  et  le 
souverain,  l'existence  d'un  fonctionnaire  supérieur  chargé  de  la 
Provence  avec  un  titre  autre  que  celui  de  comte.  Le  comte  pou- 
vait être  suppléé  par  un  vicarius^  viguier,  pour  la  présidence  du 
tribunal  de  chaque  cité,  comme  précédemment  le  patrice  Tétait 
par  un  vidame  ^  Bermond,  que  le  langage  littéraire  de  Nithard  ^ 
dénomme  préfet  de  la  province  de  Lyon,  gouvernait  en  817  la 
région  de  Lyon,  exactement  comme Theudoin  en  753  ou  Abon  en 
831  gouvernaient  celle  de  Vienne,  comme  Leyboux  en  824  gou- 
vernait le  pays  d'Arles. 


II 

I^s  duchés  carolingiens  de  Provence  et  de  Lyonnais 

(840?-879) 

Avec  Louis  le  Pieux,  l'aristocratie  gagne  du  terrain.  Depuis 
Charles-Martel  jusqu'à  lui,  on  a  vu  quatre  comtes  prééminents 
placés,  le  premier  à  Autun,  le  second  au  delà  du  Jura,  le 
troisième  à  Vienne,  puis  à  Lyon,  le  quatrième  à  Arles.  Cette 
répartition   répondait    à  la  division  réelle  de  l'ancien    royaume 

n»  CCXLVIII).  — 16  mars  [829],  Tan  15.  Donation  par  le  comte  Loybulf  qui 
|>arlc  des  biens  de  son  père  à  Arles  et  du  comte  Loup  iihid.,  n®  CCXLIX). 
2  juillet  845.  «  ante  Rolhbertum  vicarium  de  viro  illustri  Adalberto 
comité  et  tam  scavinis  tam  romanisquam  salicis...  temporibus  Leibulfi  comi- 
tis...  absque  blandimento  decomitibus  vel  vicariis  Arelatensibus  »  .Saint- 
Victor,n^  26}.  —  [850]  «  ind.  13.  Eldeberlus  comes  >»    ibid.,  n»  291. 

1.  23  février  780.  «  Ansemundo  vicedomino  Massiliense...  Ansemundus 
vicedominus  per  ordinationem  Abbonis  patricii  condam  »  Saint-Victor, 
n*31> 

2.  Xiihardi  Histor.j  1.  I,  cap.  2  {Mon,  Germ.  in  mum  nchol,,  p.  2^. 


76  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

dos  Bourguignons  en  quatre  régions  bien  distinctes.  Mais 
ce  n'était  plus  un  patrice  ou  un  comte  qui  se  trouvait  à  la  tête  de 
chacune.  La  première,  avec  Autun,  correspondait  à  la  région 
nord-ouest  rattachée  au  royaume  des  Francs  ;  la  seconde  se  com- 
posait principalement,  au  nord-est,  du  pays  bourguignon  où  la 
langue  germanique  restait  dominante,  par  suite  de  Tirruption 
des  Alamans  qui  avait  précédé  la  chute  de  Rome.  La  troisième 
correspondait  à  la  région  bourguignonne  de  langue  latine,  restée 
entre  les  deux  précédentes  :  la  quatrième  enfin  se  trouvait 
formée  de  la  Provence  plus  particulièrement  romaine.  Si  Ton  con- 
sidère ces  quatre  régions  bourguignonnes,  on  voit  que  chacune 
offrait  sa  physionomie  spéciale  et  formaitun  peuple  distinct  :  Bour- 
gogne franque,  Bourgogne  bourguignonne,  Bourgogne  allemande 
et  Provence.  Dans  la  décadence  carolingienne,  de  deux  choses 
Tune  :  ou  bien  un  peuple  est  indépendant  et  il  a  son  propre  roi, 
ou  bien  il  est  assujetti  à  un  autre  peuple  et  le  roi  de  celui-ci 
le  gouverne  par  l'intermédiaire  d'un  duc.  Ce  duc,  d'ail- 
leurs, possède  souvent  par  lui-même  un  comté  —  et  le 
plus  important  de  tous — dans  son  duché,  de  sorte  que  la  plupart 
des  actes  le  qualifient  simplement  comte.  De  plus,  si  son  duché 
se  trouve  sur  les  frontières  du  royaume,  il  porte  également  le 
titre  spécial  de  marquis.  Chacun  de  ces  trois  titres,  que  peut 
réunir  le  même  homme,  a  sa  raison  spéciale  d'être  et  on  aurait 
tort  de  les  croire  identiques.  En  841,  on  voit  mentionner 
Guérin  comme  duc  de  Provence  ^  Ce  duc  paraît  avoir  eu 
d'abord  la  Bourgogne  franque,  car  on  le  voit  à  Mâcon  en82S,  à 
Chalon  en  834  ;  puis  il  y  joint  la  Bourgogne  bourguignonne  et  la 
Provence  qu'il  gouvernait  en  841 .  Le  traité  de  843  lui  fut  défavo- 
rable ;  cela  n'est  pas  surprenant,  puisqu'il  avait  battu  Lothaire  à 
Fontenoy.  11  dut  se  retirer  dans  la  Bourgogne  franque,  son 
pays  d'origine,  où  il  mourut  en  853,  abbé  de  Flavigny  *.  En  845, 

1.  H\i,  Chronicon   Aquitanicum;  Mon.  Germ.  hisi.  Script,,  t.  II,  p.  2."»3' 
Cf.  Poupardin,  Le  royaume  de  Provence,  p.  339,  note  4. 

2.  821).    Échanp^o  avec   révtîcjuo  de  MAcon,  en  Maçonnais,  Nivernais  vl 
Auverg^ne;    le    comte  reçoit   Cluny  {GalL  Christ.,  t.  IV,  inslr.    col.  20ri- 


LA    PROVENCE  CAROLINGIENNE  77 

parait  un  nouveau  duc  d'Arles,  c'est-à-dire  de  Provence,  Fourrât 
ou  Fourras,  qui  cette  année-là,  se  met  à  la  tête  d'un  mouvement 
de  révolte  contre  Lothaire  :  la  Provence  cherchait  à  reconquérir 
une  autonomie  plus  complète,  mais  elle  dut  y  renoncer  ^  Fourrât 
resta  d'ailleurs  à  sa  tête  et  se  retrouve  en  862  2.  Le  comte 
d'Arles,  Albert,  en  845  et  850  était  donc  son  subordonné,  comme 
le  comte  Aldric  en  862.  En  même  temps  que  Fourrât  paraît  en 
Provence,  on  voit  Girard  paraître,  dès  846,  comme  duc  de  Lyon- 
nais, c'est-à-dire  de  la  Bourgogne  romane  :  il  y  reste  jusqu'en 
870  •^  Peut-être  le  comte  Archimbaud,  qui  paraît  le  17  août  842 
et  le  3  avril  844  en  Viennois,  avait-il  été  son  prédéces- 
seur :  en  tout  cas,  le  comte  Guierry,  qui  paraît  en  853  égale- 
ment en  Viennois,  a  dû  lui  être  subordonné  ^.  En  855, 
le  comte  Hubert  est  nommé  duc  de  la  Bourgogne  jurane,  c'est- 
à-dire  de  la  Bourgogne  allemande  :  en  864,  il  y  sera  remplacé 
par  Conrad  ou  Gondré  II,  comte  d'Auxerre,  dont  la  dynastie  y 
restera  jusqu'à  la  (in  '\  Enfin,  dans  la  Bourgogne  franque,  la 
dynastie  carolingienne  de  Childebrand  se  maintient,  après 
Guérin,  jusqu'en  879,  malgré  quelques  dépossessions  momen- 
tanées. 

Vers  la  lîn  du  règne  de  Charles  le  Chauve,  Boson  arriva  à 
réunir  trois  des  duchés  sur  quatre.  En  870,  il  reçoit  le  duché  de 

266).  —  Quierzy,  24  février  852  {BibL  de  VÉc.  des  Ch,,  l.  I,  pp.  2i2-213). 
Il  avait  épousé  Aubaine.  —  853.  «  obiil  Wariiius  comis  »  (Ann.  Flavinia- 
censés;  ScripL^  t.  III,  p.  152). 

1.  845.  «  Fulcradus  cornes  et  ceteri  Provinciales  ab  Illothario  dcfi- 
ciunl  sibiquc  potestatein  iocius  Provinciœ  usurpant  »  (Ann,  Berlin^  — 
«  lllulharius  Folcratum  ducem  Arelalensem  et  relicjuos  comités  illarum 
parlium  rebellare  molienles  in  dedilionem  accepit  et  proul  voluit  Provin- 
ciam  oi-dinavit  »  [Ann.  Fuld.). 

2.  25 août  862.  Précepte  pour  Orange  [Ihbl.  de  VÉc.  des  Ch,,  t.  I,  p.  495). 
Cf.  Poupardin,  p.  6,  note  8. 

3.  846.  CapUulare  Lolarii  {Mon.  Germ.  hist.^  t.  II,  p.  67\  Cf.  Poupardin, 
p.  12,  note  7.  — 870  (Ann.  Berlin). 

4.  17  août  842  {Cari,  de  Sainl-Maurice  de  Vienne,  n°  126).  —  3  avril  844 
(ibid.,  n»  57).  —  853/8  [ibid.,  n°  99). 

5.  855  {Reginonis  chron.^  859).  —  864  [Ann.  Berlin;  Mon.  Germ.  hisL 
ScripL,  t.  I,  pp.  466-467). 


78  LA    PROVE-NCE  DU  PREMIER    AC    Xll'   SIÈCLE 

Lyonnais,  conquis  sur  Girard  ;  en  875,  il  reçoit  par  surcroît  la 
Provence  ;  enfin  en  879  il  succède  aux  cadets  des  Carolingiens 
dans  la  Bourgofçne  rran(|ue  K  Seule,  la  Jurane  lui  échappait. 
Possesseur  de  trois  duchés,  Boson  cherchait  comment  il  pouvait 
bien  définir  la  grandeur  nouvelle  et  imprévue  de  son  ix>uvoir  : 
ce  pouvoir,  il  le  tenait  de  la  grâce  divine,  mais  quel  pouvoir  était- 
ce  au  juste  ?  Hgo  Boso^  Dei  gratia,  id  quod  sum  '.  Sa  femmene 
fut  pas  longtemps  à  le  persuader  que,  sans  doute,  avec  un  cercle 
ducal  dor  pur  en  télé  et  deux  de  rechange  en  mains,  il  possé- 
dait assez  de  mêlai  pour  se  fabriquer  un  diadème  royal. 

Ainsi,  vers  810  et  h  la  lin  du  règne  de  Louis  le  Pieux,  on  a  vu 
les  comtes  placés  à  la  tête  des  quatre  régions  bourguignonnes 
recevoir  simultanément,  à  défaut  du  litre  de  patrice,  celui  de 
due,  que  leur  attribuent  dès  lors  les  sources  narratives.  Un  demi- 
siècle  plus  tard,  nouveau  progrès  :  les  Carolingiens  perdent  tout 
à  fait  pied  en  Bourgogne  après  la  mort  de  Charles  le  Chauve  et 
les  ducs  montent  sur  le  trône.  Le  14  octobre  879,  c'est  Boson,  duc 
de  Provence  et  de  Lyonnais,  qui  est  élu  roi  de  Bourgogne- Pro- 
vence ^,  En  888,  c'est  Rodolphe,  duc  de  Jurane,  qui  est  élu  à 
son  tour  roi  de  Bourgogne  jurane  ^.  Boson  aurait  voulu  joindre 
à  sa  couronne  la  Bourgogne  franque  ;  mais  les  Carolingiens  lui 
firent  lâcher  prise  et  il  ne  put  que  la  passer  à  son  frère  Richard. 
Celui-ci  continua  à  la  gouverner  comme  duc,  sous  Tautorité  des 
rois  de  France.  Les  Carolingiens  vinrent  même  à  bout  d'enlever  le 
Lyonnais  et  presque  toute  la  Provence  à  Boson  :  mais  l'évolution 
survenue  était  plus  forte  qu'eux.  Le  royaume  de  Provence  était 
bien  perdu  désormais  pour  leur  race.  Leur  défaut  était  d'être  res- 


4.  870  [Ann,  Berlin).  —  87ri  (Heginon),  —879  {Ann.  Berlin). 

2.  2Ii  juillet  879 1  André  Duchosne, //w/.  de  Vergy^  Preuves,  p.  12).  Auxvi* 
sircle,  llonri  d'Albret,  roi  de  Navarre  (1516-1555),  elses  successeurs  por- 
Um'ouI  sur  leurs  monnaies  la  devise  analogue  ifcRATi a  dei  svm  id  qvod  svm 
(F.  Poey  d'Avant,  }fonnaies  f(^odales  de  France,  2*  vol.  Paris,  Rollin,  1860, 
pp.  186-202,  no»  3405-  3522). 

3.  Mantaille,  15  octobre  879  (Mon.  Germ.  hisL,  Capitularia,  t.  II,  p.  365). 

4.  Sninl-Maurioe,  888  Ann.  Fuldenses  el  Ann.  Vedaslini;  Mon.  Germ» 
hisl.  Script.,  t.  1,  pp.  405  et  525). 


LA   PROVENCE   CAROLINGIENNE  79 

lés  étrangers  à  ce  pays  dont  Tindividualité  était  assez  forte  pour 
aspirer  à  se  gouverner  lui-même.  Quant  au  royaume  de  Bour- 
gogne junine,  plus  éloigné,  il  ne  fut  même  pas  atteint  momenta- 
nément par  les  Carolingiens  évincés. 

En  résumé,  Autun,  capitale  du  duché  de  Bourgogne  franque,  a 
appartenu  à  la  branche  cadette  des  Carolingiens,  sauf  quelques 
exceptions,  de  733  avec  Childebrand  jusqu'en  879  avec  Thierry  ; 
puis,  de  879  à  960,  à  Boson  et  à  ses  collatéraux.  C'est  en  960 
que  les  Capétiens  y  prirent  pied  par  alliance  K  Le  duché  de  Bour- 
gogne jurane  a  appartenu  de  855  à  864  à  Hubert,  puis  de  864  à 
1032  aux  descendants  de  Conrad  ou  Gondré,  comte  d'Auxerrc, 
qui  se  faisaient  couronner  à  Lausanne  en  terre  romande  2.  C'est  au 
partage  de  Prûm,  en  855,  que  le  duché  de  Lyonnais  et  celui  de  Pro- 

i  Autun  était  la  capitale  de  ce  duché,  comme  Arles  celle  do  Provonce. 
Ce  fut  le  simple  château  de  Dijon  qui  remplaça  Autun  comme  capitale 
quand  les  Capétiens  eurent  le  duclu'».  Juscju'alors  Autun  était  resté, 
semble-t-il,  la  capitale  traditionnelle  du  duché  do  Bourgof^no  francpio.  Le 
point  de  départ  de  cet  ancien  état  de  choses  pourrait  remonter  à  répocjue 
gallo-romaine.  Quand  le  préfet  du  prétoire  des  Gaules  s'était  replié  do 
Trêves  sur  Arles,  le  vicaire  des  VII  provinces  s'était  porté  peut-être  de 
Vienne  à  Autun  dont  Tenceinto  avait  à  peu  près  la  même  étendue  (juc 
celle  de  Milan.  —  878.  «  dux  Augustodunensium  »  (Ann.  Vedaslini).  — 
[xi*  siècle].  «^  Igitur,  quoniam  hac  tempeslate  capud  ducalus  Burp^uudiae 
castrum  Divionense  repulatur  et  capud  Divionis  Ecclesia  heatissimi  pro- 
tomarlyris  Stepliani  fore  porhibetur...  (Vita  domni  Gnrnerii  prœposili 
sancti  Stepliani  Divionensis  ;  Pérard,  Pièces  curieusps,  p.   12:>). 

1172.  Précepte  de  Hugues,  duc  de  Bourgogne  :  <'  Ego  Hugo  dux  Burgun- 
dia*...  piximisi  me  constructurum  in  mea  curie  apud  Divionem  ecclesiam... 
in  villa  Divionensi...  quoniam  igitur  ecclesiam  islam  ad  honorem  Dei  et  ad 
tutamen  animarum  ducum  Burgundiae  et  ad  illustrationom  domus  illorum 
non  dubito  pertinere  ipsam  tanquam  ducatuscaputel  turrim  salutis  ducum 
cupio  erigere...  »  (Jules  d'Arbaumont,  Essai  historique  sur  la  Sainte-Cha- 
pelle de  Dijon.  Dijon,  Lamarche,  1803.  Pièces  justificatives,  n°  II,  pp.  iO."»- 
108:. 

2.  Vevey,  25  août  tOii.  Pi^ceplc  de  Rodolj)lie  donnant  le  comté  de 
Vaud  à  Tévêché  de  Lausanne  :  «  ob...  loci...  Lausannensis  honoiiûcentiam 
ubi  pater  noster  nosque  posl  eum  regalcm  electionem  et  benodictionem 
adepti  Fumus...  »  (Fred.  de  Gingins-la-Sarra  et  Fr.  Forel,  Hecueil  de  chartes, 
ttàtuU  et  documents  concernant  V ancien  ôvêchâ  de  Lausanne.  Lausanne, 
G.  Bridcl,  1846,  pp.  1-2.  ;  Coll.  des  méin.  et  doc.  publiés  par  la  Sor,  d'hist. 
de  la  Suisse  romande,  t.  VIL) 


v^-iicvr  fcVc.r:.:  rir  -.i^-*  jK-îiT  ij:  prraiît-i>r  foîs,  formant  ainsi  le 
:  veuoi-r  d^  Privri^c^  .  Le  d-iwLf  dr  Lv  connais  enveloppait  la  Pro- 
vri^cvr  a:i  i;0!^i  rt  «  1  lOrst.  Priami-*  emeot.  an  sud  de  Lvon.  ilen^lo- 
r^::  irui  r-ViT. -«li^.  l»  arori.  la  rv^on  tioursruîgnonne  de  Viennoise 
tr.ir:'  '^j  e!lr  0^i■;:  rîr  irlioiiîrt-  f»ir  la  cc»n>titution  apostolique  du 
3  mai  ♦'•«i  -.  sauf  Genrvr  et  la  Tài>Ë-nlai$e  rattachées  àla  Jurane. 
ti*  mcme  temps,  sur  la  rive  droite  du  Rhùne.  les  pays  qui  avaient 
formr  drj»u:^  le  vi*  sicxle  la  Pixjvenoe  austrasienne.  Dans  la  Vien- 
ne •!  se.  rentraient  donc  Vienne.  Valence  et  Gnenoble:  en  8W,  on  y 
joi^Tiit  la  Tarentaise  qui  repnésentait  rancienne  province  des  Alpes 
Grvrs.  déclartv.  rn  i'»i».  annexe  de  la  Viennoise.  La  Maurienne, 
Iffs  valié^^s  du  Bhans"onnais  et  de  Suse.  qui  représentaient  une 
partie  des  Alpes  t^ot tiennes,  avaient  été  enlevées  à  l'Italie  et  unies 
à  la  Bouririvne  |>ar  Gv*ntran:  or.  avant  d'être  rattachées  à  l'Italie, 
les  Alpes  Obtiennes  étaient,  en  dernier  lieu,  unies  aux  Grées. 
Rien  de  plus  naturel,  par  conséquent,  que  de  voir  joindre 
ces  pays  au  duché  de  Lyonnais  en  même  temps  que  la  Taren- 
tnse.  plutôt  qu'à  celui  de  Provence  \    Dans   la  Provence  austra- 

1.  »*».      Kaiio...  Pp-tvincidin  ol  ilucjtum  Luçdunensem  ••    Ann.  Berlin. 

2.  L»*  \t:iii:ii:*'*\v  >**i:j«li»nnt\  outix*  Li  Piv»vence,  à  Louis  lien  Viennoise  les 
ro.'fiti'^  l>'iiirLMiij^n«»n«»<!f*ir*-ii  »l)le  inoîiî> Sormoreus  ,  Valence  rivopaiiclu»  , 
Tulliii-*?.  M-nirii'niii.'  v\  T:irvntai>t»,  :  il  at(ril»uo  à  Lothaire  II  le  reste  du 
'hirlu-  'le  Lyouii.'ii*».  M.ii«*ct'  parla:^**,  ôvidommenl,  déjK*ce  la  Viennoise  pri- 
tiMv*'  \tfnir  .'iii^^rni'ntcr  In  pari  «le  Louis  II  qui  aurait  ôtê  jugée  insuflisante 
si  «'ll«*  n'.'Mait  <-ompris  «pie  la  Provence.  Puisque  la  citécle  Grenoble  et  pro- 
h.'iiilciniMit  ri-||««  «le  Vienne  même  sont  partajrées  entre  les  deux  souverains, 
f'f\:t  |irr>ii\i»  Mi'ii  que  les  limites  adoptées  |>our  le  |vartajre  ne  sont  |>as  celles 
'iij'liirlié  d<*  Lyonnaiset  «le  la  Provence  :  le  comté  restreint  de  Gi*enohlefiil 
d'.lhord  du  même  tluelié,  éviilemmenl,  «pie  son  démembrement  formé  <lu 
p.ivstle  SiMïiiorens:  le  comté  viennois  de  Tullins,  démembré  de  Vienne 
«iiln-  \v  22  oitnhre  HVM  Desvr.Ju  Cart.  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  n»  G; 
//iHf.  th  l'r..  Vin,  :n»  el  le  liî  janvier  Sr,S  [>escr,  Saint-Maurice,  n»  188; 
//m/,  fh'  Fr.,  VMI,  'VJl  ,  fui  aussi  dabortl  du  même  duché  que  le  comlé 
Hslri'iiil  «II*  Virrme.  Dans  le  nouvel  état  de  choses,  on  crée  le  démembix*- 
fiM'iil  \i«'iinois  lie  Tullins  pour  la  même  raison  (jue  le  démembi-emeiil 
j:i«'iiol»lois  «h-  SiTinonMiî»  ;  c'estafin  «pie  la  fixmlièivnouvelleenti'c  Vienne  el 
(iK'iiolilc  iif  |»a»,selnq»  près  ni  de  l'une  ni  <le  l'autre  de  ces  deux  villes. 
L«'  possfssi'iir  «le  Vienne  <loit  donc  avoir  Sermorens  comme  le  |>ossesseur 
d«'   (fi-<'nol>l<*  rloil  avoir  Tullins. 

3.  héjji  en  7!i3,  cesonl  les  comtes  de  la  Viennoise  et  de  la  Jumnc  qui 


LA   PROVENCE   CAROLINGIENNE  Si 

sienne,  rive  droite,  figuraient  Viviers  et  Uzès  avec  ce  qui  s'y 
trouvait  du  territoire  d'Avignon  et  d'Arles  K  Telles  étaient 
les   dépendances   méridionales  du  duché    de  Lyonnais  2. 

Il  ne  faut  pas  être  surpris  si  Lyon  fut  choisi  de  préférence  à 
Vienne  comme  capitale  du  duché;  on  a  vu  la  prééminence 
reconnue  dès  la  (in  du  vi®  siècle  par  les  Francs  et  TEglise 
à  cette  cité,  ancienne  capitale  des  Gaules  romaines.  Mais,  après 
la  mort  du  roi  de  Provence,  Charles,  survenue  le  25  janvier 
863,  la  résidence  du  duc  de  Bourgogne  bourguignonne  ou  de 
Lyonnais  parait  transférée  de  Lyon  à  Vienne.  C'est  par  suite  de 
ce  fait  que,  plus  tard,  Boson  et  Louis  l'Aveugle  résidèrent  à  Vienne, 
même  quand  ils  possédèrent  Lyon.  L'assemblée  de  Mantaille  où 
fut  élu  Boson  et  celle  de  Valence  où  fut  élu  son  fils  se  tinrent 
également  dans  le  Viennois,  et  non  en  Lyonnais  ou  en  Provence. 
C'est,  d'ailleurs,  Tarchevêque  de  Vienne,  Audran,  qui  semble  avoir 
pris  l'initiative  de  l'élection  de  Boson  et  qui,  pour  réussir,  feignit 
d'y  être  autorisé  parle  pape  Jean  VIII.  Celui-ci  ne  manqua  pas  de 
le  lui  reprocher  3,  mais  le  fait  était  accompli. 

s*unissent  en  Maurienne,  pour  arrêter  Grifon  :  cela  suppose  que  la  Taren- 
taise  appartenait  à  la  Jurane,  comme  Genève.  Cela  suppose  aussi  que  Gre- 
noble appartenait  à  la  Viennoise.  11  n'est  pas  question  du  comte  d'Arles  : 
donc  la  Slaurienne  était  bourguignonne  et  non  pas  provençale. 

1.  22  décembre  862.  Précepte  de  Charles,  roi  de  Provence,  pour  Viviers  : 
c'est  le  duc  de  Lyonnais  qui  intervient  {Hist.  de  Lang.,  t.  II,  Preuves,  n°  162, 
col.   336). 

2.  Saint-Étienne-de-Lugdarcs,  en  Vivarais  et,  par  consécjuent,  dans  le 
duché  de  Lyonnais,  ne  tire  pas  son  nom  de  Lyon,  mais  probablement  de 
la  localité  dite  Huédour.  Le  pays  d'Huédour  a  pu  être  dénommé  THuéda- 
rès,  d'où  Saint-Étienne-de-l'Huédarès,  par  opposition  à  Saint-Étienne-de- 
Vigan. 

3.  ((  Sanctam  nostram  Romanam  ecclesiam  infamare  non  dubitas  quod... 
ipsius  autoritatem  habere  te  certifiées  »  (Patr.  lai.,  t.  CXXVI,  col.  917  ;  cf. 
Jaffé,  2«  éd.,  n«»  3374  et  3375). 


Mém,  et  Doc.  de  l'ÉcoU  des  Chartes.  -  VIL 


CHAPITRE  IV 

LK   ROYAL'MR   DE  PROVENCE  VIENNOIS 

(879-yi8) 


Lulle  de  Vienne  contre  Arlespour  la  primauté. 

La  cité  (l'Arles,  devenue  capitale  du  diocèse  des  Gaules  à  la  lin 
du  IV**  siècle,  avait  naturellement  oMenu  la  primatie  au  détriment 
de  Vienne,  capitale  de  la  Viennoise  et  du  diocèse  des  VII  provinces. 
L'heure  de  la  revanche  allait  sonner  pour  Vienne. 

Depuis  8(i*<,  sous  son  archevêque  Adon,  qui  avait  vécu  en 
Lvonnais  comme  moine.  Vienne  avait  enlevé  le  duc  à  Lyon. 
Maintenant,  Vienne,  grâce  à  son  archevêque  Audran,  possédait 
un  roi  de  Provence.  Après  s'être  fait  désavouer  par  Jean 
VIII,  Audran,  trouvant  insullisante  cette  situation  de  fait,  Ht 
fabriquer,  ou  fahricpia,  entre  878  et  88;?,  des  textes  favorables  à 
Vienne  aux  dépens  du  siè«j^e  primalial  d'Arles  et  du  siège  métro- 
politain de  Tarenlaise  ^  Après  Audran,  Alexandre,  qui  fut  chan- 
celier de  Louis  r Aveugle,  en  compléta  la  série  vers  9! 2.  On 
peut  dire  que ,  corrompue  par  les  visées  politiques  et  la 
proximité   du  pouvoir,    l'église  de  Vienne  sous  Boson    et    Louis 

i.  Voir  le  iin'iiioiro  de  l>om  Alexandre  Grospollier,  bibliothécaire 
(11*  Saiiit-Antoiiu'  vu  Viennois,  inliUilé  :  Mrlnnijps  d' hagiographie  f/«iw- 
phinniin\  notaniniiMit  le  ])ara«»raphe  intitulé  '.Chronologie  épiscopalc  et  faux 
privili'gcs  tic  l'iV/i^f  i^  Kxlrail  du  Bulletin  d'histoire  ecclésiastique  des  dio- 
cèses do  Wiloncc,  Gap,  GrcnolUe  cl  Viviers,  l.  XX  et  XXI,  1900-1901  ; 
in-8  de  80  pp.  Voir  les  pp.  4i-7*'. 


LE   ROYAUME    DE   PROVENCE    VIENNOIS  83 

l'Aveugle  n'est  plus  qu'une  officine  de  faussaires  :  les  arche- 
vêques Audran  et  Alexandre  la  personnifient  et  doivent  donc  en 
porter  la  responsabilité  peu  honorable.  La  vérité  se  déforme 
entre  leurs  mains  :  le  passé  de  leur  église  devient  méconnais- 
sable. Avant  eux,  le  savant  Adon  avait  cherché  à  en  reconsti- 
tuer Thistoire,  mais  il  l'avait  fait  honnêtement.  Pour  contre- 
balancer Trophime,  disciple  de  Pierre,  ils  interpolent  leur  liste 
épiscopale  en  imposant  à  sa  tête  les  noms  du  disciple  de  saint 
Paul,  Crescent,  et  de  Zacharie  ;  ils  essayent  de  la  faire 
remonter  au  i®'  siècle,  alors  qu'elle  remontait  tout  simplement 
à  Martin  et  à  la  fin  du  iii^  siècle,  c'est-à-dire  à  la  création  de 
la  province  viennoise.  Ils  falsifient  un  exemplaire  de  la  Notice 
oilicielle  des  Gaules,  de  manière  à  s'arroger  la  primatie  sur 
tout  l'ancien  diocèse  des  Vil  provinces,  celle  d'Arles  exceptée, 
qu'ils  n'osent  encore  réclamer,  et  aussi  sur  la  province  des  Alpes 
Grées  et  Pœnines  K  Ils  forgent  enfin  une  suite  de  privilèges  aposto- 
liques de  Pie  I  à  Serge  III  (908),  conformes  à  leurs  prétentions. 
Ils  composent  une  notice  spéciale  pour  prouver  que  la  Maurienne 
dépendait  directement  de  Vienne  et  non  de  la  Tarentaise  -.  Ils 
vont  jusqu'à  se  déclarer  métropolitains  d'Arles  ^  et  peut-être  de 
Lyon  *.  En  somme,  ces  archevêques,  qui  se  rendent  coupables  du 
crime  de  faux  en  écritures  publiques,  ont  d'aussi  grandes  ambitions 
au  point  de  vue  ecclésiastique  que  Boson  au  point  de  vue  politi- 
tique.  S'il  est  une  excuse  possible  à  leur  faute,  on  la  verra  sans 
doute  dans  la  connivence  de  leur  souverain  ([ui  y  trouvait  son 
propre  avantage.  Ses  ambitions  à  lui,  Boson  fut  loin  de  les  réali- 
ser; il  ne  régna  pas  sur  la  Provence  entière,  puisque  la  province 
des  Alpes-Maritimes  fut  soumise,  seulement  après  lui,  à 
son  fils.  L'église  de  Vienne  demeura  longtemps,  de  son  côté,  à 
profiter  des  faux  qu'elle  venait  de  fabriquer.  Vienne  était  incon- 
testablement  la    résidence    des    rois    de    Provence,    après   être 

1.  Duchesne,  Fastes,  t.  I,  p.  209. 

2.  Mgr   Alexis  Billiet,  Mémoire  sur  les  premiers   évt^ques  du  diocèse   de 
Maurienne,  pp.  14-15. 

3.  Grospellier,  p.  72,  note  6. 

4.  Ibid.^  pp.  66-67. 


8i  LA    PROVtINCK    DU    PREMIER    AU    XII*"    SIÈCLE 

devenue  la  résidence  du  duc  de  Lyonnais;  mais  c'était  tout. 
Lyon  restait  la  capitale  du  Lyonnais  ;  Arles  restait  la  capitale 
non  seulement  du  duché  de  Provence,  mais  de  tout  le  rovaume  : 
son  évêque  était  le  premier  de  tous.  Dès  que  Louis  TAveugle 
eut  disparu,  c'est  une  vérité  traditionnelle  que  proclament,  eux- 
mêmes,  les  archevêques  de  Lyon  et  de  Vienne,  Amblard  et  Thi- 
baud.  Celui-ci,  il  faut  se  bâter  de  le  dire,  était  un  saint  homme 
différent  de  ses  prédécesseurs  *.  Le  souverain,  qui  résidait  dans 
la  cité  de  Vienne,  résidait  aussi  quelquefois  dans  Neuchàtel, 
comme  dans  Aix-les-Bains  et  dans  d'autres  localités^;  mais, 
depuis  le  xii*  siècle  jusqu'à  la  fin,  les  empereurs  iront  encore 
prendre  à  Arles  la  couronne  de  Provence  à  laquelle  se  sera  jointe, 
depuis  9i9,  celle  de  Boui-gogne.  Les  faux  composés  sous  Audran 
et  Alexandre  n'avaient  donc  pas  encore  été  pris  au  sérieux  à  la 
lin  du  X*  siècle.  Les  trois  provinces  d'Arles,  d'Aix  et  d'Embrun, 
telles  qu  elles  composent  le  duché  de  Provence,  donnent  alors  lieu 
à  des  conciles  de  leurs  évêques  sous  la  présidence  du  primat 
d'Arles.  De  même,  les  trois  provinces  de  Lyon,  de  Vienne  et  de 
Tarentaise,  telles  qu'elles  composent  le  duché  de  Lyonnais,  donnent 

1.  950.  «•  Suinmorum  summo,  priniorum  primo  domno  Manassa?  metro- 
politansp  sedis  Arclatcnsis  archicpiscopo  cum  cœteris  coepiscopis  Lan- 
drico  Avonionensi,  Odolberto  Vallensi  ol  aliis  Provinciae  episcopis, 
Emblardus  Lu^^duiicMisis  scdis  arcliiepiscopus...  **  (J.  H.  Albanès  et  Ul. 
Chevalier,  GalL   Christ,   noviss.  :  Arles.  Valence,  MCM,  col.  108,  n°  258). 

[970-978].  «  Aimo  Valenlincnsis  .sodis...  ante...  prceseotiam  Goiidrandi 
régis  senioris  noslri...  quoniam  .\relas  caput  est  et  esse  débet  islius 
Cialliu?...  ante  pra^sentiam  rectoris  cjus  déferre  decrevimus  »  ;  Thibaud, 
arcli.  de  Vienne  ;  Amblard,  areh.  de  Lyon  ;  Wido,  év.  du  Puy  ;  Isarn,  év. 
de  Grenoble  ;  (iéraud,  év.  de  Genève  \GalL  Christ,^  t.  XVI,  Instr,, 
col,  101-102.  —  Cart.  de  Satnl-lluyues,.,,  p.  59.  A  xxv). 

Bâle,  21  novouibre  1214.  Précepte  de  Frédéric  II  :  «...  Cum  urbs  Arelaten- 
sis  caput  Provincie  et  iiiiperii  principalis  sedes  existai...  «  (Albanès,  Ga//., 
Christ.  novitiS.^  Arles,  n*»  S 20). 

2.  24  avril  1011.  Précepte  de  Rodolphe:  «  ...  Viennammetropolinœ  civi- 
tatem  »  [(Ubrario  e  Promis.  Documenti,  pp.  15-16:. 

2i- avril  1014.  Autre  précepte  de  Rodolphe  :  i<  ...  Aquis  villam,  sedem 
regalem...  Novum  Castellum  regalissimam  sedem...  >»  (iÂi</.,  pp.    17-18). 

Bâle,  23  novembre  1214.  Précepte  de  Frédéric  II  :  «  ...Viennensis  eccle- 
sia...  metropolitanus  ejus....  (juia  princeps  nostri  consilii  est  et  archicancel- 
lariusin  regnu  Burgundiie...  »  |  Val  bon  nais],  ^i>/.  de  Dauphiné,  t.  II,  p.  46, 
n°XLll. 


LE   ROYAUME    DE   PROVENCE   VIENNOIS  85 

lieu  de  leur  côté  à  des  conciles  correspondants.  Si  fort  peu  ont 
laissé  des  traces,  l'institution  en  parait  bien  établie.  Comme  les 
diocèses  d'Uzès  et  de  Viviers  se  trouvaient  compris  dans  le  Lyon- 
nais, leurs  évêques  prennent  part  aux  conciles  du  duché  septen- 
trional et  non  à  ceux  du  duché  méridional.  Cependant,  en  droit, 
pour  les  faussaires  eux-mêmes  de  Vienne,  Viviers  dépendait  tou- 
jours d'Arles  ;  le  premier  exemplaire  viennois  de  la  Notice  en 
donne  la  preuve. 

Louis  d'Outremer  reçut,  du  royaume  de  Provence,  Uzès  et 
Viviers:  ces  deux  diocèses,  rattachés  à  la  France,  cessèrent  donc 
de  relever  du  Lyonnais.  Pour  le  Vivarais,  ce  ne  fut  qu'un  acci- 
dent momentané;  mais,  pour  l'Uzège,  la  chose  fut  définitive  K 
Malgré  cela,  les  évêques  d'Uzès,  tout  comme  ceux  de  Valence,  de 
Grenoble  et  de  Maurienne,  continuent  à  prendre  part  aux  con- 
ciles du  Lyonnais  tenus  à  la  fin  du  x'  siècle  et  jusqu'en  1023.  Y  pre- 
naient part,  de  même,  les  suiTragants  de  Lyon,  c'est-à-dire  les 
évêques  de  Mâcon,  de  Chalon  et  d'Autun,  quoique  leurs  diocèses 
fussent  placés  dans  le  duché  de  Bourgogne  franque  ^.  Par  contre, 
ceux  de  Viviers,  suiTragants  d'Arles,  bien  que  placés  en  Lyonnais, 
paraissent  s'en  abstenir  :  s'en  abstiennent  aussi,  tout  naturelle- 
ment, ceux  de  Die,  puisqu'ils  sont  à  la  fois  suiTragants  d'Arles 

1.  Poupardin,  p.  233,  et  notes  2,  3.  Ajouter  aux  textes  cités  par  Faulcur 
la  concession  en  précaire  faite  à  Arles  le  20  décembre  [967]  par  rarchevêque 
Hier.  Le  donateur  concède  des  terres  qui  sont  placées,  les  unes  in  comiiatu 
Ucetico,  les  autres  in  regno  Provincie,  in  comiiatu  Arelatensi  (Gall.  Christ. 
noviâs.  Arles,  col.  i  14-115,  n®  268).  Uzès  ne  faisait  donc  plus  partie  de  duché 
de  Lyonnais  et  du  royaume  de  Provence.  —  En  ce  qui  concerne  le  Vivarais, 
rendu  au  royaume  de  Provence  avant  la  fin  du  x«  siècle,  il  redevint,  bien 
entendu,  comme  le  Valentinois,  partie  intégrante  du  duché  de  Lyon- 
nais, quoique  son  évêque  continuât  à  dépendre,  en  droit,  de  l'archevêque 
d'Arles.  [^  octobre-31  décembre  998]  :  précepte  de  Rodolphe,  confirmant 
à  Cluoy  ses  biens,  placés  les  uns  in  episcopatu  Lugdunensi,..  in  episcnpatu 
Viennensi...  in  epiêcopatu  Valentinensi...  in  episcopatu  Vivariensi,  les 
autres...  in  Proventia  (Bruel,  Ch,  deCluny^  n®  2466\ 

2.  [19  octobre]  994-r24  mars  993].  Concile  de  Saint-Romain-d'Anse 
(Bruel,  Ch.  de  Cluny,  n«  2255  ;  Cart.  de  Romans,  nouv.  éd.,  n^  55  .  —  1025. 
Autre  concile  (M.  C.  Ragul,  Car/,  de  Sainl-Vincent  de  3/acon.  M  àcon,  Pro  ta  t, 
1864,  pp.  304-305,  no  DXVIII.  —  G.  de  Manleyer,  La  paix  en  Viennois, 
Grenoble,  1904). 


8G  LA    PROVENCE    DL    PREMIER    AU    Xll*^    SIÈCLE 

et  placés  dans  le  duché  de  Provence.  En  1037,  pour  la  première 
fois,  perce  Tinfluence  des  faux  de  Vienne.  On  sait  que  dans  un 
second  exemplaire  delà  Notice,  revu  et  amélioré,  les  Viennois,  plus 
audacieux  que  dans  le  premier,  s'adjuj^eaient  Viviers  et  Die.  La 
proximité  aidant,  Tévêque  de  Die  finit  par  se  laisser  persuader. 
Le  2  octobre  lO'H,  à  Romans,  on  voit  donc  fij^^urer  Conon,  titu- 
laire de  ce  siège,  dans  une  assemblée  publique  des  comtes  et  des 
princes  de  V^iennois  et  de  Valenlinois  :  il  y  figure  à  côté  des 
évoques  de  Maurienne,  de  Grenoble,  de  Valence,  de  Belley  et  de 
Sion,  sous  la  présidence  des  archevêques  de  Vienne  et  de  Taren- 
taise  *.  Ce  qui  se  produisait  à  Die  veîiait  de  se  produire  à 
Belley:  ces  sièges,  suffragants  d'Arles  et  de  Besançon,  entraient 
ensemble  dans  Torbite  de  Vienne.  Les  Viennois  ne  pouvaient  son- 
ger à  faire  ratifier  par  Home  la  collection  de  faux  qu'ilsavaient  for- 
gée vers  912.  Certes,  il  est  possible  de  surprendre  la  bonne  foi  du 
siège  apostolique  et  on  n'a  pas  manqué  de  le  faire  souvent  ;  mais,  si 
le  stratagème  avait  réussi,  les  archevêques  d'Arles  n'auraient  pas 
manqué  de  protester  avec  éclat  en  produisant  leurs  archives  authen- 
tiques et  la  chose  eût  fait  scandale.  Ne  pouvant  agir  h  Rome, 
les  Viennois  ne  devaient  pas  se  faire  faute  de  répandre  autour 
d'eux  les  textes  sur  lesquels  ils  s'appuyaient  :  le  seul  étonncment 
qu'on  aurait  pu  manifester  dans  leur  région,  c'est  que,  le  temps 
marchant  et  les  papes  se  succédant,  aucune  confirmation  ne  fût 
venue  de  Rome  depuis  le  ix»^ siècle.  Cette  objection  n'aurait  paslaissé 
que  d'être  embarrassante.  Et,  comme  une  faute  initiale  en  entraîne 
trop  généralement  d'autres,  les  successeurs  des  premiers  faussaires 
se  trouvaient  dans  le  cas  de  le  devenir  à  leur  tour.  Pour  cette 
cause,  Léger,  vers  1060,  mit  leur  œuvre  h  jour  par  un  pseudo- 
privilège de  Léon  IX  (1048-1050)  ^•.  En  1088,  Guy  de  Bourgogne 

1.  Cart.  (le  liomans,  nouv.éd. ,  1S971,  pp.  80-94,  n»  79. 

2.  il  mai  [1048-1050]  (loh.  a  Uosco,  Florisironais  vêtus  bibliotheca^Lierum 
jcyston,  p.  68;  Duchesiu»,  Fattffs  rpiscop:uiJ\  t.  1,  p.  17.5).  Dom  Gi*os- 
pellier  croit  que  ce  faux  de  Léon  IX  nVst  pas  dû  h  Lég:er,  mais  à  Guy  de 
Bourgogne  comme  les  suivants  :  mais,  s'il  l'avait  fait,  Guy  de  Bourgogne 
Taurail  attribué,  prohahlomenl,  h  un  pape  plus  rapproché  de  son  pontiQcat 
pour  donner  une  valeur  plus  actuelle  à  la  confirmation. 


LE  ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  87 

s*assit,  à  son  tour,  sur  la  chaire  d'Avit  et  d* Adon  :  il  renchérit 
encore  sur  la  trinité  de  faussaires  quiTavaient  précédé.  Tous  les 
procès  qu'on  sait  avoir  été  soutenus  ou  provoqués  par  lui,  il  se  mit 
en  devoir  de  les  gagner,  en  produisant  des  privilèges  apostoliques 
où  le  bon  droit  de  Vienne  apparaissait  aux  yeux  des  juges  les 
plus  mal  disposés.  La  chose  se  passa  ainsi  pour  les  difTicultés 
relatives  à  l'abbaye  de  Saint-Barnard  ;  il  en  fut  de  même  pour 
le  débat  relatif  au  pays  de  Sermorens,  contre  Téglise  de  Gre- 
noble et  Tévéque  saint  Hugues.  Ce  n'étaient  pas  des  privilèges 
d'une  antiquité  vénérable  que  Guy  forgeait  ou  interpolait: 
c'étaient  des  décisions  contemporaines  de  Grégoire  Vil  et  d'Ur- 
bain II,  voire  de  Pascal  II  *.  Le  faussaire  ne  manquait  pas 
d'audace.  Vis-à-vis  de  la  chancellerie  impériale,  il  paraît  s'être 
montré  plus  réservé  :  voulant  affermir  à  nouveau  la  dépendance 
directe  de  la  Maurienne  aux  dépens  de  la  Ta  reniaise,  c'est  un 
pseudo-précepte  de  Boson,  assez  gauche  d'allure,  qu'il  inventa  ^. 
Du  temps  de  Guy,  se  produisit  une  véritable  révolution  écono- 
mique. Jusqu'alors  la  monnaie,  à  5/6  de  fin  comme  aloi,  se  com- 
posait de  deniers  dont  on  taillait,  semble-t-il,  2i0  au  poids  de  la 
livre  d'origine  romaine.  Tout  d'un  coup,  ou  en  peu  du  temps,  le  titre 
s'abaissa  à  2/3  de  fin,  en  même  temps  qu'on  se  mit  k  tailler, 
semble-t-il,  360  deniers  au  même  poids  que  jadis.  Par  suite,  le  nou- 
veau denier  viennois  ne  valait  plus  que  les  5/9,  soit  environ  la  moitié 
de  l'ancien.  Cette  «conversion»  formidable  se  produisit  à  Vienne 
après  1075  et,  probablement,  avant  1092;  elle  se  produisit  ailleurs. 
Or,  les  derniers  deniers  de  Tancien  système  font  déjà  suivre  les 
mots  traditionnels  de  la  légende  VRBS  VIENNA  par  ceux  de 
PRIMA  GALLIARUM,  puis  par  ceux  de  CAPUT  GALLIE  3. 
Ainsi,  se  décèlent lesambitionsde  Vienne,  qui  cherche  h  supplanter 

1.  Pseudo-privilège  de  Grégoire  VIÏ,  6  mars  1077  :  Cum  ex  apostolicœ 
(loh.  a  Bosco,  Lœvum  Xyston,  pp.  71-73).  — Pseudo-privilège  d'Urbain  II  : 
Nolumu9  laiere  (ibid.,  pp.  74-75).  —  Pseudo-privilège  de  Pascal  11  : 
Potestatem    ligandi   [ibid,^  pp.  76-78). 

2.  BibL  de  Carpeniras,  ms.  74,  f*>»48  vo-49  v<>  (Lambert,  Cafal. ,1.1,  pp.  40-41  ). 

3.  H.  Morin,  Numismatique  féodale  du  Dauphiné.  Paris,  Rollin, 
MDCCCLIV.  pp.  16-17,  n««  6  et  7. 


88  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XI1<*   SIÈCLE 

Arles  et  Lyon.  On  connaît  le  type  monétiiire  de  Léger,  ou  du  moins 
le  premier  employé  par  lui  du  temps  de  l'empereur  Conrad,  et  il 
était  plus  modeste.  Ces  derniers  deniers  du  système  ancien  sont 
donc,  au  plus  tôt,  de  la  fin  du  pontiiicat  de  Léger.  Précisément,  vers 
1060,  Léger  avait  forgé  un  privilège  de  Léon  IX,  ratifiant  les  pré- 
tentions de  son  église,  et  ces  derniers  deniers  en  dérivent.  Ils  sont, 
au  plus  tard,  du  début  du  pontificat  de  Guy  (1088),  puisque  les 
deniers  du  nouveau  système  paraissent  à  ce  moment.  Quand  la 
réforme  monétaire  se  produisit,  c'est-à-dire  au  plus  tard  vers  1092, 
se  présente  une  modification  encore  plus  exorbitante  de  la  légende. 
Cest  alors  que  paraît  le  fameux  VIENNA  MAXIM  A  GALLIA- 
HUM  K  Le  module  des  deniers  diminuant,  il  faut  se  résoudre  à  des 
sous-entendus,  à  des  abréviations.  Le  motVRBS  disparaît  comme 
inutile,  on  abrège  GALLiarum;  mais,  s'il  est  un  mot  qu'on 
n'abrège  pas,  c'estle  superlatif.  Cette  légende,  danssaprétentionde 
suprématie  sur  Lyon  et  Arles,  montre  que  les  Viennois  entendaient 
enfin  recueillir  ouvertement  le  fruit  des  faux  élaborés  par  leurs 
archevêques  Audran,  Alexandre  et  Léger  "^  Leur  pontife  actuel, 
Guy,  était  bien  Thomme  voulu  pour  cela  :  puisqu'il  occupait,  à 
son  dire,  le  premier  siège  des  Gaules,  celui  de  Pierre  seul  pou- 
vait lui  faire  envie.  L'avenir  récompensa  cet  ambitieux  sans 
scrupules.  11  devint  pape,  pour  sa  satisfaction  personnelle  et 
pour  la  plus  grande  gloire   de  Vienne.  Il  est  surprenant  que  le 

1.  Morin,  pp.  21-27,  n^*  8-24. 

2.  En  ce  qui  concorne  Lyon,  les  prétentions  de  Vienne  pouvaient  s'au- 
loriser  de  son  origine  romaine  :  les  colons  romains  qui  fondèrent  la  cité 
de  Lyon  avaient  été  destinés  h  Vienne.  Ils  remontèi-ent  le  Rhône  jusqu'au 
confluent  de  la  Saône  par  suite  de  Thostilité  des  Allobroges.  Les  Viennois 
purent  donc  se  consoler  plus  tard  en  disant  que  Lyon  devait  sa  naissance 
aux  colons  de  Vienne.  Mais,  au  point  de  vue  des  origines  chrétiennes,  c'était 
Téglise  de  Lyon  qui  avait  fondé  l'église  de  Vienne.  Les  pivtenlions  vien- 
noises s'autorisaient  surtout  du  fait  que  la  résidence  du  duc  de  Lyonnais, 
en  803,  avait  passé  de  Lyon  à  Vienne.  Cette  cité,  par  suite,  avait  possédé 
un  roi  et  un  cmpereur,au  détriment  de  Lyon  et  d*\rles.  En  ce  qui  concerne 
Arles,  les  prétentions  de  Vienne  pouvaient  s'autoriser  de  l'organisation 
primitive  de  la  Viennoise  :  Arles  en  dépendait  alors  et,  avec  Arles,  les 
autres  provinces  du  diocèse  gallo-romain  des  VU  provinces.  Mais,  du  jour 
où  le  préfet  des  Gaules  était  venu  à  Arles,  cela  avait  changé. 


LE   ROYAUME    DE    PROVENCE   VIENNOIS  89 

Sacré  Collège  n'ait  pu  mieux  choisir:  mais  il  fallait  tenir  compte 
de  la  situation  politique.  Cluny  était  un  puissant  avocat  pour  cet 
archevêque  bourguignon  qui  avait  su  se  mettre  en  valeur  au  concile 
devienne  (1112).  L'élu,  couronné  à  Vienne  le  9  février  1119, 
s*cmpressa  de  ratifier  suivant  toutes  les  règles,  comme  pape, 
les  faux  qu'il  avait  commis  et  ceux  plus  anciens  dont 
il  avait  usé  comme  archevêque  :  le  privilège  qu'il  expédia  à 
ce  sujet  est  du  28  juin  1119.  Comme  s'il  ne  suffisait  pas,  il  le 
réédita  le  25  février  1120  ^  Ces  actes  chargent  gravement 
sa  mémoire.  L'église  d'Arles  n'avait  plus  qu'à  attendre  des  temps 
meilleurs  :  il  ne  s'agissait  d'ailleurs  que  d'une  prééminence  honori- 
fique et  purement  nominale.  Par  ces  privilèges,  Calixte  II  compléta 
ses  largesses  en  détachant  les  diocèses  de  Viviers  et  de  Valence 
de  la  province  d'Arles,  celui  de  Maurienne  de  la  province 
de  Tarentaise  ;  il  les  unit  à  la  province  de  Vienne.  Cela,  il 
avait  le  droit  de  le  faire  ;  mais,  moralement,  il  eût  mieux 
valu  pour  Vienne  tenir  cet  avantage  d'un  autre  pape.  Ces 
diverses  décisions  prises,  Calixte  gagna  Tltalie  au  milieu  des 
encensoirs.  Il  eut  soin  de  passer  par  la  voie  assez  pénible 
de  Gap  et  de  Turin  plutôt  que  par  la  voie  tout  indiquée  d'Arles  et 
Marseille  :  sans  doute  ,  il  y  eût  été  fraîchement  accueilli  et  on 
y  eût  brûlé  moins  d'encens. 

La  bulle  du  28  juin  1119  enlevait  à  l'archevêque  d'Arles 
son  autorité  métropolitaine  sur  Viviers,  au  duché  de  Lyonnais,  et 
sur  Die,  au  duché  de  Provence.  Au  point  de  vue  politique,  cela 
ne  changea  rien.  Viviers  n'était  plus  provençal  depuis  qu'il 
dépendait   de  Lyon.  Die  ne  cessa  pas  de   rester  en   Provence  : 


1.  Maguelonne,  28  juin  1119.  Bulle  Etsi  ecclesiarum  omnium:....  «que  per 
autentica  predecessorum  nostrorum  Silvestri,  Nykolai,  Leonis,  Gregorii  et 
ceterorum  pontiGcum  romanorum  privilégia...  cidem  çcclesie  concessa  est, 
nos  quoque,  auclore  I)eo,  concedimus  et  presentis  privilegii  pagina  confir- 
mamus  ut  videlicet  super  septem  provincias  primatum  obtineat...  »  (Ul. 
Robert,  BuUaire  du  pape  Calixte  II,  l.  I",  pp.  36-38,  n^  25).  —  Valence, 
25  février  U20.  Texte  identique  {ibid.,  pp.  214-216,  n»  145). 


90  LA    PHOVENCE   DU    PREMIER  AU    Xll*^   SIÈCLE 

Calixtc  II  n  y  pouvait  rien.  Le  comté  de  Diois  dépendait  et  con- 
tinua à  dépendre  du  marquisat  de  Provence  K 


II 

Le  comte   Tliibcrt^   vicaire  du  roi  dans  le  duché  de  Provence 

(879-908) 

Il  importe  de  déterminer,  autant  que  faire  se  pourra,  la  suc- 
cession des  ducs  de  Provence  et  des  comtes  qui  possédèrent 
Arles  depuis  la  tin  du  ix**  siècle  juscju'au  milieu  du  x*^.  Malgré 
r obscurité  de  cette  époque,  les  préceptes  royaux  et  les  donations 
des  fidèles  aux  éf^lises  commencent  à  se  présenter  en  assez 
grand  nombre  pour  ajouter  une  série  de  dates  et  quelques  faits 
précis  aux  rares  renseignements  épars  dans  les  sources  narra- 
tives. 

A  l'exemple  de  Vienne  et  de  Lyon,  la  Provence  avait  élu  à 
Mantaille,  le  lî)  octobre  879,  son  duc  Boson  comme  roi  ^.  Tne 
nouvelle  génération  tentait  ce  que  le  duc  Fourrât  avait  essayé  de 
faire  trente-quatre  ans  plus  tôt.  Ce  qui  avait  échoué  en  84*) 
réussit  en  879.  Dans  la  décomposition  carolingienne  qui  s'avançait, 
ce  fait  était  h  prévoir.  Depuis  870,  Télu  était  duc  de  la  Bourgogne 
bourguignonne  (Vienne  et  Lyon)  ;  depuis  875,  il  Tétait  de  Provence. 
Enfin,  depuis  quelques  mois  à  peine,   il  avait  joint  à   ces  deux 


1.  Saint-Saturnin,  juillet  1189.  Concession  on  fief  par  Raymond,  mar- 
quis de  Provence,  à  Aymar  de  Poitiers  de  la  domination  du  comté  de  Diois, 
h  charge  de  fidélité  et  d'hommage  (Jules  Chevalier,  Essai  sur  Die,  t.  I, 
pp.  4()8-469). 

llO.'i.  Traité  entre  Raymond,  marquis  de  Provence,  et  le  comte  de  For- 
calquier  :  le  manpiisat  sVtond  au  nord  jus(|u'à  l'Isère  et  k  fesl  jusqu'au 
col  de  (^abre,  ce  qui  comprend  le  Diois  (Arch.  départ,  des  Bouches-du- 
Rhône,  B.  207). 

2.  Mantaille,  \T^  octobre  871)  îMim.  Gcrm.  hist.  Lorfum  sect,  II.  CapHu- 
larin,  t.  II,  n°  2Ht,  pp.  ;<»i;i-:ir.t>;. 


LE   ROYAUME   DE    PROVENCE   VIENNOIS  91 

duchés  celui  de  Bourgogne  française  (Autun)  *.  Il  voulut  régner 
sur  ses  duchés.  Cette  ambition  hardie  n'eut  pas,  cependant,  tout  le 
succès  qu'il  pouvait  espérer.  En  fait,  il  dut  passer  immédiatement 
le  duché  de  Boui^ogne  française  à  son  frère  Richard  plutôt  que 
de  se  le  voir  enlever  par  un  étranger.  Quant  à  la  Provence,  seules 
les  provinces  d'Arles  et  d'Aix  se  rallièrent  à  Tusurpateur  :  celle 
d^Embrun  demeura  fidèle  aux  Carolingiens^.  Ceux-ci,  mis  subi- 
tement d'accord  par  les  événements,  parvinrent  au  bout  de  deux 
ans  à  le  chasser  de  Vienne  ^  et  réduisirent  son  royaume  à  peu 
de  chose.  Par  suite  d'un  jeu  de  bascule  bien  équilibré,  pen- 
dant que  Boson  tentait  cette  expérience,  son  frère  restait 
soumis  aux  souverains  légitimes  :  ce  fut  Richard  qui  se  trouvait 
chargé  par  eux  de  mettre  Boson  à  la  raison.  Ainsi  les  succès  du 
cadet  compensaient,  autant  que  possible,  pour  sa  famille,  les 
insuccès  de  Taîné.  Pourchassé,  Boson  s  était  réfugié  dans  la 
région  montagneuse  entre  le  Viennois  ^  et  la  Provence,  et,  grâce 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  78.  II  est  intéressant  de  noter  que  dans  la  Legath 
officielle  des  grands  qui  précéda  le  sacre  et  le  couronnement,  on  assimile 
encore  Télu  aux  anciens  patrices. 

2.  Aucun  évêquc  de  la  province  des  Alpes  Maritimes  ne  figure  è  Man- 
(aille.  Les  sièges  de  Senez,  de  Glandèves,  de  Nice  n'étaient  probablement 
pas  occupés  ;  mais,  ceux  d'Embrun,  de  Digne,  de  Vence  l'étaient  sûrement, 
le  frt^mier  par  Albert,  le  dernier  par  Utifred(Duchesne,f  as/e*,  t.  I,  pp.  282- 
288).  Cette  abstention  totale  est  une  preuve.  Dans  la  province  d'Aix,  les 
évèques  d'Antibes,  de  Fréjus  et  de  Sislcron  n'y  assistent  pas  davantage  ; 
mais  ces  sièges  devaient  être  inoccupés.  Kn  tout  cas,  la  présence  ô'^Edoldus 
évêque  de  Riez,  de  Btnco  évêque  de  Gap,  enlève  toute  signification  politique 
au  manque  des  évêques  de  Sisteron  et,  probablement  de  Fréjus,  puisque 
Riez  et  Gap  se  trouvent  au  delà  de  Sisteron. 

3.  15  novembre  883,  la  2«  année  de  la  destruction  de  Vienne  (Chevalier, 
Descr,  du  Cari,  de  Saint-Maurice,  n°  108;  Gall.  Christ. y  t.  XVI,  instr., 
col.  9.0»  XII). 

4.  On  possède  un  don  fait  par  Odilon,  comte  de  Diois,  à  Savenne  (com- 
mune Pont-de-Barret)  daté  d'un  jeudi  de  mars  [886]  indictione  XII,  anno  VII 
régnante  domino  nostro  Basane  rege  {Cart.  de  Saint-Cha/fre,  n°  LXI).  L'in- 
diclion  est  erronée.  —  II  existe  un  Pey-Boson,/^(/ium  Bosonis,  sur  la  com- 
mune Saint-Jean  d'Herans  [Cari,  de  Domina,  n°*  o,  6)  :  on  ne  doit  rien  en 
conclure,  car  de  nombreux  Boson  ont  pu  donner  leur  nom  à  ce  lieu-dit. 

A  la  même  époque,  de  l'autre  côté  du  Rhône,  en  Valcntinois,  Boson 
n'était  plus  reconnu:  voir  l'acte  relatif  h  Cornas,  dans  lu  vigueriede  Soyons, 
sur  la  ri ve  droite,  du  samedi  26  mars  [886]  :  «  régnante  Carolo  rege  anno  111°  )^ 
(Cart.  de  Saini-Chaffre,  n»  CCCXXXIX). 


92  LA    PROVENCE    DU    PKEMIER   AU    Xir    SIÈCLE 

à  des  partisans  fidèles,  il  mourut  roi  (11  janvier  887).  En  droit, 
la  Provence  avait  jîassé  de  Charles  le  Chauve  (f  6  octobre  877' 
à  son  fils  Louis  II  (-{•  10  avril  879)  ;  après  la  mort  de  ce  dernier, 
le  partage  du  mois  d  avril  880  Tavait  attribuée  au  second  de  ses 
enfants,  Carloman  ("{"12  décembre  88i). 

De  ce  jeune  roi,  mort  lui-même  à  dix-huit  ans,  on  a  quelques 
deniers  frappés  à  Arles,  où  Boson  n'a  d'ailleurs  jamais  frappé  mon- 
naie que  Ton  sache  '.  Le  seul  survivant  des  Carolingiens  français 
était  son  frère  cadet,  Charles,  c'est-à-dire  un  enfant  de  cinq  ans  ; 
les  grands  reconnurent  comme  héritier  son  oncle  au  cinquième 
degré,  Charles  III  le  Gros,  dans  la  branche  allemande.  De  ce  nou- 
veau roi,  on  possède  aussi  de  nombreux  deniers  frappés  à  Arles  '-. 
F'ait  remarquable,  les  derniers  deniers  carolingiens,  frappés  à 
Vienne  et  connus,  sont  plus  anciens  :  ils  portent  le  nom  de  Charles 
le  Chauve.  Malgré  Texpulsion  de  Boson  et  la  prise  de  Vienne, 
Charles  le  Gros  paraît  donc  avoir  concentré  son  monnayage  à  Arles •"*. 
Plus  tard,  Louis  TAveugle  frappera  bien  monnaie  à  Arles  et  à  Avi- 
gnon *  après  les  Carolingiens,  mais  il  y  conservera  comme  type  le 
monogramme  de  Charles  le  Gros,  son  père  adoptif,  ce  qui  n'aura  pas 
lieu  d'une  manière  nette  à  Vienne  oii  il  avait  le  précédent  créé  par 
son  père  ^.  De  ces  détails,  ténus  mais  certains,  on  infère  la  preuve 
que  les  Carolingiens  vainqueurs  de  Boson  étaient  mieux  vus  en 
Provence  qu  en  Viennois.  C'est  naturel  :  presque  toute  la  Pro- 
vence avait  élu  Boson,  heureuse  d'être  autonome.  Mais  le  roi 
de  Bourgogne-Provence  était  viennois  plutôt  que  provençal. 
Vienne,  héritière  de  Lyon  en  863,  cherchait  à  usurper  le 
passé  d'Arles  et  sa  prééminence.  Dans  ces  conditions,  le  mécon- 
tentement  dut    naître    bien    vite    en   Provence  et  les  troupes 

1.  M.  Prou,  Catalogue  dett  monnaies  françaises  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Les  monnaies  carolingiennes^  Paris,  1896,  p.  120,  n***  863  à  868. 

•2.  Ibid.,  pp.  119-122,  no»  862,  869-881.  —  Cf.  Carf.  de  Saint- Maurice, 
n**  108,  pour  rindiculion  de  son  règne  à  Vienne,  le  lîi  novembre  883. 

3.  Ibid.,  p.  117,  n"»  844-8*.".. 

4.  André  Sleyert,  Xouv.  hisl.  de  Lyon.  i.  Il,  p.  174. 

5.  Prou,  p.  122,  no»  882-883;  pp.  117-118,  u»*  847-850.  A  Vienne,  on 
brouille  le  monot^riunmo   npros  Charles  le  Gros. 


LE   ROYAUME    DE   PROVENCE    VIENNOIS  93 

de  Carloman  durent  y  être  relativement  bien  accueillies.  Boson 
étant  mort  le  H  janvier  887*,  on  s'arrangea  bien  vite  pour 
transiger.  Précisément,  Charles  le  Gros  était  sans  enfant  légitime  ; 
la  veuve  de  Boson  lui  amena  son  fils  Louis  quatre  ou  cinq  mois 
après  etTempereur  en  fît  son  fils  adoptif  ^.  Cet  acte  de  condes- 
cendance du  souverain  était  rendu  possible  par  le  fait  que  la  veuve 
de  Boson  était  princesse  impériale,  nièce  au  cinquième  degré 
de  Charles  le  Gros.  Les  conséquences  en  étaient  claires  :  dès  la 
mort  de  l'empereur,  Louis  devait  représenter  à  la  fois  les  droits 
de  son  père  naturel  et  ceux  de  son  père  adoptif.  Il  était  appelé 
légitimement  au  royaume  de  Bourgogne-Provence,  avec  l'expec- 
tative de  l'empire.  Mais,  Charles  le  Gros  étant  tombé  gravement 
malade,  les  peuples  germaniques,  mécontents,  notamment  on 
peut  le  croire,  de  cette  adoption  d'un  prince  bourguignon,  l'aban- 
donnèrent à  la  fîn  de  novembre  pour  son  neveu  Arnulf  de  Carin- 
thie.  Le  vieil  empereur,  dépouillé  de  tout,  mourut  à  Neidin- 
gen  sur  le  Danube  le  13  janvier  888  ^.  L'empire  manquait  de 
direct  et  légitime  héritier,  selon  l'expression  de  Réginon.  En 
effet,  Louis  n'était  que  fils  adoptif  et  Bernard  fils  naturel. 
Chaque  royaume  s'occupa  de  se  choisir  un  roi  tiré  de  son 
sein  :  la  tête  manquant,  les  membres  se  séparent. 

Arnulf  garde  la  Germanie,  avec  la  suprématie  ^,  comme 
successeur  de  Charles  le  Gros;  Bérenger  devient  roi  de  Lombar- 
die,  Rodolphe  roi  de  Bourgogne  jurane,  Eudes  roi  d'Aquitaine 

1.  Pierre-François  Chifllet,  Hist,  de  TournuSj  Dijon,  1064.  Preuves, 
pp.  234-235;  Gustav  Richler,  H.  Kohi,  Annalen  der  deutschen  Geschichle, 
II,  i.  Halle,  1885,  p.  496,  note  a.  —  Juin  887  :  «  anno  primo  posl  obitum 
Bosonc  et  régnante  Karolo  imperatore  »  {Ch.  de  Cluny,  n^  30). 

2.  Kirchheim,  pendant  Tété  de  887:  «  mortuo  itaque  Buosone,  parvulus 
erat  ei  filius  de  filia  Hludowici  italici  régis  :  obviam  quem  imporator  ad 
Hrenum  villa  Chirihlieim  veniens  honorifice  ad  hominem  sibi  quasi  adopti- 
vum  filium  eum  injunxit  »  (Ann,  Fuld.  conlinualio  Ratisbonensis  887,  ed,  in 
usum  Bcholarunij  1891,  p.  115). 

3.  Ann.  Fuld,4:ontin,  Ralisbon,  887  (ibid,,  p.  116). 

Pour  rinlcrrègne  en  Bourgogne-Provence,  voir  Ch,  de  Cluny,  n^»  32,  36, 
37;  Cari,  de  Saint-Barnard,  2«  éd.,  n*»  4. 

4.  Eudes  lui  prête  serment  de  fidélité  en  888  (Favre,  Eudes,  p.  110)  ; 
Hermengarde,  pour  Louis,  en  mai  889  (Poupardin,  p.  155). 


9i  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU  XI^   SIÈCLE 

et  de  PVance-Neustrie,  Guy  roi  en  Bourgogne  française.  Il  s'agis- 
sait de  savoir  qui  obtiendrait  la  France  d'Austrasie.  Guy  s'ap- 
puyait sur  la  Bourgogne  française  et  comptait  sur  Tarchevèque 
de  Reims,  Eudes  s'appuyait  sur  la  Neustrie  et  sur  l'archevêque 
de  Sens,  métropolitain  de  Paris  :  ce  dernier  prétendant  l'em- 
porta. Boson  avait  vécu  dix  ans  trop  tôt  :  l'époque  est  bien  venue 
maintenant  où  sur  les  couronnes  ducales  éclosent  les  lys  royaux. 
Pendant  toute  cette  agitation,  il  s'écoula  deux  ans  et  demi  entre 
la  mort  de  Charles  le  Gros  et  l'élection  de  Louis  par  les  grands 
de  Bourgogne- Provence,  suivie  de  son  sacre  :  en  effet,  la  céré- 
monie eut  lieu  à  Valence  entre  le  6  et  le  22  juin  890  ^  Vienne 
restait  le  centre  du  gouvernement  et  avait  pris  l'initiative  de  l'élec- 
tion comme  en  879.  Les  évêques,  qui  font  rédiger  le  procès- 
verbal  de  l'élection,  s'appesantissent  sur  lesmalheurs  causés  au  pays 
par  l'absence  de  souverain  et  les  invasions  des  Sarrasins.  Il  est 
difficile  d'admettre  que  ces  invasions  aient  été  la  seule  cause  d'un 
interrègne  aussi  long.  Probablement,  il  fallut  d'abord  liquider 
l'aventure  de  Guy  qui  intéressait  le  duc  de  Bourgogne  Richard; 
puis  la  querelle  d'Arles  et  de  Vienne  avait  dû  amener  un 
certain  antagonisme  de  la  Provence,  de  manière  à  retarder 
l'entente  nécessaire  '^.  De  plus,  il  fallut  le  temps  de  se  procurer 
l'assentiment  du  pape  et  l'investiture  de  l'empereur  ;  enfin, 
l'établissement  des  Sarrasins  au  Freinet  l'aura  déterminée. 
Tout  cela,  les  grands  ne  le  disent  pas,  naturellement;  les 
protocoles  ne  disent  jamais  tout.  L'assemblée  reconnaît  à 
la  jeunesse  du  souverain  deux  tuteurs  :  éclairé  par  les  conseils 
de  sa  mère,  il  trouvera  sa  force  dans  l'appui  de  son  oncle,  le 
duc  de  Bourgogne  française  Richard.  Ce  n'était  plus  un  oncle 
ennemi,  mais  un  oncle  protecteur  :  tels  sont  les  retours  de  la 

1.  Valence  [6-22  juin]  800  (Mon,  Germ,  hisL,  Capitularia,  l.  II,  n<»  289, 
pp.  376-377).  Cf.  Charles  de  Cluny,  n°»  42,  45,  46.  48,  49,  57,  59,  61,  70, 
78,  etc.. 

2.  Dès  le  milieu  de  889,  Ermcngarde  possède  l'inveslilure  d'Arnulf  et  l'ar- 
chevèque  de  Vienne  obtient  rcucycliquc  papale  adressée  à  répiscopat(Pou- 
pardin,  p.  155).  Il  s'écoule  encore  plus  d'un  an,  cependant,  avant  Télec- 
tion. 


LE    ROYAUME   DE   PROVENCE  VIENNOIS  95 

politique.  Entre  temps,  les  Carolingiens  avaient  ratifié  les  faits 
accomplis  :  Toncle  les  ratifiait  aussi.  Le  plaid  de  Varennes 
montre  comment  fonctionnait  le  nouvel  état  de  choses  à  la  veille 
de  l'élection  et  du  sacre  *.  C'est  la  reine  régente  qui  gouverne 
avec  l'assistance  des  princes  ecclésiastiques  et  laïques,  pendant  la 
minorité  de  son  fils.  Tandis  que  rarchevéque  de  Vienne  était  allé 
solliciter  Tappui  du  pape,  Tarchevêque  d'Arles  accompagnait  la 
reine-mère  à  la  cour  du  roi  de  Germanie,  pour  lever  tous  les 
obstacles  à  l'élection  du  jeune  roi. 

Dans  cette  assemblée  de  Varennes  figure,  à  côté  de  Tarche- 
vêque  dWrles,  le  comte  Thibert,  Teutberlus.  Sa  souscription  fut 
apposée   au  plaid  Tavant-dernière  '-.   Aucun  acte  connu  ne  lui 

\.  Le  plaid  concerne  Gigny  (cant.  Saint-Julien,  arr.  Lons-le-Saunier), 
el  Baume,  sa  dépendance  (cant.  Voiteur,  arr.  Lons-le-Seunier).  Il  est 
donc  probable  que  la  localité  où  il  fut  tenu  se  trouve  actuellement  dans 
le  département  voisin  de  Saône-et-Loire;  car,  dans  celui  du  Jura,  aucune 
ne  porte  ce  nom.  Mais  en  Saône-et-Loire,  on  en  rencontre  trop  :  ce  dépar- 
tement renferme  une  quinzaine  de  localités  dénommées  Varenne  ou 
Varennes.  M.  Steyert  (Xour.  hist,  fie  Lyon,  t.  II,  p.  180}  dit  qu'il  s'agit 
de  Varennes-Saint-Sauveur  (Saône-el- Loire,  cant.  Cuiseaux,  arr.  Louhans), 
localité  placée  à  l'extrémité  septentrionale  du  Lyonnais. 

Le  plaid  est  certainement  antérieur  à  la  date  où  Louis  devint  empereur  : 
il  faut  donc  l'attribuer  à  l'an  890  qui  correspond  à  Tindiction  VIII.  C'est  la 
seule  date  possible.  Si  l'on  trouve  dans  le  texte  mention  d'actes  postérieurs, 
cela  prouve  tout  simplement  que  ce  texte  a  été  remanié  après  coup  pour 
former  une  notice  destinée  à  figurer  dans  le  Carlulaire  de  Gigny.  Pareil 
fait  se  rencontre  fré({uemment.  Si  la  date  du  plaid  est  dans  le  style  pisan, 
elle  flotterait  entre  le  25  mars  890/889  et  le  24  mars  890;  probablement,  il 
aurait  été  tenu  par  la  reine  en  revenant  de  la  cour  d'Arnulf  h  Vienne.  Ce 
qui  le  confirme,  c'est  que  Louis  n'y  est  pas  encore  qualifié  roi.  La  reine  est 
accompagnée  de  l'archevêque  d'Arles  ;  celui  de  Vienne  était  à  Rome. 

2.  Les  souscriptions  du  plaid  de  Varennes  sont  les  suivantes  : 

S.  Ermengardis  reginœ Richardusgloriosus  cornes  f. 

Uindo  {sic)  comes  f. 

Vigo  [sic)  comes  f. 

Ratterius  comes  f. 
S.  Rostagnus  archiepiscopus  Arelatensis        Teubertus  comes  f. 
S.  Andradus  (sic)  sanctœ  Cabilonensis  eccle- 
sise  episcopus  Ragenardus  comes  f. 

S.  Isac  Gratianopolicensis  episcopus. 


%  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*'    SIÈCLE 

donne  le  titre  de  duc  et,  cependant,  son  importance  est  prédomi- 
nante. Plusieurs  préceptes  du  jeune  roi  sont,  de  896  à  900,  obte- 
nus par  les  évêques  ou  les  abbés  provençaux,  par  Tinterniédiaire 
de  ce  personnage.  En  896  *,  son  intervention  concerne  le  comté 
d'Apt.  En  904  et  le  21  avril  '*,  le  souverain  se  trouvant  à  Arles, 

(S.  Gaichenon,  Bibl,  Sebus.  Lugduni,  M.  DC.  LX.  Cenl.I,  cap.  XXVI. 
pp.  60-61  ;  Ilist,  de  Fr.,  IX,  663.) 

D'une  pari  les  souscriptions  épiscopalcs,  de  l'autre  les  comtales.  Il  s'agit 
de  Rostainj;,  archevêque  dWrles,  et  d'Ardre,  évêque  de  (".halon,  dont  le 
prédécesseur  Etienne  siégeait  encore  le  18  mai  887  Duchesne,  Fastes  épis- 
copaux,  t.  Il,  p.  195).  On  ne  saurait  y  voir  un  évèque  de  Cavaillon 
(Poupardin,  p.  153.  note  2).  Le  comte  correspondant.  Renard,  doit  être 
le  comte  de  Chalon  :  dans  ce  cas,  ce  serait  le  père  de  Manassès  I 
comte  de  Chalon  (804-918),  de  Renard  vicomte  d'Auxerre  (909-925!, 
de  Walon  évoque  d'Autun  (894-918)  et  de  Mannon  i910). 

Si  cette  correspondance  entre  Ardre  et  Renard  était  établie  —  et  elle 
est  probable,  —  on  n^aurait  pas  de  peine  à  admettre  que  le  comte  Thibert 
correspond,  dès  890,  à  rarchevè<|ue  d'Arles,  comme  on  le  constatera  plus 
tard. 

Toutes  les  probabilités  portent  à  rétablir  VV</o,  au  lieu  de  Vigo  ;  c'est 
ce  qu'on  est  oblif^fé  de  faire  pour  l'acte  passé  à  Vienne  en  août  [912] 
(Descr.  du  Carf.  de  Saint-Maurice,  n<»  9i  ;  Gall.  Christ.,  t.  XVI,  Instr,  col.  13, 
n®  XVII)  et  Gingins-la-Sarraz  a  eu  raison  de  le  reconnaître  (Les  Hugonides, 
p.  34,  note  I94|.  Cette  restitution  faite,  on  voit  ici  la  première  mention  du 
jeune  comte  de  Viennois  Hugues,  dont  le  père,  Thibaud,  est  mentionné  en 
juin  887  pour  la  dernière  fois(C/i.  de  Cluny,  n**  30)  et  qui,  sans  doute,  venait 
de  mourir.  Poupardin  en  convient  (p.  205),  mais  alors  il  faut  renoncer  au 
comte  Guigue  hypothétique  pmposé  par  M.  de  Terrebasse  (Poupardin, 
p.  202,  note  2).  Quant  à  Vindo^  c'est  Vuido  qu'il  faut  lire. 

1.  896.  a  industrissimus  quidam  fîdelis  noster  nominc  Teutbertus  illustris 
comes  »  (Bouquet,  IX,  p.  676).  Cet  acte  prouve  que  Thibert  remplissait  les 
fonctions  de  comte  d'Apt. 

2.  Arles,  21  avril  904.  «  Rostagnus  metropolita  et  Teubertus  comes,  nos- 
tram  adeuntes  excellentiam  ...  postulaverunt  quatinus  fideli  nostro  Magno, 
abbati  ecclesie...  Marie  et...  Vicloris...  in  Massilia...  concederemus  jure 
perpetuo...  fiscum...  Pinus...  coujacentem  in  comitatu  Massiliensi...  una 
cum  terra  comitali  que  ante  portam  castri  fore  videtur  »  (Cart.  de  Saint- 
Victor,  no  10  ;  Ilisf  de  F/-.,  IX,  p.  682).  Il  résulte  de  cet  acte  que  Thibert 
remplit  les  fonctions  de  comte  de  Marseille,  puisqu'on  dispose  de  la  terre 
comtale  sur  sa  demande  et  que  cette  terre  ne  dépend  pas  d'un  comté 
étranger  :  du  fait  que  l'archevêque  se  l'associe  pour  intervenir  dans 
Arles  auprès  du  roi,  il  résulte  aussi  qu'il  remplissait  les  fonctions  de 
comte  d'Arles.  Mais,  puisqu'il  remplissait  les  fonctions  comtales  à  Arles,  à 
Marseille,  à  Apt,  à  Avignon  et  ailleurs,  il  faut  bien  qu'il  tienne  lieu  de 
duc  en  Provence. 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  97 

c'est  Thibert,  conjointement  avec  Tarchevêque  d'Arles,  qui  inter- 
vient afin  d'obtenir  pour  Tabbé  de  Saint-Victor  une  concession  dans 
le  comté  de  Marseille.  Le  17  septembre  903  *,  il  obtient  pour 
Tévêqucd'Uzès  une  concession  dans  le  comté  d'Avignon  ;  dans  ce 
même  comté,  il  obtient  un  précepte  en  faveur  de  Tévêque  d'Avi- 
gnon le  19  octobre  907  2,  Ce  dernier  fait  se  renouvelle  encore  le 
16  mai  908  ^,  En  dehors  de  Provence,  il  se  trouve  avec  Tarchc- 
vêque  d'Arles,  soit  à  Varennes  en  890,  soit  parmi  les  grands  qui 
procurent  en  903  au  comte  de  Valentinois  AUeaume,  Adalelmus^ 
la  possession  de  ses  biens  à  titre  héréditaire  ^.  Cette  interven- 
tion répétée  de  Thibert  dans  plusieurs  des  comtés  les  plus  impor- 
tants de  Provence,  comme  intermédiaire  entre  les  évêques  et  le 
roi,  enfin  sa  présence  à  Arles  en  904,  à  côté  de  l'archevêque  et 
auprès  du  souverain,  sont  des  indices  assez  sûrs  qu'il  tint  lieu  de 
duc  en  Provence,  depuis  890  jusqu'en  908.  En  raison  du  fait  que 
Vienne  était  devenu  le  centre  politique  du  royaume  à  partir  de 
863,  il  est  tout  naturel  que  les  ducs  de  Provence  soient 
dès  lors  choisis  à  Vienne  dans  l'entourage  du  souverain.  Pour 
Thibert,  en  particulier,  on  sait  qu'il  avait  été  l'un  des  fidèles  de 
Boson  et  qu'il  en  avait  reçu  la  terre  de  Mantaille  en  Vien- 
nois,  où  l'usurpateur  avait    été    élu    roi  '».    L'existence    de    ce 

1.  Lyon,  17  septembre  ÎH)3.  «  Tcutbertus  comcs  et  Walo  vir  strcnuus, 
noslri  dilectissimi  Gdelcs  »  (lUsl.  de  Fr,,  IX,  082). 

2.  Vienne,  19  octobre  [907 1.  «  sub  introductu  cujusdam  fulelis  nostri  Teiid- 
berti  comitis  »  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  f*»  5;  His(.  do.Fr,,  IX,  683). 

3.  Vienne,  16  mai  [908].  u  quidam  spectnbilis  vir  et  propincus  noslcr  nec- 
non  et  carissimus  nobis  omnium  Hugo  comcs  atquc  eciam  Teubcrtus  fule- 
lis noster  »>  (Arch.  de  Vaucluse  G.  6,  f»  6  ;  Uist.  de  Fr.,  IX,  084). 

4.  6  juin  903.  «  fidèles  nostri  Hostagnus...  venerabilis  archicpiscopus, 
Berno  episcopus,  Liutfridus,  Hugo  atquc  Teutberlus  comitcs  ilUistri  ((^bc- 
valier.  Cari,  de  Stàint-André-le-BaSy  Appondix,  n°  12,  p.  221  ;  Doser,  du 
Cari,  de  Saint-Maurice  de  Vienney  n®  195,  p.  43). 

5.  [886-899].  ce  villam  Mantulam  quam  gloriosus  rex  Bosopiissimus  senior 
meus...  prœcepto...  magnitudinis  suse  mihi  quondam  contulcrat  ad  possi- 
dendum,  pro  anima  régis  Bosonis...  pricstanlissimo  filio  ojus  Illudovico 
domino  et  seniori  meo,  milii  quoque  et  uxori  meœ  prœdictam  villam  a  rcc- 
toribus  ecclesiœ  Viennensis  possidcre  volo  sœclusis  hiercdibus  mcis  » 
(d'Achery,  SpiciL,  t.  III,  pp.  302-363,  iufolio). 

Mém.  et  Doe.  de  V École  des  Charles,  ~  VII.  : 


98  LA    PROYCNCE    Dl    PRCMlbR    AU    Xll^    SIKCLE 

lien  entre  Boson  et  Thibert  invite  k  penser  qu'il  n'a  pas  dû 
être  duc  de  Provence  tant  que  ce  pays  resta  carolingien  ;  en 
conséquence,  il  était  bien  possessionné  en  Viennois  avant  d'ad- 
ministrer la  Provence.  Du  temps  de  larchevêque  Bernoin  (886- 
•j-  16  janvier  899),  Thibert  transféra  Mantaille  à  Téglise  de 
Vienne  et  celle-ci  lui  en  laissa  l'usufruit  en  y  joignant  Albon, 
Tortilianuni  et  Genissieux.  G)nime  accroissement  de  bénéfice, 
Thibert  reçut  en  902,  conjointement  avec  Bernard,  l'abbaye 
d'Ambierle  ^  Louis  accorda  cette  faveur  à  la  demande  de  son 
beau-frère  Guillaume,  marquis  d'Auvergne,  comte  de  Màcon, 
palatin  de  Bourgogne,  dont  cette  localité  dépendait.  Peu  à  peu, 
Thibert  vieilli  s'efface  devant  la  personnalité  grandissante  du 
comte  Hugues,  qui  lui  succédera  en  Provence  :  il  y  parait  pour 
la  dernière  fois  le  16  mai  908  et  il  dut  mourir  bientôt  après.  Un 
acte  du  cartulaire  de  Saint-Maurice,  daté  du  13  avril  [925], 
montre  le  comte  Siboud  ou  Sibeud,  souscrivant  la  donation,  con- 
sentie par  son  frère  Thibert,  de  biens  a  Mons  et  à  <(  Gien  » 
en  Viennois,  faite  k  leur  proche  le  prévôt  Sobon  *-.  La  qualifica- 
tion de  comte  donnée  à  l'un  de  ces  deux  frères,  qui  devait  être 
l'aîné,  et  l'homonymie  de  l'autre,  c'est-à-dire  du  cadet,  avec  le 
comte  Thibert  tendent  à  prouver  qu'ils  étaient  ses  enfants. 
Ils  étaient  apparentés  ou  alliés  à  la  famille  des  vicomtes  de 
Vienne  dont  Sobon  faisait  partie.  On  doit  sans  doute  reconnaître 
le  donateur  de  923  dans  Thibert,  qui  approuve,  le  28  septembre 
[9421,  une  concession  émanée  de  Sobon  devenu  archevêque  de 
Vienne  *  ;  cette  concession  concerne  l'église  Saint-Nazaire  de 
Four.  Ce  Thibert,  possessionné  ainsi  en  Viennois  de  925  à  912, 
eut  lui-même  pour  fils,  de  sa  femme  Aimenrada^  Arlulfus,  ou 

1.  Vienne,  11  novembre  ^002].  «  Wilclmus  inclylus  dux  et  marchio... 
poslulavit...  fidelibus  nosiris  Bernardo...  ac  Teutberlo...  de  comitatu  Liic- 
dunensi...  in  pajifo  Rodanensi  )»^C.7i.  de  Cluny^  n<»78;  Ilist,  de  Fr,,  IX,  081- 
()S-2i.  Ambierle,  cant.  Saint-Ilaon-le-Chàlel,  arr.  Roanne,  Loire. 

2.  ri.  (Chevalier,  Deacr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  p.  33, 
n°  131».  —  (^.nrt.  Sainl-André-le-Das,  Appendix  n°  19*. 

:\.  Ihid.,  p.  31,  no  110.  —  Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  Appendix  n« 
23*.  —  Four,  cant.  La  Verpillière,  an*.  Vienne,  Isère. 


LE    ROYAUME   DE  PKOVENCE    VIENNOIS  99 

ErlulfuSy  et  Sigibodus,  Siboud  *.  Le  premier,  Arlulfiis^  pourrait 
être  la  souche  des  vicomtes  de  Marseille  ^.  En  tout  cas,  lui  et 
son  frère  sont  propriétaires  en  Viennois,  spécialement  dans  les 
environs  d'Annonay.  Le  nom  Erlulfus,  d'ailleurs,  rappelle  celui 
d'Arloux,  existant  à  Vienne  en  883  et  fils  du  vicomte  Angelboud 
(870-882)  3.  Cette  homonymie  indique  que  le  comte  de  Provence, 
Thibert,  pourrait  être  le  fils  de  ce  vicomte  viennois.  Quant  au  comte 
Siboud,  fils  aîné  de  Thibert,  on  ne  lui  connaît  pas  de  postérité  à 
moinsqu*il  ne  faille  lui  rattacher  le  comte  Geilin  (956-961), mari, 


i.  Mercredi  de  mai  [954?],  Tan  15.  «  Ego...  Arlulfus...  pro  remedio  anime 
genitoris  mei  Teodbert  et  genitricis  mee  Aimenradanc  et  germanis  mai 
Sigibodo...  de  rébus  meis,  in  pago  Vienense,  in  agro  Annonacense  in  villa 
...Vinonia...  Signum  Arlulfi...  Signum  Isarni.  Signum  Wagoni.  Signum 
Poncioni.  Signum  alii  Isarni...»  [Cari,  de  Sainl-Barnard  de  Romans^  nouv. 
éd.,  no  27;  §  CVIII). 

«  Filionostro...  Anscherico...  Siibodus  genitor  tuus  et  Agnes  genilrix  tua 
...  donamus....  hereditatc  nostra...  in  pago  Vienncnsi...  ecclesia...  saneti 
Marcelli...  et  in  Solencinatis...  in  Varriona...  in  Aticiago...  in  Pradolalis... 
et  ultra  fluvium  Rodani  quidquid  Deus  mihi  concessit...  Signum  Siibodi  et 
uxoris  sue  Agnes...  Et  ego  Adalsenua...  dono  ad  nepotem  meum  Ascherium 
...  Vernatis...»  {Cari,  de  Sainl-Maurice,  n°  87.  —  Cart.  de  Sainl-André-le- 
liaSy  Appendix,  n<*  116*).  Il  s'agit  notamment  de  Sainl-Marcel-lès-Annonay 
et  Atticieux  (commune  Saint-Jacques  d'Atticieux)  dans  l'arr.  de  Tournou,  de 
Véranne  dans  Tarr.  de  Saiut-Étienne.  Il  faut  restituer  Siibodus  au  lieu  de 
Subodus. 

u  In  agro  Annonacensi,  in  villa...  Monasteriolum  Saiicti  Marcelli...  ad 
portum...  Sarreria...  ego  Aschericus,  Saneti  Mauricii  canonicus...  Signum 
Siebodi...  »  (Cart,  de  Saint- Maurice,  n°  87.  —  Cart.  de  Sainl-André-ie-Bas. 
Appendix  n®  115*).  11  s'agit  de  Saint-Marcel  et  de  Serrières,  dans  l'arr.  de 
Tournon. 

2.  18  août  [955]  Tan  14^^.  Précepte  de  Conrad  pour  Arlulfus  (Saint- Victor, 
n«  1041 .) 

3.  Vienne,  avril  870.  Plaid  devant  le  comte  Girard,  l'arche vêcjue  Adon 
et  Angilbotone  vicecomile  et  judices  et  vicariis{Ch.  de  Cluny,  n°15). —  Juin 
882:  ^S.  Ingelbodo  [Ibid.,  n«  26).  —  15  novembre  883,  l'an  second  de  la  des- 
truction de  Vienne.  Don  parErlulfeet  sa  femme  Adoara^au  mémoire  de  son 
père  Angelboton  et  de  sa  mère  Anne...  «  in  pago  Viennense,  in  agro 
Ebbaonense,  in  villa...  Anarionis...  [Cart.  Saint-Maurice  de  Vienne^  n»  108, 
Gall.  Christ.,  XVI,9).  Anneyron  (Drôme,  arr.  V'alence,  canl.  Saint- Vallier), 
dans  le  pays  d'Albon,  en  Viennois. 


100  LA    PROVKNCK    DU    PREMIKR    AU    Xll**  SIÈCLE 

de  Goteliiie  et  de  liairnodis  *,  puis  le  comte  Paton  (968),  dont 
rautorité,  à  tous  deux,  parait  s'être  exercée  priucipalemenl  dans 

1.  [040050?^  «  Dili|;endo  et  valde  amabili  seniori  meo  nomine  Gillino 

comitiet  filio  suo  .Vinerio  iiomiiio iii  pafr<>  Viennensi,  in  aj;ro  C'iart'iise, 

in  villa...  Santiniaco  »[Carl.  de.  Saint-Barnard  de  Bonians,  nouv.  édil.,  n**  21). 
Il  s'agit  d\ino  donation  faite  au  comte  Giûlin  et  à  Tun  de  ses  fils,  de  biens 
sis  en  Viennois,   dans  le  pays  de  Clérieux,  par  un  do  leurs  vassaux. 

30  juin  1)50  :«<  inpago  Valentinensi,  in  vioaria  Subdiouense,  in  aice...  Cor- 
natis,  sivc  Calliario,  vir  inclytus  nomine  Geilinus  cornes  cum  conjuge  sua 
Gothelina  (Ul.  Glievalier,  (^arl,  de  Saint -Cha/fre,  n°  330;.  11  s'agit  d'une 
donation  à  Cornas,  dans  la  viguerie  de  Soyons  et  le  comté  de  Valentinois. 
Cette  localité,  sur  la  rive  droite  du  Hhônc,  est  h  proximité  du  Viennois. 
—  Cornas,  canl.  Saint-Péray,  arr.  Tournon,  Ardèche. 

mars  U61  :  <«  in  pago  quondam  Lugdunensi  quod  nunc  est  in  episcopatu 
Valeniinensi  Geilinus  nobilissimus  vir  et  potens...  cum  sua  conjuge...  Rai- 
modi  in  loco  qui  dicitur  Manso  Caviliano...  Canilis  [ibid.,  n*'  3K»).  Manso 
Caviliano  n'est  autre  que  Mâche  ville  i^comm.  Lamastrt\  arr.  ïournon  ). 

Au  7  décembre,  est  marqué  l'obit  d'un  comte  Geilin,  inhumé  dans  le  mur 
du  cloître  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  apn*s  avoir  donné  à  la  communauté 
du  chapitre  cillas  Cassaf/neluni  et  Marciacum  (Obituaire  de  l'église  de 
Vienne.  —  Poupardin,  p.  300).  La  villa  Marciaco  se  trouvait  prt's  du  cas- 
trum  Pincti(Curt,  de  Saint- And  ré,  n<»  200)  et  de  l'église  Saint-Marcel  ^/Z>i</., 
n*^  271).  Or  le  casirum  Pineti  est  sans  aucun  doute  Pinet  .commune  Èyzin- 
Pinet),  puisqu*on  trouve  le  lieu  de  Saint-Marcel  dans  la  mémo  commune.  Il 
faut  donc  chercher  Marciacum  dans  ces  parages  rapprochés  de  Vienne  et 
non  pas,  comme  on  Ta  fait,  k  Marcieu,  canl.  de  la  Mure,  c'est-h-dire  à  Fex- 
Irémité  opposée  du  diocèse  de  Grenoble.  D*autre  part,  Cassatjnetum  doit  être 
dans  les  environs  de  Gênas  (cant.  Meyzieux)  et  de  Mure  (commune  Saint- 
lk>nnet-de-Mure,  cant.  Heyrieux),  selon  les  indications  fournies  par  le  Carf. 
de  Saint'André-le-Bas  (n^*  30  et  2H).  Cet  obit  se  rapporte,  non  pas  au  comte 
Geilin  de  950,  mais  au  comte  Geilin  mari  d'Ava,  père  de  Tévèque  Odon,  qui 
vivait  le  18  mars  1058  (Ci/7.  deSainl-Cha/frc.  n^*  349  et  350).  A  cette  date, 
il  donneà  Saint-ChafTreSainl-Barthèlomy-de-Vals,  Marnas  et  Buisson  (cant. 
Saint-Barthélémy),  sur  la  rive  gauchedela  Galaure.  L'obitdececomte  Geilin, 
<|ui  vivait  en  1058,  se  trouve  au  5  décembre,  dans  l'obituaire  de  Saint-Paul  de 
Lyon  (M.-C.  Guigne,  Obitnaritim  ecclesiœ  Sancti  Pauli  Lugdunensis,  Bourg, 
Gromier,  1872,  p.  51)  et  au  7  décembre  dans  l'obituaire  de  la  Primatiale 
de  Lyon  (M.-C^  Guigne,  OhituarianiLuf/dunensis  ecclesiœ,  Lyon,  Scheuring, 
1807,  pp.  105-100  ;  M.-C.  Guigne  et  G.  Guigne,  Obituaire  de  réalise  pri- 
matiale de  Lyon,  Lyon,  Vitte,  1902,  p.  100.)  La  première  date  est  celle  de 
la  mort  ;  la  seconde,  celle  de  l'enterrement.  Ce  comte  dominait  la  rive 
droite  du  Hhone  entre  Lyon  et  Vienne.  Il  laissa  à  Lyon  ses  éperons  dorés 
qui  valaient  1000  sous  et  un  vase  d'argent  de  100  sous  :  mais  ce  n'était  pas 
un  comte  de  Forez,  car  il  fut  inhumé  à  Vienne  où  il  laissa,  avec  deux  vil- 
lages, un  manteau  de  drap  d'or  orne  de  perles  et  vraiment  splendide.  Les 


LE   ROYAUME    DE    PROVENCE    VIENNOIS  101 

le  Viennois,  sur  la  rive  droite  du  Rhône*.  Dans  la  descendance 
plus  ou  moins  certaine  du  fidèle  de  Boson,  cette  branche  aînée 
etcomtale  parait  bien  être  devenue  étrangère  à  la  Provence.  Elle 
est  fixée  dans  le  Viennois  de  la  rive  droite,  dans  le  pays  même 
d*où  seront  originaires  les  comtes  d'Albon;  mais  ces  deux 
races  voisines,  peut-être  alliées,  sont  certainement  distinctes. 
Tout  au  plus,  la  branche  cadette  de  cette  descendance,  par 
Arlulf,  fils  de  Thibert,  pourrait  être  revenue  en  Provence  avec 
le  roi  Conrad,  au  milieu  du  x®  siècle,  pour  y  occuper  un  rang 
secondaire. 


III 

Hugues  duc  de  Provence  et  marquis  de  Viennoise 
(911-928). 

Thibert  fut  remplacé  en  Provence  par  Hugues.  Celui-ci  est 
aussi  connu  que  son  prédécesseur  Test  peu.  Fils  de  Thibaud,  qui 
était  devenu  comte  de  Viennois  sur  ses  vieux  jours  -,  et  petit-fils 

actes  qui  pourraient  concerner  le  comte  Guillaume  placé  on  956  et  961  sur 
la  rive  droite  du  Rhône  sont  les  suivants  :  28  mars  944.  Plaid  du  marquis 
Huj^ues  pour  Lyon  {Ctuny,  656)  ;  [956-957J  (//>/(/.  1016;  ri2nov.-981-ll  nov. 
9821  {Ibid,,  1580). 

Il  faut  ajouter  que  le  marquis  Geilin  nommé  par  Tévêquc  du  Vclay 
Gotescalc  en  937-938  n'est  pas  davantage  le  comte  viennois  de  956,  mais 
Guillaume,  marquis  d'Auvergne  et  comte  de  Mûcon,  fils  dWcfredus  {Cart. 
de  Saint 'Cha/fre,  n®  53)  :  c'est  ce  marquis  dont  l'obit  figure  probablement 
k  Lyon  au  28  juin  (Guigue,  Obiluaire  de  Lyon,  1867,  p.  56;  1902,  p.  44).  On 
sait  que  Geilinus  n'est  qu'une  forme  deGuillelmus  :  le  comte  de  Provence, 
Guillaume  est  ainsi  nommé  dans  un  acte  de  Montmajour  (Chantelou,  Hisl. 
de  Montmajour,   Rev,  de  Provence,  W  année,  Appendice,  pp.  73-75). 

1.  Mardi  11  mars  [968]  Tan  27.  Précepte  de  Conrad  concédant  en  précaire 
des  terres  de  l'abbaye  de  Saint-André-le-Bas,  in  comiiatu  Viennensi,  in 
agro  Rogiacensi,  in  villa  Sataralis  et  in  Colonicas...  signuni  Eierado, 
fignuni  Patoni  comité.,.  {Cart.  de  Saint-Andrà-le-Bas,  n^  95).  Il  s'agit  de 
Sarras,  canl.  et  arr.  de  Toumon,  ou  do  Sc^cheras,  dans  le  même  canton  ; 
dans  ce  cas,  il  y  aurait  lieu  de  restituer  :  Sacaralis. 

2.  Juin  887.  «  inluster  vir  Teutbolt  comité  »  (Ch.  de  Cluny,  n*  30).  —  Cf. 
Ann.  Bertiniani  et  Ann,  Fuldenses,  880. 


102  LA  PROVENCE    DU    PREMIEK    AU    XII*    SIÈCLE 

du  fameux  duc  de  Bourgogne  jurane  Hubert,  sa  mère  Berthe  — 
une  carolingienne  *  —  dut  lui  donner  Tambition  de  suivre 
Texemple  laissé  par  son  parent  Boson  et  d'être  roi  quelque  part, 
quand  il  le  pourrait.  Son  père,  qui  vivait  encore  au  mois  de 
juin  887,  ne  tarda  pas  à  mourir:  dès  890,  au  plaid  de  Varennes, 
on  voit  paraître  Hugues  qui  avait  dû  lui  succéder  comme  comte 
de  Viennois  *-.  Cette  situation,  la  naissance  de  sa  mère,  sa 
parenté  avec  Louis  le  nouveau  roi,  dont  il  était  cousin  au 
sixième  degré,  tout  cela  réuni  présageait  à  sa  jeunesse  un  grand 
avenir.  Pour  le  moment,  c'étaient  le  duc  Richard  et  le  comte 
Thibert  qui  jouaient  les  premiers  rôles  ;  mais  il  était  destiné  k 
leur  succéder.  Louis,  ne  se  contentant  pas  d'être  roi  comme 
son  père  Boson,  voulut  ceindre  la  couronne  impériale  à  Rome 
en  héritier  réel  de  son  père  adoptif,  Charles  le  Gros.  L'apothéose 
fut  courte  :  jamais  la  dignité  de  TEmpire  rénové  ne  se  trouva 
si  bas.  Chassé  d'Italie,  Louis  voulut  y  revenir  malgré  sa  promesse; 
on  vit  alors  un  bourreau  mettre  la  main  sur  l'empereur  pour 
lui  faire  subir  un  supplice  infamant.  Sa  nouvelle  tentative  sur 
l'Italie  manquée,  Louis  fut  ramené  dans  Vienne  aveugle  ;  le 
comte  Hugues,  en  qui  il  retrouvait  sans  doute  le  compagnon 
de  sa  jeunesse,  reçoit  les  marques  de  sa  confiance  et  de  son  affec- 
tion. Le  jour  de  Pâques  17  avril  902/3,  ce  comte  intervient  avec  l'ar- 
chevêque de  Vienne  pour  procurer  au  vicomte  de  Vienne  ^  des  biens 

1.  Fille  (le  Lothairc  II  et  de  Waldrade,  née  de  852  à  855  ou  vers  800, 
elle  épousa  Thibaud  avant  880  ;  elle  en  eut  Hu^es,  Boson  et  Thibcrj^e. 
Elle  épousa  ensuite,  avant  UOO,  Albert  le  Riche,  marquis  de  Toscane, 
dont  elle  eut  Guy,  Lambert  et  Ermenj^arde.  Elle  gouverna  rilalie  par 
Tamour,  dît  Liulprand,  cl  mourut  à  Lucques  le  8  mars  925  (//i«/.  de  /♦>., 
IX,  p.  105  :  Liudprandi  Antapodosis^  Lib.  III,  §  18).  Son  épitaphe  a  été 
pul)lice  de  bonne  heure  (F.  Conlelorio,  Mathildis  comifissœ  genealoffia. 
InliMamn.T  MDLVII.  pp.  37-38). 

2.  Varennes  1^81)0-.  «  cuncti  principes  Ludovici...  Ugo  comes...  »  (///«/. 
de  Fr.^  IX,  pp.  (>(»3-()0t!.  Il  est  le  y  des  six  laïques. 

3.  Vienne,  M  avril  lK)2/3.  ««  Hagamfrcdus  vencrabilis  Viennensium  archie- 
piscopus  nocnon  et  sacri  palatii  nostri  notariorum  nostrorum  summus 
alque  illustris  comes  Uxi^o  nosterquc  propinquus...  in  pago  Viennensi...  • 
(Ul.  Chevalier,  Dcscr.  du  Cari,  de  Sainl-Mauricey  n®  193.  —  Éd.  Cart,  Saint- 
André,  Apj).  IT). 


LE   ROYAUME    DE    PROVENCE  VIENNOIS  103 

en  Viennois.  Deux  mois  plus  tard,  le  6  juin,  il  ne  paraît  être 
encore  oflîeiellement  que  comte  de  Viennois,  quand  il  inter- 
vient avec  d'autres  personnages  en  faveur  du  comte  de  Valen- 
tinois  ^  ;  de  même  en  avril  907  et  vers  908,  quand  l'archevêque  de 
Vienne  déclare  agir  de  son  conseil  et  avec  son  aide  ^.  Mais  sa  puis- 
sance dans  le  royaume  entier  ne  tarde  pas  à  se  manifester  :  pour  la 
première  fois,  le  16  mai  908,  il  sert  avec  Thibert  d'intermédiaire 
entre  un  évêque  provençal  et  l'empereur  ^.  Il  s'agit  de  l'église 
d'Avignon.  Hugues  ne  reçoit  que  le  titre  de  comte  dans  ce 
précepte,  —  tout  comme  Thibert  — ;  mais  celui-ci,  dont  on 
appréciait  jadis  l'activité  et  le  mérite  par  les  termes  élogieux 
d*industrissimu8  et  d'illustris  cornes^  ou  encore  par  celui  de 
dilectissimus^  se  voit  fort  sèchement  traité  de  fidelis  nos- 
ter,  sans  plus.  Le  contraste  est  d'autant  plus  vif  que  le  notaire 
Gamier,  rédacteur  du  précepte,  ne  trouve  pas  d'épithètes  assez 
flatteuses  pour  honorer  le  favori  dont  la  puissance  commence  à 
dominer,  soit  qu'il  les  ait  recueillies  réellement  de  la  bouche 
impériale,  soit  qu'il  cherche  à  les  amplifier  lui-même.  Selon  son 
témoignage,  Hugues,  cet  homme  respectable,  ce  proche  de  l'em- 
pereur, est  chéri  entre  tous  par  le  souverain.  Dès  lors,  évidem- 
ment, Hugues  est  le  premier  personnage  du  royaume  :  son 
influence  a  remplacé  celle  du  duc  de  Bourgogne  Richard,  oncle 
du  roi,  et  celle  de  Thibert.  C'est  fort  naturel  :  comte  de  Vien- 
nois, il  se  trouvait  constamment  auprès  de  la  personne  du  sou- 

1.  C  juin  903.  «fidèles  nostri  Rostagnus...  venerabilis  archiepiscopus, 
Borno  episcopus,  Liutfridus,  Hugo  alque  Toutbertus,  comités  illustri  » 
(Ul.  Chevalier,  Descr,  du  Cart,  de  Saint-Maurice,  n*>  195.  —  Éd.  Cart.  Saint- 
André-le-Bas,  Appendix  n®  12).  Thibert  répond  à  Rostaing  d'Arles,  et  Liiit- 
frid  à  Tévêque    Bernon. 

2.  [30  avril  907-novembre  908].  <•  ego  Alexandcr  sacre  sedis  Viennensis 
archiepiscopus...cum  consilioet  auxilio  Ugonis  incILti  comitis...  »  ([Ul.  Che- 
valier], Cart.  de  Saint-Barnard  de  Romans,  nouv.  éd.,  n^  6).  —  Jeudi,  avril 
[907]  (Ul.  Chevalier,  Descr,  duCarl.de  Saint-Maurice,  n'^  ^0;  en  extrait, 
dans  Cart  de  Saint- And ré-le-Bas.  Appendice,  n°  104*,  §3). 

3.  Vienne,  16  mai  [908].  «  quidam  spectabilis  vir  et  propincus  nosler 
necnon  et  carissimus  nobis  omnium  Hugo  comes  atque  eciam  Teubertus 
fidelis  noster  »  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  f^  6:  Hist.  deFr.,  IX,  684). 


loi  LA    PROVKNCE  DU    PREMIER    AU    XIl'    SIÈCLE 

verain  dont  il  avait  la  garde.  Huppes  était  homme  à  profiter  de 
la  situation.  Peu  h  peu,  le  comte  de  Viennois  devint,  dans  Tordre 
laïque,  ce  qu'était  déjà  Tarchevêque  de  Vienne  dans  Tordre 
ecclésiastique.  Celui-ci  était  placé  à  la  tête  de  la  chancellerie  du 
royaume;  Ilujyues  assuma  la  direction  du  pouvoir  militaire.  Cette 
première  intervention  du  comte  de  Viennois,  hors  du  Viennois, 
en  908,  s'explique  par  le  fait  que  la  Provence  venait,  en  907,  de 
perdre  son  autonomie  administrative.  Les  affaires  de  ce  pays 
étaient  désormais  sous  le  contrôle  de  Tarchichancelier  et  du 
comte.  Quand  il  eut  atteint  cette  situation  prééminente,  il  lui 
fallut  un  titre  légal  qui  y  correspondît.  Il  Teut  bientôt  : 
pour  la  dernière  fois,  il  paraît  à  Vienne  en  août  [912?]  avec 
la  simple  qualification  de  comte  *.  Dès  le  début  de  cette 
année  912  ou  la  fin  de  911,  il  est  cité  à  un  plaid  impérial  par 
Tévéque  de  Valence,  en  qualité  de  duc  et  marquis.  Le  duc  est 
condamné  par  V ordre  de  Tempereur,  du  conseil  des  évéques  et  sur 
le  jugement  des  comtes  qu'assistent  les  autres  fidèles.  Ces 
termes  précis  et  juridiques  du  plaid  sont  à  noter  :  mais  le 
rédacteur  de  Tacte  a  soin  de  montrer,  avant  tout,  le  duc  touché 
par  sa  piété  envers  Téglise.  Bientôt,  le  4  avril  [91 2j,  interve- 
nant en  faveur  de  Téglise  d'Avignon,  en  compagnie  de  Tarche- 
véque  d'Arles,  il  est  qualifié  de  duc  pour  la  seconde  fois  dans  un 
précepte  royal  *.  Cette  intervention  simultanée  de  l'archevêque 
et  de   Hugues,  en  faveur  d'une  église  de  Provence,  prouve  évi- 

1.  Vionno,  dimanche  2,  9,  10,  2'A  ou  30]  août  [012 j, Tan  12'.  «cjro  in  Dei 
nomine  Ve^o(.s/c  =  Vcg^ojgralia  Dei  cornes...  in  comilalu  Vienncnsi.  in  villa... 
Trocilianus...  Sijjniim  Vegoni  (.st>  =  Vcgoni)  pfratia  Dei  comilis...  »(U1.  Che- 
valier, Doser,  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n®  9  t.  —  Gall,  Christ.,  t.  XVI, 
Instr.,col.  13,  n"  XVH). 

2.  Vienne 'septembre 9 12/1, 22  févrierj  912,  indiclion  XV,  Tan  XI.  «  vcniens 
vir  venerabilis  Hemegarius  sanctaî  Valenlinensis  ecclesia»  pra^sul...  procla- 
mans...  Villam  Novani...  Hugo  inclylus  (lux  ol  marchio...  Villam  Novam 
malo  ordine  tenebat...  »  (Gall.  ChrisL,  XVI,  Inslr.  eccl.  Valenlinensis,  col. 
101,  n*'  1).  Présents  :  les  archevêques  de  Vienne  et  d*Embrun,  Tévêque  de 
Grenoble,  les  comtes  d'Arles  cl  de  Valence.  Le  texte  du  jugement  est 
rédigé  sur  l'ordre,  non  de  l'empereur,  mais  de  son  archichancelier,  c'est-»^- 
dire  de  l'archevêque  de  Vienne. 

[Vienne],  4  avril  [912'.  «  Ugo  dux  et  gloriosus  cornes  necnonct  Boso  fra- 


LE    ROYAUME   DE    PROVENCE   VIENNOIS  105 

demment  que  le  comte  de  Viennois  remplissait  désormais  les 
fonctions  de  duc  ou  marquis  de  Provence.  Thibert  dont  on  ne 
parle  plus  était,  sans  doute,  mort  dans  l'intervalle,  c'est-à-dire 
entre  le  16  mai  908  et  le  4  avril  912,  et  le  favori  Hugues  lui 
avait  succédé.  Il  est  très  probable  que  la  concession  du  titre  de 
duc  à  Hugues  coïncide  avec  cette  mort. 

Quand  on  examine  tous  les  actes  qui  le  concernent  depuis 
cette  époque,  si  peu  nombreux  qu'ils  soient,  il  semble  bien  s'en 
dégager  certains  faits.  On  voit  que  les  actes  royaux  le  qualifient 
tantôt  comte  et  duc,  tantôt  duc  et  marquis,  tantôt  comte  et 
marquis  ^  Les  actes  émanés  des  archevêques  de  Vienne  le  qua- 
lifient tantôt  duc,  tantôt  comte  et  marquis  2.  Lacté  passé  à  Arles 

ter  suus  sivc  domnus  Rothstagnus  archiepiscopus...  »  (Arch.  de  Vaucluse, 
G.  6,  ^  7.  —  Hist.  de  Fr.,  IX,  685,  n<»  XVI). 

A  propos  de  la  date  des  trois  actes  précédents,  voir  plus  loin  l'Appendice 
spécialement  consacré  au  mode  de  dater  les  actes  du  règne  de  Louis 
TAveugle. 

1.  4  avril  [9121.  «  Ugo  dux  et  gloriosus  cornes...  »  pour  Avignon...  (//i8<. 
f/eFr.,  IX,  685,  n»XVI). 

920.  «  Hugo  inclitus  cornes  et  marchio  nosterque  fidelis  et  propinquus... 
aliquid  ex  rébus  de  comitatu  ipsius  que  pertinent  ad  vicecomitatum...  »  en 
Viennois...  (Bruel,  Ch.  de  Clany,  n<»  223). 

[22  janv.  919-9  juillet  926).  «  Ilugo  inclitus  cornes  et  marchio  nosterque 
fidelis  et  consanguineus...  »  en  Viennois...  (Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart, 
de  Saint-Maurice,  n°  197.  —  Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  App.  n°  13*).  Ce 
précepte  est  postérieur  au  22  janvier  919  :  cf.  Descr,  du  Cart.  de  Saint- 
Maurice^  n«  40.  —  Saint- And ré-le-B an,  -^PP*  ""  104*,  §  5). 

[s.  d.].  «  inclyti  ducisac  marchionis  nostri  Ilugonis  videlicet  propinqui 
Dostri...  »  |>our  Valence (Hi»t.  de  Fr.,  IX,  p.  685,  n°  XVII). 

2.  23  juillet  [922].  «  Alexander... domnus  Hugo  comes  et  marchio  nostram 
expetit  et  mansuetudinem...  »  en  Viennois...  «  S.  Ilugonis  duels  ob  cuj[us] 
deprecatione[m]  presens  factaest  prestaric  conlacio...  »  [Descr.  du  Cart.  de 
Saint- yfaurice,  n<*  121.  —  Cart.  Saint-Andrâ-le-Iias,  App.  18*). 

[22  janvier  919?-9  juillet  926].  «  Alexander...  ad  deprecationem  et 
salubrcm  ammonitionem  domni  Ilugonis  gloriosi  ducis...»  eu  Viennois... 
(Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart.  de  Saint-Maurice,  n"  05.  —  Cart.  Saint- 
André- le- Bas,  Xpp.  15*). 

A  ces  deux  textes  émanés  de  l'archevêque,  on  en  peut  joindre  un  troi- 
sième de  Tabbé  de  Saint-Barnard  : 

Romans,  14  juin  [917J...  «  Fortunius  abbas...  consensu  domni  Ugonis 
inclili  ducis...  «  (Cart.  de  Saint-Barnard  de  Bomnns,  nouv.  éd.,  n<»  0). 

Il  y  en  a  un  quatrième  émané  d'Aymon.  abbé  de  Saint-Martin  d'Autun, 


106  LA    PROVENCR    DU    PREMIKR    AU    XII*    SIÈCLE 

par  un  particulier  et  relatif  à  des  biens  sis  dans  le  comté  d*Arles 
le  qualifie  d'abord  duc  et  marquis,  puis  comte  et  marquise  Quant 
à  Hujjues  lui-même,  il  se  qualifie  comte  et  marquis  dans  le  dispositif 
de  ses  actes  relatifs  au  Viennois  ;  mais  sa  souscription  porte,  de 
préférence,  la  seule  qualité  de  duc  '*.  11  s'agit  de  déterminer  la 
valeur  propre  des  titres  de  duc  et  de  marquis  donnés  ainsi 
désormais  au  comte.  A  ne  considérer  que  les  actes  émanés  de 
la  chancellerie  pontificale  de  Vienne,  il  semblerait  que  ces  qua- 
lités de  duc  et  de  marquis  étaient  considérées  comme  équivalentes 
en  fait,  puisque  le  comte  de  Viennois  les  y  reçoit  Tune  ou  l'autre 
alternativement.  Ces  actes  ne  les  lui  donnent  jamais  toutes  deux 
ensemble  et  cela  tendrait  encore  à  prouver  l'équivalence  de 
fait,  car  il  y  aurait  une  redite  inutile  à  les  donner  Tune  et 
l'autre  dans  le  même  acte,  si  l'équivalence  est  admise.  Hugues 
lui-même,  dans  l'un  de  ses  actes  personnels,  se  fait  qualifier  comte 
et  marquis  dans  le  dispositif,  mais  il  y  souscrit  avec  la  qualité 
de  duc  :  ce  serait  là  un  autre  indice  apparent  que  les  qualités  de 


et  relatif  au  Viennois  :  mercredi.  2  mars  926  :  «  Aimo...  abbas...  por  consen- 
siim  et  sunsioncm  nobilis  principis  cl  marcbionis  Hugonis...  accesserunt 
Viennensis  ccclosiœ  filii  et  le^ati...  niissi  a  domino  Alexandro  archiepiscopo 
et  canonicis  ejus...  ut  villam  Tortilianum...  pcrmutarent...  »  (Cart.de SaÎFit- 
Maurice  de  Vienne,  n®  29  ;  Mabillon,  Diploni.^  566  ;  G.  Ri  voire  do 
la  Hatio,  Alhon  et  le  concile  d'Epaone  ;  lieoue  du  Dauphiné  et  du  Vita- 
mis,  t.  I,  pp.  135-136,  Vienne,  1877,  in-8). 

1.  Arlos,  3  octobre  921.  «  Offo  Riporlus  hanc  cartam  commutationis 
cum  domno  L'^one  duce  et  marchione  facore  volui...  in  commitatu  Arcla- 
tcMisi,  in  valle  Saxollica,  in  tcrminio  de  villa  Juncarias  mansiones  Ires  et 
casales  diriitos...  donat  l'ji^o  cornes  et  marchio  Riperto  molinum  qui  est 
de  comitatu  Arelatensi,  in  loco...  a  la  Fossa  in  fluvio  Alsini...  »»  (Authen- 
ti(Iiie  d'Arles,  f"  xxviii,  n»  XXVI  ;  Bibl.  de  Carpenlras,  ms.  n»  1856,  ^ 
220  r"  :Peircsc,  licf/.,  LXXIV,  vol.  i). 

2.  ;  Vienne^  25  décembre  [020].  c  epo...  Hugo  cornes  et  marchio...  »>  (en 
Viennois).  «  Signum  Hugonis  ducis...  »  (Ul.  Chevalier,  Car/,  de  Saint-André- 
le-Ilift,  n*'  124). 

|25  octobre  912-mai  92i].  «  Ego  in  Dei  nomine  domnus  Ugo  venerabilis 
cornes  et  marchio...  pro  remedio  anime  uxoris  mec  nomine  Ville  reginc...  » 
en  Viennois...  «  Signum  domni  Ugonis  comitis  et  marcbionis...  »  [Cart, 
de  Saint-Pierre  de  Vienne,  n°  96.  —  Ul.  Chevalier,  Cart,  de  Saint-André^ 
le-IiaR,  A  pp.  n"  H*;. 


LE    ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  107 

marquis  et  de  duc  étaient  équivalentes  de  fait.  Mais,  dans  un  autre 
acte,  il  reçoit  dans  la  suscription  et  prend  dans  la  souscription 
les  deux  qualités  à  la  fois.  Donc,  il  est  bien  évident  que,  si  ces 
qualités  étaient  à  peu  près  équivalentes,  elles  n'étaient  pas  iden- 
tiques. L'autorité  du  marquis  dans  sa  marche  s'étendait  sur 
plusieurs  comtés,  comme  celle  du  duc  dans  son  duché  :  mais  une 
marche  était  moins  importante  qu'un  duché  et  elle  était  autre 
chose.  Ainsi  la  qualité  de  duc,  plus  éminente,  était  forcément  celle 
des  deux  que  Hugues  devait  joindre  de  préférence  à  son  nom  *  en 
faisant  apposer  sa  souscription  aux  actes.  Le  protocole  de  Tarche- 
vêque  de  Vienne  et  celui  de  Hugues  examinés,  reste  à  considérer 
la  chancellerie  impériale  :  c'est  là  évidemment  que  doit  se  rencon- 
trer le  style  officiel  le  plus  rigoureusement  précis.  Puisque  l'un 
des  préceptes  et  le  plaid  impérial  donnent  à  Hugues  les  deux 
qualités  de  duc  et  de  marquis  k  la  fois,  c'est  une  confirmation  de 
l'indice  qu'elles  avaient  chacune  leur  valeur  propre.  Cette  valeur 
propre  à  chacune  se  précise  clairement  quand  on  forme  trois 
séries  des  actes  impériaux  suivant  qu'ils  donnent  au  comte  de 
Viennois  le  titre  de  duc,  le  titre  de  marquis  ou  les  deux  à  la 
fois.  L'examen  du  dispositif  révèle  que  la  première  de  ces  séries 
se  compose  de  préceptes  relatifs  au  pays  de  Provence.  La 
deuxième  se  compose  de  préceptes  relatifs  à  la  région  vien- 
noise ;  la  troisième  enfin  se  compose  d'un  précepte  et  d'un  plaid 
relatifs  au  Valentinois,  région  intermédiaire  entre  les  deux  pré- 
cédentes. Se  reportant  à  la  chancellerie  du  comte  lui-même  et 
opérant  un  tri  analogue  des  actes  qui  en  émanent,  il  résulte  de 
cet  examen  que  les  actes,  dont  la  suscription  annonce  le  marquis, 
concernent  le  Viennois.  Le  protocole  officiel  de  la  chancellerie 
impériale  et  le  protocole  personnel  du  comte  observent  donc  la 
même  règle.  Quant  à  la  chancellerie  archiépiscopale  de  Vienne, 
elle  donne  en  Viennois  au  comte,  tantôt  son  titre  régulier  de  mar- 

1.  On  a  deux  exemples  d'actes  où  la  souscription  porto  la  (jualilé  de 
duc,  quand  le  dispositif  annonce  le  marquis  ;  par  contre,  on  nVn  a  aucun 
où  la  souscription  porte  la  qualité  de  marquis,  quand  le  dispositif  annonce 
le  duc. 


108  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    Af    XM^    SIÈCLE 

quis,  tantôt  son  titre  préféré  de  duc  :  cette  chancellerie  est  donc 
moins  stricte  de  forme.  L'acte  arlésien  qualifie  Hugues  :  duc  [de 
Provence]  et  marquis  [de  Viennoise].  Puis,  comme  Hugues 
dispose  d'un  bien  du  comté  d'Arles  qu'il  possédait  personnelle- 
ment sur  la  rive  droite  du  Rhône,  l'acte  le  qualifie  :  comte 
[ d'Arles j  et  marquis  [de  Viennoise].  C'est  là  un  simple  acte 
privé  où  il  faut  encore  moins,  en  principe,  chercher  les 
formes  strictes.  L'accord  des  chmx  premières  chancelleries 
suffit  à  mettre  en  lumière  le  fait  que  le  comte  de  Viennois 
Hugues  jouissait,  depuis  911  ou  912,  du  titre  de  duc  pour  la 
Provence  et  du  titre  de  marquis  \y>uT  la  Viennoise.  Les  actes  offi- 
ciels qui  concernent  le  Valentinois  annoncent  la  double  qualité, 
c'est-à-dire  le  duc  [de  Provence]  et  le  marquis  [de  Viennoise].  Le 
Valentinois,  placé  entre  la  Provence  et  la  Viennoise,  relevait  donc 
de  l'un  et  de  l'autre.  H  s'agit  de  préciser  dans  quelle  mesure. 

On  sait  que,  depuis  la  division  de  la  province  romaine  en  Pro- 
vence et  en  Viennoise,  le  Valentinois  se  trouvait  être  une  partie 
intégrante  de  la  Viennoise,  comme  le  Diois  Tétait  de  la  Provence. 
Mais,  le  partage  de  863  ayant  ajouté  une  fraction  de  la  Viennoise  à 
la  Provence  pour  former  le  lot  de  Louis  H,  cette  fraction  se  com- 
posa des  comtés  de  Tarentaise,  de  Maurienne,  de  Graisivaudan 
(diminué  de  la  Savoie  et  du  Sermorens),  de  Tullins  (démembré 
de  Vienne)  et  du  Valentinois  (moins  celui  de  la  rive  droite). 
Depuis  lors  le  Valentinois  de  la  rive  gauche,  sans  cesser  d'être  une 
terre  viennoise,  fut  pratiquement  uni  à  la  Provence.  Le  précepte 
de  903,  en  faveur  du  comte  de  Valentinois,  n'est  pas  délivré  jussa 
impcriali;  le  plaid  royal  de  912,  en  faveurdeTévêque  de  Valence, 
est  dicté  par  le  notaire  viennois  Thion,  plutôt  que  par  Garnier. 
Ces  deux  faits  semblent  prouver  que,  de  899  à  907,  ce  Valenti- 
nois, en  droit,  ne  relevait  pas  directement  de  l'empereur,  comme 
en  relevait  la  Provence,  et  que  ses  affaires  passaient  alors,  comme 
celles  du  Viennois,  par  l'intermédiaire  de  l'archichancelier. 
Mais,  puisque  la  chancellerie  viennoise  donne  à  Hugues  la  double 
qualité  de  duc  et  de  marquis  dans  les  actes  administratifs  qui 
concernent  le  Valentinois,  ce  fait  prouve  que  la  tradition  créée 


LE  ROYAUME    DE   PROVENCE    VIENNOIS  109 

par  les  partages  carolingiens  était  toujours  vivante.  Quand  le 
duché  de  Provence  et  la  marche  de  Viennoise  furent  créés  en 
9J1  pour  le  comte  Hugues,  le  Valentinois  de  la  rive  droite  resta 
partie  intégrante  de  la  marche  de  Viennoise,  tandis  que  celui  de 
la  rive  gauche  demeura  joint  au  duché  de  Provence.  Ce  duché 
comprenait  donc  la  Provence  proprement  dite,  dont  la  chancel- 
lerie de  899  à  907  relevait  directement  du  souverain,  et,  de  plus 
la  terre  viennoise  du  Valentinois  de  rive  gauche  dont  ladminis- 
tration  passait  toujours  par  l'intermédiaire  viennois  de  1  archi- 
chancelier.  Les  préceptes  adressés  à  Tévêque  de  Valence,  dont 
le  diocèse  comprenait  les  deux  Valentinois,  devaient  donc  bien, 
pour  se  conformer  à  la  réalité,  qualifier  Hugues  à  la  fois  duc  pour 
la  rive  gauche  et  marquis  pour  la  rive  droite.  Ces  préceptes 
devaient  aussi,  comme  ceux  du  Viennois,  passer  par  la  voie 
hiérarchique  de  Tarchichancelier. 

L'acte  arlésien  de  921  qualifie  Hugues  k  la  fois  duc  et  mar- 
quis, pour  la  même  raison  que  les  actes  officiels  relatifs  au 
Valentinois.  En  effet,  cet  acte  concerne  un  immeuble  dépen- 
dant du  comté  d'Arles,  à  Jonquières,  et  Jonquières  se  trouve  sur 
la  rive  droite  du  Rhône.  Si  donc  la  Provence  de  la  rive  gauche 
et  le  Valentinois  de  la  rive  gauche  formaient  le  duché,  la  partie 
des  comtés  d'Arles  et  d'Avignon  sise  sur  la  rive  droite  devait, 
comme  l'Uzège,  le  Vivarais  et  le  Valentinois  de  la  rive  droite, 
dépendre  de  la  marche.  En  cela,  les  traditions  du  duché  de 
Lyonnais    persistent. 

Il  est  probable  que  les  comtés  de  Tullins,  de  Graisivaudan, 
de  Maurienne  et  de  Tarentaise,  ces  autres  terres  viennoises 
jointes  à  la  Provence  en  863,  ont  fait  partie  de  la  marche  de 
Viennoise  en  911,  au  lieu  de  suivre  le  sort  du  Valentinois  de  rive 
gauche.  Aucun  précepte  de  la  chancellerie  impériale  ne  concerne 
ces  contrées  à  cette  date  et,  ainsi,  la  preuve  de  ce  fait  manque. 
Cependant,  en  raison  de  la  prépondérance  de  plus  en  plus  marquée 
de  Vienne  sur  Arles,  la  probabilité  en  est  assez  forte  :  dans 
le  cas  contraire,  la  marche  de  Viennoise  eût  été  bien  restreinte. 

Personne     ne   sera    surpris  de    voir   restaurer    le   duché   de 


110  LA    PKOVËNCK    DU    PKEMIER    AU    XU^  SIÈCLE 

Provence  en  faveur  du  comte  de  Viennois,  mais  rérection  en 
marche  de  la  Viennoise  elle-même,  à  la  place  du  duché  de  Lyon- 
nais, est  une  nouveauté.  La  marche  est  une  frontière  organisée 
militairement  contre  les  attaques  possibles  de  l'étranger  qui  Ten- 
toure  au  dehors.  11  importerait  de  dire  si  cette  organisation  du 
royaume  de  Provence  était  dirigée  contre  le  royaume  de  France, 
contre  celui  de  Lombardie,  ou  contre  celui  de  Bourgogne  jurane. 
L'excellent  travail  de  Desimoni  donne  des  informations  nettes 
et  précises  sur  l'organisation  du  royaume  de  Lombardie  *.  Tant  que 
l'unité  de  l'empire  d'Occident  a  subsisté,  tant  que  ce  royaume  a  fait 
corps  avec  lui,  les  seules  marches  dont  on  constate  l'existence 
sont  celles  qui  garnissaient  les  frontières  de  l'empire.  Ce  sont 
celles  du  Frioul  à  l'est  contre  les  Slaves,  de  Spolète  au  sud 
contre  les  dépendances  plus  ou  moins  directes  de  l'empire 
d'Orient,  de  Toscane  ii  l'ouest  contre  la  mer  et  les  Sarrasins.  Ce 
sont  là,  proprement,  les  ti^ois  marches  impériales  de  Lombardie  : 
elles  forment  un  système  complet  et  continu,  si  l'on  prend 
garde  à  un  fait  évident  que  Desimoni  ne  parait  pas  avoir  songé 
à  mettre  en  relief.  Le  duché  papal  de  Rome  est,  en  réalité,  une 
marche  ecclésiastique  dépendant  de  l'empire  d'Occident  entre 
Spolète  et  la  Toscane.  Dans  ce  système,  le  royaume  de  Lombar- 
die faisant  corps  avec  l'empire,  il  ne  pouvait  y  avoir  de  marche 
au  nord  de  ce  royaume  contre  la  frontière  de  Germanie.  Le  sys- 
tème se  raccordait  au  nord-est  avec  les  marches  germaniques  et 
au  nord-ouest  avec  les  marches  romanes  de  Provence,  de  Gothie  et 
d'I^spagne.  L'empire  d'Occident  se  disloque  à  la  mort  de  Charles 
le  Gros  et  le  royaume  de  Lombardie  se  choisit  un  roi  dont  la 
dépendance,  vis-à-vis  du  roi  de  Germanie,  n'est  plus  que  nomi- 
nale. Les  marches  d'empire  deviennent  marches  royales  : 
elles  subsistent,  mais  la  dislocation  qui    vient  d'avoir    lieu  rend 

1.  (lornelio  Dosimoni.  Suite  marche  critalia  e  nulle  loro  diramazioni 
in  mnrchesati,  Lcltore  ciiiquc  al  conim.  Doincnico  Promis.  Seconda 
edizionc  accMvsciuta  di  altri  sludi  dollo  slosso  autorc  e  corredata  di  alcune 
lavole  gonoalojriche  (eslrallo  dap^li  AtU  délia  Snciefà  Lùjure  di  Sloria 
palria,  vol.  XXVIII,  fasc.  1,  série  lerza),  pp.  lil-150. 


LE   ROYALME    DE   PROVENCE    VIENNOIS  111 

leur  système  incomplet.  Désormais,  le  royaume  de  Lombard ie 
doit  se  couvrir  au  nord  comme  il  Test  déjà  sur  ses  autres  fronts  : 
il  doit  se  couvrir  contre  la  Germanie  et  contre  la  Bourgogne. 
Voilà  pourquoi  Desimoni  constate  la  création  de  deux  marches 
septentrionales  dont  les  titulaires  paraissent  en  891  et  en  892. 
La  première,  qui  est  celle  d'Ivrée,  couvre  le  royaume  contre 
la  Bourgogne  jurane  et  Aoste  ;  la  seconde,  qui  est  celle  de  Brescia- 
Modène  le  couvre  contre  la  Germanie  et  Coire.  Ce  n'est  pas  tout. 
Les  rapports  entre  la  Lombardie  et  la  Provence  étaient  alors 
fréquents;  si  les  tentatives  de  la  Bourgogne  jurane  pour 
dominer  la  Lombardie  furent  de  courte  durée  et  peu  heureuses, 
en  revanche  celles  de  la  Provence  réussirent  mieux.  Après  la 
catastrophe  de  Louis  T Aveugle,  Hugues  demeura  plus  de  vingt 
ans  roi  de  Lombardie.  Aussi,  la  marche  d'Ivréc  faisait  tête 
directement  à  Aoste  et  non  pas  à  la  Provence,  quoique  son 
étendue  englobât,  paraît-il,  tout  le  Piémont.  Dès  que  l'influence 
provençale  disparait  avec  Hugues  (-}•  Arles,  10  avril  947)  et  son 
fils  Lothaire  (•}•  22  novembre  950),  la  préoccupation  nouvelle  de 
se  couvrir  mieux  contre  la  Provence  et  la  Viennoise  se  fait  jour. 
Ivrée  reste  en  sentinelle  devant  Aoste  :  quant  au  Piémont  et 
à  la  Ligurie,  face  aux  Alpes  jusqu'à  la  mer,  leur  territoire  s'or- 
ganise en  trois  marches  serrées  Tune  derrière  Tautre,  de  manière 
à  s*opposer,  par  trois  lignes  successives,  aux  Provençaux  qui 
descendraient  des  Alpes  ou  à  Tennemi  qu'amènerait  la  mer.  Ces 
trois  marches  appuyées  l'une  sur  l'autre  sont  celles  de  Gênes- 
Milan,  de  Savone-Montferrat  et  d'Albenga-Turin.  Voilà  pourquoi 
Desimoni  en  constate  l'existence  dès  l'avènement  de  Bérenger,  à 
la  fin  de  930.  Désormais  les  Alpes  étaient  bien  gardées  :  les 
hommes  les  plus  prévoyants  ne  pouvaient  se  douter  que  quatre- 
vingts  ans  plus  tard,  la  Provence  et  la  Lombardie  seraient  placées 
sous  le  même  sceptre  et  que,  aussitôt  après,  les  deux  revers  des 
Alpes  se  trouveraient  unis  parle  mariage  imprévu,  avec  un  comte 
viennois,  d'Adélaïde  deTurin,  deux  fois  veuve  sans  enfants  d'époux 
tirés  de  la  Germanie.  Ce  qu'il  faut  retenir  de  tout  cela,  c'est  que 
le  système  défensif  de  la  Lombardie  contre  la  Provence  n'a  été 
créé  qu'en    950,   à  l'avènement  de  Bérenger. 


112  LA    IMiOVKNCK    DL     PREMIKR    AL     Xll*^    SIÈCLE 

Si  le  royaume  de  Provence  a  constitué  lui-même  une  marche 
contre  la  Lombardie,  il  ne  Ta  fait,  évidemment,  qu'après  avoir 
perdu  tout  espoir  de  la  dominer,  ou  bien  pour  répondre  à  une  créa- 
tion correspondante  de  la  Lombardie  contre  lui-même.  Il  aurait 
pu  la  créer  en  903  après  la  catastrophe  de  Louis  TAveugle, 
mais  on  sait  qu'il  ne  Ta  pas  fait  :  la  raison  en  est  sans  doute 
que  les  Viennois  ne  renon<;aient  pas  encore  à  passer  les  Alpes.  Ne 
Tayant  pas  fait  en90o,  on  voit  moins  encore  pourquoi  cette  marche 
viennoise  contre  la  Lombardie  aurait  été  créée  en  911.  Si  elle 
lavaitété  alors,  la  Lombardie  n'aurait  pas  attendu  930,  de  son  côté, 
pour  organiser  la  marche  de  Turin.  En  conséquence,  ce  n'est  pas 
contre  la  Lombardie  que  la  Viennoise  parait  être  devenue  une 
marche  en  911  sous  l'autorité  du  futur  roi  de  Lombardie. 

Ce  ne  doit  pas  être  davantage  contre  le  royaume  de  Bourgo- 
gne jurane  :  car,  à  cette  époque  qui  répond  à  la  lin  du  règne  de 
Rodolphe  l*^',  les  relations  entre  les  deux  royaumes  paraissent 
avoir  été  bonnes.  C'est  l'époque  où  le  notaire  Garnier,  d'origine 
probablement  jurane,  dirigeait  la  chancellerie  viennoise  :  la  sœur 
du  roi  de  Jurane,  Adélaïde,  était  d'ailleurs  la  tante  (Mir  alliance 
de  Louis  l'Aveugle.  Entin  le  marquis  de  Viennoise,  Hugues,  allait 
bientôt  épouser  la  veuve  du  roi  de  Jurane. 

Reste  le  royaume  de  France.  On  sait  que  Louis  l'Enfant, 
roi  de  France  orientale  et  le  dernier  des  Carolingiens  de  Test, 
était  mort  en  911  *,  probablement  le  24  septembre.  La  Lor- 
raine passa  entre  le  10  octobre  et  le  20  décembre  à  Charles  le 
Simple,  roi  de  France  occidentale  *.  Pendant  que  Conrad  de  Fran- 
conie,  élu  comme  roi  au  delà  du  Rhin,  cherchait  k  reprendre  la 
Lorraine  et  se  trouvait  en  Alsace,  on  voit  le  roi  de  Bourgogne  jurane 
Rodolphe  venir  à  BAle  en  912,  sans  doute  pour  avoir  une  entre- 
vue avec  lui  ^,  11  est  donc  probable  que  la  Bourgogne  penchait  alors, 

1.  Kiiln»  le  10  juin  et  le  10  novembre,  i)eut-ùtre  le  2i  septembre 
,(j.  Kiclitcr,  Annnlen  der  Dciilsc/ivn  Geschichte  iin  mUtelalter  II  Ablei- 
iuncr,  zweite  halfte.  Halle,  1887,  pp.  538-539  :  911,  note  a). 

2.  //>«/.,  p.  oiO,  note  c;  Robert  Parisot.  Le  royaume  de  Lorraine^  Paris, 
1899,  p.  583. 

3.  nichter,  p.  542,  note  a. 


LE   ROYAUME  DE   î>ROVENCE   VIENNOIS  H3 

plutôt  du  côté  de  la  Germanie  que  vers  Charles  le  Simple.  Ainsi, 
que  le  royaume  de  Provence  se  soit  mis  en  garde  lui-même  contre 
le  royaume  de  France  occidentale  à  la  fin  de  911,  cela  n'aurait 
rien  de  surprenant,  en  raison  de  lexpansion  récente  de  ce  voisin. 
Depuis  la  dislocation  de  Tempire,  on  observe  d'ailleurs  dans  le 
royaume  de  France  occidentale  ce  qui  s'était  produit  dans  celui  de 
Lombardie.  Le  réseau  des  marches  impériales  se  complète  par  des 
marches  nouvelles  contre  la  Bourgogne  et  la  Lorraine.  Contre  la 
Lorraine,  il  suffit  de  nommer  ici  le  comté  de  Flandre,  à  partir 
de  Baudouin  II  (879,  -J-  10  septembre  918)  *,  et  les  marches 
ecclésiastiques  des  évêques-comtes  *.  Contre  la  Bourgogne, 
la  partie  orientale  du  duché  de  Guyenne,  c'est-à-dire  le  comté 
d'Auvergne,  obéit  désormais  à  un  marquis;  de  même,  le 
comte  d'Autun,  qui  remplit  les  fonctions  de  duc  dans  le  duché 
de  Bourgogne  française,  est  dénommé  marquis,  en  raison  de  sa 
situation.  Le  comte  d'Auvergne  Guillaume  parait  avec  la  qualité 
de  marquis  dès  le  11  novembre  902  •^.  Le  comte  d'Autun, 
Richard,  de  même,  le  30  juin  905  '*. 

Le  système  se  complétera  par  les  marches  ecclésiastiques  des 
deux  évêques-comtes  de  Gévaudan  et  du  Puy,  de  sorte  que  la 
ceinture  du  royaume  de  France  sera  formée  par  les  anciennes 
marches  impériales  d'Espagne  et  de  Gothie,  auxquelles  se  join- 
dront celles  de  Gévaudan,  de  Velay,  d'Auvergne  et  d'Autun, 
pour  aboutir,  par  Langres,  Chalon,  Reims,  Laon,  Noyon  et  Beau- 

1.  Baudouin  II,  dit  le  Chauve,  succéda  à  son  père  en  879  (Léon  Vau- 
derkindere,  La  formation  territoriale  des  principautés  belges  au  moyen 
«(/<?,  t.  !•'",  seconde  édition,  Bruxelles,  II.  Lamerlin,  1002,  p.  45  ;  cf.  pp.  42- 
44).  II  mourut  le  10  septembre  918,  au  témoignage  de  Folcuin  qui  écri- 
vait vers  960  et  qui  Tappclle  inclitus  marchisus  (Chronique  de  Folcuin, 
dans  Guurard,  Car/,  de  Saint-Bertin,  Paris,  1841,  pp.  139-140,  n^  LXXIII). 
Markanivero  ejus  filii  ejus  inter  se  diviserunl  {Ibid.,  p.  140,  n^  LXXIII). 

2.  Ces  marches  ecclésiastiques  ne  s'organiseront  définitivement  (ju'à 
dater  du  moment  où  elles  deviendront  nécessaires  :  c'est-à-dire, 
à  partir  du  moment  où  la  France  occidentale  devra  renoncer  définitive- 
ment à    la  Lorraine  et  se  couvrir  contre  elle. 

3.  Bruel,  Rec,  des  Ch,  de  Cluny,  n<»  78. 

4.  J.  Munier,  Cl.Thiroux,  Recherches  d'Autun,  Dijon,  1060,  pp.  86-88. 

Mém.  el  Doc.  de  VÉcoU  des  Charles,  —  VII.  8 


iii  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xir    SIÈCLE 

vais,  à  la  Flandre.  Cela  n'empêche  pas  Richard,  marquis  de 
Bourfjopne  française,  d'être  le  propre  oncle  du  roi  de  Provence  : 
d'ailleurs,  sa  marche  est  dirigée  plutôt  contre  le  royaume  de 
Jurane.  Gela  n'empêche  pas  davantiige  Guillaume,  marquis  d'Au- 
vergne, d'être  le  beau-frère  dudit  roi  de  Provence  et  de  posséder 
le  comté  palatin  de  Bourgogne,  hors  du  royaume  de  France. 
Puisque  ces  relations  personnelles  n'ont  pas  empêché  Richard  et 
Guillaume  de  gouverner  des  marches  créées  en  principe  contre  la 
Provence  et  la  Bourgogne,  elles  n'ont  pas  dû  empêcher  davan- 
tage le  royaume  de  Provence  de  constituer  la  marche  de  Vien- 
noise à  la  (in  de  9H,  c^  un  moment  où  l'expansion  de  la  France 
occidentale  se  faisait  sentir  dans  Tancien  royaume  de  Lotha- 
ringie. 

La  marchede  Viennoise,  créée  ainsi  entre  le  21  septembre  91 1  (?) 
et  le  22  février  912,  comprenait  sans  doute  tous  les  pîiys  du 
royaume  de  Provence  placés  hors  du  duché  de  Provence.  A 
peine  le  comte  de  Viennois  Hugues  était-il  ainsi  devenu  duc  de 
Provence  et  marquis  de  Viennoise,  c'est-k-dire,  par  le  fait,  une 
sorte  de  vice-roi  du  royaume  de  Provence,  que  Rodolphe  roi  de 
Bourgogne  jurane  vint  à  mourir  le  dimanche  23  octobre  912. 
Hugues  profita  sans  tarder  de  sa  nouvelle  et  éminenle  situation 
pour  conclure  son  premier  mariage  politique  :  en  attendant 
d'être  roi,  il  épousa  une  reine.  11  était  né,  semble-t-il,  vers  875  : 
le  roi  de  Jurane,  élu  en  888,  avait  dû  naître  lui-même  après 
850  K  car  son  (ils  Rodolphe  II  ne  se  maria  qu'en  922.  Il  n'y 
avait  donc  pas  de  disproportion  d'Age  clioquante  entre  Hugues 
et  la  reine  Wille,  veuve  de  Rodolphe  P**  et  mère  de  Rodolphe  H, 
en  ce  sons  que,  si  elle  était  plus  Agée  que  le  duc,  elle  ne  pouvait 
l'être  beaucoup  plus.  C'est  en  raison  de  cette  union  que  Wille 
vint  mourir  à  Vienne  et  fut  inhumée  dans  l'abbaye  de  Saint- 
Pierre  :  le  duc  fait  alors  un  don  à  cette  abbaye,  pour  le  repos 
de    son    Ame,    et    le    rédacteur    de    Pacte  n'a  garde    d'oublier 

l.  Son  oncle  Hugues  l'abbé  est  mort  à  Orléans  le  12  mai  886;  ses 
onclos  au  !i*  dojjfré,  Guelfe,  abbé  do  Sainl-Rniuier,  et  Conrad,  comte  de 
Sens,  sont  morts  le  ii  novembre  882  cl  le  22  mars  882/3. 


LE   KOYALME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  113 

son  titre  de  reine  ^  Ce  mariage  n'empêchera  pas,  plus  tard,  cet 
homme  avisé  d*épouser  pour  la  même  raison  politique  la  propre 
bellc-fille  de  Wille,  c'est-à-dire  Berthe,  devenue  veuve,  le  11  juin 
937,  de  Rodolphe  II.  Personne  ne  semble  avoir  pratiqué  avec 
plus  d'esprit  de  suite  des  mariages  de  raison,  qui  n'appor- 
taient, d'ailleurs,  aucune  gêne  aux  exigences  de  son  cœur  :  la  mai- 
son de  Hugues  offre  des  analogies  incontestables  avec  le  harem 
bien  organisé  d'un  riche  pacha  à  trois  queues.  Il  s  y  trouve  toujours 
une  épouse  et  plusieurs  femmes  de  choix  2.  Les  épouses  contri- 
buaient Tune  après  l'autre,  par  leur  origine,  à  la  grandeur  de  la 
maison  et  elles  se  succédaient  rapidement  :  on  en  compte  au  moins 
cinq  et  chacune  d'elles  répond  à  Tinfluence  politique  prépondé- 
rante du  moment. 

Par  un  changement  bien  naturel,  à  partir  de  l'instant  où  le 
comte  de  Viennois  Hugues  devient  duc  de  Provence  et  marquis 
de  Viennoise,  ce  n'est  plus  Vienne  qui  est  son  centre  d'action, 
mais  la  Provence  et  Arles.  Dans  Vienne,  il  n'était  après  tout 
que  le  second  ;  dans  Arles,  il  est  le  premier  et  c'est  là  ce  qu'il 
lui  faut.  Quand  l'Italie  se  tournera  vers  lui,  ce  n'est  pas  le  mar- 
quis de  Viennoise  qu'elle  verra  en  lui,  mais  le  maître  incontesté 
de  la  Provence  ^.  Gomme  tous  les  ducs,  Hugues  possède  et 
retient  personnellement  le  comté  ou  les  comtés  les  plus  impor- 
tants  de  son  duché  :   suivant  ce  principe,  le  duc  de  Provence 


1.  Voir  ci-dessus,  p.  106,  n.  2.  Poupardin,  p.  22i,  n.  6,  donne,  entraîné 
par  Tabbé  Ul.  Chevalier,  la  date  approximative  do  910  h  cet  acte  et  c'est 
une  erreur  certaine,  puisque  Rodolphe  est  mort  le  25  octobre  912.  11  ne 
réfléchit  pas  que  Wille  est  forcément  la  veuve  de  Rodolphe,  en  raison  de 
son  litre  de  regina.  Le  rédacteur  de  l'acte,  en  le  lui  donnant,  n'a  commis 
aucune  confusion  et  savait  ce  qu'il  disait.  En  mai  924,  Wille  sera  morte  et 
Hugues  remarié  avec  Ermengarde  (Cluny,  no241).  Plus  lard,  il  aura  Ililda, 
puis  Berthe. 

2.  Liudprandi  Anlapod.y  lib.  IV,  g  14.  Il  n'y  a  que  des  analogies,  car, 
selon  Liudprand,  Hugues  ne  tenait  pas  à  la  fidélité  de  ses  nombreuses 
maîtresses. 

3.  92.5.  *<  Hugoni  potentissimo  et  sapientissimo  Provincialium  comiti  » 
(Liudprandi  Antapodosis,  lib.  III,  §  12).  —  926.  «  Hugo  Arelatensium  seu 
Provincialium  cornes  »  (ibid,,  lib.  III,  §  16). 


116  LA   PROVENCE    DU  PREMIER   AU   Xll*'   SIÈCLE 

est  aussi  comte  d'Arles,  comme  avant  lui  Thibert  *.  De  même, 
marquis  de  Viennoise,  il  retient  personnellement  le  comté  de 
Viennois  **.  Auprès  de  Hugues  parait  son  frère  Boson,  assez  tar- 
divement, ce  qui  implique  une  dilTérence  d^âge  sensible.  Tous 
deux  avaient  d'abord  dans  Vienne  des  biens  contigus  -^  et  si,  là, 
leurs  intérêts  privés  étaient  placés  côte  à  côte,  au  fur  et  à 
mesure  que  la  fortune  de  Hugues  s'affirme,  il  est  clair  que  la 
situation  politique  du  cadet  complète  et  soutient  celle  de  Tainé. 
Dès  907  ou  908,  ce  Boson  est  comte  comme  Hugues  *  :  on  peut 
se  demander  de  quel  comté.  Dans  l'acte  important  où  il  figure 
paraissent  quatre  évêques  et  trois  comtes  :  les  évéques  sont  ceux 
devienne,  de  Valence,  de  Grenoble  et  de  Belley,  les  comtes  sont 
ceux  de  Viennois,  de  Valentinois  et  Boson.  Ce  n'est  pas  le  seul 
exemple  d'acte  où  paraisse  un  nombre  à  peu  près  égal  d'évêques 
et  de  comtes,  de  sorte  que  les  comtes  semblent  être  titulaires  des 
mêmes  cités  que  les  évoques  présents.  A  cette  époque  où  le 
pouvoir  était  partagé,  pour  ainsi  dire,  en  commun  dans  chaque 
cité  par  l'évêque  et  le  comte  associés,  il  n'y  arienladesurprenant.il 
faut  donc  que  Boson  ait  été  comte  de  Graisivaudan,de  Savoie  et 
de  Bugey  pendant  que  son  frère  aîné  possédait  le  Viennois  et 
peut-être  le  Lyonnais.  Cette  situation  de  Boson  ressort  nette- 
ment de  l'acte  :  de  plus,  elle  répond  admirablement  à  ce  qui 
vient  d'être  dit  et  k  ce  qui  se  vériliera  deux  fois  encore  en  Pro- 

1.  Le  texte  de  Liudpraud  est  assez  clair  :  cependant  il  écrivait  plus  tard 
et  le  précepte  du  l"*"*  février  921  est  délivré  directement  h  Manassès,  arche- 
vêque d'Arles,  sans  l'intcrmédiairt^du  duc  (Ga//.  noviss.  Arles,  n»  243).  Une 
partie  des  biens  confirmés  à  réglise  d'Arles  se  trouvaient  hors  du  duché. 

2.  020."  llup^o  inclitus  cornes  et  marchio...  aliquid  ex  rébus  de  comilatu 
ipsius  que  pertinent  ad  vicecomitatum  »  (Bruel,  Rec,  des  Ch,  de  Cluny, 
n»  223). 

3.  Mai  02*.  «  Domno  niagnifico  Ugone  et  uxore  sua  Ermengert...  domno 
Ugonc  comilc...  domnus  Hosus  cornes..,  »  [Ibid,,  n®  241). 

4.  [30  avril  907-novembre  908]...  «  Ego  Alexander  sancte  Viennensis 
ecclcsie  huinilis  episcopus...  Homegarius  sancte  Valentinensis  ecclesie 
humilis  episcopus...  Isaac  sancte  Cîratianopolitane  ecclesie  humilis  episco- 
pus... Elisachar,  humilis  episcopus  Bclicensis  ecclesie...  Signum  -|-  Hugo- 
nis  inclili  comitis.  Signum  -|-  Bosonis  comitis  fratris  sui,  Signum  -|-  alii 
Bosonis  comitis...  »»  {Cart,  do  Saint-Dnrnardy  2*  éd.,  u*»  G). 


LE   ROYADME   DE    PROVENCE   VrENNOlS  117 

vence  et  en  Italie.  Elle  répond  dès  lors  à  la  préoccupation  de 
Hugues  qui  complétera  toujours  sa  situation  personnelle  par 
celle  de  son  cadet.  A  eux  deux,  ils  tenaient  ainsi  la  région  vien- 
noise, comme  plus  tard  ils  tiendront  la  Provence  et  la  Lom- 
bardie. 

Dès  que  le  comte  de  Viennois  devient  duc  de  Provence,  il  y 
établit  son  frère  à  côté  de  lui.  Le  testament  de  Fouquier  évêque 
d* Avignon,  daté  du  2  mai  916,  donne  des  indications  précieuses 
sur  Toi^anisation  du  duché.  Quand  un  siège  épiscopal  vient  à 
vaquer,  Télu,  sur  l'invitation  du  comte  de  sa  cité,  se  rend  h 
Arles  :  il  y  est  sacré  par  le  primat  qui  le  prépose  ainsi  au  dio- 
cèse vacant.  Puis,  d'accord  avec  le  duc,  celui-ci  fait  admettre 
le  nouveau  pontife  à  Taudience  impériale.  Le  souverain  donne 
alors  ordre  de  mettre  Tévêque  en  possession  de  son  évêché.  Ce 
mécanisme  montre  bien  Tévêque  et  le  comte,  puis,  au-dessus 
d'eux,  le  primat  et  le  duc  exerçant  d'accord  leurs  prérogatives 
propres,  au  spirituel  et  au  temporel,  sous  le  contrôle  du  souve- 
rain et,  éventuellement,  dupape.  Ce  testament  montre  que  le  comte 
de  la  région  d'Avignon  n'était  autre  que  Boson  :  sa  souscription  y 
(igure.  Le  premier  précepte  connu,  depuis  la  constitution  du  duché, 
est  précisément  un  précepte  du  4  avril  912  concédé  à  cet  évêque 
Fouquier  sur  la  commune  intervention  du  duc  Hugues,  du 
comte  Boson  son  frère  et  de  Tarchevéque  d'Arles  Rostaing.  On 
y  voit  réunis  tous  les  personnages  mentionnés  dans  le  testament, 
chacun  d'eux  dans  l'exercice  de  ses  prérogatives  personnelles 
auprès  du  souverain  :  il  est  probable  que  ce  précepte  a  été  écrit 
au  moment  précis  où  l'évéque  nouvellement  sacré  venait 
demander  l'investiture  royale  par  l'intermédiaire  du  duc  et  de 
l'archevêque  ^ 

1.  4  avril  [912],  «  Ugo  dux  et  glorîosus  cornes  necnon  Boso  fraler  suus, 
sive  domnus  Rolhstagnus  archicpiscopus  pccierunt...  ut  quibusdam  de 
fîdelibus  nostris  Fulcherium  vidclicet  Advenionensis  episcopum...  auf^e- 
rcmus...  »  (Vaucluse,  G.  6,  f®  7^. 

Avignon,  2  mai  916.  «  Fulcherius  humilis  Ihesu  Xpisli  episcopus...  siigge- 
rente  augustalis  prosapiç  principe  Bosono,  adii  Arelalcnsem  primatom 
illustrem  Rodhstagnum  ut,.,  clero  et  populo...  cxpostulantibus,...  sedi  pas* 


118  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*  SIÈCLE 

Le  précepte  de  912  et  le  testament  de  916,  rapprochés, 
prouvent  donc  que  le  duc  de  Provence  Hugues,  retenant  pour 
lui  le  comté  d'Arles,  donna  aussitôt  installé  à  son  frère  Boson 
le  comté  d'Avignon.  Ils  occupaient  donc,  en  Provence,  par  eux- 
mêmes  la  vallée  du  Rhône:  c'est-à-dire  les  comtés  les  plus 
importants.  Des  préceptes  ultérieurs  du  18  août  918/7  et  du 
Il  mai  919  *  montrent  encore  Boson,  frère  du  duc,  dans  ses 
fonctions  de  comte  d'Avignon.  Le  duc  et  le  primat  de  Provence 
ne  se  dérangent  plus  pour  intervenir  dans  ces  préceptes,  comme 
ils  Tout  fait  en  912,  au  point  de  dé|)art  du  pontificat. 

Quoique  la  Provence  obéît  à  un  duc,  les  évêques  et  les  comtes 
qui  dépendaient  de  son  autorité,  continuaient  à  être  directement 
les  fidèles  de  Tcmpereur  au  moins  en  théorie  :  ce  fait  important 
est  prouvé  par  le  protocole  usité  dans  la  rédaction  des  préceptes. 
Mais,  d'autre  part,  les  Miracles  de  saint  Apollinaire  indiquent 
que  le  duc  avait  droit  à  Tescorte  personnelle  des  évêques  et  des 
comtes,  quand  il  se  rendait  de  Vienne  vers  Arles,  ou  d'Arles  à 
Vienne.  L'évêque  et  le  comte  de  chaque  cité  où  il  devait  passer 
raccompagnaient  avec  leurs  milices  jusqu'à  la  cité  suivante  '. 

torcm  prçQceret...  Tandem,  communi  voto,  socialo  sibi  Ilugoiie  clarissiino 
procero,  iinporiali  sum  oxliibitiis  prçsentiç.  Cujus  jiissu...  Avinioocnsi 
subnisus  calbedre...  tam  spiriliialiler  quani  corporaliter...  +  Fulcherius 
opiscopus...  firmavi...  Boso  cornes  fîrmavit.  »  (Vaucluse,  G.  110,  r*  39). 

1.  Vionno,  18  août  918/7.  «  Boso  vcnerabilis  cornes  nosterque  propin- 
quus  neciion  et  Folcherius  presul  Aveuiouensis  obtimus  »  (Vaucluse,  G.  G, 
f"  11). 

Vienne,  14  mai  [919].  «  Boso  inclitus  cornes  nosterque  Gdelis  et  propin- 
quus  »  (//>/(/.,  G.  0,  f*»  9). 

2.  (t  Ànno  i^itur  Incarnationis  Dominice  DCCIX.XI,  defuncto  sancte 
Valentinensis  ecclesia?  episcoi)o,  Remegarius,  natione  Francus,  in  eadem 
ecclcsia  rogralur  episcopus...  Anno  itaque  revol vente  ordinationis  ipsius 
presulis,  Ugo  inclitus  marcliio,  qui  tune  rem  publicam  sub  Ludovico  inipo- 
ralore  rejrebat,  Italiani  provelicbatur.  Ilio  namque  in  suo  auxilio  episcopos 
atque  comités  babebat,  inler  quos  profatus  episcopus  fidelitate  necnon  et 
servicioassiduus  babebatur.  Profîciscens  igiturjamdictus episcopus Viennam 
ut  cum  predicto  duce  deduceretur  atque  sic  ad  Valenciam  remearet,  contin- 
git  ut  niutus  qui  ab  illo  per  Iriennium  pascebatur...  ante  ipsum  veniret... 
timens  ne  in  abstinencia  ejus...  periret.  Quod  ut  vidit  inclitus  dux...,  postu- 
lavit  ut  ipse  episcopus  ad  domum  sancli  Apollinaris  illum  deduccret... 


! 


LE   ROYAUME   DE    PROVENCE   VIENNOIS  119 

Le  duché  de  Provence  devait  permettre  à  Hugues  de  réaliser 
à  nouveau  le  rêve  du  roi  Boson.  Depuis  la  dislocation  de  Tempire, 
l^influence  bourguignonne  basée  sur  la  marche  d'Ivrée  disputait 
à  rinfluence  germanique,  qui  s'appuyait  sur  la  marche  de  Frioul, 
la  domination  du  royaume  de  Lombardie.  Ces  marches  italiennes 
avaient  été  bien  vite  occupées  par  ceux  qu'elles  auraient  dû  arrêter. 
Quoique  les  tentatives  de  Louis  TAveugle  eussent  misérablement 
échoué  par  son  inintelligence,  elles  pouvaient  être  reprises  par  un 
homme  avisé.  Le  duc  n'était  pas  seul,  dans  sa  famille,  à  faire 
des  mariages  politiques  :  sa  mère  s'était  remariée  avec  Albert 
marquis  de  Toscane,  ce  qui  était  un  excellent  point  d'appui.  Cette 
mère  prépara  les  voies  à  son  fils.  Dès  912,  selon  les  Miracles  de 
saint  Apollinaire,  le  duc  essaya  d'entrer  en  Italie.  Constantin 
Porphyrogénète  et  Liudprand  ont  garde  souvenir  de  cette  expé- 
dition où  le  duc  était  accompagné  par  son  frère  Boson  et 
par  Hugues  fils  de  Taillefer.  Mais  l'échec  fut  complet  : 
Bérenger  s*empara  du  duc  et  ne  consentit  à  le  relâcher 
que  moyennant  le  serment  de  ne  plus  remettre  les  pieds  en 
Italie  de  son  vivante  Hugues  savait  ce  qu'il  en  avait  coûté  à 

Benediciione  autcm  accepta  prefatus  dux  ab  cpiscopo,  discessitab  eo  ;  pre- 
libatusquc  presul  reversus  est...  Valenliam,  dcducens  secum  quod  poslu- 
latum  fuerat  a  principe.  Mox  enim  ut  episcopus  ingrcssus  est  œcclesiam 
beali Stephani. . .  in  qua beatus. ..  Apollinaris quicsccba t. . .  mutus qui  nunquam 
locutus  fuerat...  prosecutus  est  Alléluia...  Revertente  domino  principe  ab 
Arelatcnsc,  ipso  ei  permcdiam  civitatem  occurrerct  ac  dicerot:  «  quia  quic- 
quid  volo,  gratias  Dec  loqui  possum  ».  Undc...  lintinnabulum  quodcollo  ejus 
appcDsum  fuerat  ante  sepulchrum  beati  Apollinaris  dépendit...  »  (Ul.  Che- 
valier, Vie»  de  saints  dauphinois  :  Miraoula  sancti  Appollinaris;  Bull,  d'hist. 
eccl.  et  d'arch.  relig.,  i5«  année,  103"  liv.,  pp.  38-40).  Ce  texte  contient  cer- 
tainement des  erreurs  de  date  ;  mais,  le  fond  du  récit  parait  sincère.  Renié- 
içaire  était  déjà  évèque  en  908  (Cart.  de  Saint-Barnard,  2«  éd.,  n°  6).  Peut- 
être  faudrait-il  donc  lire  906  au  lieu  de  912,  pour  la  date  de  son  élection. 
Mais,  dans  ce  cas,  anno  rcvolvente  ordinal ionis  correspondrait  à  907  et  non 
plus  à  912.  Or,  en  907,  Hugues  n'était  pas  encore  duc  et  marquis.  11  faut 
donc  s'en  tenir  à  912  pour  la  date  du  miracle,  plutôt  qu'à  907. 

1.  Joindre,  au  texte  de  la  note  précédente,  Liudprandi,  Anlapod.^  lib.  III, 
§12,  et  Constantin  Porphyrogé nul e.  De  adminislr.  imper.,  c.  20.  Poupardin, 
p.  219,  n.  1 ,  dit  que  le  voyaye  de  912  en  Italie  peut  être  un  voyage  pacifique: 
ce  n'est  guère  probable 


120  I,A    PROVKNCE    DU    PREMIER    AU    Xll*   SIÈCLE 

Louis  TAvouj^lo,  de  no  pas  tenir  sa  promesse  dans  une  circon- 
stance identique,  el,  plutôt  que  d'entendre  le  Quousquc  (anclem.., 
de  Bérenger  *,  il  se  le  tint  pour  dit.  L  attente  fut  longue  : 
Bérenger  ne  devait  mourir  que  le  7  avril  924  **.  Mais,  si  le  duc 
de  Provence  avait  promis  de  ne  plus  venir  le  combattre,  rien  ne 
Tempèchait  de  lui  susciter  d*autres  concurrents  plus  ou  moins 
éphémères.  II  y  avait  un  prétendant  bourguignon  tout  indiqué  : 
c'était  le  roi  de  Bourgogne  jurane  Rodolplie  II,  dont  Hugues 
avait  épousé  la  mère.  Entre  un  roi  et  un  duc,  la  Lombardie 
devait  d  ailleurs  jeter  les  yeux  plus  volontiers  sur  le  roi  ^.  Le 
duc  devait  être  bien  aise  de  voir  s'user  avant  lui  ce  concurrent 
éventuel  qui  lui  tenait  de  près  et  devant  lequel  il  se  voyait 
obligé  de  s'effacer  tout  d'abord.  La  tentative  de  Rodolphe  n'eut 
guère  [)lus  de  succès  que  celle  de  Louis  TAveugle  :  ses  préceptes 
en  Lombardie  vont  du  4  février  922  au  28  février  924  '*.  Il 
semble  que  la  mort  de  Béranger  aurait  dû  asseoir  définitivement 
son  règne  en  Lombardie  :  c'est  exactement  le  contraire  qui  se 
produit.  A  peine  Bérenger  meurt,  Rodolphe  disparaît  et  c'est  le 
duc  de  Provence  qui  l'élimine.  Cela  se  comprend  :  Bérenger 
mort,  aucun  serment  n'arrêtait  plus  le  duc  de  Provence,  il  lui  suf- 
fisait d'éloigner  Rodolphe.  On  peut  bien  s'imaginer  que  la  vieille 
maniuise  de  Toscane  Bertlie  ne  fut  pas  étrangère  h  ce  change- 
ment imprévu  ;  mais  elle  était  hors  d'âge  à  sortir  de  la  cou- 
lisse et,  ne  pouvantplus  agir  elle-même,  elle  dirigeait  les  événe- 
ments.   Elle  avait  eu  .soin  de  marier  sa  lille  Ermengarde  avec 

1.  Liiidprnndi   Antapoil.^  lib.  II,  S  41. 

2.  Eriist  Duniniler,  Gesta  Benmfjarii  imperatoria.  Halle,  1871,  p.  10  ci 
11°  3. 

'.\,  u  Quo  iompore  nodulfusrex  suporhissimis  Burgundionibus  iinpcrabaf. 
Cui  in  aui^mcnliim  potent'up  hoc  accossil  ut  potonlissiin'i  Sucvornm  ducis 
Brucliardi  filinin  nomino  Bertam  sil)i  conjuj^io  copularet.  Igitiir  Italionsos, 
nuntiis  diroctis,  hune  vcnire,  Borcn^arium  voro  expollerc  peiunt  »  (Liud- 
prandi  Antapod..  lib.  II,  S  00,  cd.  in  us.  schol.,  pp.  48-49). 

4.  //>/r/.,  pp.  182-185.  En  924,  h»  marquis  do  Viennoise  et  le  roi  de  Jurane 
agissent  encore  do  concert  pour  iracpior  les  Hongrois...  «  ab  Hu»;one  de 
Vionna...  Ho<lulfus  (^isalpina?  rex  Gallia?  et  Hujjo  Vionncnsis...  pricdicti 
duces...  ).  (Flod.,  Ann.,  92i;  Script, ^  t.  HI,  pp.  373-374). 


LE   ROYAUME   DE    PROVENCE    VIENNOIS  121 

Albert  marquis  d'Ivrée,  devenu  veuf  fort  à  propos,  et  elle  tenait 
ainsi  dans  sa  main  la  moitié  du  royaume.  L'amour  alors  menait 
ritalie  ;  Ermengarde  gouvernait  adroitement  par  sa  beauté.  Ce 
fut  elle  qui  joua  le  malheureux  Rodolphe  et  le  fit  disparaître  une 
nuit  au  profit  du  duc  de  Provence,  son  frère  utérin  à  elle  K  Au 
moment  où  elle  allait  triompher,  la  vieille  marquise  de  Toscane 
mourut,  le  8  mars  925,  à  Lucques  -,  quelques  mois  trop  tôt  pour 
voir  enfin  son  fils  ceindre  la  couronne  de  fer  à  Milan,  le  dimanche 
9  juillet  926  ^.  Liudprand  trace  le  portrait  du  nouveau  roi  de  Lom- 
bardie  ^  :  intelligent  et  sensuel,  Hugues  était  fait  pour  gouverner 


1.  «  Defuncto  Adelberto  Eporegia?  civitatis  marchionc,  uxor  ejus  Her 
mengarda  Adcibcrti  prepolcnlis  Tuscie  marchionis  et  Bertae  filia  totius 
Ilaliae  principatum  obtinebat.  Causa  autem  polentiœ  hujus  bec  eral,  quo- 
Diam...  carnale  cum  omnibus...  commcrcium  cxercebat  »  (Liudpraudi,  lib. 
1II,§7,  cf.  §8-12). 

2.  Liudprandi  Anlapod.^  lib  III,  §  18.  Bouquet,  ÏX,  p.  105.  Voir  son  épi- 
taphe  dans  F.  Contelorio,  Mathildis  comitissx  genealogia.  Interamnœ 
MOL  VU,  pp.  37-38. 

3.  M  Die  sabati  quod  est  decimo  die  mcnsis  apreliis  et  fuit  in  eo  diesecun- 
dum  Pasce,  civitate  Arlenda,  migravit  ab  bac  die...  domnus  Ugo  rex  ;  abeap 
regnatum  annos.  XX.  expletos  et  mcnses.  VIIII.  et  dies.  III.  (Cipolla, 
Monum.  Xovalic,  I,  p.  415  :  L'éditeur  introduit  5  tort  dans  le  texte  la  leçon 
ànnos  XXIy  alors  que  l'unité  finale  a  été  ajoutée  après  coup,  comme  il  le 
reconnaît  lui-même  dans  la  note  c).  Le  9  juillet  926,  ayant  été  un  dimanche, 
est  la  date  certaine.  Les  vingt  ans  se  sont  écoulés  du  9  juillet  926  au 
8  juillet  946,  les  neuf  mois  du  9  juillet  947  au  8  avril  947  (sans  tenir 
compte  de  la  longueur  moindre  de  février)  et  les  trois  jours,  du  9  au  11 
avril.  L'erreur  est  d'un  jour  dans  le  calcul  du  scribe.  Il  faut  noter  que, 
dans  le  calendrier,  la  date  initiale  du  9  juillet  tombe  le  VII  des  ides  et  la 
date  finale  du  10  avril,  le  IV  des  ides  :  du  VII  au  IV,  il  y  a  un  écart  de 
trois  unités,  el  c'est  là  peut-être  la  raison  de  Terreur  commise. 

4.  M  Fuit  autem  rex  Hugo  non  minoris  scientia?  quam  audatiae,  nec 
infirmions  fortitudinis  quam  calliditatis  :  Dei  etiam  cultor  sanclteque  rcli- 
gionis  amatorum  amator  ;  in  pauperum  necessitatibus  curiosus  ;  erga  a*cle- 
sias  valdc  sollicitus;  religiosos  phylosophosque  viros  non  solum  amabat, 
venim  etiam  fortitcr  honorabat.  Qui  etsi  tôt  virtutibus  clarebat,  mulierum 
tamen  illecebris  eas  fedabat...  sicut  vir  prudentissimus,  ubiubi  lerrarum 
cçpil  nanties  suos  dirigere,  multorumque  regum  seu  principum  amiciliam 
qua^rere  >»  (Liudprandi  Antapod,,  lib.  III,  §  19,  21).  Les  Miracles  de  Saint- 
Apollinaire  le  montrent  recueillant  un  petit  sourd-muet  de  cinq  ans  et  le 
gardant  trois  années  auprès  de  lui. 


122  LA   PROVENCE    DL'  PREMIER   AL'    XII*    SIÈCLE 

ce  pays  ^  Son  règne   fut   de  vingt  ans   et,   mieux    encore  que 
Boson,  il  mourut  roi. 

Lors  de  Tavènement  du  duc  au  trône  de  Lombardie,  son  frère 
Boson  parait  être  resté  tout  d'abord  en  Provence  pour  l'admi- 
nistrer en  son  nom.  Cela  dura  jusqu'en  931,  date  à  laquelle  le 
roi  jugea  bon  d'appeler  Boson  en  Lombardie  et  de  lui  donner  la 
marche  de  Toscane,  en  remplacement  de  leur  frère  utérin  Lam- 
bert, dont  il  n'était  plus  sûr  et  à  qui  il  lit  crever  les  yeux  -, 
L'entente  entre  les  deux  frères  ne  tarda  pas  à  s'altérer  :  Boson  se 
livra,  paraît-il,  à  des  intrigues  qui  le  firent  emprisonner  et  dispa- 
raître en  93G  'K  Wille,  sa  femme,  qui  l'y  avait  poussé,  était 
sœur  de  Rodolphe  II,  roi  de  Bourgogne  :  on  comprend  donc 
bien  que  l'initiative  de  ces  intrigues  soit  venue  d'elle.  Probable- 
ment, elle  eût  été  heureuse  de  voir  Rodolphe  succéder  à  Hugues 
en  Lombardie.  Le  trait  dominant  de  son  caractère  était  la  cupi- 
dité :  nue,  elle  trouvait  encore  moyen  de  dissimuler,  aux  agents 
du  fisc  chargés  de  la  dépouiller,  l'objet  le  plus  précieux  de  son 
trésor,  une  ceinture  rouge  garnie  d'or  et  de  gemmes,  à  laquelle 
le  roi  Hugues  tenait  par-dessus  tout.  Ces  fonctionnaires  étaient 
des  gens  honnêtes  qui  détournaient  les  yeux  ;  dans  les  vête- 
ments, ils  ne  trouvaient  rien.  Le  regard  effronté  d'un  valet  put  seul 
surprendre  au  dernier  moment  le  secret  de  la  princesse  en  fixant 
sa  cachette  inattendue  *.  Boson  n'avait  eu  d'elle  que  quatre  filles: 
seule,   l'aînée,  Berthe,  mariée  deux   fois,  intéresse  la  Provence 

i.  Cotte  manicro  de  voir  date  de  1897  et,  depuis  lors,  Poupardin,  p.  222. 
l'a  oxactomeiil  adoptée  on  1901.  Elle  no.  pouvait  trouver  meilloui^î 
fortuno. 

2.  [93 1].  «  Bosoni  fratri  siio  Tuscinp  marcam  contradidit  et  non  multo  post 
L.unl)orlum  luniino  [)rivavit  •>  (Liudpraudi  Anlapod.^  lib.  III,  ,^  47i.  Il  ])arait 
pour  la  |)reini«M'c  fois  avec  le  litre  de  marcjuis  dans  un  précepte  du 
17  octobre  931    Forsc/iunr/cn,  t.  X,  p.  300  ;  cf.  Poupardin,  p.  230). 

3.  |93(r.  a  Per  id  tempus  n*gis  Huj^onis  frater  Boso,  Willa  uxore  sua  cupi- 
dissiraa  stimulante,  adversus  reg^em  nova  quiedam  et  perversa  molitus  est 
ajj^ere.  Quod  IIiip:oiiem  non  latuit.  Qua  ex  re  captus,  custodiœ  est  continue 
tradilus...  »  (Liudprandi  Antapod.y  lib.  IV,  §  11  ;  cf.  Flodoardi,  AnnaleSj 
936). 

4.  //>/</.,  lib.  IV,  ^  H  et  12. 


LE    ROYAUME    DE    PROVENCE   VIENNOIS  123 

Elle  ne  devait  pas  être  atteinte  par  la  disgrâce  de  ses  parents 
dont  elle  était  sans  doute  alors  déjà  séparée  :  c'est  elle  à  qui  le 
roi  donnera  la  Provence,  non  seulement  le  comté  d'Avignon 
possédé  par  son  père  Boson,  mais  aussi  le  comté  d'Arles  retenu 
par  lui-même.  Finalement,  c'est  auprès  d'elle  qu'il  se  retirera  à 
Arles  en  946.  C'est  à  cette  nièce  préférée  qu'il  léguera  son  tré- 
sor *  et  son  domaine  privé  soit  en  Gothie,  soit  en  Provence  -. 
D'ailleurs,  malgré  l'ignominieux  renvoi  de  Wille  en  Bourgogne 
au  roi  Rodolphe  II  dont  elle  était  la  sœur,  ce  roi  étant  mort  un 
an  après  ("{"H  juillet  937),  Hugues  par  un  double  mariage  poli- 
tique épousera  fort  bien  la  reine  Berthe,  sa  veuve,  comme  il 
avait  épousé  sa  mère  Wille,  et  il  donnera  leur  fdle  Adélaïde  de 
Bourgogne  à  son  fils  à  lui  Lothaire,  associé  au  trône  de  Lom- 
bardie  ^.  Ces  mariages  prouvent  que  Hugues  tenait  avoir  subsis- 
ter de  bons  rapports  entre  les  deux  royaumes  et  à  dominer  la 
Jurane  ;  il  reste  fidèle  aux  lois  de  sa  politique  matrimoniale  et, 
s'il  eût  assez  vécu,  comme  jadis  vivaient  les  patriarches  de  la 
Bible,  on  peut  croire  qu'il  eût  épousé  quelque  jour,  à  vingt- 
cinq  lustres   accomplis  pour  le  moins,  la  veuve  du  roi  de  Bour- 

1.  Liudprandi,  lib.  V,  §  31. 

2.  26  février  [960].  Donation  par  Berthe  à  Monimajour  de  riicritage  de 
son  oncle  :  «  ex  rebus  quœ  mihi  legibus  obvenerunt  ex  parte  avunculi 
mei  Ugonis  régis  [i^]  in  regno  Gocio;,  in  cornitatu  Sustanlionensi,...  villam 
...  Candianicas...  villam..  Bernatis...  villaiu  Porcianus...  [2°J  In  rcgno 
Provinciœ,  in  cornitatu  Friuliensi,  curtein  Valignatis...  in  cornitatu  Rogensi, 
villas  Crocium  et  Vermilium...  in  cornitatu  Vapinchis,  villas...  Molion, 
Dianovam,  Callulus,  Lunatcis  et  Caricampus...  Marnenno...  vallem  Cor- 
trinciam...  in  cornitatu  Vasionensi,  curtcm  Cavegondis...  in  cornitatu 
Atensi,  in  page  Albionense,...  in  loco  Sagatello...  Monteaureo...  villa... 
Leuca,  in  cornitatu  Orisionense,  in  villa  Asclannis...  in  cornitatu  Traccnse 
dimidiam  ccclesiam...  villa;  Trexiani,  villas  Paternam  et  Calesonem  et 
Macesoncm  vallem...  in  cornitatu  Diense,  in  valle  Salavanis...  {Jlisl.  de 
Languedoc j  2«  éd.,  t.  5,  n*»  107,  col.  233-23 1).  Los  éditeurs  ne  savent  pas 
qui  est  le  roi  Hugues,  car  ils  le  gratifient  du  nom  Ubonis  et  ridentitlent 
dubitativement  par  leur  note  2  avec  Boson.  Ils  sont  également  incjuiets  de 
la  signifîcation  qu'il  faut  attribuer  à  ref/nuni  Goc'iœ  et  ne  pensent  pas  au 
marquisat  de  Gothie,  car  ils  font  suivre  Gociœ  d*un  point  d'interrogation 
inattendu.  Ils  se  disent  que  Tracense  est  peut-être  la  forme  vulgaire  de 
Tricastinense  :  c'est  même  sûr. 

3.  Liudprandi,  lib.  IV,  §  13. 


\2i  LA  PROVENCE  DU    PREMIER    Al'    Xll**    SIÈCLE 

gopne  (Conrad, exactement  comme  il  avait  épousé  les  veuves  du  père 
et  du  grand-père  de  celui-ci.  Pour  posséder  Rome,  il  n  avait  pas 
hésité  à  épouser  sa  propre  belle-sœur,  Maruccia  :  cette  maîtresse 
et  mère  de  papes  voulait  être  femme  de  roi.  Evidemment,  l'épis- 
copat  aurait  dû  frémir  d'unions  aussi  enchevêtrées.  Le  pape 
lui-même,  fils  de  pape,  ne  pouvait  que  garder  le  silence  devant 
sa  mère:  mais  il  aurait  pu  fuir  ^  Jamais  TEglise  catho- 
lique, apostolique  et  romaine,  n'a  été  plus  romaine  et  moins 
apostoliquequ*àce  moment  :  la  tiare  s'égarait  sur  des  têtes  d'en- 
fants, entre  le  château  Saint- Ange  et  le  Latran,  dans  les  grandes 
ruines  désertes  et  beaucoup  trop  près  de  la  cloaca  massima. 
Effrontément,  le  roi  s'en  tirait  en  prétendant  que  le  pré- 
cédent époux  delà  romaine,  Guy,  marquis  de  Toscane, n'était  vrai- 
ment pas  son  frère  utérin  à  lui.  Beaucoup  ne  demandaient  qu'^i  le 
croire  ;  mais  Dieu,  par  un  duel  judiciaire,  prouva  son  mensonge*. 


IV 

/-e  roi  Hugues^  duc  de  Provence ^  elle  trône  vacant 
(928-934) 

Trois  ans  auparavant,  le  5  juin  928,  était  mort  Louis  TAveu- 
gle  à  Vienne  :  il  faut  voir  ce  que  devient  alors  le  royaume 
de  Provence. 

Ce  royaume  se  composait,  on  Fa  vu,  du  duché  de  Provence  et 
de  la  marche  de  Viennoise  depuis  la  fin  de  911  ;  le  roi  de  Lom- 

i .  a  Ipsiiis  Marotiff?  niium  lohanncm  noinine,  qucm  ex  Serfçio  papa  mero- 
trix  ipsa  {^l'iiuorat.  papam  conslituunt.  Wido  verù  non  multopost  morilur... 
Marozia...  post  Widonis  inarili  sui  mortcm  Ilii^^oni  roffi  diri^j^it  cumque 
invilat  ut  se  adcal  Romamque  nohilissimam  civilatcm  sibi  adsumat.  Hoc 
nutcm  non  aliter  posse  fieri  testabatur,  nisi  eam  rex  Hugo  sibi  marilain 
faceivl...  ».  [Jhid.,  lib   HI,  i$  43,  44). 

2.  Ibi(L,  lib.  HI,  g  47. 


LE   ROYAUME   DE  PROVENCE    VIENNOIS  125 

bardie,  en  montant  sur  le  trône,  était  toujours  resté  duc  de  Pro- 
vence et  marquis  de  Viennoise.  Il  paraît  à  ce  moment  avoir 
concentré  de  plus  en  plus  la  réalité  de  son  pouvoir  dans  la  Pro- 
vence. En  effet,  Hugues  conserve  en  926,  soit  par  lui,  soit  par 
son  frère  Boson,  les  comtés  d'Arles  et  d'Avignon  :  par  contre, 
tout  en  restant  marquis  de  Viennois,  c'est  alors  qu'il  paraît  céder 
le  comté  proprement  dit  de  Viennois  à  Charles-Constantin  fils 
devenu  adulte  de  l'empereur  K  C'est  sans  doute  aussi  en  partant 
pour  ritalie,  c'est-à-dire  en  926,  que  le  frère  de  Hugues,  Boson, 
doit  abandonner  les  comtés  de  Graisivaudan,  de  Savoie  et  de 
Bugey  dont  en  907  il  était  titulaire.  En  effet  d'autres  raisons 
amènent  à  fixer  aux  environs  de  925  la  date  à  laquelle  Hugues 
fils  du  comte  de  Troyes  Garnier  était  devenu  comte  de  Savoie  2. 
Le  roi  et  son  frère  ne  se  démunissent  d'ailleurs  qu'en  faveur  de 
parents  ou  de  clients  sûrs;  car,  par  sa  mère  Thiberge,cet  Hugues 
qui  reçoit  la  Savoie  était  leur  propre  neveu.  Comme  la  Savoie 
est,  ainsi  que  le  pays  de  Sermorens,un  démembrement  du  Graisi- 
vaudan et  que  Boson  devait  être  comte  de  Graisivaudan,  il  se 
pourrait  que  Hugues  lils  de  Garnier  ait  succédé  à  son  oncle  Boson, 
non  seulement  dans  la  Savoie,  mais  aussi  dans  le  Graisivaudan  et 
dans  le  pays  de  Sermorens.  C'est  là  une  simple  hypothèse,  mais 
elle  expliquerait  fort  bien  la  possession  des  grands  biens  de  Hugues 
fils  de  Garnier  dans  le  pays  de  Sermorens-^  Déjà,  quelques  années 
auparavant,  c'était  sûrement  le  duc  de  Provence  qui  avait  pro- 
curé l'archevêché  d'Arles  à  son  autre  neveu  Manassès  '*  ;  plus  tard, 

1.  En  effet,  Charles-Constantin  est  comte  déjfi  du  vivant  de  son  père 
(Ch.  deCluny,  n®  247).  11  ne  Tétait  pas  encore  le  3  juin  9*23  {Clumj,  2t2);  il 
Tétait  déjà  le  25  décembre  927  (Ga//.CVir/«^,t.XVl  ;  Instr.  eccl.  Vienn.  XX, 
col.  15-16). 

2.  G.  de  Manleyer,  Les  origines  de  la  mnison  de  Savoie,  Rome,  1899, 
p.  515  :  «  Il  faudrait  admettre  que,  entre  le  25  décembre  920  et  le  mois 
d'avril  027,  il  (Hugues  fils  de  Garnier^  lequel  était  mort  le  6  décembre 
925)  avait  obtenu  de  Louis  TAveugle  la  concession  de  la  Savoie,  sous  Tin- 
fluence  toute-puissante  de  son  oncle  Hugues,  (jui  devint  roi  de  Lombardie 
le  9  juillet  926.  » 

3.  /A/c/.,p.  491. 

4.  Jbid.y  notes  additionnelles,  Paris,  1901,  pp.  206,  272,  etc.. 


126  LA  movKNci:  Dr  i»ri:mier  au  xii^  siècle 

le  21  juin  036,  il  cédera  encore  au  nouveau  comte  de  Savoie 
son  domaine  d'Octavion  en  Viennois  *.  En  somme,  le  roi  de  Lom- 
bardic  constitue  héritier  particulier  en  Viennois  son  neveu  Hugues 
lils  de  sa  s(L'ur  Thiberge,  comme  il  constitue  héritière  en  Provence 
sa  nièce  Berthe,  lillede  son  frère  Boson.  Le  parallélisme  des  deux 
situations  est  frappant. 

Au  moment  de  la  mort  de  Tempereur  en  928,  le  roi  de  Loni- 
bardie  était  donc  surtout  duc  de  Provence,  pays  dont  il  possédait 
les  principaux  comtés  ;  il  gardait  encore  un  contrôle  sur  le  reste 
du  royaume  en  qualité  de  marquis  de  Viennoise, avec  des  comtes 
à  sa  dévotion  comme  son  neveu  le  comte  de  Savoie. 

De  toute  manière,  il  était  l'arbitre  de  la  situation.  Mais 
il  avait  îi  compter  avec  ses  voisins,  c'est-à-dire  avec  Raoul,  roi 
de  France,  et  avec  Rodolphe,  roi  de  Jurane.  Il  accourut  en  Bour- 
gogne et,  probablement  par  l'intermédiaire  de  la  vieille  comtesse 
Adélaïde,  mère  du  roi  de  France  et  tante  du  roi  de  Jurane  qui  le 
1  i  juin  se  trouvait  à  Bougy,  à  moitié  chemin  entre  eux,  il  eut 
une  entrevue  avec  Raoul.  Les  deux  augures  conclurent  un  par- 
tage équitable. 

Louis  laissait  au  moins  deux  fils,  Charles-Constantin  et 
Rodolphe.  Le  premier  était  comte  de  Viennois  depuis  926;  le 
second,  qui  se  trouve  à  Bougy  auprès  de  sa  grand'tante  dans  ces 
conjonctures,  avait  une  situation  personnelle  encore  moins  brillante 
que  Charles  puisqu'il  n*est  même  pas  comte.  Comme  René  Pou- 
pardin  vient  de  le  conjecturer  avec  beaucoup  de  raison,  le  second 
nom  du  comtede  Viennois,  (Constantin,  qui  est  un  surnom  de  bap- 
tême, paraît  prouver  que  sa  mère  était  une  viennoise  de  rang  ordi- 
naire'.  Par  consé((uent,    il  était  bâtard  "^  ou,  tout  au   plus,  en- 

1.  G.  cleMaHloyor,  Acs  originestlola  maison  de  Savoie,  Home,  iSOO,  p.  489. 

2.  Poupnrdin,  p.  210. 

3.  Ilicher  disait  :  Concuhinali  sterntnale  usf/ue  ad  Iritavtim  sordcbat  {Flist.y 
lib.  II,  c.  9H\  Il  osl  impossible  do  se  fier,  sans  contrôle,  aux  racontars 
lé{îondaircs  do  cet  auteur,  qui  ressomblo  si  peu  î\  son  prédécesseur  Klo- 
doard  par  sa  méthode.  Tritavus.  c'osl  l'ascendant  au  6'  depré  :  Charles- 
Constantin  étant  mort  vers  9G0,  cola  reporte,  pour  le  moins,  au  début  du 
IX*  siècle.  (Comment  aurait-on  pu  connaître  une  généalogie  qui  se  serait 
perpétuée  hors  mariage  régulier  pendant  deux  siècles  ?Hichcr  se  fait  Técho 
des  potins  qui  couraient  autour  de  lui  et  qui  ne  valaicntpas  cher. 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VÎENN0T8  127 

fant  d'une  union  pareille  aux  mariages  morganatiques  modernes. 
Par  suite,  il  ne  pouvait  régner,  à  moins  d'un  concours  de  circon- 
stances très  favorables.  Si  son  frère  Rodolphe  eût  été  lui-même 
issu  d'un  mariage  régulier  de  l'empereur  avec  une  princesse  de 
maison  royale,  il  aurait  certainement  succédé  k  son  père;  mais, 
comme  on  vient  de  le  dire,  la  forme  de  sa  souscription  paraît 
prouver  qu'il  n'était  pas  d'un  rang  supérieur  à  celui  de  Charles- 
Constantin  et  qu'il  n'avait  même  pas  reçu  de  comté,  alors  que 
le  neveu  de  Hugues,  étranger  au  Viennois,  en  était  cependant 
pourvu. 

Dans  ces  conditions,  c'était  évidemment  le  plus  proche  agnat, 
Raoul  roi  de  France,  qui  était,  comme  cousin  germain  de  Louis 
l'Aveugle,  l'héritier  naturel  de  la  couronne  de  Provence.  Toutefois, 
il  ne  pouvait  convenir  au  roideLombardie,  qui,  en  réalité,  possé- 
dait le  pouvoir  dans  le  royaume  de  Provence,  de  reconnaître  le 
roi  de  France  comme  roi  de  Provence  et  comme  son  suzerain.  De 
là,  transaction.  En  premier  lieu,  les  fils  de  Louis  l'Aveugle  sont 
exclus  du  trône  comme  inhabiles  à  lui  succéder  et,  par  conséquent, 
le  trône  de  Provence  reste  vacant.  En  second  lieu,  le  roi  de  Lom- 
bardie  cède  au  roi  de  France,  plus  proche  héritier,  la  marche  de 
Viennoise  et  il  garde  pour  lui  le  duché  de  Provence  K 

Que  le  trône  reste  vacant,  cela  est  prouvé  par  tous  les  actes 
privés  qui  continuent  à  mentionner  le  règne  de  Louis  en  Viennoise 
jusqu'au  2  juillet  932  et  en  Provence  jusqu'au  18  juin  934  2.  Que 
le  roi  de  Lombardie  ait  cédé  au  roi  de  France  la  marche  de  Vien- 

1.  Aussitôt  après  le  traité  qui  laissait  le  trône  vacant  et  qui  cédait  la 
marche  de  Viennoise  au  roi  de  France,  on  voit  Huj^ues  exercer  les  préro- 
gatives de  l'autorité  royale  dans  le  royaume  de  Provence,  exaclement 
comme  s'il  était  le  successeur  de  Louis  rAveugle,et,  cela,  de  préférence  au 
roi  de  France.  En  dehors  des  préceptes  où  il  agit  plutôt  comme  proprié- 
taire que  comme  souverain,  il  renouvelle  en  effet  nostra  regali  auctorilate, 
sur  la  demande  de  Parchevèque  Anchier  et  de  Tabbé  Gipier,  la  pancarte 
fçénérale  de  Tabbaye  de  Saint-Claude.  Ce  précepte  daté  de  Vienne,  du  [14  au 
231  novembre  [928],  est  un  véritable  acte  souverain  relatif  au  royaume  de 
Provence  (D.-P.  Benoît.  Hist.  de  Vabbaye  et  de  la  terre  de  Salnt-Claudey 
i.  I,  Montreuil,  1890,  pp.  639-040). 

2.  Voir  plus  loin  la  preuve  de  ce  fait. 


128  LA    PROVE.NCK    DC   PRE!tflER    AU    XII*"    SIÈCLE 

noise  créée  pour  lui  en  911,  cela  ressort  expressément  du  texte 
(le  Flodoard  '.  La  Provincia  Viennensis,  ce  n'est  pas  le  comté  de 
Viennois  seul,  c'est  toute  la  région  viennoise,  c'est  la  marche 
de  Viennoise,  c'est-à-dire  le  Vivarais  et  le  Lyonnais  comme  le 
Viennois  proprement  dit  et  le  Graisivaudan.  Cela  n'empêchait 
donc  pas  Charles-Constantin  de  rester  comte  du  comté  de  Viennois: 
mais,  cessant  de  l'être  sous  l'autorité  du  marquis  de  Viennoise 
Hugues,  il  le  sera  désormais  sous  l'autorité  du  marquis  désigné 
par  le  roi  de  France.  En  effet,  si  le  roi  de  Lombardie  ne  pouvait 
permettre  au  roi  de  Fnmce  de  devenir  roi  de  Provence,  le  roi  de 
France  ne  pouvait  s'abaisser  à  être  personnellement  un  marquis 
de  Viennoise.  Raoul  venait  k  ce  moment  de  se  réconcilier  avec 
Herbert  de  Vermandois  en  lui  donnant,  pour  son  (ils  Hugues 
l'archevêché  de  Reims.  Herbert  qui  accompagnait  le  roi  en  Bour- 
gogne, afin  de  prendre  part  k  l'entrevue  avec  le  roi  de  Lombardie, 
avait  encore  d'autres  enfants  k  caser.  Pour  achever  de  contenter  ce 
puissant  vassal,  alors  maître  de  la  France  proprement  dite,  Raoul 
obtint  du  roi  de  Lombardie  qu'il  lui  cédât  la  marche  de  Viennoise 
pour  Eudes  fils  aîné  d'Herbert.  On  sait  que  les  Sarrasins  rava- 
geaient depuis  longtemps  la  Provence  :  les  évoques  dont  les  dio- 
cèses étaient  ruinés  erraient  et  cherchaient  à  se  faire  héberger 
ailleurs.  Comme,  d'autre  part,  le  petit  archevêque  de  Reims, 
frère  du  nouveau  marquis  de  Viennoise,  n'avait  que  sept  ans,  il 
fallait  lui  procurer  un  vicaire  pour  ses  fonctions  spirituelles.  Son 
père  lui  donna  l'évêque  d'Aix  Odalric,  k  titre  de  coadjuteur  :  sur 
la  recommandation  du  roi  de  Lombardie,  cela  s'entend.  Celui-ci 
pratiquait  le  do  ut  des.  Mais  arrivé  k  Reims,  l'évêque  vagabond 
dut  se  contenter  d'une   véritable  portion  congrue  -.  Cet   évêque 

1.  028.  «  llcribertus...  cuni  Rodulfo  proGciscitur  in  Burgundiam  obviam 
Ilu*,'Oiii  Italiaj  rogi...  Hugo  rox  liabens  colloquium  cuni  Uodulfo  dedil  lleri- 
berto  comiliproviiiliam  Vienuensom  vice  filii  sui  Odoiiis  "(Flodoard,  Ann., 
928). 

2.  028.  »<  Odalricus  A(iuensis  quidam  episcopus  in  œcclesia  Remensi  reci- 
pilur  ab  Ilcriberto  coniitc  ad  celebrandum  episcopale  dumtaxat  ministe- 
riuin  vice  Hugonis  ipsius  comitis  filiiadhucparvuliconcediturqueipsi  Odal- 
rico  abbntia  tantum  sancti  Timotbei  cum  prœbeuda  canonica  »  {Ibid,), 


LE   ROYAUME  DE    PROVENCE  VIENnOIS  1^9 

Odalric  est,  comme  rarchevêque  d'Arles  Menasses,  un  exemple 
de  Tinstallation  en  Provence,  iau  début  du  x®  siècle,  des  familles 
lorraines  et  bourguignonnes.  D'origine  lorraine,  il  était  fils  du 
comte  de  Chaumontois  Hugues  et  d'Eve,  laquelle  était  parente 
ou  alliée  de  Févéque  de  Metz  Adalhéron.  11  devait  être  jeune  en 
928,  car  sa  mère  vivait  encore  le  16  août  96')  ^  Son  frère,  le 
comte  Arnoul,  mourut  prématurément,  tué  par  les  ennemis  de 
Téglise,  et  fut  inhumé  à  Saint-Arnoul  de  Metz. 

Quand  la  Viennoise  échappa  aux  princes  de  Vermandois,  Odalric 
revint  en  Provence  :  il  souscrit  à  Arles  en  juin  933,  en  sa  qualité 
d'évêque  dWix,  un  acte  de  rarchevé(iue  d'Arles  -.  Faute  de  mieux, 
assis  sur  son  siège  provençal,  il  ne  renonc^ait  pas  à  Tespoir  de 
monter  un  jour  en  maître  sur  celui  de  Reims  et  il  s'était  ménagé 
des  relations  dans  cette  métropole,  car,  le  31  mai  9i2,  il  y  est 
élu  abbé  •^  Il  figure  encore  au  concile  de  Verdun  en  9i7  comme 
archevêque  d'Aix  *  ;  dès  919,  il  est  remplacé  sur  ce  siège  par 
Israël  ^.  Enfin,  à  force  d'attendre  et  après  avoir  vu  éliminer  les 
princes  de  Vermandois,  il  parvient  à  être  élu  archevé()ue  de  Reims. 
Il  est  intronisé  à  Saint-Remy  entre  le  8  septembre  et  le  1  i  octol)re 
962;  il  souscrit  triomphalement  en  celte  qualité  la  donation  de 
sa  mère  datée  du  16  août  965  et  il  meurt  le  6  novembre  969  ^. 


1.  Sur  le  j)ère  d'Odalric,  Hugues, comte  de  Chauinonlois,  propriétaire  à 
Einville-au-Jard,  voir  les  actes  du  15  octobre  010,  l'^^''  février  OIS  v[  022 
(Parisol,  Le  rot/ nu  me  de  Lorraine,  \)\).  iVM),  u'^  0,  'iTl-.'iTii;  Ilial.  de  Melz^ 
l.  III,  pp.  o7-j8;  Ilist.S.Arnul/iMettensis:  Scri/,t.,  t.  XXIV,  p.  :i:U)).Surla 
mère  dX.)dalric,  Eve  qui  donne  à  Saint-Arnulf  Lave  en  Meurtlie-et-Moselle, 
voirractedu  10  août  %5  {Gnll.  Christ,  t.  X,  Inst'r.,  col.   i7-lSi. 

2.  Arles,  juin  [y33|  cl  non  pas  923  lAlbanès,  GalL  novissiinay  t.  I,  col.  42, 
t.  III  :  Arles,  n»  '2W, 

3.  Ann.  Bened.,  IIÏ,  463,  489,  507,  522. 

4.  Verdun,  vei*s  le  15  novembre  947  {Gall.  (^Jirisl.,[.  I,  30 i;  Albanès, 
Gnll.  Christ. y  /lori'ss.,  t.  I,  col.  'i5,  n.  3;  Mansi,  donc,  1773,  t.  XVllI,  417  . 

5.  Arles,  7  octobre  [9't9,  Tan  XII.  ((Miantelou,  Ilist.  de  Montm.y'our ; 
lier.  hist.  de  Pror.,  l'«  année,  App.  pp.  'lo-.ll). 

C.  VIII  idus  [nouembrisj.  Decessit  domnns  Odalricus  archi<*pisropus 
qui  dédit  nobis  Vindenissam  fA'cc/*o/o//.  ecclr^i.  licmensis;  Pierre  Varin, 
Arch.  légiêlat.  de  la  ville  de  lieims.  Seconde  partie  :  statuts,  premier  volume, 
Paris,  Crapelet,  1844,  p.  98). 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Chai  les.  —  VII.  9 


130  LA    PROVENCE  DU  PREMIER    AU    Xll*   SIÈCLE 

Le  traité  de  928,  entre  les  rois  île  Lombardieet  de  France,  avait 
été  passé  entre  le  1  i  juin  et  le  12  novembre  *,  probablement  au 
mois  d'août  *.  Le  roi  de  Lombardie  était  rentré  à  Taulomne  en 
Italie,  par  Vienne  où  il  se  trouve  le  12  et  Valence  où  il  se 
trouve  le  25  novenibi*e -^  Mais,  avec  ce  gros  homme  remuant 
et  hardi  qu'était  le  comte  Herbert  de  Vermandois  \  les 
choses  ne  pouvaient  rester  longtemps  sur  le  pied  où  elles  se 
trouvaient.  Dès  Tannée  suivante,  ce  comte  attaque  Boson,  frère 
du  roi  Raoul;  en  930,  le  roi  rétablit  la  paix  entre  son  frère  et 
Herbert.  Kn  931,  nouveau  revirement.  Le  roi  de  France  et  son 
frère  pour  en  Unir,  tentent  un  grand  effort  :  ils  s'unissent, 
enlèvent  Reims  à  Herbert  et  Tassiègent  dans  Laon,  de  manière 
à  lui  arracher  des  mains  la  France  carolingienne.  En  932,  le  comte 
de  Vermandois  perd  encore  Saint-Médard  de  Soissons  et  voit 
capituler  son  propre  donjon  de  Saint-Quentin.  Réduit  à  merci, 
il  se  hâte  d'aller  chercher  un  abri  et  des  secours  en  Germanie 
contre  le  roi  de  France  bourguignon  qui  venait  de  le  mater  '». 
Dès  qu'il  fut  maître  de  Reims,  Raoul,  bien  entendu,  lit  élire  un 
nouvel  archevé([ue  sur  lequel  il  pût  compter  et  l'éveque-coadju- 
teur  Odalric  rentra  à  Aix.  Cette  année-là,  avant  même  d'aller 
s'emparer  de  Reims,  le  roi  met  en  demeure  les  comtes  de  la 
marche  viennoise  et,  à  leur  tête,  le  comte  de  Vienne  Charles- 
Constantin  de  ne  plus  reconnaître  Herbert,  ou  son  fils  Kudes, 
conmie  marquis  de  Viennoise.  Ce  fut,  en  somme,  le  premier  acte 
d'hostililé  du  roi  qui  entrait  en  campagne  contre  Herbert.  Il  vint 
à  Vienne,  lui-même,  avant  le  21  mars  ^\  pour  ce  motif  et  Charles- 
Constantin    promit   de    lui    être    fidèle  ".     H    lui    fallait     aussi 

\.  Ilist.  tic  France,  IX,  000. 

2.  riodoard,  Ann.,  028  (éd.  Lauer,  pp.  45-54). 

'.\.  (Inrt,  Sain t- Bar nard,  2*  éd.,n®ll. 

i.  <•  Krat  onini  crassitudinis  niiniic  »  (Giicrard,  Cari,  de  Sainl-Berliny 
n"LXXII,  p.  130). 

5.   Klodoard,  Ann.,  030-032. 

C.  Ilist.  de  FranrCy  IX,  573. 

7.  031.  («  Hodulfus  rox  Viennam  profoctus,  Karlo  Constanlino  Lucdowici 
orhi  fdioquioam  tenebut  sul)jeclionem  pollicilante,  revertiliiretTuronum... 
proficiscilur  »>  {Flod.,  Ann,i  931  ;  éd.  Lauer,  p.  46). 


LE    ROYAUME  DE   PROVENCE   VIEiNNOlS  131 

compter  avec  le  roi  de  Lombardie  :  celui-ci,  en  928,  lui  avait 
cédé  la  marche  de  Viennoise  pour  un  de  ses  vassaux,  à  condi- 
tion que  le  trône  restât  vacant  :  il  ne  lui  avait  pas  cédé  le 
royaume  de  Provence,  c'est-à-dire  la  souveraineté.  Dans  l'entente 
de  931,  entre  Raoul  et  Charles-Constantin,  Raoul  n'est  donc  pas 
reconnu  formellement  comme  roi.  Herbert  se  trouve  écarte  de 
la  marche  et  les  comtes  de  la  marche  promettent  de  reconnaître 
le  roi  de  l'Yance  dès  que  les  circonstances  le  permettront  ;  plus 
précisément,  dès  que  le  roi  de  Lombardie,  auteur  du  traité  de  928, 
consentira  par  un  traité  nouveau  et  régulier  à  laisser  le  roi  de 
France  s'établir  comme  roi  de  Viennoise.  En  attendant,  les  actes 
privés  continuent,  sous  le  régime  provisoire  de  cette  entente  de 
931,  comme  sous  celui  du  traité  de  928,  à  mentionner  le  règnetou- 
jours  florissant  de  Louis  TAveugle.  Le  dernier  en  date  de  ces 
actes,  pour  le  Viennois  proprement  dit,  est  du  2  juillet  932  '.  Raoul 
aurait  pu  attendre  longtemps  la  bonne  volonté  du  roi  de  Lombar- 
die, car  celui-ci  n'avait  aucun  intérêt  à  modifier  en  faveur  de  la 
France  l'état  de  choses  créé  par  lui  en  928.  Le  roi  de  France 
profita  alors  des  embarras  qui  vinrent  fondre  sur  le  roi  de  Lombar- 
die en  932  et  933  pour  s'emparer  par  un  coup  de  force  de  la  marche 
de  Viennoise.  Dès  932,  il  se  rend  maître  du  Lyonnais  ;  puis,  du 
Viennoisproprementditen933,aprèsle  ISmars  *.Eneiret,  Hugues 
qui  était  entré  en  roi  à  Rome,  avec  l'idée  probable  de  recevoir 
la  couronne  impériale  du  fils  de  Maruccia,  s'était  vu  obligé  de 
quitter  un  peu  vivement  le  château  Saint-Ange  et  sa  maîtresse  en 
sautant  du  mur  d'enceinte  vers  les  prati,  dans  un  filet  iendu,  pour 
fuir  la  révolte  des  Romains  excités  dans  leur  orgueil  j)ar  le  jeune 
Albéric  imprudemment  souflleté.  Quand  Hugues  rentra  chez  lui, 

1.  «  Uboldus  rogatus  scripsit...  datavit  VI  nouas  julii.  aiiiio  XXXII  iinpe- 
rii  (loinni  Ludovici  imperatoris  »  [Cari.  Saint-Barnnrd  de  lionuins,  2''  éd., 
n**  12).  H  s*agil  là  de  l'ancicu  notaire  de  la  chancellerie  impériale,  cha- 
noine de  Saint-Maurice  de  Vienne. 

2.  î)33.  «  Vienna  Rodulfo  régi,  tradentibuseam  hisqui  eain  lenehant,  dcdi- 
lur»)  (Flod.,  933;  éd.  Laucr,  p.  55).  Poupardin,  p.  231,  n.  2,  observe  que  ce 
fait  est  placé  parFlodoard  après  la  bataille  de  Merseboiirg,  c'est-à-dire  îq)rcs 
le  15  mars.  Pour  le  Lyonnais,  Ch.  de  Cluny^  n°»239,  255,  257,  258,  442,  411. 


132  LA    PROVENCE  DU    PREMIEh    AU    XII*   SléCLE 

SOS  lidèlos  Lombards  avaient  profité  de  cette  aventure  pour  con- 
vier son  prédécesseur  Rodolphe  II  de  Jurane  à  venir  reprendre 
le  rovaume  el  il  s'ajj^issait  de  parer  aux  événements  '.  Ce  fut  le 
moment  choisi  par  le  roi  Raoul  pour  s'installer  en  Viennois,  par 
trahison.  Au  milieu  de  ces  diflicultés,  Hugues  ne  pouvait,  semble- 
t-il,  qu'accepter  le  fait  accompli.  Désormais,  le  nom  de  Louis 
rAveu<^le  disparaît  des  actes  du  Viennois  :  le  trône  cesse  de 
va([uer  et  Raoul  Toccupe  jusqu'à  sa  mort  (  "{•  to  janvier  936).  Par 
suite,  les  actes  y  mentionnent  son  règne,  non  pas  bien  entendu 
comme  roi  de  France,  mais  comme  roi  de  la  marche  viennoise, 
k  dater  de  sa  prise  de  possession  en  933  -, 


Le  (hichv  de  Provence  au  roi/riume  de  Bourgogne  el  en  pos- 
session  du  roi  Hugues 

(931-917) 

Dès  que  le  roi  de  Lombardie  fut  menacé  de  la  concurrence  du 
roi  de  Jurane,  il  se  hâta  de  le  désintéresser  d'une  entreprise 
aléatoire  en  lui  donnant  un  gain  immédiat  et  assuré  :  il  dut 
sacrifier  le  royaume  de  Provence  où  la  marche  de  Viennoise 
venait  de  lui  échapper  définitivement.  L'expression  dont  se  sert 
Liudprand  pour  faire  connaître  la  substance  du  traité  offre  la 
plus  grande  précision  :  le  roi  de  Lombardie  cède,  dit-il,  à  celui 
de  Jurane  <«  toute  la  terre  »  qu'il  possédait  au  delà  des  Alpes  avant 

l.   Liudpraml,  Antnpod..  lib.  III,  S  4r»,  iC.  i8. 

'2.  |inai  î):^'»  ..."  aniio  II  rcf-nanlc  Radulfo  rojjro  Vicnense  »  [Cluny,  n*»  i37\ 
'oololuc  0:^.")  ...  .'  aniioll  rcniiniilo  Hadiilfo  ro^^c  VioniUMisi»  «>  ;(;/m/i?/.  n» 
WX .  Cf.  Poiipardiii,  p.  'l'.W,  noti'  i.  Ces  <loii\  actes  pmvioniiont  du  Viennois 
propriMueid  dif  ;  on  (M1  a  aussi  pourle  Lyonnais, ipiidépendai!  de  la  maix-lie 
Vienn(»is<'  el  «pii  i)arail  avenir  élé  occupé  dès  932  effectivemeut  par  Raoul 
[Cluny,  n«'»239,  2o:i,  257,  2;i8,  411,  442.) 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  133 

de  ceindre  la  couronne  de  fer  *.  Si  Ton  se  reporte  à  la  période  de 
912  à  926  ainsi  rappelée,  on  sait  que  Hugues  était  alors 
duc  de  Provence  et  marquis  de  Viennoise  :  suivant  le  nouveau 
traité  dont  parle  Liudprand,  le  roi  de  Lombardie  cède  donc  le 
duché  de  Provence  qu'il  possédait  encore  et  la  marche  de  Vien- 
noise qu*il  ne  possédait  plus.  Il  ne  la  possédait  plus,  puis- 
qu'il Tavait  concédée  en  928  quand  le  trône  de  Provence 
était  vacant,  et  puisque  le  roi  de  France  venait  d'y  inaugurer 
son  règne.  Hugues  mettait  donc  aux  prises,  en  bon  politique,  le 
roi  de  France  qui  venait  de  l'occuper  sans  son  aveu  et  le  roi  de 
Jurane  à  qui  il  la  cédait.  En  cédant  le  duché  de  Provence  et  la 
marche  de  Viennoise,  le  roi  de  Lombardie  ne  cédait  rien 
des  biens  si  considérables  qui  constituaient  son  domaine  parti- 
culier et  privé  en  Provence  et  en  Viennoise.  On  en  connaît  Texis- 
tence  aux  comtés  de  Fréj us,  de  Riez,  de  Gap,  de  Vaison,  d'Apt, 
d'Orange,  de  Saint-Paul,  de  Die,  de  Vienne  et  de  Lyon.  Ce  domaine 
privé,  composé  de  nombreuses  villes  et  églises  rurales,  il  continue  à 
en  disposer,  à  titre  de  propriétaire.  Selon  une  détermination  déjà 
constatée  plus  haut  à  propos  des  comtés  qui  lui  appartenaient  en 
Viennoiset  en  Provence,  dans  la  Viennoise  il  distribuera  ce  domaine 
par  des  libéralités  entre-vifs,  soit  en  faveur  de  ses  parents  de  Savoie, 
soit  en  faveur  des  églises*  ;  mais,  en  Provence,  il  le  conservera  jus- 

1.  «<His  temporibus  Italienscs  in  Rurgundiam  ob  Rodulfum,  ut  advoninl, 
mittiint.Quo<l  Hugo  rex  ut  agnovit,  nuntiis  ad  eundem  directis,  omiuMii  ter- 
rain quam  in  Gallia  anic  regni  susccptionem  tenuit  Ilodulfo  dedil,  al({ue 
ab  iK)  jusjurandum,  nealiquando  iu  Italiam  veniivt,  accepit.  »  Liudprand, 
Antapod.,  lib.  III,  §  48). 

2.  Pavic,  8  mars  934.  «  Hugo  et  Lotharius  gratia  Dei  reges...  pro  amore 
Di»i...  remedioque  animarum  nostrarum  seu  patris  et  matris  nostre  Teu- 
baldi  scilicet  et  Bcrte...  >»  donnent  à  Ciuny,  dans  le  comté  de  Lyon,  •<  duas 
curtes  JL'nE  proprietatis  nostiivK...  »  [Cluny,  i\^  417,.  (k'tte  donation  d'un 
domaine  privé  tenu  par  les  rois  de  Lombardie  comme  propriétaires  fut 
appn)uvée  régulièrement  par  le  pape  Léon  Vil  en  937  .Ihid,,  n®  478  et  par 
le  roi  de  France  Louis  d'Outremer  le  20  juin  939   ILid.,  n*»  499  . 

Cet  acte  est  antérieur  au  traité  de  934,  comme  lesdonations  en  faveur  de 
Saint-Chef  du  12  novembre  928  {Ilist  de  Fr.,  IX,  090  et  en  faveurde  Saint- 
Barnard  du  25  novembre  928  (Car/,  de  Saint-Barnard,  2*  éd.,  n®  1 1  ;  mais 
le  suivant  est  postérieur. 

Pavie,  24  juin  936.  «  Hugo  et  Lotharius  gratia  Dei  reges...  Hugoni  comiti 


131  LA       PrtOVENCK    DU    PREMIER    AU    Xll**    SIÈCLE 

qu'il  sa  mort  pour  le  (ransmeltropar  teslamont  à  sa  nièce,  Berto  ^ 
En  cédant  le  duché  et  la  marche,  le  roi  deLombardie  ne  cède  même 
pas  les  comlés  particuliers  cjue  ses  proches  continuaient  à  y  pos- 
séder. Ce  domaine  public,  ses  parents  le  conservent.  En 
somme,  l'abandon  fait  à  la  Jurane  avait  uniquement  pour 
objet  le  duché  et  la  marche,  qui  réunis  formaient  le  royaume 
de  Provence.  Elle  avait  donc  uniquement  pour  objet,  en  fait, 
l'autorité  royale  vacante  depuis  928  et  tous  les  droits  découlant 
de  la  souveraineté  :  notamment,  le  domaine  public  du  lise,  la 
{^arde  des  é*^lises  principales  et  la  disposition  des  offices  ou  des 
fiefs  vacants.  Les  comtes,  qui,  dans  les  pays  cédés,  étaient  en 
possession  d'un  comté,  chan{;eaient  de  seigneur  et  retrouvaient 
un    souverain. 

Désormais,  les  rois  de  Bourgogne  jurane  étaient  égtilement  rois 
de  Provence. 

Il  importe  de  déterminer  à  quelle  époque  intervient  ce  traité 
entre  Rodolphe  II  et  Hugues.  Précédemment  on  a  constaté, 
grâce  aux  actes  privés  du  Lyonnais  et  du  Viennois,  ([ue  la 
vacance  du  trône  dans  la  marche  prend  lin  ou  moment  où  le 
roi  de  France  se  fait  reconnaître  comme  roi  de  Viennoise, 
soit  en  Lyonnais  en  932,  soit  dans  le  Viennois  propre- 
ment dit  en  933.  Par  les  actes  privés  du  duché  de  Provence, 
on  saura  donc  à  quelle  date  le  royaume  de  Provence  a  été  céilé 
par  le  roi  de  Lombardie  à  celui  de  Jurane,  ou  plutôt  <'i  quelle 
date  celui-ci  en  a  pris  possession.  En  fait,  les  deux  derniers  actes 
connus  qui  soient  délivrés,  le  trône  vacant,  sont  datés  d'Arles  en 
juin  933  et  le  18  juin  931 '.  Après  eux,    on  connaît  un  acte  du 

v[  k.irisHiino  nostro  iiepoli  cpiiiiulam  corlein  noslram,  infra  ro^num  Bur- 
l^niiulio  alipu?  in  coinitalii  ViumuMitio  adjaceatiun  (jne  uoiniiialur  ElleviMisi\. 
IH-:  NOSTHO  jriiii  i:r  noMiNio...  \(lart.  Saint- Maurice^  ii*»  M,  —  Saint-Antlré-le- 
Jii'ift,  A)>|HMi(1i\  i'Z*). 

1.  Voir  plus  haut,  p.  123,  ii.  2. 

2.  Arles,  juin  [0:î3j,  l'an  XXXIII  do  Louis  TAvou^lo  :  «  Fnela...  in  Arclale 
civitalc,  publiée,  in  nions»' junio,  anno  XXXIII,  ro{^nante  Ludoico  roj;o  ot 
iniporaloro,  illio  Howoni  ivj^^is  ».  i/#a//.  Christ,  nnvin.  :  Arles,  n*»  21  i,  col. 
yO-i()():.  LVditoui-  dalo  à  tort  do  92:J,  le  texte  ost  explicite. 

Arles,  l«juin  [OiViJ,  Tan  XXXI V  de  Louis  rAvcugle  :  cFacta...  in  Arelatc 


LE   ROYAUME   DE    PROVENCE  VIENNOIS  135 

Diois  daté  du  samedi  l^'  août  et  du  règne  de  Rodolphe  *  :  à  sup- 
poser que  cet  acte  concerne  Rodolphe  II,  et  non  Rodolphe  III, 
on  peut  le  restituer  au  1®'  août  [935].  Le  traité  intervenu  entre 
les  rois  de  Lombardie  et  de  Jurane,  portant  la  cession  du 
royaume  de  Provence  à  ce  dernier  et  la  mise  en  possession  du 
duché  de  Provence,  serait  intervenu  entre  le  18  juin  93i  et  le 
1"  août  935,  plutôt  en  934  qu'en  935.  A  titre  de  contrôle,  on 
peut  observer  que  Liudprand  groupe,  dans  le  même  paragraphe, 
ce  traité  avec  Tannonce  du  fait  que  le  roi  de  Germanie  Henri, 
ami  de  Hugues,  jouissait  alors  en  Italie  de  la  plus  grande  répu- 
tation parce  que,  guerroyant  seul  contre  les  Danois,  il  venait  de 
les  soumettre  à  un  tribut  2.  Or,  la  campagne  de   Henri   contre 

civitate,  publiée,  XIV  Kalendas  julii,  anno  XXXIIII  régnante  et  imporante 
llludovico,  fllio  Bosoni  régis  »  [Cari,  de  Saint-Viclor^  n»  1040.  —  GalL 
novlis.,  Marseille,  n^  64).  Les  éditeurs  datent  à  tort  do  924  ce  texte,  qui  est 
cependant  bien  explicite  comme  lo  procèdent. 

1.  Dono  ad  ecclesiam  S.  Mariae...  in  cpiscopatu  Uzetico,  in  loco... 
Casanova...  unum  mansum...  in  loco...  Montemcalvi  in  cpiscopatu  Dicnse... 
Pacta  iu  feria  III,  kal.  augusti  luna  prima,  régnante  Kodulfo  rcge  (Dom 
Vaisscte,  IIUL  du  Languedoc,  2«  éd.,  t.  IV,  n^  XII,  p.  :i4,  et  t.  V,  158,  n*»  55, 
§  IV.  Cf.  Poupardin,  p.  231,  note  4.  Poupardin  rétablit /ena  VU,  au  lieu 
de  feria  III), 

Le  samedi  i*f  août  répond  à  la  lettre  dominicale  D  (jui  concorde  avec  les 

«nnées  918,  929,  935,  940, 996,  1002,    1013,  1019,    1024,  1030.  D'autre 

part,  la  lune,  nouvelle  au  l**"  août,  répond  au  nombre  d'or  8  qui  ne  concorde 
avec  aucune  de  ces  années.  Etant  donnée  cette  difflcullé,  il  faut  s'en  tenir 
à  la  concordance  certaine  du  jour  de  la  semaine  avec  le  quantième,  ce  (jui 
pour  Rodolphe  II  suppose  forcément  Tan  935.  Le  nombre  d'or  8  concorde 
avec  919,  938,  957,  976,  995,  1014  et  1033.  L'erreur  dans  le  calcul  de  lu  lune 
•'observe  fréquemment  dans  les  actes  do  cette  époque  :  le  nombre  d'or  19 
répondrait  à  une  lune  nouvelle  le  30  juillet,  le  nombre  d'or  10  h  une  lune  nou- 
velle le  2  août  et  lo  nombre  d'or  5  h  une  lune  nouvelle  le  3.  (]omme  l'erreur 
peut  aller  facilement  jusqu'à  deux  jours,  il  convient  do  voir  ([uelles  années 
tombent  ces  nombres  d'or  qui  sont  les  plus  approchants  ])our  In  lune  nou- 
velle au  i^'août.  Le  nombre  d'or  19  tombe  en  930,  949...  987,  1000,  1025  ; 
le  nombre  d'or  16,  en  927,  946,...  984,  1003,  1022  ;  le  nombre  d'or  5,  en 
916,  935,  954...  992,  1011,  1030.  Parmi  toutes  ces  possibilités,  les  seules  (|ui 
coïncident  avec  les  années  où  tombe  la  lettre  0  sont  celles  du  nombre  d'or 
5  en  935  et  1030.  L'acte  est  donc  du  samedi  1*^  août  [03:>|  s'il  s'agit  de 
Rodolphe  II,  ou  du  samedi  1«'  août  [1030],  s'il  s'agit  de  Rodolphe  III. 

i.  Conrad  avait  non  seulement  deux   sœurs,    Judith  et    Adélaïde,  mais 
onooro  un  frère,  Rodolphe  (Précepte  du  8  avril  962;  Cluny,  1127). 


llMi  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XU®    SIÈCLE 

Gorin,  roi  <les  Danois,  qui  se  termina  par  la  victoire  de  Schles- 
\vi*^,  U;  haptcine  d.^s  vaincus  et  la  constitution  de  la  marche  jifcr- 
nîani(|uo  du  Schlcswi^  eut  lieu  précisément  en  93i  :  la  nouvelle 
de  cette  eainpa«,'ne  retentissante  et  la  gloire  qu'elle  acquit  au 
vain(|ueur  ne  purent  se  répandre  pleinement  en  Lombardie  avant 
l'été  ou  Tautomne  en  931  '.  Il  y  a  pour  Liudprand  coïncidence 
absolui»  avec  la  date  du  trait.»  relatif  à  la  Provence  :  c'est  seule- 
ment dans  le  para«;raphe  suivant  qu'il  parle  de  la  tentative  d'Ar- 
nulf  duc  de  Bavière  pour  enlever  la  Lombardie  k  Hugues  et 
cette  tentative  se  produisit  en  935. 

Moyennant  la  cession  du  royaume  de  Provence,  Hugues  exi- 
geait de  Rodolphe  U  ce  que  Béranger  avait  jadis  exigé  de  Louis 
l'Aveugle  et  de  lui-même  avec  succès,  c'est-à-dire  le  serment  de 
ne  jamais  plus  venir  en  Lombardie.  Le  roi  de  Jurane  tint  ce 
solennel  engagement  et  il  ne  taixla  pas  à  mourir  i -{•  1 1  juillet  937), 
ce  (|ui  était  encore  plus  sûr  pour  Hugues.  Fidèle  à  sa  méthode, 
le  roi  de  Lombardie  se  hAtait  en  Jurane  pour  épouser  la  reine- 
veuve  à  laquelle  il  ne  laissait  pas  le  loisir  de  pleurer  son  premier 
époux  et  par  surcroît  il  en  donnait  laiilleà  son  fils  (12  décembre 
937  i  -.  Son  but  n'était  évidemment  pas  d'avoir  une  femme  de 
plus,  mais  de  dominer  la  Jurane  et  de  mettre  la  main  sur  l'héri- 
tier du  royaume,  Conrad,  un  enfant  qui  ne  pouvait  avoir  plus 
d'une  dizaine  d'années,  puisque  son  père  s'était  marié  en   912  'K 

1.  M  ...  lltMiiricuin...  ivj^^om  forlissiinum...  ciijiis  ex  hoc  a]nKl  Halos 
inaxiino  tint  claukbat,  (|iiod  Danos...  soins  ipse  dobollarot  ac  tril)u- 
larios  faccn»!...'»  Liinlprand,  Anfapod.^  lit).  III,  îj  48j.  L'emploi  dos  mots 
ïiN»:  r  Li  ri' hn  f  i*i  l'oniploi  do  debollarel...  facrret^  h  l'imparfait  du  subjonctif 
an  liiMi  du  plns-qin»-parfail,  indique  hx'»s  clairement  ([u'il  s'aj^it  d'un  fait 
«•onleiiiporain  et  non  pas  antérieur  à  l'épocpie  du  traité  (pie  concerne  le 
réeil  de  riiislorien.  .Vu  paraj^-raphe  suivant,  il  passe  à  l'arrivée  d'.Vrnaud 
sir   dued<»  Bavière    et   de  (^arinlliie  ipii   date  de  93'). 

•J.  Voir  N's  lextes  relatifs  à  la  eampa«,'ne  contre  les  Danois  dans  Ricli- 
{oi\Afui:ilrn  des  (ieuslchcn  Ueichs.  III  ahteilunj?,  ester  band,  Halle,  1890, 
p.  20,  luWe  .1, 

'.\.  (Colombier,  12  décembre  938.  Préceptes  de  constitution  de  dot  pour 
Merle,  veu\e  de  Rodolphe  II,  et  leur  lille  Adélaïde  (ForschuiKjen  z.  il, 
(icsch.,  t.  I\,  p.  30:i  ;  Cnd,  dipl.  Lanf/ob.,  n»  DLII.  —  Cf.  Poupardin,  p.  23H, 
note  A  \  —  C^(dombier-sur-Mor|^es,  canton  de  Vaud  [Dict.  postal  de  la 
Suisse,  Hern,    1890,  p.  86). 


LE    ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  137 

Depuis  le  traité  de  934  qui  unissait  le  royaume  de  Provence  à 
la  Jurane,  cette  mainmise  était  encore  plus  désirable  pour 
Hugues  :  si,  par  malheur,  les  petits  Conrad  et  Rodolphe  venaient 
d'ailleurs  à  disparaître,  le  mariage  du  lîls  de  Hugues  avec  la  fille 
de  Rodolphe  II  ne  pouvait  manquer  de  faire  rentrer  la  Provence 
et  même  de  faire  passer  la  Jurane  par  surcroît  entre  les  mains 
du  roi  de  Lombardie.  Par  malheur,  cette  fois-ci,  le  politique  fut 
joué  malgré  toutes  ses  précautions.  Cette  union  de  la  Provence, 
de  la  Lombardie  et  de  la  Jurane  pouvait  être  menaçante  pour  la 
Germanie.  Otton  I*'',  qui  venait  de  monter  sur  le  trône  (2  juillet 
936),  laissa  la  veuve  à  Hugues  ;  mais  il  parvint  ti  se  faire  ame- 
ner par  surprise  le  jeune  Conrad  et  il  le  garda  auprès  de  lui  K 
C'était  donc  le  roi  de  Germanie  et  non  celui  de  Lombardie  qui 
jouait  le  rôle  de  régent  du  royaume  de  Jurane  et  de  tuteur  du 
jeune  roi.  Il  va  de  soi  que,  cependant,  cette  régence  ne  pouvait 
s'étendre  au  delà  de  la  Bourgogne  jurane  proprement  dite.  La 
marche  de  Viennoise  était  restée  au  roi  de  France,  Raoul,  jusqu'à 
sa  mort  (-j- 15  janvier  936).  Après  lui,  Louis  IV  d'Outremer  fut 
sacré  roi  de  France  le  19  juin  936  :  on  observe  alors  la  même 
difFérence  que,  de  932  à  933,  entre  le  Lyonnais  et  le  Viennois 
proprement  dit.  De  suite,  le  Lyonnais  reconnaît  Louis  d'Outre- 
mer ^,  comme  le  montre  un  acte  du  Cartulaire  de  Savigny  : 
quant  au  Viennois  proprement  dit,  le  trône  y  demeure  vacant  ^. 


1.  «...  in  Burgundiam  proficiscilur  habens  socum  Conradum  filiiim 
RodulG  i-egis  Jurensis  qucm  jamdudum  dolo  captum  sibique  adduclum 
retincbat...  »  (Flodoard,  Ann.,9M  ;  Script.,  III,  p.  387). —  «  Hex  autem  dédie 
in  diem  profîciens  patcrno  regno  nequaquam  est  conlentus,  sed  abiil 
Burg-undiam,  regem  cum  regno  in  suam  accepit  potestatem.  lliigonem 
altcrum  armis  cdomuit,  sibi  subjectum  fecit;  cujus  fibulam  aureani  rej^i 
dono  concessam  gcmmarum  varielate  mirabilem  videmus  in  altari  proto- 
martiris  Stcphani  rutilantem  »  (Widukind,  lies  geslœ  saxonicœ,  1.  Il,  c.  35; 
Script,,  m,  447;  Patr.  lat,,  t.  137,  vol.  176). 

2.  Ch.  deCluny,  n»«  463,  482,  491  (938),  518.  531,  564,  701.  —  Cari, 
de  Savigny,  n» 68  (mardi,  3  janvier  [937J  :  quandoLudovicus  rex  Frauconiin 
cœpit  regnare),  n°  33. 

3.  Vienne,  juillet  937.  «  Dcum  regnantem,  regem  espitanlem  »>  {Clunt/, 
n«  476). 


138  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^    SIÈCLE 

On  doit  probablement  en  dire  autant  du  Valentinois  de  rive  droite 
et  duVivarais.  Il  fallut  que  le  roi  de  France  vînt  de  sa  personne  à 
Vienne  en  941  pour  s'y  faire  reconnaître  par  les  comtes  et  par 
Charles  Constantin  à  leur  tête  *.  Pendant  ce  temps,  il  est  évi- 
dent que  le  duché  de  Provence,  depuis  la  mort  de  Rodolphe  II, 
86  trouvait  dans  les  mains  du  roi  de  Lombardie,  au  même  titre 
que  la  Jurane  dépendait  du  roi  de  Germanie,  o*est-à-dire  au  nom 
du  jeune  Conrad.  Mais  le  roi  de  Germanie  ne  se  contenta  pas 
longtemps  de  dominer  la  Jurane  seule  au  nom  de  son    protégée. 

Pendant  Tété  de  9i0,  accompagné  précisément  de  Conrad  -, 
il  vient  soumettre  la  Bourgogne,  se  porte  jusqu'à  la  Seine  et 
réduit  Hugues  le  Noir  à  Tobéissance  ^.  Hugues  le  Noir  était  à 
lo  fois  duo  de  Bourgogne  française  dans  le  royaume  de  France, 
comte  de  Lyonnais  dans  la  marche  de  Viennoise  et  marquis  de 
Bourgogne  (Besançon)  dans  la  Jurane;  il  est  certain  que  de  937 
à  940,  il  avait  été,  partout  où  il  lavuitpu,  ouvertement  favorable 
au  roi  de  France  et  contraire  au  roi  de  Jurane  que  couvrait  I  égide 
de  la  Germanie.  A  dater  de  940,  il  est  obligé  de  rester  soumis  à 
Conrad  dans  son  comté  de  Bourgogne,  comme  il  Tétait  dans  son 
duché  et  en  Lyonnais  au  roi  de  France  :  sa  situation  était  com- 
plexe, le  roi  de  Germanie  l'oblige  simplement  à  la  neutralité. 

Après  avoir  fait  reconnaître  Conrad  en  940  dans  le  bassin 
du  Doubs,  c'est-à-dire  dans  le  comté  de  Bourgogne  dépendant  de 
Hugues  le  Noir,  le  roi  Otton  complète  son  œuvre  en  912.  Cette 
année,  en  septembre  ou  octobre  \  il  se  rencontra  sur  la  Meuse, 
probablement  à  Voyse,  avec  le  roi  de  France,  et  les  deux  sou- 

1.  9il.  u  Ludoviciis  rox  a  Karlo  C4ons(antino  in  Vienna  recipitur  ot  Aqui- 
tniii  ad  oiim  viMiiiiiil  illiimquo  suscipiunt  »  (Fiodoard,  Annalea,  041;. 

2.  Entre  lo  13  juillet  et  lo  ITi  Heptombre  (Hichter,  p.  45,  note  de  940'. 

a.  OU).  «  Et  pustea  Ilug,  filiu»  Riehartli  venit  n  (Ann,  ^i/iffc//.,040).  — 
«  !Iuf>:oneni  alteruin  arniis  edomuit  ac  «ibi  siibieotum  fecit  >»  (Widuk.,  II,  35). 
—  (t  Cnstrn(|iie  inctatus  supra  Set]uanain,  obttides  ab  Ilu^j^ne  nigro  accepil 
cum  juramento  noesset  noeumenio  IIu^)ni  vol  Ueriberto  qui  se  aubdidcrant 
oidem  Olhonis  n^Klod.,  Ann.,  040).  (!f.  Hichter,  p.  44,  note. 

4.  Hichtor,  [>.  V7,  n.  do  042. 

0i2.  «t  LudowiouH  rex  Othoni  régi  obviam  proftciscltur  et  amicabiliter 
se  muluo  suscipientos  amicitiam  suani  ûrmant  conditiouibus  »  (Flod.,  Ann.}, 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  139 

verains  réglèrent  leurs  différends  par  un  traité  durable.  Le 
royaume  de  France  occidentale  abandonnait  la  Lorraine  au 
royaume  de  France  orientale,  c'est-à-dire  à  la  Germanie,  et,  de 
plus,  la  marche  de  Viennoise  au  royaume  de  Bourgogne  jurane  K 
En  retour,  celui-ci  laissait  au  royaume  de  France  les  comtés 
d'Uzège  et  de  Vivarais,  sur  la  rive  droite  du  Rhône.  Ces  clauses 
qui  concernent  le  royaume  de  Bourgogne  et  de  Provence,  on  les 
chercherait  vainement  dans  les  annales  ;  elles  rcssortent  du 
mode  de  dater  les  actes  privés.  L'histoire  de  cette  époque  s  écrit 
en  utilisant  les  sources  diplomatiques  qui  précisent  et  complètent 
les  indications  générales   données   par  les  sources   narratives. 

En  Lyonnais,  donc,  le  dernier  acte  qui  conserve  l'indication  du 
règne  de  Louis  d*Outremer  émane  du  comte  Hugues,  c'est-à-dire 
du  prince  qui  était  duc  de  Bourgogne  française  et  marquis  de  Bour- 
gogne en  Jurane  :  cet  acte  est  daté  du  jeudi  2 1  avril  [9i2J ,  Tan  VP  de 
Louis  ^.  Le  premier  acte  émané  du  môme  comte,  qui  innove  en 
Lyonnais,  le  règne  de  Conrad,  date  du  23  avril  1)43  3.  En  Vien- 
nois, le  premier  acte  qui  mentionne  le  règne  de  Conrad  émane 
du  vicomte  de  Vienne  Ratburn,  et  se  trouve  daté  du  samedi 
!•'  octobre  [942],  Tan  IV«  du  règne  *. 

Dans  le  Valentinois  de  la  rive  droite,  le  dernier  acte  mention- 
nant le  règne  de  Louis  d'Outremer  est  de  l'an  VII**,  c'est-à-dire 


1.  C'est-À-dire  le  Lyonnais,  le  Viennois,  le  Graisivaudan,  le  Valentinois 
4o  la  rive  droite  et  le  Vivarais, 

3.  Cluny^  n*»  544...  «  ego  Hugo  l)ei  nutu  cornes  Domini  noslri  Jcsu 
Christi  et  servus..»  in  pago  Lugduncnse,..  »  Don  de  Romans,  Ain,  arr, 
Trévoux,  Dans  cet  acte.  Tan  de  règne  est  donc  compté  h  dater,  non  pas  de 
Tavônement  (15  janvier  936)  mais  du  sacre  (19  juin  930)  de  Louis  d'Outre- 
mer :  M.  Giry  n'avait  pas  eu  occasion  de  le  ren>ar(iuer  {Manuel  do  ilipL^ 
p.  729}.  Le  8  décembre  [9i2],  on  ne  mentionne  plus  lo  règne  de  Louis 
(Càrl,  de  Savigny,  n«  100). 

3.  Cluny,  n»'  427,  628.  Don  de  Bouligneux,  Ain,  canl.  Villars,  arr. 
Trévoux. 

Cf.  C^rt.  deSavigny,  n°»  40,  46,  55,  57,  62,  65. 

4,  Saoïedi,  1""  octobre  [942]...  «  in  pago  Vienonso  in  villa...  Landadis... 

die  sabatokalcndisoctubris  annos  lUl  régnante  Gonrado  rege »  [Cluny^ 

«•»  546J, 


140  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

d'un  mardi  d'avril  942  ou  943  *.  Le  Lyonnais  et  le  Viennois 
venaient,  sur  la  rive  gauche,  de  passer  du  roi  de  France  au  roi  de 
Jura  ne  :  mais  les  comtés  d'Uzège  et  de  Vivarais,  sur  la  rive 
droite,  restaient  au  premier  d  entre  eux.  On  a  des  actes  pas- 
sés dans  ces  deux  comtés  et  datés  de  son  règne,  puis  de  celui 
deLothaire  ',  Le  Valentinois  et  le  Viennois  de  rive  droite  ont  suivi 

1.  Manli  d'avril  '0A2j.  «  iii  villa...  Chaliaiio,  in  vicaria  Subdionense...  in 
mense  aprili,  fcria  lll»,  anno  VII"*»,  remuante  Ludovico  rege...  »  [Cari.  Saint- 
Cha/fre,  ii"  C-CCXXVlir.  Cotte  date  est  comptée  à  partir  de  ravènemeril 
an  15  janvier  03r>  ;  si  elle  Tétait  à  dater  du  sacre,  au  19  juin,  il  faudrait 
rétablir  avril  '9i3|.  Le  n°  CCCXXX  porte,  de  son  côté,..  «*  in  pago  Valenti- 
nensi,  in  vicaria  Subdionensi,  in  aice  de  villa  Cornatis  sive  Calliario...  » 
L'identification  de  (Ihaliano  ou  Calliario  (?)  s'impose  donc  avec  le  hameau 
de  (Ihalian  (commune  Saint-Homain  de  TAir),  limitrophe  au  terroir  de  Cor- 
nas :  dans  la  commune  de  Cornas  elle-même  coule  Icruisseau  de  Chaliac  (?j, 
qui  provient  du  hameau  Feuilles  xxi-29  et  xxii-29,  qui  donnent  la  forme 
Chahan  pour  le  hameau  et  Chaliac  |>our  le  ruisseau).  Ces  localités  se  trou- 
vaient bien  dans  la  viguerie  de  Soyons  (cant.  Saint-Péray,  arr.  Tournon, 
Ardèche)  et,  par  consé({uent,  en  Valentinois. 

2.  Pour  rUzèfje,  il  suffit  de  citer  :  [951-952;...  «  in  pago  Uzelico,  in  valle 
Vuarnense  in  villa  Alberna...  Actum  Uzetico  civitate,  anno  XVI,  régnante 
llludovico  rege  »[CUiny,  n^HlT).  Ce  pays  reste  désormais  acquis  au  royaume 
de  France.  L'acte  relatif  à  l'Uzège,  passé  à  Arles  au  mois  d'août  Tan  XLVlll 
du  règne  de  Conrad,  mentionne  ce  régne,  parce  qu'il  est  écrit  en  Provence 
[Gall.  noviss.,  Arles,  n»  290). 

Pour  le  Vivarais,  on  possède  deux  actes  datés  du  règne  de  Conrad  : 
c'est  exceptionnel.  Le  [)r(.»mier,  du  27  septembre  Tan  XXXI,  concerne  la 
donation  à  (]ruas  de  biens  sis  à  Baix.  Cette  donation  eut  lieu  à  Cruas, 
c'est-à-dire  en  Vivarais:  elle  fut  écrite  en  présence  de  l'archevêque 
d'Arles  par  le  moine  arlésien  Nortald,  qui  reparait  h  Arles  le  26  novembre, 
l'année  suivante  (Albanès,  Ga//.  noviss,^  Arles,  n«273).  Le  second  concerne 
Kompon  placé  entre  le  ruisseau  de  Monteillel  au  nord,  le  Hhône  h  l'est 
et  rOuvèze  au  sud;  cette  localité,  avec  Lavoulte,  forme  la  limite  du 
Vivarais  au  nord  sur  le  Rhône  et  elle  est  limitrophe  des  localités  valen- 
tinoises  de  Saint-Laurenl-du-Pape,  Beauchastel  sur  la  rive  droite,  Livron 
et  Loriol  sur  la  rive  gauche.  Peut-être  cette  situation  sur  les  confins  est- 
elle  cause  ((u'on  a  mentionné  le  règne  du  roi  de  Bourgogne  et  non  pas 
celui  du  roi  de  France.  Les  donateurs,  Silvion  et  sa  femme  Wille,  sont 
d'ailleurs  des  Viennois  et  les  plus  anciens  représentants  de  la  maison  de 
Clérieu.  '^970,  979  ou  9S1J.  .<  Silvius  et  uxor  mea  Guuilis...  et  filius  nosler... 
Willelmus...  in  [)ago  Vivariensi  in  agro  Albanense,  in  monte...  Rumpone.., 
a  solis  orlu...  Rodano,  a  solis  occasu  rivo...  Cambaico,  ab  aquilone  rivo... 
Montelisio  de  alio  latus  ad  vento  aqua...  Obvisio...  régnante  Chonrado 
rege  anno  XL  )i  (Cluny,  n"^  1434).  Tous  les  autres  actes  paraissent  unanimes 


lÊ   tiOl^AU^IE   DÉ  PllOVÈNdE   VIENNOIS  14l 

à  ce  moment  le  sort  du  Valentinois  et  du  Viennois  de  rive  gauche. 
Par  contre,  le  Lyonnais  de  rive  droite  a  suivi  le  sort  de  i'Uzège 
et  du  Vivarais  ^ 

à  indiquer  le  règne  des  rois  de  France,  jusqu'au  début  du  xi'  siècle  :  [045- 
946).  «  in  pago  Vivariensi  in  villa  Albanense...  anno  X  rognante  Ludovico  » 
(Cari,  de  Saint-Cha/fre,  n»  CGCV).  [948-949].  —  «  in  pago  Vivariensc,  seu 
Albense,  in  aice  Legernatcnse...  anno  XIII  régnante  Ludovico  rege  »  (Clunt/, 
n«725).  —  Mardi,  de  juillct[956],  «  in  villa  Arlis,in  pago  Vivariensi,  in  vicaria 
Mariatensi...  mense  julio,  feria  III,  rognante  Lothario  rege  anno  II  »  (Cart. 
de  Saint'Cha/frey  n°  CCLXXVII).  —  Jeudi  de  janvier  [963J.  «  in  pago  Viva- 
riensi, in  vicaria  Pratelliensi,in  villa...  Escolenco...  feria  V,  mense  januario 
[anno]  IX  régnante  Lothario  rege  »  (//>ic/.,no  CCCXII).  —  985...  «  Anno  ab 
incarnatione...  DGCCGLXXXVindictione XIII, rognante  Lothario...  Becolo... 
in  pago  Vivariensi...»  (Ibid.,  n»  CCCLXXVIII).  —  Cf.  Ibid.,  n»*  CLXI  et 
ceci II.  —  mercredi  de  juin  [979  ou  plutôt  986].  «  in  ])ago  Vivariensc,  via- 
cccasto  Sancti  Albane,  in  villa...  Crecxlago...  feria  IIII,  mense  junio,  anno 
quando  Loiccus  cepit  regnare...  »  {Cari.  Sainl-Barnard,  2«  éd.,  n^  46).  — 
Crcyssac,  samedi  [18]  février  1021.  «  in  pago  Vivariensi...  ad  Capellam... 
mense  fcbruario,diesabbathi,Iuna  ILannodominicieincarnationismillesimo 
XXI  régnante  Roberto  Francorum  rege  (CaW.  Sainl-Chaffre,  n°  CCCLXXXII). 
Au  début  du  xi*  siècle,  certains  actes  ne  mentionnent  plus  le  règne  : 
«  in  pago  Vivariensi,  in  agro  Calanconensi,  in  villa...  Ciliacho...  Ego  Pon- 
cius  presbiter  scripsi  [Cari.  Sainl-Barnard,  2«  éd.,  n^  70  :cf.  n°»  189,  190)  ; 
il  s*agit  de  Silhac.  —  De  même  les  n°"  66,  67  relatifs  à  Saint-Félicien. 
Enfin,  le  Vivarais  fut  rattaché  au  royaume  de  Bourgogne  dont  il  dépendra 
au  xii«  siècle  :  —  juin  [vers  1020].  «  in  pago  Vivariensi,  in  villa  Meissano.... 
mense  junio  régnante  Roduifo  rege  »...  {Cluny,  n°  2745.  —  Cf.  le  1998  qui 
ne  peut  être  cité  parce  qu'il  concerne,  non  seulement  le  Vivarais,  mais  aussi 
Saint-PauI-Trois-Châteaux.[12  août  1052]  :«  ecclesia sancti  Feliciani...  Data 
per  manus  Palri  sancte  matris  ecclesie  Vienensis  cancellarii,  mense  augusto, 
feria  IIII,  luna  XII,  Heinrico  secundo  augusto  (Ibid.,  n°  103).  —  Vendredi 
22  février  [1073],  «  in  villa  de  Commoraz  et  in  mandamonlo  de  Hocha 
Maura...  Data  per  manus  Villelmi,  ad  vicem  cancellarii,  feria  VI,  oclavo 
kalendas  martii,  luna  XI,  régnante  Heinrico  rege  II  nondum  imperalore  » 
[Cari,  de  Sainl'Barnard,  2«  éd.,  n°  161).  Il  s'agit  sans  doute  de  Rochomaurc 
en  Vivarais,  quoi  qu'en  pense  M.  Mazon  (A.  Mazon,  Quelques  noies  sur 
Vorigine  des  églises  du  Vivarais,  t.  I,  Privas,  1891,  p.  203),  et  non  pas  de 
Roquemaure  au  diocèse  d'Avignon. 

1.  Pour  le  Viennois  de  rive  droite,  les  actes  suivants,  relatifs  au  pays 
d'Arras  et  dWnnonay  qui  en  dépendaient,  suffisent  à    le  prouver. 

Mardi  d'août  [943],  «  ego  Boso  inclitus  comes...  in  pago  Viennensi,  in 
agro  Aradicense,  in  villa  Arratica...  anno  primo  rognante  Gondrado  rege 
[Cari.  Sainl'Barnard,  2«  éd.,  n°14).Il  s'agit  d'Arras.  il  mars  [943  ou  945?]. 
—  «  ego  Ismido...  in  pago  Viennense,  in  agro  Arratico,  in  villa  Limanno... 
anooIIIL  régnante  Gondrado  rege  »  [Ibid.y  n°18).  —  Mercredide  mai  [954.?] 


142  LA    PROVENCE  DU  PREMIER    AU    XII^  SIÈCLE 

Des  actes  privés  du  Lyonnais  et  du  Viennois  qui  précèdent,  il 
ressort  que  la  transmission  de  ces  pays  consentie  par  le  roi  de 

«  in  paj^o  Vienensc,  in  ajjro  Annonaccnse,  in  villa...  Vinonia...  anno  XV 
rognanto  Gondrado  rej^c  »  [ILid.j  n®  27 \  — 22  mars  [1062^  :  «<  in  pajjo 
Viennensi,  in  ii^ro  Anoniacensi,  in  villa...  Navaz...  Domino  régnante 
cl  regc  oxpectante  »  (ILid.^  n**  121).  A  celle  épo<|ue,  Henri  n'clail  pas 
cncoi*c  reconnu  comme  i-oi  de  Bourgogne  (G.  de  Manleyer,  Les  orig.  de  ia 
Mainon  de  Savoie,  1899,  p.  409,  noie  3). 

Il  en  esl  de  même  pour  le  Pailharès.  Samedi  de  janvier  [951  ?]  :  «  in 
pagoViennonsi...  Mizosco...annoXVregnanleCorradorege  »  (//>iV/.,  n®  20). 
—  Manli  23  février  [958].  «  in  pago  Viennensi,  in  agro  Paliaraconse,  in 
villa...  Mizosco...  régnante  Gondrado  rege  »  (Ibid,,  n°  33).  —  Vendredi 
!••'  avril  [959].  «  in  pago  Viennense,  in  agro  Palliarense,  in  villa  Gevi- 
niano...  régnante  Gunlardo  [$ic)  rege  «  (Ihid,,  n®  34). 

H  en  esl  de  même  pour  la  parlie  du  pays  de  Tournon  qui  dépendait  du 
Viennois  et  non  pas  du  Valenlinois.  Vendredi  29  janvier  [997]  :  «  in  pago 
Viennense,  ïornonense  in  agro,  in  villa...  MeduUo...  régnante  Rodulfo  rege» 
{Ihid.,    n»    01).   Il    s'agit  de  Muzols  (?). 

Pour  le  Valenlinois  dérive  droile.  Lundi  30  juin  [956  ou  962j  :  «  in  pago 
Vjilentinensi,  in  vicaria  Subdionense,  in  aice  de  villa...  Cornatis  sive  Cal- 
liario  (on  Caliano)...  Geilinus  comes...  rivulo  Cerano...  regnanleConrado 
rege  »  (Cart.  Snint-Chaffre,  n°  CCCXXX).  Cf.  ci-dessus,  p.  140,  n.  1.  —  Samedi 
25  avril  |97t|.  «  in  villa  Planis,  in  arce  Soionensi...  regnanle  Conrado 
rege  anno  XXXVI  »  {Ibid.,  n»  CCCXXXIV).  —  [999-100].  «  supradicla 
vicaria...  villa  Belmente...  regnanle  Radulpho  rege  anno  VU»  (//>/(/.,  n° 
CCCXXXVI,     cf.  ïio  CCCXXXVII). 

Pour  le  Lyonnais  de  rive  droile.  Lundi  de  mars  [961]  :  m  in  pago  quon- 
dam  Lugdunensi  quod  nunc  esl  in  episcopatu  Valenlinensi,  Geilinus,.. 
manso  Caviliano...  regnanle  Lolhario  »  {Ibid.,  n°  CCCXLV).  Il  s'agil  de 
Macheville  (jui,  placé  dans  l'évcché  de  Valence,  dépendait  cependaul  du 
Lyonnais;  c'esl  sans  douleen  raison  de  cette  dépendance  politique  que  le 
règne  de  Lolliaire  esl  mentionné.  Le  Cartulaire  de  Chamalières  men- 
tionne régulièrement  le  règne  de  Lolliaire  pour  les  localités  de  la  pro- 
vincia  Lucdunensis  et  celui  de  Conrad  pour  celles  de  la  provincia  Vien- 
nensis  [Cartulaire  de  Chamalif^res-sur-Loire  en  Velay,  prieuré  conventuel 
dépendant  de  l'ahhaye  de  Saint- Chaffre,  publié  par  A.  Chassaing,  avec 
introduction  el  tables  par  A.  Jacotin,  Paris,  1895,  in-S®  de  xiv-204  pp.)- 
Voir  Ibid,,n°  120:  dimanche  de  septembre  [909?]  «  anno  XXX  regui  régis 
Conradi...  in  territorio  Viannensi,  in  villa...  Mons  Cornaton  ».  —  Ibid.^ 
n»  127:  mercredi  de  mai  [908].  «  anno  XIIIl  regni  régis  Lolerii...  in 
<iu(nlani  pagoLucdunensis  provincie...  Aurigum  ».  —  /Z)iV/.,n°  128  [967-978]. 
«  Anno  XIllI  regni  régis  predicti...  in  provincia  Lucdunensi,  in  territorio 
de  Jares,  in...  villa...  Chalniis.  »  La  communication  de  celle  édition 
récente  du  Cartulaire  de  Chamalières  esl  due  à  la  bonne  amitié  de  M. 
Noël   Thiollier. 


LE   ROYAUME  DE    PROVENCE   VIENNOIS  143 

France  au  roi  de  Jurane  s'est  opérée  entre  le  21  avril  et  le 
i«'  octobre  942.  On  savait  déjà  que  le  traité  entre  Louis  d'Ou- 
tremer et  Otton  était  intervenu  en  septembre  ou  octobre  :  désor- 
mais, on  pourra  préciser  et  dire  qu'il  fut  passé  probablement  au 
début  de  septembre  942.  L'acte  du  samedi  i^'^  octobre  942 
prouve  aussi  qu'un  scribe  de  Vienne  faisait  remonter  le  règne 
de  Conrad,  non  pas  à  Tépoque  tout  à  fait  récente  où  il  avait 
reçu  effectivement  le  Viennois,  mais  au  moment  de  son  accession 
au  trône  en  937.  C'était  conforme  à  l'esprit  du  traité  de  934 
intervenu  entre  le  roi  de  Jurane  et  le  roi  de  Lombardie.  Cette 
ère  du  11  juillet  937,  il  faut  le  dire,  est  exceptionnelle  en  Vien- 
nois. D'autres  scribes  prennent  le  début  de  l'ère  du  règne  en 
940,  c'est-à-dire  à  l'époque  où  Otton  avait  soumis  Hugues  le 
Noir  au  jeune  Conrad  ^  La  plupart,  se  conformant  au  fait  réel 

1.  Il  ne  peut  s'agir  de  citer  ici  que  les  seuls  actes  où  existe  la  concor- 
dance certaine  entre  le  jour  de  la  semaine  et  le  quantième:  les  autres 
n'offrent  aucune  base  positive  : 

1«  Ère  de  940  :  «  Ego  Islenus  presbiler  rogitus  scripsi  die  vcneris  XIII 
kalendas  madias,  anno  XI.  régnante  Gondrado  roge  »  (Cari.  Saint-Bar nard, 
2'  éd.,  n»  23).  Cet  acte  remonte  au  vendredi  19  avril  [950],  an  XI";  il 
suppose  que  Conrad  était  le  19  avril  940  dans  Tan  I*''  de  son  rogne.  —  Ego 
Vuillelmus  subscripsi,  dadavi  die  sabato  .VI.  idus  k.  (sic)  julii  nnno 
XXX™»  régnante  Gonrado  rege  »  (ïbid.,  n®  38).  Cet  acte  est  du  samedi  10 
juillet  [969],  an  XXX«  :  il  suppose  que  Conrad  était  le  10  juillet  940 
dans  Tan  I**"  de  son  règne. 

2<*Ère  de942  :  «Factadonacione  istaferia  IIII.  m.  nonasjanuarii  annoXlIII. 
régnante  Gondrado  rege...  Ego  Ebopresbiter  scripsi  »(//>/(/.,  n^  25).  Cet  acte, 
du  mercredi  3  janvier  [955],  anXIV«,  suppose  que  le  roi  était  le  3  janvier  042 
dans  Tan  I«'  de  son  règne. 

Dans  ces  deux  ères,  comme  point  de  départ,  il  ne  faut  tenir  compte 
que  du  millésime  :  on  ignorait,  au  bout  de  queUiue  temps,  à  Vienne, 
le  jour  et  le  mois  de  la  prise  de  possession  de  Besançon  en  040  et 
du  Viennois  en  942.  En  réalité,  dans  Tère  de  940,  il  aurait  fallu  faire 
tomber  le  18  avril  de  Tan  I"*"  en  941  et,  dans  1  ère  de  942,  il  aurait 
fallu  faire  tomber  le  3  janvier  de  l'an  I"  en  943.  Se  rattachent  à  l'ère  des 
942,  forcément,  les  actes  suivants.  — «  Ego  Boso  diaconus  hancprestariam 
scripsi,  datavi  IIII  kalendas  octobris.  anno  II  vocato  roge  Gondrado  (Cari. 
Saint-Maurice  de  V'ic/i/ie,  n»  110.  —  Éd.  Cart.  Sainl-André-ie-Bas,  Appon- 
dix  no  23*).  Cet  acte  est  du  28  septembre  [943]  et  non  pas  de  93S  comme  le 
dit  l'éditeur.  —  «iVnno  II  régnante  Chuonradoroge  Vienuensc)•(Ca/7.Sa//I/- 
All(/^rf-/e-Ba«,  n«  98).  Cet  acte  est  de  la  fin  de   943  ou  du  début  de   944  et 


144  LA    PROVENCE   DU    PREMIER  AU  XII*   SIÈCLE 

et  non  pas  ou  droit,  ne  le  prennent  qu'en  942,  c'est-à-dire  au 
moment  où  le  Viennois  fut  effectivement  cédé  à  Conrad. 

A  peine  la  marche  de  Viennoise  lui  eut-elle  été  cédée  par  le 
roi  de  France  qu'on  le  voit  quitter  la  Germanie   et  le  roi  Otton 
son  protecteur  pour  venir  se  montrer  à   ses  nouveaux  sujets. 
Sans  doute,  il  attei«;nait  alors  sa  majorité.  On  le  voit  tenir  une 
assemblée  générale  où  assistent,  non  seulement  les  évéques  et 
les  comtes,   mais  tous  les  vassaux  de  la   couronne,   grands  et 
petits  *.    Il   seml)le  que   les  fonctions  de   marquis   de  Viennoise 
soient  remplies  désormais  par  le  comte  de  Lyonnais  Hugues  le 
Noir,  également  duc  de  Bourgogne  :  les  comtes  de  Maçonnais, 
de  Viennois  et  de  Forez  l'entourent  dans  une  affaire  concernant 
le  vicomte  de  Lvon  *-.  En  tout  cas,  Charles-Constantin  demeure 
toujours,  au   rang  des  simples  comtes,  comme  comte    de  Vien- 
nois. Il  est  peu  |)rol)able  que  le  roi  de  Bourgogne,   après  avoir 
revu  l'hommage  du  Viennois,  soit  également  en  943  venu  tenir 
sa  cour  en  Provence.  Sans  doute,  il  y  régnait  depuis  qu'il  était 
roi;  mais  il  n'y  pou%ait  guère  paraître  tant  que  le  roi  de  Lombar- 
die  vivait.  Celui-ci  avait  bien  abandonné  le  duché  en  934;  mais 
ses  proches   tenaient  toujours   le    siège   primatial  d'Arles,   les 
comtés  d'Arles  et  d'Avignon.  Du  moment  que  le  roi  de  Bour- 
gogne s'appuyait  sur  la  Germanie,  celui-ci  ne  pouvait  compter 
sur  le  bon  vouloir  de  la  Provence. 

non  pos  dr  038-930.  On  y  voit  que  le  roi  de  Bourgogne  jurane  est  qualifié 
roi  do  Vi(Minoise,  comme  précédemment  Tétait  de  933  à  942,  le  i*oi  de 
Franco.  Cf.  ci-dessus,  p.  132,  n.  2.o  Adalardus  prcshitcr  scripsit,  dictavit, 
dio  niarlis  monso  augusti,  aiino  primo  régnante  Gondrado  rego  »  [Cart, 
Saifil-Jiarnanl,  2''  éd.,  n°  14).  Cet  acte  est  d'un  mardi  d  août  [943]. 

1.  28  mars  (?)  0'è3.  Plaid  royal  en  faveur  deCluny  :  «  Chuonradus...  rex... 
in  pago  Vicnnonse...  Carolus  consanguineus  noster... 

Humberlus  prirsons  fuit  ac  omncs  vassi  dominici  majores  et  minores  » 
(CI  un  y,  n»  622).  Cf.  n"  031. 

2.  28  mars  944.  «  antc...  domni  Ilugonis  gloriosissimi  marchionis...  de 
Ademaro  Lugdunonsi  vicecomile  ex  Tosciaco...  S.  Hugonis  comitis  et 
marchionis.  S.  Adomari  vicecomitis.  S.  Leolaldi  comitis.  S.  Caroli  comitis. 
S.  Vuilclmi  comitis...  >.  {Cl.,  050).  Pour  sa  qualité  de  duc  de  Bourgogne  fran- 
çaise, voir  le  précepte  de  Louis  d'Outremer,  du  l»*-  juillet  946  (Ibid.,  688 
et  689). 


LE   IlÔYAUMEÎ   DE   PROVENCE   VIENNOIS  H^ 

Voyant  que  son  règne  déclinait  et  que  le  pouvoir  passait  peu 
à  peu  au  marquis  dlvrée  Béranger,  le  roi  de  Lombardie  Hugues 
se  décida  en  946  à  quitter  la  Lombardie  avec  tous  ses  trésors 
pour  venir  finir  ses  jours  en  Provence,  auprès  de  sa  nièce,  Berthe  K 
Il  laissait  en  Italie,  sous  la  direction  de  Béranger,  son  lils 
Loihaire,  associé  à  la  couronne  depuis  931.  Cette  retraite  prouve 
bien  qu'il  restait  le  maître  de  la  Provence.  Le  roi  Hugues  devait 
être  alors  septuagénaire  et  fatigué  de  sa  vie  bien  remplie.  La 
mort  pouvait  venir  :  elle  vint  le  prendre  à  Arles  le  samedi 
saint  10  avril  947  2.  H  léguait  à  sa  nièce  son  trésor  et 
son  domaine  privé  en  Gotbie  et  en  Provence  ^.  Son  lils,  Lothaire, 
ne  tarda  pas  à  mourir  lui-même  à  Turin  le  vendredi  22 
novembre  950  ^.  Le  marquis  Béranger  se  saisit  de  sa  veuve 
Adélaïde  et,  comme  Lothaire  ne  laissait  d'elle  qu'une  fille,  il  se 
fit  couronner  roi  de  Lombardie,  le  dimanche  15  décembre,  avec 
son  fils  Albert  ^.  Adélaïde  était  cette  sœur  du  roi  de  Bourgogne 
Conrad,  que  Hugues  avait  fait  épouser  à  son  fils  le  12  décembre 
937.  Comme  Béranger  la  maltraitait,  le  roi  de  France  orientale, 
Otlon,  résolut  de  descendre  en  Italie  pour  la  délivrer,  l'épouser 

1.  «  Rex  Hugo...  relicto  Lolhario  et,  siinulala  pace,  Berongarii  fidei  tra- 
dito,  in  Provinciam  omui  cum  pccuiiia  properavit...  (Liudprand,  lib.  V, 
.?  31). 

2.  «  Die  sabali,  quod  est  decimo  die  mensis  aprelis  et  fuit  in  eo  die  secun- 
dum  Pasce,  eivitate  Arlenda,  migravit  ab  hac  die  domnus  Ugo  rex  ;  abead 
rcgnatnm  annos  XX  expletos  et  menses  VIIII  et  dies  III  Cipolla,  Moruim- 
.Vora/ic,  I.  p.  415). 

3.  €<  Vocanle  Domino  brevi  rex  Hugo  viam  est  carnis  universie  ingressus, 
Borla»  nepti  sua»  Bosonis  Arelatensis  comilis  vidu;e  pecunia  derclicla  » 
(Liudpr.,  lib.  V,  §  31).  Cf.  Donation  du  20  février  0(>()  par  Berthe  do  l'héri- 
tage qui  lui  venait  de  son  onele  (//i«/.  Lanfj.,  2«  éd.,  l.  V,  n®  107}, col.  233- 
234).  Cf.  ci-dessus  p.  123,  n.  2.  Les  villas  du  roi  Hugues,  qui  se  trou- 
vaient réparties,  au  royaume  de  Provence,  dans  les  comtés  de  Fréjus  1  , 
Riez  (2),  Gap  (7),  Vaison  (1  ,  Apt  (3),  Oranjre  li,  Trois-Cliâteaux  <i.  et  Die  i  , 
étaient  surtout  nombreusesdans celui  de  Gap:  on  croit  y  reconnaître  Méol- 
lion  comm.  Cham|K>léon\  Molion  ;  Chi\'i\\o\^  Ci  llii  lu  s;  les  Luntds,  Lm/m//»/.s, 
et  le  Chanipsaur,  Caricampus.  En  effet,  pour  ce  dernier  vocable,  (J.iri 
donne  «  Tsaum  dans  le  dialecte  local  ;d'où'<  Tsantsaur  »»,Champsaur. 

4.  Cipolla,  t.  I,  p.  145. 

5.  ILid. 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Chnrles   —  VII.  10 


116  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

et  devenir  ainsi,  lui-même,  roi  de  Lombardie.  Il  accomplit  ce 
projet  pendant  Tété  de  951,  après  le  28  juillet,  et  se  trouve  à 
Pavie  le  23  septembre  K  En  décembre,  il  épouse  Adélaïde-  et 
retourne  en  Germanie  au  printemps  de  952,  de  manière  à  célé- 
brer Pâques  en  Saxe  :  le  11  février,  il  est  encore  à  Pavie,  le 
15  à  Corne,  le  l*^'  mars  à  Ziirich,  le  12  à  Erstein,  près  Strasbourjj^, 
et  le  29  avril  à  Magdebourg. 

Ces  dates  précises  de  ^expédition  d'Otton  en  Lombardie  sont 
à  noter  ;  ciir,  pendant  qu'il  était  ainsi  occupé  en  Italie  et  que  son 
protégé  le  roi  de  Bourgogne  ne  pouvait  compter  sur  son  appui, 
le  roi  de  France  occidentale  ne  restait  pas  inactif.  Avec  le  pro- 
jet déclaré  de  se  rendre  en  Guyenne,  Louis  d'Outremer,  au  début 
de  rannée  951  ''\  se  mit  hâtivement  à  la  tête  de  son  armée  :  il 
descendit  sur  la  frontière  méridionale  du  duché  de  Bourgogne,  qui 
n^levait  de  lui,  c'est-à-dire  vers  Mâcon.  A  son  approche,  se  pré- 

1.  liichlor,  |).  Gl,  note. 

2.  Kn  lr>ul  cas,  avant  lo  0  février  952  (Ibid,^  p.  02,  note). 

.'{.  îKil.  <«  Ludowiciis  rox  A([uitaniani  ciim  exercitu  pctiit  ;  sed,  antequam 
«'jiihUmu  in^rcdorotur  provintiam,  Karliis  Constantinus  Vicnna?  princeps  cl 
Strph.ums  Arvornorum  prœsiil  ad  cuin  vonienles  siii  cfGciunlur»(Flodoard, 
Anmtlrs^  \Ki[).  —  yîil.  «  Jussiis  er^o  ab  rej^o,  in  A(piitaniam  exercilum  repi 
parai.  Qiio  in  Urvvï  collecto,  causis  rernm  exi^>ntibus  ad  intcriorcs  Bur- 
l^iMulijp  parlos  rox  sccuni  oxercitum  diriç^it.  Ciini  erpo  in  agro  Malisco- 
niMisium  cislra  ii|^ori'l,  occurril  oi  Karolus  Constantinus  Viennai^  civiUitis 
princt'ps  ojustpie  cflicitur  lidom  jurejurando  pactus.  Hic  ex  reg^io  qiiidem 
f^tMicro  natns  crat,  sed  concubinali  stemniatc  us(pie  ad  tritavuin  sordcbat, 
vir  f^randeviis  et  multis  bollorum  casibus  sîppissimc  attritns  et  qui  in 
siipt'ri()ri!)ns  juralaruni  tuniullibus  felici  conjp*essu  insi^nis  multoties  eni- 
tiiil,  Aiïiiit  ctiani  Slophanus  Arvernorum  prcsul  ao  régi  sese  cominisit.  Nec- 
noii  cl  a  Willehno  Atpiitanorum  principe  lepati  industrii  afTucre  pro  suo 
principe  ex  fidi»  li:d)cn(la  sacramenta  daluri.  Qnibus  postquam  jussa  rej^alia 
data  sunl,  rcx  in  urbeni  Vcsontium...  cuni  duce  exercitum  deducil.  Atcpie 
ihi  Lcloldus  cjusdcm  urbis  princeps  ad  ejus  niilitium  sacramento  transit. 
Qnibus  féliciter  aUpie  utiliter  habitis,  cum  autumno  maturantc...  rex...  in 
acnlani  febrein  decidit...  dux  ab  eo  jussus  exercitum  reducit.  Letoldus 
vcro  princeps...  régi  famulatur.  Al...  convaluit.  Transactisquc  diebus  tri- 
ginla  posi  corporis  repara tionem  cum  l..etoldo  principe  in  Franciam  redit  >» 
(liictier.  Hisfori.'iruni,  lib.  II,  î^  OS,  {){)).  \a\  (pialité  de  princeps  Viennx  civi- 
tafia  pour  (iharles-Constantin,  comme  celle  de  (Vesontii)  urbis  princeps 
pour  Liétaud,  écpiivaut,  dans  la  langue  de  rbistorien,  à  celle  de  contes. 


LE    ROYAUME   DE   PROVENCE    VIENNOIS  147 

sentèrent  devant  lui  les  ambassadeurs  du  due  de  Guyenne,  qui 
se  déclarèrent  prêts  à  lui  donner  satisfaction  :  mais  la  Guyenne 
n^était  pas  le  seul  but  de  Texpédition  royale.  Louis  d'Outremer 
tentait  de  regagner  ce  que  le  roi  Otton  lui  «avait  fait  perdre  dans 
le  royaume  de  Bourgogne,  soit  en  940  avec  Besançon,  soit  en 
912  avec  la  marche  de  Viennoise.  En  effet,  àMâcon  se  présente 
le  comte  de  Viennois,  Charles-Constantin,  qui,  trahissant  Conrad, 
se  déclare  le  vassal  de  Louis  d'Outremer.  Puis,  le  roi,  au  lieu  de 
rentrer  en  France,  se  dirige  par  la  Bourgogne  sur  Besançon,  où  le 
comte  Liétaud,  suivant  l'exemple  de  Charles-Constantin,  aban- 
donne Conrad  pour  passer  au  service  du  roi  de  France.  Il  faut 
noter  que  Liétaud  était  à  la  fois  comte  de  Maçonnais  dans  le 
duché  français  et  comte  de  Besançon  dans  le  royaume  de  Bour- 
gogne :  en  ces  deux  qualités,  il  était  vassal  du  duc  de  Bourgogne 
Hugues  le  Noir,  qui  allait  mourir  le  18  décembre  952.  On  com- 
prend maintenant  pourquoi  Louis  passe  par  Mâcon  avant  de  se 
rendre  à  Besançon  :  il  ne  s'y  rendait  qu'à  coup  sûr,  assuré  de 
Téloignement  d'Otton  et  de  l'impuissance  de  Conrad.  A  l'au- 
tomne, le  roi  Louis  prend  la  fièvre  à  Besançon  :  le  duc  ramène 
Tarmée  en  France  ;  puis  le  roi  lui-même,  gardé  par  Liétaud,  se 
rétablit.  Un  mois  après  son  rétablissement,  il  regagne  la  Fiance 
avec  Liétaud.  S'il  regagne  la  France  <\  ce  moment  et  si  Liétaud 
juge  utile  d'abandonner  Besançon  pour  l'accompagner,  ce  n'est 
pas  uniquement  parce  que  ce  dernier  veut  faire  honneur  au  roi  ; 
c'est  parce  que  tous  deux  avaient  vent  du  prochain  retour 
d'Otton  en  Germanie  et  que  ce  retour  devait  inquiéter  le  comte 
félon.  En  effet,  au  lieu  de  gagner  directement  la  Germanie  au 
printemps  de  952,  Otton  va  se  détourner  par  Ziirich  et  l'Alsace, 
en  plein  hiver,  aux  mois  de  février  et  de  mars. 

Il  est  évident  que  cette  expédition  avait  été  préparée  sur  les 
conseils  du  duc  de  Bourgogne  française  Hugues  le  Noir.  Un 
acte  passé  à  Lyon,  en  944,  fait  penser  qu'il  occupait  «ilors  le  Lyon- 
nais comme  marquis  de  Viennoise  :  en  cette  qualité,  il  dut 
déterminer  le  comte  de  Viennois  Charles-Constantin  à  trahir 
Conrad.    De  plus^   il  était  certainement  seigneur  du  comte   de 


148  LA    PROVENCE   DU  PREMIER    AU    Xll*"    SIÈCLE 

Besançon  et  son  marquisat,  dans  le  royaume  de  Bourgogne, 
s'étendait  sans  doute  jusqu'au  Doubs  :  en  cette  qualité,  il  dut 
avoir  encore  moins  de  peine  à  persuader  le  comte  de  Mâcon  et  de 
Besançon  de  se  joindre  à  lui  contre  Conrad  K  Mais  cette 
revanche  de  Louis  d'Outremer  contre  les  événements  de  940  et 
de  942  fut  éphémère.  Il  resta  maître  de  Besançon  pendant 
quelques  mois  en  951,  Charles- Constantin  l'y  accompagna  et, 
pendant  ce  même  temps,  le  règne  de  Conrad  dut  subir  une  éclipse 

1.  Iliiprues  le  Noir  était  duc  de  Bourgogne  française  :  voir  le  précepte  de 
Louis  d'Outremer  du  l»»"  juillet  946  [Cluny,  n"  688  et  689}.  II  fut  également 
comte,  puis  manjuis,  en  Lyonnais  dans  le  royaume  de  Bourgogne  :  voir  le 
précepte  de  Louis  l'Aveugle  daté  de  Vienne  en  900  :  «  quidam  inclilus 
conu\snomineHugorilîusHicardicomitis...decomitatuLugdunensi  »(C/.,70|. 
Voir  aussi  le  plaid  du  28  mars  941  (Cluny^  n^  656).  Enfin  il  était  manpiis  à 
Besançon,  dans  ce  même  royaume  :  voir  Tobit  du  18  décembre  952  dans  le 
Kiilendnrium  Vesonlionrnse  (Dunod,  Ilist.  de  l'église  de  Besançon^  t.  1, 
Besançon,  1750,  Preuves,  p.  xxxi).  Sa  domination  à  Besançon  résulte  tout 
aussi  bien  des  textes  qui  concernent  l'expédition  d'Otton  en  970  :  si  Otton 
se  le  soumit  alors,  ce  ne  pouvait  être  comme  duc  de  la  Bourgogne  fran- 
çaise, mais  comme  maître  de  Besançon  (Cf.  Cluny,  n®»  397,  398,  408,  499, 
5it,  027,  028).  Le  comte  de  Vienne  Charles-Constantin  parait  soumis  h 
Ilugnos  le  Noir  dans  le  plaid  du  28  mars  944  [CAuny,  n®  656),  exactement 
comme  Tétaient  les  comtes  de  Forez,  au  i*oyaume,  et  de  M&connais,  au 
diiehé  de  Bourgogne. 

Liél.nid,  fils  d'Aubry,  était  comte  de  Maçonnais,  dans  le  duché  de  Bour- 
gogne française,  et  à  ce  titre  vassal  de  Hugues  le  Noir  [Cluny,  n®  976  ;  cf. 
no*  4.^2,  022,  025,  OU,  055,  056,  680,  688,  689,  728,  729,753,  764,  768,  797. 
9S0,  1037,  10t4.  Munier,  Thiroux,  Dijon,  1660,  pp.  125-127).  Il  était  aussi 
comte  de  Besançon,  dans  le  royaume  de  Bourgogne,  et  à  ce  litre  égale- 
ment vassal  de  Hugues  le  Noir:  voir,  indépendamment  de  Richter,  l'acte 
de  février  94'*  passé  à  Besançon  {Cluny^  655)  ;  voir  l'acte  de  [968],  Tan  XII 
de  Conrad,  où  Je  comte  de  Maçon  donne  à  l'église  de  Besançon  «  pro  remédie 
anima'  mea^  at(pie  senioius  mki  incliti  Ilugonis  ARcnicoMiTis  necnon  et 
genitoris  mei  Alberici  et  genitricis  mea»  Avelana»  »(Dunod,  Hist,  du  second 
royaume  de  Bourgogne^  t.  Il,  Dijon,  1737,  p.  107).  Après  sa  défection 
(le  951,  il  juge  prudent  de  rester  en  France  quelque  temps:  il  Ggure  h 
Laoti  le  20  octobre  955,  sous  le  titre  de  L,  Burgundite  contes  qui  rappelle 
sa  domination  à  Besançon  (dluny,  n®  980).  Puis,  il  parait  avoir  fait  sa  paix 
avec  Otton  et  (Conrad,  si  on  en  croit  l'acte  où  il  figure  avec  l'appellation  : 
donini  Lcutoldi  impcraiorii  coniitis  (Ga//.  Christ, j  t.  IV,  Instr.,  n«  X.VI, 
col.  279:.  11  ne  tarda  d'ailleurs  pas  à  mourir.  Son  frère  Humbert  est  la 
tige  des  sires  de  Salins  (Ga//.  Christ.,  IV,  Instr.,  col.  275,  n«»  XVI,  XVII; 
Guichenon,  BiU,  Sebus,  cent.  I,  cap.  XXIII,  pp.  53-54  ;  Cluny,  655). 


LE   ROYAUME  DE   PROVENCE   VIENNOIS  149 

en  Viennois.  Les  actes  privés  prouvent  que,  si  elle  eut  lieu,  elle 
fut  aussi  courte  que  Toccupation  de  Besançon.  Charles-Constan- 
tin, qui  s'était  réfugié  en  France,  rentra  finalement  à  Vienne 
avant  958,  sous  la  domination  de  Conrad  qui  demeura  définitive  ^ 
Tel  avait  donc  été  le  sort  de  la  marche  de  Viennoise  depuis  la 
mort  du  roi  de  Provence  Louis  l'Aveugle  jusqu'à  rétablissement 
définitif  de  Tautorité  du  roi  de  Bourgogne  jurane  Conrad,  c'est- 
à-dire  de  928  à  952.  Le  trône  était  demeuré  vacant  de  928  k  933, 
entre  la  Lombardie  et  la  France  ;  la  marche  s'était  trouvée  dans  la 
dépendance  des  princes  de  Vermandois  de  928  à  931 ,  puis  du  roide 
France  de  931  à  933,  pendant  que  le  duché  de  Provence  obéissait 
au  roi  de  Lombardie.  Le  roi  de  France  avait  été  roi  de  Viennoise,  de 


1.  On  a  un  acte  de  Charles-Constantin,  daté  du  règne  de  Louis  d'Ou- 
tremer et  approuvé  par  ce  souverain,  par  lequel  il  donne  à  Cluny  Commu- 
nay  en  Viennois:  «  data...  in  mense  januario  régnante  Ludovic©  rcge  anno 
XVI  qui...  preceptum  jussit  Gcri  et  sigillo  suo  insigniri  »  (Cluny ^  n°  797) 
Si  Ton  compte  Tère  de  Louis  h  dater  de  son  avènement  le  15  janvier  936, 
l*acte  en  question  est  du  [15-31]  janvier  [951]  et  c'est  Topinion  de 
M.  Bruel.  Si  Ton  compte  Tère  du  règne  à  dater  seulement  du  sacre  le 
19  juin  936,  Tacte  sera  du  [1-31]  janvier  [952],  Cette  seconde  opinion  est 
la  bonne,  car  Louis  d'Outremer  était  encore  à  Pouilly-sur-Loire  le 
3  février  {Cluny ,  n®  763)  et  Charles-Constantin  ne  vint  se  soumettre  à 
lui  qu'à  son  arrivée  à  Mâcon.  Liétaud  était  lui-même  à  MAcon  le 
12  février  et  le  2  avril  (Cluny,  n°  799).  La  date  de  janvier  [952]  s'impose, 
en  prenant  l'ère  au  sacre.  L'acte  prouve  que  le  comte  de  Viennois  accom- 
pagna le  roi  de  Mâcon  à  Besançon  ;  puis,  il  rentra  avec  lui  et  Liétaud  de 
Besançon  en  France  à  l'automne  de  951  et  il  y  passa  l'hiver.  On  a  vu 
que  Liétaud  était  encore  à  Laon  le  20  octobre  955  :  l'entreprise  du  roi 
ayant  échoué,  il  est  naturel  que  Charles-Constantin  ait  suivi  l'exemple  de 
Liétaud  et  ait  attendu  de  négocier  sa  grâce  avant  d'oser  revenir  chez  lui. 
U  était  rentré  avant  mai  958  (Cluny,  n»  1047). 

On  a  en  Viennois  des  actes  avec  le  règne  de  Conrad,  du  vendredi 
i9  avril  [950]  Tan  XI  (Cart.  Saint-Barnard,  n»  23),  puis  d'un  vendredi  de 
juin  Tan  XII  (Ibid,,  n*  24)  et  enfin  du  mercredi  3  janvier  [955]  l'an  XIV 
\lbid,,  n«  25).  Le  premier,  écrit  par  le  scribe  hlenus,  suit  l'ère  de  940  ;  le 
troisième,  par  Ebon,  suit  l'ère  de  942.  Le  second,  écrit  par  Eldrade,  peut  donc 
être  de  juin  [951]  ou  de  juin  [953],  suivant  le  système  suivi.  Dans  le  pre- 
mier cas,  il  n'y  aurait  eu  aucune  interruption  du  règne  de  Conrad  on 
Viennois,  malgré  la  défection  de  Charles-Constantin  :  c'est  peu  probable. 
L'acte  doit  être  de  juin  [953]  :  il  prouve  au  moins  que  le  règne  de  Conrad 
était  rétabli  alors. 


150  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    Xll*    SIÈCLE 

933  à  9i2,  sans  Tavcu  du  roi  de  Lombardie  ;  celui-ci,  en93i,  avait 
cédé  par  représailles  au  roi  de  Bourgogne  jurane  tout  le  royaume 
(le  Provence,  c'est-à-dire  la  marche  de  Viennoise  avec  le  duché  de 
Provence.  En  942,  finalement,  le  roi  de  Bourgogne  jurane  avait 
pu  prendre  possession,  grâce  au  roi  de  Germanie,  de  la  marche 
de  Viennoise.  Endehors  d'un  retour  momentané  delà  France,  sur- 
venu du  printempsde  931  au  printemps  de 952,  cette  marche  avait 
formé  désormais  le  royaume  de  Viennoise  sous  le  sceptre  de  Con- 
rad. Mais,  Conrad  ayant  passé  sous  la  main  d'Otton  en  938,  le 
roi  de  Lombardie  ne  paraît  pas  lui  avoir  jamais  livré  le  duché 
de  Provence  qu'il  avait  promis  à  son  père  en  934.  Il  parait  bien 
Tavoir  gardé,  sinon  comme  roi,  du  moins  comme  duc,  jusqu'à  sa 
mort  survenue  à  Arles  le  10  avril  947. 

Ainsi,  à  partir  du  moment  où  disparaît  le  règne  de  Louis 
l'Aveugle,  en  933,  le  Viennois  obéit  désormais  au  roi  de  Fnince 
(933-942,  931),  ou  bien  au  roi  de  Jurane  (912-931,  932-1032), 
c'est-à-dire  à  un  souverain  étranger.  Ce  pays  a  cependant  toujours 
l'ambition  de  constituer  le  royaume  particulier  de  Viennoise  ^ 


VI 

Les  comtes  d'Arles 
(926-948) 

Ces  vingt  ans  écoulés,  de  la  mort  de  Louis  l'Aveugle  à  celle 
de  Hugues,  sont  une  période  de  silence  tragique  où  la  Provence 
tout  entière,  épuisée,  se  tait.  Les  Sarrasins,  qui  s'étaient  fixés  au 
Freinet  à  la  fin  du  règne  de  Charles  le  Gros,  l'avaient  peu  à  peu 

1.  Ci-dessus,  pp.  132,  n.  2,  pour  Raoul,  et  143,  n.  1,  §  2,  pour  Conrad. 
Y  joindre  \os  actes  suivants  :  Clumj,  998,  1005,  1006,  1009,  1013;  Saint- 
Andrc-le-Iias,  n^-  17,  43,  49,  57,  64,  98,  10'2,  113,  116,  122. 

Les  derniers  actes  connus  do  Charles-Constantin  sont  les  (Charles  de 
Cluny,  n^»  656,  797,  1047,  1084,  1094,  1122,  datées  de  mai  958,  avril  960 
et  janvier  962.  Le  n»  1094  est  sons  date  d'année. 


LE   ROYAUME  DE    PROVENCE   VIENNOIS  ISl 

dépouillée  et  réduite  à  rien*.  C'était  un  désert,  où  restaient 
quelques  cités  isolées  comme  des  oasis,  et,  personne  n'ayant  plus 
de  quoi  donner  aux  églises,  tout  paraît  aboli.  Si  le  roi  de  Lom- 
bardie  s'en  était  donné  la  peine,  il  est  certain  qu'il  aurait  pu  y 
porter  remède  :  mais  l'Italie  Tabsorbait  et  il  ne  gardait  la  Pro- 
vence que  comme  une  ligne  de  retraite  où  il  lui  suffirait  de 
trouver,  le  long  du  Rhône,  Arles  et  Avignon  bien  munies  de 
murs,  àTabri  de  leurs  marais.  Dans  ce  cas,  la  zone  de  Fréjus  et 
du  littoral  désolée  par  les  Sarrasins  lui  servirait  plutôt  de  cou- 
verture, entre  les  Alpes  et  le  Rhône.  Les  Sarrasins  pouvaient 
devenir  des  auxiliaires,  pour  un  prince  bien  muni  d'or,  et  il 
Tétait.  Les  petits  et  les  grands  payaient  fort  cher  la  politique  du 
prince.  Le  primat  d'Arles,  l'archevêque  d'Aix  quittaient  le  pays 
comme  le  duc  :  seuls  y  restaient  ceux  qui  ne  pouvaient  faire 
autrement. 

Il  faut  bien,  cependant,  qu'il  y  ait  eu  un  comte  d'Arles  à  cette 
triste  époque.  On  sait  déjà  que,  lors  de  la  restauration  du  duché, 
en  911,  le  duc  avait  installé  comme  comte  d'Avignon  son  frère 
Boson,  en  conservant  pour  lui-même  le  comté  d'Arles  -,  Lorsque  le 
duc  était  devenu  roi  de  Lombardie  en  926 ,  il  avait  dû  céder  le  coni  té 
d'Arles  à  Boson  et  celui-ci  dut  administrer,  dès  lors,  toute  la 
Provence  au  nom  du  roi.  Mais,  en  931,  Boson  avait  été  appelé 
en  Lombardie  et  était  devenu  marquis  de  Toscane,  dignité  dont 
il  jouit  dès  le  17  octobre.  Boson  ne  pouvait  remplir  deux  postes 
de  confiance  à  la  fois,  avec  les  Alpes  entre  eux:  du  moment  où  il  pas- 
sait en  Toscane,  il  fallait  un  comte  qui  le  remplaçât  en  Pro- 
vence. Alors  seulement  se  pose  le  problème  consistant  à  dire  qui 
devient  comte  d'Arles. 

C'est  encore  un  Boson  :  mais,  si  le  nom  ne  change  pas,  la 
personne  a  changé.  Il  serait  impossible  de  confondre  ce  Boson  avec 

1.  936.  «  Sed  et  Saraceni  qui...  Fraxcnetum  inhnbitabant,  post  labefac- 
tionein     Provincialiurn   quasdam   summas   Italio;  parles   sibi  vicinas    non 

mediocrilerlaniabaiil (Liudprand,  Anlapod,,  lib.  Il,  §  43  .  —  cf.  lib.  IV, 

4). 

2.  Voir  ci-dessus,  pp.  117-118. 


ir)2  LA    PROVENCE  DU    PREMIER   AU    XIl*"    SIÈCLE 

le  comte  précédent  devenu  marquis  de  Toscane  ;  car  la  femme  du 
nouveau  comte  est  précisément  Berthe,  fille  aînée  de  son  prédé- 
cesseur'. En  consé([uence,  riivpothèsela  plus  naturelle  est  que  le 
nouveau  Boson  tient  le  comté  d'Arles  de  sa  femme  :  ct»lle-ci  le 
tenait  elle-même  de  son  pi>re  qui  le  lui  avait  remis  en  ÎKTl  et 
son  père  lavait  forcément  reçu  en  026  du  duc.  Il  est,  en  eiret.  peu 
probable  que  le  duc  ait  directement  transmis  le  comté  dWrles 
en  92<)  à  sa  nièce,  alors  que  le  père  de  celle-ci  serait  resté  simple 
comte d'Avifj^non  jusquen  9*11. 

La  fortune  qui  fit  monter  sur  le  trône  de  Provence  l'élu 
de  879  suscita,  comme  on  le  voit,  parmi  ses  parents  et  ses 
compatriotes  de  nombreux  Boson  :  ils  encombrent  l'iiistoire 
réj^ionale  et  Tune  des  dillicultés  de  cette  époque  consiste  à  les 
distinguer  clairement. 

Le  roi  de  Provence  Boson  portait  le  nom  de  son  oncle  mater- 
nel, le  comte  lombard  Boson,  mari  d'Engeltrude.  Durant  la  pre- 
mière moitié  du  x°  siècle,  on  peut  citer  dans  sa  famille  les  princes 
suivants. 

1"  Au  deuxième  depré,  par  sa  fille  Engelberg^e,  son  petit-fils 
Boson,  lils  de  Guillaume,  marquis  d'Auvergne,  comte  de  Màcon. 
Ce  Boson  mourut,  on  le  présume,  avant  le  8  avril  936  -, 


\.  {)Ut.  •<  Rex  Hiiffo...  in  Proviuciam...  pi'openivit.  Quo  niidilo  Raimiin- 
(liis  A({U('t;nii()ruin  priiioops  oum  adiit,  oui  ot  pm  ininis  millcso  in  inilitom 
ïltviil,  (i()(Mn(pio  si!)i  sorvatnrum  juranienlo  adfirmavil...  Vocantc»  Domine, 
!)r('vi  ivx  Iln^o  viain  t'sl  rarnis  univorsaî  inj^ressus,  Berta^  nopti  sua», 
Hosonis  Aivlatrnsis  coniilis  vidua*,  pecunia  don^licta.Quam  cliam  hrovi 
spalio  inliMcodonlo,  mcmoralns  liaimundus  inpurissimo^  genlis  princcps 
iupnrior  sil)i  niaritam  elTect»rat  ;  cujus  non  solum  concubitu,  vcnim  oliam 
oscnh)  indi^nnni  cU'gantos  formaniin  inspoclores  otiam  atquo  eliam  coii- 
firinanl  »»  ;  Liudprand,  Antupodosis^Vxh,  V,  î$31  : . —  93C.(« ...  i*ogis  Ilu^r^onis  fra- 
tcrBoso...  marcam  Tuscia.'  ohlinorel...  conjux  sua  Willa..,  ciim  prolom  non 
hahrrcl  virileni  (piatluor  habuil  nalas,  Bortam,  Willain,  Richildamot  Gis- 
lam...  ...//m/.,  lib.  IV,Sll-. 

'2.  I  ViiMino",  25  décem!)re  [0201  «  Signum  Bosoni  lilio  Villelmi  »  Cari. 
Snint'Afulrô-io-lias^  n°  124).  —  S  avril  936.  «(  oj^o...  Gauzfredus...  cornes  et 
uxor  moa  Ava...  pro  anima...  sonioris  moi  Wilelmi   ac  lilii  ejus  Bosonis... 

in  paj,^()  Kdnonsc» [Ch.  ile  Cluny^  n^iïiy),  Boson  est  mort  avant  son  poiv, 

c/ost-à-dire  avant  le  mois  de  mai  926(C/H/iy,  u<»»  214,  209). 


LE   ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  1S3 

2**  Au  troisième  degré,  par  son  frère  Richard,  duc  de  Bourgogne, 
son  neveu  Boson  qui  mourut  en  935  et  fut  inhumé  à  Saint-Remy 
de  Reims*. 

3®  Au  cinquième  degré,  par  son  oncle  maternelle  duc  de  Jurane 
Hubert  et  le  comte  de  Viennois  Thibaud,  fils  de  celui-ci,  son 
neveu  par  alliance  Boson  comte  d'Avignon  (911-931),  d'Arles 
(926-931)  et  marquis  de  Toscane  (931-936)2. 

4®  Au  sixième  degré,  par  la  même  voie  et  le  roi  Hugues  fils 
du  comte  Thibaud,  son  petit  neveu  naturel,  par  alliance,  Boson, 
fils  de  Pezola  et  évêque  de  Plaisance  en  946'^. 

5®  Au  septième  degré,  par  la  môme  voie,  c'est-à-dire  par  le 
comte  de  Viennois  Thibaud,  sa  fille  Thiberge  et  le  fils  de  celle-ci 
Hugues  comte  de  Savoie,  son  arrière-petit-neveu  Boson  qui  se 
trouve  à  Montiéramey  en  927  et  qui  meurt  avant  septembre  9  i8'*. 

6°  Boson,  fils  du  comte  de  Valentinois  de  rive  gauche  Ada- 
lelme  ^. 

1.  5  sept.  918.  «  Clarissimus  comcs  {Ilisl.  génér.  de  Bourgogne,  l.  I, 
pr.,  n®  XIX).  — 923.  «  Boso  filiiis  Richardi  »...  929...  «  Ileribeitus  et  Ilupfo») 
comités  contra  Bosonem  Hodulû  régis  fratrem  proficiscuntur...;  931... 
«  pacato  Bosone  cum  Hcriberto  ))..;935...  «inlerea  Bosofraler  régis  HoduHi 
in  expeditione  obsidionis  castri  sanctiQuintini  morituret  delatus  ad  Sanc- 
tum  Rcmigium  scpelitur  »  (Hodoard,  Ann,,  923,  929,  931,  935  ;  éd.  Lauei\ 
pp.  12,  43,  48,  62). 

2.  Voir  ci-dessus,  pp.  151-152. 

3.  Lindprand,  Antapodosis,  lib.  IV,  §  14  ;  lib.  V,  §30. 

4.  Montiéramey,  avril  [927].  «  ego  Hugo  cornes  et  conjux  mea  Wila  necnon 

et  Glius  Boso S.    Hugonis  comitis...  S.   Wilae  uxoris  ejus.  S.  Bosonis 

fîlii  ejus.  S.  Warnerii  ipsorum  ûlii  »  (Giry,  Etudes  carolingiennes,  §  V, 
n»  27  ;  dans  Etudes  d'hist,,  Gabr.  Monod,  Paris,  1896,  p.  13:')).  —  [Arles] 
sept.  [948].  «  Manasses  indignus  episcopus...  pro  anima  patris  et  matris 
mee  Teutberge  et  fratrum  meorum,  Hugonis  videlicet  atque  Richardi, 
Bosonis  quoque  et  ceterorum  omnium  parcntum  meorum  »  \Cluny,  n"  726;. 

."i.  Adalelme,  comte  de  Valentinois  et  mari  de  Rotlinde,  vivait  encore  le 
6  juin  903,  date  à  laquelle  le  roi  de  Provence  lui  permet  de  tester  pour  les 
biens  qu'il  avait  reçus  à  titre  viager  par  préceptes  (Car/.  Saint-Maurice, 
n*  19.'>;  Cart,  Saint- And ré-le-B as ^  Appendix  n"  12*).  Il  mourut  après 
911.  Son  fils  Boson,  devenu  comte  de  Valentinois,  paraît  dans  les  actes  sui- 
vants :  [30  avril  907-novcmbrc  908]...  «  Remegarius  sancte  Valentinensis 
ecclesie  humilis  episcopus  in  Xpisti  nomine  firmavi  et  subscripsi...  Signuni 
alii  Bosonis  comitis  n(Cart,  Saint- Bar nard,  2«  éd.,  n«6). —  912...  «  Signum 


154  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU   XII*    SIÈCLE 

7®  Le  fils  de  Roubaud,  Boson,  qui  deviendra   comte  d'Arles  on 

8®  Boson, marquis  delà  Marche  '^. 

Voilà  les  huit  Boson  que  font  connaître  les  textes,  en  Provence 
ou  dans  les  environs,  comme  membres  de  familles  princicres  pen- 
dant la  première  moitié  du  x*  siècle. 

lia  pu  y  en  avoir  d'autres;  mais,  puisqu'ils  sont  ignorés,  ils 
devaient,  par  conséquent,  avoir  moins  d'importance.  Or,  le  roi 
Hugues  n'avait  certainement  marié  l'aînée  et  la  préférée  de  ses 
nièces  qu'à  quelqu'un  de  considérable  et  de  digne  d'elle.  11  est 
donc  moralement  certain  que  Boson,  mari  de  Berthe  et  comte 
d'Arles  dès  931,  se  trouve  parmi  ces  huit  Boson  connus  ;  mais 
il  faut  choisir.  Ce  sont  les  dates  de  la  vie  de  sa  femme  qui 
permettront  d'arriver  à  le  déterminer.  Le  10  avril  1)47  quand  le 
roi  de  Lombardie  Hugues  mourut  à  Arles  léguant  à  sa  nièce 
Berthe  tous  ses  trésors,  celle-ci  était  déjà  veuve  et  remariée, 
après  un  très  court  veuvage,  à  Raymond,  prince  aquitain. 
Liudprand  dit  que  ce  second  époux  n'avait  rien  pour  elle  de  flat- 
teur et  qu'il  était  indigne  de  sa  beauté  :  ainsi,  le  premier  avait 
mieux  valu.  Ce  Raymond,  pour  préciser,  n'est  pas,  comme 
beaucoup  l'ont  cru,  Raymond-Pons,  comte  palatin  de  Toulouse, 
marquis  de  Gothie  et  même,  un  moment,  duc  de  Guyenne  ;  c'est 
son  cousin  germain  Raymond,  simple  comte  de  Rouergue  ^,  En 

Aditlolmi  comitis.  Sij^nurn  Hosonis  filii  ejus  »  iOallia  ChrisL^  l.  XVI, 
Insir.,  col.  101,  n®  \\  — manli  d'août [*J 4 3], l'an  l'*"  de  Conrad. «  Dilccloalque 
amnhili  liliolo  inoo  Udalhcrtoahbati,  o^oBosoinclitus cornes...  in  pa»;oVifn- 
ncnsi,  in  aj^TO  Aradiconso...  (Curf.  Saini-Barnard^n^  14).  Le  comlo  ôlait 
alors  forl  i\^(\  \ni'isi\iw  son  pèro  ôlait  mort  depuis  trente  ans,  et  que  l'ablK' 
rdalbtM't  ost  son  filloul. 

1.  Voir  ci-dessous,  p.  201,  n.  1. — Arles,  7  octobre  949.  «  Boso  conics») 
((^liantelou,  Ilist.  de  Monimnjou/\  pp.  25-27). 

2.  H  août  958."  Si|;num  Hosonis  niarchionis  {Gall.Chrisi,,  t.  II,  instr.  col. 
108-109.  —  Robert  de  Lastoyrie,  Etudes  sur  les  comtes  et  vicomtes  de 
Limof/es,  Paris.  1874,  p.  122, n°  XV).  —  «  Rosonem  vetulum  de  Marca  >»  (Ade- 
Muxii  Chronicon.Vih.  111,  §  29,  éd.  Chavanon,  p.  150).  Boson  avait  épousé 
Kninia,rdle  d'Albert,  et  nièce  dellélie,  comte  de  Péri^^)I*d.  Hélait  seij;iieur 
du  vicomte  de  Limoges  Archanibaud.  Il  eut  pour  fils  Boson  et  Albert. 

3.  Raymond-Pons,  fils  de  Raymond,  petit-fils  d'Eudes,  avait  épousé  Car- 


LE   ROYAUME  DE   PROVENCE   VIENNOIS  1S5 

946,  quand  le  roi  de  Lombardie  se  retire  en  Provence,  le  comte 
de  Rouergue,  à  cause  de  sa  femme,  s'empresse  de  venir  s'enga- 
ger à  la  solde  de  Hugues  pour  reconquérir  son  royaume  et  cette  aide 
divertit  fort  les  Italiens,  en  raison  de  la  piètre  estime  où  ils  tenaient 
les  Languedociens.  Si,  déjà,  Tarrogance  et  la  gloutonnerie  des 
Bourguignons  de  Viennoise  agaçaient  la  majestueuse  sobriété  de 
Rome,  le  savoir-vivre  des  patriciens  qui  vivaient  dans  les  ruines 
de  la  capitale  antique  se  choquait  bien  davantage  des  mœurs  et 
de  Téducation,  paraît-il,  déplorables  que  personnifiaient  pour  eux 
les  gens  de  Guyenne  ^ 

Un  fait  bien  certain,  c'est  que  Boson  comte  d'Arles  et 
premier  mari  de  Berthe  était  mort  dès  avant  946  et,  en  tout  cas, 
avant  le  10  avril  947.  On  ne  peut  donc  l'identifier  avec  Boson 
fils  de  Roubaud^  ni  avec  Boson  marquis  de  Limousin  en  Guyenne, 
qui  vivaient  après  cette  date.  Il  faut  écarter  Boson,  fils  du  mar- 
quis d'Auvergne  Guillaume,  pour  une  raison  inverse.  En  effet, 
ce  prince  est  mort  entre  le  25  décembre  920  et  le  mois  de  mai 
926,  avant  son  père.  Sa  mort  est  trop  hâtive  pour  qu'il  ait  pu  être 
comte  d'Arles  à  partir  de  931.  Il  a  suffi  d'ailleurs  de  constater 
que  Boson  marquis  de  Toscane  est  le  père  de  Berthe,  que  Boson 
évêque  de  Plaisance  est  le  fils  de  Hugues  pour  qu'il  ne  puisse  être 
question  d'eux.  En  voilà  déjà  cinq  sur  huit  d'écartés  au  préa- 

sinde  et  fut  père  de  Guillaume  {Ilist,  de  Languedoc ,  2«  éd.,  t.  V,  n<»«  12, 
21,  37,  42,43,  50,  57,109,  117,  126).  Son  cousin  Raymond,  Gis  d'Armen- 
gaud,  petit-fils  du  même  Eudes,  épousa  Berthe  dont  il  eut  Raymond  et 
Hugues.  Il  avait  été  marié,  en  premières  noces,  à  une  fille  d'Odoin  dont 
il  avait  eu  d'autres  enfants  (7Z)ic/.,  n*»»  47,  59,  03,  107,  108,  109,  111,  112, 
114).  Garsinde,  veuve  de  Raymond-Pons,  vivait  encore  en 969 (//>*(/.,  n"  117, 
col.  259-260).  Berthe,  veuve  de  son  côté,  vivait  encore  le  18  août  905 
(/Aie/.,  n®  114«,  col.  253-225).  Raymond,  mari  de  Berthe,  ne  peut  donc  être 
confondu  avec   Raymond-Pons. 

1.  «  An  Burgundionum  voracitatem  et  superbiamignoratis? (]eterùm 

secundum  naturale  nomen  Galli  AHôbrogi  nuncupantur.  Ego,  secundum 
mihi  traditam  fronesin...  Burgundiones  eos  quasi  gurguliones  apello, 
vel  quod  obsuperbiam  toto  gutture  loquantur  vel,  quodveriùs  ost,  edacitali 
quae  per  gulam  exercetur  nimis  indulgeant.  »  (Liudprand,    lib.   III,  >i  45). 

«  Raimundus  Aquetaniorum  princeps inpurissima»  gentis  princeps  inpu- 

rior  »...  (Ibid,,  lib.  V,  §  31). 


156  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII*    SIÈCLE 

lable.  Restent  «\  examiner  Boson  fils  du  comte  de  Savoie  Hugues, 
Boson  fils  du  comte  de  Valentinois  Adalelme  et  Boson  fils  du 
duc  de  Bourgogne   Richard. 

Hugues,  fils  du  comte  de  Troyes  Garnier,  était  né  vers 
la  fin  du  ix°  ou  le  début  du  x*^  siècle  :  on  le  trouve  à  Vienne, 
pour  la  première  fois,  le  23  décembre  920  et  il  devient 
comte  de  Savoie  probablement  en  926,  au  moment  où  son 
oncle  maternel  Hugues  est  élu  roi  de  Lombardie.  Proprié- 
taire en  Troiesin,  il  parait  à  Montiéramey  en  avril  927  avec  sa 
femme  Wille,  fille  du  duc  Richard,  etavec  son  fils  Boson.  Les  sou- 
scriptions spécifient  qu'il  avait  dès  lors  deux  fils,  Boson  et  Gar- 
nier, et   que    le  second  seul  était  issu  de  sa  femme  actuelle  K 

1.  Montiéramey,  avril  [927]  «ego  Hugo  cornes  et  conjux  mea  Wila  nec- 

non  et  filius  Hoso  donavimus S.  Hugonis  comitis S.  WilîP   iixoris 

ojus.  S.  Bosonis  filii  ejus.  S.  Warnerii  ipsorum  filii {A,  Giry^  Etudes 

carolingiennes, ^y ,  Doc,  carolingiens  de  Montiéramey,  n®27  ;  Etudes  d^his- 
taire.  Gabriel  Monod,p.  135).  Les  termes  de  cet  acte  sont  formels.  D'abord, 
dans  le  dispositif, le  comte  paraît  avec  sa  femme  et  Boson;  puis,  le  scribe 
«jui  écrit  les  souscriptions  place,  après  celle  du  comte,  celle  de  sa  femme 
et  celle  de  son  fils  Boson.  Dans  filii  ejus,  comme  uxoris  ejus,  le  mot 
ejus  répété  se  rapporte  toujours  à  Ilugonis  comitis  et  non  pas  à  W'ilap. 
En  traçant  la  souscription  suivante  de  Garnier,  le  scribe  raccompagne 
des  mots  t/)9or(im^/ii,  parce  que  celui-ci  était  fils  de  tous  deux.  Dans 
les  Origines  de  la  3/awo/i  de  Savoie,  1899,  pp.  436,  489,  (iSo:,  (250 1, 
(279).  et  1901,  p.  300,  il  a  été  dit  que  Boson  était  le  fils,  non  pas  d'un 
premier  lit  de  Hugues  comte  de  Savoie,  mais  d*un  premier  lit  de  sa 
femme  Wille.  Cette  assertion  ne  s'explique  que  par  une  inattention 
fAcheuse.  Quand  la  comtesse  Wille,  k  Fouchéres  [août  907-2  mars  980], 
donnera  pour  Tûme  de  son  mari  et  de  ses  trois  fils  Garnier,  Thibaud  et 
Hubert,  elle  ne  nommera  pas  Boson,  parce  qu'elle  n'en  était  pas  la  mère 
et  ce  sera  tout  naturel.  Si  elle  avait  été  sa  mère,  même  d'un  premier  lit 
ce  silence  sei'ait  surprenant  (Giry,  n®  31,  p.  136).  Boson  était  mort  dès 
septembre  948  :  en  effet,  à  celte  époque,  Tarchevèque  d*Arles  Manassès 
fait  lui  aussi  une  donation  pour  les  Ames  de  son  père  et  de  sa  mère,  pour 
celles  de  ses  frères  Hugues  et  Richanl,  pour  celles  de  Boson  et  de  tous 
ses  autres  parents  (C/i/ny,  n®  726).  Les  quatre  premiers  étant  morts,  il 
est  prcscjuc  certain  que,  si  le  cinquième,  Boson,  est  nommé  explicitement, 
c'est  parce  qu'il  est  mort  lui  aussi.  Dans  les  Origines  de  la  yfaison  de  Savoie, 
1899,  p.  4H,  492,  il  a  été  dit  que  ce  Boson  devait  être  le  marquis  de  Toscane 
emprisonné  en  930,  oncle  maternel  de  Manassès  :  c'est  une  erreur.  Le 
Boson,  ((ue  Manassès  adjoint  en  948  à    ses   frères  Hugues  et    Richard, 


LE  ROYAUME   DE   PROVENCE   VIENNOIS  15? 

Deux  autres  enfants,  Thibaud  et  Hubert,  devaient  venir  au 
inonde  les  années  suivantes.  Par  conséquent,  Hugues  avait  dû 
épouser  en  secondes  noces  Wille,  fille  du  duc  Richard,  vers  924  ; 
auparavant,  vers  920,  il  avait  dû  contracter  avec  une  inconnue 
un  premier  mariage  dont  était  issu  son  fils  aîné  Boson.  CeBoson, 
né  ainsi  de  920  à  925,  est  mort  avant  948.  Son  frère  cadet  con- 
sanguin, Thibaud,  archevêque  de  Vienne,  né  peu  après  927,  est 
mort  le  21  mai  1001.  Boson  appartient  donc  à  la  génération  qui 
suivit  celle  de  Berthe,  fille  du  marquis  de  Toscane,  Celle-ci, 
par  le  fait,  était  sa  tante,  par  alliance,  au  cinquième  degré  :  elle  a 
dû  se  marier  au  moment  où  il  naissait  et  la  date  de  cette  nais- 
sance vers  925  empêche  absolument  de  l'identifier  avec  le  Boson 
qui  devint  comte  d'Arles  en  931  par  son  mariage  avec  Berthe. 
Il  faut  passer  à  Boson,  comte  de  Valentinois.  Son  père, 
Adalelme,  avant  d'être  comte  de  Valentinois  sous  le  sceptre  de 
Louis  TAveugle,  avait  été  le  fidèle  de  Charles  le  Chauve  et  de 
Boson.  C'était  donc  un  homme  âgé  quand,  le  6  juin  903,  le  roi 
lui  permit  de  transmettre  à  ses  héritiers  les  biens  qu'il  avait  reçus 
à  titre  viager  par  divers  préceptes  des  précédents  souverains. 
De  sa  femme  Rotlinde,  il  avait  eu  Boson.  Son  âge  avancé  se  con- 
firme du  fait  qu'on  voit  son  fils  muni  du  titre  de  comte  dès  907 
ou  908  dans  un  acte  où  celui-ci  figure  à  côte  de  l'évêque  de 
Valence.  Cependant,  il  vivait  encore  en  912.  Son  fils  lui  succéda 
certainement,  peu  après.  Le  nouveau  comte  de  Valentinois  pos- 
sédait dans  le  Viennois  de  la  rive  droite  des  biens  sis  au  pays 
d'Arras  *,  c'est-à-dire  tout  près  de  son  comté.  Boson  tint  le  Valen- 
tinois sous  toutes  les  dominations  qui  se  succédèrent  dc^)uis 
Louis  l'Aveugle  jusqu'à  Conrad  roi  de  Jurane  :  il  paraît  encore 
en  août  943,  quand  le  Viennois  venait  d'être  cédé  par  le  roi  de 
France  à  ce  dernier.  Boson  devait  être  alors  parvenu  lui-même 
à  im  certain  âge  et  c'est  la  dernière  mention  qu'on  ait  gardée   de 

est  son  propre  neveu  Boson,  filsdudit  Hugues,  comte  deSavoie,  et  d'un  pre- 
mier lit.  En  raison    de  la   mort  prématurée   de   ce  Boson,  c'est    le  fils   du 
second     lit,  Hubert,  qui  a  succédé   à   Hugues,  comme   comte   de  Savoie, 
i.  Arras,  Ardèche,  arr.  et  cant.  Tournou. 


158  LA    PROVENCE    DU   PREMIER   AC    XII*   SIÈCLE 

lui.  Le  nom  de  sa  femme  est  inconnu:  les  dates  de  sa  vie,  étant 
ainsi  déterminées,  n  offrent  pas,  on  le  voit,  d'écart  qui  empêche 
de  croire  que,  par  son  Age,  il  aurait  pu  être  marié  avec  Berthe. 
Cela  le  distingue  des  autres  Boson  et  c'est  quelque  chose  : 
mais  celui-ci  est  un  comte  dont  la  famille  possédait  sim- 
plement le  Valentinois.  Sa  mère,  en  903,  reçoit  du  roi  la  qualifica- 
tion de  nohilissirna  ;  peut-être  était-elle  de  race  royale  ou  ducale. 
Cependant,  Boson  lui-même,  en  Valentinois,  parait  être  sans 
relations  directes  avec  Tune  quelconque  de  ces  maisons  ducales, 
soit  avec  celle  de  Provence,  soit  avec  celle  de  Bourgogne,  soit 
avec  celle  de  Guyenne.  Quelle  que  fût  la  naissance  de  sa  mère,  ni 
elle  ni  Adalelme  ne  reçoivent  du  souverain  la  qualité  de  propin- 
r/uus.  Autant  qu'on  peut  en  juger,  Boson  est  un  personnage  de 
race  comtale  estimée  qui  vit  au  second  rang  dans  le  royaume,  en 
dehors  du  cercle  restreint  de  ceux  qui  le  dominaient.  A  ce 
compte,  il  n'était  pas  davantage  que  le  comte  de  Rouergue 
Raymond  et  rien  ne  le  désignait  au  duc  de  Provence  pour  lui 
donner  sa  nièce.  S'il  l'avait  eue  et  qu'il  fût  devenu  par  là  comte 
d'Arles,  il  y  aurait  gros  à  parier  qu  on  ne  le  rencontrerait  pas 
uniquement  dans  le  Valentinois  et  le  Viennois. 

Bien  différente  était  la  situation  de  Boson,  fils  du  duc  de  Bour- 
gogne Richard,  neveu  du  roi  de  Provence  dont  il  portait  le 
nom.  Son  père,  Richard,  avait  été  avant  Hugues  de  Viennois  le 
maître  du  pouvoir  dans  le  royaume  de  Provence.  D'autre  part 
par  sa  mère  Alix,  Boson  était  également  le  neveu  de  Rodolphe  P', 
roi  de  Jurane,  dont  son  frère  Raoul  portait  le  nom.  Au  moment  où 
le  duc  de  Provence  devint  roi  de  Lombardie,  Boson  fils  de 
Richard  se  trouvait  ainsi  être  à  la  fois  le  frère  du  roi  de  France, 
le  cousin  germain  des  deux  rois  de  Provence  et  de  Jurane.  Rien 
n'est  plus  naturel  que  de  voir  offrir  par  Hugues  l'aînée  de  ses 
nièces  au  roi  de  France  pour  son  frère  Boson.  De  même,  à  la 
mort  (le  Louis  l'Aveugle  en  928,  Hugues,  afin  d'être  agréable  au 
roi  do  France,  disposera  de  la  marche  de  Viennoise  en  faveur  du 
fils  aîné  de  Herbert,  comte  de  Vermandois.  L'année  suivante, 
Herbert  part  en  guerre  contre  Boson  et    lui   enlève  Vitry   en 


LE  ROYAUME    DE   PROVENCE   VIENNOIS  159 

Pertois,  sur  les  limites  de  la  France  et  de  la  Bourgogne  où  ils 
voisinaient.  Dès  930,  le  roi  de  France  s^entremet  pour  amener 
la  paix  entre  Herbert  et  Boson.  Mais  c'est  une  courte  trêve.  En 
931,  le  roi  de  Lombardie  donne  la  marche  de  Toscane  à  son 
frère  qui  abandonne  désormais  à  sa  fille  et  à  son  gendre  les 
comtés  provençaux  d'Arles  et  d'Avignon.  Le  frère  du  roi  de 
France  devenait  le  voisin  du  comte  de  Vermandois,  non  seule- 
ment au  nord  du  duché  de  Bourgogne,  mais  au  nord  de  la  Pro- 
vence. Aussitôt,  le  roi  de  France  et  lui  s'entendent  pour  se  débar- 
rasser définitivement  de  ce  voisin  gênant  :  ils  lui  enlèvent,  dès 
931,  à  la  fois  la  marche.de  Viennoise  et  la  France  carolingienne. 
En  fait,  Boson  possédant,  par  sa  femme,  les  comtés  de  Provence 
et  Raoul  la  marche  de  Viennoise,  tout  le  royaume  de  Provence 
appartient  à  leur  maison,  à  condition  de  respecter  les  droits  du 
roi  de  Lombardie.  Ces  événements  se  groupent.  On  sait  com- 
ment, le  roi  de  France  ayant  voulu  en  932  et  933  se  faire 
reconnaître  non  plus  comme  marquis  mais  comme  roi  de  Vien- 
noise en  éliminant  Hugues,  celui-ci  en  934  céda  le  royaume 
de  Provence  à  Rodolphe  de  Jurane.  La  situation  de  Boson,  mari 
de  Berthe,  devait  devenir  ditlicile  en  Provence.  On  le  voit  alors 
dans  le  duché  de  Bourgogne  :  il  meurt  en  935  dans  un  combat 
hors  de  Provence  et,  frère  du  roi  de  France,  il  est  inhumé  à 
Saint-Remy  de  Reims.  Il  ne  laissait  pas  de  fils,  car  on  n'en  connaît 
pas  et,  s'il  en  avait  eu  un,  cet  enfant  lui  aurait  succédé  comme 
comte  d'Arles.  Sa  veuve,  on  le  sait,  presque  aussitôt  se  remaria 
avec  Raymond  comte  de  Rouergue,  cousin  germain  du  marquis 
et  comte  Raymond-Pons.  Berthe  conserve,  d'ailleurs,  Arles  et 
Avignon  après  la  mort  de  son  premier  mari  jusqu'à  celle  de  son 
oncle  en  947.  En  effet,  c'est  auprès  d'elle  qu'il  vint  se  retirer  en 
946  avec  sestrésors  et  c'est  là  que  Raymond  vintse  mettre  à  sa  solde, 
pour  le  cas  où  le  roi  voudrait  lever  une  armée  contre  la  Lombardie. 
Liudprand  ne  parle  que  de  Hugues,  de  Berthe  et  de  Raymond:  s'il 
y  avait  eu  un  autre  comte  qui  fût  comte  d'Arles,  celui-ci  paraîtrait. 
Même  après  la  mort  de  Hugues,  en  septembre  948,  Berthe  con- 
firme, évidemment  en  qualité  de  comtesse  d'Arles,  une  donation 


160  LA    PROVENCE   DÛ    PREMIER    AU    Xtl«    SIÈCLE 

faite  par  l'archevêque  d'Arles  Manassès.  Toutes  les  souscriptions 
(le  cet  acte  émanent  de  Provençaux  ;  par  conséquent  il  a  très  pro- 
bablement été  passé  h  Arles.  Mais  les  biens  donnés  par  Tarche- 
véque  se  trouvent  dans  le  Ghaunois  et  le  scribe  mentionne, 
peut-être,  pour  cette  raison,  le  règne  du  roi  de  France  au  lieu 
de  celui  du  roi  de  Bour^ofjne  et  Provence.  11  est  plus  probable 
aussi  que  la  comtesse  d'Arles,  après  la  mort  de  Hugues,  reconnut 
en  Provence  le  règne  du  roi  de  France.  Si  Berthe  était  encore 
comtesse  d'Arles  en  septembre  918  *,  elle  ne  Tétait  certainement 
plus  le  7  octobre  IHÎ)  '.  Certes,  elle  garda  la  propriété  du 
domaine  privé  à  elle  légué  par  Tancien  duc  de  Provence  son  oncle. 
Elle  le  garda  jusqu'au  jour  où  elle  le  transmit  à  Tabbave  de  Moiit- 
majour  'K  Mais  la  lin  de  sa  vie  se  passa  en  Guyenne,  dans  le 
comté  de  son  second  mari  dont  elle  eut  au  moins  deux  tîls,  l'un 
d'eux  nommé  Hugues  comme  le  roi  de  Lombardie.  Veuve  pour  la 
seconde  fois  en  î)GO  ou  901,  le  dernier  acte  où  elle  figure  est  daté 
du  18    aoùt9()o^. 

Voilà  donc  établie  la  succession  des  derniers  ducs  de  Provence: 
Boson  (875-15  octobre  879) et  Hugues  (fin9ll-10  avril  917),  entre 
lesquels  Thibert  (890-908i  remplit  des  fonctions  analogues  sans 
avoir  d'autre  titre  que  celui  de  comte.  En  raison  de  la  prépon- 
dérance récente  de  Vienne,  c'est  le  Viennois  qui  fournit  les  ducs 
à  dater  du  moment  où  se  constitue  le  royaume  de  Provence. 
Thibert,  propriétaire  en  Viennois,  pourrait  être  fils  du  vicomte  de 
Vienne  Arlulf;  Hugues  est  le  fils  du  comte  de  Viennois  Thibaud. 
Toutefois,  li  dater  du  moment  où  Hugues  devient  duc  de  Pro- 
vence, il  tend  à  se  cantonner  dans  ce  pays  et  à  abandonner  pro- 
gressivement le  Viennois. 

1.  Soplombro  OW.  <«  Sijriuiin  Herlc  comilisse  >»  {Cluny^  n*»  72G). 

2.  Arles,  7  octobre  940  [llisf,  de  Monfmiyour^  éd.  du  Roure,  pp.  25-27). 
H.  20  février  1)00.  <•  rojjjnanU*  Luthariu  rogo  Francorum,  S.    Bcrlha  coiiii- 

tissa  ..  I/îst.  I.atuj.,  2*"  éd.,  l.  V,  col.  2;<:J-2:U,  n"  107;.  Rien  entendu,  la 
Provence  ne  reconnaissait  phis  le  roi  de  Franco  ;  mais  la  donation  a  élc 
passée  en  (iuyenne,  dans  un  [mys,  par  conséquent,  qui  dépendait  de  lui. 

4.  7  septembre  901.  *<  Signuni  Rcrtanc  coniitisse  m  ilhid,,  n*'112.— 
18  août  905  {Ibid,, no  114,  col.  253-255).  —  Cf.  n«  iil,  col.  248-250. 


LE  ROYAUME  DE  PROVENCE  VIENNOIS  161 

Le  duché  avait  dépendu  successivement  du  royaume  de 
Charles  le  Chauve  (-|-  6  octobre  877),  de  Louis  11  son 
fils  (-[•  10  avril  879),  de  Boson,  sauf  les  Alpes  Mari- 
times (13  octobre  879-880),  de  Carloman  (avril  880  f  12 
décembre  884),  de  Charles  111  le  Gros,  qui  déjà  avait  les  Alpes 
Maritimes  (-|-  13  janvier  888),  de  Louis  fils  de  Boson  (juin  890, 
f  3  juin  928).  Jusqu^à  l'automne  de  934,  le  trône  demeura  vacant. 
Depuis  lors,  le  duché  dépendit  des  rois  de  Bourgogne  juranc 
Rodolphe  11  (fin  934  f  H  juillet  937)  et  Conrad.  Mais  celui-ci 
ne  put  en  prendre  possession  qu'après  la  mort  du  duc  (10  avril 
917).  Probablement,  la  Provence  reconnut  après  la  mort  de 
Hugues  le  règne  de  Louis  d'Outremer  (947-948). 

Le  duché  se  composait  de  deux  douzaines  de  cités  comtales  et 
épiscopales  ;  mais,  s'il  comprenait  forcément  deux  douzaines 
d'évêques  sous  l'autorité  prima  tiale  de  Tarchevêque  d'Arles,  il  était 
loin  de  posséder  deux  douzaines  de  comtes  sous  le  gouvernement  du 
duc.  Dans  la  région  la  plus  voisine  du  Rhône  existaient  les  cités 
de  Saint-Paul,  Vaison,  Orange,  Carpentras,  Avignon,  Cavaillon, 
Arles,  Aix  et  Marseille.  Cesontcelles  qui  durent  le  mieux  échap- 
per aux  ravagés  des  Sarrasins  et  à  la  désorganisation  qui  suivit 
ces  ravages.  On  n'y  rencontre  d'abord  que  Thibert.  Puis, 
on  y  trouve  deux  titulaires  à  dater  de  907  :  l'un  en  deçà,  l'autre 
au  delà  de  la  Durance.  Pendant  que  Thibert  continue  à  tenir 
les  comtés  d'Arles,  Marseille  et  Aix,  Hugues  parait  à  Avignon, 
au  delà  de  ce  cours  d'eau.  Quand  le  duché  est  reconstitué  pour 
Hugues  en  911,  celui-ci  se  réserve  le  groupe  d'Arles  et  place  son 
frère  àAvignonaudelàdelaDurance.  Si  l'on  en  juge  par  l'exemple 
de  cette  région  du  Rhône  et  de  la  Durance,  leduché  tout  entier  devait 
comprendre  quatre  groupements  régionaux,  ou  environ,  composés 
chacun  de  plusieurs  comtés  particuliers  ou  cités.  Chacun  de  ces 
groupements  n'avait  qu'un  seul  comte  à  sa  tête,  celui  du  comté 
principal.  Ilenétait  ainsi  pour  les  pays  d'Arles,  d'Avignon,  de  Die 
et,  sans  doute,  pour  celui  de  Glandèves.  Les  comtes  placés  à  la 
tête  de  ces  gouvernements  dépendaient,  bien  entendu,  du  duc 

Mém,  et  Doe,  de  VÉcole  des  Charles.  —  VU.  It 


162  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU  XII®   SIÈCLE 

qui  se  réservait  personnellement  le  groupe  des  cités  unies  à 
Arles,  capitale   du  duché. 

La  série  des  comtes  d'Arles  se  confond  donc  avec  la  série  des 
ducs,  mais  jusqu'en  926  seulement.  Le  duc  étant  devenu  roi  de 
Lombardie,  désormais  le  comté  d* Arles  appartient  à  son  frère 
Boson  (92()-9*n),  puis  à  la  lîUe  de  celui-ci,  Berthe,  mariée  d'abord 
à  un  second  Boson  (^93  i  -935),  puis  peu  après  à  Raymond  comte  de 
Rouergue.  Berthe  était  encore  comtesse  d'Arles  en  septembre 
948  :  elle  avait  cessé  de  Tètre  en  octobre  949. 

La  série  des  comtes  d'Avignon  comprend,  pendant  la  même 
période  de  temps,  Thibert(  890-907),  Hugues  de  Viennois  (908- 
9H),  son  frère  Boson  (9H-931)  et,  sans  doute,  la  fille  de  celui-ci, 
Berthe  (931-948). 

Enfin,  on  connaît  Odilon  comte  de  Diois*. 

1.  ^mni  lK»7-juillol  974'.  Le  comte  Odilon,  mort  à  cette  époque,  avait  vécn 
du  temps  de  révtMjue  de  Die  AchUleus  (Ul.  Chevalier,  Cnrtulaire  deSaint- 
Chnffre,  pp.  108-110,  n«»  CCCXXII  ;  cf.  G,  de  Manlcyer,  Les  orijines  de  la 
maison  de  Savoie,  Kome,  1899,  pp.  4i;>-417. 


CHAPITRE  V 

LE    ROYAUME    DE   BOUKGOG^E-PllOVE^CE 

(9491032) 

ET  LA  MARCHE  DE  PROVENCE 

(979-1150) 


I 

Limites  de  la  Provence  médiévale. 

Si  l'on  recherche  quelles  étaient  les  limites  de  la  Provence  du 
X*  au  XII*  siècle,  il  y  a  lieu  de  reconnaître  qu'elles  coïncidaient 
avec  la  délimitation  établie  par  le  privilège  apostolique  du  5  mai 
450,  restreinte  à  la  rive  gauche  du  Rhône  depuis  la  création  du 
duché  de  Lyonnais.  Parmi  tant  de  modifications  successives, 
c'est  donc  la  dernière  organisation  décrétée  régulièrement  avant 
la  chute  de  TEmpire  d'Occident  qui  donne,  somme  toute,  sa  phy- 
sionomie au  pays  jusqu'aux  temps  modernes. 

Le  duché  de  Provence,  avec  Arles  comme  capitale,  se  composait 
donc,  au  milieu  du  ix®  siècle,  de  vingt-trois  cités,  réparties 
en  trois  provinces  ecclésiastiques,  qui,  toutes  trois,  ressortis- 
saient  à  la  primatie  du  siège  arlésien.  D'Arles,  relevaient 
Toulon,  Marseille,  Avignon,  Cavaillon,  Carpentras,  Orange, 
Saint- Paul-Trois-Chàteaux,  Vaisonet  Die.  D'Aix  relevaient  Apt, 
Sisteron,  Gap,  Riez,  Fréjus  et  Antibes.  D'Embrun,  relevaient 
Nice,  Vence,  Glandèves,  Senez  et  Digne.  Une  partie  des  diocèses 


164  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII®  SIÈCLE 

d'Arles,    Avignon  et  Embrun    se    trouvait  hors   de  Provence, 
comme  le  diocèse  de  Viviers  tout  entier. 

Les  cartulaires  renferment  une  certaine  quantité  d'actes  qui 
suffiront  pour  établir  la  généalogie  de  la  première  maison  des 
comtes  issus  de  Roubaud.  Sans  vouloir  produire  un  relevé 
absolument  complet,  sur  cette  quantité  il  s'en  trouve  au  moins 
quatre- vingt-cin{[  où  paraissent  l'un  ou  l'autre  des  membres  de 
cette  maison  dans  un  comté  explicitement  indiqué.  Ces  quatre- 
vingt-cinq  actes  donnent  lieuîi  la  répartition  suivante  : 

Arles 8  Aix 10     Embrun.  .  .   2     Uzès 1 

Toulon  .  .  .    1  Apt  1     Nice  3 

Marseille..   5  Sisteron.  . .  12     Vence  .  .  .  .    1 

Avignon  .  .  20  Gap 3     Glandèves .   0 

Cavaillon . .   2  Riez 4     Senez  1 

Carpentras.  2  Fréjus.  . .  .    4     Digne   ....    1 

0/  ange  ...   2  Antibes .    .   0 
Sdint-Paul.  1 
Vaison.  ...    1 

Die 0 

42  34  8  1 

En  résumé,  S/IO'^'des  mentions  concernent  la  province  d'Arles, 
4/10'^*,  celle  d'Aix,  et  l/10*^celle  d'Embrun.  Ce  nombre  pourrait 
être  augmenté,  la  répartition  proportionnelle  ne  changerait  guère. 
Plusieurs  cartulaires  d'églises  cathédrales,  il  est  vrai,  semblent 
égarés,  notamment  ceux  de  Fréjus  et  de  Vaison;  de  plus,  quelques- 
unes  de  ces  églises  peuvent  n'en  avoir  jamais  eu.  Mais,  si  ouïes  con- 
naissait tous,  il  faut  répéter  que  la  répartition  ne  varierait  guère. 
Ainsi,  les  mentions  dans  les  comtés  d'Avignon,  de  Sisteron,  d'Aix 
et  d'Arles  sont  les  plus  nombreuses.  A  Nice  et  à  Apt,  dont  on  pos- 
sède cependant  les  cartulaires,  elles  sont  très  rares.  Aucune 
mention  n'a  été  relevée  pour  Die  *,  Antibes  et  Glandèves,  soit 

1.  Il  ne  s'agit  bien  cnlondu  ici  que  des  mentions  concernant  les  mem- 
bres (le  la  promiùre  maison  :  h  Die,  les  membres  de  la  maison  de  Tou- 
louse, son  liéntière,  paraissent  plusieurs  fois. 


LE  ROTAUBŒ  DE   BOURGOGNE-PROVENCE  165 

dans  trois  comtés  sur  vingt-trois.  Ces  comtés  n'en  faisaient  pas 
moins  partie  de  la  marche  de  Provence  comme  les  autres  ;  mais, 
soit  en  raison  de  Texcentricité,  soit  en  raison  de  la  pauvreté 
relative  de  ces  trois  comtés,  les  comtes  y  possédaient  des  biens 
personnels  moins  considérables  et  avaient  moins  Toccasion  de 
donner  à  des  églises.  Pour  les  comtés  de  Glandèves  et  de  Die,  une 
dernière  raison  est  qu'ils  appartenaient  tout  d'abord  à  un  comte 
étranger  à  la  maison  d'Arles. 

Par  contre,  deux  des  mentions  relevées  concernent,  Tune  des 
biens  particuliers  dans  le  comté  d'Uzès,  la  seconde  d'autres 
biens  placés  dans  le  comté  d'Avignon,  sur  la  rive  droite  du 
Rhône.  Pour  la  première,  son  interprétation  ne  souffre  aucun 
doute  :  à  ce  moment,  le  comté  d'Uzès  avait  certainement  cessé 
de  faire  partie  de  la  marche  de  Viennoise  et  de  relever  du  royaume 
de  Provence.  Les  biens  que  les  comtes  de  Provence  y  possèdent 
sontdoncdes  biens  personnels  et  rien  ne  les  empêche  d'en  posséder 
ainsi  dans  les  pays  voisins  placés  hors  de  leur  marche.  Mais 
la  question  est  de  savoir  si  la  seconde  de  ces  mentions  doit 
être  interprétée  de  même  :  en  d'autres  termes,  les  parties 
des  comtés  d'Arles  et  d'Avignon  situées  sur  la  rive  droite 
du  Rhône  étaient-elles,  depuis  le  traité  de  942,  rattachées  à  la 
France  ou  à  la  Provence?  Par  ce  traité,  une  partie  de  la  rive 
droite  du  Rhône  qui  avait  dépendu  successivement  de  la  Provence 
austrasienne,  du  duché  de  Lyonnais  et  de  la  marche  de  Vien- 
noise fut  cédée  au  royaume  de  France  :  c'étaient  les  comtés  de 
Vivarais  et  d'Uzège.  Mais  la  partie  des  diocèses  de  Lyon,  de 
Vienne  et  de  Valence  placée  sur  cette  rive,  au  nord  du  Vivarais, 
restait  au  royaume  de  Bourgogne.  Par  analogie,  il  est  fort  pro- 
bable que  la  partie  des  diocèses  d'Arles  et  d'Avignon,  placée  sur 
la  nye  droite,  au  sud  du  Vivarais,  resta  bourguignonne.  Quand  le 
Vivarais  lui-même,  au  xi*  siècle,  redeviendra  bourguignon,  il 
sera,  bien  entendu,  uni  à  la  Viennoise.  Mais,  séparées  du  Viva- 
rais par  rUzège  devenu  français,  les  terres  arlésiennes  et  avi- 
gnonnaises  de  la  rive  droite  sont  forcément,  depuis  942,  incor- 
porées   à    la  Provence.  De  là,  il  résulte  que  l'intervention  des 


KiO  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    Xll^   SIÈCLE 

conitos  (le  Provence,  dans  le  pays  d'Avignon  placé  sur  la  rive 
droite,  ne  peut  être  interprétée  depuis  cette  date  pareillement 
à  leur  intervention  dans  Tllzège.  Dans  TAvignonnais,  comme 
dans  rCzè^e,  ils  disposent  de  biens  particuliers  ;  mais  TAvi- 
giionnais  entier  relève  de  leur  marche  :  FUzège  n'en  relève 
pas. 


î:i   I.    —  Limites   occidentales, 

Ot  éclaircissement  donné,  les  limites  du  duché  de  Provence 
étaient  les  suivantes. 

Jus([u'à  Louis  dOutremer,  la  Provence  était  sé|>arée  simplement 
des  dépendances  du  Lyonnais  à  l'ouest  par  le  cours  du  Rhône  et  lui 
laissaitvraiseinhlahlement  la  (Camargue.  Apartirde  Louisd'Outre- 
iner,  la  limite  exacte  du  duché  partait,  au  sud-ouest,  de  l'embou- 
chure du  Hhône  vif*;  elle  remontait  successivement  le  Rhône  vif, 
le  Hhône  mort  et  le  petit  Rhône.  C'est  encore  la  limite  actuelle 
des  Rouches-du-Rhône  et  du  Gard.  Mais,  après  avoir  passé 
devant  Saint-Gilles,  la  limite  du  diocèse  d'Arles  et,  par  consé- 
([uent,  du  duché  englobait  le  territoire  des  localités  placées 
sur  \i\  rive  droite  du  Rhône,  jusqu'à  Beaucaire.  Le  duché  de 
Provence,  en  remontant  de  la  mer,  occupait,  comme  le  diocèse 
d'Arhvs  et  en  guise  de  limites,  le  terroir  des  communes  actuelles 

1.  KtMiillos  W-X'u  XX-3t,  XXI-3i.  La  direction  du  Rhône  vif  en 
nMuoiitant  dt*  la  mer  à  Ferrais,  du  Hbône  mort  de  Peccais  h  Sylveréal,  du 
l»elil  liliôno  di»  SylvtMval  h  Tourifues  n'a  pas  changé  depuis  l'antiquité 
■  (laiilior-l)t»sc<>tlt»s,  Ktnth*  sur  la  formation  de  la  Camargue,  —  Congrès 
arch«M)l.  \rlos,  carlo  horsloxle  entre  los  pp.  336-337).  La  sylve  Godesquc, 
d\\.i*;nes-M(>rtes  h  SylviMval,  inanpic  la  limite  du  regnum  GotUv  qui  lais- 
sait la  (lanuu'^ue  au  r(*tjnum  Provincia*.  Plus  lard,  on  aura  Sylvei*éal  sur 
la  rive  «Iroilodu  petit  Hhône  cl  l'élang  impérial  dans  la  Camargue  :  royaume 
de  Franco  d'une  i)arl,  royaume  <lo  Bourgogne  uni  h  l'Empii^c  de  l'autre.  La 
pinèilo  do  Sylvorôal  dans  la  Camargue  est  une  simple  dépendance  de 
Sylveréal. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  167 

des  Saintes-Mariés  et  d'Arles  en  Camargue  *,  de  Fourques  et 
Beaucaire  sur  la  rive  droite  du  Rhône  ^,  de  Jonquières-Saint- 
Vincent,  Meyneset  Comps  sur  la  rive  droite  du  Gardon  -K  Passant 
de  Beaucaire  sur  la  rive  gauche  du  Rhône  et  dans  le  diocèse 
d'Avignon,  le  duché  y  laissait  Vallabrègues  à  Tllzège  et 
remontait  le  long  du  fleuve  en  occupant  les  communes  actuelles 
de  Tarascon,  Mezoargues  et  Boulbon  '*.  Au  point  où  les  terroirs 
de  Boulbon  et  de  Barbentane  se  joignent  sur  la  rive  gauche,  la 
limite  franchissait  perpendiculairement  le  Rhône  en  laissant  le 
terroir  d'Aramon  proprement  dit  à  rUzcge,  mais  en  distrayant 
de  ce  terroir  celui  de  Saint-Pierre-du-Terme  qu'elle  englobait. 
Ainsi,  cette  limite  rejoignait  en  ligne  droite  le  point  où  se  joignent 
les  terroirs  de  Domazan,Saze  etAramon.  Au  delà  de  la  rive  droite, 
le  duché  occupait  donc  la  localité  de  Saint-Pierre-du-Terme,  puis 
le  terroir  des  communes  de  Saze,Rochefort,  Tavel,  Lirac,  Saint- 
Laurent-des- Arbres,  Saint-Geniès-de-Comolas  et  Montfaucon,  où 
sa  limite  rejoignait  la  rive  droite  du  fleuve  ^.  Désormais,  elle  en 
remontait  le  cours.  Quittant  le  diocèse  d'Avignon  à  Montfaucon, 
elle  passait  dans  celui  d'Orange  où  elle  occupait  les  terroirs  de 
Caderousse^  Piolenc,  Mornaset  Mondragon  '».  Là,  elle  pénétrait 
dans  le  diocèse  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  où  elle  occupait, 
toujours  en  remontant  le  Rhône,  les  terroirs  de   Lamotte,    Lapa- 


1.  Les  quartiers  d' Al  baron  et  de  Saliers  forment  les  confins  de  la  com- 
mune d'Arles,  sur  ce  point  extrême.  —  Feuilles  XX-35,  XX-34,  XXI-34.  Voir 
la  liste  des  paroisses  de  l'archevêché  d'Arles  dans  Achard,  Géographie  delà 
Provence,  t.  I,  Aix.  Calmen,  t787,  pp.  235-236. 

2.  Feuilles  XXI-34,  XXI.33. 

3.  Feuilles  XXI-33. 

4.  Même  feuille. 

5.  Feuilles  XXI-33  et  XXI-32.  Voir  la  liste  des  paroisses  du  diocèse  d'Avi- 
gnon, sauf  celles  du  Languedoc,  dans  Achard,  l.  I,  p.  264. 

6.  Feuilles  XXI-32  et  XXI-3I.  Voir  la  liste  des  paroisses  du  diocrse 
d'Orange  dans  Achard,  t.  11,1788,  pp.  193-i9i,  et  dans  J.  Bastet,  ^ssai 
historique  sur  les  évéques  du  diocèse  d'Orange^  mêlé  de  documents  histo- 
riques et  chronologiques  sur  la  ville  d'Orange  et  ses  princes.  Orango, 
J.  Escoffier,  i837,pp.  29,  107,  note  i,et  115-116. 


168  LA    PROVENCE   DU   PREMIER   AU    Xll*   SIÈCLE 

lud,  PieiTclatte,  Donzère  et  Ghâteauneuf-du-Rhône  ^  Placée  en 
face  de  Viviers  et  contiguô  à  Moutélimar  qui  dépendait  du  dio- 
cèse de  Valence,  cette  localité  de  Châteauneuf  était  la  plus  sep- 
tentrionale du  duché  sur  le  Rhône.  Abandonnant  le  fleuve, 
la  limite  du  duché  remonte  de  l'ouest  à  Test  la  vallée  de 
son  affluent  le  Jahron.  Toujours  dans  le  diocèse  de  Saint-Paul, 
le  duché  occupe  ainsi  les  localités  extrêmes  de  Chàteauneuf- 
du-Uhône,  Alan,  Espeluche,  Puygiron,  la  Touche  et  Portes  '-. 
Changeant  en  ce  point  de  direction  et  passant  du  diocèse  de 
Saint-Paul  dans  celui  de  Die,  la  limite  du  duché  quitte  le 
Jabron  à  quinze  ou  seize  kilomètres  du  Rhône:  elle  repart  à  angle 
droit  du  sud  au  nord  et  englobe  Châteauneuf-de-Mazenc,  Charols 
sur  le  Roubion,  Pont-de-Barret,  Soyans,  Divajeu  etCrest  où  elle 
franchit  la  Drôme  à  dix-huit  kilomètres  environ  de  son  confluent 
avec  le  Rhône,  puis  Cobonne,  Gigors,  Le  ChafTal,  Léoncel,  Oriol- 
en-Royans,  Saint-Joan-en-Royans  et  Saint-Laurent-en-Royans*^; 
là,  elle  atteint  la  Bourne  à  cinq  kilomètres  environ  de  son  con- 
fluent avec  risère,  c'est-à-dire  h  environ  quarante  kilomètres  du 
Rhône.  Le  confluent  de  la  Lyonne  et  de  la  Bourne  est,  au  nord- 
ouest,  avec  Saint- Laurent-en-Royans,  le  point  extrême  du 
duché  ;  arrivé  à  ce  point,  le  tracé  de  la  limite  abandonne  la  direc- 
tion générale  du  sud  au  nord  qu'il  suivait  depuis  Fembouchure  du 
Rhône  vif  aux  Saintes-Mariés  et  qui  forme  le  front  occidental  du 
duché  appuyé  sur  la  ligne  du  Rhône. 


\.  Feuilles  XXI-31,  XXI-30. 

2.  Keuilles  XXI-30  et  XXII-30.  Voir  la  liste  des  paroisses  dauphinoises 
du  diocèse  do  Saint-Paul,  dans  J.  Brun-Durand.  Dicf,  de  la.  Drôme,  p.  xvm, 
et  colle  des  autres  dans  Aohard,  t.  II,  p.  43 't. 

3.  Feuilles  XXlI-30,  XXIl-20,  XXlI-28.  Voir  la  liste  des  paroisses  du 
diocèse  de  Die  dans  J.  Brun-Durand,  Pouillé  historique  de  Die  en  14i9 
cl  /4ô'0,  Grenoble,  Maisonville,  1876,  in-8  de  48  pp. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  169 


§  2.  —  Limites  septentrionales. 

De  ce  point,  le  tracé  de  la  limite  prend  la  direction  générale 
de  Touest  à  Test  qui  forme  le  front  septentrional  du  duché. 
Tout  d'abord,  remontant  la  rive  gauche  de  la  Bourne,  la  fron- 
tière englobe,  de  Fouestà  Test,  Saint-Laurent-en-Royans,  Sainte- 
Eulalie-en-Royans,  Châlelus,  Saint- Julien-en-Vercors  K  Puis, 
descendant  du  nord  au  sud,  elle  gagne  la  ligne  de  crêtes  qui 
séparent  le  Vercors  du  Trièves,  en  gardant  Saint-Julien,  Saint- 
Martin  et  la  Chapelle-en-Vercors  2.  De  là,  elle  franchit  cette 
ligne  au  rocher  du  Pleynet  et  elle  plonge,  parla  rive  droite  de  la 
Gresse,  vers  le  Drac,  de  Touest  à  Test,  en  suivant  Saint-Andéol, 
Saint-Guillaume,  Saint-Paul-lès-Monestier,  Sinardet  Avignonet"^. 
Parvenue  ainsi  au  Drac,  elle  le  franchit  et  en  remonte  la  rive 
droite  du  nord  au  sud  par  Avignonet,  Sinard,  Treffort.  A  ce 
coude,  elle  revient  sur  la  rive  gauche  qu'elle  remonte  de  Touest 
à  Test  par  Lavars,  Cornillon-en-Trièves  et  Saint-Jean-d'IIérans  *. 
Cette  localité  est  la  dernière  du  diocèse  de  Die  :  elle  est  limitée 
au  nord  par  le  confluent  du  Drac  et  de  la  Bonne  qui  s  unit  à  lui 
sur  la  rive  droite.  Continuant  à  se  diriger  de  Touest  à  Test,  la 
frontière  passe  à  ce  confluent  sur  la  rive  droite  de  la  Bonne  et 
abandonne  le  Drac.  Elle  suit  désormais  les  limites  du  diocèse 
de  Gap  et  gagne  les  sommets  des  Alpes  parSaint-Pierre-de-Méa- 
roz,  Saint-Laurent-en-Beaumont,  Saint-Michel-en-Beaumont,  la 
Salette-Fallavaux,  Aspres-lès-Corps,  Saint-Firmin,  Saint-Mau- 
rice, Villar-Loubière,  Clémence-d'Ambelet  Guillaume-Peyrouse. 
Elle  englobe  ainsi  la  haute  vallée  du  Drac  et  celle  de  son 
affluent  la  Séveraisse,  en  aboutissant  au  sommet  des  Bans  •*.  Ce 


1.  Feuilles  XXII-28,XXIII-28. 

2.  Feuilles  XXIII-28,  XXIII-29. 

3.  Feuille  XXIII-29. 

4.  Même  feuille. 

5.  Feuilles  XXin-29,  XXIV-29.  Voir  la  liste  des  paroisses  du  diocèse  de 
Gap,  d'après  les  visites  épiscopalcs,  et  Tindicatioa  complète  de  ses  confins 


170  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    X1I«   SIÈCLE 

sommet  était  le  point  de  contact  de  trois  diocèses  :  celui  de 
Grenoble  se  trouvait  au  nord  avec  Saint-Christophe-en-Oisans  ; 
celui  de  Gap,  à  Touest  avec  Guillaume-Peyrouse  ;  le  Briançon- 
nais,  à  Test  avec  la  Vallouise. 

§  3.  —  Limites  successives  de   VEmbrunais. 

Avant  d'aller  plus  loin,  il  faut  déterminer  quelles  ont  été  les 
limites  successives  entre  TEmbrunais  et  le  Briançonnais.  La 
province  des  Alpes  Cottiennes  avait  subi,  sous  FEmpire,  deux 
démembrements  qui  l'avaient  réduite  au  Briançonnais  et  à  la 
Maurienne  sur  le  versant  occidental  des  Alpes.  Ainsi  diminuée, 
elle  avait  été  unie,  comme  les  Alpes  Pœnines,  à  la  province  des 
Alpes  Grées  *  et  par  conséquent  au  diocèse  des  Gaules.  A  la  fin 
du  iv*"  siècle,  tout  le  versant  oriental  des  Alpes  et  la  province 
entière  des  Cottiennes  avaient  été  rattachés  au  diocèse  d'Italie  ^. 
Enfin,  le  roi  de  Bourgogne  Gontran  avait  obtenu  de  l'Empire 
la  rétrocession  d'Aoste  (Alpes  Pœnines),  de  la  Maurienne,  du 
Briançonnais  et  de  Suse  (Alpes  Cottiennes)'*,  peu  après  l'invasion 

dans  Paul  Guillaume,  Inventairc-sommaire  des  Archives  départementales, 
t.  III,  série  G,  t.  II,  Gap,  E.\i^,  Jouglard,  i895.  Introduction,  pp.  v-vi  et 
vii-viii.  —  Cf.  J.  Roman,  Dict,  topogr.  du  dép.  des  Hautes-Alpes^  Paris 
1884,  Intr.,  pp.  xxvii-xxxii. 

1.  Voir  ci-dessus,  p.  8. 

2.  /Z)ic/.,p.  11. 

3.  //m/.,  p.  20. 

Procope,  1.  III,  S  33;  Grog,  de  Tours,  IV,  §  45;  Paul  Diacre,  III,  §  8; 
Fredcpairc,  Chron.,  cap.  45. 

Le  but  do  Gonlran  otait  sans  doute  de  posséder  les  clefs  des  Alpes  pour 
parer  aux  invasions  des  Lombards.  11  dut  établir  des  forts  d*arrêt  sur  le 
versant  oriental  de  cha({uc  col  ainsi  acquis.  On  a  le  fort  de  Bard,  dans  la 
vallée  d'Aosto,  qui  domine  la  route.  Au  pied  du  mont  Cenis,  le  hameau 
de  Bard  (commune  de  Vonaus)  sur  la  route.  Au  pied  du  col  moins 
important  de  Fréjus,  Bardonneche.  Sur  le  versant  occidental,  on 
remarque  de  même  Montbardon  (commune  Chàteau-Ville-Vieillei,  au-des- 
sus du  Guil,  assez  bas  pour  couper  toutes  les  vallées  du  Ilaut-Queyras. 
Knfin  Bard  (commune  Viuz-en-Salla/.)  et  Bardonnache  (commune  La  Tour, 
canton  Saint-Gcoire,  arr.  Bonneville)  :  ces  deux  dernières  localités  en  Fau- 
cigny.  Toutefois,  il  serait  bien  difllcile  de  dire  si  ces  noms  rappellent 
réellement  les  Bardi  ou  Langobardi, 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  1  71 

lombarde  de574;le  surplus  de  la  province  des  Alpes  Cottiennes, 
s'étendant  sur  le  versant  oriental  jusqu'à  Turin  et  Gênes,  demeu- 
rait, bien  entendu,  àFItalie  et  aux  Lombards.  En  574,  à  la  veille  de 
la  rétrocession  obtenue  par  Contran,  c'était  le  maitre  de  la  milice 
Sisinnius  qui  tenait  encore  Suse  pour  l'empereur  Justin  II.  Au 
point  de  vue  ecclésiastique,  la  Maurienne  dépendait  du  diocèse 
de  Turin  et  il  en  était  forcément  de  même  du  Briançonnais.  Au 
moment  où  écrivait  Grégoire  de  Tours,  vers  587,  les  choses 
avaient  changé  *.  Le  roi  de  Bourgogne  n'avait  pas  voulu 
que  les  territoires  acquis  par  lui  continuassent  à  dépendre 
d  une  autorité  ecclésiastique  étrangère.  Il  paraît  avoir  supprimé 
le  siège  d'Aoste  existant  depuis  le  milieu  du  v®  siècle  et  qui 
dépendait  de  la  province  de  Milan  ;  en  effet,  ce  siège  est  resté 
sans  titulaire  jusqu'à  la  deuxième  moitié  du  ix®  siècle.  Probable- 
ment, il  le  rattacha  au  diocèse  de  Tarentaise  qui  dépendait  de 
Vienne  ^.  En  même  temps,  il  créa  un  nouveau  diocèse  composé 
de  la  partie  des  Alpes  Cottiennes  qu'il  possédait,  c'est-à-dire  de 
la  Maurienne,  du  Briançonnais  et  de  Suse.  Le  premier  évêque 
certain  de  ce  diocèse,  Hyconius,  parait  au  concile  de  Màcon,  le  1*^' 
novembre  583  ^.  Après  la  mort  de  Contran,  le  pape  saint  Grégoire 
protesta  en  juillet  399  contre  ce  démembrement  du  diocèse  de 
Turin  et  cette  diminution  de  la  province  de  Milan  ^  ;  mais  le 
nouvel  état  de  choses  était  stable.  Maintenant,  le  dialecte  du  Val 
d'Aoste  se  rapproche  de  celui  de  la  Tarentaise,  ceux  de  Suse 
et  de  Fenestrelle  se  rapprochent  de  celui  du  Briançonnais  ; 
ils  se  sont  formés  définitivement  à  partir  de  cette  rétrocession 
à  la  Bourgogne  et  ces  vallées  sont  restées  sujettes  politique- 
ment des  Etats  bourguignons  ou  de  la  France  jusqu'à  une  date 
très  récente  :  les  vallées  jusqu'en  1713,  le  Val  d'Aoste  jusqu'en 

Dans  les  vallées  de  Suse  et  de  Fenestrelle,  au  pied  du  mont  Genèvre,  on 
devrait  en  trouver  d'équivalents  pour  compléter  le  système  défensif. 

1.  «  El  quia  locus  ille  Mauriennensis   ad  Taurinenscni  quondam  urbem 
pertinebat  «(Greg.Turon.,  Z)e  G/oWa  martyr.,    lib.  1,  cbap.  XIV). 

2.  Privilègedul3juin857(Savio,  G/i  ciAi//c/i/re8coiu'(/7/a/ta,  p.  82,  note  1). 

3.  Maassen,  Concilia,  t.  I,  p.  161. 

4.  Jaffé,  2«  éd.,  n«  1754. 


172  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XI1«   SIÈCLE 

1860.  Aussi,  non  seulement  les  dialectes  y  sont  boui^uignons, 
mais  la  langue  officielle  qui  y  a  succédé  au  latin  est  le  français. 
La  question  est  de  savoir  quelle  était  exactement  la  limite 
entre  le  Briançonnais  dépendant  de  la  Maurienne  bourguignonne 
et  TEmbrunais  dépendant  de  la  Provence.  Par  le  testament 
dWbon,  gouverneur  de  Maurienne,  fait  le  S  mai  739,  il  paraît 
certain  qu  on  joignait  au  Briançonnais  proprement  dit,  aux  vallées 
de  la  Guisane  et  de  Névâche,  la  vallée  de  la  Gyronde  et  le 
Queyras  *.  Par  contre,  à  TEmbrunaisse  joignaient  naturellement 
la  vallée    de    Mons   (Barcelonnette)    et  le  pays   de  Chorges  ^. 

1.  5  mai  739.  u  similitcr  et  in  pago  Briantino  et  Aquisiana  et  Annevas- 

ca...   similitcrct  inCioronlonnis similiter curtc  meaSallians...,  Vonda- 

num,  Mullina,  [Ajricus(?),  Viiilla  Vilolo  ...et...  in  valIcGerentonica...iDvalIe 
Ariuisiann  scu  et  in  ipso  pago  Briantino» (G. CipolIa,3/onr/m.  Xovalic.  vêtus- 
tiora,\o\.  I,  Borna,  189H,  n°  2,  p.  2i).*L'édileur  lit  Mullinnricus  ;  cependant 
la  séparation  Mulina,  Molines  et  de  ricus[T}  ou  vicu$  paraît  nécessaire. 
Ville-Vieille,  commune  Chàteau-Ville- Vieille  ;  Molines,  canton  Aiguilles, 
arr.  Briançon. 

2.  «  enimo...  in  pago  Ebredunense  et  valle  Occense...  et  in  ipsa  vallc 
Moccense...  et...  in  ipso  pago  Ebredunense...  necnon  et...  in  pago 
Bigomagense...  item  in  ipsum  pago  Ebredunense...  quicquid  in  ipsum 
pago  Ebredunense seuet  in  valle  Moccense  et  Bigomagense...  " {t7>iV/.,  p.  25). 
C'est  Moccense  qu'il  faut  lire   partout. 

28  avril  1127.  Donation  h  l'église  d'Embrun,  par  Guillaume  comte  et 
marquis  de  Provence,  de  la  moitié  de  la  terre  sise  aux  Orres,  sauf  trente 
mas  (|u'il  se  rt\serve.  Les  confronts  de  cette  terre  sont,  à  Test  le  tor- 
rent de  Crévoux,  à  l'ouest  le  torrent  des  Vachères  et  le  quartier  de  la 
Mazeliére,  au  nord  la  Durance,  au  midi  colles  et  alpes  de  valle  de  Mucio 
(Fournier,  Histoire  des  Alpes  (^ot tiennes,  éd.  P.  Guillaume,  t.  III,  pp.  205-207). 
Il  résulte  des  termes  précis  et  explicites  de  cet  acte  que  la  terre  citée 
correspond  aux  communes  actuelles  de  Saint-Sauveur  et  des  Orres,  aux- 
(pielles  il  faut  probablement  joindre  celle  de  Crévoux  :  le  comte  en  donne 
la  moitié,  peut-être  indivise,  sauf  trente  maisons.  Le  pape  Eugène  III  a 
confirmé  cette  donation  :  elle  prouve,  sans  réplique  possible,  que  la  vallis 
Moccensis  de  739,  appelée  ra//«  ^Vi/cio  en  1127,  est  identique  avec  la  vallée 
de  Barcelonnette  :  en  effet  les  colles  et  alpes  en  question  s'identifient 
forcément  avec  les  cols  de  l'Eyssalette,  de  TÔpillon  et  des  Orres,  entre  la 
pointe  de  Mazelièrc  et  le  sommet  de  Sonaille  ;  ces  cols  font  communi- 
quer la  commune  des  Orres  avec  les  communes  de  Bevel,  des  Tbuiles  et 
de  Saint-Pons,  c'est-à-dire  la  vallée  de  la  Durance  avec  la  vallée  de  Bar- 
celonnette. 

Puisque  la  vallis  Moccensis  n'est  autre  que  la  vallée  de  Barcelonnette,  le 


LE   ROYAUME   DE    BOURGOGNE-PROVENCE  173 

Le  Queyras,  il  est  vrai,  n'est  pas  nommé  ;  mais  le  legs  de  Molines 
et  Ville-vieille  ne  laisse  aucun  doute  sur  sa  dépendance  du 
Briançonnais.  L'énumération  du  testateur,  répartie  en  para- 
graphes distincts,  forme  sur  le  terrain  un  va-et-vient  en  circuit. 
Il  descend  de  la  Guisane  en  passant  par  la  Gy ronde  pour 
aboutir  au  Guil  et  au  Queyras  ;  puis,  il  remonte  du  Queyras  en 
passant  encore  par  la  Gy  ronde  pour  revenir  à  la  Guisane.  Ensuite 
seulement,  il  aborde  TEmbrunais  avec  ses  dépendances. 

Le  Queyras  se  rattachait  donc  bien  au  Briançonnais.  A  Tépoque 
la  plus  moderne,  il  comptait  encore  au  nombre  des  cinq  écartons 
qui  s'en  partageaient  Té  tendue  *  ;  il  comprenait  alors  le  can- 
ton actuel  d'Aiguilles,  c'est-à-dire  les  communes  de  Saint- Véran, 
Molines-en-Queyras,  Château- Ville-Vieille,  Arvieux,  Aiguilles, 
Abrièset  Ristolas  ^.  Mais  cette  étendue  ne  correspond  qu'au  bas- 
sin supérieur  du  Guil  ;  il  est  impossible  qu'un  pareil  état  de 
choses  remonte  très  haut.  En  effet,  le  Queyras,  c'est  le  pays  des 
Quariaies  et  un  peuple,  si  restreint  fût-il,  ne  pouvait  occuper  un 
territoire  aussi  exigu.  Les  Quariaies  devaient  s'étendre  dans  tout 
le  bassin  du  Guil  et  peut-être  plus  loin.  Si  la  curiis  Salliaris  (?) 
de  739  correspondait  à  Ceillac,  comme  tout  le  fait  croire,  ce  serait 
une  preuve  de  ce  fait  ;  en  effet,  Ceillac,  dans  le  bassin  inférieur  du 

pagus  Rigomsgensis  est  forcément  le  pays  de  Chorges;  c'est  que  M.  Joseph 
Roman  a  reconnu  depuis  longtemps. 

Les  Orres,  canton  et  arr.  Embrun,  Hautes- Alpes,  Crévoux,  canton  et 
a rr.  Embrun  ;  torrent  de  ce  nom,  affluent  de  la  Durance.  La  Mazelière, 
montagne  et  bois,  commune  des  Orres.  Les  Vachères,  montagne,  com- 
muncdes  Orres;  torrent  de  ce  nom,  affluent  de  la  Durance.  —  Feuille  XXV-30. 

i.  Sur  le  versant  occidental,  on  en  comptait  deux  ;  sur  le  versant  oriental, 
trois.  C'étaient  les  écartons  de  Briançon,  d'Oui  x,  de  Valclusonou  Pragelas,  du 
Queyras  et  de  Château-Dauphin.  Chaque  écarlon  se  composait  d'un  certain 
nombre  de  communautés;  l'ensemble  des  cincj  écartons  formait  le  grand 
écarton.  Chacun  des  cinq  envoyait  des  députés  au  grand  (jui  se  réunissait 
deux  fois  l'an  à  Briançon  afin  de  délibérer  sur  les  alTairos  du  pays.  Dans  ces 
réunions,  on  répartissaitou  «  escartait  »  les  contributions  entre  chaciue com- 
munauté :1a  quote-part  ainsi  répartie,  de  chacune  n'osait  autre  que  Fuescart» 
L'opération  de  répartition  par  l'assemblée  entre  chacune  était  1'»  escarto- 
nement   ». 

2.  J.  Roman,  Dict,  topogr,  des  Hautes- Alpes ,  p.  124. 


174  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XU^   SIÈCLE 

Guil,  dépend  de  Guillestre  et  non  pas  d'Aiguilles  ^  Or,  de 
son  côté,  TEmbrunais,  à  Tépoque  la  plus  récente,  se  subdivi- 
sait en  trois  écartons  ou  étappes  *.  Parmi  eux,  le  plus  rap- 
proché du  Brianvonnais  avait  pour  chef-lieu  Guillestre  et  pour 
centre  le  bassin  inférieur  du  Guil  :  il  comprenait  treize  commu- 
nautés qui  correspondent  à  quinze  communes  actuelles,  soit,  sur 
la  rive  gauche  de  la  Durance,  La  Roche-de-Rame,  Saint-Crépin, 
Eygliers,  Montdauphin,  Guillestre,  Ceillac,  Vars,  Risoul  et  Cré- 
voux;  sur  la  rive  droite,  Châteauroux,  Saint-Clément,  Réotier, 
Chancella,  Freissinières  et  TArgentière.  Cela  étant,  il  y  a  tout 
lieu  de  croire  que  les  écartons  réunis  de  Guillestre  et  de  Quey- 
ras  correspondent  au  territoire  ancien  du  peuple  des  Quariates; 
il  est  probable,  aussi,  que  cet  état  de  choses  subsistait  encore  en 
739,  puisque  la  curtisSalliaris  paraît  correspondre  à  Ceillac.  Par 
suite,  les  limites  premières  de  la  Provence  et  des  Alpes  Cot- 
tiennes  étaient  identiques  aux  limites  qui  séparaient  les  Catu- 
rif/cs  des  Quariales.  A  partir  des  Bans  et  du  pic  Jocelme,  l'extrême 
Provence  occupait  les  localités  qui  correspondaient  aux  communes 
actuelles  de  Guillaume-Peyrouse,  Champoléon  et  Orcières  dans 
le  diocèse  de  Gap  ;  puis,  dans  le  diocèse  d'Embrun,  à  celles  de 

i.  Les  fautes  de  Iranscriplion,  dans  le  texte  du  testament,  sont  nom- 
breuses pour  les  noms  de  lieu  :  Salliaris  n'est  donc  pas  absolument  sûr.  Si 
la  forme  de  ce  nom  n  avait  subi  aucune  mutilation,  il  faudrait,  pour  a}>ou- 
tir  à  Ceillac,  admettre  l'assourdissement  du  rposttoni({ueet  l'adjonction  du 
c final  par  suite  d'une  analogie eri-onée  avec  les  composés  cn-acum.  De  fait, 
ce  qui  est  bien  naturel  dans  un  pays  aussi  pauvre,  Cœ/i-aci/m  serait  le  seul 
exemple  prouvé  en  Briançonnais  avec  Oréac  d'une  exploitation  pastorale 
ou  agricole  ayant  reçu  le  nom  de  son  propriétaire  au  moment  de  la  confec- 
tion du  cadastre  romain. 

2.  C'étaient  les  écartons  d'Embrun,  Guillestre  et  Chorgçs.  On  ne  compte 
pas,  bien  entendu,  la  vallée  de  Barcelonnette  séparée  du  baillage  d'Embru- 
nais  et  unie  au  domaine  des  ducs  de  Savoie.  Voir  la  requête  du  16  septembre 
1628  adressée  au  parlement  par  les  consuls  de  Guillestre  :  elle  indique  cette 
division  de  l'Embrunais  en  trois  écartons  et  énumère  les  communautés  qui 
composaient  celui  de  Guillestre  :  c'étaient  Guillestre,  ChÀteauroux,  Freis- 
sinières, L'Argenlière,  Sainl-Crépin.  Vars,  Réotier,  Chancella,  Saint- 
Clément,  Crévoux,  La  Hoche-de-Rame,  Risoul  et  Ceillac  (P.  Guillaume, 
Les  escarions  de  VEmhrunaia  avant  1628  ;  Annales  des  Alpes,  5*  année, 
2«  livraison,  sept.-oct.  1901,  Gap,  Peyrot,  pp.  92-95). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  175 

Réallon,  Embrun,  Saint -André -d'Embrun,  Saint- Sauveur,  les 
Orres,  Condamine-Châtelard,  Saint- Paul  ^  La  frontière  passait 
ainsi  du  nord  au  sud  jusqu*à  Réallon  ;  puis,  elle  traversait  le  bassin 
delà  Durance  de  Touest  à  Test  à  partir  d'Embrun  jusqu'aux  Orres 
et,  finalement,  elle  remontait  la  haute  vallée  de  Barcelonnette 
du  sud-ouest  au  nord-est  depuis  Condaminc  pour  arriver  à  la 
chaîne  maitresse  des  Alpes.  La  métropole  d'Embrun  se  trou- 
vait ainsi  sur  la  frontière  même.  C'est  un  indice  de  plus  de  la 
réalité  de  ce  tracé  ;  souvent,  les  chefs-lieux  étaient  placés  ainsi 
sur  les  limites  de  leur  territoire  et  non  pas  au  centre  comme 
on  pourrait  l'imaginer  2. 

Cet  état  de  choses  ancien  fut  modifié  plus  tard.  On  sait  par  une 
notice  dont  la  substance  fut  insérée  intentionnellement  dans  la 
vie  de  sainte  Thècle  ^. 

a  Post  hœc,  designavit  *  certes  termines  in  ter  parochiam  Mau- 
rianensem  et  cpiscopatus  circumjacentes...  Est  autem  unus  ter- 
minus in  partibus  Italiœ,  in  loco  qui  dicitur  Vologia,  usque  in  pari 
tes  Provinciœ,  uno  distante  miliario  a  civitatula,  nomen  sib- 
impositum  Rama.  Qui  terminus  constitutus  est  propter  alterca- 
tionem  Ebredunensis  archiepiscopi  et  domini  Leporii  Maurianen- 
sis  episcopi...  Ex  supradicto  autem  termine,  uno  miliario  distante 
a  civitatula,  usque  ad  flumen  quod  dicitur  Baydra.  Est  autem  aliud 
a  flumine  Baydra  quod  intrat  in  Isaram  flumen  usque  ad  Brian- 
tinum  castnim  quod  Sabaudia  vocatur.  » 

1.  Feuilles  XXlV-29,  XXV-29,  XXV-30,  XXV-31,  XXV-30,  XXVI-30. 

2.  Dès  333,  la  frontière  passait  ainsi  aux  portes  d'Embrun,  entre  les 
C&iuriges  et  les  Quarialea  : 

Mansio  Catoricas  XII. 

Mansio  Ebroduno  XVI.  Inde  incipiunt  Alpes  Penninœ. 

MuUtio  Rame  XVII. 

Etc.,  etc.  (Desjardins,  Géographie  de  la  Gaule  romaine,  t.  IV,  p.  3;')). 

3.  AcU  SS.,  junii,  t.  V,  pp. 72-75;  t.  VII.  1867,  pp.  63-68.  —Mgr  Billiet, 
Mémoire  iur  les  premiers  évêques  de  Maurienne,  pp.  31-32.  Besson  public 
la  notice  isolée,  comme  provenant  des  archives  de  Tévêché  de  Maurienne 
(Besson,  Mémoires  pour  l'histoire  ecclésiastique;  Preuves,  n^  109,  pp.  47,  80, 
W). 

4.  Il  s*agit  du  roi  Contran. 


176  LA    PROVENCE    DU    PHEMIER  AU    XII*   SIÈCLE 

Cette  notice  a  pour  but  de  préciser  les  limites  du  diocèse  de 
Maurienne,  créé  par  Contran  dans  la  partie  des  Alpes  Cottiennes 
qu'il  s'était  fait  rétrocéder  :  elle  en  désigne  quatre.  La  première, 
au  sud-est,  vers  l'Italie  et  le  diocèse  de  Turin  ;  la  seconde,  au  sud- 
ouest,  vers  la  Provence  et  le  diocèse  d'Embrun;  la  troisième,  au 
nord-ouest,  vers  le  diocèse  de  Crenoble  ;  la  quatrième,  au  nord- 
est,  vers  le  diocèse  de  Taren taise. 

En  ce  qui  concerne  la  première,  qui  séparait  de  l'Italie  la  vallée 
bourguignonne  de  Suse,  il  est  certain  que  la  nature  l'avait  placée 
à  la  Chiusa  ^  ;  car  cette  localité,  comme  son  nom  l'indique,  ferme 
la  vallée.  Mais  il  est  bien  rare  qu'une  frontière  politique  coïn- 
cide absolument  avec  les  indications  de  la  nature.  Le  plus  fort 
empiète;  il  tient  à  posséder  complètement  le  défilé  de  la  vallée  ou 
le  col  de  la  montagne  qui  commande  les  abords.  Contran,  qui, 
en  vertu  de  cette  tendance,  possédait  déjà  la  vallée  de  Suse  au 
delà  des  Alpes,  s'assura  également  l'entrée  de  cette  vallée  en 
occupant  tout  le  défilé  de  la  Cluse.  En  effet,  les  localités  de  Moc- 
chie,  Chiavrie  et  Almese  sur  la  rive  gauche  delaDoire,  celles  de 
Chiusa-San-Michele  et  de  Sant'  Ambrogio  sur  sa  rive  droite  rele- 
vaient de  la  vallée,  au  delà  du  défilé  ^.  La  limite  passait  au  pont  de 
Volovia,  c'est-à-dire  de  Valgioje,  comme  on  peut  s'en  assurer 
par  la  donation  du  30  avril  lOtiS  et  par  la  visite  épiscopale 
du21  septembre  1 262 '^  Or,  ce  Valgioje  est  précisément  le  Vologia 
indiqué  comme  limite  au  sud-est  parla  vie  de  sainte  Thècle.  Cette 
Vie  indique  comme  limite  au  nord-ouest  le  Baydra,  affluent  de 


1.  Chiusa-San-Midiolo,  sur  la  rive  droite  do  la  Dora  riparia  en  face  de 
Coiidovo  ot  dcC.hiavrie.  Feuille  XXVI-28. 

2.  Mf;r  Alexis  Billiet,  Mémoire  sur  les  premiers  évéques  du  diocèse  de 
Mauriennc,  pp.   50-05. 

3.  //>£(/.,  pp.  57el  63-04.  —  [Turin],  30 avril  1065.  «  Socusia  quasi  sedes  est 
opiscopalis  anticpia  cujus  plebanalus  sou  archiprcshytcratus  a  pallo  (sic) 
Bonitionis  ad  ponlem  us(|ue  Volvuciœ  (sic)  fluminis  extcuditur  {Ulciensi 
ecclesi.T  (Iharlarium^  n*  XXIV,  p.  il  et  note  il).  La  vallée  de  Suse,  qu'elle 
fût  soumise  à  la  Maurienne  comme  auparavant,  ou  qu'elle  le  fût  à  Turin 
comme  en  1065,  formait  donc  un  archiprêtrc  qui  s'étendait  depuis  le  pré 
de  Bonizon  jusqu'au  pont  de  Valgioje.  « 


Le   royaume  dé  èOCRGOGNE-PROVE^CE  l?*? 

risère,  qu'on  retrouve  aisément  dans  le  Bréda,  cours  d'eau  sur 
lequel  est  bâti  Pontcharra.  L'exactitude  de  cette  assertion  est 
presque  aussi  grande,  puisque  c'étaient  les  terroirs  de  Laissaud, 
des  Mollettes,  de  Villaroux,  la  Chapelle-Blanche,  Détrier  et  Arvil- 
lard,  placés  sur  la  rive  droite  du  Bréda,  qui  formaient  les  paroisses 
du  diocèse  de  Grenoble,  limitrophes  du  diocèse  de  Maurienne  *. 
Enfin,  la  vie  indique,  comme  limite  au  nord-est,  le  Briantinum 
casiru m  quod  Sabaudia  vocatur,  he  territoire  de  Briançon,  dans 
le  bassin  supérieur  de  l'Isère,  était  fort  étendu  :  un  cours  d'eau 
qui  se  jette  sur  la  rive  droite  de  cette  rivière  porte  ce  nom  et,  à 
côté,  se  trouve  la  localité  de  Feissons-sous-Briançon  ^  Presque  en 
face,  sur  la  rive  gauche,  une  autre  localité  porte  le  nom  de  Notre- 
Dame-de-Briançon  ^.  La  Vie  ayant  soin  de  spécifier  que  le  châ- 
teau de  Briançon  portait  le  nom  de  Sabaudia,  il  est  aisé  de  préciser 
remplacement  de  la  limite  recherchée.  C'estactuellementle  lieu  dit 
Savoyesurla  commune  de  Saint-Paul,  un  peu  plus  bas,  sur  la  rive 
gauche^.  Cette  localité  se  trouvait  encore  en  Tarenlaise;  mais  le 
diocèse  de  Maurienne,  qui  occupait  la  vallée  de  l'Arc,  remontait 
le  long  de  l'Isère  jusqu'à  Sainte-Hélène-sur-lsère  et  Notre- 
Dame-des-Millières  '\  La  localité  de  Savoye  était  donc  bien  limi- 
trophe de  la  Maurienne  au  nord-est  comme  le  Bréda  au  nord- 
ouest. 

L'exactitude  de  la  notice  insérée  dans  la  Vie  de  sainte  Thècle 
se  vérifiant  ainsi  pour  trois  des  limites  qu'elle  indique  au  diocèse 
Maurienne,  on  ne  peut  douter  que  ce  texte  soit  aussi  bien  digne 
de  foi  en  ce  qui  concerne  la  limite  sud-ouest  placée  entre  le  Brian- 
çonnais  boui^uignon  et  la  Provence.  D'après  lui,  le  diocèse  de 
Maurienne  s'étendait  «  vers  la  Provence,  jusqu'à  la  distance  d'un 


i.  Feuille XXI V-27.  —  DeBeaurain,  Carie  du  diocèse  de  Grenoble,  divisée 
en  ses  quatre  arcbiprètré  (sic),  dédié  à  Monseigneur  Jean  de  Ciulel.  :V  Paris, 
1741,  feuille  in-pla no. 

2.  Canton  et  arrondissement  de  Moûliers,  Savoie. 

3.  Canton  et  arrondissement  de  Moûliers,  Savoie. 

4.  Canton  et  arrondissement  d'Alberville,  Savoie. 

5.  Mgr  Al.  Billiet,  Mémoire,  p.    61. 

Mém.  et  Doe.  de  VÉeoU  des  Charles,  —  VII.  12 


il8  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AL*    XII*  SIÈCLE 

mille  au  delh  de  la  petite  ville  qui  porte  le  nom  de  Rame  >>  K 
On  ne  peut  être  plus  précis;  Tauleur  plaçait  donc  la  limite  h 
irjOO  mètres  environ  en  aval  de  Hame.  Cette  localité  a  dis- 
paru'-; toutefois,  il  en  reste  des  traces  sur  les  rives  droite  de 
la  Durance  et  gauche  de  la  Biaysse,  au  confluent  de  ces  deux 
cours  d'eau;  une  chapelle  notamment,  placée  là  et  dédiée  à 
saint  Laurent,  en  conserve  le  nom.  Aujourd'hui,  cette  chapelle 
se  trouve  sur  le  terroir  et  à  la  limite  septentrionale  de  la  com- 
mune de  (ihancella.  I/erreur,  en  tout  cas,  ne  sera  pas  grande 
d'admettre  que  remplacement  de  la  petite  ville  disparue  coïn- 
cidait avec  celui  de  la  chapelle  qui  subsiste.  M.  Joseph  Roman  a 
rappelé  plusieurs  fois  que  le  Pertuis-Rostan,  où  passe  la  route 
sur  la  rive  gauche  de  la  Durance,  placé  vers  la  Haute-Bcssée  et 
à  la  limite  des  communes  de  TArgentière  et  de  Saint-Martin-de- 
Queyrières,  formait  la  frontière  du  Briançonnais  et  de  TEnibru- 
nais  au  moyen-âge.  Que  le  Pertuis-Rostan  fût  une  limite  naturelle 
entre  la  partie  la  plus  élevéedu  bassin  de  la  Durance  et  la  suivante, 
c't'st  ce  que  personne  ne  niera.  Mais  l'exemple  de  la  vallée  de 
Suse,  rattiicliée  à  la  Bourgogne,  suilirait  à  prouver  qu'une  frontière 
politique  ne  coïncide  pas  toujours  avec  la  frontière  naturelle. 
Ce  qui  le  démontre  une  seconde  fois,  toutes  proportions  gîirdées, 
c'est  que  le  Pertuis-Rostan  est  au  moins  à  sept  kilomètres,  à 
vol  d'oiseau,  au  nord  de  la  chapelle  de  Rame;  cela  correspond 
à  quatre  où  cinq  mille  romains.  De  plus,  il  se  trouve  sur  la  rive 
opposée  et  en  amont,  au  lieu  de  se  rencontrer  en  aval.  Cescons- 

i.  «<  iis((iie  in  partes  Provincia*,  uno  distante  miliario  a  civitatula,  nomen 
sihi   iin|M>sitiini  Hnnia.  » 

l/aiit(Mir  luwlit  pas  ad  civilafulam,mn\»  bien  a  civitatula.  Une  s'agit  donc 
])as  d'un  terminus  ad  (jucm,  mais  d'un  terminus  a  (fuo  :  cette  limite  était 
donc  placée  au  dclji  i\c  la  localité  cl  non  pas  en  avant,  par  rapport  à  l'au- 
teur. Or,  eelui-ei  est  manifestement  un  Viennois  ou  un  clerc  de  Maurienne 
(pii  écrit  en  faveur  de  Vienne  :  par  consé«pient,  la  limite  doit  être  cherchée 
en  a  va!  <le  Itanu*. 

2.  (lelle  disparition  est  probablement  postérieure  au  milieu  du  xi*  siècle, 
date  à  laipielle  les  noms  de  terre  ont  fait  leur  apparition;  car  la  famille 
clievjderes(pie  de  Hame  aurait  dû,  dans  le  cas  contraii'C,  pi'cndi'c  une  autre 
dénomination. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE- PROVENCE  179 

tatations  prouvent  que  la  borne  placée  d'une  manière  si  pré- 
cise, entre  la  Maurienne  et  la  Provence  ne  peut  Tavoir  été  au 
Pertuis-Rostan  :  ou  bien  alors,  le  texte  de  la  vie  serait  très 
inexact,  ce  qui  est  improbable.  De  plus,  il  aurait  été  superflu  de 
planter  une  borne  coïncidant  absolument  avec  un  accident  de  ter- 
rain qui  forme,  par  lui-même,  une  limite  beaucoup  plus  visible 
et  connue.  Laissant  le  Pertuis-Rostan,  il  faut  descendre  la 
Durance,  à  partir  de  la  chapelle  de  Rame,  et  chercher  à  environ 
1500  mètres  de  cette  chapelle  les  vestiges  de  la  délimitation.  Pré- 
cisément, à  deux  kilomètres,  soit  environ  un  mille  et  demi  au  sud 
de  la  chapelle,  la  Durance  est  coupée  à  angle  droit  par  une  limite  : 
c'est  la  limite  méridionale  de  Tarrondissement  de  Briançon. 
En  atteignant  la  rive  droite,  elle  y  rencontre  la  limite  également 
méridionale  de  la  commune  de  Chancella  et  celle-ci  s'éloigne 
dans  la  même  direction  perpendiculaire  au  cours  de  Teau.  L'exa- 
men du  tracé  de  la  limite  commune  aux  deux  terroirs  de  Saint- 
Crépin  et  de  Chancella,  surtout  vers  l'ouest,  prouve,  que,  très 
vraisemblablement,  le  terroir  de  Saint-Crépin  a  été  démembré 
de  celui  de  Chancella  ou  réciproquement.  D'ailleurs,  le  nom 
même  de  Chancella  qui,  par  étymologie,  est  [via  ou  Vtillis)  Can- 
cellata^  c'est-à-dire  voie  sur  vallée  barrée,  clôturée,  correspond 
d'une  manière  inattendue  et  précise  à  l'objet  de  la  recherche.  Le 
barrage  naturel  n'existant  pas  à  cet  endroit,  mais  plus  haut  à 
la  Bessée,  il  s'agit  donc  d'un  barrage  idéal  et  d'une  frontière  poli- 
tique. 

Selon  le  texte  conservé  par  la  Vie  de  sainte  Thècle,  il  y  avait 
eu  désaccord  entre  les  évêques  d'Embrun  et  de  Maurienne  au 
sujet  de  la  limite  respective  de  leurs  diocèses  sur  la  Durance. 
Ce  désaccord  est  très  probable  en  soi,  sachant  que  le  Queyras 
primitif,  dépendant  de  Maurienne,  s'étendait  jusqu'aux  portes 
d'Embrun  ;  ce  dut  être  l'archevêque  d'Embrun  qui  le  fît  naître, 
pour  reporter  un  peu  plus  haut  la  frontière  du  diocèse  dont  le 
chef-lieu,  à  Maurienne,  se  trouvait  assez  éloigné  du  litige  et  par 
conséquent  moins  porté  à  résister  au  métropolitain  des  Alpes- 
Maritimes.  Le  diocèse  d'Embrun  joignit  ainsi  à  l'ancien  territoire 


iSO  LA    PROVENCE    Dt    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

des  Caturigos  une  partie  du  pays  des  Quariates  composée  des 
terroirs  actuels  de  Chûteauroux,  Saint-Clément  et  Réotier  sur  la 
rive  droite,  de  Grévoux,  Vars,  Risoul,  Ceillac,  Guillestre, 
Kygliers,  Montdauphin  et  Saint-Crépin.  Ce  dernier  village  fut 
démembré  probablement  alors  du  pays  de  Rame,  de  manière  à 
ne  laisser  au  diocèse  de  Maurienne,  que  la  banlieue  à  un  mille  de 
cette  agglomération  principale.  La  borne  fut  placée  à  cette  dis- 
tance, sur  la  route,  en  aval  de  Rame,  au  point  où  la  limite  nou- 
velle se  dirigeait  à  angle  droit  sur  la  Durance,  et  cette  limite 
existe  encore. 

En  raison  de  ce  nouvel  état  de  choses,  les  communautés  pro- 
ven<;ales  qui  formèrent  la  frontière,  à  partir  des  Bans  et  du  pic 
Jocelme,  furent  celles  qui  correspondaient  dans  le  diocèse  de 
Gap  aux  terroirs  actuels  de  Guillaume-Peyrouse,  Champoléon 
et  Orcières,  puis  dans  le  diocèse  d'Embrun  à  ceux  de  Château- 
roux,  Réotier,  Saint-Crépin,  Eygliers,  Guillestre,  Ceillac  et  Saint- 
Paul  K 

Mais,  si  Texactitude  de  la  Vie  de  sainte  Thècle  est  reconnue 
en  ce  qui  concerne  remplacement  des  limites  du  diocèse  de 
Maurienne,  il  faut  savoir  à  quelle  époque  existaient  ces  limites. 
La  Vie,  c'est  évident,  pèche  par  Ténumération  hasardée  des  per- 
sonnages à  qui,  réunis,  elle  attribue  cette  délimitation.  Le  roi  de 
Bourgogne  Contran  est  mort  le  28  mars  393;  Tévèque  de  Mau- 
rienne Leporius,  à  qui  est  attribuée  cette  querelle  avec  Tarche- 
vèque  d'Embrun,  assistait  au  concile  de  CJialon  le  24  octobre 630  *  : 
quant  à  Tarchevêque  d'Embrun,  il  n'est  pas  nommé,  ce  qui  est 
fort  bien.  Toutefois,  puisque  l'auteur  de  la  Vie  lui  donne  le  titre 
explicite  d'archevêque,  il  est  bon  de  rappeler  que  les  évéques 
métropolitains  de  la  province  des  Alpes  Maritimes  n'ont  pu  pré- 
tendre à  ce  titre  d'archevêque  avant  le  ix*  siècle.  Jusqu'alors  le 
titre  d'archevêque  était  supérieur  à  celui  de  métropolitain  et,  au 
concile  de  Francfort,  le  siège  d'Embrun  en  est  encore  à  revendi- 
quer son  autorité  métropolitaine.  L'auteur  de  la  Vie  commet  donc 

1.  FciiiUos  XXIV-29,  XXV-29,  XXV-30,  XXV-29,  XXV-30  et  XXVI-SO. 

2.  Duchesue,  Fastes,  t.  I,  pp.  234,  352-353, 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  181 

des  confusions  de  personnes  et  de  temps,  tout  en  notant  des  faits 
exacts.  Certainement,  le  roi  Contran  a  dû  avoir  soin  au  vi®  siècle  de 
faire  délimiter  la  partie  des  Alpes  Cottiennes  acquise  par  lui  et, 
par  conséquent,  le  diocèse  de  Maurienne  créé  par  lui  dans  ce  terri- 
toire. Rien  n'empêche  Tévêque  Leporius  d'avoir  eu  au  milieu  du 
vu*  siècle  des  difficultés  avec  son  voisin  d'Embrun  à  propos  de  ces 
limites.  Enfin,  l'auteur  de  la  Vie  fait  connaître  certainement  les 
limites  du  diocèse  telles  qu'elles  ont  existé  à  un  certain  moment. 
Mais,  cette  délimitation  sur  la  Durance  faite  à  un  mille  au  sud 
de  Rame,  qui  existait  ainsi,  ne  doit  pas  plus  remonter  à  Tépoque 
de  Leporius  qu'elle  ne  doit  remonter  à  celle  de  Contran  :  le  texte 
du  testament  d'Abon  parait  s'y  opposer.  Elle  est  donc  postérieure 
à  739.  Quand  à  la  limite  sud-est  qui  suppose  la  dépendance  de  la 
vallée  de  Suse,  il  faut  reconnaître  que  cette  vallée  annexée  à  la 
Bourgogne  par  Contran  en  dépendait  encore  le  25  mars  773  K 
Mais  les  plaideurs  à  Turin  en  799,  857  et  880  prouvent  que  cette 
vallée  fut  réunie  à  la  Lombardie  quand  Charlemagne  en  devint  le 
souverain  *;parlefait,  elle  dépendit  désormais  du  diocèse  de  Turin. 
C*est  auprès  des  marquis  de  Turin  que  se  réfugient  les  moines 
de  la  Novalaise  dans  le  premier  tiers  du  x*^  siècle  ^.  Enfin,  c'est 
la  domination  de  ces  marquis  qui  s'étend  sur  la  vallée  de  Suse, 
comme  le  prouve  encore  la  fondation  de  Saint-Just  de  Suse  le 
9  juillet  1029  *.  Bientôt  même,  Tévêché  de  Maurienne  fut  rattaché 
entièrement  à  celui  de  Turin  par  précepte  impérial  du  16  mars 
1039  :  les  choses  se  trouvaient  ainsi  remises  en  Tétat  où  elles 
se  trouvaient  avant  l'annexion  par  Contran  à  la  Bourgogne.  Cet 
acte  souverain  favorable  à  l'Italie  lésait,  non  seulement  Tévêque 

i,  Quiersy,  25  mars  773.  Précepte  de  Charlemagne  pour  la  Novalnise  lui 
confirmant  ses  biens  ;  tam  in  ipsa  valle  Sigusina  quam  et  Brientina,  Aquinse 
geo  in  Mauriennati  vel  in  Burgundia  aui  ubicumque  inregno  nostro  (Cipolla, 
t.  I,  n»  XI,  p.  50). 

2.  [Turin],  799?;  Turin,  mai  827;  Turin,  avril-nov.  880  (Cipolla,  t.  I,  n°« 
XV.  XXVIII,  XXXII,  pp.  61-62,  75-80,  88-94). 

3.  Ibid.,  n-  XXXII,  XXXIV,  XXXV,    XXXVI. 

4.  Cipolla,  Lepiù  antiche  carte  diplomatiche  del  monastero  di  S.  Giusto 
diSusa  (BuUettino  delV  Jnstituto  storico  Ualiano^  n*  18,  Roma,  1897,  p.  01^ 


1(S2  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^   SIÈCLE 

de  Maurienne,  mais  aussi  rarchevêque  de  Vienne  qui  prétendait 
être  son  métropolitain  direct  et  rarchevêque  de  Tarenlaise  qui 
Tétait  de  droit.  La  Bourgogne  ne  pouvait  laisser  se  perpétuer  cet 
amoindrissement.  Entre  le  ijuin  1039  ^  et  le  li  juin  i0i3  *,  après 
la  mort  de  Tcmpereur  une  transaction  intervint.  La  Maurienne 
recouvrait  son  évêque  sous  la  dépendance  de  Tarentaise  et  de 
Vienne,  mais  son  diocèse  était  restreint.  Le  diocèse  de  Turin  gar- 
dait la  vallée  de  Suse,  cela  va  de  soi;  de  plus,  le  diocèse  d'Em- 
brun gagnait  le  Briançonnais  jusqu'aux  Alpes.  Le  caractère 
transactionnel  de  l'acte  amenait  enfin  les  frontières  à  coïncider 
avec  la  nature,  au  point  de  vue  ecclésiastique  tout  au  moins.  De 
cela,  il  résulte  que,  depuis  774,  époque  à  laquelle  Cliarlemagne 
devint  roi  des  Lombards,  les  limites  du  diocèse  de  Maurienne 
indiquées  dans  la  Vie  de  sainte  Thècle  ne  correspondaient  plus 
avec  la  réalité,  puisque  la  vallée  de  Suse  en  était  séparée.  Par 
conséquent,  si  chacune  de  ces  quatre  limites  a  été  jugée  exacte, 
il  serait  peu  probable  d'en  conclure  qu'elles  ont  existé  réelle- 
ment toutes  les  quatre  ensemble  h  un  moment  donné  entre 
739  et  77S.  Cet  examen  fortiiie  la  croyance  que  la  Vie  fait  par- 
tie sans  aucun  doute,  du  groupe  des  faux  composés  à  Vienne. 
La  question  est  de  savoir  s'il  faut  la  rattacher  aux  faux  d'Au- 
dran  (878-885),  à  ceux  d'Alexandre  (vers  912),  à  ceux  de  Léger 
(vers  iOGO)  ou  bien  aux  derniers  en  date,  c'est -i«-dire  à  ceux  de 
Guy  de  Bourgogne.  Dès  912,  l'église  de  Vienne  réclamait  la 
suprématie  immédiate  sur  la  Maurienne  aux  dépens  de  la  Taren- 
taise et  rappelait  que  la  vallée  de  Suse  avait  été  unie  à  la  Mau- 
rienne par  Contran  '^  :  mais  elle  se  gardait  bien  de  dire  que  cette 

1.  Wiponis,  Ge»ta  Chuonraili  imperatoris^  cap.  39;  Gustav  Richter. 
Annnlen  der  deu  tac  lien  Gcachichte  ini  mitielallery  III  abteilung,  ester  banc], 
Ilalli',  1890,  p.  320. 

2.  G.  (le  Manteycr,  Les  orû/ines  de  la  Maison  de  Savoie  en  Bourgogne  {Mél, 
d'archf^ol.  et  dliùt.,  1899,  p*.  40;i). 

3.  Kn  effel,  VAuctorilas  du  ms.  lat.  1452  remonte  certainement  à  cette 
cpotiiic'.uln  dichusprf'cellontissimi  regisGonlramni.mulier  qiicdam,  Tygris 
nominc...  Aiidions  aiilem  j^loriosiis  Gonlramniis  rex...  levâtes  suos  Morien- 
nam  direxil...  et  civilali  Viennensi  ipsam  Morienaam  ecclesiam  cum  con- 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  183 

vallée  de  Susen  en  dépendait  plus.  Elle  cherchait  même  à  faire 
croire  qu'elle  en  dépendait  encore.  Dès  le  moment  de  la  transac- 
tion de  1039-1013,  il  semble  bien  que  l'autorité  dominante  en 
Maurienne  soit  exercée  directement  par  Vienne.  C'est  Vienne, 
en  effet,  et  non  la  Tarentaise,  qui  tire  profit  de  la  transaction, 
D*3ux  princes  se  partageaient  alors  le  comté  de  Viennois  et  cela, 
très  probablement,  en  tant  que  vassaux  de  rarchevéque-comte  ; 
ce  sont  eux  qui  gagnent  le  plus  à  cette  transaction  sollicitée  en 
faveur  de  Tévôque  de  Maurienne.  Le  premier  d'entre  eux  était 
le  comte  de  Savoie,  qui  occupait  au  moins  la  moitié  de  l'étendue 
du  Viennois  ;  le  second  était  le  comte  d' Albon  qui  en  occupait  le 
restant  *.  A  cette  transaction,  le  comte  de  Savoie  gagna  la  sei- 
gneurie de  la  Maurienne  où  il  s'installe  et  dont  l'évéque  dépen- 
dra désormais  de  lui.  Le  Briançonnais  est  perdu  désormais  pour 
le  diocèse  de  Maurienne,  puisqu'il  s'en  trouve  séparé  pour  devenir 
partie  intégrante  du  diocèse  d'Embrun  ;  mais  il  n'est  pas  perdu 
pour  les  Viennois.  C'est  le  comte  d' Albon  qui  y  est  installé.  En 
Maurienne,  le  comte  de  Savoie  devient  vassal  immédiat  de  l'em- 
pereur ;  en  Briançonnais,  le  comte  d' Albon  aussi.  La  situation 
est  identique  pour  tous  deux  :  le  développement  parallèle  et  voi- 
sin de  leur  domaine  est  une  extension  viennoisejusqu'aux  Alpes. 
Le  comte  de  Savoie  se  trouve  désormais  en  sentinelle  sur  le  Mont- 
Cenis,  le  comte  d'Albon  sur  le  mont  Genèvre.  Le  14  juin  10i3, 
on  voit  pour  la  première  fois  le  comte  de  Savoie  Caire  acte  de 
juridiction  suzeraine  en  Maurienne  '.  Le  premier  acte  indiquant 
que  le  comte  d' Albon  en  fait  autant  en  Briançonnais  est  de  1053  ^. 
Tout  l'ancien  diocèse  de  Maurienne  passe  donc  sous  la  domina- 
tion temporelle  des  Viennois  en  1039-1043;  mais  cette  transac- 

sensu  episcoporum  subjeclam  fecit.  Alciuam  occlosiamMorij^iiuMiscMn..  Seii- 
siam  civilatem  jamdudumhab  Ilalis  accepta  m  eu  m  omiiihns  pageiisis  ipsius 
loci  subjeclam  fecit...  »)(Ms.  lai.  H52,  f"  202,   r"-v°). 

1.  G.  de  Manteyer,  Le»  orujine»  de  la  Maison  de  Savoie  *vi  lioiirf/of/ne. 
Notes  additionnelles  {Le  Moyen-Age,  1901,  pp.  29i-2îK;). 

2.  Tbid,  [MéLd'arch,cLdhisl,,  Home,  1809,  pp.  400-iOO). 

3.  Ulcienêiê  ecclesiœ  Charlariuni,  n*^  CLU,  p.  13o. 


18i  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XU®   SIÈCLE 

tion  ne  fut  pas  un  succès  complet  pour  Tarchevêque  au  point  de 
vue  ecclésiastique,  puisque  la  vallée  de  Suse  restait  dépendante  de 
Turin  *  et  que  celle  de  Briançon  était  soumise  à  Embrun  '.  A 
partir  de  ce  moment,    les  Viennois  et  les  clercs  de  Maurienne 

1 .  Les  actes  de  juridiction  et  de  donation  des  évèques  de  Turin,  datés  du 
30  avril  KM)."»  {Ulciensis  eccl,  Chart.,  n»  XXIV,  du  20  septembre  1098  iihid., 
n°  XXVIi  et  ensuite  jusqu'au  16  février  i'l'2C}{ibid.j  n'»  XXV),  prouvent  cpie 
la  vaiiée  de  Suse  resta  sous  la  dé|>endance  de  Turin  au  moins  justprau 
XIII"  siècle. 

Par  contre,  Tacte  du  17  février  1081,  par  lequel  Ilumherl  comte  de 
Savoie  confirme  à  la  Novalaise  des  droits  depuis  le  mont  Cenis  jusqu'à 
Moiipanten>  parait  indiquer  <jue  Tévêque  et  le  chapitre  de  Maurienne,  en 
donnant  leur  consiliuni^  entendaient  exercer  encore  leur  juridiction  dans 
la  vallée  de  la  (lenischia;  cet  aflluent  de  la  Doire,  qui  descend  du  mont 
dénis,  la  jointe  Suse  (C.  Cipolla,  Afontim,  Aora/ic.  retuniiora^  t.  I,  pp.  223- 
220  ,  n°  LXXXX).  Ce  (pii  confirmerait  cette  indication,  c'est  le  fait  que 
révéque  de  Maurienne  se  rt»servail  même  Téglise  N.-D.  de  Suse  :  mais 
Calixte  II,  dont  les  sympathies  pour  Vienne  sont  cependant  bien  connues 
le  contraignit  à  l'abandonner  par  mandement  du  28  mars  1120,  salva  Mo- 
riennonsis  cvclesispjuntilia^  siqitac»(  (Ulcienftis  eccl.  C/iar/.,  n*  CXIII,  p.  108'î. 
dette  réserve  n'est  qu'une  clause  de  style  :  si  révéïjue  de  Maurienne  avait 
eu  des  di*oits  réels  à  la  juridiction,  il  les  aurait  fait  valoir.  En  fait,  le  14 
mai  1129,  confirmant  à  la  Novalaise  toutes  les  églises  que  celle  abbaye 
possédait  dans  l'évéché  de  Maurienne,  l'évècpie  Conon  ne  nomme  que  des 
localités  placées  h  l'ouest  des  Alpes  :  il  n'en  indique  aucune  dans  la  vallée 
de  Suse  ou  dans  la  vallée  même  de  la  Genischia.  I^  pancarte  papale  du  D. 
février  115  12,  enfaveurdecette  abbaye,  énumère  d'abord  les  églises  placées 
dans  l'évéché  de  Turin  et  y  met  la  Novalaise;  puis,  elle  jwisse  aux  églises 
placées  dans  celui  de  Maurienne  et  n\v  indique  que  des  églises  h  l'ouest  des 
Alpes.  L'ensemble  de  ces  actes,  émanant  soit  des  papes,  soit  des  évècpies 
de  Turin,  soit  des  évéquesde  Maurienne,  prouve  que,  depuis  1039  jusqu'au 
xiir  siècle,  la  vallée  de  Suse  dépendit  de  Turin,  malgré  quelques  préten- 
tions contraire  des  évoques  de  Maurienne  sur  les  localités  limitrophes  du 
Val  Genischia,  prétentions  que  Calixte  II  lui-même  paraît  ne  pas  avoir 
accueillies  (C.  Cipolla,  Monum,  \ovalic,  volustiora,  1. 1,  pp.  247-249  :  14  mai 
1120.  et  pp.  2r>0-257  :    9  février    1151/2). 

2.  C'est  en  1053,  on  Ta  vu,  que  le  comte  d'.Mbonfail  acte  de  juridiction 
pour  la  première  fois  en  Briançonnais,  muni  du  conseil  du  châtelain  de 
Briançon.  L'éi>oque  h  laciuelle  on  y  voit  paraître,  de  son  côté,  rarchevèque 
d'Hmbnin  Guinimand  doit  être  la  même.  L'acte  <{ui  l'indique  n'est  pas 
daté,  mais  c'est  le  même  chi^telain  de  Briançon  qui  lui  donne  son  consilium  ; 
de  plus,  le  comte  et  son  fds,  au  nom  de  qui  était  fait  l'acte  précédent, 
paraissent  comme  témoins  à  celui-ci  (Ulciensis  eccL  Charl.,  n*>»  CLIl  et 
CLXXIV,  pp.  135  et  151). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  18S 

peuvent  être  préoccupés  de  faire  rendre  au  diocèse  ses  limités 
anciennes,  qui  comportaient  le  val  de  Suse  et  le  Briançonnais  : 
ces  limites  anciennes,  il  importait  de  les  connaître  exactement  et 
de  n'en  pas  laisser  perdre  le  souvenir.  La  Vie  de  sainte  Thècle 
répond  à  cette  préoccupation  :  tout  porte  donc  à  croire  que  son 
texte  est  postérieur  à  la  transaction  de  1039-1013.  Elle  se  rat- 
tache ainsi,  soit  aux  faux  de  Léger  commis  vers  1060,  soit  à  ceux 
de  Guy  de  Bourgogne  commis  avant  son  élévation  au  Saint-Siège  ; 
plus  probablement,  à  ceux  de  Léger  comme  le  pseudo-privilège 
de  Léon  IX.  La  Vie,  datant  de  1060  environ,  fait  connaître  les 
limites  du  diocèse  telles  qu'elles  avaient  existé  au  sud-est  jus- 
qu'en 774,  date  de  la  séparation  de  Suse,  telles  qu'elles  avaient 
existé  au  sud-ouest  depuis  une  époque  postérieure  à  Abon  jus- 
qu'en 1039-1043,  date  de  la  séparation  du  Briançonnais,  telles 
qu'elles  existaient  encore  au  nord-ouest  et  au  nord-est.  Cette  indi- 
cation des  limites  de  la  Maurienna  maxima  dans  le  texte  d'une  Vie 
de  sainte  Thècle  a  donc  le  caractère  d'une  revendication.  La  Vie 
en  elle-même  est  bien  d'origine  viennoise;  en  effet,  son  texte 
est  le  développement  de  YAuctoritas  composée  à  Vienne 
vers  912,  avec  insertion  de  détails  plus  précis.  Pour  cette  raison, 
en  particulier,  la  Vie  ne  peut  être  plus  ancienne  que  la  série  des 
faux  immédiatement  postérieure  à  cette  date:  or,  il  ne  paraît  pas 
y  en  avoir  eu  entre  912  et  1060.  La  Vie  a  donc  bien  du  être  com- 
posée vers  1060  :  on  sait  par  ailleurs  que  les  Viennois,  soit  h  cette 
date,  soit  même  du  temps  plus  tardif  de  Guy  de  Bour- 
gogne, se  préoccupaient  réellement  de  revendiquer  Suse  pour 
le  diocèse  de  Maurienne.  Le  pseudo-précepte  de  Boson  relatif 
à  la  Maurienne  n'a  été  forgé  que  pour  cela  :  à  l'en  croire, 
Suse  en  dépendait  encore  à  la  fin  du  ix®  siècle  ^ 

Finalement,  au  bas  moyen-âge,  les  limites  de  TEmbrunais  et 
du  Briançonnais  subirent  une  seconde  modification,  plus  favo- 

1.  Pseudo-précepte  de  Boson  pour  la  Maurienne  à  la  demande  de  Asmnn" 
dus  Secusînç  civitalis  tel  Maurianorum  episcopus  (Bibl.  de  Carpcnlras. 
Catal.  Lambert,  n«  74  ;  Catat.  des  niss.  Départements,  t.  XXXIV  :  (Carpcnlras. 
t.  I,  i901,  n*  65;  Ms.  d'origine  viennoise  qui  a  servi  de  pontifical  h  la 
métropole  d'Aix  depuis  le  xii« siècle  jusqu'au  xvi«,  f*  48  verso-49   verso). 


186  LA    PROVENXE   DU    PREMIER   AU    Xll"    SIÈCLK 

rable  encore  à  Embrun  que  la  première.  Ces  dernières  limites 
sont  précisées  par  le  fait  que  Técarton  du  Queyras  restait  brian- 
Vonnais,  tandis  que  celui  de  Guillestre  relevait  de  TEmbrunais. 
La  frontière  de  TEmbrunais  en<^Iobait  donc  les  localités  corres- 
pondant aux  terroirs  actuels  de  T  Argent ière,  la  Roche-de-Rame, 
Sîiint-Oiîpin,  Eygliers,  Guillestre,  Ceillac,  en  partant  du  Pas 
de  la  Cavale  qui  le  séparait  de  la  localité  gapençaise  de  Cham- 
poléon,  pour  aboutir  à  la  Tête  de  Longet,  qui  le  séparait  de 
Saint-Paul  et,  par  conséquent,  de  la  vallée  de  Barcelonnette  '. 
Cette  nouvelle  frontière  faisait  donc  remonter  TEmbrunais  jus- 
qu'au confluent  de  la  Gyronde  et  de  la  Durance  :  elle  coïncidait 
enfin  avec  la  limite  naturelle  indiquée  par  le  Pertuis-Rostan. 
L'adoption  de  cette  frontière  est  certainement  de  date  posté- 
rieure au  13  janvier  1153/6  *;  k  cette  date,  le  comte  d'Albon 
revoit  par  concession  impériale  une  mine  d  argent  ii  Rame 
avec  le  droit  d'ouvrir  un  atelier  monétaire  à  Césane.  En  effet 
cet  acte  souverain  n\»st  possible  qu'à  une  condition  :  les  localités 
de  Rame  et  de  Césane  doivent,  au  moment  de  son  obtention, 
se  trouver  dans  le  Briançonnais,  reçu  par  les  comtes  d'Albon  en 
1039-1013    et   par    conséquent   hors  de   Provence  «^    Dans     le 


1.  Fouilles  XXV-29,  XXV-30,  XXVI-30. 

2.  G.  dv  Manleyer,  Les  origines  de  la  Afaison  de  Savoie  en  Bourgogne. 
Notes  adilitioniuîllcs  [Le  Moijen  Age^  1901,  p.  282   et  note  1). 

3.  La  mine  d'ar^enl  concédée  sur  le  territoire  de  Raine  est  évidemment 
celle  ({ui  a  donné  son  nom  à  la  commune  actuelle  de  l'Argent ière.  Le  terri- 
toire de  liame  était  donc  assez  étendu  pour  comprendre  au  moins  les 
communes  actuelles  de  TArgentière,  de  Freissinières,  de  Cliancelia,  de 
Saint-Clrépin  et  de  la  Hoclie-de-Hame.  Il  a  été  dit  plus  haut  que  Hamo 
n'avait  pu  disparaître  avant  le  milieu  du  xi«  siècle  :  le  précepte  de  113ti 
permet  d'avancer  maintenant  que  probahlement  sa  disparition  est  posté- 
rieure au  milieu  du  xii*  siècle.  Une  fois  celte  localité  dis|>arue,  ce  sont 
les  quartiers  les  plus  importants  de  son  territoire  dont  les  noms  ont 
remplacé  le  sien.  L'exploitation  industrielle  de  la  mine  d'argent  et  de 
plomba  donné  l'Arj^entière  ;  l'emplacement  de  la  limite  du  pays  a  donné 
(Cliancelia:  une  localité  caractérisée  par  ses  boisa  donné  F*i*eissinièivs. 
L:i  Uochc-ile-Hame  seule  a  retenu  l'indice  de  son  ancienne  déi)cudance 
et  (léiiomm  »  raci'/uLMil  de  terrain  (pii  caractérise  le  pays.  Quant  à  Sainl- 
Crépin,  ce  démembrement  du  territoire  de  Rame,  survenu  lor»  de  la  délimi- 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  187 

Briançonnais,  ils  ne  dépeadaient  que  de  rempereur  et  celui-ci 
y  pouvait  leur  déléguer  ses  droits  souverains.  En  Viennois,  ils 
n*étaient  pas  vassaux  directs  de  la  couronne  et  en  Provence  ils 
n'auraient  pu  Tétre  davantage.  Mais  Tadoption  de  cette  dernière 
frontière  est  antérieure  au  21  décembre  H7l  *.  Plus  tard,  les 
comtes  d'Albon  étendirent  progressivement  leur  pouvoir  du 
Briançonnais  sur  TEmbrunais,  grâce  aux  archevêques:  peu  à 
peu,  la  suzeraineté  des  comtes  de  Provence  s'effaça  dans  TEm- 
bninais  au-dessus  d'eux.  Alors  seulement  les  comtes  d'Albon, 
étant  bien  établis  à  Embrun,  purent  favoriser  sans  inconvénient 
la  dernière  extension  de  TEmbrunais,  de  Chancella  à  TArgen- 
lière.  Celte  extension  n'a  donc  pu  se  produire  avant  le  xni®  siècle. 
On  n'a  pas  à  en  tenir  compte  davantage  ici. 

La  limite  de  TEmbrunais  provençal  et  du  Briançonnais  vien- 
nois, ainsi  reconnue,  a  donc  coupé  la  Durance,  dès  333,  entre 
Embrun  et  Châteauroux  sur  la  rive  droite,  entre  Saint- André- 
d*Embrun  et  Saint-Clément  sur  la  rive  gauche.  Puis,  à  partir 
d'une  époque  postérieure  à  739  et  jusqu'au  xu*  siècle,  entre 
Saint-Crépin  et  Chancella  sur  la  rive  droite,  entre  Saint-Cré- 
pin  et  la  Roche-de-Rame  sur  la  rive  gauche.  Enfin,  au  bas 
moyen-âge,  entre  TArgentière  et  les  Vigneaux  sur  la  rive  droite, 
entre  TArgentière  et  Saint-Martin-de-Queyrières  sur  la  rive 
gauche.  Pour  le  haut  moyen-âge,  il  convient  de  répéter  que 
l'extrême  Provence  occupait,  h  partir  de  la  Séveraisse,  les 
localités  du  diocèse  de  Gap  correspondant  aux  terroirs  actuels 
de  Guillaume- Peyrouse,Champoléon  et  Orcières  -;  puis,  dans  le 
diocèse  d'Embrun,  l'équivalent  des  terroirs  actuels  de  Château- 
roux,  Réotier,  Saint-Crépin,  Eygliers,  Guillestre,  Ceillac  et  Saint- 
Paul- de-Barcelonnette. 

talion  établie  à  Chancella,  a  retenu  le  nom  du  saint  titulaire  de  la  paroisse 
embrunaise  formée  avec  lui  :  on  a  pris  le  nom  de  la  nouvelle  église,  i)arcc 
qu'on  n'en  avait  pas  d'autre  plus  ancien. 

1.  Arch.  desB.-du-Rh.,  B.  237. 

2.  Le  hameau  des  Marches,  dans  la  commune  d'Orcicrcs.  peut  manjuer 
les  limites  de  Tancien  diocèse  de  Gap  et  de  la  Provence,  avant  d'arriver 
à  Freissinières  et,  par  conséquent,  au  Briançonnais. 


188  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII^   SIÈCLE 


§4.  — Limites  orientales. 

Il  faut  maintenant  noter  quelle  était  la  frontière  orientale  du 
duché,  depuis  la  vallée  de  Barcelonnette  jusqu'à  la  mer. 
Cette  frontière  englobait,  dans  la  vallée  de  Barcelonnette,  les 
localités  actuelles  de  Saint- Paul,  MeyronnesetLarche  *.  Arrivant 
au  pic  des  Trois-Kvéques,  elle  abandonnait  la  vallée  de  Barce- 
lonnette et  le  diocèse  d'Embrun  pour  passer  dans  la  vallée  de 
la  Tinée  et  dans  le  diocèse  de  Nice.  Là  elle  englobait  d'abord  la 
commune  actuelle  de  Saint-Etienne  ;  mais,  à  partir  du  passage 
de  Collalunga,  au  point  d'altitude  coté  2600,  elle  dépassait  la 
frontière  française  actuelle.  En  1860,  la  France  a  jugé  à  pro- 
pos de  laisser  par  courtoisie  à  Tltalie,  pour  les  chasses  rovales, 
toutes  les  hautes  vallées  niçoises,  situées  au  sud-ouest  de  la 
ligne  séparative  des  Alpes.  Ces  hautes  vallées,  relevant  de  la 
Tinée  et  de  la  Vésubie,  ont  donc  été  démembrées  des  communes 
niçoises  qui  les  possédaient  naturellement,  pour  être  rattachées 
aux  communes  piémontaises  placées  de  Tautre  côté  et  au  nord- 
est.  C'est  un  exemple  récent  du  fait  que  les  frontières  politiques 
coïncident  rarement  avec  les  frontières  naturelles.  La  frontière 
du  duché,  qui,  elle,  coïncidait  sur  ce  point  avec  les  sommets, 
embrassait  donc  les  parties  placées  sur  le  versant  sud-ouest  des 
communes  actuelles  de  Vinadio,  Valdieri  et  Entraque  *.  Arrivée 
au  mont  Clapier,  qui  séj^arait  le  diocèse  provençal  de  Nice  à 
l'ouest,  du  diocèse  ligurien  de  Vintimille  à  Test  et  du  diocèse  pié- 
montais  d'Asti  au  nord,  la  frontière  abandonnait  la  ligne  sépa- 

1.  Feuilles  XX V.30,  XXVI-30,  XXVI.31. 

2.  Feuilles  XX Vl-31,  XXVl-32,  XXVII-32. Les  communes  niçoises  limi- 
trophes et  réduites  sont  celles  de  Saint-Élicuue,  Isola,  Roure,  Saint-Sau- 
veur, Himplas,  Val-de-Blore,  Saint-Mnrtin-Vcsubie  et  Belvédère.  La  fron- 
i'wvv  passait  par  les  lûtes  et  les  cimes  de  l'Autaret  et  Rognosa,  de  Sespoul 
et  Moravacciera,  d'André  de  Paris,  de  la  Lombarda  et  de  Vermeil  Malin- 
vern,  de  Clans,  do  la  Portette,  de  Tablasses,  des  Dresses,  Fremamorta, 
Pagari.  Naucetas,  Leccia,  Mercantour,  M<illariva,  Cocourda,  Caisses,  di  Tré 
Colpas,  delle  Finestrc,  dci  Gelas,  ix)ur  arriver  au  mont  Clapier. 


Le   IlOVAtJME   DÉ   BOÙRGOGNE-PROVESCE  ISd 

rative  des  grands  sommets  qu'elle  suivait  en  dernier  lieu  de 
louest  à  Test,  pour  gagner  la  mer  du  nord  au  sud.  Elle  englo- 
bait donc  le  haut  de  la  vallée  de  la  Gordolasque,  rattaché  main- 
tenant à  Entraque,  et  rejoignait  la  frontière  actuelle  à  la  cime 
du  Diable  ;  mais,  comme  cette  frontière  actuelle  continue  à  se 
diriger  de  l'ouest  à  Test,  afin  d'englober  une  partie  de  la  vallée 
ligurienne  de  la  Roya,  la  frontière  ancienne  du  duché  la 
coupait  simplement  et  s'en  séparait  à  la  cime  du  Capelet.  Elle 
englobait  seulement  les  communes  actuelles  de  Belvédère,  la 
BoUène,  I^ntosque,  Luceram,  Peille  et  la  Turbie,  auxquelles  il 
faut  joindre  la  principauté  actuelle  de  Monaco  K  Cette  dernière 
localité  qu'on  nommait  volontiers  Mourgues  en  français  est,  en 
effet,  une  ancienne  dépendance  des  paroisses  de  la  Turbie  et  de 
Peille^.  Depuis  la  fin  du  xn*  siècle,  elle  fut  occupée  par  les  Génois, 

i.  Feuilles  XXVII-32,  XX VII-33,  XXVII-34. 

2.  Vers  1075,  les  gens  de  la  Turbie  élèvent  l'église  N.-D.  du  port  de 
Monaco  et  la  donnent  à  la  cathédrale  de  Nice.  En  1174,  le  comte  de  Kor- 
calquicr,  s*alliant  avec  Gênes,  concède  à  celte  république  la  moitié  de  Nice, 
le  château  de  la  Turbie,  le  mont  de  Monaco  et  les  salines  do  Bouc.  Le 
30  mai  1191,  Tempereur  confirme  à  Gênes  la  Rivière,  depuis  Porto  Venere 
jusqu'à  Monaco,  avec  la  faculté  d'élever  un  château  dans  ce  dernier  lieu, 
sous  réserve  des  droits  des  marquis  et  des  comtes  de  Provence.  Le  2  juillet 
1191,  Gènes  prend  possession  de  Monaco.  Le  10  juin  1245,  les  Génois  com- 
mencent à  yélever  le  château  (E.  Gais  de  Pierlas,  Documents  inédits  sur 
les  Grimaldi  de  Monaco,  Turin,  Bocca,  1885,  in-8,  pp.  4-5,  7,  13-14). 

Pour  la  circonscription  du  diocèse  de  Nice  au  xii*  siècle,  voir  E.  (^ais  de 
Pierlas.  Cariulaire  de  l'ancienne  cathédrale  de  Mce,  Turin,  Paravia,  1888, 
notamment  les  n<»  37,  38  et  46. 

Pour  la  circonscription  ancienne  du  diocèse  ligurien  de  Vintimille,  voir 
Sigismondo  Alberli,  Isloria  délia  cilla  di  Sospello,  contessadi  Molineto  e  di 
Casliglione,  Torino,  MDCGXXVIII,  Gio.  Franc.  Mairosse,  pp.  537-538. 

A  la  suite  des  remaniements  modernes,  le  diocèse  de  Vintimille  a  dû 
abandonner  au  diocèse  actuel  de  Cuneo  les  localités  de  Briga  Marittimn  et 
Tenda;  il  a  abandonné  aussi  au  diocèse  actuel  de  Nice  les  localités  de 
Castellar,  Menton,  Cabbé-Roquebrune,  Gorbio,  Sainte-Agnès,  Castillon, 
Sospel,  Moulinet,  Breil,  Saorge  et  Fontan.  Par  contre,  il  sVsl  étendu 
à  Test  {Circoscrizioni  ecclesiastiche  in  relazione  colle  circoscrizioni  ammi- 
nislralive  seconda  il  censimenlo  del  31  dicemhre  1881,  Roma,  stabil. 
tipogr.  deirOpinione  1885,  gr.  in-8  de  xxiii-305  pp.  et  carte  hors  texte 
Publication  officielle  du  Ministero  di  agricoltura,  industria  e  commercio  : 
direzione  générale  délia  statistioa;  voir  pp.  297  et  183). 


!ftO  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*  SIÈCLE 

SOUS  la  suzeraineté  fort  vague  des  marquis  de  Provence  :  au 
xiii**  siècle,  par  contre,  se  produisit  lexpansion  de  la  Provence 
en  Ligurie,  dont  il  n'y  a  pas  à  parler  ici. 


§  5.  —  Limites  méridionales. 

Il  reste  à  indiquer  les  localités  qui,  le  long  de  la  mer,  for- 
maient les  limites  méridionales  du  duché  de  Provence.  Dans 
le  diocèse  de  Nice,  c'étaient  les  communes  actuelles  de  Monaco, 
la  Turbie,  Eze,  Beaulieu,  Villefranche  et  Nice  *  ;  puis,  à  partir  du 
Var,  dans  le  diocèse  de  Vence,  Saint-Laurent,  Gagnes  et  Ville- 
neuve-Louhet  '  ;  puis,  dans  celui  d'Antibes,  à  partir  de  Tétang  de 
Vaugrenier,  la  cité  elle-même  d'Antibes,  avec  les  terroirs  de  Val- 
lauris,  de  Cannes  ^^  et  les  îles  de  Lérins.  Passant  la  Siagne,  le  duché 
englobait  le  diocèse  de  Fréjus,  avec  Mandelieusur  le  terroir  duquel 
se  trouve  maintenant  la  Xapoule  ;  après  Mandelieu,  suivaient 
Saint- Raphaël,  Fréjus,  Roquebrune,  Saint-Maxime,  Grimaud, 
Cogolin,  Gassin,  Saint-Tropez,  Kamatuelle,  Gassin  et  la  Mole  ^. 
Dans  le  diocèse  de  Toulon,  suivaient,  le  long  du  littoral, 
Bormes,  la  Londe-des-Maures,  llyères,  Carqueiranne,  le  Pradet, 
la  (iarde,  Toulon,  la  Seyne,  Six-Fours,  Sanary  et  Bandol  ^.  Dans 
le  diocèse  de  Marseille,  suivaient  les  terroirs  de  Saint-Cyr,  la 
Ciotat,  Cassis,  Marseille  et  le  Rove  ^.  Finalement,  dans  le  dio- 
cèse d'Arles,  ceux  de  Carry,  Martigues,  Port-de-Bouc,  Fos, 
Arles  et  les  Saintes-Mariés,  jusqu'à  l'embouchure  du  Rhône-vif  *. 

l.  l'eiiillos  XXV1I-3V,  XXVI-3t. 
•2.  IViiillos  XXVI-3i. 

3.  Fouille  XXVI-34.  Voir  réiuimération  des  paroisses  du  diocèse  d'An- 
til)i»s,  dont  U»  sièj;efut  transporté  à  Grasse  le  il)  juillet  1244,  dans  Achard, 

4.  Fouilles  XXVI-3V,  XXVI-3r,,  XXV-3r>,  XXV-3(5.  Voirlenumération  des 
paroisses  du  diocèse  de  Fréjus  dans  Acliard,  t.  1,  p.  554. 

T).  Feuilles  XXV-30,  XXI V-3fi,  XXlII-3t).  Voir  rénuméi'ation  des  paroisses 
du  diocèse  de  Toulon  tlans  Achard,  l.  Il,  ])p.  50(>-507. 

f).  Feuilles  XXllI-30,  XXIll-35,  XXII-3r>.  Voir  rènuméralion  des  paroisses 
du  diocèse  de  Marseille  dans  Acliard,  l.  Il,  pp.  101-102. 

7.    P'euilles  XXIl-35,  XXI-35  et  XX-35. 


LE  ROTAUHE  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  191 

Telles  sont  les  frontières  précises  de  la  Provence,  depuis 
le  début  du  x«  jusqu'à  la  fin  du  xii®  siècle,  c'est-à-dire  entre 
le  moment  où  Louis  d'Outremer  annexe  TUzège  au  royaume 
de  France  et  le  moment  où  se  produit  Texpansion  de  la  Pro- 
vence en  Ligurie. 

En  résumé,  cette  frontière  suivait,  dans  la  province  d'Arles,  les 
limites  des  diocèses  de  Toulon,  Marseille,  Arles,  au  sud,  depuis 
Bormes  jusqu'aux  Saintes-Mariés;  celles  des  diocèses  d'Arles, 
d'Avignon,  d'Orange,  Saint-Paul  et  Die,  à  l'ouest,  depuis  les 
Saintes-Mariesjusqu'àSaint-Laurent-en-Royans  ;  celles  du  diocèse 
de  Die  au  nord,  depuis  Saint-Laurent-en-Uoyans  jusqu'à  Saint- 
Jean-d'Hérans.  Passant  dans  la  province  d'Aix,  la  frontière  du 
duché  suivait  encore  au  nord  les  limites  du  diocèse  de  Gap, 
depuis  Saint- Pierre- de -Méaroz  jusqu'à  Guillaume -Peyrouse, 
puis  à  Test,  depuis  Guillaume-Peyrouse  jusqu'à  Orcières.  Parve- 
nant à  la  province  d*Embrun,  la  frontière  suivait,  encore  à  l'est, 
les  limites  des  diocèses  d'Embrun  et  de  Nice,  depuis  Châteauroux 
jusqu'à  Monaco;  au  sud,  elle  suivait  celles  des  diocèses  de  Nice  et 
de  Vence,  depuis  Monaco  jusqu'à  Villeneuve-Loubet.  Revenant 
par  la  province  d'Aix,  elle  suivait  encore  au  sud,  sur  le  littoral, 
les  limites  des  diocèses  d'Antibes  et  Fréjus,  depuis  Antibes  jus- 
qu'à la  Môle. 


§  6.  —  Les  limites  des  trois  provinces. 

Pour  être  complet,  on  peut  ajouter  que  la  frontière  orientale  de 
la  province  d'Arles,  depuis  Bormes  jusqu'à  Saint-Jean-d'Hérans, 
suivait  les  limites  successives  du  diocèse  de  Toulon,  par  Bormes, 
Collobrières,  Puget- Ville,  Carnoules,  Puget-Ville,  Sainte-Anasta- 
sie,  Forcalqueiret,  Rocbaron  et  Néoules*  ;  du  diocèse  de  Marseille, 
parMéounes,  Signes,  Plan  d'Aups,  Nans,  Saint-Zacharie,  Auriol, 
la  Bourine,  Peypin,  Allauch,  Marseille,  Septèmes  et  les  Pennes-; 

i.   Feuilles  XXV-36,  XXV-3r>,  XXIV-35. 
2.  Feuilles  XXIV-35,  XXlII-3r),  XXII-35. 


192  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    Xfl^   SIÈCLE 

du  diocèse  d'Arles,  par  Vitrolles,  Rognac,  Velaux,  Berre,  Saint- 
Chamas,  la  partie  occidentale  de  Corniilon  (Corniilon  et  le  Pont 
du  Hhaud  ,  Grans  et  Salon  *;  du  diocèse  d'Avignon,  par  Laroa- 
non  et  Sénas  "'.  Puis,  traversant  laDurance,  elle  suivait  les  limites 
du  diocèse  de  Guaillon,  par  Cheval-Blanc,  Mérindol,  Ménerbes, 
Goult  et  Gordes  ',  en  côtovant  le  Limergue,  ftumen  Liminicus.  Elle 
suivait  celles  du  diocèse  de  Carpentras,  par  Murs,  la  partie  septen- 
trionale de  Lioux  iBezaure  et  Saint-Lambert),  Monieux,  Sault, 
Aurel,  Monieux  et  Bedoin,  ces  trois  dernières  localités  sur  les 
pentes  méridionales  du  mont  Ventoux  *.  Elle  suivait  celles  du  dio- 
cèse deVaison,en  passant  au  nord  du  Ventoux,  par  Beaumont, 
Saint-LéjT^er,  Buis-les-Baronnies  (sauf  Ubrieux),  Beauvoisin, 
OUon  et  Chàtoauneuf-de-Bordette  '^.  Enfin,  elle  suivait  celles  du 
diocèse  de  Oie,  |>ar  Aubres  sur  TEvgues,  Condorcet,  Saint-Fer- 
réol,  Villeperdrix,  Arnavon,  la  Motte-Chalancon,  Rottier,  Esta- 
blel,  Saint-Dizier,  Valdi^ôme,  la  Bàtie-des-Fonds,  les  Prés, 
Beaurières  sur  le  versant  occidental  du  col  de  Cabre,  la  Bàtie- 
Crenie/.in,  le  Pillion,  Bonneval,  Glandage,  Lus-la-Croix-Haule, 
Tréminis,  Pi^llîifol,  Cordéac,  Saint-Sébastien  et  Saint-Jean-d*Hé- 
rans,  ces  ([uatre  dernières  localités  sur  le  Drac  *'\  En  outre,  de  la 
province  d'Arles  relevaient  Tenclave  arlésienne  de  Vernègues 
dans  le  diocèse  d'Aix,  Tenclave  marseillaise  de  Saint-Cannat 
dans  le  diocèse  d'Aix,  et  Tenclave  dioise  deRémuzat  dans  le  dio- 
cèse de  Gap.  Par  contre,  de  la  province  d'Aix  relevait  dans  le 
diocèse  d'Arles  Tenclave  aixoise  d'Istres. 

La  frontière  occidentale  de  la  province  d'Aix,  de  la  Môle  à 

1.  ÎMMiilles  XXII-r»,  XXH-34. 

2.  Koiiiiics  xxii-:r»  ol  XXII-:t3. 

'^.  Feuillt's  XXII-33.  Voir  rémimération  îles  paroisses  du  diocèse  de 
Cavaillon  dans  Achard,  l.  I,  p.  V.V.\, 

4.  Fouillos  XXlI-33,  XXII-32,  XXIII-32,  XXIIl-33,  XXIII-32  et  XXII-32. 
Voir  réiiiimérîition  des  jKiroisses  du  diocèse  de  Carpentras  dans  Achard. 
t.  I,  p.  421. 

;i.  reuillos  XXII-32,  XXlI-3i.  Voir  rénuméralion  des  paroisses  dauphi- 
noises du  dioct'sc  de  Voison  dans  J.  Brun-Durand.  Dict.  de  la  Drame, 
j).  XIX  cl  dos  autres  dans  Acliard,  t.  II,  j).  546. 

6.  Feuilles  XXII-3t,  XXIII-31,  XXIlI-30,  XXlII-29,  XXIV.29,  XXIII-29. 


Le  royaume  de  bôurgogne-î^rovence  i93 

Saint-Pierre-de-Méaroz,  suivait,  en  conséquence,  les  limites  suc- 
cessives du  diocèse  de  Fréjus,  par  la  Môle,  Grimaud,  la  Garde- 
Freinet,  les  Mayons-du-Luc,  Gonfaron  et  Pignans  ^  ;  elle  suivait 
celles  du  diocèse d'Aix,  parBesse,  Camps,  Brignoles,  Garéoult,  la 
Roquebrussanne,  Mazaugues,  Rougiers,  Saint-Maximin,  Pour- 
cieux,  Pourrières,  Trets,  Peynier,  Belcodène,  Gréasque,  Saint- 
Savournin,  Mimet,  Simiane,  Bouc,  Cabriès,  Aix,  Ventabren,  la 
Fare,  Lançon,  Comphoux  (commune de  Cornillon),  Lançon.  Pelis- 
sanne,  Aurons,  Alleins,  Mallemort,  Charleval,  la  Roque-d 'A  ni  hé- 
ron et,  franchissant  la  Dura nce,  du  Puget,  de  Lauris  sur  la  pente 
méridionale  du  Luberon  2.  La  frontière  de  la  province  suivait 
ensuite,  au  delà  du  Luberon,  les  limites  du  diocèse  d'Apt,  par  Bon- 
nieux,  Lacoste,  Bonnieux,  Roussillon,  Joucas,  Saint-Saturnin- 
d'Apt,  Lioux  (moins  Bezaure  et  Saint-Lambert),  Saint-Saturnin- 
lès-Apt,  Villars  et  Saint-Christol  3.  Elle  suivait  celles  du  diocèse 
de  Sisteron,  parSaint-Trinit  et  Ferrassières  au  sud  du  Venloux''. 
La  frontière  suivait  ensuite  les  limites  du  diocèse  de  Gap,  par  Mont- 
brun,  Reilhanette,  Savoillans,  Brantes,  localités  qui  se  trouvent 
sur  le  Toulourenc  au  nord  du  Ventoux,  puis  par  Plaisians,  Evga- 
liers  et  la  Roche-sur-le-Buis'.  Elle  suivait  ensuite  les  limites  de 
l'ancien  territoire,  jadis  contesté  entre  Vaison  et  Gap,  maintenant 
placé  sous  la  garde  de  Sisteron,  par  Ubrieux  sur  TOuvèze  (commune 
du  Buis),  Rochebrune,  Montaulieu,  les  Pilles  sur  l'Eygues, 
Eyroles,  SahuneetSaint-May^'.  Enfin,  elle  suivait  de  nouveau  les 


1.  Feuilles  XXV.36,  XXV-3r>,  XXIV-3:J. 

2.  Feuilles  XXIV-35,  XXni-35,  XXII-Sr»,  XXn-34,  XXII-33,  XXn-3i, 
XXII-33.  Voir  rénumération  des  paroisses  du  diocèse  d' Aix  dans  Achard, 
l.   I,  pp.  201-202. 

3.  Feuilles  XXII-33,  XXIII-33,  XXIII-32,  XXIII-33,  XXIll-32. 

4.  Feuille  XXIIl-32.  Voir  l'énumération  des  paroisses  du  diocèse  do 
Sisteron  dans  Achard,  t.  II,  pp.  382-383,  et  dans  Brun-Durand,  Dicl.  delà 
Drame,  pp.  xx. 

5.  Feuilles  XXIII-32,  XXII-32,  XXÎI-31. 

6.  Feuille  XXlI-31.  Eyroles  dépendait  de  l'évùché  de  Die  au  Uîmporol 
(L.  FiUei^  Etal  des  revenus  de  Vévêché  de  Die  vers  1474,  Paris,  Leroux,  1800. 
Extrait  duBull.  hislor.  elphilol.  ducomilé  des  travaux  hist.,  p.  10)  ;  mais  son 
terroirne  faisait  pas  partie  du  diocèse  de  Die,  car  ilnefigurepasdansles  visites 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Charles.  —  VII.  13 


VM  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AC   XII*  SIÈCLE 

limites  du  diocèse  de  Gap,  par  Cornillon,  Comillac,  la  Charce, 
Sainlt'-Marie.  Bruis,  Montniorin,  TKpine,  la  Piarre,  Aspremont, 
Saiiil-Pierre-d*Ar«|^envon,  la  Baume  sur  le  versant  oriental  du  col 
de  Cabre,  la  Haute-Baume,  Montbrand,  Saint-Julien-en-Beau- 
cliêiu»,  la  Cluse,  Aj^nières,  Saint-Disdier-en-Dévoluy,  Moneslier- 
d'Ambel.  Ambel,  Corps,  Quet-en-Beaumont,  la  Salle  et  Saint- 
Picrre-de-Méaroz  *. 

La  frontière  orientale  de  la  province  d'Aix,  d'Antibes  à  Orcières, 
avant  le  rattachement  d'Antibes  à  la  province  d'Embrun,  suivait 
les  limites  du  diocèse  dWntibes,  par  les  îles  de  Sainte-Marguerite, 
Antibes,  Biot,  Valbonne,  Roquefort,  le  Bar,  Gourdon.  Cipièn»s, 
(^aussols  et  Saint-Vallier  '  ;  du  diocèse  de  Fréjus,  par  Escra- 
gnolles,  Séninon,  Val  de  Uoure,Séranon,  Châteauvieux,  Brenon 
et  (ilomps  •*  :  du  diocèse  de  Riez,  par  Trigance,  Roup^on, 
Cliâtoauneuf-lès-Moustiers,  Levens,  Majastre,  Le  PoiL  Creisset, 
Bevnes,  Chàteauredon,  Mézel,  Saint-Jeannet  et  Espinouse 
sur  la  Bléone  '*.  A  partir  de  ce  cours  d'eau,  la  frontière  suivait 
les  limites  du  diocèse  de  Gap  par  Mirabeau,  Barras,  la  par- 
tie de  Thoard  sur  la  rive  droite  de  TEsduye,  Saint-Estève, 
Auribeau,  Feissal,  Authon,  Esparron-la-Bàtie,  Bayons,  Clamen- 

rj)is('(H)aU*s  «le  ITiOÎI  (L.  Fillt'l,  Htaf  (1rs  diocèses  Je  Die  et  de  Valence  en 
iiiOiK  «l'après  un  (loctiinriit  ori^j^inal  inédit.  Valence,  Céas,  1882,  pp.  24  et 
'.V.^).  11  ne  n^niro  pas  davanlitjjjc  tlans  le  compte  des  visites  par  le  com- 
missaire épiscopal  dans  le  diocèse  en  1449-1450  (Brun-Durand,  Pouillé 
hixforifjuf  du  diocf*se  do  I)i(\  (irenohle,  Maisonville,  1876,  in-8). 

1.  Feuilles  XXII-.U,  XXni-31,  X.\III-.30,  XXIII-21»,    XXIV-29,    XXIII-29. 
Heanchêne  n'indicpu*  ])as  la  présence  de  beaux    chênes.    Le  cours  d'eau 

cpii  porl<»  le  nom  <le  Huëeh,  rivum]  *lieducfurn^  ou  liedaclumif^  coule  dans 
une  vallée  (pii  par  snile  s'appelait  ralieni  *Beductnnnm^  d'où  Biochane, 
puis  Hi'oeliane  et  Heoehaine,  «l'où  lieaueliaine.  C'est  ainsi  (|ue  les  ruisseaux, 
(h'sjfudaul  du  col  de  (labre,  s'appellent  les  ruisseaux  de  Chauranef  c'esl-à- 
rlire  :  ' rnllom  (lnur:in:im.  I.e  col,  appelé  de  Cabre  par  suite  d'une  pronon- 
cialion  étrangère  au  pays  où  il  se  trouve,  a  pris  le  nom  du  ruisseau  qui  coule 
dans  la  vallée.  Le  hameau  de  Chaures,  dans  la  commune  de  la  Baume, 
retient  le  nom  primitif  du  cours  d'eau  sur  leiiuel  il  a  été  bàli. 

2.  Feuilles  XXVI-34,  XXVI-33,  XXVI-34. 

:\.   Feuilles  X\VI-:rfr,  XXV-34,  XXV.33,  XXV-34. 

'k  Feuilles  XX V-3 fr,  XXV-33,  XXIV-33,  XXIV-32,  XXIV-33,  XXIV-32. 
Voir  l'énuiuération  des  paroissesdu  diocèse  de  Riez  dans  Achard,  t.  II,  pp. 
28»-285. 


LE   ROYAUME   DE    BOUHGOGNE-PROVENCE  193 

sane  sur  la  Sasse,  le  Caire,  Curbans  sur  la  Durance,  Urtis,  Ven- 
terol,  Piégut  sur  la  rive  gauche,  Valserres  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance,  Jarjayes,  Rambaud,  la  Bâtie-vieille,  la  Bâtie-Neuve, 
Ancelle  et  Orcières  *. 

La  frontière  occidentale  de  la  province  d'Embrun,  limitrophe 
de  la  précédente  de  Villeneuve-Loubet  à  Chàteauroux,  suivait  les 
limites  du  diocèse  de  Vence  par  Villeneuve-Loubet,  la  Colle,  Tour- 
rettes-sur-Loup,  Courmes,  Gréolières,  Andon,  Caille  et  Andon^; 
du  diocèse  de  Senez-Castellane  par  Saint-Auban,  Peyroules,  la 
Garde,  Eoulx,  le  Bourguet,  Taloire,  Chasteuil,  Blieux,  Barrême 
et  Chaudon^;  du  diocèse  de  Digne,  par  Bédejun,  Entrages,  Gau- 
bert,  Saint-Jurson,  Le  Chaffaut,  Lagremuse  sur  la  rive  gauche, 
Malemoissonsur  la  rive  droite  delaBléone,  Aiglun,Champtercier, 
la  partie  de  Thoard  placée  sur  la  rive  gauche  derEsduye,la  Robine, 
Ainac,  I^mbertetBarles  ^;  finalement  du  diocèse  d'Embrun,  par 
Selonnet,  Saint-Martin-lès-Seyne,  Bréziers,  Bellaffaire,  Astoin, 
Faucon,  Gigors,  Rochebrune  sur  la  rive  gauche  et  Remollon  sur 
la  rive  droite  de  la  Durance,  Saint-Etienne  d'Avançon,  Avançon, 
Montgardin,  Choi^es,  Réallon  et  Chàteauroux^. 

Ce  sont  là,  au  x*^  siècle,  les  frontières  du  duché  de  Provence  et 
de  chacune  des  trois  provinces  antiques  qui  en  forment  l'étendue; 
au  xn®  siècle,  ce  seront  les  mêmes. 

n  suilit  d'ajouter  que  les  partages  comtaux  du  xii®  siècle 
provoqueront  une  nouvelle  répartition  de  la  marche  qui  aura 
succédé  au  duché  ;  elle  se  divise  alors  en  trois  marqui- 
sats. Cette  répartition  ne  bouleverse  pas  le  cadre  existant  :  elle 
en    utilise    tous    les    éléments    traditionnels.    II  v   avait     trois 


1.  Feuilles  XXIV-32,  XXIV-31,  XXIV-30,  XXV-30. 

2.  Feuilles  XXVI-34,  XXVI-33,  XXV-33. 

3.  Feuilles  XXV-33,  XXIV-33,  XXIV-32.  Voir  rénuinération  des  paroisses 
du  diocèse  de  Senez  dans  Achard,  t.  II,  pp.  358-359. 

4.  Feuilles  XXIV-32,  XXlV-3i.  Voir  rénuméralion  des  paroisses  du  dio- 
cèse de  Digne  dans  Achard,  t.  I,  p    501. 

5.  Feuilles  XXIV-31,  XXI V-30,  XXV-30.  Voir  l'énumération  des  paroisses 
provençales  du  diocèse  d'Embrun  dans  Achaitl,  t.  I,  pp.  512-514,  et  des 
dauphinoises   dans   Roman,  Dicl.  lopogr.  des  Hautes-Alpes^  pp.    xxv-xwi. 


196  LA    PROVENCE   DU  PREMIER  AU  XII*   SIÈCLE 

coparta<i;'eants  et  ils  «auraient  pu  s'adjufjer  k  chacun  Tune 
des  trois  provinces  :  mais  ce  n'est  pas  ce  qu'ils  font.  Ils  tiennent 
compte  à  la  fois  du  cadre  romain,  existant  en  450  lors  delaiTivée 
des  barbares,  et  de  lexemple  donné  par  l'occupation  des  barbares 
eux-mêmes  de  480  à  r;2.*{:  la  Durance  était  d'ailleurs  une  limite 
intermédiaire  et  naturelle  tout  indiquée.  Le  premier  lot  se  compose 
delà  partie  des  trois  provinces  située  ausud  delà  Durance,  c'est-à- 
dire  de  la  Provence  *»"otluque,  et  ce  lot  se  dénomme  «  le  Comté  de 
Provence  *  ».  Le  second  lot  se  compose  du  restant  de  la  province 
d'Arles  situé  au  nord  de  la  Durance  et  ce  lot,  auquel  les  historiens 
modernes  réservent ii  tort  le  nom  de  «  Marquisat  de  Provence  », 
se  dénomme,  semble  t-il,  le  «  comté  de  Venisse  ou  Venaissin  ». 
Le  troisième  lot  se  compose  du  restant  des  provinces  d'Aix  et 
dlMiibrun  situé  au  nord  de  la  Durance,  et  ce  lot  se  dénomme 
«  le  C(mité  de  Forcalquier».  ('es deux  derniers  lots  réunis  ne  sont 
autre  chose  que  l'ancienne  Provence  bourguignonne,  dans  sa  plus 
[grande  extension  L'union  était  plus  intime  entre  les  comtes  de 
Venaissin  et  les  comtes  de  Forcalquier  qu'elle  ne  l'était  entre  les 
comtes  de  Venaissin  ou  les  comtes  de  Forcalquier  et  les  comtes 
de  Provence  :  c'est  tout  naturel.  La  limite,  entre  les  comtés  de 
Forcalquier  <?t  de  Venaissin,  partait  du  Vernègues  de  Cavaillon, 
exactement  comme  jadis  la  frontière  entre  les  Provences 
bour^ui<î;nonne  restreinte  et  auvergnate.  La  cité  d'Avignon 
et     risle,    dans    le  diocèse    de   Cavaillon,     restèrent    indivis  -. 

1.  Li*  |n'écv|)lo  rovîil  d'inféodaliondo  la  ProviMico,éninné  tic  Rodolphe  en 
faveur  dt»  (Iharlos  trAiijou  roi  do  Sicile  et  daté  de  Vienne  le  28  mars  1280, 
emploie  les  expressions  suivanles  très  précises  :  «  comilalum  et  mai*ehiona- 
tiim  Provincie,  iiilendontes  hec  duo  nomina  scilicet  comitatum  et  marchio- 
nalum  esse  sinonima  et  uinim  non  divei'sa  supponere,  et  comitatum  Folkal- 
kerie...  acoinnia  rpie  infra  comilatus  ipsos  consistcntia  Romanorum  impo- 
ralores  .  .  .(piondam  domino  RaymundoBerengariocomitict  marchioni  Pro- 
viiieie  ac  romili  Folkalkerii  .  .  .donaverunl,  presenti  privilégie  confirma- 
nius.  . .  vohis. .  .  «  [[.oslinffistrps  do  Martin  1\\  Paris,  Foutomoinp,  avril  1901, 
|)p.  *>-(>,  n"  11.  ï;  I).  (!e  précej>te,  (pii  ne  peut  concerner  le  marquisat  de  la 
rive<lr(»ile  de  la  Durance  el  le  comtat,  prouve  que  le  marquisat  englobait 
le  roinl('  de  Provence  sur  la  rive  gauche,  tout  aussi  bien  que  le  comté  de 
Venaissin  sur  la  rive  droite. 

'2.  i  1  j:i  ;  liniiles  des  comtés  Venaissin  et  Diois  :  sicut  comUalus  extendilur 


LE   ROYAUME    DE    BOURGOGNE-PROVENCE  197 

Il  semble  en  avoir  été  de  même  pour  la  cité  de  Nice 
dans  le  comté  de  Provence  ^  De  plus,  en  amont  de  la  vallée  de 
Barcelonnette  et  en  dehors  de  cette  vallée,  la  rive  gauche  de  la 
Durance  fut  jointe  au  comté  de  Forcalquier  dont  les  limites,  sur 
cette  rive  gauche,  étaient,  à  peu  de  choses  près,  celles  du  dépar- 
tement actuel  des  Hautes-Alpes  '^. 

Tels  ont  été  les  divers  remaniements  subis  par  les  limites  de 
la  Provence,  depuis  la  création  de  la  province  romaine  de  la  Gaule 
Transalpine  vers  120  avant  J.-C.  jusqu'à  la  fin  du  xii**  siècle. 
Dans  son  ensemble,  la  Provence  était  ainsi  formée  des  trois  pro- 
vinces, telles  quelles  avaient  été  constituées  du  temps  de  l'em- 
pire gaulois  (267-273;.  Ces  provinces  portèrent  dès  le  début  du 
V*  siècle  le  nom  global  de  Provence  ;  réduites  au  nonl  le  o  mai  450 
lors  de  l'arrivée  des  barbares,  réduites  à  Touest  lors  de  la  consti- 
tution du  duché  de  Lvonnais  dans  la  seconde  moitié  du  viu*"  ou  la 
première  du  ix*  siècle,  ces  provinces  regagnèrent  par  la  dispari- 
tion du  Lyonnais,  du  temps  de  Louis  d'Outremer,  une  part  de  ce 
qu'elles  avaient  perdu  sur  la  rive  droite  du  llhone. 

et  elaudUur  a  monte  Alavernico  Juxta  Cavillionem  usque  nd  rtodanuni  et 
U9que  ad  Durentiam  et  fluvium  Isarc  et  .  .  .medietatcm  Insulfi  et  Avinionis. 

Limites  du  comté  de  t'orcalcjuicr  :  sicutcomitutus  luus  extenditur  et  clau- 
ditur  a  monte  Alavernieo  uatque  ad  montem  Genevum  et  usque  ad  Pnnfem 
Altum  etcollum  Câpre  . .  .  et  medietatcm  Insuie  et  Avinionis  et  qiiod  habeset 
tenesin  villa  de  Germannanicis  (Arcli.  des  Bonches-du-Rliônc,    H.   207). 

En  réalité  les  comtés  de  Venaissin  et  de  Diois  ne  s'étendaient  pas  jus- 
quk  risère,  maisjusqu'h  la  Bourne,  alTluent  de  l'Isère,  et  h  cinq  kilomrt  res  de 
l'Isère.  Demême,  le  comté  de  Forcalquier  ne  remontaitpas  la  Durance  jus(iu'à 
sa  source  au  mont  Genèvre,  mais  jusqu'à  Chancella,  placé  h  trente  kilo- 
mètres environ  en  aval.  Les  deux  comtes  se  font,  dirail-on,  la  politesse 
réciproque  d'étendre  la  domination  de  son  voisin  un  peu  plus  loin  (|u'elle 
n^attcignait  en  réalité,  mais  du  côté  qui  ne  gênait  pas  celui  des  deux  ({ui 
porte  la  parole.  En  ce  qui  concerne  leurs  limites  communes,  elles  sont 
indiquées  au  contraire  d'une  manière  aussi  rigoureuse  que  possible.  Au 
sud,  le  Vernègucs,  sur  le  terroir  de  Lagnes,  est  presque  à  la  limite  du  dio- 
cèse de  Cavaillon  vers  celui  d'Apt.  Au  nord,  Pont-Ilaut,  sur  la  Bonne,  est 
k  la  limite  du  diocèse  de  Gap,  très  près  du  diocèse  de  Die.  Enlin.  entre  ces 
deux  points  extrêmes,  le  col  de  Cabre  est  exactement  h  la  limite  entre  Die 
et  Gap.  Germignargues  était  sur  le  Thor,  vers  Monclar  et  l'Espacet. 

1.  H74.  Voir  ci-dessus,  p.  189,  note  2. 

2.  28  avril  H27.  Voir  ci-dessus,  p.  172,  note  2. 


198  LA    PROVKNCK    DU    PRKMIER    AU    Xll*    SIÈCLE 

Le  parla*|^c  des  trois  provinces  en  Provence  bourguignonne  et 
Provence  gothique,  une  fois  le  sol  entièrement  soumis  aux  bar- 
bares (480-523),  correspond  à  la  Haute  et  à  la  Basse-Provence, 
séparées  par  la  Durance.  Cette  séparation  naturelle  sera  reprise 
comme  base  au  xn^  siècle  par  les  comtes  co-partageanls,  qui 
créeront  le  comté  de  Provence,  le  comté  Venaissin  et  le  comté  de 
Forcabjuier  :  ils  combineront  cette  division  naturelle  avec  la  divi- 
sion antique  des  trois  provinces  gallo-romaines. 

La  création  d'une  Provence  austrasienne,  du  temps  de  Con- 
tran, peut  expliquer  Torigine  des  terres  adjacentes  et  faire  prévoir 
l'eiracemeut  progressif  d'Arles  devant  Aix;  elle  explique  aussi  la 
dilVusion  des  cultes  auvergnats  de  Sidoine,  Maximin,  Marthe  et 
Madeleine,  opérée  par  le  patrice  Bonnet  aux  frontièresde  cette  Pro- 
vence, dans  les  postes  militaires  établis  à  proximité  des  routes. 


Il 

Los  comtes  dAvifjnon,  iT Arles  et  de  Glandèves 
(949-970). 

Il  se  peut  (jue  la  comtesse  d'Arles  Berthe,  influencée  par  son 
mariage  avec  le  comte  de  Rouergue,  ait  fait  reconnaître  le  roi  de 
France  en  Provence  après  la  mort  du  roi  de  Lombardie(1 0avril947); 
cette  tentative  n'eut  pas  de  succès.  Par  suite  de  diverses  circon- 
stances politicjues,  le  roideJurane, souverain  légitime  de  la  Provence 
depuis  931, avait  vu  reculerpeuà  peu  le  momentoù  ce  pays  lui  serait 
soumis.  Maître  du  Viennois  depuis  942,  l'occasion  offerte  par  la 
mort  du  roi  de  Lombardie  devait  étie  saisie  par  lui  pour  se  faii*e 
reconnaître  dans  le  duché,  ou  bien  alors  il  fallait  y  renoncer 
délinitivemenl.  Défait,  les  actes  privés  les  plus  anciens  qui  men- 
tionnent son  règnesont  datés  des  ans  XII,  XIII  et  XIV  de  Père.  La 
(juestion  est  de  savoir  (|uel  est  le  point  <le  départ  adopté  alors  par 
les  scribes  artésiens  pour  l'ère  en  question'.  Sous  le  pontificat  de 

1.  11  osl  absuluiuout  indisiuMisablc  de  sVn  tenir  aux  actes  offrant  une 
concordance   entre     le    jour    de  la   semaine  et  le  quantième    du   mois 


LE   ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  199 

Manassès,  avec  le  prêtre  Odilon,  il  semble  que  le  point  de  départ 
adopté  ait  été  Tan  938  ;  c'est-à-dire,  en  somme,  le  début  du  règne 
en  Jurane,  puisque  Rodolphe  II  était  mort  en  937.  Dans  ces  con- 
ditions, le  premier  acte  qui  mentionne  à  Arles  le  règne  de  Con- 
rad est  du  7  octobre  949.  Le  roi  de  Jurane  a  donc  établi  son  auto- 
rité sur  la  Provence  entre  le  mois  de  septembre  948  et  le  mois 
d'octobre  de  Tannée  suivante.  On  a  vu  que  la  marche  de  Viennoise, 
en  obéissant  soit  au  roi  de  France,  soit  au  roi  de  Jurane,  k  dater 
de  933,  avait  l'ambition  de  former  un  royaume  k  elle  seule  et 
dénommait  son  souverain  roi  de  Viennoise.  Cette  ambition,  le 
duché  de  Provence  se  devait  de  Tavoîr  à  plus  forte  raison  :    il 


pour  déterminer  avec  certitude  le  point  de  départ  de  l'ère.  L'indiction 
Q^cst  pas  sûre. 

A  Arles,  on  a  les  actes  suivants,  sous  le  pontificat  de  Manassès  : 

i<  Facla. . .  in  Arelate  civitalo  publiée,  nonis  octobris,  anno  XII  rejjfuante 
Conrado  rege  Alamannorum  vel  Provincie. . .  Ilodilus  huinilis  presbytor 
rogatus  scripsit  »(Chantelou,  Hist.de  MonlmaJour,éd,  du  Roun',  pp.  '2'\-'21). 

t<  Facla...  ad  sanctum  Pctrum  XVI  kal.  februarii  anno  XIII  ivj^nante 
Conrado  reg^  Alamanorum  sive  Pix)vincie. . .  presbiter...  scripsit...  » 
{Ibid,,  pp.  29-30). 

«  Data  permanum Robcrti  dyaconi  pridie  idus  decembris,  notato  die  venc- 
ris  XIIII  anno  régnante  Gondradorege.  »{GhII.  Christ,  noniss.,  Arles,  n"  2')2). 

(c  Facta...  in  Arelate  civitale publiée  XVIIII  kal.  septembris    anno    XV 

régnante  Gonrato Ilodilus    humilis   populo    (!)  rogatus    scripsit...  » 

(/Aie/.,  n»  255). 

«  Facta. . ,  IlIIidusdecembris  anno  XV  régnante  Conrado  rege. . .  Odilus 
presbiter  scripsit  »  (n<>  256). 

«Facta...  in  Arela  civitate  publiée,  in  inense  novembris  anno  XXII 
régnante  Conrado  rege  Alamannorum,  vel  Provincianim. . .  Odilus  presbi- 
ter firmavit  et  scripsit  »  [Ibid.,  n"  200). 

Le  notaire  usuel  était  alors  le  prêtre  Odilon;  il  est  suppléé,  dans  le  troi- 
sièmcdeces  actes,  par  lediacre  Robert  et  celui-ci  note  le  jour  de  la  semaine, 
ce  que  ne  faisait  pas  Odilon.  Or  Tacle  de  Robert  est  du  vendredi  12 
décembre  [95i]  Tan  XIV  :  comme  ce  diacre  suppléant  ne  devait  |)as  obser- 
ver un  style  différent  que  celui  du  prêtre  Odilon  pour  le  début  du  règne,  il 
est  presque  certain  que  le  style  employé  alors  à  Arles  était  le  style  de  03S. 
Les  actes  d*Odilon  doivent  donc  avoir  été  passés  à  Arles  le  fdimancliej  7 
octobre  [949]  Tan  XII,  k  Montmajour  le  17  janvier  [yr.O]  l'an  XIII, à  Arles  le 
14  août  [952]  Tan  XV,  le  10  décembre  [952]  l'an  XV,et  à  Arles  en  nov.  [Or.O] 
Tan  XXIL  Quand  Manassès  mourut,  Odilon  fut  remplacé  dans  ses  fonctions 
et  le  style  put  changer.  Voir  ci-dessous,  p.  217,  n.  4. 


200  LA   I»R(»VENCE   DV    PREMIER    AU     XII*    SIÈCLE 

dénommera  son  souverain  roi  des  Provences  ou  roi  de  Provence. 
A  Arles,  le  roi  de  Jurane  sera  donc  qualifié  roi  d'Allemagne  et 
de  Provence,  pendant  qu'à  Vienne  il  était  qualifié  roi  de  Bour- 
go*^ne  et  do  Viennoise.  Les  Provençaux  entendaient  par  AUe- 
maji^ne  le  pavs  que  les  Viennois  dénommaient  Bourgogne,  c'est- 
à-dire  le  royaume  de  Bourgogne  jurane  dont  une  partie  était  de 
langue  germanique. 

Le  premier  soin  du  nouveau  roi  de  Provence  fut  d'v  renouveler 
le  |)ersonnel  comtal  et  vicomtal.  L'acte  du  7  octobre  9i9  prouve 
(ju'il  îivait  déjà  institué  un  nouveau  comte  d'Arles  en  remplace- 
ment de  Berlhe.  Un  précepte  du  18  août  [930],  Tan  XIV,  fait 
paraître  hienUM  Arlulf.  Le  roi  ne  qualifie  pas  ce  quidam,  il  lui 
concède  simplement  une  dépendance  de  la  mensecomtale  de  Mar- 
seille sise  au  comté  d'Aix,  c'est-à-dire  le  domaine  de  Trets,  avec 
la  tour  et  tout  ce  qui  en  dépendait  ^  On  sait  cependant  que  cet 
Arlulf  est  le  premier  des  vicomtes  de  Marseille,  delà  maison  féo- 
<lale;  puisqu'il  reçoit  à  cette  date  les  dépendances  du  comté  de 
Marseille  sises  au  dehors,  on  peut  être  assuré  qu'il  avait  déjà 
reçu  le  comté  de  Marseille  proprement  dit.  En  fait,  Marseille  fai- 
sait partie,  on  Ta  dit,  du  groupe  de  cités  dépendant  du  comte 
dWrles  :  il  résulte  de  là  qu' Arlulf  tenait  le  comté  de  Marseille 
sous  l'autorité  du  comte  d'Arles  avec  la  qualité  propre  de  vicomte. 
Kt,  en  elfet,  il  est  remarquable  que  le  précepte  royal  ne  donne 
pas  à  Arlulf  la  qualité  Aq  fidelis  :  la  raison  en  est  sans  doute  que, 
dans  le  groupe  des  cités  dépendant  d'Arles,  seul  le  comte 
d'Arles  était  fidclis  direct  du  roi  parmi  les  laïcs.  Le  vicomte,  qui 
tenait  du  comte  un  ou  plusieurs  desautres  comtés  du  groupe  uni  à 

1.  18  iioûl  !0."»()|.  «  ("huonradus  j^ratia  Doi  rex. . .  nolum  sit  omnibus  fido- 
libus  qualiler  ({iiidain  lioino  nomiiie  Arlulfus  petiit. .  .incurie  de  Tresia  ({uo 
t*sl  |UMlint»ns  ox  comitaln  Marsiliacensc  et  jacet  in  comitalu  Aquense. . .  »> 
(Cnrt.  do  Snint -Victor,  n«  10 W). 

Arlulf  (lovait  élrc  déjh  d'un  certain  Age,  car  il  était  mort  dés  065  Jbid., 
n"  '2\y  :  son  nom  sera  porté  encore  par  l'un  de  ses  petits-enfants  i^//)ic/.,n®  77). 

11  fui  le  prre  de  (juillaunie  etd'Aicard.  Cf.  l'acte  du  12  août  1060  :«  fuit 
niil(*s  U()i)ilissînius  uoniine  \rlulfus  palcr  Willclmi  et  Aicardi. . .  »  (Chan- 
Iclou,  llisl.  lie  Moiitmajnury  éd.  du    lloure,  p.  130). 


LE  ROYAUME  DE  BOL'RGOGNE-PROVENCE  201 

Arles,  était  non  pas  le  féal  du  roi,  mais  son  féal  à  lui.  Ce  pré- 
cepte prouve  aussi  que  le  roi  avait  choisi  comme  chancelier,  non 
pas Tarchevêque  d'Arles  ou  son  rival  Tarchevéque  de  Vienne,  mais 
Tévêque  de  Valence  dont  le  siège  était  placé  entre  la  Provence  et  le 
V^iennois. 

Les  actes  émanés  du  nouveau  comte  d'Arles,  du  7  octobre  9  i9  au 
mois  de  mars 965*,  sont  datés  d'Arles:  là  était  sa  résidence  ordi- 
naire, pendant  que  son  vicomte  résidait  à  Marseille.  Ces  actes,  où 

\.  Arles,  7  octobre  [949].  Echange  entre  rarchevêquc  Menasses  et  Teu- 
cinde  :»<  in  comilalu  Arclatensi,insolamsancli  Petriquc  iiominatiir  aMonlc- 
majori.  . .  quod  perlinel  ad  preposilum. .  .  P'acta  commutalione. . .  in  Are- 
late  civilale  publiée,  nonis  octobiis,  anno  XII  régnante  Conrado  rege  Ala- 
mannorum  vel  Provincie.  Israël  Aquensis  archiepiscospiis,  Manasses  archi- 
episcopus  Grmavil,  Conlarus  Forojuliensis  firmavit,  llonoratus  episcopus 
Grmavit. . .  Lamberluspresensfuit.Bosoconiesfirinavit. . .  llodilus. . .  scrip- 
sit  »(Chantelou,  Ilisl.  de  Montmajour,  éd.  du  Roure,  pp.  25-27). 

Arles,  H  août  [952].  Échange  entre  Teucinde  et  rarchevêque:  «incomitatu 
Arelatcnse, in  villa. . .  Barcianicus. . .  Facta. . .  in  Arelate  civitote. . .  XVII 11 
kal.  septembris  anno  XV  régnante  Gonrato rege.  Boso  cornes  firmavit.  Lan- 
bertus  judices  fîrinavit.  llodilus. . .  scripsit...  »  (Albauès,  Gall.  noviss,, 
Arles,  n®  255). 

15  septembre  958.  «  Chuonradus.  .  rex. . .  Boso  cornes  inlimavit.. .  abba- 
tiam  Sancti  Amantii...  Data  VII.  X.  Kalendas  octobris  anno  ab  incarnalione 
Domini  Jesu  Christi  DGGCCLVIIl,  anno  XXI  régnante  Ghuonrado  rege  » 
[Rec,  des  Ch,  de  Cluny,  n°  1052). 

Arles,  mai  [961],  «  ego  Gencius. . .  pro  seniore  meo  Bosone  et  uxor  sua 
quondam. . .  in  pago  Aquense  superiore,  ad  castrum. . .  Ansoyse. . .  Facta.. . 
in  Arelate  civitate. . .  in  mense  maii,  anno  XXIV  régnante  Gonrado  rege 
Alamannorum  vel  Provinciarum. . .  Boso  cornes  et  uxor  sua  Gonstantia  fir- 
maveruDt.  lUorum  filii  similiter  Willelnius  cornes.  Mot  bald  us  cornes. ...  » 
[MontmsLJour,   pp.   37-38).    Les  souscriptions  des   fils   sont   postérieures. 

Arles.  9[6]4.  Election  de  Pons,  évêque  d'Orange,  en  remplacement 
d*Ebrœu8  :  «déficiente  metropolitano  Arelatensi,  consensu  augustalium 
principum  et  régis  nostri  Gonradi  necnon  et  Bosonis  comilis  et  cpiscopo- 
rum  comprovincialium...  ecclesiœ  Arelatensis  ngressi  magnificentiam... 
impcrialem  adierunt  prœsentiam.. .  ;  commotus  igitur  (]aîsar  Gonradus  rex, 
immo  suadente  Bosone  comité,  obsecrantibus  etiam  pra^libatis  principibus, 
annuit  illis  imperiali  licentia  providere  quem  velient...  »  (Gall.  Ghrist.,  1. 1, 
instr.  eccl.  Arausicanse,  n^  1,  p.  131).  La  date,  corrompue,  est  DGGGGXIV: 
il  faut  la  restituer.  L'acte  est  postérieur  à  948,  en  raison  de  la  présence  de 
Conrad:  il  est  antérieur  au  \^^  mars  982,  date  à  laquelle  Pons  est  déjà 
évèaue  d^Orange  {Gall.  Christ.,  1. 1,  instr.  eccl.  Garpent.,  n«  11, p.  148.  Dans 


202  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll«   SIÈCLE 

paraît  le  comte  dWrles,  sont  r^îla tifs  à  des  localités  sises  aux  com- 
tés d'Arles,  de  Marseille,  d'Aix,  de  Fréjus,  d'Antibes,  d'Avi^^non, 
d'Orange,  de  Vaison,  de  Saint-Paul-Trois-Chàteaux  et  de  Gap. 
Gela  ne  veut  pas  dire  que  tous  ces  comtés  fissent  partie  du  groupe 
de  cités  dépendant  de  lui  en  raison  de  ses  fonctions  :  dans  quelques- 
unes  d'entre  elles,  il  ne  possédait  évidemment  que  des  biens  par- 
ticuliers. Il  parait  bien  certain,  toutefois,  que  les  cités  de  Marseille, 
d'Aix  et  de  Fréjus  rentraient  dans  le  groupe  en  question.  I^ 
nouveau  comte  d'Arles  institué  par  Gonrad  porte  le  même  nom 
que  ses  deux  derniers  prédécesseurs:  c'est  encore  un  Boson. 
Il  est  impossible  de  le  confondre  avec  eux;  car  son  père,  dont  on 
n'a  que  le  nom,  s'appelait  lui-même  Roubaud;  sa  mère  est 
inconnue.  Sa  femme  s'appelle  Gonstance;  il  en  eut  deux  fils,  Rou- 
baud et  Guillaume.  Le  dernier  acte  où  figure  le  comte  Boson  est 
daté  d'Arles  au  mois  de  mars  963  :  c'est  un  plaid  comtal  dont  la 
rédaction  offre  beaucoup  d'intérêt.  Le  jugement,  prononcé  par  le 
comte,  obtient  l'assentiment  de  son  fils  Roubaud  et  de  son  frère 
le  comte  Guillaume.  Il  résulte  de  la  tout  d'abord  que  Roubaud 
est   l'aîné  des  deux  fils  du  comte  et   on  pourrait  déjà  s'en  dou- 


col  inlorvalle,  le  siè^e  d'Arles  n'a  élé  vacanl  qu'une  fois,  entre  Manassès 
cl  Ilior  :    do  là,  la  reslitulioii   de  DCCCLXIV. 

Vienne,  8  décembre  OOG  4.  «  Cliuonradus. . .  rex. . .  hoc  quod  Boso  Arela- 
tcnsis  coines  noJ)is  reddidit  ut  do  terra  sancti  Rcmigii  deFrancia. . .  insula 
maris. .  .  Lirinis. . ,  in  comitatu  Vuapinco. . .  in  comilatu  Aqueuse. ..  sancte 
Marie  Anlibolensis  »    Ihid.,  pp.  4*-4;i". 

Arles,  mars  90").  Plaid  «  in  conspeclu  Bosoni  comitis  filii  Rothboldi 
({uondam.  . .  inpa^o  Massiliense. .  .  consentientc  cjusHlio  Holhboldo  et  Tra- 
ire ejus  Wilelmo  comile.  .  .  annoi^^^ilur  incarnationisdominice  DCQX^LXV, 
indilioneVlI  mense  martio,  rejouante  Rodulfo  (siV)  re^  Alamannorum  seu 
Provenciarum. . .  K«;o.  .  .  cornes  Boso...  scribi  et  manu  mea  roborarc 
curavi.  Lamherlus  judexliruMvit.  (^omesWilelmus  firniavit.  . .  yi{Sainl-Vic- 
/or,  n'^  29  .  (a'I  acte  n'est  pas  le  seul  de  Conrad  passé  à  Arles  où  le  nom  du 
roi  ail  été  remplacé  parcelui  de  sou  fils  Rodolphe  (cf.  Gall,  Christ,  noviss.^ 
Arles,  n"  28 1,  acte  du  'M  décembre  Fan  XLII;. 

Dans  l'expression  ojus  /ilin^  le  mot  ejus  se  rapporte  au  comte  Rou- 
baud :  dans  l'rutn*  ejus  (pii  suit,  le  mot  rjus  répété  hdessein  parle  scribe  se 
rapporte  encore  au  comte  Roubaud.  A  moins  d'en  méconnaître  le  sens 
naturel,   on  ne  peut  expliquer  autrement  ce  texte    ti*ès  clair. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  203 

ter  en  constatant  que,  selon  ThabitucUe  transmission  du 
nom  de  Taïeul  au  petit-fils,  c'est  lui  qui  porte  le  nom  de  son 
grand-père  paternel;  puisque  son  père  le  consulte  seul,  le  cadet 
n*était  probablement  pas  encore  majeur.  Il  résulte  aussi  de  ce  texte 
formel  que  le  comte  d'Arles  avait  un  frère,  également  comte, 
nommé  Guillaume  :  non  seulement  le  comte  d'Arles  en  parle  dans 
le  dispositif  pour  noter  son  consentement,  mais  ce  frère  appose 
sa  souscription  après  le  juge  arlésien,  en  indiquant  de  nouveau 
sa  qualité  de  comte.  Cette  part  approbative  prise  à  un  plaid  arlésien 
prouve  que  Guillaume  est  lui-même  comte  en  Provence  :  l'au- 
torité des  deux  frères  s'exerce  par  indivis.  Se  rappelant  l'analogue 
situation  qui  existait  de  911  à  926,  l'attention  se  porte  du  côté 
d'Avignon  pour  retrouver  le  siège  du  groupe  de  comtés  proven- 
çaux confiéà  Guillaume.  Précisément,  en  962,  à  Avignon  même,  un 
comte  Guillaume  donne  certains  biens  à  son  lîls  le  clerc  Archimbaud 
qui,  en  retour,  devra  prier  pour  son  âme.  Ces  biens  sont  situés 
dans  le  comté  d'Avignon  et  le  donataire  devra  lui-même,  quand  il 
mourra,  les  léguer  aux  chanoines  de  Saint-Etienne  d'Avignon  ^ 
Le  prince,  qui  fait  cette  donation,  sent  approcher  la  mort  :  ce  n  est 
pas  un  homme  jeune,  mais  un  père  de  famille  déjà  âgé.  Impos- 
sible, bien  entendu,  de  l'identifier  avec  Guillaume  fils  du  comte 
d'Arles  :  en  965,  Roubaud  fils  aîné  de  ce  comte  ne  sera  pas  encore 
comte,  son  frère  cadet  Guillaume  Tétait  encore  moins  en  962  et 
tous  deux  ne  le  deviendront  qu'à  la  mort  de  leur  père.  II  est  tout 
indiqué,  par  contre,  devoir  dans  le  comte  d'Avignon  Guillaume, 

1.  Avignon, 962.  «  ego Wilelmus gracia Dei cornes. . ,  eo  cfuod  egotegene- 
ravi. . .  cedo  tibi  Archimbaldc  filiiis  meus  clericus. . .  in  comitatu  Avenio- 
nense. . .  Aclum  Avenione  civilateannoincarnalionisdominice  DCCdCLXII, 
indiclione  IHI.  Boso,  cornes  ad  vicem  patris  sui  Wilelini  conscribere  ft^cit 
et  firmare  rogavit  manu  sua  fîrma. . .  »  (Arch.  de  Vaucluse  G.,  chap.  mélr,, 
art.  27  provisoire,  AT.  30  v®-31  r*»|.  Ou  bien  Tacle  n'a  été  rédigé  (fu'après  la 
mort  du  comte  Guillaume,  sur  l'initiative  de  son  fils  Boson,  devenu  comte 
par  cette  mort,  ou  bien  si  l'acte  a  été  ré  lige  du  vivant  de  Guillaume,  on 
serait  tenté  de  lire  ad  viccrn  fratris  sui  Wilelmi.  Dans  ce  cas,  le  comte  Guil- 
laume n'aurait  eu  qu'un  fds,  le  clerc  Archimbaud,  et  le  comte  Boson  rédac- 
teur de  Tacte,  serait  lecomted'Arlcs.  La  première  hypothèsi' est  cependant 
la  plus  probable. 


201  L\   PROVKNCK    DU     PRKMIEII    AU    XII**    SIÈCLE 

donateur  de  biens  en  91)2,  le  frère  de  ce  nom  que  le  comte  d'Arles 
consulte  en  Dli.j  et  qui  souscrit  le  plaid  arlésien,  à  titre  conlirma- 
tif.  Tous  deux,  Hoson  el  Guillaume,  appartiennent  bien  à  la  même 
génération  :  Boson,  l'aîné,  meurt  entre  ÎMio  et  9li7,  sa  femme  (iion- 
slance  entre  îMil  el  IMiî);  Guillaume  le  cadet  se  sentait  vieillir  en 
962  et  ne  devait  guère  survivre  au  plaid  de  960.  Quant  à  sa  femme, 
si  elle  n'est  pas  connue,  c'est  que  probablement  elle  devait  être 
déjà  morte  en  962.  De  plus,  la  situation  de  Guillaume  k  Avignon 
complète  bien  celle  de  Boson  k  Arles.  Tout  cela  concorde. 

Le  clerc  Archimbaud,  donataire  du  comte  Guillaume  en  962, 
ne  fut  pas  son  seul  enfant.  Lacté  est  rédigé  au  nom  du  donateur 
par  les  soins  de  son  autre  (ils,  le  comte  Boson,  qui  dut  lui  suc- 
céder après  le  mois  de  mars  965  et  qui  dut  mourir  lui-même,  sans 
enfants  mâles,  avant  le  1"  avril  976  *.  A  cette  dernière  date,  en 
elfet,  on  voit  figurer  à  Avignon,  non  pas  ce  comte  Boson  lils  de 
Guillaume,  mais  les  comtes  Guillaume  et  Uoubaud  d'Arles  ses 
cousins  germains,  ([ui  avaient  dû  recueillir  sa  succession  en  qua- 
lité d'héritiers  collatéraux  les  plus  proches. 

Les  archives  de  l'église  d'Avignon  renferment  un  acte  émané 
d'un  comte  Boson,  daté  d'octobre  912  et  de  la  IX®  indiction*-.  Ce 

1.  Avij^iion,  le  avril  1)76.  <«  Landricus  (i^rntia  Dci  episcopus. .  .  reddo  ca- 
nonicis  saiicli  Slophani  noslre  setiis...  in  nostri  diocesi.  .  .  Kacta  caria 
ista  in  AviMintono,  Tuit  kalondis  aprilis  anno  ab  incarnatione  Domini 
DCCU^C.LXXVI.  S.  Walchaudus  sanclo  \*cclosie  Cabilicensis  episcopus 
firinavi  manu  propria.  Silveslcr  episcopus  firmavit.  Guilelmus  firmavit. 
Rolbaltlusconies  lirniavit.  Si^nuni  Landrici  presulis...  Durandus  presbiter 
scripsit  ».  t  Vaucluse  G.,  chap.  niélrop.,  n^  27,  f»  20).  Le  Oaliia,  t.  I,  inslr. 
eccl.  Avenion.,  p.  i'MK  n°  Vll,a  publié  cet  acte,  mais  sans  donner,  on  ne  sait 
pourquoi,  les  souscriptions  comlales. 

2.  Avij^non,  0'0(i?|.  u  Auclorilas  enim  jubel  ecclesiaslica  et  lex  consistit 
romana  ul  ({uictpiid  in  hoc  seculo  vivere  cupit  lerrena  débet  despicere  et 
amare  celt»slia  ul  illud  adimplero  valoal  (piod  Dominus  discipulis  suis  pre- 
dixil  :  ««  Opcraniini  non  cibuni  (pii  péril  sed  qui  pennanet  in  vilam  eler- 
nam.  »>  Idoo<pieej;o  Uoso cornes. . .  casufrapilitaliscorporismei  et  pvo  redenip- 
lione...  anime  ^^eniloris  niei. . .  villam.  .  .  Aj^i^llo...  ultra  fluvium  Duren- 
lia  (piam  |)aler  meus  ex  comparatione  adquisivit. . .  transfundo  ad  ccclesiani 
sancle  Marie  elsancli  Stepliani  Avinionensis. . .  »>  ■  Areh.  deVaueluse  G.  l*i, 
f.  101,  dans  l'acle  du  24  nov.  1201)).  11  existe  dans  la  commune  de  Noves 
un  lieu  dit  Agel  el  une  porte  du  bourjj  est  dite  :  Porte  dWgel.  C/est  tout 


LÉ  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  205 

comte  déclare  donner,  pour  le  repos  de  Vàme  de  son  père  et  pour 
la  sienne,  à  Téglise  N.-D.  et  Saint-Etienne  d'Avignon  le  village 
d*Agel,  au  delà  delaDurance  :  son  père  en  avait  acquis  une  part 
et  lui-même,  depuis  la  mort  de  son  père,  en  a  agrandi  la  consis- 
tance par  ses  propres  acquêts.  La  date  dit  expressément  que  Tacte 
a  été  dressé  à  Avignon  :  elle  ne  le  dirait  pas  qu'on  le  saurait 
quand  même,  d'abord  parce  que  la  donation  s'adresse  à  Téglise 
d'Avignon  et  surtout  parce  que  le  scribe  place  Agel  ultra  flu- 
viuni  Durcntia,  Si  la  date  de  l'année  était  exacte,  il  faudrait  for- 
cément admettre  que  Berthe,  après  la  mort  de  son  premier  mari, 
en  935,  avait  conservé  seulement  Arles  en  Provence  et  que  le 
comté  d'Avignon  avait  été  donné  alors  à  un  autre  comte  Boson. 
Ce  Boson,  comte  d* Avignon,  devrait  dans  ce  cas  être  identifîéavec 
le  fils  deRoubaud  qui,  en  949,  succéda  dans  Arles  même  à  Berthe. 
Passant  d'Avignon  à  Arles,  il  aurait  été  remplacé  lui-même  à  Avi- 
gnon par  son  frère  cadet  Guillaume  qu'on  y  rencontrera  en  962. 
De  plus,  cet  acte  présumé  de  942  ferait  connaître  que  Rouhaud,  le 
I)ère  mystérieux  de  Boson  et  de  Guillaume,  avait  acquis  Agel 
avant  935  et  ce  serait  là  le  premier  renseignement  positif  donné 
sur  lui.  Mais  la  date  de  942  ne  concorde  avec  Tindiction  IX®  ni 
de  près  ni  de  loin;  cette  année  correspond  en  effet  à  la  XV°  et 
on  ne  peut  passer  de  IX  à  XV  d'aucune  manière  vraisemblable 
en  supposant  l'erreur  coutumière  d'un  X  pris  pour  un  V,  d'un 
V  pour  II,  ou  réciproquement.  Des  critiques  peuvent  observer 
que  rindiction  est  généralement  inexacte  dans  le  calcul  des  dates 
à  cette  époque  :  mais  ces  critiques  doivent  observer  aussi  que 
les  inexactitudes  les  plus  fréquentes  sont  des  inexactitudes  (|ui 
coudoient  la  vérité.  L'inexactitude  absolue,  comme  celle  de  IX 
pour  XV,  est  une  exception  rare.  Cet  acte  de  9i2  n'est  pas  con- 
servé en  original  :  car  son  original  était  en  fort  mauvais  état  dès  le 
début  du  xui*  siècle.  Il  faut  donc,  on  le  constate  à  regret,  que 
l'un  de  ses  copistes  plus  ou  moins  modernes  ait  fait  erreur,  en 
transcrivant  soit  la  date  d'années,  soit  l'indiction.  Gomme  la  date 

ce  qui  reste  û'^Agellum;  dans  la  moine  commune  se  Irouvc  Villargclle  (ju'ii 
ne  faut  pas  confondre  avec  Agel  et  dont  le  nom  est  moderne. 


206  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XII*  SIÈCLE 

d'année  est  le  groupe  de  chiffres  le  plus  long,  l'erreur  doit  porter 
sur  elle.  Ce  qui  le  confirme,  c'est  d'abord  que  le  préambule  est 
conçu  selon  le  type  d'une  formule  qui  sera  employée  à  Avignon, 
avec  des  variantes,  vers  964,  par  le  prêtre  Lambert,  tandis  qu'on 
n'en  connaît  pas  d'exemples  dans  la  première  moitié  du  x^  siècle, 
émanant  de  Provence.  Ce  qui  le  confirme  tout  à  fait,  c'est  que  la 
co m pci raison  de  l'acte  attribué  à  942  avec  l'acte  de  962  amène  un 
rapprochement  décisif.  L'acte  de  962,  dont  la  date  est  certaine, 
nomme  25  témoins:  l'acte  de  la  IX**  indiction  en  a  19.  Or,  sur  ces 
19,  près  de  la  moitié  figurent  également  parmi  les  25  de  962. 
Pour  préciser,  ce  sont  les  2%  3*,  5%  6%  7%  8«,  9%  10*  et  12*  témoins 
(jui,  en  962,  sont  respectivement  les  3*,  l*"",  4%  8*,  10*,  13*,  2*, 
.■^'  et  1  i*.  Pour  l'un  d'eux,  le  l**"  de  962,  il  peut  y  avoir  doute; 
mais  l'ensemble  est  frappant.  Une  alternative  s'impose  :  l'acte  de 
h\  IX**  indiction  est  un  faux,  ou  bien  sa  date  a  été  mal  transcrite  et 
il  faut  le  restituer  à  une  date  très  rapprochée  de  962.  L'examen 
de  la  formule  initiale  de  l'acte  de  la  IX*  indiction  amène  exacte- 
ment au  même  résultat,  puisqu'on  la  retrouve,  plus  développée 
cependant,  dans  un  acte  écrit  à  Avignon  par  le  prêtre  Lambert 
vers  964  '.  L'acte  examiné  pourrait  être  rendu  suspect  parce  (juc 
Guillaume,  évêque  d'Avignon,  le  produisit,  comme  titre  de  pro- 
priété, dans  un  procès  :  l'original  étant  en  mauvais  état,  il  fallut  en 
faire  un  vidimus  à  Noves  le  24  novembre  1209  *.  Ce  ne  serait  pas 
la  seule  fois,  malheureusement,  qu'on  rencontrerait  ainsi  un  acte 
forgé  comme  titre  à  produire  dans  un  procès.  Malgré  cela,  l'acte 
paraît  bien  authentique  :  le  faussaire,  qui  l'aurait  rédigé  en  1209 


1.  «  . .  .qui  vult  dimiltcrc  cupidiUle  lorrona  et  merearo  colcslia.  . .  ut. .. 
valent  porvonire...  [oporamini  non  cibum  qui  pcritj  set  qui  pcrmanol  lu 
vitam  eteniam. . .  >•  Chanlelou,  Ilist.  de  Mnntmajour^  éd.  du  Roure,  p.  39). 

2.  Novos,  24  novombro  12()y.  "  prcfntus  dominus  Guillolnius  episcopus 
quoddam  instrumenlum  anti<{uissinium  votustatefere  consuniptum  iu  causa 
predicta  introduxil,  cujusinslrumonti  ténor  hoc  crat. . .  »  (Vaucluse  G.  l.*),f«» 
100  v<'-102  r").  Cet  acte  de  1209  est  lui-même  en  copie  dans  le  cartulairc 
dos  hommages  do  rôvùchô,  intitulé  Iloinagia.  diversoruni  1157  (G.  1;»,  reg. 
vôlin  de  130  fT  ;,  transcrit  aprôs  le  21  novembre  1287  (f»  22  v®),  probable- 
ment sur  Tordre  de  l'évcHiuo  Jacques  d'Uzoch. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE- PROVENCE  207 

pour  Tévêque,  aurait  pu  sans  doute  emprunter  une  partie  des 
souscriptions  à  Taote  authentique  de  962  qui  existait  dans  le  car- 
tulaire  du  xu*  siècle  aux  archives  du  chapitre.  Mais  ce  serait  bien 
invraisemblable  que  le  faussaire  eût  eu  connaissance  de  l'acte 
avi^nonnais  des  environs  de  964  auquel  il  aurait  emprunté  la  for- 
mule initiale  du  faux  commis  par  lui  :  cet  acte  de  961  était,  en 
effet,  déposé  aux  archives  de  Montmajour  et  non  pas  h  celles  de 
l'église  d'Avignon  où  n'existe,  croit-on,  aucun  modèle  pareil 
de  cette  époque.  De  plus,  ce  faussaire  se  serait  trahi  par  quelque 
inexpérience  dans  la  rédaction  de  la  pièce  destinée  au  procès,  alors 
que  la  lecture  et  Texamen  de  ce  texte  ne  permet  de  relever  aucune 
irrégularité  choquante.  Tout  considéré,  l'acte  de  la  IX**  indiction 
produit  en  1209  parait  bien  être  authentique.  Il  ne  peut  ainsi 
émaner  que  du  comte  Boson  lils  du  comte  d'Avignon  Guillaume 
et,  par  suite,  comme  Tindiction  doit  être  à  peu  près  exacte,  cet 
acte  doit  être  de  966  ou  des  années  voisines.  C'est  la  seule  date 
possible  ;  car,  en  mars  965,  Guillaume  père  de  Boson  vivait 
encore  et  en  976  Boson  lui-même  était  déjà  mort.  Ainsi  le  groupe 
dcccc.xlll  indictione  Vllh  doit  être  restitué  dcccclx\\  par  une  in- 
terposition du  l  avant  le  xet  le  changement  de  il  en  v,  ou  bien  en 
dcccclxvi  on  bien  encore  en  dcccclxvll.  L'acte  émané  de  Boson 
remonte  donc  au  mois  d'octobre  963,  966  ou  967. 

Voilà  ce  que  les  archives  de  l'église  d'Avignon  permettent 
de  savoir  au  sujet  de  Guillaume,  comte  d'Avignon  (949 ?-96o),  de 
ses  deux  lîls,  le  comte  Boson  (966  ?,  •{•  av.  970)  et  le  clerc 
Archambaud,  morts  sans  héritiers  directs  au  profit  de  leurs 
cousins  les  comtes  d'Arles.  L'existence  de  cette  branche  de  la 
maison   de    Provence  est   désormais  fixée. 

En  dehors  des  comtes  d'Arles  et  d'Avignon,  les  textes  indiquent 
un  comte,  Grifon,  qui  avait  dû  être  installé  en  même  temps 
qu'eux,  probablement  comme  comte  de  Glande ves  et  qui  avait 
des  rapports  avec  Apt  ^  Ce  sont  les  trois  seuls  connus. 

{.  Apt.  i9  février  [055],  l'an  XIII,  ind.  5.  «  Crifo,  comcs  et  iiopos  mous 
Rothslagnus  clarissimus  episcopus...  in  comitatu  Atense...  villa  ..  Vallis... 


208  LA    PROVENCE    Dt    PREMIER    AU    XIl'   SIÈCLE 

III 

L'origine  de  lloubaud^  père  des  comtes  dWrleset  d'Avignon, 

Le  seul  point  qui  reste  obscur,  c'est  Torigine  de  Roubaud,  le 
père  des  comU^s  dWrles  Boson  et  dWvignon  Guillaume  installés 
par  le  roi  de  Jurane  Conrad  quand  il  mit  la  main  sur  la  Provence 
en  y  19.  Si  la  comtesse  Berthe  avait  reconnu  le  roi  de  France  en 
918,  il  est  probable  que  Conrad  a  dû  la  remplacer  par  des  titu- 
laires nouveaux,  n'ayant  aucun  rapport  personnel  avec  elle.  11 
faudrait  trouver,  de  préférence  en  Viennois,  ou  en  Bourgogne, 
un  pays  où  le  nom  de  Houbaud  ait  existé  dans  le  dernier  quart 
du  ix^  siècle,  et  dans  le  premier  quart  du  x"  :  on  pourrait  penser 
que  le  père  des  comtes  en  provenait. 

Uoubaud  n'est  pas  un  nom  fort  répandu.  Au  milieu  du 
X*' siècle,  mais  pas  avant,  on  le  rencontre  k  Vienne,  porté  par  des 
gens  quelcon([ues  dans  l'entourage  du  comte  de  Viennois  Charles- 
(]i>nstiuitin,  notamment  par  un  de  ses  écuyers  ou  valets.  C'est 
déjà  un  peu  tard  comme  temps  pour  l'objet  de  la  recherche, 
toutefois  l'indication  est  k  retenir  '. 

|>i\)  ivincvlio  j;iMiiloris  moi  Crifonis  et  jfOiiitricis  mo»  Theviarda  et  malris 
iu'iK>lis  iiu'i  opisi'opi  iiDiniiio  Krinonj^'artla...  occlesiam...  Sancli  Alhaiii... 
Si-;iuiiii  (:pift)iii  foinilis...  ..  Jfixf,  do  Montinajour,  pp.  30-31). 

I.  Mai  îKiS.  Rittltohlua  t*t  Grimirdua  en^^aj^eiil  des  biens  dans  le  Vien- 
nois, tMi  pivstMUH»  (le  C!iarK»s-(]  ):islanlin  {Clum/,  n<»  10^7). 

Avril  l)(»l).  firiniinliK  on»a^.»  en.'oiv  des  biens  dans  le  Viennois  en  pré- 
s.Mioo  di»  (".'nrli»s-('.  >iis|  niliiî.  N/y/iwii  Ilotb'ildi  et  alio  Rotboldi  \Ibid., 
n"  losr. 

l'J  mai  vt'ps  0(n  :.i  ojjo  Karohis  c  >mes.  ,  quidam  serviens  nosler  nomine 
HolboliUis  r.)^avil...  in  |)a^'()  VionniMisi....  S.  Karoli  comitis...  S.  Teulberpi 
oomilisst».  S.  Hichirvli  ot  l'perli  tiliorum  suorum.  S.  Rotboldi  >»  [Ihid,, 
n"  l(Mri\ 

\.K}  ('.irhif.ii'ro  do  Siinf-Andrt^b'-n.in  indique  dans  la  seconde  moitié  du 
x'*  sièilo  un  n()ul)aud  marié  à  Ponce  m®  lOS  ;cf.  n"239'  ;  puis,  dans  la  pre- 
mir'n»  moilic  du  \r  sièclo.  un  auhv  Houbaud  m:irié  î\  Adnlgudia  (n*^  3,  2S, 
32;  cf.  n""  2(),  33,  Si)'.  ;  tMdin,  un  scribe  déco  nom  depuis  la  fin  du  x«  siècle 
jus(|uVu  1033    n»-  32,  1*2;  cf.    n»  180).    Le  Carlulaire  de  Saint-Maurice  de 


Le  BOYAUMÈ  de  BOURGOGNE-PROVENCE  209 

Dans  la  première  moitié  du  x«  siècle,  le  nom  de  Roubaud  se 
rencontre  dans  le  royaume  de  Bourgogne,  c'est-à-dire  en  Varais, 
dans  le  duché  français  de  Bourgogne,  de  même  en  Âutunois  et  sur- 
touten  Maçonnais,  à  proximité  par  conséquent  du  royaume  de  Pro- 
vence. En  février  912,  on  voit  Roubaud  et  sa  femme  Odile  acquérir 
des  biens  en  Maçonnais  :  en  922,  on  le  retrouve  avec  sa  femme 
dans  les  mêmes  localités.  En  917,  une  donatrice,  Berneldis, 
nomme  un  Roubaud  parmi  ses  enfants.  Ces  trois  actes  concernent 
le  Maçonnais  *.  A  la  même  époque,  la  souscription  d'un  Rou- 
baud figure  dans  un  acte  qui  concerne  TAutunois  *.  Enfîn,  en 
934,  il  en  est  de  même  dans  un  acte  relatif  au  comté  de  Varais  ^, 

Qu'on  prenne  garde^  d'autre  part,  à  ce  fait  que  le  comté  de 
Varais  et  le  comté  de  Maçonnais  appartiennent  à  la  fois  à  Aubry, 
puis  à  son  fils  Liétaud  (933-958),  comme  vassal  du  duc  de 
Boui^ogne  Hugues  le  Noir^.  De  893  à  920,  ce  n'est  pas  encore 
Hugues  qui  détient  cette  haute  situation  ;  c'est  le  marquis  d'Au- 
vei^ne  Guillaume,  puis  encore,  en  926  et  927,  c'est  son  neveu  de 

Vienne  montre  le  même  scribe  dès  996  (n®  112:  Saint-André,  Appendix 
n*  37  ;n«  153  :  Saint-André  App.,  n°  26);  enfîn,  au  milieu  du  xi«  siècle, 
deux  autres  Roubaud,  dont  un  marié  à  Laiverta  (n°  00  :  Saint-Andréf 
App.,  n«  58)  et  un  clerc  (n*  17  :  Saint-André,  App,,  n°  119).  Le  Cartulaire  de 
Domène  présente  un  chevalier  de  ce  nom  qui  n'est  pas  antérieur  au 
XI*  siècle  (n««  81,  89,219;  cf.  233,  §  99). 

1.  Aciago  villa^  février  [912]:  «  Rotbal  et  uxor  sua  Olelia  emtores,...  in 
pago  Matisconense,  in  agro  Maciacense,  in  villa  Crossiago  vel  in  villa 
Saciago...  »  (C/u/iy,  n*  188). 

Suriago  [917]:  «  Ego...  Berneldisfcmina  etiufantibus  suis...  Ratbolt,  Ber- 
Ugo,  Bemolt...  in  pago  Matisconense  in  agro  Galoniaccnse,  in  villa  Buidon, 
ÎD  loco..,  Vineolas...  »  (Ibid,,  n«  206). 

29  septembre  [922]  :  «  Rotbaldo  et  vxori  suœ  Odile,  Odila  genetrice  tua... 
in  pago  Matisconense,  in  villa  ..  Crusciacus...  »  {Ibid.,  n^  231). 

Galoniacum   est  Jalogny,   Saône-et-Loirc,  arr.  de  Mâcon,  cant.  Cluny  ; 

Cf.  le  li»  133. 

2.  [910-922]  :  «  ...  S.  Beralti,..  Robaldi,  Wigonis...  »  {Ibid,,  n»  114  ;  cf. 
n»  169). 

3.  Alta  Petra,  7  juin  [934]:  «  ...in  comitatu  Warascorum,  in centena Neu- 
dentense  in  villa  Warneriofontana...  S.  Rotboldo  teste...  S.  Ugo cornes...  » 
(Ibid.,  n»  419). 

4.  Voir  ci-dessus,  p.  148,  n.  1. 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Charles.  —  VII.  14 


210  LA    PROVENCE    Dl*    PREMIER    AU    XII*   SIÉCÏ-E 

mi*ni<'  nom  qui  dominent  à  la  fois  le  comté  de  Maçonnais  et ,  sem- 
hle-t-il,  le  Varais  ^  Puisque  le  nom  de  Roubaud  parait  plus 
rt'pandu  en  Maçonnais  qu'en  Varais  ou  en  Autunois,  il  peut  s'être 
propaj^é  (le  Màcoii  à  Besancon  ou  à  Autun,  en  raison  des  liens 
étroits  (jui  existaient  entre  ces  diverses  cités.  D'autre  part,  Guil- 
laume d'Auver{j:ne  avait  épousé  la  sœur  de  Louis  TAveugle  et, 
en  raison  de  ce  lien,  le  nom  en  question  a  pu  plus  facilement  se 
propager  de  Mâcon,  où  on  le  trouve  d'abord,  à  Vienne,  où  on 
constate  son  existence,    à  partir  du  milieu  du  x®  siècle. 

Le  nom  de  I^oubaud  a  été  porté  fréquemment  par  les  membres 
d'une  maison  féodale  (jui  dominait  les  environs  de Coni  :  le  premier 
d'entre  eux,  de  ce  nom,  est  connu  par  sa  souscription  à  un 
acte  (lu  11^  avril  9il  et  il  était  mort  le  3  mars  984*.  Il  eut 
pour  lils  Anselme  II  et  Alineo  II,  qui  le  5  mars  98i  reçoivent 
(lu  marquis  de  Turin  les  localités  de  Caraglio  et  Cerverc. 
Alineo  11  lui-même  mourut  avant  le  5  février  iOlSet  il  eut  pour 
lils  Houbaud  II.  Celui-ci,  par  une  coïncidence  curieuse,  épousa 
une  femme,  nommée  Odile,  comme  le  Houbaud  qui  vivait  cent 
ans  auparavant  en  Maçonnais.  Le  5  février  1018,  lui,  sa  femme 
et  leurs  cinq  fils,  tous  de  race  et  de  loi  salique,  donnent, 
k  l'abbaye  Saint-Chalfre  en  Velay,  quinze  manses  de  Cervere, 
Fontane,  Marene,  Villamairana,  Quaranta  et  Caraglio  3.  Le    10 

1.  MAc()n,29  novembre  [1»01J.  «  Signum  Willelmi  principis  et  cumiti  pala- 
lio  »  {(Uurn/,  i\°  74). 

l)(''0(»ml)rt»  '^.'iO  :  «  Domno  Gnilelmo  ilhistrissimo  marchione  Alvernorum 
cl  coniito  Maliscoiu'iisc  »  djlnny,  n^  276}. 

2.  l'crdinaiulo  (îahotto.  11  cdiniine  a  Cuiu^o  ncl  secoîo  xiii  o  le  origini 
coiniiiiali  in  Pieinoiilc  ,  liullriiinn  sforicu'hihliot/rafîco  Subnlpino^  aiino  V, 
M"  i-ii.  Torino.  iîMH),  pj).  f7-iS:.  (If.  Adriani.  Degli  anlichi  sijjnori  di 
Sarinalorio,  Mair/ano  v  Monfalcone.  Torino,   1853,  p.  ."i2. 

M.  (ral)oilo  (listin^^ue  lu  Honhniul  vivant  on  944  du  Roubaud  niorl  avant 
i^H't  :  K'  ]>rtMnior  sorail  l'onolc  du  second.  Il  est  plus  simple  de  croire  que 
les  deux  ne  font  <|u*un.  Ce  Houbaud,  fi"èro  d'Anselme  I,  a  élé  le  père  d'Ali- 
neo  11  el  (TAnselnie  H.  On  a  ainsi  trois  générations  :  Alineo  1,  mort  avant 
9ti^  représenlo  la  première:  ses  fils  Houbaud  I  el  Anselme  1,  vivants  en 
D'il-,  représenlent  la  deuxième;  ses  pelits-fds  Anselme  H  et  Alineo  II, 
vivants  enOSi,  représenlenl  la  troisième. 

3.  Février  [iOlSj  :  «  Monastcrio  S.  Theotfrcdi...  in  regno  Aquitaniœ,  in 


LE  ROYAUME   DE   BOtJRGOGNE-PROVENCE  211 

mai  1023,  Roubaud  augmente  sa  première  donation  et  il  meurt 
avant  le  1®' juillet  *. 

La  concession  de  984  prouve  que  cette  famille  était  sous 
la  dépendance  des  marquis  de  Turin  :  d'autre  part,  Roubaud  II 
(f  1023)  était  fils  d'Alineo  (984),  comme  celui-ci  était  fils  de 
Roubaud  I  (944).  Étant  donnée  cette  alternance  régulière,  il  est 
permis  de  se  demander  si  Roubaud  I  n'aurait  pas  été  fils,  lui- 
même,  d'un  Âlineo  1.  Enfin,  la  donation  inattendue  de  1018 
laisserait  supposer  que  la  famille  était  originaire  du  Velay. 

Précisément,  quand,  au  xi«  siècle,  le  chroniqueur  de  la  Nova- 
laise  raconte  loriginede  la  maison  des  marquis  de  Turin,  il  dit 
que  ses  fondateurs,  les  deux  frères  Roger  et  Ardouin,  étaient 
venus  en  Italie,  dénués  de  tout,  suivis  d'un  certain  Alinéas  :  ils 
avaient  quitté  des  montagnes  stériles  pour  s'établir  en  Piémont  2. 
L'époque  de  cette  immigration  est  fixée  par  le  fait  que  Roger 
devint  comte  d'Oriateen  remplacement  de  Rodolphe  :  or  celui-ci 
vivait  encore  le  21  avril  902^.  D'autre  part,  Alineo,  compagnon  de 

comitatu  Vallavcnse,  ego  Rotbaldus,  filius  quondam  Alinei,  et  Ma  inardus 
seu  Auberlus  atque  Aicardus  necnon  Willolmus  et  Alineus,  qui  et  Elozo, 
qui  professi  sumus  omnes  ex  natione  noslra  lege  salica  vivore,  ipso  geni- 
tore  noslro  consentiente...  donamus...  res  jiiris  noslri...  in  locis...  C.olum- 
berio,  villa  Calbiana.  Saxeto,  Insula,  Prata  Saxaciasca,  Sancto  Juliano... 
Insuper...  in  locis...  Cervaria»,  Fonlanis,  Marenis,  villa  Magrana,Quaranla, 
Quadralio...  »  {Cart.  Saint-Chaffre,  n°CCCLXVIl).  Cervere,  prov.  Cunco, 
cire.  Saluzzo;  Marene,  prov.  Cuneo,  cire.  Saluzzo  ;  Caraglio,  prov.  et  cire. 
Cuneo. 

Fedele  Savio.  Il  monastero  di  San  Teofredo  di  Cervere,  Torino,  1807 
[MiêcelL  di  storia  ilal,^  t.  V). 

1.  «Fuerunt  duo  fralres  Rogerius  et  Arduinus  et  unus  corum  cliens 
nomine  Alineus.  Hii  ergoprodigi  et  exuli  omnibus  rébus  ad  llaliam  veniunt 
de  stcrilibus  montibus^)  (Chronicon  Xovalicicnsc,\ih.  V,  cap.  Vlll;  Cipolla, 
Monum.  Novalic.vetustiora,  t.  Il,  p.  249). 

2.  Ilist,  Pair,  Mon.,  CharL,  t.  I,  col.  103. 

3.  De  bonne  heure  aussi  le  nom  de  Roubaud  existait  dans  le  pays  de 
Nîmes  :  mais,  évidemment,  ce  n'est  pas  là  (|ue  le  roi  Conrad  en  940  pou- 
vait aller  prendre   ses  comtes  pour  la  Provence. 

Nîmes,  23  mai  [898J  :  «  judices  id  est...  Rolbaido  »  (Eug.  Germor-Duraiid, 
Cariulaire  du  chapitre  de  V église  cathédrale  de  Situes,  \imes,  187  e-,  n"  Vlll). 
—  25  mai  [912]:  w  Signum  Rodbaldus  >»  {Ibid.,  i\^  XIll).  —  31  juillet  [921]: 
tt  Rotbaldo...  sacerdotum..  »  (Ibid,,  n<»  XX).  — Octobre  [941]...  «  de  infantes 


212  LA   PROVENXE    DU   PREMIER   AU   Xll*   SIÈCLE 

Roger,  étaiimort  avant  944.  llest  fort  probable,  ainsi,  que  les  frères 
Roger  etArdouin  avec  leur  vassal  Alinéas  vinrent  d'Auvergne  en 
Italie  à  Tépoque  où  Louis  F  Aveugle  y  descendit,  c'est-à-dire  à  la 
fin  de  UOO.  Il  n'est  pas  surprenant  que  le  souverain  ait  trouvé  des 
chevaliers  en  Auvergne  prêts  à  le  suivre  :  c'était  son  beau-frère 
Guillaume  qui  en  était  le  marquis. 

Mais  Guillaume  était  également  comte  de  Maçonnais  et  on 
aboutit  encore  ainsi  h  Màcon,  où  on  remarquait  le  nom  de  Rou- 
baud  en  912  et  en  922.  La  diffusion  de  ce  nom  à  Autun,  à 
Besançon,  à  Vienne  et  à  Coni  parait  donc  bien  être  partie  du 
Maçonnais  K 

Fait  remarquable,  le  nom  d'Alineo  a  été  également  introduit 
eu  Provence  avec  celui  de  Roubaud  :  mais,  tandis  que  celui  de 
Roubaud  est  jîorté  dans  la  maison  comtale,  celui  d'Alineo 
n'est  porté  que  par  de  simples  chevaliers  -. 

D'ailleurs,  il  y  a  moyen  de  préciser  la  provenance  de  Roubaud 
dont  les  fils  devinrent  comtes  en  Provence  au  cours  de  949.  Si 
Tonnait  sa  génération  aux  deux  suivantes,  on  rencontre  dans  sa 
famille  deux  titulaires  du  nom  de  Roubaud,  deux  titulaires  du 
nom  de  Boson,  deux  titulaires  du  nom  de  Guillaume  et  un  titu- 
laire du  nom  d'Archambaud.  Ces  trois  générations  ont  vécu  et  se 
sont  succédé  depuis  le  début  du  x*  siècle  jusqu*au  début  du  xi*. 

Holbaldocondam  »  (//)iV/.,n«XLIH).  —  21  janvier[973].«  S.  Rolbaldo  »(//*£</., 
n»  LXXi.  —  Cf.  no»  LXXIX,  LXXXI,  CXII,  CXX,  CLVII,  CLXXI. 

1.  Arles,  novembre  [1K»I]  :  «  infantes  Ellenco  >»  (Albanès,  GalL  noris$., 
Arles,  n°  200 1,  —  Nice,  20  janvier  [1002]  :  «<  Aliineu  testis  »  (Cari,  de  A'trc, 
nMij.  —  i:isept.  [1003J  :  «  S.  Allineus  lestes»  [Ibid,,  n»  19).  —  [Nice] 
mars  [1018]  u  Aleneo  testis  »  [Cart  de  Nice ^  n«  11).  —  105t  :  «  in  comitatu 
Forojuliensi.in  caslroSalernis..,  Allineus  firmat  »  (Saint -Victor,  u°  502.  — 
«  Alineus  et  uxor  meain  lerrilorio...  Salernas  »  (Ibid,,  517). —  «  Ailcneus 
f.  >»  {Ibid.y  020).  —  «  Aliénas  et  nepotes  sui  »  (/Aicf,  765).  —  «  Petrus  Ali- 
neus f.  »  (//)«(/.,  326).  Le  M'»  Pielro  Brayda  di  Soleto  a  porté  son  atten- 
tion sur  le  problème  soulevé  par  celle  origine  des  Roubaud  et  des  Alineo. 

2.  Guillaume,  né  le  29  novembre  820,  fils  de  Bernard  et  de  Doddane, 
décapité  en  850.  Le  frère  cadet  de  Guillaume,  Bernard,  marquis  d'Auvergne, 
était  né  le  22  mars  8il  :  il  devint  comte  de  Màcon  et  ne  mourut  qu'après 
880.  C'est  ce  Bernard  Plantapilosa  qui  fut  le  père  de  Guillaume,  comme 
lui  marquis  d'Auvergne  et  comte  de  Màcon. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  213 

Il  s'a^t  donc  de  trouver  une  autre  famille,  royale  ou  ducale  de 
préférence,  où  ces  quatre  noms  se  trouvent  réunis  pour  la  plupart 
au  début  du  x«  siècle  et  dans  Tenlourage  de  laquelle  se  ren- 
contrent les  autres.  Cette  dernière  recherche  aboutit  au  même 
résultat  que  la  précédente.  Seule,  la  famille  de  Guillaume  mar- 
quis d'Auvergne  répond  aux  conditions  du  problème. 

Guillaume  (893-920)  porte  le  nom  de  son  oncle  *  et  de  son 
bisaïeul  paternel  ^  :  ce  nom  sera  recueilli  après  lui  par  le  fils  de 
sa  sœur  Adalinde,  qui  lui  succédera  comme  marquis  d'Auvergne 
et  comte  de  Maçonnais  3.  Guillaume  s'étant  marié  à  Engilberge, 
fille  du  roi  Boson,  en  eut  un  fils  auquel  il  donna  le  nom  de  son 
beau-père  *.  Les  noms  de  Roubaud  et  d'Archambaud  ne  se  ren- 
contrent pas  dans  la  famille  du  marquis  d'Auvergne  :  mais, 
en  ce  qui  concerne  le  premier,  on  vient  de  voir  suffisamment 
qu'il  se  rencontre  au  début  du  x®  siècle  en  Maçonnais,  comté 
dépendant  du  marquis.  En  ce  qui  concerne  le  second,  il  sulfitde 
rappeler  qu'il  est  porté  dans  la  maison  des  sires  de  Bourbon.  Le 
premier  qui  le  fasse  connaître  est  Archambaud,  lequel,  vivant  en 
920  et  en  930,  mourut  avant  954  ^.  Cet  Archambaud  était  fils 
d'Aymar  et  d'Ermengarde,  son  frère  Aymon  eut,  à  son  tour,  un 
fils  de  ce  nom  ^  :  les  possessions  de  sa  famille  se  trouvaient  à 
Souvigny,   dans  la  viguerie   de   Deneuvre  qui  dépendait,   on   le 


i.  Guillaume,  fils  de  Thierry  et  d'Aldane,  marquis  de  Gothie  et  moine  à 
Gellone. 

2.  Guillaume,  fils  d'Acfred  et  d'Adalinde.  Bourges,  11  septembre  [010] 
(C/u/iy,  !!•  il2).  Cf.  Ibid.,  n»»  214,  276,  286. 

3.  Vienne,  25  décembre  [920]  (Cari.  Sainl-André-le-Bas,  n»  124).  —  Cf. 
Cluny,  n»  446. 

4.  Mars  [920]  Clany  no  217).  —  Novembre  [950]  (ILid,,  n»  782).  —  Bour- 
bon, janvier  [954]  [Ibid.,  n*  871). 

5.  Bourges,  11  septembre  [910].  «  Signum  AimartH  »  (C/u/iy,  n®  112).  — 
Mars  [920]  :  Aymar  donne  «  curtem  Silviniaci,  in  vicaria  Doiiobreusi  »  \Ibid. 
n»  217).  Pour  sa  femme^  voir  le  n«  871. 

6.  Bourbon,  janvier  [954]  :  «  in  pago  Alvernico,  in  vicaria  Donobrense, 
villa  Salviniaco  »  (Cluny,  n°  871).  Souvigny,  Allier,  arr.  de  Moulins; 
Châtel-de-Neuvre  (sic),  Allier,  arr.  Moulins,  cant.  Le  Montet. 


21  i  LA    PROVENXK    DU    PHEMIKR    AU    XII^   SIÈCLE 

sait,  de  l'Auvergne  '.  Aymar  était  par  conséquent  l'un  des  vas- 
saux de  Guillaume,  marquis  d'Auvergne  :  en  tout  cas,  il  évoluait 
dans  son  orbite.  On  reconnaît  probablement  sa  souscription 
dons  l'acte  célèbre  du  marquis  qui  fonde  Cluny,  daté  de  Bourges 
le  il  septembre  {)!(). 

Au  milieu  du  x^  siècle,  le  marquis  de  la  marche  limousine 
Hoson  aura  conmie  vassal  Archambaud,  vicomte  de  Limoges  -  : 
mais,  à  supposer  que  les  noms  de  Guillaume  et  de  Roubaud  se 
trouvent  aussi  à  Limoges,  le  Limousin  est  bien  loin  de  la  Pro- 
vence et  de  la  Jurane.  L'époque  à  laquelle  cette  coïncidence  se 
produit  est,  de  plus,  trop  tardive. 

En  somme,  tout  invite  k  croire  que  Roubaud,  père  de  Boson  et 
de  Guillaume,  était  originaire  du  Maçonnais  et,  en  tout  cas,  qu'il 
vivait  dans  la  dépendance  du  marquis  d'Auvergne  Guillaume, 
gendre  du  roi  Boson.  Ses  deux  lils  ont  dû  naître  à  l'époque  où 
vivait  ce  mar(|uis,  c'est-à-dire  de  893  à  920  :  l'aîné  a  re^u  le 
même  nom  ([ue  le  fils  du  mar(|uiset  le  cadet  celui  du  marquis  lui- 
même.  Boubaud  ne  parait  pasavoir  été  comte  :  son  rang  était  donc 
relativement  modeste,  mais  il  devait  être  uni  au  marquis  par  un 
lien  assez  étroit  qu'il  est  impossible  de  déterminer.  Boson  •*  et 
Guillaume  étant  nés  ainsi  vers  900  ou  910,  la  durée  de  leur  vie 
a  été  normale  puis([u'ils  sont  morts  tous  deux  vers  9t>6. 

1.  Pour  h»  siir))liis,  voir  M.  A.Ghazaiid,  Etude  nur  la  chronologie  des  sirt>n 
dt*  BourljomX'-'XIII^  sùVlf^A),  Moulins.  G.  Desrosiers.  MDCCCLXV,  iii-S 
(pui)lic.  do  la  Soc.  (l'éimilalion  de  rAHier). 

'2.  H  aoùl  O.'iS  ;r;.i//.  ChriHl.,  l.  II,  Instr.,  col.  168-H>9  ;  R.  de  Lasloyric, 
Etude  sur  les  ntmteH  rt  vicomtes   de  Limor/es.  Paris,  1874,  p.  122,  n*  XV;. 

'.\.  Parmi  les  charlosdc  (nuny,  se  trouve  la  suivante  :  «ej^oin  Dei  nomen 
Pelsonus  cl  uxor  sua  (^onstantia  dono...  in  locuni  sépulture  mec  ad  locum 
Cavariaco,  1res  scxiaradas  de  (erra  arabile...  Ipse  terra  est  sila  in  papo 
Lucdunensi,  in  villa  Gorpetro...  S.  Bosonis  et  uxor  sua  Constantia..,  Data 
pcr  manu  Vuitaldi  sut)  die  lunis,  monsi  junio,  régnante  Hadulfo  re^e. ..  ». 
Au  dos  :  M  Hosonis  in  villa  (lorpelro»>  JUuny^  n°  2283).  Si  celte  acte  datait, 
non  pas  de  Hndolplie  III,  comme  le  veut  l'éditeur,  mais  de  Raoul  (9.12: 
•f  15  janvier  9.'ir»),  <»"  serait  bien  tenté  d'identiner  ce  Roson  et  sa  femme 
Constance  avec  le  fils  de  Roubaud  (pii  devait  devenir  en  049 comte  d'Arles. 
On  connaîtrait  donc  le  lieu  exact  d'cn-ij^ine  de  la  famille.  Carariaco  serait 
(^liavcyriat,  Ain,  arr.  Trévoux,  cant.  Chàtillon-sur-Chalaronne  ?  La  forme 
Cavaniaco  donnerait  Cliavagueux. 


LE   ROYAUME   DE    BOURGOPtNE-PROVENCE  215 

Si  Roubaud  est  originaire  du  Maçonnais,  on  comprend  mieux 
pourquoi  Mayeul,  en  quittant  la  Provence  devait  passer  tout 
d*abord  quelques  années  à  Mâcon  ;  les  relations  de  famille, 
qui  le  firent  s  y  diriger,  s'étaient  nouées  aisément,  puisque 
les  comtes  de  Provence  en  étaient  eux-mêmes  originaires. 

Ces  rapports  entre  la  Provence  et  le  Maçonnais  n'ont  pas  dû 
attendre,  pour  se  former,  l'installation  en  949  des  fils  de  Rou- 
baud comme  comtes.  Dès  933  ^  et,  par  conséquent,  du  temps  de 
Hugues  roi  de  Lombardie,  on  rencontre  dans  le  pays  d'Avignon 
le  nom  de  Roubaud  porté  par  un  propriétaire  qui  reçoit  avec  sa 
femme,  de  l'archevêque  d'Arles  Manassès  et  du  chapitre  pri- 
matial  de  Saint-Etienne,  environ  un  demi-hectare  de  vignes  entre 
Laurade  et  0/iano,  Cette  concession  leur  est  faite  en  via- 
ger et  à  mi-fruits.  L'objet  en  est  modique  et  les  termes 
du  contrat  sont  tels  qu'il  y  a  lieu  de  se  demander  s'il  concerne 
des  agriculteurs  cultivant  de  leurs  mains  ou  de  riches  proprié- 
taires adjoignant  ainsi  une  vigne   à  leur    dom  une  *.  Malgré   le 

1 .  Arles,  juin  [933]  :  «  Convenit  inter  vinim  vencrabilem  dominiim  nostrum 
Manasscn,  sancte  Arelatensis  aîcclesiaî  archiepiscopuin  elquemilam  horni- 
nem  nomine  Rotbaldum  et  uxorem  siiam  Dominicain,  una  per  conscnsum 
et  voluntalcm  congregationis  Sancli  Slephani  protomarliris...  de  vineas 
que  sunt  de  ratione  canonicis...  in  pago  Avennico,  inler  Ofiano  cl  Laurala, 
hoc  sunt  modiate  IIII..  dum  Dens  Hotbaldo  et  uxori  suc  vitam  concosserit 
ipsas  vineas  cum  bono studio  fodere  cl  propaginare  studeanl  et  ii)suni  fruc- 
tum  quem  Deus  ibi  dederit  usque  ad  Arelalem  civilatem  salvum  venire 
faciant  ;  medielatem  unam  recipiant  canonici  et  decimum  :  aliam  labora- 
tores  accipiant.  Post  obitum  vcro  illorum,  ipsas  vineas  ..  ecclesie...  rever- 
tantur...  Facta  est  cunvenientia  isla  in  Arelatc  civitate  publiée  in  inense 
junio,  aunoXXXIIl  régnante  Ludoico  rege  et  imperatore.  filio  Bosoni  régis. 
Signum  Drogo  episcopus,0dolricus  humilis  episcopns,  Raiambaldus  abbas 
atque  ïevita.  Isti  et  alteri  XXIll  firmaverunt  »  (Albanès,  Gall.  Christ, 
novinnima^  Arles,  n.  244).  La  rnodiata  de  vigne  doit, en  principe,  produire  un 
modius  de  vin  :  le  muid  de  Languedoc  équivalait  à  7  hectolitres  et  celui  de 
Dauphiné  à  5  hectolitres  (Fréd.  Mistral,  Dicl.  proc- français,  t.  11,  p.  385). 

2.  Cette  opinion  ne  se  basera  pas  sur  la  qualification  de  qupmdnm 
hominem  attribuée,  simplement,  h  Roubaud.  Tous  les  bénéficiaires  (jui  ne 
remplissent  pas  personnellement  des  fonctions  de  comte  ou  de  vicomte 
peuvent  se  voir  appliquer  celle  formule  un  peu  dédaigneuse  ;  elle  ne 
signifîe  donc  pas  forcément  que  le  bénéGciaire  soit  un  simple  manant. 
Ainsi,  l'ancêtre  de  la  maison  de  Baux,  Pons,  mari  de  Blismodis,  dans  un 
échange  avec  le  même  archevêque  le  10  décembre  [954  ?],  se  voit  qualifié 


216  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

peu  de  relief  de  Tacte,  deux  évêques  le  souscrivent  :  ceux  de 
Marseille  et  d'Aix.  Ce  détail  laisserait  croire  que  Roubaud,  le 
concessionnaire,  est  un  personnage  plus  important  qu*il  n'en  a 
Tair  et,  de  là  h  Tidentifier  avec  le  père  des  deux  futurs  comtes, 
il  n'y  a  qu'un  pas.  Le  franchira  qui  voudra  *.  Dans  ce  cas,  Rou- 
baud, en  933,  serait  déjà  venu  se  fixer  de  Maçonnais  en  Pro- 
vence, et  il  aurait  eu  des  propriétés  près  de  Tarascon.  1^ 
femme  de  ce  lioubaud  s'appelle  Dominique.  Une  autre  Domi- 
iii(|ue  se  rencontrera  dans  ce  incme  pays  d'Avignon,  l'an  XLVl 
du  règne  de  Conrad  -.  Ce  peut  être  une  parente  de  la  précé- 
dente (jui  était  alors  certainement  morte,  puisque  le  bail  de 
933  était  caduc  dès  l'un  XLII. 

Rencontrant  ainsi  le  nom  de    Roubaud   dans    les   environs  de 
Tarascon  dès  933,  il  est  tout  naturel  de  trouver  celui  de  Boson 


lui  niissi  (le  alif/uem  hominem  {GalL  noviss.^  Arles,  n®  256).  C'était  cepen- 
dant déjà  un  propriétaire  riche.  Ses  enfants  le  i6  juin  [983]  seront  viri 
hnnornhilrH  noHtrif/ue  fidèles  [Ibid.^  W*  283);  il  y  a  progrès,  mais  c'est  bien 
It;  moins,  puisque  l'un  deux,  évètjue,  est  le  propre  prévôt  d'Arles.  L'opi- 
nion (|uo  lioubiiud  pourrait  être  un  cultivateur  se  baserait  sur  les  termes 
énonçant  Tohli^'ition  qui  lui  incombe  de  s'appliquer  à  bien  travailler  et, 
par  contre,  lo  droit  qui  lui  appartient  de  garder  la  moitié  des  fruits  : 
medietntnn  aliani  lahoratores  nccipiant.  Le  rédacteur  de  Pacte  ne  distingue 
pas  entre  les  bénéficiaires  et  les  travailleurs  du  sol  :  il  en  résulte  l'impres- 
sion (pie  le  bénéticairc    travaille    lui-même. 

1,  Boson  et  sa  femme  Dominique  étaient  morts  le  31  décembre  [981  ?], 
l'an  XLII  (lu  rèj^ne  :  à  cette date^  l'archevêque  d'Arles  Hier  renouvelle  en 
e(T(îl  la  concession  viagère  de  933  en  faveur  d'un  nouveau  titulaire.  Selon 
les  md'urs  de  cette  époque,  le  lecteur  s'attend  à  y  trouver  le  nom  du  fds 
de  Kouhaud  et  de  l)omini(]ue.  Cette  attente  est  déçue  :  le  nouveau  bail 
est  en  l)lanc  {(tulL  /lori.ss.,  Arles,  n<*  281).  Ce  nouveau  bail  ne  peut  con- 
cerner personnellement  un  comte  de  Provence,  cela  est  évident.  Mais  se 
liftier  (r(Mi  conclure  (juc  celui  de  933  ne  concernait  donc  pas  le  père  des 
comtes  serait  aller  trop  vite.  En  effet,  le  père  des  comtes  |>ourra il  prendre 
personnellement  à  bail  un  demi-hectare  de  vigne;  les  comtes,  ses  enfants  ou 
petits-enfants,  peuvent  se  faire  renouveler  ce  bail  en  blanc  pour  en  faire 
l)énéiicier  un  de  leurs  tenanciers.  Cette  hypothèse  est  même  la  seule  qui 
explicpie  assez,  bien  la  lacune  du  nom. 

2.  Avril  [985?]  l'an  40  :  «  ego  Dominica...  de  res  proprias  meas...  ex 
conipanitione,..  in  pago  Avenico  ubi  dicitur  Lanairata...  »  (Chantelou, 
llist.  <li'  Mn/ifmajour,  éd.  du  Houre,  p.  *ôTt), 


^ 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE- PROVENCE  217 

porté  dans  le  voisinage,  car  le  nom  de  Boson  devait  être  plus  répan- 
du que  le  nom  de  Roubaud.  Boson  et  sa  femme  Folcoara,  Fou- 
quière,  étaient  propriétaires  dans  ce  canton  méridional  du  comté 
d'Avignon  dénommé  le  pays  Roubian  *,  qui  comprenait  Laurade 
et  Tarascon.  Le  !•'  mars  [969?],  Tan  XXX,  ils  font  un  échange 
avec  Téglise  d'Arles  :  les  biens,  que  Boson  donne  à  larchevéque 
Itier,  provenaient  des  parents  de  sa  femme.  C'étaient  six  champs 
placés  notamment  à  MoUières  2  et  à  Tarascon.  En  retour,  Boson 
reçoit  de  l'église  d*Arles  le  terroir  tout  entier  du  vieux  château 
de  Saint-Chamas,  au  comté  d'Aix  ^,  Trois  ans  après,  le  14  mai 
971,  les  mêmes  époux  donnaient  à  Montmajour  deux  églises 
dédiées  la  première  à  Saint-Vincent,  la  seconde  à  Saint-Julien 
et  à  Saint-Jean^  avec  les  terres  qui  en  dépendaient,  dans  la 
vallée  Ulieria  ^.  Le  tout  provenait  de  l'héritage  de  leurs  parents. 

1.  Roubian  n'est  plus  qu'un  quartier  de  la  commune  de  Tarascon.  — 
Voir  Sain/- Vic/or,  n®  170  :  septembre  [976].Tan  37.  «  in  comitatu  Avinionense, 
i'n  agro  Rupiano,  in  terminio  de  villa  Tarasconc,  in  loquo  qui  dicitur  Vir- 
las...  »  n®  169:  5  février  1000  :  «  in  comitatu  Avenionense,  in  agro  Rupiano, 
in  terminio  de  Villa  Laurata,  in  locoque  dicunt  Basellano.  » 

2.  Mollières,  comm.  de  Boulbon,  au  point  où  se  joignent  les  communes 
deBoulbon,  Mezoargues,  Vallabrègues  et  Tarascon. 

3.  Arles,  l"mars  [969],  Tan  XXX  :  «  Ego,  in  Xpisti  nomine,  Boso  etconjux 
mca  Folcoara  comutamus  ad  ecclesiam  S.  Stephani  sedis  Arelatensis... 
aliquas  res  que  michi  Bosoni  ex  parte  conjugis  mee  Folcoare  et  ei  ex  pro- 
jcnie  parentorum  suorum  legibus  obvenit  in  comitatu  Avenionensi,  in  agro 
Rubiano...  in  loco  itaque  super  Marignano  campum  unum  que  consortat... 
terram  Saneti  Nazari...  In  alio  vero  loco,  campum  unum  ad  ipsos  Quatrones 
et  consortat...  terram  saneti  Cesarii...  In  alio  vero  loco  campum  unum  ad 
Molleriam  et  consortat...  terram  communem.  Etquartus  campus  in  villa... 
Tharascone  et  consortat...  terram  sancte  Marthe,  Et  in  alio  loco...  inler 
Saignonem  et  Aurignana  campum  unum  et  consortat...  terram  Saneti 
Genesii...  In  ipso  loco,  alium  campum  ..  Ista  omnia...  trausfundimus...  et 
accipimus  pro  his...  castrum  vetustissimum  in  comitatu  Aqueuse  qui  voca- 
tur...  Sanctum  Amantium...  »  {Gall.  Christ,  noviss.^  Arles,  n^  271). 

4.  Arles,  44  mai  971,  l'an  33.  a  ego,  in  Dei  nomen,  Boso  et  uxor  mea 
Folcoara...  cedimus...  Montmajore  res  quasdam  nostri  juris  que  nodis  ex 
progenie  parentum  nostrorum  legibus obvenerunt...  in  comitatu  Arelatense, 
ÎD  termine  in  valle  Ulieria,  ecclesia  saneti  Vincentii  et  ecclesia  saneti 
Juliani  et  saneti  Johannis  cum  territorio  ad  easdem...  pertinente...  ab 
oriente...  ab  occidente  via  publica  supra  mare,  a  septentrione  ipso  Bosone 
donatore  cum  via  publica  ;  a  meridie  et  parte   occidentali  Thetberti  terra 


218  IJL    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII^    SIÈCLE 

Cette  vallée,  au  comté  d'Arles,  se  trouvait  à  l'est  et  à  proxi- 
mité de  la  mer,  de  Tétang  de  Berre  ou  du  Rhône  •.  Peut-être,  dès 
le  mois  de  mai  iOGi],  voit-on  figurer  les  souscriptions  de  Boson 
et  de  Folcoara  dans  un  acte  passé  à  Arles.  Mais  celle  de  Boson, 
venant  au  i  i^  rang,  n'est  pas  immédiatement  suivie  de  celle  de 
Folcoara  qui  (igure  seulement  au  21*.  Les  souscriptions  féminines 
d'Astrude  et  de  Folcoara  sont,  en  effet,  dans  cet  acte  rejetées  au 
dernier  rang  ^.  On  se  demandait  si  le  Roubaud,  marié  à 
I)(>mini({ue  et  propriétaire  en  933  dans  le  canton  Roubian,  ne 
doit  pas  être  identifié  avec  le  père  des  comtes  institués  en  919. 
Pour  le  Boson,  mari  de  Folcoara  en  968  et  971,  il  est  bien 
évident  (|u'aucun  doute  analogue  ne  peut  être  soulevé.  11  ne 
peut  être  identifié  avec  le  comte  d'Arles  Boson,  époux  de  Cons- 
tance et  mort  vers  966  ;  il  ne  peut  l'être  davantage  avec  le  comte 
«rAvignon  Boscm,  mortentre  963  et 976.  Ce  Boson,  mari  de  Fol- 
coara, n'était  pas  comte.  La  donation  de  971  le  spécifie  en 
termes  exprès  et  fort  clairs  :  les  terrains  qu'il  cède  sont  bornés, 
en  effet,  au  nord  par  une  terre  que  se  réserve  Boson,  le  dona- 
teur et  la  voie  publique,  au  midi  parla  terre  de  Thibert  et  d'Ar- 
cliier  d'une  part,  par  la  terre  comtale  de  l'autre.  Boson,  le  dona- 
teur, n'est  pas  comte,  puisque  ses  terres  ne  sont  pas  des  terres 
eomhiles.  Les  deux  actes  qui  précèdent  le  montrent  possédant  six 
champs  dans  le  canton  Roubian  et  deux  églises  dans  la  vallée 

vi  ArcluM-ii  et  trrra  (lomitalo...  Acta...  in  monaslerio  Monte  majore  publiée 
anno  incarnai ionis  doniinicc  DCCICCLXXI,  II  idiis  maii  anno  XXXIll 
rc^'-nanto  (^)ni'a(lo  ivj^o  Alamannoruin  sivo  Provincie,  indictione  I...  (Ghan- 
Irlou,  ///s/,  di*  Muntmnjonry  éd.  du  Roure,  pp.  46-47). 

(Ici  acte  prouve  qu'alors  l'ère  ndoplée  à  Moutmajour  pour  le  roj,mo 
clait  celle  do  930. 

1.  Que  le  Hliône  ait  pu  être  dénommé  mare,  cefailest  prouvé  parl'ile  de 
Miéniar  dans  la  comnnine  do  Hoquomaure. 

Les  pouillés  du  di«)cèse  d'Arles  menlionncnt  plusieurs  églises  sous  le 
tilre  de  Sainl-Viniont,  dont  une  dans  Arles  morne  ;  ils  n'en  mentionnent 
qu'une  seule  portant  le  nom  do  Saint-Julien  et  elle  était  également  dans 
Arles,  delà  indiquerait  (fuela  vallée  riirrin  se  trouvait  dans  la  biinliouo  de 
la  ville,  à  l'esl  du  Hhône,  entre  Arles  et  Moutmajour  {GalL  noviss.^  Arles, 
n»-SrM,  iVlM,  \:\HH}. 

2.  Cliantolou,  pp.  37-38 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  219 

Ulieria  :  conclure  de  là  qu'il  possédait  tout  le  canton  Roubian, 
dont  rétendue  vaut  au  moins  celle  de  la  commune  actuelle  de 
Tarascon,  et  toute  la  vallée  Ulieria^  ce  ne  serait  pas  sensé.  De 
nombreuses  personnes  se  partageaient  le  canton  Roubian  en 
alleux  ou  en  (iefs  :  il  en  était  forcément  de  même  de  la  vallis 
Ulieria,  Pour  le  Roubian,  les  chartes  deMontmajour  et  de  Saint- 
Victor  font  connaître  quelques-uns  de  ces  propriétaires  *  :  pour  la 
vallée,  rétendue  considérable  de  terrain  que  ce  vocable  géogra- 
phique suppose  ne  permet  pas  d'en  douter.  Bien  entendu,  ce 
canton  et  cette  vallée,  comme  les  comtés  d'Avignon  et  d'Arles 
dont  ils  faisaient  partie,  se  trouvaient  sous  la  puissance  des 
comtes;  mais  il  ne  faut  pas  confondre  les  tenanciers  féodaux  plus 
ou  moins  riches  et  nombreux,  qui  se  partagent  l'usage  du  sol, 
avec  le  comte  dont  le  domaine  supérieur  plane  au-dessus  de  toutes 
leurs  terres  2. 

Les  comtes  avaient  cette  seigneurie  qui  dominait  le  pays  : 
ils  possédaient  dans  le  pays  directement  des  propriétés  dis- 
séminées parmi  celles  de  leurs  vassaux  et  parmi  les  alleux. 
C'est  ainsi  qu'on  verra  à  Arles,  le  17  avril  [979],  le  marquis 
Guillaume  donner  à  un  de  ses  serviteurs,  dans  le  canton  Roubian 
et  près  de  la  roubine  des  Lônes,  une  condamine  mesurant 
249  dextres  de  long  sur  130  de  large  :  elle  contenait  ainsi  plus  de 
25  hectares  3.  Les  actes  étaient  rédigés  alors  en  mauvais  latin, 


1.  Arles,  novembre  [970],  Tan  XLIII  :  «  eg^o...  Vuilelmus  ..  in  agro 
Rupiano...  ubi  vocant  Becis,  condamina  unaobdima...  »  (Chantelou,  ('>(1.  du 
Roure,  pp.  54-55). 

1002...  «  ego...Otbertus  et  uxor  inea  Laviarda..,  in  terminio  da  villa  Laii- 
rata  vel  inRupiano  ..»  (/Z)tV/.,p.  72).  —  Arles,  septembre  [974]...  «  ej^oAran- 
trudes...  in  agro  Rupiano.  in  terminio  de  villa  Tarascone,  in  loquo... 
Virlas...  de  vinea  culta...  »  (Saint-Victor^  n»  170).  —  Cf.  nolC9. 

2.  23 avril  1040 :<c ego Bertrannuscomes...cedo...aliquid  de  meo  honore... 
in  rcgno  Provinciœ...  in  comitatu  Avenionense,  in  casho...  Tarascone, 
mea  dominicatura,. ..  in  villa  Laurata  meam  dominicalurain,  in  villa  Cira- 
visonis  meam  dominicaturam. . .  »  (Ihid.,  pp.  136-137). 

3.  Le  dextre  carré  valait  en  ares  à  Arles  :  0,2619,  à  Marseille  0,1424,  à 
iMaussane  0,1368,  à  Saint- Rémy,  Graveson  et  Chàleaurenard  0,0876.  Celte 
superficie  équivalait  pour  Arles  à  6  cannes  carrées  1/4,  pour  Marseille  à  un 


220  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII^   SIÈCLE 

mais  avec  beaucoup  de  précision.  Le  rédacteur  de  celui-ci  déclare 
nettement  qu'il  s'agit  d'une  propriété  du  comte,  proprietas  :  ce  n'est 
donc  pas  une  seigneurie,  dominicatura  ^  C'est  ainsi  encore 
qu'on  verra,  en  août  1002,  la  comtesse  Alix  donner  à  Mont- 
majour,  dans  la  vallée  Ollieria  et,  plus  précisément,  au  lieu  dit 
Scuarias  de  celte  vallée,  ce  que  le  chevalier  Otbert  y  tenait  :  les 
termes  de  cet  acte  montrent  que  la  comtesse  donne  à  l'abbaye 
non  pas  la  terre  elle-même,  mais  la  seigneurie  du  fief  possédé 
par  le  chevalier  en  question  -  ;  de  plus,  elle  ne  fait  pas  ce  don 
directement  à  l'abbaye,  mais  aux  églises  Saint-Julien  et  Saint- 
Vincent  qui,  placées  dans  cette  vallée,  étaient  unies  à  Tabbaye 
depuis  971. 

Boson  et  Fouquière  abandonnèrent  donc    en    968    à  l'église 
d'Arles  six  champs  disséminés  dans  le  canton    Roubian,  notam- 


carré  do  15  pans,  Pour  Maussanc  à  1/8  de  civadicr,  pour  Saînt-Rcmy, 
Gravcson  et  ChAleaurenard  à  1/100  d'éminéc  (Tableau  de  comparaison 
entre  l<»s  mesures  anciennes  et  celles  qui  les  remplacent  dans  le  nouveau 
système  mélri(|uo,  avec  leurs  explications  et  leur  usage  pour  le  départe- 
mentdes  Bouches-du-Rhône,  publiées  par  ordre  du  Ministre  de  rinlérieur. 
Marseille,  imprimerie  du  Commerce  de  Corentin  Camaud,  an  X,  p.  13). 
I/indication  de  ces  chifTres  précis  est  due  à  la  cordiale  obligeance  de 
M.  .1.  Kournier  archiviste-adjoint  des  Bouches-du-Rhône. 

1.  Arles,  17  avril  [979]  Tan  42  :  «  ego...  Vuilelmus...cedo...  tibi  aliquid  de 
[>ro[)rietatem  meam,  qui  mihi  legibus  obvenit,  in  comitatu  Aviuioncnse, 
in  a^^ro  Hupiano,  in  loco  que  nominanta  la  lona..,  condamina  I,  qui  habet 
perlongo  dcxlros  de  ambos  latus  CCXLVIIII  et,  inqueque  frontes,  dexlros 
CXXX.  Consorles  :  de  uno  latus,  lona  aquarum  ;  de  alio  latus  et  uno 
fronte,  terra  vicinabile  ;  de  alio  vero  fronte,  terra  sancti  Pétri  etVuilelmo... 
{(Jart.  Saint'Victor,  n"  1042).  La  roubine  des  lônes,  lagunarum,  dans  la 
commune  actuelle  de  Tarascon,  descend  le  long  de  la  Montagnette,  de 
Hognonassur  Tarascon  en  passant  par  Gravcson. 

2.  août  [1001  ?]  :  «  Sacrosancte  Dei  ecclesiae,  quae  constructaesse  vide- 
tur  in  honore  béate...  Marie,  sanctique  Pétri...  et  sancti  Vincenti  et  sancti 
Juliani,  in  loco...  Monsmajor,  ego...  Adalax...  donamus  in  terminiisde  val- 
libus  que  nominalur  Ollieria  quantum  ibi  Otbcrtus  miles  tenet.  Habet 
ipsa  terra  consorles,  videlicet  terras  que...  vocantur  Scuarias,  et  etiam  ter- 
ras vicinabiles...  ))(Chanlelou,  éd.  du  Roure,  pp.  70-71.) 

septembre  1002  :  uego...  Otbertus  et  uxor...  Laviarda  donamus... 
progenie  parenlum  meorum  legibus  obvenit...  in  comitatu  Arelatensi  ad 
arces  piscatorias...  »(//>*(/.,  p.  72.) 


Le  hOtAUMÊ  DE  BOtRGOGNE-PRÔVENCE  22l 

ment  à  Mollières  et  à  Tarascon  ;  ils  donnèrent  en  971  à  Mont- 
majour  deux  églises  placées  dans  la  vallée  Ulieria. 

D'autre  part,  en  979,  le  marquis  Guillaume  cède  une  conda- 
mine  placée  dans  le  canton  Roubian,  auxLônes;  en  1001,  la 
comtesse  Alix  cède  elle-même  sa  seigneurie  sur  les  biens 
possédés  par  le  chevalier  Otbert  dans  la  vallée  Ulieria  et  au  lieu 
dit  Scuarias, 

La  lecture  des  textes  suffit  pour  montrer  5  Tévidence  que  les 
six  champs  de  968,  à  Mollières  et  à  Tarascon,  ne  peuvent  être 
confondus  avec  lacondamine  de  979  aux  Lônes.  Cette  simple  lecture 
prouve  aussi  que  la  mense  immobilière  existant  en  971  des  deux 
églises  Saint- Vincent  et  Saint-Julien  ne  pouvait  alors  comprendre 
le  domaine  du  chevalier  Otbert^  au  lieu  dit  Scuarias,  puisque  ce 
domaine  vint  en  augmenter  la  consistance  en  1001  seulement. 
Certes,  les  biens  donnés  en  968  existent  dans  le  canton 
Roubian  comme  ceux  donnés  en  979;  ceux  donnés  en  971 
existent  dans  la  vallée  Ulieria  comme  ceux  donnés  en  1001  : 
ces  immeubles  sont  rapprochés  les  uns  des  autres,  mais  ce 
voisinage  dans  la  même  région  est  le  seul  rapport  qu'ils  aient 
visiblement  entre  eux.  Tirer  de  ce  voisinage  relatif  la  conclu- 
sion que  le  donateur  de  979  est  l'ayant  droit,  qui  mieux  est,  le 
fils  des  donateurs  de  968,  en  tirer  la  conclusion  analogue  que  la 
donatrice  de  1001  est  la  belle-fille  des  donateurs  de  971,  cela 
revient  à  dire  que  le  voisinage  suppose  la  parenté.  Le  proprié- 
taire du  52  de  la  rue  de  Rivoli  en  1901  serait,  sûrement  le  fils 
ou  le  gendre  de  celui  qui  possédait  le  47  en  1871  *. 


4.  «  Par  ces  chartes,  Bosonet  Folcoarc  donnent  à  Montmajoiir  des  biens 
«  patrimoniaux  sis,  les  uns  inagro  RubianOy  dans  le  comté  d'Avignon,  et 
«  les  autres  in  valle  Ulierie,  dans  le  comté  d'Arles. 

«  Or,  Tan  42  du  rt^gne  de  Conrad,  le  comte  Guillaume  mari  d'Adélaïde 
«  donne  à  Hugues  Blsive  (Car  t.  Saint- Victor  y  n^  iOi'Z)  une  partie  de  ses  biens 
«  propres,  sise  in  agro  Huhiano  et,  Tan  1001.  Adélaïde  et  son  fils  Guil- 
«<  laume  donnentàMontmajour.  pour  le  repos  de  l'àmede  leurs  parents,  un 
«  bien  sis  in  valle  Olieria,  Le  comte  Guillaume  et  sa  femme  Adélaïde  pos- 
«  sédaient  donc  les  biens  patrimoniaux  de  Boson  et  Folcoare.  Or,  com- 
«  ment  et  pourquoi  auraient-ils  possédé  ces  biens,   s'ils  n'avaient  été  les 


222  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    Xll*   SIÈCLE 


IV 

Guillaume j  comte  de  Provence  et  premier  marquis 
(970-994) 

§  1 .  —  Guillaume  comte  de  Provence 

(970-979) 

Après  avoir  ainsi  fait  entrevoir  quelle  fut  l'origine  probable  du 
père  des  deux  comtes  installés  en  919  dans  Arles  et  dans  Avignon, 
après  avoir  montré  le  nom  de  Roubaud  porté  en  Provence  dès 
9*{H,  après  avoir  montré  celui  de  Boson  porté  lui-même  en  968 
et  971  par  un  propriétaire  voisin  des  propriétés  comtales,  il 
importe  de  poursuivre  l'histoire  des  comtes,  à  partir  du  moment 
où,  le  comte  d'Avignon  Hoson,  fils  de  Guillaume,  venant  à  dis- 
paraître, seuls  demeurent  les  deux  fils  du  comte  d'Arles  Boson 
et  de  Constance,  c'est-à-dire  Roubaud  et  Guillaume.  Le  dernier 
acte  rédigé  du  vivant  de  ce  comte  d'Arles  au  mois  de  mars  963 
avait  permis  de  dire  que  Roubaud  était,  sans  doute,  l'ainédes  deux. 

Roubaud  est,  en  effet,  le  seul  de  ses  deux  fils  dont  le    comte 

«  luM'iliiMs  ilo  Hosonel  Folcoaro,  s'il  n\v avait  eu  enti'oeux,  par  conséquent, 
M  h»  litMi  (lo  la  i>aronlé,  de  la  filiation  ?  »  (Louis  HIancard,  De  rexisience 
.'ï/mf///."i/j*v  </♦•  (iiiill'uim(\  mari  tFArsirulr^  ci  GuilUiime,  mari  (TAdrlaîdey 
coinirn  */«•  Prorrnct*  nu  A'*'  sidcle,  lirnjfe  î\  pari,  pp.  7-8}. 

Cola  ivvionl  M<»n  à  assuror  i\uv  l*>  propriétaire  du  52  est,  cela  va  de 
soi,  lilsdocolui  tpii  possédait  le  47  trtMite  ans  avant  ;  mais,  chose  plus 
jjravo,  r'ost  oonfomlro  K»  ,'»2  avoo  lo  t7.  Ces  doux  maisons  sont  toutes  deux 
dans  la  ruo  d«»  Hivoli,  mais  ce  sont  cependant  deux  maisons  bien  dis- 
tinctes. Il  faut  oncoro  moins  confondre  Mollières  et  Tarascon  avec  les 
I.oncs,  tpioiquo  ces  localités  soient  dans   le  canton  Roubian,  toutes  trois. 

Autre  erreur  :  il  semblerait  que  d'après  la  charte  n«>  1042  de  Saint-Vic- 
tor. V'  le  eonite  Cîuillaume*' était  «^  mari  dWdélaïde  »>.  Cet  acte  cepimdant 
n  en  sonlTIe  mol  dans  son  dispi^sitif.  Quant  aux  souscriptions  elles  i)ortent: 
..  Sivrunm  Vuilelinu^i,  qui  banc  cartula  scribere  cl  firmare  rogavi,  manu  sua 
lirma.  Signum  Ai^inda  comitissa  firmavil.  >» 


LE   ROTAL'ME   DE   BOURGOGNE-PROVENCE  223 

d'Arles  requière  l'avis  favorable,  après  celui  de  son  frère  le  comte 
d'Avignon.  Si  cette  approbation  du  plaid  résultait  seulement  de 
la  souscription  de  Roubaud,  le  fait  serait  moins  probant.  A  cette 
époque,  il  était  fréquent  de  voir  confirmer  un  titre  déjà  existant, 
ptâr  la  simple  apposition,  au  bas  de  ce  titre  plus  ou  moins  ancien, 
des  souscriptions  nouvelles  destinées  à  le  valider.  Dans  ce  cas,  il 
il  est  évident  que  le  dispositif  de  l'acte  au  moment  où  on  le 
rédige  ne  put  annoncer  les  souscriptions  que  les  possesseurs 
futurs  de  cet  acte  jugeront  bon  dans  l'avenir  d\y  faire  adjoindre 
pour  le  maintien  de  leurs  droits.  Quand  l'historien  n'a  pas  sous 
lesyeux  le  titre  original,  il  ne  peut  déterminerpalcographiquement 
si  toutes  les  souscriptions  de  ce  titre  ont  bien  été  apposées  lors  de 
la  rédaction  primitive  du  texte.  Il  ne  garde  à  sa  disposition  que 
les  procédés  de  critique,  indépendants  des  apparences  paléogra- 
phiquesque  l'original  est  seul  à  pouvoir  lui  fournir,  et,  forcément, 
il  peut  toujours  supposer  que,  parmi  les  souscriptions,  il  s'en 
trouve  d'ajoutées  après  coup.  La  preuve  que  les  souscriptions 
datent  de  la  rédaction  de  l'acte  ou  cju'elles  sont  postérieures 
résultera  de  divers  indices,  suivant  qu'elles  sont  annoncées  ou 
non  par  le  dispositif,  suivant  qu'elles  forment  un  ou  plusieurs 
groupes  distincts,  suivant  que  la  coexistence  de  ces  groupes  à  l 'ins- 
tant de  la  rédaction  est  probable  ou  non,  suivant  que  deux  des 
souscriptions  annoncent  la  même  fonction  qu'une  seule  personne 
peut  remplir  à  la  fois  dans  la  même  localité,  de  sorte  que  la  pre- 
mière d'entre  elles  empêche  l'existence  de  la  seconde  au  même 
moment.  Le  critique  doit  relever,  en  cas  de  besoin,  tous  ces 
indices  et  en  établir  la  concordance  ou  la  discordance,  afin  d'éta- 
blirson  opinion,  d'une  manière  sérieuse  et  ri»flcchio,sur  le  fait  de 
savoir  si  les  souscriptions  d'un  acte  de  cette  époque  datent  du 
moment  de  sa  rédaction  ou  lui  sont,  en  partie,  postérieures. 

En  ce  qui  concerne  le  plaid  comtal  de  9G5,  on  constate  que  ce 
document  porte  quatorze  souscriptions  :  celle  du  comte  d'Arles 
de  qui  émane  le  document,  celle  du  juge  arlésien  Lambert  qui 
Tassiste,  celle  du  comte  d'Avignon  qui  l'approuve  sont  placées 
en   tète   du    groupe.  Suivent   celles   d'un    second  juge,   Ray- 


22i  LA  PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII^   SIÈCLE 

nouard,  du  vicomte  Pons  et  de  neuf  autres  conseillers  ou  notables 
arlésiens.  Le  groupe  s'ordonne  donc  par  rangs  hiérarchiques  ^  Si 
Ton  rapproche  de  ce  groupe  de  souscriptions  le  dispositif,  on  y 
trouve  annoncées  comme  étant  présentes  au  plaid  les  quatorze 
personnes  dont  les  souscriptions  sont  notées  après  la  date.  Il  est 
donc  certain  que  le  groupe  des  quatorze  souscriptions  date  bien 
de  la  rédaction  de  Tacte.  Le  dispositif  annonce  même  davan- 
tage (l'assistants  cju'il  n'y  a  eu  de  souscriptions  :  les  notables  Gui- 
bert,  Tassilon,  David,  Amalric,  Pons  et  Jossaud,  soit  six  sur 
quinze  présents,  ne  souscrivent  pas.  Ce  sont  les  6^,  9®,  10*,  11* 
12''  et  1 1**  de  la  liste  d'ensemble  des  simples  conseillers  annoncée 
par  le  dispositif.  De  plus,  Tacte  annonce  le  consentement  de 
Uoubaud,  (ils  du  comte  d'Arles,  et  la  souscription  de  ce  person- 
nage consulté  ne  figure  pas  dans  le  groupe  qui  suit  la  date.  On 
ne  peut  s'en  montrer  surpris,  puisque  six  conseillers  notables 
s'abstiennent  également  de  le  faire  2.  Cette  mention  de  Roubaud 
dans  le  texte  lui-même  établit  la  certitude  :  on  y  voit  que,  du 
vivant  de  son  père,  il  ne  portait  pas  encore  le  titre  de  comte  et, 
si  son  père  le  consulte,  c'est  qu'il  est  son  fils  aîné. 


1.  Le  juge  Lambert  précède  le  comte  Guillaume  :  c'est  que  celui-ci 
intervient  soultMnonl  i)our  confirmer  le  jugement  rendu  par  le  comte 
(l'Arh'S  assisté  du  j"fc<^'- 

2.  «  in  conspeclu  Bosoni  comitis,  filii  Rothboldi  quondam  atque  in  pre- 
siMilia  onniiuni  virorum  Arelatensium  judicum(|ue  ne  principum,  sciliccl 
omnibus  liis  noniinibus  :  Haynoardo  judice  Lnmberto  judicc,  Pontio  vice- 
coinilis,  Arlulfo,  Hostaj;;no,  Archiniborlo,Bonefacio,  Rajamberto,  Widberlo, 
lnj,'<'linaro,  WichtManno,  Tassilone,  David,  Amalrico,  Pontio,  Widone, 
Walcbaudo,  Ilildoardo...  Placuit  itaque...  comiti  excellentissimi  hanc 
nolitiam  dininitionis  conscribi  facere,  conscntientc  ejus  filio  Rothboldo  et 
fralrc  oju»  Wilohno  comité,  omnibusquc  consiliantibus  Arelatensium 
principibuR 

K^o  iy;ilur  cornes  Doso  banc  notitiam  conccssionis  scribi  et  manu  mea 
roborare  eu  ravi. 

Lamberhis  judex  firmavil.  Comes  Wilelmus  firmavit.  Raynoardus 
finnaviL  Ponlius  firmavit.  Bonefacius  firmavit.  Rostagnus firmavit.  Wiche- 
rannns  lirmavil.  Uaymberlus  firmavit.  llildoardus  firmavit.  Arlulfus firmavit. 
lnp<»h'a(lus  firmavil.  Arcbimberlus  firmavit.  Wido  firmavit  »  {Cart,  de 
Sainl- Victor,  n»  29). 


LE  llOYAUMB  DE   BOCRGOGT^-PBOVENCE  22?) 

La  preuve,  que  le  comte  d'Arles  Boson  a  eu  de  sa  femme  Cons- 
tance deux  fils  nommés  Roubaud  et  Guillaume,  est  fournie  posi- 
tivement parla  donation  à  Montmajour  de  biens  situés  à  Ansouis, 
dans  la  partie  du  pays  d'Aix  qualifiée  de  supérieure  parce  qu'elle 
s'étendait  dans  la  région  montagneuse  au  delà  de  la  Durance  ' .  Otte 
donation  est  datée  d'Arles  au  mois  de  mai  [963]  Tan  XXI V**. 
On  est  surpris  de  voir  Guillaume  y  figurer  comme  Roubaud, 
alors  qu*en  963,  deux  ans  pi  us  tard,  celui-ci  sera  seul  appelé  à  four- 
nir son  consentement  ;  on  est  surpris  encore  davantage  de  les  voir 
tous  deux  porter  le  titre  de  comte  à  côté  de  leur  père ,  qua  nd  deux  ans 
plus  tard  Roubaud  ne  le  recevra  pas  encore.  Ces  anomalies  n'ont 
qu*une  explication  possible  :  il  faut  reconnaître  que  les  souscriptions 
des  deux  fils  de  Boson  ont  été  apposées  à  l'acte  pour  le  confirmer, 
de  leur  autorité,  après  96').  c'est-à-dire  après  la  mort  de  leur  père. 
II  doit  en  être  de  même  pour  la  souscription  de  Pons  des  Baux, 
le  jeune,  qui  suit  la  leur.  D'abord,  elle  est  placée,  vn  dehors  des 
règles  hiérarchiques,  avant  celle  des  deux  juges  Bérangèr  et  ^\'ar- 
hidus.  Puis,  ce  Pons  III  le  jeune,  fils  d'Ison,  appartient  à  la  généra- 
tion qui  disparut  vers  1030  :  son  oncle  Pons  II  l'ancien  est  conim 
de  966  à  990,  son  grand-père  Pons  I  vivait  encore  en  95t.  En 
962,  si  Pons  III  le  jeune  était  déjà  né,  il  était  encore  tout  enfant 
et  l'insertion  de  sa  souscription  avant  celle  des  juges  n'est  pas 
rationnelle.  Par  conséquent,  les  souscriptions  de  Guillaume,  de 
Koubaud  et  de  Pons  ont  dû  être  apposées  après  91)5  pour  con- 

\.  Arles,  mai  [063],  Tan  XXIV  :  («  E{j:o  Genciuset  iixornuM  Aiburf^îi...  pro 
seniore  mco  Bosone  et  uxor  sua  quondam...  in  paj^o  AcjuonsL'  suprriort*  ad 
c<istruin...  Ansoyse.  SignuiiiGencius  (»l  uxor  sua  Ayl)ur{3^a  (|ui  liane  cliarlam 
scribere  et  finnare  r<>pavorunt,nianus  illonini  firnia.Boso  conK-scl  uxor  sua 
Coiistantia  firmaverunt.  Illoruni  /ilii  nimi/ilt^r  Wiltehntis  vunn's^  I{<tih:tliIuH 
cornes.  Pontius  juvenis  fmnavit.  Bcrrn^Mrius  judcx  firniavit.  \\'arl)idus 
judex.  Hostagiius  firmavit.  Lambertus  fiiinavit.  It:tinaldus  tirinavit.  Vibal- 
dus  firmavit.  Item  Boso  firmavit.  In<;ilrannus  lirma\it.  \W\i\  In^nlr:innu^ 
firmavit.  NVilfredus  firmavit.  Dodo  limiavil.  Anno  voluil  t.'l  const'usii  et 
firmavit.  Astrus  firmavit.  Kulcoara  firmavit.  Kulcardus,  impcr.inU.' Odilont* 
rogatus  scripsit  »»  (Chaiitelou,  Hi»t.  </#»  Monltnnji)iu\  éd.  du  Hourc, 
pp.  37-38).  —  Le  donateur  et  sa  fonimt'  souscrivant  Itvs  ])r(Mni('rs.  Puis. 
par  oixirc  hiérarchique,  le  ceinte,  les  jujçes,  hîs  vassaux  et  simples  témoins 
finalement  deux  femmes.  C'est  le  scribe  qui  clôt  le  groupe. 

Mém,  et  doc.  de  CÉcole  des  Chartes.  —  VII.  15 


226  LA    PIU»VKNT.E    Dr    PRKMIKR    Al'    XI 1^    SIECLE 

lirnuT  Kl  donation  d'Ansouis.  Los  deux  (ils  du  comte  d'Arles 
se  ivlroiivent  ensemble  au  mois  d'avril  !*J72?],  Tan  33,  à  Arles, 
le  i"  avril  \)H\  à  Avignon,  le  2i  novembre  [979?!,  entre  977  et  985 
comme  maîtres  indivis  et  seigneurs  d'une  terre  fiscale  au  comté 
d'Arles,  le  l''  mars  !KS2  à  Carpentras,  le  6  mars  [990i  i\  Arles, 
en  992  éj^alement  à  Arles,  le  28  août  vers  990,  le  29  août    993 

1.  Ail«*s,  .iMÎl  l»7*J],  ;iM  XXXllI  :-  Kj^o.iii  Dei  nomino,  Wilolmiis,  oimius 
Pr()\iii<Mr  cl  coiijux  iiu'îi  Arsiiiiiîi*...  iiliipiid  dv  proprit'latr  iiiea...  in  coiiii- 
taiu  l-'nrojulitMisr...  in  ctunitntu  Sislerico...  Sijjiiuin  domnus  Wilrlmiiî» 
(*()innu's  et  lixor  sua  Arsiiina...  Si^iiuiii  doiniuis  liotitaliUis  coninirs  vohiit 
cl  consiMisil  el  tirinavit...  >»  (^Vi/7.  ile  »Sa//i/- V7<-/or,  i\<*  ,%yS'.  —  Axi^non, 
!"■  avril  U7(»  :  .i  Lan<lricus  j^^racia  Dei  episcopiis...  Si^niiin  Viialcliaiidus 
sanete  ('('clrsie  ()al>ilicensis  episeopus  tirinavi  manu  propria.  Silvesler  epis- 
eopus  tirinaxil.  (Miilelinus  eoines  liriiiavit.  liothaldus  eomes  firinavit. 
Si«:mim  Laiulrici  presulis  ipii  haiic  cartain  lieri  jussil...  nerimindiis  vier- 
coinis  f.  KMeluThis  f.  Adaleliiuis  f.  Leulfrediis  presens  fuit.  Hitlfrethis  f. 
IsiianUis  pieseiis  fuiL  Ilein  Isnardus.  Viiornvriuit  hurnilis  episropus  Ai't'n- 
niont'usis.  huramlu*i  j>resl)iler  scripsit.  »>  iVaueluse  G.,  chap.  mélr.  27, 
1"  '2it).  \.o^  eoiiilessi;^ueut  a[)rèsles  évèques  :  cepondanl  révè<pie  «ionaleur 
ne  son^c  rit  liii-nièine  «praprêseux.  Suit  h' «groupe  hiérarclii(pie  du  vieonile, 
d«'s  juj^M's  et  des  Itunoins.  La  sDuscripliou  de  (iaruier,  sucee>sour  du  <!ona- 
hMir,  a  évidemment  été  inlerealée,  dans  l'espace  resté  libre  entre  les 
siniph's  témoins  et  le  serihe,  pour  eonlirnuM*  l'acte  après  la  mort  de  Landry. 
--  2MM»vend)re  '.•7*.>?  .  lan  Xl^  :  «•  ...Hoilhaldus  cornes  et  Guillelmus  frattT 
nHMi»^..  <l«>namus...  ISidmodiensi...  de  alodem...  [in  page  Acpi^ense,  in  villa... 
!  Ver;^'eri(»  ...«'eelfsia^  ^aneta*  Maria*  cuni  ciniilerio  vol  mcdietatem  de  déci- 
mas... Si^num  nodl»all>us  eomes...  Sijrnuni  (luillelmus.  S.  Aldebertus.  S. 
Honililio.  S.  Amico.  S.  Poneio  ».    Areh.  du  (ianl:!!.  itXî,  ff.  21    v«-22  r«>  .  — 

—  (!;irpentras.    1*''   mars    0S2   :  ««    cum    consilio   et    voluntate...    hujus 

Pmxinli.i'  prin(i|»i*i  necnc  frai  ris  ejus  liolhholdi  comitis...  •>  \<iiiU.  (Ihrhl.^ 
t.  1,  in^lr.,  |).  liS'.  —  j077-98!'»|  :  c.  ejro  l^nuhertus  et  uxonnea  Walhnrfjris... 
d(Mi.-tmns...  alitpiid  de  iisco  tpiod  teiuMuns  pro  seniore  nostro  (iiiillelmo 
eoinite  el  fVatri'  suo  liothaldo,  palu  lesvideliceL  .  Sifjfnuin  domini  Guillelmi 
<•omili'^...  S.  l{()ll)aldi,  comitis.  S.  .\rsennis comitisse...  u  (Chantelou,  pp.  Vl^- 
!)(»  .  Arli's,  ♦'»  mars  p.>ÎM>  ?|.  ind.  W  :  .«  ...  anle  presentiam  domini  Willelmi 
Provincir  cninilis...  ci\  ilas  Korojuliensis...  i<^itur  nunc,  inclyte  cornes,  tihi 
fsl  :i  Dciminc»  I\umiH;is  e(»ncesj,a  ut  e\peller«»s  .\«,Mrenos  a  pristinis  finibus... 
priiHTps  iMiU'^iliiim  a<l  suam  c()nju;;em  vel  ad  judices  suos  AldeluM-luni 
al<|iir.id  Ad<'I«'lmium  neen«>n  el  ad  celeros  fidèles  suos...  (piesivil...  Sijrimm 
Willrlmi  <<»milis  et  uxoris  sue  Adalays...  !{olbaldus  cornes  voluil  et  con- 
cessit    et    manu    pnipria    lirmavit...   »>     (^Jiantelou,    UUt.de    Montmujoui\ 

é<l.du  Houre,  pp.  «jO-iiS  .  —  Arles,  t)02  :  «« dominas  princeps  et  marchio 

islius  Proviuj'ia'  bona*  indolis  Willelmus,  conju^^e  sua  Adalaix  et  filio  suo 
nominu  Willelmo.  .  adslantc    donino    Aunone  urchiepiscopo...    Rotbaldus 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  227 

peut-être  îi  Arles.  Chose  remarquable,  dans  tous  ces  actes 
postérieurs  à  la  mort  Je  leur  père,  c'est  la  souscription  de  Guil- 
laume qui  précède,  à  deux  exceptions  près,  celle  de  son  frère  aîné 
Houbaud.  Il  faudrait  en  connaître  la  niison.  I/acte  deîlTI ,  relatif 
h  des  biens  situés  dans  les  comtés  de  Fréjus  et  de  Sisteron,  est  une 
donation  qui  émane  de  Guillaume  lui-même  :  il  est  donc  naturel 
que  le  donateur  souscrive  le  premier.  Son  frère  aîné  Roubaud 
n'intervient  que  pour  la  confirmer.  I/actedt*  î)7(iémane  de  1  evêipie 
d'Avignon  :  il  est  souscrit  par  lesévétpies  de  (]îivaillon.  d*Aix,les 
deux  comtes  et  le  donateur.  L'acte  de  î)82  émane  de  Tévêque  de 
Carpentras,  qui  déclare  aj^ir  du  conseil  et  de  la  volonté  des  deux 
frères  :  les  expressions  employées  par  lui  sont  à  noter.  Il  voit 
en  Guillaume,  qu'il  nomme  le  premier,  le  «  prince  de  celte  pro- 
vince »  et,  en  Houbaud,  simplement  un  comte.  L'esprit  se 
reporte  au  protocole  des  actes  privés  de  cette  époque  ({ui 
voyait  en  Conrad,  assez  fréquemment,  non  pas  le  roi  de  Pro- 
vence, mais  le  roi  «  des  Provences  ».  Une  de  ces  «  Provences  », 
sinon  toutes,  évidemment,  obéissait  à  Guillaume.  Kniin,  l'acte  de 
990  mentionne  des  faits  (|ui  se  passent  successivement  «i 
Mano-sque,  dans  le  comté  de  Sisteron  et  à  Arles.  II  est  relatif  à 
Fréjus  et  il  émane  directement  de  Guillaume  :  comme  en  072,  on 
ne  peut  donc  être  surpris  de  voir  l'auteur  de    l'acte  souscrire  le 

cornes  voluit  at((iie  firmavit.  Stophaims  opiscopus...  Poulius  cpiscopus  fir- 
mavit.  Alius  Ponlins  archicpiscropus  finn.ivil.  rdolricus  firrnaxil  cpisco- 
pus... »>  (Bouche,  l.  II,  p.  1-7).  —  28  aoùl  vcrslMJOj  :  y  oj,n>  Willclinns  indi- 
tus  coines...  in  pago  Hcjjensc,  in  aj»;ro  Variaccnsc,  hoc  est  villa...  Valcii- 
ciola...  aut  de  lisco,  aut  de  alodc...  de  illa  niea  niediclalc...  I^)dhaldi:s 
comes  firmavil.  Adahiix  comilissa  iirmavit.  Wilelnius  coincs  liiinavil,  et 
iiliusejus  Wilelmus  firmavil  u  \(Uunij^  n"  i8in).  —  '1\)  aoùl  91)3|  :  <■  v^o 
Guillelmus  cornes  et  uxor  niea  Adalaiz  et  ^^erinanus  nicus  Hotlh.ddus  el 
filius  meus  Guillelmus...  donanuis...  ecch^siam..  S.  (.io>nja'  cl  S.  l);iniia:ii 
et  alia...  Sanclin  Mîiria.»...  in  lerrilorio  civilalis  Maj^aloncnsis,  in  sul>uil)io 
castri  Substantionensis...  de  villa  (^aldisianicas...  S.  (iuilIcliniiN  conu's  (>t 
uxor  mea  Adalaiz  et  fraler  meus  Holhaldus  et  filius  meus  Wilelmus...  »> 
(Arch.  du  Gard  :  II.  iOr>.  (Inrl.  de  Psalmoili/^  f"  i">;.  Louis  V  cI;miL  mort  h» 
22  mai  987,  Hugues  Capel  fut  élu  le  i'''juin  Uiclicr,  lih.  IHI,  cap.  ."»  et  12) 
Psalmody,  entre  le  vieux  Vistre  <'t  le  Vidourle,  comm.  Sainl-Laurcnt 
dWigouze,  Gard,  arr.Nimes,  canton  Aigues-Mortes;  Candillargues,  Hérault, 
<Minton  Mauguio,   arr.  Montpellier. 


228  LA    PROVKNCE   DU    PREMIER    AU    Xll*^    SIÈCLE 

prcMîiiorotde  voir  son  frère  UoubaudRgurer  seulement  au  second 
raii»^  pourle  confirmer.  En  résumé,  deux  constatations  s'imposent. 
D'abord,  les  actes  où  paraissent  ensemble  les  deux  frères,  avec 
(iuillaume  au  premier  rang,  concernent  le  comté  d'Arles,  la 
parlio  du  comté  dWix  placée  sur  la  rive  droite  de  la  Durance, 
les  comtés  de  Fréjus,  de  Sisteron,  d'Avignon,  de  Carpentras. 
(a'ux  ijue  Houbaud  souscrit  le  premier  sont  relatifs  à  liiez  et  à 
Aix.  Deux  actes  ont  été  rédigés  k  Arles  (976  et  990),  comme 
l'avaient  été  auparavant  tous  ceux  émanés  de  leur  père  ;  deux 
autres  ont  été  rédigés  à  Avignon  et  à  Carpentras.  Un  seul  con- 
vcvnv  le  domaine  fiscal  au  comté  d'Arles.  11  semble  ressortir 
clairement  de  laque  Guillaume,  après  la  mort  de  son  père  Boson 
comte  d'Arles  et  de  son  cousin  germain  Boson  comte  d'Avignon, 
laissa  le  comté  d'Arles  à  son  frère  aîné  Roubaud,  en  prenant  pour 
lui  le  comté  d'Avignon,  c'est-à-dire  la  région  comprenant  les 
cilés  d'Avignon,  (larpentras,  Cavaillon,  Aix  sur  la  rive  droite, 
Sisteron,  et  (|u*il  y  joignit  sans  doute  Fréjus  sur  la  rive  gauche. 
Dans  les  actes  qui  concernaient  ces  cités,  la  souscription  de 
(iuillaume  dès  ÎI72  passait  la  première  :  mais  il  lui  fallait  tou- 
jours l'approbation  de  son  frère  aîné  Uoubaud.  La  Provence  res- 
tait indivise  entre  eux  deux  :  ils  s'en  partageaient  la  jouissance. 
Ce  cantonnement  de  Guillaume  sur  la  rive  droite,  que  l'on  croit 
entrevoir,  explique  seul,  d'ailleurs,  pourquoi  il  y  choisira  le  lieu 
de  sa  sépulture,  au  lieu  de  se  faire  enterrer  dans  Arles.  Si  ce  can- 
tonnement était  admis,  on  devrait  observer  que  les  actes,  émanés 
de  l'aîné  Uoubaud  personnellement,  sont  surtout  relatifs  à  Arles  : 
fail  r(Mnan|iiable,  il  n'en  existe  point  qui  soient  antérieurs  à  la 
mort  (Ir  (iuillaume.  (^e  silence  paraît  prouver  que  la  personnalité 
de  l'aîné  était  abolument  eifacée.  Après  avoir  constaté  que 
prestpic  tous  les  actes  concernent  la  rive  droite,  il  faut  constater 
en  second  litni  un  fait  absolument  certain.  Toute  l'initiative 
appartient  au  cadet,  non  seulement  sur  la  rive  droite,  mais 
i'ncore  sur  la  rive  gauche  de  la  Durance.  L'acte  relatif  aux  marais 
de  Monlmajour  est  sans  réplique.  Cet  effacement  de  Roubaud 
est  vraiment  extraordinaire,  puisqu'il  n'a  pas  fait  la  moindre 
donation  à  Montmajour  de  son  propre  mouvement. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  229 

Après  avoir  parlé  des  actes  où  les  deux  frères  paraissent 
ensemble,  il  faut  passer  en  revue  ceux,  plus  nombreux,  qui 
émanent  seulement  de  Guillaume  ou  qui  le  concernent  ;  on  en 
compte  au  moins  seize  *.    Sur  ce  nombre,  cinq  ont   élé  passés  à 

1.  Arles,  20  août  [970?],  l'an  XXXI  :  u  antedomnoWillcmmo,  inhislrissimo 
comité  ot  aille  vassos  dominicos,  tain  ronianos  ([uam  salicos,  unà  ciim  plu- 
rimariim  personarum  divorsis  le^ihiis  viventihus...  in  comilaln  A(jiumiso... 
de  villa  Stavello...  cornes  prefaliis  et  judex  Ben^np^arivis  judicaverunl...  »» 
(Cari,  de  Saint-Victor^  n*'2y0).   Les  souscriptions  de  ce  plaid  onl  disparu. 

Arles,  mai  [072  ?J,  l'an  XXXIIl  :  «...Hicterius    sancle    sedis    Arelalcnsis 

venembilis   archimandrita favenfe  viro  illuslrissimo  (niillelnio  comité  .. 

abbatiam  Sancti  Vincentii  Sanclique    Ferreoli...    nuncupatam  Nionis,  que 

est  in   comitatu    Vasionensi,    lerrilorio    Provincie Slaluenles...    nulli, 

licere...  magne  j)arveque  persone  tam  duxsive  mardiiosive  etiam  cujusque 

dignilatis  sit  preditus  homo Signum  archiepiscopus  lliclerius...  Signuin 

Guillelmus  cornes  firmavil.  Airardo  episcopo  finnavit.  Garnerius  ahha...  » 
(Bibliotb.  d'Arles,  ms.  108,  n^  44  ;  tiré  des  Arch.  de  Saiiit-('ésaire). 

Arles,  17  août  977,  l'an  XXXVIII  :  «  Ego...  Teucinda...  cedo...  insulam... 
Monte  majore...  in  comitatu  Arelatense...  Signum  Tcuciiide...  Hiculfusepis- 
copus  volait  et  consensit.  Vuillelmus  comes  finnavit.  Lanbertus  f.  Poncius 
firmavil...  Archinricus  levila  at(jue  indignus  monaclius  scripsil  »  (C.lian- 
telou,  pp.  52,  53).  (^etle  charte  [)rouve  que  le  moine  Archinric  de  Monl- 
majour  prenait  alors  Tère  à  Oi-O. 

Marseille,  mercredi  31  octobre  [977]  :  <(  ego...  Ilonoralus  episcopus... 
in  comitatu  Massiliense...  incomitatu  Aqueuse...  in  comitatu  Senescience... 
in  comitatu  Forojuliense...  in  comitatu  Ucetico...  Signum  domni  Ilonorati... 
Domnus  Guillelmus  comeslirmavit  »  (Car/.  .Sflt/i/-r£r/or,  n"  23).  La  sous- 
cription du  comte  figure  la  dernière,  après  celles  du  donateur,  des  simples 
témoins  et  de  la  famille  vicomtale.  11  est  donc  certain  ipril  n'était  pas  pré- 
sent à   la  rédaction  de  l'acte  et  qu'on  l'a  prié  ensuite  de  la  confirmer. 

ÏJi  mercredi  tombe  le  31  octobre  en  900,  977,  983  et  988.  L'acte  est  pro- 
liablcmcnt  postérieur  au  mois  de  mais  90.'),  date  à  lacpielle  Guillaume 
u*était  pas  encore  comte;  il  est  antérieur  à  la  date  du  0  mars,  l'an  XL  de 
Conrad,  où  parait,  comme  évèque  de  Marseille,  Pons,  neveu  et  successeur 
d'Honorat  [Saint -Victor,  n°  72).  Pour  déterminer  la  date  complète  de  ce 
(lies  adquem^  il  faut  observer  que  l'ère  a  pu  être  prise,  au  plus  tôt  en  937  et 
au  plus  lard  en  942;  par  conséipient,  il  s'agil  d'un  0  mars  flottant  entre» 
976  et  981.  Les  dates  de  983  et  988  sont  éliminées  pour  le  mercredi 
31  octobre  :  il  restecomme  possibles  les  années  900  et  977.  Il  y  a  lieu  main- 
tenant d'observer  que  l'acte  du  G  mars  [970-981]  donne  les  souscriptions 
de  six  témoins  :  Déodat,  Marin,  Domini(pu^,  Thierry,  Nizier  et  Autard. 
Cinq  de  ces  témoins  sur  six  se  retrouvent  parmi  b^s  six  témoins  assistant 
le  31  octobre  à  Pacte  d'IIonorat,  à  la  suite  de  révêcjue  de  Fréjus,  «le  la 
famille  vicomtale  et  du  comte.  C'est  une  très  grande   probabilité  que  les 


230  LA    PROVENCE    DU   PREMIER    AU   XII*   SIÈCLE 

Arles,  trois  à  Avij^non,  un  h  Marseille,  un  à  Apt,  un  à  Manosque 
et  c'in(|  dans  (les  loc'iilités  iiuléterininées  :soit,  six  actes  dressés  sur 

<l*Mi\  ados  (ïii  31  oclohn»  et  du  G  mars  ont  été  passt's  à  des  dates  mp- 
prochérs.  U»  pn'init»r  à  la  lin  du  pontificat  (rilonorat,  le  second  au  début 
de  celui  de  son  successeur.  La  date  de  %6  est  donc  écartée  et  il  reste  le 
mercredi,  31  octobre  '977  :  p(mr  le  second  acte,  reste  possible  le  0  mars 
!/.>78-l»«l    avec  probabilité  pour  1)78  ou  979. 

Avi^nion.  12  mai  979,  ind.  7  :  «<  ...  cum  consilio  senioris  mci  Chuonradi 
re^is  atcpie    incliti    marchionis   Wilelmi...    Si^num  Vualcaudi  episcopi... 

Dodo    tirmavit Hicardus    firmavit...     Durandus   presbiter Sipuum 

Silveslri  archiepisco(>i  Afjuensis  ecclesia».  Sipium  Vuarnt^rii  Avenionis 
ecclesiav  Sijjnum  Vuilelmi  comitis  Saint-Victor,  n®  1043».  Le  groupe 
final  des  deux  évè<pies  et  <lu  comte  paraît  former  une  confirmation  posté- 
rieure à  la  rédaction  de  l'acte,  l/acte  concerne  le  pays  de  Cavaillon. 

Arles,  17  avril  '981?],  fan  42...  <«  ej^o,  in  Dei  nomen,  Vuilelmus,  marchius 
Arelalense  Provintie...  cedo...  alitjuid  de  proprietatem  meam...  in  comitatu 
Avinionenst»,  in  aj^ro  Hupiano...  Signum  Vuilelmus...  Signum  Arsinda 
coniitissa  firmavit.  Si<^num  Kidebertus  et  Vuarbitlus  et  Bonlilius  judices... 
Si;;iuim  Bonlilius  vicarius  lirmavit....  Aimericus  presbiler  rogitusscripsit  »> 
[Saint-Victor,  n"  I0*2i. 

juin  9S||,  l'an  42  :  "  NVillelmus  comes  et  conjux  mea  Arsindis...  cedi- 
mus...  in  re};no  Provincie,  in  pago  Aquensi,  villam...  Pertusum...  que 
miebi  ex  donatione  Ingilranni  Cavallicensis  episcopi  et  fratris  sui  Novi- 
loii^i  ie^nbus  obvenit...  Signum  NVillelmi  inclytus  comes  et  uxor  sua  Arsin- 
<lis...  Archinricus  monacbus...  mandante  Willelmo  comité  scripsit  •> 
{(^lïantelou,  p|).  r»r»-;»7'.  La  date  est  lixée  par  Pacte  précédent  du  10  août 
977  émané  du  menu»   scribe. 

Avij^non,  0  mai  9S2,  ind.  10*  :  <«  ego  Warnerins  Avenionensis  ecclesi;e 
episcopus...  in  agro  Krelensi...  S.  Warnerii  humilis  episcopi...  S.  War- 
nerii,  Durandi  el  aliorum  canonicorum.  S.  Theodorici  episcopi  Vasionensis, 
Willelniiis  voluit,  consenliit  et  lirmavit.  Eldeberlus,  Adalelmus,  Lam- 
bert us  Dodonus.  Hugo  presbyter  firmavit  »  (Deloche,  Suint-Iiemy  de 
Provence,  pp.  ;ir)-(>0'.  La  souscription  comtale,  suivie  de  celle  des  juges, 
a  pu  être  a[)|)osée  après  coup. 

Manos(pie,  mercredi  2  janvier  ^98t.,  l'an  4i  :  «  in  placito  générale...  in 
presenliaGuilelmo  comité  el  lleldeberlo  judice  et  Garbido  judice...  »«(^'aiVi/- 
Victor^  n"  irô'k  .  11  s'agit  d'un  jugement  entre révé<|ue  de  Marseille  et  celuide 
Sisteron  :  le  groupe  des  souscri|)tions  est  incomplet.  Le  mercredi  2  janvier 
tombe  en  9(J7,  978,  984-,  989;  d'autre  part,  l'ère  ayant  pu  être  prise  de  937  à 
942,  la  date  de  l'an  4V  Hotte  entre  le  2  janvier  [980,  et  le  2  janvier  [985^  : 
c'est  donc  le  mercredi  2 janvier  [981^  dont  il  s'agit  et  Père  était  prise,  dans 
cet  acte,  en  9U. 

Avignon  98rt.  ind.  1 1''  :  «  ego  Vuillelmus  comes,  inclitus  marcliio,  et  uxor 
mea  Adalaix  comilissa  donamus  ..  in  comitatu  Avenionense,  laeum  BuU 
bonum  et  brachium  Mairanicaruin...  Signum  Vuillelini  incliti  marchionis  el 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  231 

la  rive  gauche  et  cinq  sur  la  rive  droite.  C'est  la  même  propor- 
tion que  celle  déjà  observée  pour  les  neuf  actes  où  paraissent  les  deux 
frères,  puisqu'il  en  est  trois  qui  sont  datés  d'Arles,  und'Avignon, 
un  de  Garpentras  et  deux  d'une  localité  inconnue.  Les  actes,  où 
Guillaume  paraît  seul,  sont  deux  fois  plus  nombreux  queceuxoù 
figure  l'approbation  de  son  frère.  Observant  quels  sont  les  comtés 
intéressés  par  ces  seize  actes  sur  lesquels  porte  Texamen  actuel,  on 
voit  nommer  Avignon  trois  fois,  Aix  quatre  fois,  dont  une  à  propos 
de  Pertuis  sur  la  rive  droite,  Arles  deux  fois,  Fréjus  deux  fois, 
Apt  deux  fois,  Vaison  une  fois,  Cavaillon  une  fois,  Marseille  une 
fois,  Senez  une  fois,  Riez  une  fois  et  Sisteron  une  fois.  La  pré- 
pondérance d'Avignon  et  d'Aix  est  intéressante  ;  elle  est 
souvent   fournie  par    des  titres  qui  concernent  Saint-Victor    ou 

uxoris  su.Tp  Adalaix  comitissîc...  »  (nuffi,  Dissrrialiofis  hisloz-iques^  i712, 
p.  16;    d'après  le  Carf.   de  Sa  i  ni- And  ré  d'Avignon,    p.  3'f). 

989,  ind.  l'«  :  «antepresenliam  domni  Annonissancte  Arelatcnsiseoclosio 
archiprosulis...sul)luscaslrus...Fossas,  secusmaro...  Sifi^num  doiniii  Annonis 
archiepiscopi...  Willelmiis  coinos  firmavil.  Ymbcrtus  proposilus  f.  Ponciiis 
Massilicnsiftcpiscopus  f.  Riculfusepiscopiis  (irmavit  »  (Alhanès,  (rull.  (Ihrisl. 
noviss.^  Arles,  n°  291}. 

Arles,  mai  [988?|,ran  V9  :  «  eg^o...  Silvoster  donc...  per  romedium  anime 
mec...  et  per  remedium  anime  Vuillelmi  Provmtie  marchioni...  Lonicus, 
incomitatu  Forojulicnsi...  »  (Chanlelou,  pp.  r)7-r»8).  La  date  llotto  entre 
985  cl  990,  avec  probabilité  plus  jj^randc  pour  9hi0,  si  l'ère  est  |)rise  h  940. 
Arles,  juin  [989],  Tan  49  :  «  ...inter  domno  Vuillelmo  comité  et  uxor  sua 
Adalax  apud...  Aicardo...  do  villa...  Se^alarias...  in  comitatu  A<[uonso... 
S.  domnus  Vuilolmus  et  uxor  sua  Adalax...  S.  Teulbaldus  vic:irius...  »  [Mfini. 
de  lAc.  de  Marseille,  1887,  i)p.  2r)2-2:)3). 

Apt,  5  août  991,  ind.  4«  :  «  Teudericus  sedis  Aptensis...  episco|)us... 
cum  consilio  et  volunUto  Vuillelmi  totius  Provinciaî  principis...  »  [(inll. 
Christ.,  t.  I,  instr.,  col.  74-75  ;  Cari.  dWpl,  w""  3}. 

Arles,  juillet  [993  ?|,  l'an  54...  «  ej^o  llostaf^nus  et  fraler  mous  Vnala... 
in  comitatu  Atense...  S.  Rostajçnus  et  Vuala...  Vitburga  et  Insin^arda  et 
infantes  il loru m  Gontardus  et  Hoda  et  Vuilla  et  Billiildo...  Domnus  Vuillel- 
mus  cornes  firmavit.  S.  Pontius  juvcnis  firmavit  Aimerions  prosbyter,  nota- 
rius,  ro;^atusscripsil  »  (Cbantelou,  pp.  71-72).  La  date  llolte  entre  juillet  990 
et  juillet  993,  suivant  (ju'on  prend  le  début  de  l'ère  en  937  ou  en  912:  lo  roi 
étant  mort  le  19  octobre  993,  cela  réduit  le  début  possible  de  937  à  yiO. 
Le  scribe  arlésien  Aimeric  se  rencontre  lo  17  avril  [981  ?■,  l'an  42  [Saint- 
Victor^  n°  1042),  et  en  novembre  [982?|.  l'an  i"3  iChantelou,  |)|).  5i'-5.*»)  :  la 
date  de  993  est  la  plus  probable,  avec  le  point  de  départdo  l'ère  en  9tO. 

[093-1000]  :  «  cornes  Willelmus...  in  terra  de  Valentiola  et  do  Arohin- 
zosco...  >»  (Ciuny,  n«  1290). 


2-12  LA    PROVKNCE  DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCXE 

Moiitmajour,    abbayes   marseillaise  et  arlésienne.   Sur  dix-huit 
nionlions,  neuf  concernonl  les  localités  dépendant  dWvij^non  et 
(K»  la  rive  droite,  neuf  des  localités  placées    sur  la   rive   gauche. 
Parmi  ces    seize    actes,    il  se   présente    deux    plaids    comtaux  : 
l'un  est  tenu  en  janvier  àManosque,  l'autre  en  août  à  Arles.  Dans 
ce  [)laid  craoùt,  on  voit  les  vassaux  de  loi  romaine  passer  avant 
ceux  <le  loi  salicjue  ;  en  Provence,  c'est  naturel  K  Quant  au  comte, 
il  n'iii(li{|ue  pas  quelle  est  sa  loi  personnelle.  En  somme,  la  série 
d'actt's,  où  Guillaume  parait  seul,  permet  de  maintenir  l'opinion 
qui  dcsii^^nail  Avignon  comme   le  centre  probable   de    ses  biens 
pi'rsnniieis.  11  est  évident  que  le  comte    habile  tantôt  Arles  et 
tantôt  Avi-;n{)n  :  toutefois  sur  la  rive   droite,   il  choisit   comme 
ri*si(K'nce,  hors  de  toute  cité,  le  château  de  Manosque  formé  par 
la  paroisse  Saint- Sauveur  et  h  la  sortie  duquel  se  forme   déjà  un 
houriC  avec  réj^lise  Notre-Dame.  C'est  une  innovation.  Dans  les 
cilrs,  1rs  comtes  commen(;aient  à  n'être  plus  tout  à  fait  chez  eux. 
(Juel([uefois,  Guillaume  passait  Noël  à  Manosque  et  Pâques  à  Arles. 

On  a  vu  (pfà  Arles  même,  Roubaud  était  relég^ué  par  Guil- 
laume au  second  i)lan.  Si  l'on  pas.se  en  revue  les  actes  privés, 
émanés,  non  plus  de  Guillaume,  mais  des  primats  d'Arles,  du 
ti'inps  entier  et  d'Annon,  de  î)i>3  à  J)96,  on  voit  que,  parmi  une 
vinj;^taine  de  pièces,  deux  seules  sont  soumises  àl'approbation  com- 
tale,  parce  (ju'il  s'aj^it  dans  ce  cas,  non  pas  d'une  simple  donation 
ou  (l'un  échange  de  terres  ecclésiastiques,  mais  d'une  fondation 
d'abbave.  L'approbation  demandée  alors  est  celle  de  Guillaume 
et  non  pas  celle  de  Houbaud  '-'. 

11  est  difficile  de  dire  à  quoi  exactement  est  dû  cet  effacement 
de  Roubaud,  depuis  la  mort  de  son  père.  S'il  était  bien  Tainé  de 
Guillaume,  ildutabdi(pier  les  droits  de  prééminence  qu'il  tenait 
de  sa  naissance.  Jusqu'alors,  il  y  avait  eu  des  comtes  en  Provence, 
résidant  dans  Arles,  dans  Avignon,  dans  Senez  et  ailleurs.  Celui 

1.  Il  (Ml  était  ainsi  déjà  en  845  :  <(  ante  Rothbertum  vicarium  de  viro 
illiislri  AdîillKMto  comité  et  tam  scavinis  tam  romanis  quam  salicis...  » 
[Sninl-Virlor,  n"  20). 

2.  (;.*//.  noriss,,  Arles,  n-'^SGo  à  296.  Voir  les n<»  291  et  276(Bibl.  d'Arles, 
ms.  108,  n«>  44). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  233 

i'Arles  avait  plus  d'importance  que  les  autres,  parce  qu'il  rési- 
iait  dans  la  capitale  de  la  Provence  :  c'était  donc  le  seul  dont 
e  titre,  dans  les  actes,  fût  suivi  quelquefois  de  l'indication  de  sa 
résidence.  Le  précepte  du  8  décembre  966  qualifiait  encore 
ainsi  Boson  comte  d*Arles.  AvecTavènementdeses  fils,  Tun  dans 
Arles,  l'autre  dans  Avignon,  une  transformation  se  produit.  Le 
plaid  du  20  août  970  ne  permet  pas  encore  de  la  saisir  :  la  dona- 
tion d'avril  972,  émanée  de  Guillaume  et  approuvée  par  Rou- 
baud,  en  témoigne  pour  la  première  fois.  Guillaume  n'est  plus 
un  simple  comte  d'Avignon,  Roubaud  n'est  plus,  de  son  côté, 
un  simple  comte  d'Arles  :  tous  deux  ne  sont  plus  de  simples 
comtes  en  Provence.  Guillaume  s'intitule  comte  de  Provence  : 
ceci  suppose  que  tous  les  autres  comtes  en  Provence,  existant  pré- 
cédemment à  Senez  et  ailleurs,  avaient  disparu.  Seul  Guillaume 
demeurait  et  son  frère  Roubaud  auprès  de  lui  :  Roubaud  ne 
prend  d'ailleurs  pas  le  titre  nouveau,  il  le  laisse  à  Guillaume 
seul  en  signe  de  prééminence.  L'approbation  qu'il  donne  à 
quelques-uns  de  ses  actes,  soit  sur  la  rive  gauche,  soit  sur  la 
rive  droite,  prouve  que  la  propriété  de  la  Provence  était  légale- 
ment indivise  entre  eux  deux.  Par  le  fait,  Roubaud  jouissait  sur- 
tout d'Arles  et  Guillaume  d'Avignon.  Mais  Guillaume  était  le 
chef  unique.  Ce  titre  éminent  que  Guillaume  assume  en  972  est 
celui  que  commentera  l'évoque  de  Carpentras  en  982,  en  disant 
que  Guillaume  est  le  prince  de  cette  Provence  et  en  passant 
sous  silence  son  frère  le  comte  Roubaud.  L'évêque  d'Apt  préci- 
sera, en  991,  en  déclarant  que  Guillaume  est  le  prince  de 
toute  la  Provence. 


§  2.  —  L'érection  de  la  marche  de  Provence 

(979) 

Au  moment  où  la  Provence  retrouvait  son  unité,  sous  l'au- 
torité d'un  seul  chef,  le  titre  de  comte  parut  insuffisant  pour 
définir    cette    autorité.    Dans     des     circonstances     analogues, 


234  LA   PROVeXCG    du    premier    au    XII®  SIÈCLE 

en  911,  le    comte  d'Arles,  Hug^ues,  était    devenu  duc  de  Pro- 
vonco.  Guillaume  n'était  pas  de  race  assez  illustre,  semble-t-il, 
pour  ceindre  à  son  tour  la  couronne  ducale.  Le  roi  de  Bourgogne 
ne  devait  pas,  d'ailleurs,  tenir  beaucoup  à  élever  un  duc  dans  son 
royaume.  Tout  le  monde  reçut  bientôt  satisfaction  par  un  moyen 
terme.  Le   12  mai   979,  un  évêque,  celui  de  Cavaillon,  déclare 
avoir    pris    le  conseil    de   son    seigneur   le    roi    Conrad  el  de 
Guillaume,  l'illustre    mar({uis.  Guillaume  lui-même,  le   17  avril 
981,  se    qualifie  marquis    de    la    Provence   arlésienne.  Avec  ce 
titre  de  manjuis,  il    reparait  en  98G  à  Avignon  ;  de   même,  ^ 
Arles  en  992,  il  agit  comme  seigneur,  prince  et  marquis  de  cette 
Provence;  finalement,  en  mai 993,  un  des  vassaux  de  Guillaume 
précise  encore  que  ce  prince  est  marquis  de  Provence.  Ainsi  Guil- 
laume revoit,  entre  972  et  979,  le  titre   de  marquis  de    Provence 
comme   Hugues,   en   911,   était   devenu  marquis  de  Viennoise. 
Il  aurait  pu  dire  :  «  duc  ne  puis,  marquis  suis.  »  Par  tradition, 
la  Provence    était  mieux  qu'une  marche  et  elle  constituait  un 
duché.   En  mai    972,  le   style  de  Tarclievêque    d'Arles  prévoit 
l'existence  possible  d'un  duc  ou  d'un  marquis.  Après  la  mort  de 
Guillaume,  on  le  traitera  par  inadvertance  de  duc*  et  on   n'aura 
pas  tout  à  fait  tort,  puisque  ce  personnage  avait  été,  en  somme, 
manpiis  d'un  duché.  Les  autres   actes   continuent  à  donner  son 
titre  ancien  de  comte  à  Guillaumeet  ce  n'est  pas  irrégulier,  car  ce 
titre  n'est  pas  incompatible  avec  le  nouveau.  Dans  chaque  duché, 
dans  chaque  marche,  le  duc  ou  le  marquis  possède  personnel- 
lement un  ou  plusieurs  comtés  :  en   Provence,    le    marquis   les 
possédait  tous,  c'est  vrai,  mais  il  les  possédait  par  indivis  avec 
son    frère,  de  sorte  qu'en    droit    le    marquis  de    Provence  était 
propriétaire  de   la   moitié   seulement  des   comtés  placés  dans  la 
marche. 

A  (juoi  convient-il  d'attribuer  ce  nouvel   état  de  choses  dont 
prolita  Guillaume  en  devenant  comte,  puis  marquis  de  Provence  ? 


l.  w  \Villolinus(juon<lamdux  ol  Provinciio  pnlor  palriaM»  (C/iiny,  n°28GC;. 
«  Willoliniis  Arelaloiisis  dux  »  (Raoul  Glal>or,  lib.  I,  cap.  IV,  g  9). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  235 

!-■* institution  d'un  marquis  revient  à  organiser  la  défense  d'un 
pHys  frontière  sous  Tautorité  miltaire  d'un  seul  chef.  Si  l'orga- 
^^isation  de  la  Provence  en  marche  était  dirigée  contre  le 
**oyaume  de  Lombardie,  elle  ne  tarderait  pas  jusqu'en  979  à 
Se  faire  jour.  On  a  vu  que  la  marche  d'Ivrée  avait  été  renforcée 
Contre  les  Alpes  en  trois  zones  à  l'avènement  de  Béranger,  le 
13  décembre  950.  Le  roi  de  Bourgogne  venait  précisément  d'ins- 
taller les  Hls  de  lloubaud  comme  comtes  d'Arles  et  d'Avignon 
en  949  :  s'il  avait  eu  la  préoccupation  d'orgîiniser  la  Provence 
contre  la  Lombardie,  il  aurait  fait  de  Boson  un  marquis,  au  lieu 
de  le  laisser  simple  comte  d'Arles  toute  sa   vie. 

L'organisation  de  laProvenceen  979  serait-elledirigée contre  le 
royaume  de  France?  C'est  fort  probable.  En  elîet,  le  roi  de  France 
Lothaire  s'associa  son  fils  Louis  V  et  le  fit  sacrer  à  Compiègne 
le  8  juin  979.  Aussitôt,  il  l'expédie  à  Brioude,  auprès  d'Alix 
d'Anjou,  veuve  d'Etienne,  comte  de  Gévaudan,  pour  l'épouser  et 
se  faire  reconnaître  comme  roi  de  Guyenne.  Malheureusement,  les 
caractères  des  deux  nouveaux  époux  étaient  aussi  mal  assortis  que 
leur  âge  respectif  :  le  jeune  roi  ne  tarda  pas  à  haïr  sa  femme. 
L'union  dura  à  peine  deux  ans,  dit  Uicher,  et  un  divorce  survint. 
Le  roi  de  France,  fâché  de  la  tournure  que  prenaient  les  événe- 
ments, rappela  son  fils  auprès  de  lui.  Alix,  peinée  de  son 
abandon  et  craignant  pis  encore,  se  réfugia  en  Provence  :  elle  y 
épousa  Guillaume  d'Arles. 

Richer  place  le  récit  des  affaires  de  Guyenne  (979-981),  c'est- 
à-dire  le  sacre  de  Louis  V,  son  séjour  à  Brioude,  son  mariage 
avec  Alix,  après  le  récit  des  affaires  contemporaines  de  Ger- 
manie (978-981)  K  II  est  facile  de  rétablir  les  dates  :  le  sacre   de 

I.  Hichcr,  I lis  loriu  ru  m,  lib.  IIÏ,  §  91  :  «  Promotio  Liuiovici  in  rofi:num 
Francoruni. — 55  92.  Ilem  promotio  Ludovici  in  rej^num  A<|uitania*  eiusqiie 
uxoratio.  — §94:  A<lelaidis  al  l-.iu!ovico  rc^ina»  in  A(|uilauia  promotio 
corumque  divorlium  »(é(I.  i/i  usu/nsrholannn,  pp.  119-121). 

Les  paragraphes  consacrés  îi  la  guerre  do  Germanie  et  au  traité  {|ui  intei 
vint  sont  les  §  68  h  81.  Cette  guerre  ayant  débuté  avant   le  sacre  de  Louis. 
i'historien,  pour  ne  pas  couper  son  développement,  en  fait  la  narration  com- 
plète jusqu'au  traité  de  981  et  y  ajoute  le  voyage  du  duc  de  France  auprès 


236  LA    PROVKNCE    DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

Louis  V  a  été  célébré  le  8  juin  1)79.  Son  séjour  en  Guvenne  et 
son  union,  qui  y  dura  près  de  deuxans,  doivent  donc  être  reportés 
de  979  à  981.  Précisément,  on  a  deux  préceptes  de  Loiliaire, 
datés  du  9  juillet  981,  où,  par  exception,  il  mentionne  le  règne  de 
son  fils  à  coté  du  sien.  Ces  préceptes  marquent  le  moment  pré- 
cis où  Louis  V  rentrait  de  Guyenne  en  France.  C'est  peu  après 
que  la  reine  Alix,  abandonnée  h  Brioude,  dut  se  décider  à  se 
mettre  en  Provence  .^  Tabri  de  toute  vexation. 

H  y  a  vraiment  une  coïncidence  remarquable  entre  les  événe- 
ments de  Guyenne  et  Tépoque  où  se  constate  Torfi^anisation  de  la 
Provence  en  marche.  Le  premier  acte,  qui  mentionne  le  titre  de 
manjuis  porté  par  Guillaume  mari  d'Arsinde,  est  du  12  mai  979  : 
le  sacre  de  Louis  que  son  père  allait  envoyer  pour  réf^ner  en 
Guyenne  est  du  8  juin.  Il  paraît  évident  que  le  roi  de  Bourgogne 
organisa  la  Provence  en  marche  contre  le  royaume  de  France,  ou 
plus  exactement  contre  le  royaume  de  Guyenne,  dès  qu'il  eut 
vent  des  événements  qui  se  préparaient  et  de  la  prochaine  expan- 
sion française  sur  ses  frontières.  Ce  n'était  pas  un  acte  d'hosti- 
lité proprement  dite  :  c  était  une  mesure  de  prudence.  La  France 
était  alors  en  guerre  contre  la  Germanie  et  Conrad  parait  avoir 
gardé  une  neutralité  complète  dans  la  querelle.  En  981,  Lothaire 
pourra  donc  lui  écrire  en  invoquant  la  satisfaction  qu'il  res- 
sentait d'avoir  maintenu  fermement  les  relations  amicales  déjà 
anciennes  entre  la  France  eï  la  Bourgogne  K  Mais,  on  le  devine, 
Lothaire  avait  alors  à  demander  un  service  important  au  roi  de 
Bourgogne  :  deux  ans  auparavant,  celui-ci  n'était  sans  doute  pas 
si  bien  rassuré  sur  les  intentions  cordiales  de  Lothaire. 


du  roi  (le  Germanie,  sous  lcs§  81  à  90,  en  raison  de  ses  rapports  étroits  avec 
celle  fjuern».  Alors  seulement,  il  passe,  g  91  h  95,  aux  événements  contem- 
porains de  Guyenne  qui  débutent  en  979  et  s'achèvent  eux-mêmes  en  981. 
Cette  méthode  se  comprend. 

1.  «  Lolharius  Francorum,  gratia  Dei,  rex  Conrado  Alemannorum  repi, 
quicrfuid  sibi.  Amicitiam  inter  nos  a  multo  tempore  constitutam  inviolabi- 
lilcrconservare  semper  mihi  gratum  fuit....  «(Richer,  llisloriarum,  lib.  III, 
§86). 


Le  rotaume  de  bourgogne -Provence  23^ 

§  3.  —  L'expulsion  des  Sarrasins 

(983) 

La  marche  de  Provence,  constituée  en  979  contre  une  menace 
éventuelle  de  la  France,  rendit  au  moins  le  service  aux  Proven- 
çaux de  les  débarrasser  des  Sarrasins.  Cet  événement  vaut  la 
peine  qu'on  s'y  arrête,  après  avoir  dit  quelques  mots  de  Toccu 
pation  désastreuse  et  prolongée  qui  le  précéda.  On  sait  déjà 
comment  ^  vingt  d'entre  eux,  venus  d'Espagne  sur  une  barque 
légère  pour  aborder  probablement  en  Gothie,  furent  portés  sans 
le  vouloir  à  la  dérive  par  le  vent  du  sud-ouest  sur  les  c(Mes  de 
Provence.  Ils  débarquent  la  nuit,  entrent  par  surprise  dans  le 
village  voisin,  en  massacrent  les  habitants,  prennent  le  parti  de 
s'établir  dans  les  hauteurs  peu  accessibles  de  la  chaîne  des  Maures, 
tout  près  du  village  surpris  et  de  la  mer,  se  retranchent  contre 
les  gens  du  pays  qui  voudraient  venger  les  leurs.  Ils  se  terrent 
dans  des  buissons  épineux,  qui  rendent  par  leur  épaisseur  tous  les 
abords  infranchissables,  et  ne  ménagent  qu'un  seul  sentier  d  ac- 
cès, de  manière  à  jouir  d'une  entière  sécurité.  Trouvant  ce  repaire 
à  leur  goût,  ils  envoient  chercher  du  renfort  en  lîspagne  avec  la 
promesse  de  gagner  sans  peine  tout  le  pays.  Leurs  compatriotes 
peuvent  à  peinecroireàunepareille  aubaine.  Cent  autres  seulement 

1.  «  Opidum  vocabulo  Fraxiiielum  ([uod  in  Italicorum  Provinlialium(jiie 
confiiiiostare  manift»sliim  est...  mari  iino  oxlatrre  cingitur,  ctptoris  densis- 
sima  spinarum  silva  munitur...  XX  lantiiin  Saraconi  linlro  parvula  ex  Ilis- 
pania  t*gressi,  villain({uc  dàm  inf^^rossi,  chrislicolas...  jiij,'ulanl...  inon- 
temtiue  Slauruin  vliliila'  coherrntem  contra  vicinas  goules  rofiigiuin  [)araiil  ;.. 
spinoam  silvani...  spissiorcnisua  pro  tuilioiu*  falioales...  Loci...  aspi'ritate 
confîsi.  vicinas  gentes  clàm  circum(pia({ue  perluslranl...  in  Ilis|)aniam 
nuiitios  dirigunt  viciiiasquc  génies  nicliili  se  liabere  promiltunt.  (^enhim 
denique  tanluminodo  mox  Saracenos  redncunt...  Inlerea...  Provincialium... 
învidia  cepit  inter  se  dissidere,  alius  alium  jugulare,  substanliani  ra[)ere... 
pars...  hos...  Saracenos.  non  minus  callidos  <{uam  perfidos,  in  auxilium 
rogat;  cumque  his  una  proximum  conleril...  Irucidare...  terram  fruclile- 
ramin  solitudincm  reddere...  »  (Liudprand,  Anfapodosis,  lib.   I,  cap.   1-4). 

Voir  la  feuille  XXV-35,  sur  la  carte  du  service  vicinal. 


238  LA    PKOVENCE  DL"    PKEMlKR    AU    XII*    SIÈCLE 

se  décident  à  rejoindre  les  premiers  arrivés.  Précisément  à  cette 
éiHHjue,  les  Provençaux,  envieux  les  uns  des  autres,  ne  pensaient 
(ju'à  se  tuer  et  à  se  voler  réciproquement.  Ne  pouvant  se  faire 
îissez  de  mal  à  eux-mêmes,  il  en  est  qui,  pour  venir  à  bout  de 
leurs  adversaires,  appellent  à  leur  aide  les  pirates étrang^ers.  Bref, 
ce  (|ue  les  Sarrasins  peu  nombreux  n'auraient  pu  faire  de  leurs 
propres  forces  contre  les  Provençaux  unis,  ils  arrivent  à  le  faire 
^ràce  à  la  «guerre  civile  qui  rongeait  ce  malheureux  pavs.  Les  Sar- 
rasins augmentent  leur  nombre  peu  k  peu,  grâce  k  raveiigleitient 
des  habitants  divisés  qui  les  laissent  faire  :  le  moment  vient  où 
ils  peuvent  impunément  ravager  les  campagnes  et  piller  les 
habitants  (|u'ils  mettent  finalement  d'accord  en  les  exlerminanl 
sans  acception  de  parti. 

(]e  récit,  qui  est  celui  de  Liudprand,  olîre  toutes  les  apparences 
de  la  vérité:  on  n'a  aucune  raison  de  le  suspecter.  Selon  lui,  le 
Freinet,  où  débarcpièrent   les  Sarrasins,  se  trouvait  aux  contins 
de  l'Italie  et  de  la  Provence.  En  réalité,  d'après  les   textes   du 
w^  siècle,  ce  n'était  pas  un  simple  château  qui  portait   ce    nom, 
mais  toute  une  région  du  comté  de  Fréjus  bordée  par  la  mer  au 
sud,   protégée  au  nord  par  les  montagnes  boisées  qu'on  appelle 
les  Maures  et  où,  selon  Liudprand,  les  Sarrasins  cherchèrent  leur 
refuge  après  le  sac  du  premier  village  pris  par  eux.  Le  golfe  de 
Grimaud  était  le  mouillage  naturel  de  cette  région.  Elle  compre- 
nait  notamment  les  châteaux  de  Saint-Tropez,  de  Grimaud,   de 
Miramas,  le  village  de  la  Mole,  le  revest  de  la  Moure.  La  Garde- 
Fniinet  est  le  seul  lieu  qui   ait  retenu  le  nom  générique  du  can- 
ton ;  mais  ce  n'était,  commel'indique  son  qualiticatif,  qu'un  poste 
d'observation  placé    à    la    limite    du    Freinet'.    Le    canton    du 

l.  C.tri.  fh  Sainf-Viclo/\  ii»»  |S,  110,  :;r.l,  :i<K),  5îH,  51»2,  595.  La  forme 
lalino  est  :  h'nixvnclnmy  Fr;i.vinituni^  Fr:i.rnni'tinn.  Le  seul  texte  (|iii  révèle 
la  forme  vnlf^airc  Fnufiiotum  (»sl  le  n°  WM  :  c'est  bien  ré(jiiivalenl  de  la 
forme  actuel  le  Freinet. 

La  Môle,  Var,  arr.  Hra^ui^nan,  caut.  Saint-Tropez.  —  Grimaud,  Var,  arr. 
Dra^^iipian.  —  La  (jartle-Frcincl,  Var,  arr.  l)rap:ui(i^nan,  cant.  Grimaud.  — 
N.-D.  de  Miramas,  cha|>clle  sur  une  colline,  dans  la  commune  précédente. 
—  La  Moure,  hameau  dans  la  même  commune.  —  Saint-Tropez,  Var,    arr. 


LE  BOYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  239 

Freinet  formait  donc  rexlrémité  du  diocèse  de  Fréjus  sur  la 
côte,  vers  Toulon,  en  remontant  la  frontière  de  ce  diocèse  par  la 
Môle,  Grimaud,  la  Garde  et  la  Moure.  Le  diocèse  de  Fréjus 
dépendait  de  la  province  dWixet  celui  de  Toulon  de  la  province 
d'Arles.  Pour  admettre  Texpression  dont  se  sert  Liudprand,  en 
disant  que  le  canton  du  Freinet  se  trouve  sur  les  limites  de  la 
Provence  et  de  l'Italie,  il  faut  croire  que  les  Sarrasins  vinrent 
s'v  établir  au  moment  où  la  province  d'Embrun  était  rattachée 
à  ritalie,  c'est-à-dire  sous  le  règne  de  Charles  le  Gros  :  Fréjus 
et  Antibes  formaient  la  frontière  de  la  Provence  ;  Vence  et 
Nice  celle  de  l'Italie.  De  fait,  par  le  texte  du  concile  de  Valence 
réuni  pour  l'élection  de  Louis  TAveugle,  on  voit  que  l'événe- 
ment s'était  produit  avant  890  K 

La  période  d'anarchie  et  de  guerre  civile,  qui  favorisa  l'instal- 
lation des  pillards,  doit  coïncider  avec  le  règne  de  Boson,  com- 
battu par  les  Carolingiens.  Quand  Hugues  devint  duc  de  Pro- 
vence, les  Sarrasins  devaient  être  déjà  assez  forts  pour  ne  plus 
ménager  personne  :  au  fur  et  à  mesure  que  leur  nombre  devient 
plus  grand  et  que  le  temps  passe,  l'aire  de  leurs  dévastations 
s'étend  plus  loin  du  Freinet,  soit  parce  que  leur  audace 
croît,  soit  parce  que  les  environs  immédiats  sont  déjà  rava- 
gés. En  936,  ils  vont  piller  Acqui,  pendant  que  leurs  compa- 
triotes d'Afrique  venaient  par  mer  s'emparer  de  Gènes  -.  En 
941,  ils  interceptent  les  passages  des  Alpes  à  l'ouest  et  au  nord 
de  la  Lombardie  :  le  roi  Hugues  se  voit  contraint  d'intervenir. 
N'ayant  pas  de  flotte,  il  traite  avec  le  hasileus  :  en  912,  les 
Grecs  viennent  bloquer  le  Freinet  par  mer  pour  l'empêcher 
de    se    ravitailler.    Ils    jettent    leur    feu    grégeois   qui   détruit 


Draguifj^nan.  — La  chaîno  des  Maures  sVteiul  parallèlement  à  la  mer,  entre 
le  Gapeau  du  côté  de  Toulon  et  TArj^ens  du  coté  de  Fréjus,  entre   la  rade 
d'Hvèresct  le  j^olfc  de  Fréjus. 
Feuilles  XXV,  3r>  et  36. 

1.  '<  Sarrazeni,  Provinciam  depopulanles,  lerram  in  solitudinem  redi^^»- 
bant  >»  {Mon.  Genn.hint.  ;  Capitularia,  t.  II,  181K3,  p.  377). 

2.  Liutprand,  Anlapod,,  lib.  11,  cap  43;  lib.  IV,  cap.  4. 


2i0  LA    PROVENCE    DC    PREMIER   AL'    XII^   SIÈCLE 

les    banjues  arabes,    pendant    que   les   Lombards   et    les  Pro- 
veii^aux   s'emparent  par  terre  du  Freinel  et  obli«^ent  les    Sarra- 
sins  à    s\'nfuir  dans  les  bois  des  Maures.  Une  diversion,   amenée 
par  Ht'Tanj^er  en  Lonibanlie,  empêche  malheureusement  de  veuir 
a  bout  (lélinilivement  de  l'ennemi.   Hugues  trouve  bon  de    reu- 
vover  la  Hotte  «grecque  et  de  s'allier  avec  les  Sarrasins,  qu'il  venait 
de  batln\p<mr  chasser  Héranj^^er  de  Lombardie  *.  Pour  prix  de  ce 
servicM*,  les  Sarrasins  continuèrent  à  occuper  tranquillement   le 
Freiuft.  C^cst    l'époque   où  la  Provence  parait  être  tout    à   fait 
ê|)uis('e.  I /avènement  du  roi  de  Bourgo«çne,  en  919,  marque   le 
début   d  une  ère    de   restauration,  lente    à  se  dessiner.  Le    roi. 
menace*  à  la  fois  des  Hongrois  et  des  Sarrasins,  trouve  moyen  de 
laneer  les  premiers,  qui  ne  faisaient  que  passer,  sur  les  seconds 
(|iii  l'taient  lixés  à  demeure.  Cette  tactique  valait  mieux  que  celle 
de  llii^^iies  :  les  Provençaux,  de  leur  eôté,  devaient  être  guéris  de 
leur  aveuglement  fratrieide.  On  vendit  des  Sarrasins  prisonniers 
sur    le  marché  d'Arles  '.    Mais,  en  963,  leur  repaire  n'était    pas 
eueore  détruit  '.  (/était  chose  faite  avant   990  '*.    Pour   se   faire 
une  idée  du  <lésert  qu'étaient  à  ce  moment  les  cités  de  Fréjus  et 
de  Toulon  voisines,  il  suffit    de    lire    les  textes  :    ils  sont  élo- 

1.  Lin l|)i':i  11(1,  .l/i/.'i/jo(/.,  lib.  V,  ^9,  16,17. 

2.  Kkkrhanl.  C.isiis  (Srripf.,  l.  il,  pp.  110-111). 
'.\.  l.iii<lpr.iii<l,  De  rchiis  i/rslis  Otionis,  g  4,  7. 

I.  Arles,  »i  mars  î^'.H)  ?,  :  i<  Hiculfiis  Forojuliensis  cpiscopiis,  in  villu 
Maiioisira  aiiU'  prosrnliain  doinini  Willelini  Provincie  comitis  ot  {^«Miibus 
«•'pis  jn-ovuliihis  roj^avil  oiiin..,  rivilns  Korojulionsis...  acerhilale  Saracono- 
nim  (IcslriK-la  alcpu'  in  solihiiliniMn  fnil  roilacta  ;  habilalorcs  (pioqui'  cjns 
inliM-frcli  sou  linion»  lon^^ius  fuerunt  rlTuj^ali.  Non  su|HM*est  nliquis  «pii 
sciai  vcl  j)i\'(lia  vt'l  jjossi'ssionos...  t'celosie...  ;  non  sunl  cartariim  pagine, 
(h'smil  n?«;alia  juvcopla.  l*rivilo;;ia  (piO({U0  seu  alia  loslimonia  aul  vehis- 
lalr  cniisiiinpla  aul  i^nc  juMicrunt,  niliil  aliutl  nisi  tantum  solo  O[)is<.*opa- 
lus  iioMiiuc  pciinancnU*.  Ii,'ilur,  nunt-,  inclyle  cornes,  lîbi  est  a  Domino 
facullas  ronci'ssa  ut  cxpclleivs  A^^rcnos  a  pristinis  finibus...  »  (Chanlelou, 
c(l.  ilu  Houro,  pp.  (»r)-OS  . 

"  (iuui  j;cMs  pa^Mua  l'uissi'l  c  finibus  suis,  videlioet  (le  Fraxonolo  expulsa 
cl  terra  Toloncnsis  ccpissct  vcsliri  et  a  cultoribus  coli,  unus(piis«{uo 
sccinuluin  j)n)j)riani  ^irtulcm  rapicbal  terra  m...  :  Domine  cornes,  ccce 
terra,  solula  a  vinculo  pa^^ine  ^enlis  Iradita  est  in  manu  tua,  donatione 
rcj^ns...  »)  [durl,  de  Saint- Victor ^n^  11), 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-t>RO VENGE  241 

quents.  Les  Sarrasins  étaient  donc  demeurés  un  siècle  dans  leur 
poste  du  Freinet.  L'importance  de  leur  disparition  finale  est  telle 
qu'il  convient  d'en  fixer  la  date  avec  précision. 

L'arrestation  armée  de  Tabbé  de  Cluny  saint  Mayeul,  origi- 
naire d'Avignon,  fut  la  cause  immédiate  de  l'événement.  La  vie 
du  saint,  faite  par  Cyr  et  terminée  par  Arbaud,  est  le  meilleur 
texte  à  considter  ^  :  mais  les  faits  dont  elle  donne  le  récit  sont 
présentés  sans  le  souci  d'une  chronologie  constante  et  rétablir 
leur  ordre  réel  ne  va  pas  sans  difficultés. 

La  lecture  des  livres  2  et  3  de  cette  vie  peut  se  résumer  ainsi. 

1®  Souvent  Mayeul  se  rendit  auprès  des  empereurs  et  des  rois 
(Ub.  II,  S  23). 

2^  Il  réforma  la  vie  religieuse  non  seulement  en  France,  mais 
en  Italie;  en  Germanie  même,  il  ne  resta  pas  inconnu  (§  26). 

3®  Il  fut  en  pèlerinage  au  sanctuaire  de  N.-D.  du  Puy  (§  27). 

4®  Il  guérit  un  aveugle  en  Viennois  (§  29). 

5®  Une  autre  fois,  en  passant  à  Coire,  il  guérit  l'évêque  Albert 
au  moment  des  fêtes  de  Pâques  (§  32). 

6®  Se  trouvant  à  Rome  et  dénué  d'argent,  il  put  miraculeuse- 
ment faire  une  aumône  à  saint  Paul  (§  33). 

7®  Sa  renommée  venant  à  l'empereur  Otton,  celui-ci  désira  le 
voir  et  le  chargea  de  missions  profitables  à  l'Église  (§  35). 

8®    Il  réforma,  près  de  Ravenne,  Saint-Appollinaire  in  classe. 

9®  Pour  être  agréable  à  l'impératrice,  il  s'occupa  de  la  con- 
struction de  Saint-Sauveur  de  Pavie. 

10**  Depuis  longtemps  absent  et  voulant  rentrer  à  Cluny, 
comme  il  descendait  le  col  et  approchait  de  la  Dranse,  après 
avoir  traversé  le  village  d'Orsières  et  le  torrent  qui  y  passe,  il 
est  surpris  par  les  Sarrasins  dans  les  défilés  de  la  route,  lui  et 
ses  compagnons.  Ceux-ci  prennent  la  fuite  à  grands  cris,  mais  les 
Sarrasins  les  gagnent  et  les  saisissent.  Le  saint  est  atteint  à  la 
main  d'un  trait  envoyé  du  haut  d'un  rocher  sur  un  de  ses  fami- 
liers proche  de  lui  et  dont  il  voulut  parer  le  coup.  Mû  de  com- 
passion pour  ses  compagnons,  il  renonce  à  fuir  alors  que,   peut- 

1.  Acia  Sanctorum^  mai,  t.  II,  pp.  667-683. 
Mém.  el  doc,  de  VÉcole  des  Charles.  —  VII.  IG 


2i2  LA   PROVENCE  DU   PREMIER   AU   XII^   SIÈCLE 

iHri»,  il  Teùlpu.  Personne  n'est  tué:  les  Sarrasins,  ramenant  leurs 
prisonniers,   aperçoivent  de  loin  le   saint,  assis    seul  sur  une 
pierre  ;  ils  s'emparent  de  lui.  Comme  ils  se  moquent    des  chré- 
tiens et  de  leur  religion,  le  saint  en  prend  vivement  la  défense. 
On  lui  met  les  fers  aux  pieds  et  on  Tenferme  dans  un  trou  de 
rocher.    Pendant   la  nuit  qui    survient,  le  pape  lui  apparaît  :  se 
réveillant  on  sursaut,  il  augure  de  1«^  qu'il  sera  délivré.  Tous  ses 
livres  lui  avaient  été  volés,  cependant  il  sent  sur  lui  le  livre  de  saint 
Jérôme   sur  TAssomption    de  la  Vierge  dont  il  ne  se   séparait 
pres(jue  jamais.  Alors,  calculant  mentalement  le  nombre  de  jours 
c|ui  restaient  jusqu'à  la  fête  pi^ochaine  de  l'Assomption,  il  trouve 
(ju'il  y  en  a  vingt-quatre.  S'adressant  à  Dieu,  il  le  prie  de  le  déli- 
vrer auparavant  ;  puis  il  s'assoupit  sur  le  rocher.  En  se  réveillant 
(le  nouveau,  peu  après,  il  s'aperçoit  que  les  chaînes  de  ses  pieds 
avaiiMit  disparu.  Le  jour  arrivant  sur  ces  entrefaites,  les    Sarra- 
sins   sont  frappés  de  stupeur  à  la  vue  de  Mayeul  délivré  de  ses 
entravtvs  et,  cessant  de   le  tourner  en   dérision,  ils  commencent 
à   le    vénérer.  De  leur  consentement,    Mayeul  adresse  à  Cluny 
(|uel({ues  mots  pressants  aiin  d'annoncer  son  malheur  en  deman- 
dant cju'on  envoie  la  rançon  réclamée  pour    lui  et  ses    compa- 
gnons.  Quand  elle  arrive,    il    est  mis  en  liberté  :  ses  compa- 
gnons et   lui   peuvent  fùter  l'Assomption,  puis    il    rentre  enfin 
à  (lluny. 

Il"  (ihargés  des  dépouilles  du  saint,  les  Sarrasins  prennent 
leur  route  habituelle,  en  toute  sécurité,  pour  se  replier  sur  le 
I^'reinet.  Mais  les  chrétiens,  l'ayant  reconnue,  font  tomber  les 
Sarrasins  dans  une  embuscade  au  milieu  d'une  forêt  des  Alpes 
dont  leurs  trompettes  font  soudain  retentir  les  échos.  Pris  de 
[)ani(jue  à  ce  bruit  imprévu,  les  pillards  i^^enfuient  :  poursuivis, 
beaucoup  d'entre  eux  sont  tués.  Le  reste  gagne,  du  seul  côté  qui 
soit  accessible,  une  croupe  rocheuse  escarpée  pour  pouvoir  s'y 
retrancher.  Les  chrétiens  en  barrent  l'entrée  et  la  nuit  arrive. 
X'oulant  en  profiter  pour  s'échapper,  les  Sarrasins  essaient  de 
descendre  ;  par  un  pas  difficile,  ils  glissent  au  bas  de  la  corniche 
escarpée.  Ils  se  tuent  en  y  tombant  les  uns  après  les  autres  toute 


i 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  243 

la  nuit.  Au  matin,  les  chrétiens  n*en  trouvent  plus  que  quelques- 
uns  de  cachés  dans  lesanfractuosités  qui,  pour  avoir  la  vie  sauve, 
demandent  le  baptême.  Ils  s'emparent  de  tout  le  butin  qu'ils  se 
partagent  également.  Attribuant  leur  succès  aux  mérites  du 
saint,  ils  lui  rendent,  pour  sa  part  de  butin,  les  livres  qui  lui 
avaient  été  pris  (Lib.  III,  pars  1*,§  38-42). 

i2?  Peu  après,  le  pape  meurt.  Mayeul,  sur  la  demande  de 
l'empereur  Otton  II  et  de  sa  mère  l'impératrice  Alix,  repart 
pour  l'Italie  :  un  désaccord  surgit  entre  Tempereur  et  lui  (§  45). 

13*  Revenant  de  Rome,  un  songe  lui  révèle  la  mort  de  l'empe- 
reur Otton  I  qui  devait  survenir  dans  Tannée  courante.  De  retour 
et  se  reposant  en  Provence,  un  messager  de  Germanie  ne  tarde 
pas,  effectivement,  à  lui  en  apprendre  la  nouvelle. 

C'est  encore  ainsi  que,  plus  tard,  se  trouvant  à  Vérone,  il 
prédit  à  l'empereur  Otton  II  sa  fin  prochaine  (§  47). 

14®  Quand  Guillaume  prince  de  Provence  sent  approcher 
son  heure  dernière,  il  appelle  Mayeul  pour  soulager  son  âme. 
Celui-ci  se  rend  en  conséquence  pour  le  voir  à  Avignon;  mais, 
désireux  d'éviter  la  foule,  il  fait  dresser  sa  tente  dans  l'île  du 
Rhône,  à  côté  de  la  ville.  Le  comte  lui  fait  porter  six  pains  et 
tant  de  monde  veut  prendre  place  sur  le  bac  vermoulu  que 
celui-ci  coule  dans  le  fleuve.  Le  saint,  à  cette  vue,  se  met  en 
prière  à  l'église  ancienne  de  Saint-Martin  et  tous  sont  sauvés 
(§55). 

Ce  récit  fut  composé  après  la  mort  de  Mayeul,  évidemment 
pour  faire  ressortir  les  miracles  dont  il  était  l'auteur  et  obtenir 
sa  béatification  :  les  faits  intéressants  qu'il  renferme  sont  énu- 
mérés  avec  beaucoup  de  précision  par  un  témoin  très  informé. 
Le  récit  de  la  nuit  qui  suivit  la  capture  du  saint  est  tellement 
naturel  et  détaillé  que  l'auteur  devait  le  tenir  de  la  bouche  même 
de  l'abbé. 

Mais  l'auteur,  en  faisant  connaître  les  mérites  de  Mayeul,  ne 
suit  pas  un  ordre  chronologique  rigoureux.  Ainsi,  quand  le  saint 
se  trouve  à  Coire,  au  plus  tard  le  31   mars  967*,  il  est    sur  le 

i.  Arperiui^  évêque  de  Coire  depuis  949,  mourut  le  6janvicr968(Gams]. 


I 


244  LA   PROVENCE  DU   PREMlEft  AU   XII*   SIÈCLE 

chemin  de  Germanie  en  Italie.  Il  se  rend  donc  en  Germanie  ou 
bien  il  en  revient  :  Tappel  qu'Otton  I  lui  avait  adressé  est  forcé- 
ment antérieur.  Cependant,  Tauteur  ne  le  mentionne  que  trois 
paragraphes  plus  bas.  Le  16  juillet  967,  on  voit  Mayeul  s'occuper, 
sous  les  auspices  d'Otton,  de  l'érection  d'un  cloître  de  bénédictins 
à  Pavie  *  et  cela  confirme  ce  fait. 

lîn  dehors  de  la  date  de  son  passage  à  Coire,  il  y  a  d'autres 
éléments  chronologiques  à  recueillir.   D'abord  le  songe,  qui  lui 
révéla  la  fin  prochaine  d'Otton  I,  n'a  pu  avoir  lieu  qu'après  le 
7  mai  972  :  à  cette  date,  le  saint  se  trouvait  donc  en  Italie,   mais 
il    revint  bientôt  et  apprit  la   nouvelle  de  la  mort  en   Provence 
où  il  se  reposait  de  son  voyage  vers  la  fin  de  mai  973.  Un  pré- 
cepte impérial  confirme  précisément  cette  conclusion.    Daté  de 
1  {avenue  le  25  mai  972,   il  est   relatif  à  Saint- Apollinaire  in 
classe  ^.   Mayeul  était  alors    auprès   de  l'empereur   et  ce  pré- 
copte se  rapporte  à  la  réforme  de  cette  église,  mentionnée  par 
la   Vie  dans  un  paragraphe  différent  de  celui  qui  relate  I  an- 


Ollon  I,  coiimniu'»  empereur  à  Rome  le  2  février  962,  mourut  le  7  mai  973. 

II  pnssalos  nniu^es  002,  963  et  964  en  Italie,  qu'il  quitta  en  janvier  965  pour  la 
(jcrinnuic.  Le  13  janvier,  il  est  à  Coire  ;  le  18,  à  Saint-Gall  ;  le  23,  à  Reiche- 
nnu.  11  l'ovint  on  Italie  en  septembre  966,  passant  encore  par  Coire,  et  y 
(lomcvirn  jns(|u'apri»s  la  mort  de  Tévôque  en  question.  Par  conséquent,  s'il 
so  trouvait  ou  Goi manie  quand  Mayeul  y  va  ou  en  vient,  le  passage  de 
Mayeul  à  (^oire  se  trouve  ûxé  à  Pâques  de  965  ou  966,  c'est-à-dire  le  26 
mars  OOiJoule  la  avril  966  (G.  Richter,A/i/ia/e/i  der  deulschen  Geschichte... 

III  ahleilunjf,  eslor  hand,  pp.  88-115). 

1.  Mabillou,  Acfa  SS.  ord.  S.  Bened,  éd.  Vend.,  sec.  V,  747;  Stumpf, 
Hiùchskunzlory  t.  II,  p.  38. 

2.  Slumpf,  pp.  45  et  508.  Ce  précepte  relatif  à  Saint-Apollinaire  inclusse^ 
aci'ordô  lo  25  mai  972  en  présence  de  Mayeul,  n*empêche  pas  que  la  réforme 
t»llo-inômo  doive  remonter  au  printemps  de  967.  Le  pape  et  Tempereur 
ôtaitMil  alors  tous  deux  à  Ravenne  (Jaffé,  2«éd.,  n»»  3712-3718).  Mayeul 
(levait  y  rire  aussi  ;  quelque  temps  aprcNs,  il  obtint  personnellement  une 
huile  (Jaiïô,  2*'  éd.,  n^  3744)  et,  le  16  juillet,  slirvieutTacte  relatif  aux  béné- 
dictins de  Pavie.  A  propos  de  Saint-Sauveur  de  Pavie,  Mayeul  a  pu  s'en 
occuper  aussi  au  printemps  de  972  (Jaffé,  2«  éd.,  n®*  3764).  L'empereur  se 
trouve  i\  Ravenne  le  1«'  décembre  971  et  le  8  janvier  972,  à  Rome  du 
14  avril  au  1"  mai,  à  Ravenne  le  25  mai,  à  Pavie  le  28,  à  firescia  le 
11  juillet,  à  Pavie  le  l"'^  août,  à  Constance  le  18. 


A 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  245 

lonce  de  la  mort  du  souverain.  En  second  lieu,  Titinéraire 
i'Otton  II  fait  connaître  que  cet  empereur,  depuis  la  mort  de  son 
>ère,  ne  se  rendit  pas  en  Italie  avant  la  fîn  de  Tannée  980.  Le 
H  octobre,  il  est  encore  à  Constance;  le  5  décembre,  il  est  à 
Pavie  avec  sa  mère  Alix.  Du  28  décembre  980  au  22  jan- 
âer  981,  il  séjourne  à  Ravenne  ;  le  3  février,  on  le  trouve  îi 
\.rezzo  ;  enfin,  le  30  mars,  il  esta  Rome  où  il  demeure  jusqu'au 
S  mai.  Le  11  avril,  il  y  célèbre  Pâques  avec  sa  mère,  sa  femme, 
le  roi  et  la  reine  de  Bourgogne,  le  duc  de  France  Hugues  Capet. 
De  là,  l'empereur  part  pour  le  sud  et  il  ne  revient  de  Salerne 
k  Rome  qu'à  la  fin  de  décembre  982.  Puis,  il  va  rejoindre  sa 
mère  à  Pavie  et,  du  7  mai  au  18  juin  983,  se  trouve  à  Vérone  où  il 
tient  un  plaid  général.  Le  20  juin,  il  passe  à  Mantoue,  du  14  au 
16  juillet  à  Ravenne,  le  24  août  sur  le  Trigno,  le  27  à  Larino. 
Enfin,  Benoît  VII  étant  mort  en  octobre,  Tempereur  se  rend  à 
Rome  où  il  meurt  lui-même  le  7  décembre*.  La  vie  prouve 
que  saint  Mayeul  se  trouva  à  l'assemblée  de  Vérone  en  mai  ou 
en  juin  983  :  c'est  à  cette  date  seulement  qu'il  put  y  prédire  à 
l'empereur  sa  mort  prochaine.  Comme,  d'autre  part,  Benoît  Vil 
est  le  seul  pape  qui  soit  mort  pendant  le  séjour  d'Otton  II  en 
Italie  et  que  sa  mort  date  du  mois  d'octobre  983,  il  résulte  de  là 
[}ue  le  saint  était  revenu  d'Italie  en  Bourgogne  après  le  plaid  de 
Vérone  et  avant  cette  mort.  Dès  que  la  nouvelle  lui  en  parvint, 
s'est-à-dire  vers  la  fin  d'octobre  bu  au  début  de  novembre,  sur 
la  demande  de  l'impératrice  Alix  et  d'Otton  II,  il  se  hâta  de 
regagner  l'Italie  où  il  retrouva  l'empereur,  quelques  semaines 
avant  la  mort  de  ce  prince,  et  où  il  eut  des  difficultés  avec  lui. 
De  tout  ce  qui  précède,  il  ressort  que  la  capture  de  saint  Mayeul 
par  les  Sarrasins  vingt-cinq  jours  avant  l'Assomption,  c*est-à- 
lire  le  21  juillet,  sa  mise  en  liberté,  rançon  payée,  avant  le 
15  août,  son  arrivée  à  Cluny,  passé  le  15  août,  la  victoire  rem- 
portée par  les  Provençaux  sur  les  Sarrasins  qui  ne  tardent  pas 
k  se  replier  du  Valais  sur  le  Freinet,  se  placent  forcément  entre 

I.  Richter,  il/i/ia^/i,iZ»((/.,  pp.  133-141. 


246  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII«   SIÈCLE 

lassomblée  de  Vérone  et  la  mort  de  Benoit  Vil.  Cette  assem- 
blée eut  lieu  entre  le  7  mai  et  le  18  juin  983  ;  la  mort  du  pape 
survinten  octobre  983.  Par  conséquent,  saint  Majeul  fut  capturé 
le  samedi  21  juillet  983. 

La  localité,  où  se  produisit  cette  surprise,  est  facile  à  identifier. 
Il  faudrait  manquer  de  réflexion  pour  penser  à  la  Durance  et  à 
OrcièressurleDrac^  En  effet,  dans  cette  hypothèse,  le  saint  aurait 
quitté  la  Durance  pour  gagner  le  Drac.  La  Vie  dit  formellement  qu'il 
approchait  de  la  Dranse,  après  avoir  traversé  Orcières  et  le  tor- 
rent qui  y  passe.  C'est  le  contraire.  Déplus,  le  messager  de  Mayeul, 
parti  le  22  juillet  pour  Cluny,  se  trouvait  de  retour  avant  le 
15  août  avec  la  rançon  demandée;  le  trajet,  aller  et  retour, 
d'Orcières  à  Cluny,  représenterait  plus  de  cinq  cents  kilomètres. 
Kn  trois  semaines,  pour  un  messager  seul,  ce  serait  très  faisable, 
mais  il  fallut  forcément  du  temps  à  Fabbaye,  pour  réunir  une 
somme  aussi  considérable  que  celle  demandée,  et  cette  somme  ne 
put  voyager  aussi  rapidement  qu  un  courrier  chevauchant  sans 
bagages.  Enfin,  rentrant  d'Italie  à  Cluny,  la  route  naturelle  de 
Mayeul  était  le  Grand  Saint-Bernard. 

Quanti  on  part  dWoste  de  très  grand  matin,  on  peut  parvenir 
îiu  col  par  Saint-Remy  vers  le  milieu  de  la  journée.  Dans  Taprès- 
midi,  on  peut  descendre  par  Liddes  sur  Orsières,  jusqu'à  Martigny 
et  Saint-Maurice.  C'est  une  forte  journée  à  dos  de  mulet.  La  route 
actuelle  prend  des  lacets  que  ne  suivait  pas  la  voie  romaine.  A 
(Jrsières'-',  comme  le  dit  la  Vie,  le  voyageur  passe  de  la  rive  droite 
sur  la  gauche  du  cours  d'eau.  Mayeul  a  certainement  été  arrêté 
(Mitre  Orsières  et  Martigny.  Avant  d'arriver  à  Sembrancher  •^, 

i.  La  Durance.  aflliietil  du  RhAno,  descend  de  la  cime  du  Gondran  et  du 
Monlj^enèvre  eu  Brianvonnnais. 

La  voie  d'Ilalie  en  Espagne  la  suivait  par  Briançon,  Embrun  et  Gap. 

OrciiM'es,  Hautes-Alpes,  arr.  Embrun,  se  trouve  non  pas  sur  la  Durance, 
mais  sur  le  haut  Drac  et  dans  le  diocèse  de  Gap.  La  vallée  du  Drac  et  celle 
de  la  Durance  communi<iuaienl  parChorges  et  le  coldcMansc. 

2.  Orsières,  i\  la  jonction  du  val  de  Ferretel  du  vald*Entrcmonl,  Valais. 

3.  Sembrancher,  h  la  jonction  du  val  d*Entremont  et  de  la  vallée  de 
Bapnes,  Valais. 

La  Dranse,  afQuent  du  Rhône,  sur  la  rive  gauche,  à  Martigny. 


LE   ROYAUME    DE   BOURGOGNE-PROVENCE  247 

la  route  est  encaissée  entre  la  rivière,  à  droite,  trop  large  et 
trop  impétueuse  pour  être  franchie,  et  les  hauteurs  à  gauche  qui 
descendent  quelquefois  jusqu'à  la  rive  du  torrent.  On  est  à  la  limite 
inférieure  des  arbres  d'essence  résineuse  et  on  traverse  des  vergers 
de  pommiers.  D'après  la  Vie,  il  semblerait  que  la  rencontre  se  soit 
produite  dans  cette  région  entre  Orsières  et  Sembrancher  ;  car,  à 
Sembrancher  la  Dranse  d'Entremont,  suivie  jusqu'alors,  joint  la 
Dranse  de  Bagnes  :  or  l'auteur  de  la  Vie  qualifie  de  simple  torrent  le 
premier  de  ces  deux  cours  d'eau  et  paraît  réserver  le  nom  de  Dranse 
au  second  en  déclarant  que  le  saint  en  approchait  au  moment 
où  il  fut  surpris.  Cela  est  probable  :  toutefois,  si  l'on  note  que, 
d'après  la  Vie,  les  Sarrasins  s'étaient  embusqués  dans  des  rochers 
inaccessiblesduhautdesquelsilsparurent  subitement,  il  faut  penser 
que  l'attaque  a  eu  lieu  un  peu  plus  loin  et  après  le  confluent  des 
Dranses  à  Sembrancher.  La  rivière  est  naturellement  plus  large, 
la  route  actuelle  passe  un  moment  sur  la  rive  droite.  Le  défilé  est 
sauvage  :  il  y  a  là  des  éboulis  de  rochers  énormes  sur  une  pente 
rapide  et  dénudéequi  soutientune  cime  àpic,  la  route  est  resserrée 
entre  cette  pente  qui  la  domineet  la  rivière.  Les  Sarrasins  s'étaient 
certainement  embusqués  à  ce  passage,  le  plus  favorable  pour  eux 
entre  le  col  et  le  Rhône-  En  tout  cas,  c'est  là  que  Mayeul  dut 
passer  la  nuit  du  21  au22  juillet  983,  frémissant  de  douleur  aufond 
d'un  trou  de  rocher,  sous  la  corniche,  dormant  d'un  sommeil  agité 
par  les  rêves  de  la  fièvre.  De  là  à  Cluny,  la  distance  dépassait 
encore  quatre  cents  kilomètres  aller  et  retour.  Le  messager  du 
captif  et  les  moines  de  l'abbaye  durent  avoir  fort  à  faire  pour 
mettre  aussitôt  à  sa  disposition  l'énorme  rançon  demandée  :  mille 
livres  d 'aident. 

On  voit  que  les  Sarrasins  du  Freinet  étendaient  loin  l'aire 
de  leurs  razzias  dans  les  derniers  temps  de  leur  séjour  en  Pro- 
vence :  on  voit  combien  leur  nombre  avait  augmenté,  puisqu'ils 
étaient  un  millier  à  bénéficier  de  cette  expédition. 

Cette  capture  d'un  compatriote  puissant  et  respecté ,  alors 
intermédiaire  entre  le  pape  et  l'empereur,  produisit  en  Pro- 
vence  l'élan   nécessaire   à   l'effort  qui   slmposait.    La    victoire 


248  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll^   SIÈCLE 

du  marquis,   qui  anéantit  les  Sarrasins  à   leur  retour  par  les 
Alpes,  (loitdonc  bien  être  fixée  au  mois  de  septembre  983.  En  effet. 
munis  de  leur  butin,  ceux-ci  ne  durent  pas  tarder  à  rentrer  vers 
la  lin  d*août  pour  le  mettre  ;i  Tabri.  La  Vie  de  Mayeul  par  Cyr 
n*indique  pas  le   nom  du    vainqueur  :    celle  qui  fut  faite  par 
Odilon  nomme  Guillaume.  Le  marquis  rendit  à  Tabbé  ses  livres, 
mais  il  ne  lui  rendit  pas  son  argent  :  il  se  payait  de  sa  peine.  On 
ne  peut  dire    où   se  produisit  la  rencontre.    Les   textes  bour- 
guignons, émanant  de  Tcntourage  de  Mayeul,  ne  sont  pas  les 
seuls.  La  chronique  de  Novalaise,  qui  est  un  texte  piémontais, 
ne  parle  pas  de  cette  défaite  des  Sarrasins   survenue  pendant 
leur  retour    de   Valais    en    Provence;    par  contre,    elle  donne 
des  détails  sur  la  prise  de  leur  réduit  du  Freinet  et  elle  attribue 
ce  fait  (Karmes,  non  pas  à  Guillaume,  mais  à  son  frère  Roubaud, 
aidé  par  Ardoin,  marquis  de  Turin,  qui  possédait  la  vallée  de 
Suse.  Quelques-uns  des  prisonniers,  faitsparcedernier  au  Freinet, 
furent  emmenés  à  Turin  ^  Ce  témoignage  est  irrécusable. 

Tout  porte  à  croire  que  la  prise  du  Freinet,  par  Roubaud et  Ardoin, 
est  un  fait  contemporain  de  la  victoire  remportée  par  Guillaume 
sur  les  Sarrasins  qui  revenaient  de  Valais  avec  leur  butin.  En  effet, 
la  mention  de  Roubaud  au  lieu  de  Guillaume  est  significative  : 

1 .  «(  HodtMH  ItMiiporo  ({uo  Fusci  morabanlur  in  caslro  Frascencdello  cl 
iiiKli(lue  dilTluenles  per  climata  mundi  lollunt  et  predantur  omnia,  quidam 
eoruni  fuit  noiuine  Aimo...  Vadit  quippe  ad  coniitem  Robaldum  Provinciç 
(inibus  et  adjurât  cum  ut  nemini  prodat  secretum  quod  cupiebat  illi  fari 
noc  eliam  propria»  uxori.  Ipse  aulcm  testatur  nemini  prodere.  Ille  ait  : 
Ecco  frado  robis  inimicos  x'cslros  prrpetratores  nequiciœ.  Qui  gavisus 
est  valde  et  spopondit  ei  tribuere  omnia  si  hoc  opus  exercuissct.  Mandat 
idcirco  omnibus  Arduino(iuc  ut  adjuvent  cumin  quodam  negocium.  Omnes 
dini([uc  occurrunt  hostiliter  ei.  Litigantes  vero  intcr  se  homincs  nescii 
(pio  tenderiMit,  at  ipsc  hortatur  illos  ut  scquantur  illum.  Dum  itaque  veni- 
renl  nd  castrum,  ortans  oos  Hobaldus  ait  :  0  fratreSj  pugnate  pro  anima- 
buH  vest ris  quia  in  terra  rs/is  Sarace/iomm  !  Illi  vero  fortes  adheletcdimi- 
cantct  dcpopulantur  locum  illum...»  —  «  In  his...  temporibus,  cum  vallis 
Segusina  inermem  et  inhabitatam  permaneret,  Ardoinus  vir  potens  cripit 
illani  cl  nobis  tulil Tcmporc  illo  quo  capti  fuerant  Sarraceni  ex  Frasce- 
ncdello, duo  corum  constricli  tcuebantur  nodis  in  civitate  Taurinis  ab 
Arduino...  »  {Chron,  NovaliCylih,  V,  §  18,  15,  1  ;Cipolla,  Monum,  Novalic. 
Vetustiora,  t.  II,  pp.  200,  262,  243). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  249 

étant  donné  reffacement  habituel  de  ce  comte  devant  son  frère, 
c'est  celui-ci  qui  serait  nommé  comme  chef  d'expédition  s'il 
avait  été  présent.  Pendant  que  les  Sarrasins,  forts  d'un  millier 
d'hommes,  étaient  séparés  en  deux  groupes,  Tun  qui  revenait  de 
Valais,  l'autre  qui  gardait  le  Freinet,  les  marquis  de  Provence  et 
de  Turin  s'entendirent  pour  une  action  commune.  Les  Proven- 
çaux, guidés  par  le  traître  Aymon,  combinèrent  leur  expédition 
dans  le  plus  grand  secret.  Tandis  que  le  marquis  de  Provence 
Guillaume  dressait,  dans  un  défilé  des  Alpes,  Tembuscade  où  devait 
tomber  le  premier  groupe,  son  frère  Roubaud,  avec  le  marquis  de 
Turin,  se  rendait  maître  du  repaire .  Plus  tard,  ces  deux  faits  d'armes 
simultanés  se  confondirent  dans  la  mémoire  des  nouvelles  géné- 
rations :  Raoul  Glaber  en  est  la  preuve.  Pour  lui,  Farmée  du 
marquis  Guillaume  vint  à  bout  des  Sarrasins,  en  s'emparant  du 
Freinet  après  l'aventure  de  saint  Mayeul,  et  ce  fait  mémorable 
eut  lieu  vers  l'époque  de  la  mort  d'Otton  le  Grand.  Raoul,  qui  n'est 
pas  un  modèle  de  précision,  écrivait  plus  de  cinquante  ans  après 
l'événement,  d'après  les  traditions  bourguignonnes  ^  Les  termes 
employés  par  lui  ne  sont  d'ailleurs  pas  absolument  inexacts.  Il  ne 
dit  pas  que  Guillaume  ait  pris  le  Freinet  :  il  dit  que  ce  fut  son  armée. 
Toutes  les  forces  militaires  de  la  Provence  relevaient  en  effet  du 
marquis.  Mais,  Guillaume  étant  absent,  c'était  Roubaud  qui  com- 
mandait le  corps  provençal  envoyé  au  Freinet.  Les  traditions  du 
Piémont  avaient  gardé  fidèlement  la  mémoire  de  l'appui  prêté  par 
Ardoin  à  Roubaud  :  Raoul  place,  à  la  mort  d'Otton  le  Grand,  ce 
qui  se  passa  en  réalité  trois  mois  avant  celle  d'Otton  II. 

Ainsi  disparut  ce  fléau  des  pillards  mahométans  que  la  Provence 


i.  «  Contigitergo  codcm  temporeut  beatus  pater  Maiolus...  Ipsi  denique 
Sarraccni  paulo  post  in  loco  qui  Fraxinetus  dicilur  circumacli  ab  exercitii 
Willelmi  Arelalensis  diicis  omnesque  in  brevi  perierunt...  Ipso  igitur 
in  tempore  morluus  est  prcdiclus  Otto  imperator  susccpitquc  fllius  ejus, 
secundus  videlicel  Otto,  eundcm  impcriiim  »  (Raoul  Glaber,  Hisioriae, 
lib.  I,  cap.  IV,  §  9  et  10).  Raoul  donne  trois  détails  intéressants  :  le  mon- 
tant de  la  rançon,  le  nombre  des  Sarrasins  qui  prirent  Mayeul  et  Tépisode 
du  livre  foulé  aux  pieds  par  Tun  d'eux. 


250  LA    PROVRNCE    DL    PREMIER    AC    Xll*  SIÈCLE 

avait  laissé  d*abord  s*établir  chez  elle  avec  indifTérence  et  même, 
({ui  pis  est,  avec  indulgeace,  absorbée  qu'elle  était  par  ses  dissen- 
sions intestines.   Qu*uq    grand   pays  ait  subi   longtemps  cette 
honte,  la  faute  en  est  à  ses  gouvernants  et  à  ce  pays  lui-même, 
insouciant  de  s*unir  pour  chasser  les  étrangers  qui  ledépouillaieDt. 
Le  triste  f^ouis,  Hugues  Tavisé  laissèrent  cette  plaie  s  étendre: 
les  Hongrois  seuls  paraissent  avoir  aidé  passagèrement  le  jeune 
Conrad.  Toujours  les  Provençaux  se  laissaient  tondre  :  les  divi- 
sions locales  et  l'anarchie  générale  avaient  produit   leur  œuvre. 
Ce  fut  une  impuissiince  telle  que,  pendant  un  siècle,  un  millier  de 
[)illards  ré.sol us  purent  tranquillement,  sans  arriver  à  être  un  contre 
cent,  exploiter   et   terrifier  la  Provence  à  demeure.  Peu  à    peu, 
cependant,  1  excès  des  maux  subis  en  commun  dut  amener  un 
lupprochenient  nécessaire  entre  les  victimes.  Restait  à  attendre 
(h»s  circonstances  favorables.  Le  comte  Guillaume  surgit  :    il  se 
met  au  premier  nmg  avant  Roubaud,  unit  sous  son   autorité  dès 
Î>7I  tous  les  comtés  de  Provence,  se  fait  décerner  le  titre  régulier 
(le  manjuis  en  979  à  Toccasion  d'un  mouvement  de  la  France 
en  (luyenne.  La  Provence  a  désormais  un  chef  effectif,  bien  à  elle. 
Plus  d'influences  viennoises,  comme  de  861  à  926;  l'autorité  royale 
(»lle  même,  exercée  par  une  dynastie  étrangère,  s'éloigne  et  s'anni- 
hilera peu  à  peu.  Rien  ne  manquait  plus  qu'une  occasion  pour  faire 
(lispaniitre  les  Sarrasins  :  le  21  juillet  983,  ils  saisissent  Mayeul  et 
le  ranvonnent  durement.  Cette  provocation  cause  leur  perte  aussi- 
tôt .  (  )n  peut  mesurer  la  profondeur  de  la  plaie  à  laquelle  le  marquis 
venait  de  porter  remède,  en  voyant  quels  souvenirs  puissants  et 
vi  vaces  se  lient  dans  le  .souvenir  du  peuple  de  Provence  au  nom  sar- 
rasin. (]ette  oecu[)ation  destructrice  ne  dura  qu'un  siècle  et,  depuis 
lors,    mille  ans  vont  passer  sans  que  personne  puisse  l'oublier. 
La    Provence    date    volontiers  ses   vieux    monuments   de  cette 
<  I)o(|ue  lamentable;  les  Sarrasins,  qui  ont  tout  fait  pour  la  détruire 
en  un  siècle,   précèdent  dans  sa  mémoire  les    Romains  qui    en 
avaient  pas.sé  cinq  à  la  développer. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  251 


§  4.  — Le  rôle  administratif  du  marquis. 

Le  rôle  du  marquis  n'est  pas  tout  à  la  guerre  :  après  la  vic- 
toire, les  terres  conquises  ou  abandonnées  lui  appartiennent  et  il 
les  cède  au  premier  occupant.  Chacun  s'y  précipite  et  s'empare 
de  ce  qu'il  a  la  force  de  prendre  ;  mais  Tanarchie  n'est  plus,  comme 
jadis,  souveraine.  C'est  le  marquis  qui  règle  les  conflits  naissants 
et  les  gens  font  appel  à  son  autorité.  11  y  a  le  droit  au-dessus  de 
la  force  :  le  marquis  lui-même  ne  se  contente  pas  de  son 
droit  propre  de  conquête.  Le  roi  reste  la  source  du  droit  régu- 
lier et  sert  surtout  à  ratifîer,  à  légaliser  ce  qui  se  passe  en  fait  : 
de  même  que,  quatre  ans  auparavant,  il  avait  concédé  à  Guil- 
laume la  marche,  de  même  maintenant  il  concède  au  mar- 
quis victorieux  le  domaine  du  fisc  royal  à  tenir  en  alleu  *  et  ce 
fisc  royal  sera  désormais  le  fisc  comtal.  En  même  temps,  sans 
doute,  il  lui  délègue  tous  ses  droits  régaliens  :  notamment  la 
garde  et  la  protection  des  églises  cathédrales  avec  la  tutelle  des 
juifs  ^  ;  les  évêques,  cessant  de  reconnaître  le  roi  comme    sei- 

1.  «  Notitia  convenlionum  ville  Cathedre...  Igitur,  cum  gens  pap^ana 
fuisset  e  finibus  suis,  videlicet  de  Fraxenelo,  expulsa  et  terra  Tolonensis 
cepisset  vestiri  et  a  cultoribus  coli,  unusquisquc  secundum  propriam  vir- 
tutem  rapiebat  terram,  transgredicns  lerminos  ad  suam  possessionem.Qua- 
propter  illi  qui  potentiores  videbantur  esse,  altercatione  facla,impiugebant 
se  ad  invicem  rapientes  terram  ad  posse,  videlicet  Wilelmus  vicecomcs 
et  Pontius  de  Fossis.  Qui  Pontius,  pergens  ad  comitem,  dixit  ei  :  Domine 
cornes^  ecce  terra  soluta  a  vinculo  pagane  genlis  iradita  est  in  manu  tua, 
donatione  régis,  Ideo  rogamus  ut  pergas  illuc  et  mittas  terminas  inler 
oppida  et  castra  et  terram  sanctuariam  nam  tue  potestatis  est  eam  terni  i- 
nare  et  unicuique  distribuere  quantum  tibi  ptacitum  fuerit,  Quod  illo, 
utaudivit,  concessit  et  continuo  ascendens  iu  suis  equis  perrexil.  Cumqne 
fuisset  intra  fines  Catedrc  ville,  cepit  inquirere  nomina  montiumel  concava 
vallium  et  aquarum  et  foncium.  Que  cum  audtsset,  misit  lerminos  in  terra 
sanctuaria  qui  sunt  in  carta  que  est  in  cartulario  sancti  Victoris,  ita 
dicendo  :  Quantum  ego  habeo  infra  istos  terminas  donatione  régis,  hoc  est 
fiscum  regalem,  dono  Sancto  Victoriet  monachis  ibi  excubanfibus,.,  »  (Sainte 
Victor^  n»  77).  Le  caractère  allodial  du  domaine  fiscal  concédé  ressort  du 
n»  1061  de  ce  recueil.  —  La  Cadière,  Var,  arr.  Toulon,  cant.  Le  Bcausset. 

2.  Arles,  29  décembre  [1008  ?].  Le  prévôt  d'Arles,  pour  faire  un  échange 


252  LA   PROVENCE   DC    PREBflER   AU   XII*   SIÈCLE 

gneur  direct,  deviennent  les  sujets  du  marquis  dont  ils  reçoivent 
des  alleux  :  ils  sont  médiatisés  ^ 

Dans  toute  la  Provence,  le  marquis  possède  en  dernier  ressort 
le  pouvoir  judiciîiire  qu'il  exerce  parle  ministère  de  ses  deux  juges 
laïques,  éclairés  eux-mêmes  par  le  conseil  des  «  bons  hommes  » 
chevaliers  ou  agriculteurs;  quand  bien  même  les  deux  parties  en 
cause  sont  des  évéques,  cette  composition  entièrement  laïque  du 
tribunal  ne  varie  pas*. 

La  potestas^  c'est-à-dire  le  pouvoir,  est  entre  les  mains  du 
marquis;  on  ne  dispose  de  rien  sans  sa  volunias.  Le  roi  nest 
plus  qu'un  suzerain  et  manifeste  de  plus  en  plus  rarement  son 
existence.  Quand  il  parle,  il  ne  se  hasarderait  plus  à  exprimer  des 
ordres  impératifs.  Il  fait  connaître  simplement  son  consensus  que 
l'on  reçoit  en  Provence  avec  respect,  mais  ce  n'est  plus  là  qu'une 
formalité^  .La  Provence  avait  parfaitement  conscience  de  former  un 

avec  les  Juifs,  prend  le  consentement  du  comte  {Gall.  /iofû«.,  Arles, 
no.'U>5!.  —  27  janvier  1040  :  «  epo  Josfredus  cornes  et  uxor  mea  donaraus  et 
firmanus  donationem  terrarum  judaycarum...  propter  precium  quam  inler 
nos  et  ipsos  convenil  »  {Saint-Victor^  n^il9),  Cf.,no  194:  Sdécembre  (045. 

1.  Le  12  mai  979,  révê(|iie  de  Cavaillon  déclare  encore  que  le  roi  est 
son  seigneur,  mais  il  ne  donne  pas  ce  titre  au  marquis  :  »  EgoWalcaudus... 
Cavellicensis...  pra^sul...  cum  consilio  senioris  mei  Chuonradi  régis  atque 
incliti  marchionis  Willelmi...  »  (Cari.  Saint- Victor,  d**  1043;  Bibl.  d'Avi- 
gnon, ms.,  n°  2399,  f»  30,  no21). 

La  médiatisation  dut  se  produire  bientôt.  Le  i"  mars  982,  Tévêque  deCar- 
pentras  n'invoque  plus  le  roi  ;  en  990,  à  Manosque,  Tévêque  de  Fréjusse 
présente  devant  le  marquis  genibus  ejus  provolutus, 

27  et  28  avril  1051.  «  ego  Raimundus  episcopus...  pro  pâtre  meo  ac 
mîitre,  fratribus  sive  sororibus  meis  et  avunculo  meo  domno  Wilelmo  et 
seniore  meo  comité  qui  ipsum  alodem  mihi  dédit...  y^  (Saint- Victor ,  n®  606). 

2.  Manoscjue,  2  janvier  984.  «  In  placito  générale  Wilielmo  comité... 
venil  episcopus  Pontius...  Massiliensis...  et  abbas  sancti  Victoris...  recla- 
maverunt  se  de  Uodulfo  episcopo...  Fuit  Heldebertus  judices,  Garbedus 
judices...  in presenliaGuilelmo comité  etHeldeberto  judice  et  Garbido judice 
et  Aicardo  et  Guilelmo...  et  aliis  plures  bonis  hominibus,  tam  satellites 
(piam  pagenses...  Si  quis  ante  principe  per  judicium  judicis  fuerit  deûni- 
lum  nec  poteril  immutari  sed  postea  tcmptare  voluerit  X  libras  auri  esse 
dampnandum  »  (Saint- Victor  y   n«  654). 

3.  1005«  Igitur  ego  Pontius...  Massiliensis  ecclesie  pontifex...  una  cum 
consensu  domni  Rodulfi  régis  Alamannorum  et  Provinciç  seu  etiam  cum 
precepto  et  conibentia  domni  apostolici  papç  urbis  Romç,  cum  voluntate 


LE   ROYAUME   DE  BOURGOGNE -i^ROVENCE  253 

pays  distinct,  un  royaume  entre  la  Gothie,  la  Viennoise,  la  Lombar- 
diè  et  la  mer.  Le  marquis  gouverne  ce  royaume  comme  une  sorte 
de  vice-roi  :  le  roi  de  Bourgogne,  dans  sonéloignement,  se  rend 
compte  lui-même  de  cet  état  de  choses  et  qualifie  quelquefois 
duc  le  marquis.  Quand  il  s'adresse  à  ce  pays,  c'est  volentibus  et 
nolenlibus  :  on  n'est  pas  plus  détaché.  L'historien  allemand 
Thietmar  constatera  fort  bien  Tindépendance  de  la  Provence 
dans  le  royaume  de  Bourgogne  ^ 

Cette  parenthèse  close,  il  est  établi  que  Guillaume,  devenu  mar- 
quis de  Provence  en  979,  anéantit  les  Sarrasins  dans  l'automne 
de  983. 

etiam  domni  Rodhbaldi  comitis  et  domnc  Adalaizis  comitisse  domnique 
Giiillelmi  comitis  filii  ejus,  conscntienlc  eliam  parilcrque  rogante  clero  ac 
I)opulo  sanctç  ecclesiç  Massiliensis,  facio..,  »  (Saint-Victor,  n«  15). 

[1018-1032J  :  «  In  nominc  domini  Dci  et  Salvatoris  nostri  Jbesu  Christi. 
Rodulfus  rex  Alamaadorum  divina  ordinantc  providentia  omnibus  fidelibus 
parentibus  et  amicis,  volentibus  et  nolcntibus,  vcl  cunctis  ministrantibus, 
rempublicam  ordinantibus,  cunctis  civiiibus  Aralatensis  audiontibus,  duci- 
bus,  viscommitibus,  scavinos,  judices  et  vicarios  seu  varvassuris  atque 
ceteris  omnibus  tam  presentibus  quum  et  futuris,  notum  esse  volumus 
vestre  industrie  qualiter  vir  venerabilis  Jausfredus  commis  Aralate  volente 
et  consencienle  fratre  suo  Bertramno...dat...ad  proprium  alode..,  quicquid 
fiscusregius  vel  commitalis  exinde  exigere  débet...  quapropter...  nostram 
exorant  clementiam...  ut.,  mea  etiam  auctoritate...  hos  nostros  apices... 
de  Massilia  in  Aralate  Oeri  jussimus   »  (Saint-Victor,  1061). 

En  1037,  le  comte  Bertrand  donnera  encore  *Vi  regno  Provincie,  in  pago 
Sisterico   (Chantelou,  p.  134). 

1.  1016.  Le  roi  Rodolpbe  III,  se  rencontrant  à  Strasbourg  avec  son  neveu 
IVmpereur  Henri  II,  lui  présentesa  femme  et  les  deux  fils  (piVlle  avait  eus 
d'un  précédent  mariage.  L'empereur  leur  concède  en  fief,  éventuellement, 
tout  ce  que  son  oncle  avait  promis  de  lui  laisser  en  mourant  et,  de  plus, 
tout  ce  que  Guillaume  de  Poitiers  tenait  delà  munificence  royale  :  «  et  (juod 
Willehelmus  Pictaviensis  hactenus  habuit  regio  munereprestitum.»  L'em- 
pereur fait  donner  un  évêché  à  un  homme  dévoué,  mais  Guillaume  de  Poi- 
tiers chasse  ce  nouvel  évêque.  L'historien  ajoute  :  «  Ob  hoc  solum  talis 
rector  inter  eos  dominatur  ut  eo...  et  ne  lex  nova  alterius  régis  ibi  adveniat 
qua  inolitam  consuetudinem  rumpat.  Wuillehemus  comes,  dequo  predixi, 
miles  est  régis  in  nominc  et  dominus  in  re;  el,in  his  partibus,nullus  vocalur 
comes  nisi  is  qui  ducis  honorem  possidet  etne  illius  poteslasin  hac  regionc 
paulo  minus  minueretur  consilio  et  actujmperatoria'  majestati  sicut  predixi 
reluctatur»  (Thietmar,  C/ironirori;Migne,  t.  139,  col.  1377).  Au  lieu  de  M'uil- 
lehemus  Pictaviensis,  il  faut  restituer  Wuillehemus  Prori/icia/is  :1a  maison  de 


2oi  LA    PROVENCE   DU   PREMIER    AU    XI1«   SIÈCLE 


Si).  —  Ij^s  deux  femmes  du  marquis  Guillaume. 

Le  marquis  Guillaume  se  maria  deux  fois.  Arsinde  fut  sa  pre- 
'  mière  femme  :  lacté,  passé  à  Arles  en  avril  972,  où  Guillaume 

prend  le  titre  de  comte  de  Provence,  est  rédigé  au  nom  des  deux 
époux  *.  De  même,  Tactede  donation  de  Pertuis  passé  en  juin  981'. 
'  Le  second  acte,  où  parait   le  titre  de  marquis^  passé  à  Arles  le 

17  avril  981,  est  la  donation,  consentie  à  Hugues  Blavie,  d'une 
condamine  aux  LAnes  dans  le  canton  Roubian.  Cet  acte  est  rédigé 
au  nom  seul  de  Guillaume,  mais  il  est  souscrit  également  par  sa 
femme  Arsinde  -^  Conformément  à  une  règle,  qui  est  constante  à 
ct^tte  épocjue,  le  titre  militaire  de  marquis  ne  peut  être  porté  par  une 
femme  ;  Arsinde  prend  donc  simplement  sa  qualité  de  comtesse. 
Arsinde,  si  Ton  juge  par  son  nom,  devait  être  originaire  de 
Lan«;uedoc  *.  L'acte  du  29  août  993'*  prouve  que  le  frère  de  Rou- 

I\)ili(M's  no  possédait  aucun  des  grands  pays  qui  com[X)saient  le  royaume 
do  Hour^'oj^ne  :  pas  plus  le  Viennois  (juc  la  Provence.  La  maison  de  Poi- 
ti(M*s  viimi  plus  connue»  on  Allemagne  que  la  maison  de  Provence,  Thielmar 
lui  a  a  II  ri  hue  ce  «pii  convenait  à  cette  dernière. 

Par  une  erreur  opposée,  en  1042  les  Annales  AUahenaes  font  d'Agnès, 
feunne  de  Henri  III,  la  lillo  de  Guillaume,  comte  de  Provence,  alors  qu'elle 
élail  lllle  de  (hiillaume  duc  do  Guyenne:  «  Brunoncm  episcopum  cum  viris 
et  fi'uiiuis  uiisit  ad  desi)onsandam  sibi  Wilelmi  comitis  Provinciœ  filiam.  >' 
(i.  Hichler,  Annulen  dcr  Deutschcn  geschichte;  III  abteilung,  ester  band, 
Halle.  181»0.  p.  34:»,  note  </). 

1.  Arles,  avril  [072].  «  e^o  in  Doi  nomine  Wilelmus  comes  Provincie  cl 
eonjux  mea  Arsinnn  »  [Snint-Victor,  598). 

2.  juin  [081J  :  ««  Willelnius  cornes  et  eonjux  mea  Arsiadis  »  (Cbantclou 

pp.  r)r.-r»7), 

A.  Arles,  17  avril  [081  ]  :  «  ego  in  Dei  nomen  Vuilelmus,  marchius  Arcla 
leuse  Provinliç...  Signuui  Vuilelmus...  Signum  Arsinda  comitissa  Grma 
vil...  »  ^S.iini'Vicfor,  n"  10V2>. 

i.  |VersO;>0|.  «  .Vrsindts  comitissa  cum  fdiis  suis  Odo  et  Raimundo...  ii 
eouiitalu  Narhonense...  pnrdiclus  Raymundus  comes...  »  (Vaissète, //<s/.  (f< 
Lnnfjmuhc,  t.  \\  2«  éd.,  col.  232-233,  n»  i06-XCI).  Cf.  n»  79,  89. 

;i.  i  Avignon  ?]  20 août  |903|  :  «  ego  Guillelmus  comeset  uxor  mea  Adalaizc 
germanus  meus  Hodbaldus  et  filius  meus  Guillelmus...  hune  testamentun 
uosh'um...  lieri  eligimus...  donamus  ad...  Psalmodium...  in  page  Nemau 
sensi,  ubi   Rodanus  vel  Vitusalus  Visterquc  [iter]    faciunt...    ecclesiam.. 


r\ 


LE    ROYAUME    DE  BOURGOGNE-PROVENCE  2SÎ) 

baud,  Guillaume,  se  remaria  avec  Alix  et  qu'il  en  eut  un  fils 
nommé  Guillaume  comme  lui.  Cet  acte  est  en  effet  rédigé  en 
commun,  au  nom  de  Guillaume,  de  sa  femme  Alix,  de  son  fils 
Guillaume  et  de  son  frère  Roubaud  K  Dès  986,  Alix  était  la  femme 
du  marquis  ^  :  elle  était  sœur  de  Drogon,  évêque  du  Puy,  et,  par 
conséquent,  fille  du  comte  d'Anjou  Foulques  et  de  Gerberge, 
comme  le  prouve  un  acte  de  septembre  994  ^,  11  s'agit  donc  bien 
d'Alix,  veuve  du  comte  de  Gévaudan  Etienne  I  ;  elle  avait  eu  de 
de  ce  premier  mariage  Pons,  Bertrand,  Guillaume  et  Ermen- 
garde.  En  979,  elle  s  était  remariée  avec  Louis  V.  Pendant 
près  de  deux  ans  elle  avait  été  reine  de  Guyenne  ;  mais,  divorcée 
en  981  et  délaissée  à  Brioude,   elle  s'était  réfugiée  en  Provence 

Sancti  Cosmœ  et  Sancti  Damiani  et  alia  ecclesia...  Sanclœ  Maria;...  in  terri- 
lorio  civitatis  Magaloncnsis,  in  suburbio  castri  Substantioncnsis  in  lermi- 
nivim  de  villa  Caldisianicas,  cum  ccllulis...  Facta  donalionc  ista  IIII  calen- 
das  scptcmbris  anno  scptimo  quod  usuq)avit  Ugo  ad  Carolum  Glium  Ludo- 
vici  regem...  »  (Gard,  H.  106,  Cart.  Psalmody^  f*  15). 

1.  M.  Blaneard  a  parlé  des  actes,  lires  des  archives  de  Psalmody,qui  con- 
cernent Guillaume  et  sa  femme  Alix.  Ces  actes  lui  paraissent  décisifs  et 
à  bon  droit  ;  mais  le  fait  qu'ils  prouvent  péremptoirement  est  exactement 
le  contraire  de  ce  que  M.  Blaneard  croyait  pouvoir  avancer.  La  cause  de 
celte  erreur  regrettable  de  M.  Blaneard  est  bien  simple  :  il  parle  de  ces 
actes,  non  d'après  leur  texte,  mais  d'après  l'analyse  qu'en  faisait  Mabillon. 
Celui-ci  se  trompait  en  disant  :  «  Ad  haec  eidem  Warnerio  Guillelmus 
cornes  et  uxor  cjus  Adelaisac  cognatus  ejus  Rotbaldus  comes  ac  Guillel- 
mus frater  ejus  dimiserunt  ecclesiam  de  Bergen...  •  (Annales  Ordinis  S, 
BenediclL..  t.  IV,  Lucae  MDCCXXXIX,  pp.  162-163).  L'erreur  consistait  à 
à  dire  que,  d'après  ces  actes,  Guillaume  mari  d'Alix  était  différent  du 
frère  de  Roubaud,  Guillaume.  Mabillon  aurait  dû  imprimer  :  «  ac  cognatus 
ejus  Rotbaldus  comes  ac  Guillelmus  (illus  ejus.  »  M.  Blaneard  répète  l'er- 
reur échappée  par  inadvertance  à  Mabillon  et  il  ne  l'aurait  certainement 
pas  répétée  s'il  avait  pris  la  peine  de  lire  les  textes  de  Psalmody  avant  d'en 
parler  (L.  Blaneard,  De  Vexislence  simultanée  de  Guillaume  mari  d'Ar- 
sinde  et  Guillaume  mari  d'Adélaïde,  comtes  de  Provence  au  A'«  siècle,  p.  9;. 

Nice,  30  décembre  [1000-1032]  :  <«  ego  Odila...  per  remedium  animarum 
Willelmo  magnifico  comité...  in  comitatu  Nicensis,  in  territorio,  prope  civi- 

lale,  Cimela »>   (C^«  E.  Cais  de  Pierlas  et  Gust.   Saige,  Chartrier  de 

Saint'Pons,  Monaco,  1903,  p.  5,  n®  Fil). 

2.  Avignon,  986  :  «  ego  Vuillelmus  comes,  inclitus  marchio  et  uxor  mea 
Adalaix  comitissa...  »  (RufG,  Dissert,  hist.,  1712,  p.  16). 

3.  Le  Puy,  septembre  [994]  :  «  ego  Drogo  gratia  Dei  episcopus  Anicien- 


I 


256  LA   PROVENCE   DU   PRESflER   At   Xll^   SIÈCLE 

et  s'y  était  unie  h  Guillaume,  comme  le  raconte    Richer  *.  Guil- 
laume venait  précisément  d'être  revêtu  du  titre   de  marquis,  en 
raison  de  la  venue  de  Louis  V  en  Guyenne  :   c'est  peut-être  la 
raison  jwur  laquelle  la  reine  divorcée  et  désireuse  de   vengeance 
vint  se  donner  à  lui  plutôt  qu'à  un   autre.   Malgré   l'issue  mal- 
heureuse de  son  bref  mariage  avec   Louis  V,  Alix,  après  tout, 
avait  été  reine.  Pour  un  marquis,  la  mariée  était  encore  belle  : 
cette  union  dut  être  pour  lui  à  peu  près  ce  qu'avait  été  vers  913 
|>our  le  duc  de  Provence  Hugues  son  mariage  avec  la  veuve  du 
roi  de   Jurane.    Les  deux  actes  de  986  et   de  993   ne   sont  pas 
les    seuls    où   Alix    paraisse  à  côté    du    marquis  :    il  y  en  a 
quatre  autres  et  ce  sont  ceux  de  juin  [989],  du  6  mars  990,  de 
992  et  du  28  août  [993  ?j '^.  L'acte  du  mois  d'août  1001   prouve 


sis,  liliiis  Fulcoiiis  coniitis  et  Gerborpa?  dedi  et  concessi  Willelmo  comit 
Provinciir  filio  Willolmi  qiiondam  comitis  et  Adalnsiîe  sororis  mese  cas- 
Iriiiii  do  (-halanconio  mm  omnibus  i)ortinentiis  suis  quod  heredes  Alberli 
mihi  nupor  viMididtM'unl.  -{-Signum  Drogonis  episcopi.  Aclum  apud  Podium 
monse  soplembris  anno  VII F  regnantibus  Hu^ne  el  Roberto  regibus  » 
Hibl.  nal.  Dom  Ilousseau,  I,  n^  256;  IM  des  Arch.  de  Barcelone  parmi  les 
titres  di»s  comtés  d'Aragon  el  de  Provence''.  La  communication  de  ce  texte 
est  due  à  l'obligeance  de  M.  Guy  de  Puybaudel,  ancien  membre  de  l'École 
(le  Home. 

1.  <«  Hegina,sese  viduatam  dolens  et  verita  maioris  incommodi  iniurinm, 
Willelmum  Arelatensem  adiit  ei(|ue  nupsit.  Et  sic  ex  divorlio  adulterium 
publicum  operalum  est  »  (  Uichcri  Ilistor.,  lib.  III,  g  95^ 

i.  Arles,  juin  |l)89j  :  «  ...inter  domno  Vuilelmo  comité  et  uxor  sua 
Adalax  apud  beum  bominem  nomine  .Vicardo...  de  villa...  Segalarias . . . 
in  coinitatu  Aqueuse...  de  castrum  (juod  cdificari  potuerit...  donamus 
tibiuuam  me«lietatem. . .  Signum  domnus  Vuilelmus  et  uxor  sua  Adalax... 
Signum  Teutbaldus,  vicarius.  »  ,  Boucbes-du-Rhône,  H.  Saint- Victor,  I, 
n"  17  ;  Mthn.  de  IWc.  do.  Man^ciUe,  1887,  pp.  2o2-i53).  M.  Blancard  a  iden- 
tifié Srgnhrias  avec  Saint-Zacharie. 

Arles,  0  mars  [i^i^Oj*.  «  Signum  Willelmi  comitis  et  uxoris  suc  Adalays... 
Holbaldus  eomes  voluit  et  concessil  »  (Cbantelou,  pp.  66-68). —  28  août 
[003  ?j  :  «.  Bodbaldus  conies  f.  Adalaix  comitissa  f.  Wilelmus  comes  f.  et 
lilius  ejus  Wilelmus  f.  »  [CAuny^  n*»  1837).  —  Arles,  992  :  «  domnus  princeps 
et  marchio  istius  Provincia*  bonaî  indolis  Vuillclmus  conjuge  sua  nomine 
Adalaix  et  fdio  suo  nomine  Vuillelmo  venicns. . .  Faclum  boc  testamentum 
in  ipso  monasterio  per  preceptum  domini  Vuillelmi  principis  consentiente 


LE    ROYAUME   DE   ÈOURGOGiVE-^ftOVE^CE  25^ 

llix  eut  de  Guillaume  non  seulement  un  fils,  mais  une  tille 
imée  Constance  ^  ;  cette  fille  portait  ainsi  le  nom  de  sa  grand' 
e  paternelle.  A  peine  les  Carolingiens  disparus,  la  femme 
idiée  de  Louis  V  prit  sa  revanche  :  elle  maria  sa  fille  avec  le  roi 
rance  Robert  II.  Cet  événement  se  produisit  entre  le  mois 
ût  1001  et  le  25  août  1003  :  Constance  reçut  en  dot  de  Tor 
lie  ne  gaspilla  pas  -.  A  sa  suite,  les  modes  de  Provence 
ihirent  la  France.  Elle  devait  mourir  à  Melun  en  juillet  1032. 
es  derniers  actes  que  Ton  ait  du  marquis  sont  de  992  en 
ur  de  Saint-Césaire  d'Arles,  du  29  août  993  en  faveur  de 
Imody  et  du  28  août  vers  990  en  faveur  de  Cluny.  Étant 
né  que  le  frère,  la  femme  et  le  fils  de  Guillaume  souscrivent 
i-ci  comme  celui  du  29  août,  étant  donné  qu^il  s  agit  égale- 
it  d'une  libéralité  en  faveur  d'une  abbaye,  on  est  porté  5  croire 
cet  acte  fut  passé  le  28  août  993,  la  veille  de  celui  relatif  à 
Imody.  Ce  sont  là,  en  somme,  les  dernières  dispositions  prises 
le  marquis  à  la  veille  de  sa  mort.  On  sait  que,  quand  Guil- 
ne  sentit  approcher  son  heure  dernière,  il  demanda  l'assistance 
ituelle  de  saint  Mayeul  et  celui-ci,  malgré  son  grand  âge,  vint, 
r  le  voir,  planter  sa  tente  dans  File  sise  sous  Avignon.  Il  est 
i  évident  que  le  marquis  se  devait  de  témoigner  sa  recon- 
'sance  à  Tabbé  :  cette  donation  du  28  août  en  est  un  sou- 
ir.  Par  conséquent  les  actes  du  28  et  du  29  août  993   ont  dû 


ugeejussimulcumrilioinpra?$entiadslantedoninoAnnoncarchiepiscopo 
^oluerunt  et  firmaruut  simul  cum  canonicis.  Domnus  Hotbaldus  cornes 
it  atquc  Brmavit.  Stephaniis  episcopus  firmavit. . .  Pontius  cpiscopus 
ivit.  Alius  Pontius  archiepiscopus  firmavit.  Udolricus  episcopus  fi rma- 
V'uillclmiis  vicccomes  firmavit.  »  (Bibl.  nat.  de  Madrid,  ms.  Ec.  45,  fT. 
*-25  r®;  Bouche,  //«/.  dp  Provence,  t.  II,  p.  47;. 

Août  [1001]  :  c(  ego  in  Dei  nomoii  Adalax  comitissa  et  filius  suus  Vil- 
us  cornes  et  filia  sua  Constantia...  Si^um  Adalax  comitisse  et  filii  sui 
Imi  comitis  et  filise  sue  Constantie.  .  ►>  fChantelou,  pp.  70-71). 
1029:  «ego  Robertus gratia  Det  Francorum  rcxct  Constantia  divino  nutn 
18.  Me  et  conjugem  meam  Constanciam  jocunda  conversatione  mihi 
3dum  dilectam  et  in  administra tione  rerum  ad  se  pcrtinentium  satis 
m  et  strenuam  predium...  quod  de  auro  a  patris  sui  domo  asportato... 
rat. . .  »  (Bibl.  nat.,  ms.  lat.  17048,  p.  424;. 

^ém.  et  Doc.  de  VÉcoU  det  Charles.  —  VU.  17 


258  LA    PROVENCE    DU   PRE3CIEB    AU    Xir   SIÈCLE 

être  passés  à  Avignon  et  Guillaume  a  dû  mourir  dans  cette  cité 
peu  apK'S.  II  donna  de  plus,  à  Clunv,  Sarrians  pour  y  élever  une 
é:;lise  à  la  sainte  Croix,  en  souvenir  de  sa  victoire,  et  il  déclara 
sa  volonté  d'v  être  inhumé  '.  Sa  mort  sur\'int  avant  le  mois  de 
septembre  99 i  et  ces  derniers  faits  confirment  bien  ropinioQ 
que  le  marquis  occupait  spécialement  la  région  d* Avignon. 

§  6.  —  Lépoux  d'Arsinde  n  est  pas  différent  de  celui  dWlix. 

Malgré  la  clarté  des  textes  passés  en  revue,  il  est  impossible 
de  quitter  Guillaume,  marquis  de  Provence,  sans  parler  dune 
petite  difficulté  qui  a  fait  commettre  une  grande  erreur. 

L'opinion  qu'il  v  a  lieu  de  considérer  à  ce  sujet  se  base  fonda- 
mentalement sur  l'interprétation  de  deux  actes  :  le  premier,  qui 
serait  de  septembre  980,  et  le  second  qui  remonte  au  mois  de 
juin  98 1   \ 

Cotte  opinion  émet  les  deux  propositions  suivantes  : 

I*'  Ktant  donné  que  la  comtesse  Alix  et  son   fils  Guillaume 

I.  io:n-IOiS  :  «  . .  .in  villa  Sarrianis(|uam  Wilelmus  quondain  duxPro- 
vintia*  ot  patorjmtria».  . .  moiiasIerioCliinionsi  etlocoinquo  se  sepeliri  rog:a- 
vit. .  .  morioii'idonando. . .  a'cclesiam  construerc  studuit  et  cam  cousecrare 
ot  dodicaro  roj:avil  a. . .  Hej:iml»aldo  \rolatensium  archyepiscopo ad  hono 
n'in  l>oi  ft  inomoriain  dominice  et  vicloriosissjimç  crucis  ac  Domini 
p'nitriois  ol,  . .  IVtri  ol  Pauli  ol. . .  Marcelli. . .  et. . .  Satumini. . .  »  Cluny, 

*2.  Louis  Hlanoard.  -Vo/e  sur  l'origine  des  comtes  de  Provencey  Aix 
typo^T.  Hrmi>iulrt-Auhiii.  sur  !o  C'.oiii*s,  53,  1868,  iu-8  de  8  pp.  (Extrai 
du  f^.tin;frô:<  :icirntifitfui*  de  France,  33*  session  tenue  à  Air  en  décembre 
/,S6*6\  t.  II.  pp.  3S2-.*Wr»  .  —  Sur  les  lorres,  comtes  et  vicomtes  en  Pro 
vonco,  au  x*"  ^i^•clo.  d'aprt»s  la  cliarle  de  donation  de  Ségalarie  à  Aicard 
fils  dArlulfo  98\»  :  communication  faite  à  la  séance  du  31  mars  188" 
Kxlrait  dos  Mrmoires  d^  rAcadt'mir  des  Sciences^  Belles-Lettres  et  Art 
do  Marsfùih.  annccs  18S5-I8S7,  Marst»ille,  Barlatier-Feissat,  1887,  pp.  233 
255  .  —  La  charte  de  Gibcllin  de  Cîrimaut  :  lecture  faite  à  la  séance  d^ 
17  juillet  1S87.  Marseille,  i8s7,  in-8  de  23  pp.  (Extrait  des  Mémoires  d 
rActdrmit'  tics  Sciences^  Bel Ics-Let très  et  Arts  de  Marseille^  années  188*1 
1SS7.  pp.  310-3îi  .  —  Ho  rcxistcnce  simultanée  de  Guillaume  mari  d*Ai 
sindo  ol  Ciuillaume  mari  d'Adélaïde,  comtes  de  Provence  au  x«  siècle.  S.  1 
n.  d.,  in-8  de  10  pp.  Extrait  des  Mémoires  de  F  Académie  de  MarseilU 
années  1893-1890,  pp.  197-21)0). 


^ 


LE    ROYAUME    DE    HOLRGOciNE-PROVEiNCE  259 

souscrivent  la  donation  de  Pertuisà  Montmajour,  émanée  en  juin 
981  du  comte  Guillaume  et  de  sa  femme  Arsinde,  le  comte  Guil- 
laume mari  d' Arsinde  alors  vivant  ne  peut  être  le  même  que  le 
comte  Guillaume  mari  d'Alix,  père  de  Guillaume  et  souche 
de  la  maison  des  comtes  de  Provence;  en  effet,  il  est  bien  cer- 
tain qu'un  homme  ne  peut  avoir  deux  femmes  côte  à  cote  dans 
le  même  acte,  c'est-à-dire  à  la  fois. 

2®  Etant  donné  le  texte  de  la  donation  de  Saint-Tropez  en 
septembre  980,  cette  nécessité  de  distinguer  deux  comtes  Guil- 
laume, l'un  mari  d'Arsinde,  Tautre  mari  d'Alix,  se  trouve  con- 
firmée d'une  manière  éclatante.  Il  était  acquis  que  le  premier  est 
fils  de  Boson  et  de  Constance  ;  ce  texte  prouve  désormais  que  le 
second  est  fils  de  Boson  et  de  Folcoare. 

Ne  pas  accepter  les  conséquences,  qui  découlent  de  proposi- 
tions d'un  aspect  aussi  décisif,  semble  marquer  la  volonté  de  s'in- 
surger contre  l'évidence.  Il  faut  cependant  avoir  ce  courage  pour 
deux  raisons  bien  simples:  le  premier  acte  est  mal  interprété,  le 
second  est  apocryphe,  au  point  qu'il  n'en  subsiste  rien. 

En  ce  qui  concerne  le  premier,  par  lequel,  en  juin  981,  le 
comte  Guillaume  et  sa  femme  Arsinde  donnent  à  Montmajour 
ce  qu'ils  possèdent  à  Pertuis  en  vertu  d'une  cession  de  Tévêque 
de  Cavaillon  Engilran  et  de  son  frère  Nivelon,  la  seule  difficulté 
provient  des  souscriptions.  Il  importe  d'étudier  l'ordre  dans 
laquelle  elles  se  présentent.  On  en  rencontre  quatre  groupes 
distincts.  1°  La  souscription  du  comte  donateur  et  celle  de  sa 
femme;  2®  les  souscriptions  de  neuf  notables  arlésiens  ou  autres 
qui,  sans  exprimer  leur  qualité,  confirment  la  donation  ou  en 
témoignent;  3**  la  souscription  de  la  comtesse  Alix  et  celle  de 
son  fils  Guillaume;  i''  les  souscriptions  des  trois  fils  du  Nivelon 
mentionné  dans  le  texte  de  la  donation  et  celle  d'une  quatrième 
personne  qui  la  confirme  également;  3**  enfin  la  souscription  du 
scribe,  le  moine  de  Montmajour  Archinric.  11  est  impossible  de 
ne  pas  être  frappé  de  ce  fait  que  la  souscription  d'Alix ,  au 
lieu  de  suivre  celle  du  comte  et  de  sa  femme,  ne  vient  qu'en  troi- 
sième rang,  après  celles  des  témoins.  Cela  est  contraire  aux  règles 


260  LA    PROVENCE  DU    PKE3IIER    AU    XII*    SIÈCLE 

strictes    de  la   préséance  :  immédiatement,  il  y  a  lieu  de  pré- 
sumer que  les  3*^  et  4*  séries  de  souscriptions  ont  été  intercalées 
après  coup  entre  les  souscriptions  des  témoins  et  celle  du  scribe. 
Chacun  sait  que,  dans  les  originaux,  souvent  il  existe    un  vide 
entre  le  texte   et  la  souscription  du  scribe  :   celui-ci  Ta   laissé 
pour  les  témoins,  dont  il  ne  connaît  pas  d'avance  exactement  le 
nombre,  et  les  témoins,  en  y  faisant  apposer  leurs  souscriptions, 
peuvent  ne  pas    le    remplir  complètement.   Chacun  sait    aussi 
combien  il  est  fréquent  — sans  qu'on  s'en  soit  toujours  aperçu  — 
que  les  actes  soient  suivis  de  souscriptions  plus  récentes,  mises 
plus  ou  moins  longtemps  après  leur  rédaction  pour  les  approuver. 
S'il  faut  citer  des  exemples,  celui  du  1**"  avril  976,  fourni  jwr  le 
cartulaire  d'Avignon,  sufRra  comme  indéniable  ^  Les  souscrip- 
tions se  présentent  à  cet  acte  de  la  manière  suivante,  l^    Trois 
souscriptions  d'évêques  voisins;  2**  les  deux  souscriptions   des 
comtes;  3®  la  souscription  de  Tévêque  d'Avignon  Landry,  auteur 
de  la  donation  ;  4®  la  souscription  du  vicomte  ;  5*  six  souscrip- 
tions de  témoins  ;  6®  la  souscription  de  Garnier,  évéque    d'Avi- 
gnon,   successeur   de    Landry  ;  7®  la  souscription  du    scribe.  11 
est    évident   que  Garnier  a  mis  sa  souscription  au  bas   de  cet 
acte,  après  la  date  de  sa  rédaction,  dans  Tespace  resté  vide  entre 
celle   du  dernier  témoin  et  celle  du  scribe.  Cela  est  évident  pour 
la   raison  péremptoire  qu'un  évêque,  s'il  est  présent  au  moment 
de  l'acte,  peut  bien  souffrir  k  la  rigueur  la  préséance  du  comte  de 
sa  cité,  mais  ne  saurait  souscrire  après  les  simples  témoins.  D'ail- 
leurs, une  église  ne  peut  avoir  deux  évêques  titulaires  à  la  fois, 
pas  plus  qu'un  comte  ne  peut  avoir  deux  femmes  légitimes.  Ce 
qui  s'est  passé  pour  l'acte  de  976  d'Avignon,  c'est  exactement  ce 
qui   a  du  se  passer  pour   la   donation  de  981  à  Montmajour. 

Le  critique  a  donc  une  présomption  très  grave  :  mais  il  peut 
aller  plus  loin  et  donner  les  dates  exactes  auxquelles  les  3*'  et 
i**  séries  de  souscriptions  ont  été.  Tune  après  l'autre,  ajoutées  à 


i.  Avignon,  avril  07G  (Arch.dc  Vaucluse,  G.,  chap.  mélrop.,  n®  27  prov. 
fo  20). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  261 

cet  acte  dans  le  vide  restant,  sur  le  parchemin,  entre  le  dernier 
témoin  et  le  scribe.  Cette  donation  de  Pertuis  par  Guillaume  et 
Arsinde  était  pour  Montmajour  un  accroissement  considérable 
de  temporel  que  les  héritiers  des  donateurs  devaient  chercher  à 
reprendre  et  que,  par  contre,  labbaye  devait  chercher  à  se  faire 
conGrmer  par  la  juridiction  spirituelle  de  Tordinaire,  ainsi  que  par 
les  ayants  droit  des  donateurs  après  la  mort  de  ceux-ci.  C'est  ce 
qui  se  produisit.  Les  archives  de  Montmajour  ne  renfermaient 
pas  moins  de  trente  actes  relatifs  à  cette  affaire,  depuis  981  jus- 
qu'en 1286  *. 

Le  25  septembre  de  Tan  1000,  à  Avignon  ^,  la  comtesse 
Alix  et  son  fils  Guillaume  d  une  part,  Tabbé  de  Montmajour 
Archinric  de  Tautre,  se  présentent  devant  Tarchevêque  d'Aix 
dans  le  diocèse  duquel  se  trouvait  Pertuis  :  ils  lui  demandent 
instamment  d'approuver  le  don  de  Pertuis  fait  jadis  à  Montma- 
jour par  le  comte  Boson  et  celui  fait  ensuite  par  le  comte  Guil- 
laume, ce  que  Tarchevêque  accorde.  Sans  aucun  doute,  Alix 
et  son  fils  Guillaume  qui  paraissent  ici  sont  les  mêmes  personnes 
que  celles  dont  les  souscriptions  forment  le  troisième  groupe  au 
bas  de  la  donation  de  981.  11  parait  certain  aussi  que,  s'ils 
demandent  l'approbation  de  ce  don,  ce  ne  peut  être  qu  en  qualité 
d'ayants  droit  du  comte  Guillaume  rappelé  par  eux  à  lar- 
chevêque  :  la  donation  de  ce  Guillaume  qu'ils  citent  ainsi  est 
sans  contredit  celle  de  981.  Quant  au  don  du  comte  Boson  qui 
parait  avoir  été  antérieur,  sa  date  et  sa  teneur  sont  inconnues  : 
il  peut  s'agir  de  Boson,  le  père  du  Guillaume  de  981 ,  c'est-à-dire 
de  Boson  fils  de  Roubaud,  mort,  on  Ta  vu,  vers  966.  11  peut  s  a- 
gir  aussi  du  comte  d'Avignon  Boson  fils  de  Guillaume,  dont, 
avant  976,  le  Guillaume  fils  de  Boson  et  petit-fils  de  Roubaud 
s'était  trouvé  lui-même  l'ayant  droit.  De  son  côté,  Tabbé  Archin- 
ric, qui  s^adresse  à  larchevêque  d'Aix  en  1000,   parait  être  la 

i.  Chantelou,  éd.  du  Roure,  pp.  56-57,  72-73,  90-91,  124-126,  127-128 
134-135,  135-136,  140-142,  153-154,  154-155,  190-191,  234,239,239  240. 
304-305,  305-307.  307,  308,  332-333,  333-334,  334,  334-343,  343-344,  348-350, 
354-355,  364-365,  365. 

2.  Ihid.,  pp.  90-91. 


262  LA    PROVENCE    DV    PREMIER    Al'    XIl*"    SIÈCLE 

même  personne  .que   le   scribe  Archinric  de    981,   alors  simple 
moine  dans  Tabbaye. 

Cette  approbation  de  larchevéque   d'Aix    obtenue,   Tabbé  de 
M<»ntmajour  ne   s'en  tint  pas  là.  Deux  ans  après,    en   1002,  le 
comte  Houbaud,  frère  du  comte  Guillaume  de  981,  et  sa  femme 
Ermen^arde  approuvent  à  leur  tour  la  donation  de  juin  981  et 
abandonnent  toutes  les  prétentions    qu'ils  pourraient   avoir  en 
qualité  d'ayants  droit  du  donateur  *.  Le  préambule  de  cette  con- 
firmation —  point  à  noter  —  n  est  guère  que  la  copie  de  celui  de 
981  :  cela  prouve  que   les  parties  lavaient  sous    les  yeux.  Or, 
voici   l'ordre  des   souscriptions  de  l'acte  de  1002.  1®  Les    deux 
souscriptions  du  comte  Roubaud  et  d'Ermengarde  ;  2^  les  deux 
souscriptions    de    Guillaume,    neveu  de    Roubaud,    et    d'Alix, 
mère  de  ce  Guillaume  ;  3**  la  souscription  d'un  vicomte  ;  4®  onze 
souscriptions  conlîrmatives  ou  simplement  testimoniales  de  per- 
sonnes sans  qualité  énoncée;.^)**  les  quatre  souscriptions  des  trois 
lils  de  Nivelon  et  d'une  quatrième  personne. 

Tandis  (|u'Alix  et  l'abbé  ont  recours  à  l'autorité  de  l'ar- 
chevêque en  1000  pour  confirmer  Tacte  de  981,  maintenant 
Roubaud,  en  1002,  confirme  cet  acte  de  lui-même.  On  peut  infé- 
rer de  cette  diUérence  de  forme  que  Guillaume  fils  d'Alix 
était  encore  mineur  en  septembre  1000  et  que  l'intervention  de 
l'archevêque  est  sollicitée  par  l'abbé  ad  majorem  cautelam  pour 
remédier  à  ce  défaut  d'âge. 

Les  Guillaume  et  Alix  qui  souscrivent  la  confirmation  de 
1002  sont,  à  n'en  pas  douter,  les  mêmes  personnes  que  les  auteurs 
delà  confirmation  précédente  du  15  septembre  1000,  dont  les 
souscriptions  figuraient  aussi  à  la  suite  de  l'acte  de  981.  Seule- 
ment, ici,  en  1002,  le  lils  passe  avant  sa  mère  :  on  peut  croire 
qu'il  est  devenu  majeur.  En  1002,  leurs  souscriptions  sont  bien 
de  la  même  date  que  la  rédaction  de  l'acte  :  on  les  trouve  à  leur 
place  régulière  après  celles  des  donateurs,  avant  celles  du 
vicomte  et  des  témoins.  Quant  à  la  3**  série  de  souscriptions  pla- 

1.  Chanlolou,  (h\.  du  Houiv,  pp.  72-73. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  263 

céeau  bas  de  la  confirmation  de  1002,  rien  ne  dit  qu'elles  soient 
de  la  date  de  Tacte.  Il  y  a  présomption  qu'elles  soient  posté- 
rieures, car  le  rang  de  la  famille  qui,  jadis,  avait  donné  Pertuis 
aux  comtes  de  Provence  et  l'intérêt  qu'il  y  avait  pour  Montma- 
jour  à  s'assurer  son  consentement  persistant  auraient  dû,  si  ses 
membres  avaient  souscrit  au  moment  de  l'acte  confirmatif,  la 
faire  passer  avant  les  témoins  ordinaires. 

Ce  n'est  pas  tout  :  le  4  août  1018^,  Mçntmajour  obtint 
encore,  des  trois  frères  qui  composaient  alors  cette  famille,  le  don 
de  la  moitié  de  Pertuis  qu'ils  retenaient  à  titre  viager  et  dont 
les  confronts  sont  les  mêmes  que  ceux  indiqués  en  1002.  On 
remarque  que  cette  donation  émane  précisément  des  trois  frères 
dont  les  souscriptions  avaient  été  mises  à  la  fin  des  actes  de  981 
et  de  1002. 

Désormais,  tout  se  présente  clairement  à  l'esprit  et  il  suffit  de 
produire  côte  à  côte  les  quatre  actes  de  juin  981,  de  1000,  de 
1002  et  de  1018  pour  faire  jaillir  la  vérité. 

Les  souscriptions  qui  accompagnent  la  donation  de  juin  981 
sont  de  trois  époques  différentes.  Au  fur  et  à  mesure  qu'un  acte 
confirmatif  de  cette  donation  intervenait,  les  auteurs  de  cet  acte 
nouveau  ne  se  bornaient  pas  à  le  souscrire  :  ils  souscrivaient 
en  même  temps  l'acte  primitif  de  981.  Ainsi,  les  1®*",  2®  et 
5e  groupes  de  souscriptions  ont  seuls  été  apposés  en  juin  981, 
lors  de  la  rédaction  de  l'acte.  Le  3*  groupe  y  a  été  joint  le  25 
septembre  1000  et  le  4*^  y  a  été  joint  seulement  le  4  août  1018. 
De  même,  en  ce  qui  concerne  l'acte  de  1002,  les  quatre  premiers 
groupes  de  souscriptions  qui  y  figurent  sont  seuls  contempo- 
rains de  cet  acte  ;  le  5*^  y  a  été  joint  le  4  août  1018. 

Il  résulte  de  cet  éclaircissement  que,  si  le  Guillaume  auteur 
de  l'acte  de  juin  981  n'a  jamais  pu  avoir  deux  femmes  à  la  fois, 
rien  n'empêche  qu'il  les  ait  eues  successivement.  Ce  fut  d'abord 
Arsinde,  d'avril  972  jusqu'en  juin  981  ;  ce  fut  ensuite  Alix  qui 
sera  sa  veuve. 

1.  Chantelou,  pp.  127-128. 


264  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU   XII*   SIÈCLE • 

En  1002,  au  bas  de  Tacte  où  Roubaud  confirme  la  donation  de 
981,  la  souscription  de  Guillaume,  fils  d*AIix,  précise  qu'il  est 
le  neveu  de  ce  Uoubaud.  L'acte  du  29  août  993  avait  déjà  eu  soin 
de  dire  à  plusieurs  reprises  que  Guillaume  mari  d'Alix  était  frère 
de   Roubaud.    Les  souscriptions,    mises  après  coup  sous  Tacte 
de   mai  961 ,    disaient   que    les   frères  Guillaume    et   Roubaud 
étaient  fils  de  Boson  et  de  Constance.   Ces  frères  paraissaient, 
entre  977  et  983,  comme  seigneurs  du  fisc  possédé  par  Lambert 
près  de  Montmajour  :  au  bas  de  ce  dernier  acte,  figuraient  leurs 
deux  souscriptions  et  celle  dWrsinde.  Il  est  donc  bien  évident, 
même,  semble- t-il,  pour  les  aveugles,  que  Guillaume  mari  d'Ar- 
siiide,  auteur  du  don  de  981 ,  est  le  propre  frère  de  Roubaud  con- 
firma teur  de  ce  don  en  1002.  Il  est  évident  que,  sa  femme  Arsinde 
étant  morte,  Guillaume  frère  de  Roubaud  se  remaria  avec  Alix, 
dont  il  eut  Guillaume,  désigné  en  1002  comme  le  neveu  de  Rou- 
baud.  L'acte  de  981,  produit  par  l'opinion  qu'on  examine,  se 
trouvant  ainsi  clairement  expliqué,  la  première  proposition  que 
les  adeptes  de  cette  opinion  en  faisaient  découler  ne  s'étaie  plus 
sur  rien. 

La  confirmation  de  Facte  de  981  par  Roubaud  en  1002  n'est 
d'ailleurs  pas  la  seule  :  en  mars  [1032-1034],  les  deux  frères  Ber- 
trand et  Geolfroy,  comtes  de  Provence,  confirment  à  Montma- 
jour* ce  que  leur  aïeul  Guillaume  avait  donné  à  cette  abbaye. 
Bertrand  et  Geoffroy  étaient  fils  de  Guillaume  et  de  Gerberge  : 
puisqu'ils  parlent  du  mari  d'Arsinde  comme  de  leur  grand-père, 
cela  prouve  encore  une  fois  que  celui-ci  épousa  Alix  leur 
grand 'mère  après  la  mort  d'Arsindel  Le  même  Geoffroy  en  1037 
confirmera  à  Saint-Victor  la  condamine  donnée  jadis  à  Hugues 

i.  Mars  [1032-1054]:  «  ego  Gaufridiis  Dci  ordinatione  cornes...  depreca- 
liom»  niei  fralris  Bcrlranni...,  Perlusum...  abavonostroGuillelmo  data...  >» 
(Chanlclou,  pp.  13r)-136).  —  1057  :  «  ego  Gausfredus...  et  uxor  mca  Stefa- 
nia,..  donamus...  in  Huhiano...  couda  mi  uam...  quam  dédit  avus  meus 
Wuilelmus  marchio  sive  cornes  Provincie  et  avia  mea  Adalax  comitissa... 
L-goni...  Blavie...  »  {Saint-Victor,  n"  J84).  —  17avTil  [981].  «  Dilccto  Ugone, 
ego...  Vuilelmus  marchiu.s...  in...  Rupiano...  condamina.  Signum  Vuilel- 
mus...  Signum  Arsinda  comitissa  »...(//>(c/.,  1042). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  265 

Blavie  par  son  grand-père  Guillaume  et  sa  grand'mère  Alix.  Or, 
en  réalité,  ce  don  avait  été  fait  par  Guillaume  et  sa  première  femme 
Ârsinde. 

En  ce  qui  concerne  le  second  acte  sur  lequel  se  base  cette  opi- 
nion et  par  lequel,  en  septembre  980,  le  comte  Guillaume,  fils 
de  Boson  et  de  Folcoare,  mari  d*Alix  et  père  de  Guillaume,  aurait 
donné  Saint-Tropez  et  le  golfe  de  Grimaud  à  Gebelin  de  Gri- 
maldi,  il  faut  en  distinguer  le  fond  et  la  forme. 

La  substance  est  en  contradiction  avec  les  chartes  authentiques 
du  Cartulaire  de  Saint-Victor  qui  témoignent  que  toute  cette 
région,  et  en  particulier  Grimaud,  dut  être  concédée  par  le  mar- 
quis aux  vicomtes  de  Marseille  ^  La  date  de  980  est  impossible; 
alors,  les  Sarrasins  occupaient  encore  les  localités  qui  auraient  fait 
l'objet  de  la  donation.  Ils  furent  expulsés  seulement  en  983.  En 
990,  Tévêque  de  Fréjus,  dans  le  diocèse  de  qui  ces  localités 
existent,  venait  déclarer  au  marquis  que  son  évéché  se  trouvait 
absolument  dévasté,  que  tous  les  titres  de  propriétés  avaient  dis- 
paru, que  personne  ne  savait  plus  ce  qu'il  possédait  au  juste  ; 
c'est  alors  seulement  que  le  marquis,  ému  de  cet  état  de  choses, 
songea  à  reconstituer  l'évêché  de  Fréjus.  Si  l'acte  de  980  était 
authentique,  le  marquis  aurait  songé  à  doter  le  soi-disant  Gebelin 
de  Grimaldi  dix  ans  avant  de  régler  l'état  bien  plus  important  de 
l'église  cathédrale.  Il  aurait  songé  à  garnir  Saint-Tropez  dix  ans 
avant  de  restaurer  Fréjus. 

Quant  à  la  forme  de  l'acte  et  à  sa  rédaction,  elle  dénote  un 
apocryphe  qui  ne  tromperait  guère  un  diplomatiste  novice. 
M.  Blancard,  certes,  n'a  jamais  pris  la  forme  de  la  donation  de 
980  comme  authentique  :  avec  un  rare  bonheur,  il  est  même  par- 
venu à  établir  d'une  manière  convaincante  que  cette  rédaction 
fut  l'œuvre  de  Guillaume  de  Grimaldi,  moine  de  Lérins  et  prieur 
de  Puget-lès-Fréjus,  à  la  fin  du  xv*  siècle,  qui  trouvait  ainsi  le 
moyen  d'augmenter  la  série  de  ses  ancêtres  et  qui,  pour  bien 
placer  son  faux  de  manière  h  en  imposer,  le  transcrivit   à  la  fin 

i,  1069  (Saint-Victor,  no589). 


206  LA    PROVCNCR    DC    PREMIER    AU    XII*  SIÈCLE 

du  CurtnlAiro.  de  Frojus  sur  un  feuillet  resté  blanc  *.  En  réalité. 
SCS  ancêtres,  les  Grimaldi  de  Gênes,  avaient  été  bannis  de  Ligurie 
en  1270  et  c'est  alors  seulement  qu'ils  étaient  venus  se  fixer  en 
Provence. 

Après  cela,  il  semble  inutile  d*insister  sur  cet  acte  :  M.  Blan- 
card,  cependant,  abusé  par  les  souscriptions  de  Tacte  de  981  qu'il 
croit  toutes  d'une  même  teneur,  n'abandonne  pas  absolument  le 
faux  de  980.  11  lui  sait  gré  de  Tappui  apparent  qu'en  retire  sa 
conception  des  deux  Guillaumes,  maris,  l'un  d'Arsinde  et  l'autre 
d'Alix.  Il  persiste  à  croire  que  Guillaume  de  Grimaldi  se  permit 
sur  l'acte  de  980  de  simples  interpolations  avec  quelques  retouches 
et  (jue  le  fond  en  reste  authentique.  En  admettant  cette  hypo- 
thèse peu  séduisante,  l'acte  du  29  août  993,  rapproché  des  actes 
de  mai  91)  I  et  de  [977-983],  fait  un  devoir  strict  de  reconnaître 
(|ue  les  (juatre  mots  placés  ici  en  italiques,  «  nos  Guillelmus 
conu»s  IhmmiH  et  Folcoarse  fîlius,  in  Arelate  civitate  consis- 
tentes...  *>,  constituent  Tune  des  interpolations  fâcheuses  dues  à 
Guillaume  de  Grimaldi.  C'est  un  devoir  cruel  mais  strict.  Lais- 
sant là  cette  hypothèse,  il  fiiut  dire  que  l'acte  de  980  est  apo- 
cryphe, de  ftïiid  comme  de  forme.  Il  n*y  a  aucun  compte  à  en 
tenir  :  le  faussaire  n'inventait  pas  tous  ses  personnages,  mais  il 
les  groupait  nud,  ({uand  il  ne  les  inventait  pas. 


UouImuiI^  rnan/uis  de  Provence, 

^99i-vers  lOiOj 

Quand  le  n)art|uis  Guillaume,  mari  d'Alix,  mourut,  le  titre  de 
numpiis  ne  passa  pas  à  son  lîls  ;  s;uis  doute  à  cause  du  bas  âge 

I     !..  lUaiuanï.  /.,i  charte  i/o  (iibeHin  <h  Grimaui. 

C(,  K.  ('.ju>  tlo  Piorlas.  /><»o.  i/iôi/i7.<  sur  les  iirimaldi  et  Monaco  et  leurs 
/v/.^/io/i.<  .Htv  les  tiucs  i/o  S,ir«)i>.  suicis  des  statuts  de  Menton,  Turin,  Bocca, 
iSSii,  in-8,  PI».  IS-I»>. 


\ 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  267 

de  ce  dernier,  qui  avait  tout  au  plus  une  dizaine  d'années,  ce  fut 
le  comte  Roubaud  qui  en  hérita. 

Ce  comte,  qui,  du  vivant  de  son  frère  Guillaume,  avait  été 
réduit  à  un  rôle  effacé,  commence  à  agir  de  lui-même  une  fois 
demeuré  seul.  Les  actes,  qui  émanent  de  lui  désormais,  le 
montrent  dans  les  comtés  d'Orange,  de  Marseille,  surtout  dWix  et 
de  Nice*.  11  fut  marié  avec Ermengarde,  dite  aussi  Einiildis^  qui 

1.  [993-1002]  :  «  e^o  Rotbaldus  niarchio  et  conjux  nica...  Eimildis in 

comitalu  Aurasico. . .  castruni. . .  Podium  Odolinum Htobaldus  comos 

et  uxor  sua  Eimildis.  Adalax  comitissa  et  ûlius  suus  Willelinus.  Poncius. 
Leolgerius.  Rostagnus  de  Sabran.  Amelius.  Stephaïuis.  Aicardus.  Willcl- 
mus   vicecomes...  »  (C/u/iy,  n°  1987) 

22  août  [1002]:  a  ...in  comitato  Nicensis  prope  civitatis...  qui  mihi 
advcnit  propter  donacionom  domni  Wilielmi  incliti  comiti  qui  fuit  condam 
et  domni  Rodbaldi  comiti  necnon  et  domni  Mironi. . .  »  (E.  Gais  de  Picr- 
las,  Cartulaire  de  V ancienne  cathédrale  de  Nice.  Turin,  J.-B.  Paravia,  1888, 
pp.  23-24,  no  18). 

Arles,  7  décembre  1002  :  «  ego  Balda.,.  Correns...  Signum  Rotbaldus 
cornes  firmavit.  Signum  Adalax  comitissa  firmavit.  Signum  Vuilielmus 
comes  firmavit »  (Chanlelou,  pp,  98-100). 

1002  :  «  ego  in  Christi  nomine  Rotbaldus  comes  et  conjux  mea  Ermen- 
garda.,.  villam...  Pertusus,...  in  regno  Provincice,  in  pago  Aquonso...  (|ui 
michi  ex  prœcepto  régis  legibus  obvcnit...  Signum  Rotl)aldu8  comes  et  uxor 
sua  Ermengarda...  Willelmus  nepos  suus  firmavit.  Adalax  comitissa  firma- 
vit. Adalelmus  judex  firmavit...  •  [Ibid,,  pp.  72-73). 

ir>  septembre  [1003]  :  «   in  comitato  Nicensis  subtus  monte   Calve- 

roles qui  mihi  advenitper  donacione  Wilielmi  et  Rotbaldi  comilis  nec- 
non et  Mironi  vel  uxore  sua  Odila.  Et  habet  consortes  de  uno  latere  in 
terra  comitare...  »  (Cartul.  de  Nice^  pp.  25-26,  n°  19). 

Saint-Pons,  11  mai  iOOi  :  élection  de  Tabbé  Jean  par  sept  moines  et  (juatrc 
autres  personnes,  »<  coram...  antitftitum  Bernardum  Niciensis  et  alium  Ber- 
nardum  Antipolensis  coterorum(iue  priorum  hominum  necnon  et  mulie. 
rum...  hune  monachum  nomine  Joannem,  vultu  decorem,  illustruni  sensu, 
stemma  sublimem,  moribus(|ue  insignem...  Rodbaldus  inclitus  comes  firma- 
vit. Ermengarda  comitissa  firmavit.  Willelmus  de  Nicia  firmavit  »...  [Carf. 
Saint  Pons,  n^Il). 

1005  :«  ego  Pontius...  Massiliensis...  pontifex...  cum  consensu  domni 
Hodiilû  régis  Alamannorum  et  Provincie,  seu  eciam  cum  precepto... 
domni  apostolici  pape  urbis  Rome,  cum  voluntate  etiani  domni  Rodhbaldi 
comitis  et  domne  Adalaizis  c(>mitisse,  domnique  Guillelmi  comitis  (ilii 
ejus...  Rodballus  ^ratia  Deicomes  firmavit,  vohiit  et  consensit  et  manu  pro- 
pria roboravit.  -j-  Signum  Poncius  episcopus  manu  propria  firmavit.  Adalax 
inclita  comitissa  assensum  prebuit  et  manu  sua  firmavit.  Guillelmus  cornes 


i 


268  LA    PROVKNCK  DL'    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

parîiît  jusqu'oïl  lOO.'J.  Lui  vivait  encore  en  1008,  mais  mourut 
nvant  le  22  avril  1015.  11  eut  un  Als  et  une  fille,  comme  son 
frôre. 

VI 

(iuillnumc^  marquis  de  Provence  et  les  comtes  indivis. 
(VerslOlO-vers  1040) 

Lo  fils,  nommé  Guillaume  comme  son  oncle,  est  connu  de  102i 
à  10.'i7  :  il  fut  marquis  après  son  père.  L'acte  du  9  mai  1031  en 
dcmno  la  prouve.  Guillaume,  filsde  Roubaud,  parait  dans  les  com- 
tés d'Aix,  Venasque,  liiez,  Sisteron  et  Gap.  S'il  eut  des  enfants 
(lo  sa  fomme  Lucie,  qui  paraît  de  1030  à  1037,  ces  enfants  ne  lui 
survécurent  pas  *.  Il  parait  avoir  été  le  cadet  de  sa  sœur  Emma; 

I*n»viiuMO  iiliiis  ojns  iirmavit.  Giiillclmiis  Tholose  urbis  cornes  firmavil. 
Kniu'ii^rjntlis  uxor  Rdclhalli  coinitis  manu  pmpria  firmavit...  Rado  episco- 
puH  f.  KIiiHMîiiliis  opiscopus  f.  Domniis  Poncius  Arelatensis  archiepiscopus 
f.  Aiiiiili'i(Mis  AipuMisis  opisoopus  f.  »  {Saint-Viclor,  n®  15). 

Arlfs,  2\»  iKVtMu hit»  [1008  ?]:.»  vgo  Pelnis,  prepositus...  Arelatensi.comulîi- 
inus  ail  llohrcos...  oonsiMioiiMilo  donina  Adalaix  comitissa  et  ûlio  suo  Gui- 
K'iiiu»  0(nnih\  Si^nunn  Adalaix   comitissii.  Wilolmus  cornes  (Gali,  novis$., 

ArU'K,  II"  :\o:\ . 

Arlos,  1008  :  «  o^^d  .\irardus...  iii  torminio  Atjuensi,  sive  Avenionensi.  vol 
ArolalniNi...  liolrtulona...  Si^rmim  Aioanli.  Si^^num  Lout^rdc  ejus  uxoris. 
Si^;niiin  Hothaldi  coinitis...  >>  ^('.hanloloii,  pp.   121-122}. 

1.  102V  :  X  o^o  Vuilohuus  tilius  Hodbaldi...  in  comitatu  Aqueuse... 
Sif^iunn  o^c»  Wilclmus...  .\dalaiz  comilissa  f.  Vuilolmus  cornes  filius  Rod- 
halili  tiruia>i(  »     S.ii/i/- \Vr/o/\  ii'»  225^ 

{{VM)  :  H  oy:o  Willohnus  ooinos  .Pn>viucio  ol  uxor  mea  nomine  Lucia...in 
ODiiùlatii  Slslorii'o...  K^o  Willolimis  comos  hanc  cartam  scribi  mandavi  et 
manu  propria  tinnavi,  toslihusqiio  suhnixis  fînnari  rogavi.  Poncius  conies 
lîlius  Tolosani  tirma>iL  Horlrannus  fia ItM*  ejus  firma\it...  »  (Saint- Victor , 
IV*    t".82'. 

(îap,  0  mai  HUli  :  «  WiUolnuis  niaivliio  cjusque  conjux  Lucia  comi- 
tissa...  pit>po  mu'uia  oivilalis  »  Paul  Cîuillaumo.  \otice  historique  et  docu- 
mivWs    int^tiits    »ur  lo  prioun^  dt*  Saint- A  miré  de  Gap^  p.  10,  §  5). 

(1008-10:12]  :  M  do  scnioiv  uosli\>  Willolmo  comité  et  uxore  sua  Lucia 
oomilissa in   comilalu  Vandasoonso  in  lorritorio  de  Dîmone  »  [Cluny, 

Pioloiio,  mai    1037  :  «  oj:t>  Willolmus  nobilissimus  cornes  et   uxor   mea 


N 


Le  royaume  de  BOCRGOGNE-i>ROVENCE  269 

eneflet,  celle-ci,  mariée  dès  998,  avait  à  cette  date  au  moins  trois 
fils.  Elle  figura,  jusqu  en  1024,  du  vivant  de  son  frère,  dans  des 
documents  qui  intéressent  les  comtés  de  Fréjus  et  de  Sisteron  ^ 
Elle  épousa  Guillaume,  comte  palatin  de  Toulouse,  fils  de  Ray- 
mond-Pons et  déjà  veuf  d'une  première  femme  qui  lui  avait  donné 
un  fils  aine  nommé  Raimond.  Des  trois  fils  de  Guillaume  et  de 
sa  seconde  femme  Emma,  Henri,  Pons  et  Bertrand,  les  deux 
derniers  recueillirent  la  quote-part  indivise  de  la  Provence  à 
laquelle  ils  avaient  droit  comme  ses  représentants  à  elle.  Cela 

nomine  Lucia...  Diliada...  et  Scptem  Fontes...  in  cpiscopatu  Rcgcnsi... 
Signum  Willelmi  et  uxoris  suc  Lucie...  ».  Au  dos  de  Taclc  :  «  de  Wil- 
lelmi  comitis  filii  Rodbaldi  »  (C/wnj/,  n<»  2917). 

Guillaume  et  sa  femme  Lwcie  confirmèrent  l'acte  émané  en  992  du  premier 
mai*quis  pour  Saint-Césaire  :  de  même,  sa  sœur  et  son  beau-frère.  [1010-1030]: 
«  Willelmus  comesfilius  Rotbaldiel  uxor  sua  Dulcia  (sic).  Willelmus  comes 
Tolosanusetuxor  sua  Emafirmaverunt...  »  (Ruffi,  Z)ta»cr/a<to/i«,1712,p.  45). 
1.  998,  ind.  XII  :  «  clementia  Dei  ordinante  Wilelmus  comes  Tholose 
prtpcellentissimus,  prcsidens  amplissima  terrarum  régna,  inter  alia  possi- 
dcl  Nemausensem  comitalum,  ubi...  Psalmodiacum  Beali  Pétri  conobium... 
piefaius  Wilelmus  et  uxor  i\jus. . .  quartam  partem  Beati  Juliani  non  longe 
ipsi  monasterio  adiacentem  et  justicias  jamdicte  villç  sancti  Juliani... 
prçbuerunt. . .  ad  ipsum  conobium  et  ad  abbatem  Warnerium. . .  Pro  hac... 
donatione. . .  donaverunt. . .  Warnerius  abbas. . .  et  cuncta  congrcgatio. . . 
ad  Wilelmum  comitem  et  ad  Emam  uxorem  eius  et  ad  filios  eorum  videli- 
cet  Raimundum  et  Aialricum  et  Pontium  et  Berlrannum  mille  septingentos 
solidos. . .  Facta  carta.  . .  régnante  Roberto  roge.  Signum  Wilelmo  comité 
et  uxoro  sua  Ema...  Signum  Raimundo  filio  Wilelmi.  Signum  Aianrico. 
Signum  Pontio.  Signum  Bertranno.  Isti  omnes  sunt  filii  Wilelmi  »  (Arch. 
du  Gard  II.  142;  cf.  Ihid.,  II.  106,  f»  81  ro-v«>). 

1005  {Saint-Victor,  ITi).  —  Dimanclie  22  avril  1015/6  :  «  ego  Ema  comi- 
lissa,  Olia  Robaldi  comitis  et  Ermcngarde  uxoris  ejus,  matris  mec...  in 
comitatu  Forojuliensi...  Ema  comitissa...  »  (Chanlelou,  pp.  126-127). 

Octobre  [1021]  :  ind.  IV:  «  Adalaiz  comitissa...  in  villa...  Manoasca...  in 
comitatu  Sislerico...  Signum  Adalniz  comitissa...  Emma  comilissa  firma- 
vil...  Wilelmus  comes   firmavit  »  (Sninl- Victor,  n°  653). 

1024,  ind.  VII  :  «  ego  Wilelmus  comes  Tolosanus  et  uxor  mea  Ema... 
pro  remedio...  filiorum  filiarumcpie...  nostrorum  in  comitatu  Sisterico... 
Manoasca...  Signum  ego Vilolmus  comes  et  uxor  mea  Ema...  »  {Saint-Victor, 
n°  652).  Le  Guillaume  (jui.  en  1024,  souscrit  avec  le  marquis  fils  de  Rou- 
baud  le  n^  225,  doit  être  Guillaume  de  Toulouse.  —  novembi*e  1024  :  »<  ego 
Ema  comitissa  et  filiusmeusPontius...mansum  unumin  Advenione  civilato.. 
Signum  Emma  commitissa  firmavit.  Signum  Pontii.  Signum  Bertranni.  >. 
(Bibl.  d'Avignon,  ms.  24C6,  f»  191  r*»). 


1 


i 


270  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AC    XII*    SIÈCLE 

prouve  que,  vraisemblablement,  elle  n'avait  pas  été  dotée  :  elle 
mourut  entre  1024  et  1030  ^,  c'est-à-dire  avant  son  frère,  le 
marquis  Guillaume,  qui  dis|)arait  seulement  entre  1037  et  1040  '•. 
Comme  on  le  verra,  la  Maison  de  Toulouse  n'a  jamais  possédé 
que  le  quart  indivis  de  la  Provence  :  il  est  donc  certain  que,  si 
Kmma,  né  tant  pas  dotée,  a  transmis  ce  quart  à  ses  fils  Pons  et 
Bertrand,  ceux-ci  n'ont  pas  hérité  de  leur  oncle  le  marquis  Guil- 
laume mort  sans  enfants. 

Laissant  là,  pour  Tinstant,  la  Maison  de  Toulouse  qui  entre 
ainsi  en  Provence,  il  y  a  lieu  de  se  reporter  à  la  branche  cadette  de 
la  Maison  des  comtes  de  Provence.  On  a  déjà  dit  que  le  premier 
marquis  Guillaume  avait  eu  de  sa  seconde  femme,  Alix  d'Anjou, 
un  fils  nommé  comme  lui  qui  lui  succéda  en  bas-âge.  En  1002, 
ce  lîls  était  encore  mineur,  semble-t-il,  quand  Alix  fait  approuver 
par  Tarchevêque  d'Aix  sa  confirmation  du  don  de  Pertuis,  jadis 
émané  du  marquis  en  981.  Les  actes  le  qualiGent,  comme  son 
père,  comte  de  Provence  et  il  partage  ce  titre  avec  son  oncle 
Houbaud.  Jamais  il  ne  reçoit  le  titre  de  titre  de  marquis  qui  est 
dévolu  à  celui-ci. 

Du  vivant  de  son  père,  Guillaume  figure  dans  trois  actes  en 
992  et  les  28,  29  août  993  \  En  septembre  994,  devenu  comte 
de  Provence  par  la  mort  du  marquis,  il  reçoit  de  son  oncle  mater- 
nel Drogon,  évéque  du  Puy,  une  localité  hors  de  Provence,  qui 
représente  sans  doute  une  partie  des  biens  dotaux  de  sa  mère 
Alix  '*.  Guillaume  est  appelé  à  confirmer  les  actes  de  son  oncle 
Houbaud  dans  les  comtésd'Aix,  de  Marseille  et  d'Orange,  ce  qui 
prouve  la  possession  toujours  indivise  de  la  Provence  par  les 
ooniles  de  Provence.  Ses  actes  personnels  concernent  le  comté 
do  Sisteron.    11  y  a   appiirence  que  les    biens  dont  il  jouissait. 

i.   lOliO  {Saint-Victor^  (iS2).  Ses  fils  seuls  souscrivent. 

2.  *2*>  mai  10^2  Snint- Victor^  n®  37*)^  C\»st  Geoffroy  qui  est  alors  mar- 
(piis.  Il  IVlail  sans  iloule  <K's  le  15  octobre  1040  \ Saint- Victor^  14);  car,sile 
papo  no  mon  lionne  pas  alors  le  consentement  du  marquis  Guillaume,  cVst 
(pi'il  olail  morl. 

3.  Voir,  ci-(lossns,  pp.  226,  n.  1,  et  220,  n.  1. 

4.  Voir,  ci-dessus,  p.  255,  n.  '^, 


\ 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  271 

comme  ceux  de  son  père,  se  trouvaient  surtout  sur  la  rive  droite 
de  la  Durance.  Beau-frère  du  roi  de  France,  il  épousa  Gerberge, 
GUe  d'Ermentrude  et  d'Otte-Guillaume,  comte  de  Bourgogne  et 
de  Maçonnais.  De  son  temps,  ce  qui  confirme  les  paroles  de 
Thietmar,  les  actes  privés  commencent  à  supprimer  couram- 
ment l'indication  du  règne  du  roi  de  Bourgogne  *.  Gerberge  paraît 

1.  Avignon,  25  septembre  4000:  a  in  presentia*domini  Amalrici,  Aqucnsis 
sedis  archiepiscopi,  domina  comitissa  Adalax  et  filius  suus  Willclmus  et 
scrvus  omnium  scrvorum  Dei  Archinricus...  abbas...  villam...  Pertusus...  w 
(Chantclou,  pp.  90-91). 

Août  [1001 J,  ind.  XIV:  «ego...  Adalax  comitissa  et  filius  suus  Villelmus 
cornes  et  filia  sua  Constantia...  vallibus...  Ollieria...  Signum  Adalax  comi- 
tisscet  filii  sui  Villclmi  comitis  et  fî lie  sue  Constantic...  Rado  episcopus 
firmavit,  Eldebertus  judex  firmavit»  {Ibid.,  pp.  70-71). 

[993-1002]  (C/uny,  no  1987).  Cf.  ci-dessus,  p.  267,  n»  1.  —  Arles,  7  dé- 
cembre 1002  (Chantelou,  pp.  98-100).  —  1002  (i7)iW.,pp.  72-73).  Cf,  ci-dessus, 
p.  267,  n.  1. 

1005  (Saint-Victor,  n«15).  Cf.  ci-dessus,p.  267,  n.  1.  — Arles,  29décembre 
[1008  7]  (Gall.  noviss.  Arles,  n<>  305).  Cf.  p.  267,  n.  1. 

1013,  sans  date  de  règne  :  «  ego  Wilelmus  comes  Provincie,conjuxque  mea 
Girberga  una  cum  filio  nostro  nomine  Wilelmo...  donamus...  ad  proprium 
alodem...  in  comitatuSisterico...  de  villa...  Manuasca...  ecclesia  sancti  Mar- 
tini... non  longe  a  fluvio  Durenlia..  Ego  Willelmus  comes  Provinciç, 
annuente  Domino,..,  manu  mea  ûrmavi...  Domna  Guiberga,  inclita  comi- 
tissa firmavit.  Domnus   Wilelmus    oorum   preclara   soboles  firmavit » 

(Saint- Victor,  n»  646). 

Mercredi  de  mars  [1013-1018]  :  «  Walperlus  presbiter...  pro  redemplione 
anime  comiti  Wilelmo  et  uxore  sua  Adalais...  et  pro  redemplione  filium 
suum  domno  Wilelmo  comité  et  uxore  sua  Wirberga...  ad  Sanctum  Satur- 
ninum...  »  (Saint- Victor,  n^  133).  Il  s'agit  de  Saint-Savournin  dans  le  comté 
d^Vix. 

Décembre  [1013-1018]  :  «  ecclesiam  S.  Saturnini...  in  loco...  Voraginis, 
in  comitaUi  Aqueuse,  ego...    Ronefatius...    Facta    hec  donatio...  in    mense 

decimbri  régnante  Domino  nostro  Jhesu  Christo  féliciter,  amen 

Guilelmus  comes  firmavit  et  uxor  ejus  Girberga  et  omnes  filii  eorum  fir- 
maverunt.  Domnus  archicpiscopus  Amalricus  firmavit  »  (Chantelou,  pp. 
100-101).  C'est  le  premier  exemple  du  règne  du  Christ  remplaçant  celui  du 
roi  (le  Rourgogne. 

Sa  in  t- And  ré-lès- Avignon.  1018  :  «  ego  Vuillelmus  comes  et  uxor  mea 
Gisberga  donamus...  in  comitatu  Sislarico,  in  monte...  Lura,  locum  Sancti 
Donati...  Signum  Vuillelmi  comitis  et  uxoris  ejus  Gisbergae  manus  illorum 
firma.  Jofredus  comes  firmavit.  Bertrannus  comes  firmavit,  Arnulfus  scripsit. 
(Ruffi,  Dissertations,  p.  20  ;  d'après  le  Cart,  de  Saint-André,  p.  41). 


f 


272  LA    PROVENCE   DC    PREMIER   AU   Xll^    SIÈCLE 

depuis  1013  jusquen  1019  :  elle  lui  donna  trois  fils,  Guillaume, 
Foulques- Bertrand  et  Geoffroy.  Le  comte  de  Provence  Guil- 
laume IV  mourut  ;\pé  de  trente  5  trente-cinq  ans,  en  1018  et 
après  le  *M)  mai.  Au  lieu  de  se  faire  enterrer  à  Sarrians  auprès  du 
marquis  Guillaume  II  son  père,  sa  sépulture  fut  creusée  dans  le 
rocher  de  Mont  ma  jour,  à  côté  des  fondations  de  l'église  dont  la 
construction  venait  d'être  entreprise  le  30  mai  1016  et  au  niveau 
du  sol  de  la  crypte  *.  Sa  veuve,  Gerbei^e,  ne  lui  survécut  pas 
longtemps,  semble-t-il  :  elle  parait  dans  quatre  actes,  les  deux 
premiers  de  1018  et  les  deux  derniers  de  1019,  en  faveur  de 
Saint-Victor  de  Marseille  et  de  Saint-André-lès-Avignon.  Sa 
mort  doit  être  antérieure  à  1021  '2. 


î.  MiMviHHli,  M)  in:ii  iOlO:  .«  atuio  ab  incaniatioue  Chrîsti  MXVI,  fuit  in- 
clioata  hasilica  iii  honore  saneto  Mnriip  matrisDomini,seii  omnium  saiicto- 
rum,  indiotiono  XFV,  III  kahMulns  junii,  ferin  IV»,  it>g^nantc  Rol>erto  rcgc. 
In  ti'rlio  anni>  fundationis  luijiis  basilico?,  obiit  Guiiielmus  inclilus  cornes 
Adolaidis  et  honoriiice  se()uUus  est  in  fundamcnto  hujus  ccclesiff»  »  (Chan- 
lolou,  i'mI.  du  Houro,  p.  iii;  cf.  p.  119  pour  la  description  de  la  tombe'.  H 
suit  do  là  (|uo  Guillaume  mourut  entre  le  30  mai  1018  et  le  29  mai  1019. 
Los  chartes  de  Saint- Victor,  n<»*  226  et  630,  précisent  que  ce  fut  avant  le 
(h'hul  do  l'an  lOPJ. 

•J.  1018.  ..  Kjjo  (ioiriberj^a  comitissima  etfdii  mei  Vuilelmuset  Fulco  sivc 
Josfrodus.,.  in  comitatu  Aquonso...  Ej^  comitissima  Geiriborga,  annuentc 
Domino,  hanc  donalionom  dedi  et  manu  mea  firmavi...  »  (Sain/- V7c/or, 
n-226  . 

UUS,  rô^nio  do  Hodolpho  :  «  og-o  Adalax,  illustrissima  comitissa,  mater  Vil- 
lohni.  quondam  Provinlie  comitis  et  o^o  Geriberga,  Çque  comitissa,  ejus- 
iUmu  principis  olini  uxor,  una  cum  consonsu  filiorum  optimatumque  nos- 
tronnn...  in  pa^^o  Provinci^»  i"  comitatu  Hegcnse...  Ego  Adalax  et  egro 
(îirbor^M,  una  cum  iiliis  ol  nopolibus  nostris...  Wilelmus,  ûlius  Vilelmi 
coniilis  linn;d   Fulco  iValorojus.  Gosfrodus  firmat...  »  (Sai/i/-V7c/or,  n«  630). 

lOll»,  rôj^iio  do  Rodolphe  :  o  v\;o  Goriborga  comitissa,  una  cum  consensu 
lilioruni  opliniatumqno  noslrorum  proptor  remedium  anime  senioris  mei 
(luilohni  comitis  Provincio  ot  mo^  filiorum(|uo  nostrorum  quorum  hec  sunt 
noniina  :  Wilolnuis,  Kulcho,  Josfredus...  in  comitatu  Sisterico,  in  villa... 
Manoascha...  K^'o  Girherj^n.  una  cum  Iiliis,...  Wilielmus  filius  comitis 
Viholmi  Hrmavit.  Fulco  frator  ojus  firmavil.  Josfredus  frater  Grmavit.,.  >» 
(Suint -Victor,  n«  64l»K 

101'.»  u  Kp:o(iisl)or^^^  comitissa  una  cum  fdiis  meis  Willelmo,  Fulcone 
Horlranno,  Gaufredo  donamus...  planiliom,..  ad  radicem  montium...»(Ruffi, 
pissertutiona,  p.  2i,    tFapros  le  Cart.  de  Saint-André-iès-Aviffnon,  p.  32. 


Le  hoyaL'me  de  bolrgogxe-provence  273 

Les  fils  de  Guillaume  IV  ne  portèrent  pas  immédiatement 
après  la  mort  de  leur  père  le  titre  de  comte  de  Provence  ;  ils 
étaient  sans  doute  encore  trop  jeunes  pour  le  recevoir.  L*aîné 
d'entre  eux  fut  Guillaume  V,  que  Guillaume  IV  nommait  dès 
1013  dans  une  donation  ;  il  eut  une  vie  encore  plus  brève 
que  son  père.  Il  parait  en  1018  et  1019  aux  côtés  de  sa  mère 
dans  des  actes  relatifs  aux  comtés  d'Aix,  Riez,  Sisleron  et  Avi- 
gnon K  II  disparait  depuis  et  était  certainement  mort  en  1030  '^\ 
à  vingt  ans  tout  au  plus,  sans  avoir  été  marié.  La  veuve  du 
premier  marquis  Guillaume  II  survécut  ainsi  à  son  mari,  àsonfils 
et  peut-être  même  à  laîné  de  ses  petits-fils.  En  dehors  des  actes 
où  on  Ta  vue  figurer  avec  son  mari,  puis  avec  son  fils,  il  faut 
noter  qu'en  lOlS  elle  avait  complété  la  donation  de  l'église  Saint- 
Martin  de  Manosque  à  Saint- Victor,  émanée  en  1013  de  son  fils  ^, 
en  abandonnant  la  part  de  cette  église  qui  lui  appartenait  '*.  En 
1018,  elle  agit  de  concert  avec  sa  belle-fille  devenue  veuve  •'^. 
Enfin,  on  connaît  deux  actes  plus  récents,  de  1021  et  1024, 
qu'elle  souscrit  :  le  premier  avec  la  comtesse  Emma  à  propos  de 
Manosque^,  le  second  avec  le  marquis  Guillaume  III,  fils  de 
Roubaud,  à  propos  du  comté  d'Aix  ".  Comme  l'atteste  Arnoux, 
moine  de  Saint-André-lès- Avignon,  la  vieille  douairière  mourut 
en  1026  *.  On  voit  que,  très  probablement,  la  veuve  du  vainqueur 

Il  s'agit  du  comté  d'Avignon,  sur  la  rive  droite  du  Rhône.  Peut-être  est-ce 
Guillaume  V,  qui  en  1025  ûgurc  encore  dans  un  acte  approuvé  par  les 
vicomtes  :  ce  serait  sa  dernière  mention  {Saint- Victor,  n°  456). 

1.  Le  Guillaume  qui  souscrit  en  1024  une  charte  avec  Guillaume  fils  de 
Roubaud  doit  être  le  comte  de  Toulouse  et  non  pas  Guillaume  V  {Saint- 
Viclor,  n»  225).   Voir  ci-dessus,  p.  268,  n.  1. 

2.  Saint-Victor,  n»  681. 

3.  Ibid.,  no  646. 

4.  1015:  «  ego  comitissa  Adalaiz,  annucute  Domino...  dedi...  »  {Saint- 
Victor,  n»  648). 

5.  Saint' Victor,  no  630. 

6.  Ibid,,  n<»653. 

7.  Saint-Victor,  n*  225. 

8.  1020  :«  ...Aquibusannisusquc  ad  prcscntcm  annum...quo  felix  Adalax 
comitissa  dormivit  in  pace...  qui...  a  naliuitate  Xpisti  milîcsimum  vicesi- 
mum  sextum   presentcm  annum  eiTiciunt  in  quo  iste   libellus   conscriptus 

Mém,  et  Doc,  de  l'École  des  Chartes.  —  \\\.  18 


27  i  L\  l'ROVKNCE  nr  prkmier  ai*  xir  sièclk 

(les  Sarrasins  pas5^  la  fin  de  sa  vie  à  Avignon  et,  en  tout  cas 
sur  la  rive  droite  de  la  Durance,  où  on  pensait  déjà  que  son  mari 
possédait  la  plupart  de  ses  biens  :  c'est  la  meilleure  explication 
du  fait  que  sa  mort  est  notée  par  un  moine  voisin  d'Avignon. 
Kilo  devait  être  fort  âj^ée,  car  le  comte  d'Anjou  Foulques,  son 
père,  était  mort  lui-même  vers  958.  En  979,  quand  elle  avait 
épousé  Louis  V,elle  était  déjà  mère  de  quatre' enfants  d'un  pre- 
mier mariage  :  ces  indications  prouvent  qu'elle  dut  mourir  octo- 
génaire. Elle  fut  inhumée  à  Montmajour. 

(luillaume  V,  fils  de  Gerberge,  étant  mort,  ses  deux  frères  cadets 
recueillirent  tout  l'héritage  du  comte  de  Provence  Guillaume  IV. 

Ici  se  présente  une  difficulté  qu'il  faut  résoudre.  En  1013, 
(l'abord,  Guillaume  IV  et  sa  femme  Gerberge  avaient  mentionné 
seulement  leur  lils  Guillaume  V.  Puis,  dans  trois  actes  successifs, 
datés  de  1018  et  1019,  Gerberge  nomme  ses  trois  fils  Guillaume, 
Foulques  et  Geoffroy.  Une  première  conclusion  à  tirer  delà,  c'est 
(|ue  Guillaume  est  manifestement  l'ainé  des  trois.  En  effet,  il 
porte  héréditairement  le  nom  de  son  père  et  de  son  grand-père 
paternel;  de  plus,  dans  le  premier  acte,  il  est  le  seul  nommé  et, 
diins  les  suivants,  il  est  toujours  nommé  le  premier.  Ses  frères 
cadets  Foulques  et  Geoffroy  portent  évidemment  les  noms  de 
Foulipies  le  Bon  et  de  Geoffroy  Grisegonelle,  c'est-à-dire  du  père 
et  du  frère  de  leur  grand'mère  paternelle  Alix. 

Fn  .second  lieu,  Tacte  de  1019,  tiré  des  archives  de  Saint- 
Victor,  indique  nettement  par  sa  rédaction  que  ces  trois  fils,  Guil- 
lauini»,  Foulques  et  Geoffroy,  sont  les  seuls  issus  du  mariage  de 
Gerberge  et  de  Guillaume  IV. 

osl  i\  (iiio(lamfrîij»:ilinioiiacli<)  Arnulfo  noniinc...  »(Bibl.  nal.  de  Madrid,  ms. 
Kl'  i(),  f"  lis  v").  —  Voir  rcnquèlo  du  2  janvier  1215  :  «  comitissa  Blanca 
(|iiîi«  srpulla  csl  ai)nd  Monlcni  Majorem  dédit  monasterio  illi  omne  jusquod 
ipsa  lialH'bal  in  lola  villa  et  lerrilorio  de  Lagozes...»  (Biblioth.  Méjancs 
ins.  H12  :  rocucil  BoinjuicM'.  l.  I,  pp.  145-1  iC;  Catal. des  mss.  Départements, 
t.XVl,  Aix,  IK94ms.*M:ii.Parun  mandement  de  Benoit  VIll.  du  l«'sept.  lOlO, 
on  sail  (pie  Alix  a  porté  le  surnom  de  Blanche  :  <«  Omni  etiam  reverentia  et 
vt'iioralionc  dignissinia»  domnop  Adeleidi  comilissse  cognomento  Blancha» 
iuinii<pio  cjus  donuia^Cîorbergcp  comitissa».  »(Buifi.Di>8er/a/ions,  i712,p.  19; 
cf.  l)uchosne,///8/.  Franc.  Script,,  t.  IV,  pp.  169-171  ;  Jaffé,  2«  éd.,  n<»  4013). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  273 

A  partir  de  1019,  les  noms  de  Guillaume  V  et  de  Foulques  ne 
paraissent  plus  :  quant  k  Geoffroy,  on  le  rencontre  jusqu'en  1060. 
Chose  singulière,  il  n'est  passeul  cependant:  Bertrand,  comme  lui 
comte  de  Provence,  se  trouve  joint  à  lui  à  dater  de  1030  et  ce  Ber- 
trand est  déclaré  son  frère.  Tous  deux  sont  petits-fils  du  premier 
marquis  Guillaume:  un  acte  de  Montmajour  le  dit  expressément. 
La  nécessité  veut  donc  que  Bertrand  soit,  comme  Geoffroy,  (ils  du 
comte  Guillaume  IV,  mort  en  1018.  Mais  il  faut  expliquer  com- 
ment il  se  fait  que,  du  vivant  de  son  père,  il  ne  paraît  jamais. 
Puisqu'il  ne  parait  jamais  avant  1030,  ce  n'est  pas  un  quatrième 
enfant  de  ce  comte  mort  en  1018.  On  a  dit  que  deux  des  iils  de 
Guillaume  IV  cessent  précisément  de  paraître  après  1019  :  ce 
sont  Guillaume  V  et  Foulques.  Il  faut  donc  que  Bertrand,  sur- 
gissant après  leur  disparition,  soit  à  identifier  avec  Fun  d'eux.  Les 
probabilités  sont  pour  qu'il  faille  l'identifier  avec  Foulques  de 
préférence.  En  effet,  si  l'un  des  deux  frères  connus  jusqu'en  1019 
change  de  nom,  ce  ne  doit  pas  être  l'aîné,  porteur  du  nom  héré- 
ditaire illustré  par  le  premier  marquis.  Ces  probabilités  se 
changent  en  certitude  à  la  lecture  de  Tacte  de  1019,  tiré  des 
archives  de  Saint-André-lês-Avignon.  Cet  acte  n'indique  pas  que 
Guillaume  IV  ait  eu  quatre  fils  :  Guillaume,  Foulques,  Bertrand 
et  Geoffroy,  ce  qui  serait  contraire  aux  constatations  tirées  des 
actes  de  1018.  Il  montre  simplement  que  le  second,  des  trois  (ils 
énumérés  par  les  actes  de  1018,  est  en  train  de  changer  de  nom  :  il 
porte  à  la  fois  celui  de  Foulques,  sous  lequel  il  était  jusqu'alors 
cinnu,  et  celui  de  Bertrand  qu'il  préférera  désormais. 

Si  cet  exemple  d'un  enfant,  ayant  successivement  deux  noms, 
était  unique,  il  surprendrait.  Mais  ce  fait  est  fréquent  jusqu'au 
XII*  siècle.  Dès  sa  naissance,  l'enfant  était  nommé  par  ses  parents, 
et,  surtout  s'il  était  l'aîné,  son  nom  lui  venait  généralement  du 
côté  paternel  :  ce  nom  était,  à  partir  du  xi**  siècle,  prévu  pour  ainsi 
dire  d'avance  par  la  coutume  établie,  dans  les  familles  princières. 
C'est  ainsi  que,  depuis  le  vainqueur  des  Sarrasins,  l'aîné  à 
chaque  génération,  chez  les  comtes  de  Provence,  s'appellait  Guil- 
laume.   Gela   dura  jusqu'à   l'extinction  de  la  Maison.  Chez    les 


27t»  LA    PROVtVJ:    Dl     PRLMIER    At    Xir    SIECLE 

comtes  dWlbon.  ce  n*était  pas  seulement  Tainé,  mais  les  deux 
premiers,  dont  le  nom  était  coutumier:  laine  recevait  le  nom  de 
(iuij^ucs.  le  second  celui  de  Humberl.  Une  tradition  analcj^ue  exis- 
tait dans  la  plupart  des  familles  baronales.  l^s  sires  de  Mévouillon 
tenaient  tellement  k  leur  coutume  particulière,  qui  était,  dès  le 
xir  siècle,  de  s'appeler  Raymond,  que,  par  précaution  et  pour 
prévenir  le  cas  où.  l'aîné  venant  à  mourir  sans  enfants,  leur  terre 
passcraitau  puîné,  les  deuxpremiers  enfants  mâles,  kchaque  ^né- 
rat  ion.  recevaient  toujours  le  nom  héréditaire  :  le  second  pouvait 
ainsi  à  l'occasion  remplacer  Tainé,  sans  changer  le  nom  du  maître 
<le  la  terre  ',  et  il  en  fut  ainsi  pendant  tout  le  xni*  siècle,  c'est-à- 
dire  pendant  quatre  ^générations,  jusqu*à  l'extinction  de  la  famille. 
l)c  iiirnie  les  sires  de  Castellane  avaient  deux  Boniface  à  chaque 
j^éncratioii  :  on  se  rend  compte  que  le  second  était  de  rechange, 
(les  exemples  .sont  pris  en  Provence  ^t  en  Dauphiné  :  en  Langue- 
<i()c,  il  en  était  de  même.  Tout  le  monde  sait  que  les  ducs  de 
(iuy<*nne  avaient  pris  l'habitude  de  s'appeler  Guillaume:  à  l'une 
de  leurs  ^énéiations,  les  deux  aînés  s'é  tant  succédé  et  étant  morts 
sans  enfants,  le  troisième,  déjà  possesseur  des  deux  noms  Guy  et 
(icolTroy,  n'hésita  pas  un  instant  à  en  prendre  un  troisième, 
(îVst -à-dire  à  relever  le  nom  coutumier  de  Guillaume,  quand  il 
d(^vint  duc. 

Tainlis  (pie  l'aîné  tirait  ainsi  son  nom,  selon  la  coutume,  de  la 
li^^ne  |)aternclle,  la  ligne  maternelle  se  dédommageait  en  fournis- 
sant frécpienunent  celui  des  cadets. 

Va\  outre,  il  arrivait  (pieUjuefois  que  l'enfant,  ainsi  nommé  à 
sa  naissance,   rec(»vait  un  surnom,  co<//iom^/i/iim,  c'est-à-dire  un 

1.  Axi^'iioii.  2S  juin  I2(i:{.  l'eslanieiil  de  Hayaioiid  Taïué,  haix>n  de 
Mr\oiiilloii  :  ■<  Il«'iii,  volo  cl  iurcipio...  ((uod  semper  sit  iiuicus  hoivs  uni- 
\ris;dis  in  leir.i  mr.j,  licel  forle  siiil  pliires  liheri.  El  ille  heivs  uiiivcrsidis 
\(KM'lur  llîjymiiiidiis  <»\  (|ii(>  cril  hères,  lioet  unie  nliud  nonieii  haborel  et 
illr  Im'its  iriir.'ihir  providcn»  aliis  liberis  iilrius({iie  sexuK. . .  >»  (Arch.  de 
I  Isèir,  H.  :ir»ij,  (jdiicr  île  paivlieinin,  f"  ,"'»  r*»  .  C'.e  tes  tu  ment  est  Hlndlé 
comine  un  NriilaMc  slalnl  de  famille  :  si  les  deux  premiers  enfants 
n'a\ai«Mil  pas  snfli,  le  Iroisiènie  aurait  done  eu  l'obligation  de  cpiitter  son 
nom  de  nnissaiice  ou  de  baptême  pour  prendre  celui  de  Raymond  en 
in''i-i(aiit  de  la  baronnie. 


LE   ROYAUME    DE    BOURGOGNE-PROVENCE  12  i  / 

second  nom,  à  l'occasion  de  son  baptême  ;  en  effet,  le  baptême  est 
considéré  par  l'Eglise  comme  une  renaissance  ^ .  Une  certaine  quan- 
tité d'exemples  du  xi®  siècle  prouvent  que  généralement,  quand 
le  nom  de  naissance  vient  du  côté  paternel  pour  Taîné,  par 
contre  le  surnom  de  baptême  vient  du  côté  maternel,  par  lin- 
termédiaire  du  parrain  et  de  la  marraine.  Comme  un  chrétien  fait 
du  baptême  le  principal,  c'est  le  surnom  de  baptême  qui,  une 
fois  reçu,  devient  pour  chacun  peu  à  peu  d'un  usage  plus  fréquent 
que  le  nom  de  naissance.  En  lait,  quand  ce  surnom  ne  remplace 
pas  tout  k  fait  le  nom,  du  moins  il  prédomine  et,  dès  lors,  il  n'est 
plus  possible  de  dire  que  la  personne  dont  il  s'agit  a  un  nom  de 
naissance  et  un  surnom  de  baptême,  mais  bien  un  nom  de  bap- 
tême et  un  prénom  de  naissance.  Les  textes  donnent  Tépithète  de 
cofjnonientum,  non  pas  au  plus  récent,  mais  à  celui  des  deux  qui, 
présentement,  est  le  moins  employé  des  deux.  Ce  n'est  pas  le 
lieu  de  produire  ici  les  exemples  nombreux  de  surnoms  de  bap- 
iême  dont  les  exemples  peuvent  s'emprunter  aux  maisons  prin- 
cières  depuis  le  x**  jusqu'au  xii'-  siècle.  Leur  connaissance  fait 
comprendre  comment  Foulques,  iils  puinédu  comte  Guillaume  IV 
et  deGerberge,  peut  ne  plus  être  connu  à  partir  de  1019  que 
sous  le  surnom  de  Bertrand.  Auxi'^  siècle,  la  chose  était  fréquente: 
elle  cessera  de  l'être  au  xii**  siècle  quand  on  prendra  l'habitude  de 
célébrer  le  baptême  aussitôt  après  la  naissance.  Les  noms  de  nais- 
sance disparaîtront  alors  par  le  fait,  ou  plutôt  ils  se  confondront 
désormais  avec  les  surnoms  de  baptême  jusqu'alors  éventuels. 
On  reconnaît  un  surnom  de  baptême,  quand  il  est  joint,  dans  le 
même  texte,  au  nom  de  naissance,  à  ce  fait  qu'il  s'énonce 
grammaticalement  au  même  cas  que  lui,  si  le  texte  est  correct  : 
Fulcone  Beriranno^  dit  la  donation  de  1019  faite  à  Saint-André. 
S'il  s'agissait  d'un  surnom  patronymique  rappelant  le  nom  du 
père,  on  aurait  :  Fulcone  Bertranni.  Il  s'agit  donc  de  Foulques- 

1.  7  avril  [907].  «  Notum  sit  omnibus  in  Christo  renalis  quia  ego  Geral- 
dus.  . .  )»  (C/ii/iy,  n°  95). 

1062  :  «  rccolentes  nos  sceunda  gênera tione  ad  vitam  ronatos  porix»- 
luam. . .  >»  {Saint- Victor,  n^  546). 


278  LA    PROVENCE    DL'    PREMIER   AU    Xl^   SIÈCLE 

Bertrand  et  non  pas  de  Foulques  Bertrand.  En  l'espèce,  Foulques, 
n'étant  pas  Taîné  de  sa  génération  peut  avoir  reçu  son  nom  de 
naissance  du  côté  maternel  :  on  peut  dire  plus  sûrement  encore 
(|ue  son  surnom  de  baptême  en  vient  aussi.  Cela  ne  suppose 
pas  qu'il  vienne  de  la  mère  elle-même  forcément;  car  Adélaïde,  la 
^rand'mère  paternelle,  vivait  encore  au  moment  du  baptême  et, 
vn  pareil  cas,  la  mère  s'efface  naturellement  devant  Taïeule.  Elle 
respecte  le  privilège  de  Tàge.  On  a  dit  que  Foulques  porte  le 
nom  (lu  père  de  sa  grand'mère  paternelle.  Cette  grand'mère,  en 
premières  noces,  avait  épousé  le  comte  de  Gévaudan  Etienne,  lîls 
de  Bertrand  :  elle  en  avait  eu  trois  (ils,  dont  un  également  nommé 
Bertrancl.  C'est  le  surnom  qu'elle  donna  à  son  petit-fils  à  son 
baptême,  ou  qu'elle  lui  fit  donner  par  le  parrain. 

Ce  fils  puîné  du  comte  Guillaume  IV  est  donc  connu  sous  le 
nom  (le  Foulques  en  1018,  sous  ceux  de  Foulques- Bertrand  en 
t()lî>  et  sous  celui  de  Bertrand,  depuis  1030  jusqu'à  la  date  de 
sa  mort  vers  1050  *.  Geoffroy,  frère  de  Foulques-Bertrand,  ne 
(levait  mourir,  on  le  répète,  que  vers  1060;  quant  à  Tainé  des 
trois,  Guillaume  V,  il  était  mort  tout  jeune,  peu  après  1019. 

VII 

Foul<iueS' Bertrand  et  Geo ff rot/,  marquis  de  Provence, 
(Vers  10 10- vers  1060) 

Les  deux  frères  restants  paraissent  étroitement  unis  :  l'un  ne 
paraît  guère  sans  Tautre  '.   Us  se  qualifient,  par  indivis,  comtes 

1.  Bcilrninl  n'était  pos  \v  nom  héréditaire  (jue  les  Provençaux  étai(Mil 
accoutumés  à  voir  porter  parleurs  comtes.  Aussi,  après  sa  mort,  un  acledo 
Montmajour  joini  par  hal)iUule  le  nom  de  Guillaume  à  celui  de  Bertrand  : 
a  ejj^o  (luillelmus  et  c^j^o  Gaufredus  comités  et  fratres,  /Uii  (ruiltelmi  111 
cof/nornonfa  Uorlrani  Ar(*Iatrnsin  comills  rt  ante  cum  e  vivis  erepti,  nostiX)ruin 
j^ravodincm  lecolenles...  de  una  niedielale  quam  paler  noster  Bertrannus 
dédit...  >'  JlhnntvUni,  éd.  du  Houre,  pp.  llH)-i91).  La  phrase,  qui  alliiv  l'at- 
tention,   parait,    d'ailleurs,  interpolée. 

'1.  Pour  les  acies  antérieurs  à  la  mort  de  leur  père  et  de  leur  mère,  de 
1013  à  lOPJ,  voir  ci-dessus,  pp.  271,  n.  1  ;  272,  n.2. 


\ 


LE  ROYAUME  DE  BODRGOGNE- PROVENCE  279 

e  Provence,  à  la  suite  de  leur  père.  Comme  leur  aïeul,  le  pre- 
lier  marquis,  ils  affirment  même  en  1034  qu'ils  sont  princes  de 

1030  :  «  ego  Isoardus...  in  comitatu  Gapicense...  Bertrannus  cornes  fir- 
lavit. .  .  »  (Saint- Victor,  n°  713). 

1030  :  «  ego  Bertrannus  cornes  Provinciç...  unum...  mansum  ab  integro 
uem  excoluit  homo  nomine  Rothbaldus  in  villa  Ausonivis,  in  comitatu 
isterico...  ego  Bertrannus  cornes...  »  {Saint-Victor,  n°  681). 
La  même  année,  le  marquis  Guillaume  donne  «  unum  mansum  ah  inlc- 
ro,  quem  excoluit  homo  nomine  Isimbardus,  in  villa  Ausonivis,  in 
)mitatu  Sisterico  »  (Ibid,,  n^  682).  Il  résulte  de  là  (jue  Bertrand  était  co- 
ropriétaire  avec  le  marquis  d'un  domaine  dans  le  comté  de  Sisteron  .* 
lais  les  mas  qui  composaient  ce  domaine  comtal  n'étaient  pas  indivis, 
hacun  de  ces  mas  était  attribué  soit  5  l'un,  soit  à  Tautre  des  deux  comtes 
>propriétaires  du  domaine. 

Marseille,  samedi  d'août  1031.  «  Ego...  Bertrandus,  miseratione  Dei 
Tinipotentis comes  vel  gubernatorProvintiç  regionis,  dono  duos  mansos... 
ropter  malum  quod  ego  feci  cum  meo  hoste...  juxta  Marignane.  Idcirco 
msuluimeos  fidèles  quid  facere  dehuimus...  et  dederunt  michi  consilium, 
c  parte  meliori,  ut...  secundum  consilium  eorum,  diffinitum  est  ut...  est 
nus  mansus  in  villa  Petra  Foco...  est  alius...  in  villa  Foro  Calcherio...  in 
>mitatu  Tolonense...  Bertrannus  comes...  Feraldus  episcopus  testis... 
aimbaldus  archiepiscopus  testis. . .  »  {Saint-Victor,  n°  455). 
[1018-1032]  :  «  Rodulfus  rex  Alamandorum...  omnibus  fidelibus...  cunclis 
vilibus  Aralatensis  audientibus,  ducibuA,  viscommitibus,  scavinos,  judices 
;  vicarios...  vir  venerabilis  Jausfredus  commis  Aralate,  volente  et  con- 
înciente  fratre  suo  Bertrammo...  totam  partem  commitalem  <iuc  ad  com- 
ilem  aut  ad  fiscocommilale  vel  regale  ..  de...  Madalgas. ..  »  [Saint- Victor, 
'  1061).  Mazaugues,  du  diocèse  d'Aix,  aux  limites  de  Marseille  et  Toulon. 
[1018-1032]  :  n  ego  Bertrannus  comes...  in  comitatu  Sisterico,  in  Castro 
iirnocalcario...  Signum  Bertrannus  comes  ..  Signum  Bcringarius  vice 
>mes.  Signum  vescoFrodo.  Signum  Amiens.  .  .  »  (Saint- Victor,  n^  666). 
1034  :  ft  ego  Bertrannus  comes  et  princeps  totius  Provincia;  do  quartam 
irtem  villœ...  Gaisela...  ecclesia»  S.  Perpétua?  »>  (Bibl.  nat.,  ms.  lat,  13915, 
363  r»). 

1034  :  u  ego  Josfredus  et  ego  Bertrannus  comités  ac  principes  tocius  Pro- 
ncie...  in  comitatu  Acjuense...  Gaufredus  firmavit.  Bertrannus  firmavit. 
ïiamhaldus  archiepiscopus  firmavit...  »  Saint-Victor,  n°333). 
12  avril  [1033-1036],  règne  du  Christ  :"  ego  Bertrannus  comes...  in comi- 
tu  Avenionense.  in  terri torio  castri...  Tarascone,..  consenliente  lamen 
)isco[>o  Senioreto  de  Avinione  etcanonicis  et  judice  Berengario...  Signum 
^rtranni  comitis.  Gaufredus  comes  voluit  et  consensit  >»  'Chantelou, 
>.  «37-1,38  . 

Sarrians,  jeudi  :^19  mai  1037^  :  "  nos  duo  fratres  comités  Provincit* 
lusfredus  at({ue  Bertrannus  quandam  terram  aliquando  sancti  Maioli 
*reditatem  actenus  vero  possessam  a  nostris  antccessoiibus,  Diliadam  et 


280  LA    HHOYENCE    DU    PREMIER    AU    XIl^  SIÈCLE 

toute  la  Provence.  Mais,  tant  que  vécut  leur  oncle  au  5*  degré, 
Guillaume  iils   de    Uoubaud,   on  ne  trouve  aucun  acte  où  ils 

soploiii  Fontes...  Aclum  pubblice  apud  Serrianum  villam  feria  V.  Ascon- 
sionis  Domini  ivgnante  ('.honone  imporatore  aono  X  re^^ni  sui...  Testes 
Haymhnhliis  archiopiscopus.  Feraliliis  episcopus,  Pelrus  episcopus,  Pctnis 
opiscopus  Sextorictmsis,  Franco  episcopiis...  »  (Cluny^  n"  21>16  .  L*é<iiteur 
(liito  à  tort  cet  acte  (lu  2t)  mai  :  le  scribe  des  deux  comtes  de  Provence  ne 
dit  pas:  "  fi*ri:i  V  inml  Anrf*nnionern  *\  mais  bien  ««/Vria  VAac^/irio/ii«.t»  Quant 
au  man|uis  Guillaumo,  il  se  trouvait  aussi  à  ce  plaid  géïK^ral  comme  ses 
(\o\\\  cousins,  car  ou  le  tn)uve  h  20  kilomètres  de  là,  à  Piolenc,  ou  dessus 
dOrauj^o,  faisant  la  môme  donation  qu^eux  cette  même  année.  C'est  «i'ail- 
lours  l'avis  de  l'éditeur  (Uuny^  n^  2917).  Os  deux  donations  prouvent  que 
le  domaine  des  trois  princes  était  indivisdans  le  comté  de  Riez. 

1037  :  «.  rejouante  Cono  imperatore,  ej^  Guidbertus...  in  comitalu  Tlio- 
lonensi...  Josfre<lus  cornes  firmavit...  »>  [Saint- Victor^  u?  380). 

1037  :  .....  Hertrannus  cornes...  cedo...  in  reg:no  Provincial,  in  pago  Sis- 
terj»:ic()...  Manuasca,  seu  Podium  Bosoni...  Signum  Bertranni  comitis... 
Josfredus  cornes  fi*ater  ejus  voluit  et  firmavit...  »  (Chantelou.  p.  43*  . 

103K  : ..  repliante  Cona  imperatore,  ejço  Josfredus  cornes  Provintic.dono... 
lideli  nieo  Fulehoui  vicecomiti  Massilie  et  uxori  sue  Odilç  aliquid  de  alo<le 
nH'<»...  in  coniitatu  Tolonense...  Ego  Josfredus  comes  Provint ie. ..  »>  Saint- 
Virfor,  n°  *V7\ 

H»3S  :  ..  ejj^o  Hertrannus  cornes  Provincie...  firmavi...  o  {Sainl-Virlor, 
lï"  ttH-.  (Confirmation  de  la  donation  de  son  trvve, 

!<)  janvier  10+0  :  «  ej^o...  Jodfredus  et  fratermeus  Rertrannus  comités  Pro- 
venlie...incomitatu  .Vrelatcnse...  Triï>ontio...SignunîGodfredi  et  Ik*rtranni 
coniiles...  Hohorata  hev  earta  octabis  sancti  I^urentii,  in  manu  archiepiî»- 
copidonmi  Hainih.ildi...  ••  {Sainl-Virtor,  n"  1721. 

27  janvier  lOVO. .....  Nos...  .Vl)aniari...  in  coniitatu  Arelalensi...  Ego  Josfre- 
dus connus fl  u\or  inea  donamus  et  firniamus  donationem  terrarum  juday- 
earuin...   >»  .  Saint- Virtor\   n"  171>  . 

Meirredi  23  avril  lOfO.  ivp^ne  du  Christ  :  .«  ego  Rertrannus  cornes...  in 
re^^no  Pn)vincia\..  in  coniitatu  Avenionense  in  Castro  Ta rascone...  in  comi- 
laln  Arausico...  in  coniitatu  (lavellico...  in  comitatu  Ac|uense...  in  comitatu 
Tolonense...  Berlrannus  conies.  .  lihentissinie  dédit...  Eldejarda  Eveza 
lixor  ejus  lirmavil.  Josfredus  coines  firmavit...    •  i Chantelou,  pp.   136-137. 

Marseille,  nuM'credi  1."»  oclolin»  lOVO  :  .....  assensum  pi"ebeiitibus  princi- 
pihiis  Gausfredo  et  Berlranno,  cuni  totius  Provintie  nobilibus...  »»  iS.-ii/i/- 
Victor,  II»   Ifri.  Il  s*a«ril  de  réj^lise  de  Saint-Victor  de  Marseille. 

Montmajour,  10*0  :-.  e^o  Horlrandus  cornes...  in  coinitale  Avenionense... 
aecepi  preciuin   solidatas  octo^inta...  aecepi  [iretium  solidatas    octopinla... 
Sij;nuin  Hertrannus  cornes...  Josfredus  coines...  Reran^arius  cornes  (.</r  ...  " 
(Uianlelou,  pp.  13H). 

Moniniajour,  lOlO  :  u epfo  Gaufredus  cornes...  in  comitatu  .\veniouense... 
acc'e|)i  pretiuin  soli<los  cenlum...  S.  Gaiifi'cdus  cornes...  Rertrannus  inclytus 


LE   ROYAUME   DE   BOLRGCMÎNE-PROVENCE  281 

assument  le  titre  de  marquis.  Après  sii  mort,  survenue  entre  1037 
et  1010,  c'est  différent.    Non  seulement   ils    héritent  de  lui    un 

cornes  ûrmavit...  Rostar/nus  episcopus  AreniunrnuiiifirmavU.  Stephania  comi- 
tUsa  firmarit  »>   Chanlclou,  pp.  138-139'. 

Avignon,  janvier  lOil  :  «  ogoGaiifrediis  olfratennous  Boiirannuscomilos 
Avenioneuscs,cumconsilio  et  Voluntatefiiloliiininostmrum...  Mairanicas...  »> 
(Polycarpede  la  Rivière,  Annales^  pp.  ()26-627  ;(",ohiinl)i,  ti  De  rebu»  gestia 
episcoporuni   Vasiont*n$ium  »,   16r»6,  p.  60.  —  Cari.  Saint-Andrà), 

Arles,  mardi  25  mai  10i2.  «  E^)  Guido...  in  comilatu  Aquense...  .Vota 
publiée  apud  Arelatem,  in  presentia  domni  Haimbaldi  presulis  atque  Jos- 
fredi  marchionis  Provincie  et  ceterorum  nobilium...  Josfrtnlus  comes  sive 
marchio  Provincie  firmavit  {Saint-Victor^  n"  375  . 

Arles,  avril  10^3  :  «  ogp...  Raiambaldus  arcbiepiscopiis  dono...  aliquid  de 
alode...  ecclesia?...  in  comilatu  sancte  Arelatensis  tecclesia»,  in  caslello... 
Salone...  Acta  est...  in  civitate  Arelato,  in  meuse  aprilis,  anno  ab  Incarna- 
tione  Domini  millesimo  XLIII,  regnantibiis  principibus  in  Galliis  (inuz- 
fredo  et  Berlranno...  »  (Gall.  Christ,  norias.,  Arles,  n°  36*»  . 

Mars  ;^10K)-I0^i],  règne  du  Christ  :  «  ego  Bertrannus  cornes,.,  in  comi- 
latu Aquense...  Pertusus...  Bertrannus  comes  f....  »  (Chanlelou,  pp.  13^- 
135).  —  [lOiO-1044]  :  «  ego  Gaufridus  Dei  ordinatione  comes...  depreca- 
tione  mei  fratris  Bertranni  nostrorumque  nobilium  militum  iaudatione... 
Pertusum...  cpiœ  olim  ab'avo  nostro  Guillelmo  data...  Signum  Gausfredi... 
Bertrannus  comes  frater  ejus  f. . . .  »  [Ibid,  pp.  135-136). 

Marseille,  samedi  29  juillet  i04i  :  «  régnante  Ileienrico  rege.  Ego  (iau- 
fredus  marchio  sive  comes  Provint ie  ..  hereditatis  |)a terne  quedam  con- 
cedo...  interritorio  comitatus  Massiliensis  »>    Saint-Victor,  n"  34). 

ilOiO-1044;:  «  ego  Rahimbnldus,  gratia  Dei,  presulatus  honore  sublima- 
tus...  donamus...  consentientibus  totius  Provintie  principibus  seu  comiti- 
bus  Josfredo  atque  Bertranno...  Gauzfredus  comes  f.  Bertrannus  frater 
ejus  f. . . .  »>  (Saint- Victor  y  n°  151.  —  (rail.  Christ,  noviss,,  Arles,  n°  363). 

104 1.  règne  de  Henri  :  «  ego  Bertrannus,  auctore  Deo,  marchio  sive  comes 
Provincie...  in  comilatu  Sigisterico...  territorio  castelli...  Forcalcherium... 
pro  remedio  anime  mee,  uxoris  ac  filiorum  et  genitoris  mei  Willelnii 
sive  genitricis  mee...  jure  paterne  hereditatis...  Bertrannus  marchio  sive 
comes...  lirmavit,  Raiambaldus  Arelatensis  arciepiscopus  f.  llismido  Ilebre- 
dunensis  archiepiscopus  f.  Petrus  archiepiscopus  Acpiensis  f.  Slepha- 
nus  episcopus  Aptcnsis  f.  Franco  episcopus  Garpentoracensis  f.  Petrus 
episcopus  Vasensis  f.  Udulricus  Tricastrensis  episcopus  f.  >»  {Sninl-Victor, 
n°  659). 

8  décembre  1045  :««. . .  de  convenientia  terrarum...  Judeorum...Gosfredus 
comes  Pmvincie...  «  [Saint- Victor ^  n°  194). 

1045:  «...  Guillelmus  vicecomes  Massiliensis...  in  territorio  Massiliensi... 
Ego  Gauzfredus  marchio  sive  comes  Provincie...  firmo...  »>  iSaint-Victor  ; 
n«  24). 

1048.  «  Ego  Gosfredns  et  Bertrannus  frater  meus,   utrique   Provinciales 


i 


282  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU  Xll*'   SIÈCLE 

quarC  indivis  de  la  Provence  qu'ils  joignent  à  leur  moitié,  mais 
la  branche  qu'ils  représentent  recueille  le  marquisat. 

Par  une  innovation  jusqu'alors  sans  exemple,  les  deux  frères 
prennent  ensemble  le  titre  de  marquis.  Les  actes  de  1042,  de 
lOll,  de  1018  et  de  lOSO  en  donnent  la  preuve.  Un  autre  fait  est 
àsi^naler:  les  actes  antérieurs  à  la  mort  de  leurpère  paraissaient 
prouver  que  Foulques-Bertrand  était  l'aîné  de  Geoffroy.  Par 
contre,  les  actes  postérieurs  à  cette  mort  indiquent  que  Geoffroy 
a  le  premier  rang.  11  y  a  là,  en  somme,  une  répétition  de  ce  qui 
s'était  produit  deux  générations  auparavant.  Des  deux  Hls  du 
comte  d'Arles  Boson,  c'était,  de  son  vivant,  son  fils  Roubaud 
qui  était  cité  comme  l'ainé.  Après  la  mort  du  père,  Guillaume,  le 
cadet,  prit  le  premier  rang  au  détriment  de   Roubaud. 

Les  actes,  où  figurent  les  deux  comtes  de  Provence  Geoffroy 
et  Bertrand,  concernent  les  comtés  d'Arles,  Marseille,  Aix,  Tou- 
lon, Riez,  Digne,  Embrun,  Gap,  Sisteron,  Vaison,  Orange» 
Cavaillon  et  Avignon.  Il  est  bien  rare  qu'un  acte  émané  de  l'un 
d'eux  ne  soit  pas  coniirmé  par  l'autre  :  évidemment,  la  Provence 
était  encore  indivise  entre  eux.    Ils  n'ont  pas  à  approuver  les 

ma rchioncs  si ve  comités. . .  »  (SainM'ic/or,  n°  737).  Il  s'agil  de  Chaudol 
comin.  La  Javio,  au  diocèse  de  Dip^ne. 

Mars  lOfrS:  a...  e^oHaiambaldusArelatcnsium  archiepiscopus, in  presentia 
Jausfredi  comitis  et  Stéphanie  iixori  sue  et  in  presentia  episcoporum... 
Heldehertus  Antibolensis,  Elifantus  Aptensis,  Durantus  Venciensis...  in 
comitalu  Arelatense  »...  {(nill.  Chrinl.  norîjiM.,  Arles,  n"  381). 

|1040-iOiK  Vj  :  u  Vasensis  civitalis  medietas  (piam  beatff  Marias...  ecclesia 
<*x  antiquo  jure  |)ossederat  et  altéra  medietas  quam  Gaufridus  Provincia» 
coines  cum  fralre  suo  Rerti*amno  per  manuni  Peîri...  episcopi  eidem  eccle- 
sia» tradidit...  »  {Bulle  de  Pascal  //du  27  avril  1108;  Louis-.\nselme 
Boyer,  Ilinl.  de  ràf^Use  de  Vaison...  Avi^nion,  Chavc,  1731.  Livre  second, 
pp!  'lil-'2V. 

Vers  1050]  :  «  ...in  villa  Fii^lin^nagna  et  alia  villa  ..  Sujuno...  in  nianus 
polestales  comités,  id  est  Jofredus  sive  Berlrannus...  et  Berlranuus 
cornes  vel  Jofredus  donaverunl...  Signum  ipsi  comités...  Signum  Baran- 
•j^iierius  vicecomes  et  uxor  sua...  i»  {Sainl-Victor^  n"  675).  U  s'agit  du 
comté  de  Sisteron. 

1050  :  «.  epfo  Berli*annuscomes  sive  marchio  Provincia*...  in  comltatu  Sis- 
tarico,  in  villa...  Manuasca...  »•  ;  Huffi,  Dissert.,  p.  64:  cet  acte  n'est  pas 
dans  le  tlurl.  de  Saint  Victor  publié  .  (!f.  Cart.  deGelloney  n«  Vil. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  283 

actes  concernant  la  mense  archiépiscopale  ou  capitulaire  d'Arles  : 
par  contre,  Tarchevêque  d'Arles  ratifie  des  actes  comtaux  relatifs 
à  des  biens  sis  dans  le  comté  d'Arles  K  Cet  archevêque  se  sert 
d'ailleurs,  une  fois,  pour  désigner  le  comté  d'Arles,  du  terme  in 
comiiatu  sancte  Arelatensis  ecclesie  :  cela  tendrait  à  prouver 
que  le  comté  d'Arles  venait  d'être  inféodé  à  son  église  -.  Par 
contre,  les  comtes  possèdent  toujours  la  garde  des  Juifs  ^.  En  990, 
on  le  sait,  le  premier  marquis  avait  concédé  en  fief  à  l'église  de 
Fréjus  la  moitié  de  la  cité  de  Fréjus  ;  ce  fait  n'est  pas  isolé.  On 
constate  que  l'église  de  Vaison  avait  re^u  une  concession  iden- 
tique. Les  deux  comtes  actuels  allèrent  plus  loin  :  ils  abandon- 
nèrent k  l'évêque  de  Vaison  l'autre  moitié  de  sa  cité.  L'évolu- 
tion qui  pousse  les  comtes  hors  des  cités  arrive  alors  à  son  terme. 
Sous  le  premier  marquis,  on  avait  vu  paraître  le  château  de 
Manosque  comme  résidence  comtale  :  maintenant  paraissent  celui 
de  Forcalquier,  dans  le  même  diocèse  de  Sisteron,  et  celui  de 
Tarascon  dans  le  diocèse  d'Avignon.  Les  actes  comtaux  datés 
d'Arles  deviennent  rares  et  l'archevêque  y  tient  le  premier 
rang  '\  Deux  actes  de  1040  offrent  beaucoup  d'intérêt  :  Geoffroy 
et  son  frère  Bertrand,  chacun  à  part,  font  la  même  donation  h 
Montmajour  '>.  Au  lieu  de  recevoir  chacun  le  même  prix,  Geof- 
froy reçoit  iOO  sous  et  Bertrand  la  valeur  de  80  sous  seule- 
ment. Cela  revient  à  dire  que  le  comte  auquel  appartient  tou- 
jours le  premier  rang  reçoit  un  prix  supérieur  d'un  quart  à  celui 
reçu  par  le  comte  sur  lequel  il  a  la  préséance.  Ce  quart,  hors  part, 
représente  une  sorte  de  préciputqui  égale  le  1/9  du  prix  global 
dont  chacun  reçoit  les  4/9  pour  sa  part  ordinaire. 

La  femme  de  Foulques-Bertrand,  Hildegarde  «  Eveza  »,  n'est 
connue  que  par  un  seul  acte  de  1040  '»  :  il  en  eut  deux  fils,  Guil- 

\.  Saint-Victor,  n»  172. 
2.  (rail,  noviss.,  Arles,  n«  369. 
:\.  Saint-Victor,  noM79,  194. 
4.  Saint-Victor,  n»  37^. 
,-».  Chantclou,  pp.  138,  138-139. 

6.  Ibifl.j  pp.  136-137.  Les  dates  ne  p:»rineltcnl  pas    do  l'identifier   avec 
la  fille  de  Ramire,  roi  d'Arag^on,  et   d'Ermessinde-Gisberg-e,   Thérèse   qui 


284  L\    PROVENCE    DL*    PIIEMIER  AU    Xll^    SIÈCLE 

laumc  Bertrand  et  Geoffrov.  De  son  coté,  Geoffroy  fut  marit*  à 
Stéphanie,  surnommée  Douce  qui  parait  dès  1040  *  et  vivra  encore 
en  lOîh'J  *  :  il  en  eut  un  lils,  Bertrand,  et  une  Hlle,  Gerberjje. 
nommée  régulièrement  comme  sa  grand'mère  paternelle. 

Berlran<l  eut  donc  un  fils  nommé  Guillaume,  tandis  que  Geof- 
froy donne  au  sien  le  nom  de  Bertrand,  :  ce  fait  confirme  l'opi- 
nion que  Bertrand  est  bien  Taîné,  quoique  Geoffroy  ait  la  prt^ 
si'ance.  (uiillaume,  en  effet,  était  le  nom  hérédiUiire. 

Du  temps  de  ces  deux  comtes  de  Provence,  certaines  chartes 
(le  donation  à  Tabbaye  de  Cluny  et  à  celle  de  Saint- Victor  sont 
faites  pour  attirer  Tattention. 

1"  Le  mercredi  22  mai  1023,  veille  de  l'Ascension,  sous  le 
rè^ne  (le  Rodolphe  ou  Uouph,  se  trouvent  réunis  à  Saint-Prival, 
dans  le  ttMroir  du  thateau  de  Sarrians,  un  concile  d'évêques  et  une 
assemblée»  d(»  princes  —  seif^neurs  et  dames  —  de  Provence.  Les 
évéques  de  Gap  et  de  Sisteron  sont,  entre  autres,  présents  •*. 

2"  Le  jeudi  IJ)  mai  lO.'H,  jour  même  de  l'Ascension,  sous  le 
ré^ne  de  (Conrad,  ou  (]onon,  se  trouvent  encore  à  Sarrians  des  pré- 
lats et  des  seigneurs  dont  Tun  est  accompagné  de  sa  femme.  On 
remanjuc»  à  écrite  assemblé*»  le  primat  d'Arles,  les  évéques  de  Gap, 
Sisteron,  Vaison  et  Carpentras.  Tous  ces  personnages  entourent  le 
inarcpiis  et  l(»s  deux  comtes  de  Provence  réunis  ^. 

aurail  épousé  un  conilo  de  Provence  ;J.  Pistori,  //û(pâ/fi>  ilhistraliP,.. 
Franc<)nofuiii,  iOO(>,  l.  -^  pp.  D'i^-O^t).  En  effel,  Hamire  épousa  Ermos- 
sin«lelo2-2aoùl  HVMk 

1.  (iuli.  (JirÎHt.  nnriss.,  .\rles,  n°  3Ri.  La  souscription  delà  comlesse 
à  Taelo  de  lO'tO  ^CJiaulcIou,  pp.  1.18-139)  parait  être  |)Osténe«re,  mais  son 
in.iri  éljiit  inariédès  loi*  janvier  lOK)  .Sa//i<- V7c/or,  n»  1*0). 

'2.  il  septembre  U>0o  :  <•  Siepliania  cop^noniento  Dulcis  »  {Sa in l- Victor, 
n"-2iO  . 

\\.  Sainl-Piival.  22  mai  1023.  ..  Facla  est  autem  bec  caria  anno  ab  incar- 
nalione  Doniini  inillesimo  XXIll,  indictionc  VI,  feria  llll,  ante  Doroini 
AsitMJsa,  il)  eoneilio  tpiod  fuit  apud  Sanclum  Privatum  in  territorio  Sar- 
rianis  easlri  ubi  fuit  diveisorum  episcoiK)inm  cœterorunique  nobilium 
uli'iustpu*  se\us  relijciosa  congrej^atio  régnante  piissimo  rege  Rodulfo  »» 
'/<,7/;/i//,  n"  2770\ 

V.  Sarrians,  10  mai  1037.  «  Actum  publiée  apud  Serrianum  villam,  feria 
V  Ascensiunis  Domini  rej^^nante  C.bonone  im|>eralore  anno  X  regni  sui  • 
[Clnny,  n*»  2010  . 


LK    ROVALMK    Dfc    BOL'KGOGNK-PROVENCK  283 

3®  En  Tannée  tOit,  sous  le  règne  de  Henri,  se  tient  un  con- 
cile où  figurent  le  primat  d* Arles,  les  archevêques  d'Embrun  et 
d'Aix,  les  évéques  d*Apt,  Carpentras,  Vaison  et  Saint-Paul.  Ces 
évêques  souscrivent  une  donation  du  marquis  Bertrand  '. 

i**  Une  vingtaine  d'années  plus  tard,  cette  dernière  donation 
est  approuvée  dans  un  nouveau  concile  et  une  nouvelle  assemblée 
où  se  trouvait  réunis  les  évéques,  les  vicomtes,  les  seigneurs 
de  Provence,  c'est-à-dire  tous  les  vassaux  directs,  ecclésiastiques 
ou  laïcs,  des  marquis  et  comtes  du  pays  :  ce  concile  se  réunit  à 
Barbara,  dans  le  terroir  de  Courthézon,  vers  10(îi  '-. 

1.  1044  {Saint-Vicloi\  ii°  659).  Cotte  doiialiou  offre  <le  l'intérêt  à  un 
point  de  vue  spécial.  Le  nianjuis  donateur  déclare  {|ue  tout  contrevenant 
doit  encourir  «  legem  sacrilej^i,  id  est  DCLXX  solidos  et  eversores  pacis 
incurrat,  idestut  exiliumsubeat  ».  Le  droit  romain  punissait  les  vols  sacri- 
lèges, commis  la  nuit,  de  l'exposition  aux  bêtes  et  ceux  commis  le  jour  de 
la  déportation  pour  les  honentiores^  des  mines  pour  les  humiliores  [Jus- 
tiniani  codicis,  lib.  IX,  tit.  XXIX,  1.  1,2,  3,  4;  Digestorum,  lib.  XLVIII, 
lit.  XIII;  Pauli  sentenliarum,  lib.  V,  tit.  XXI  :  De  sacrilegis,  ce  dernier  sur- 
tout). La  lex  romana  Wisif/othorum,  ne  contenant  pas  de  peine  pécuniaire 
applicable  aux  sacrilèges,  sur  la  demande  des  évè(|ues  de  la  première  Narbon- 
naise,  le  pape  Jean  VIII,  au  concile  de  Troyes,  après  avoir  compulsé  les  lois 
impériales,  en  trouva  une  de  Justinien  (|ui,  outre  l'exil,  condamnait  à  une 
composition  de  5  livres  d'or  et,  d'autre  part,  un  capitulaire  de  Charle- 
magne  qui  punissait,  d'une  composition  de  000  sous,  tout  dommage  apporté 
aux  immunistes.  (^ette  loi  de  Justinien  n'est  pas  connue,  mais  le  Capitulaire 
en  question  est  la  Capiiulare  Icfjihtis  addilum  de  803,  §  2.  Le  pape,  se  fon- 
dant sur  fautorité  de  Justinien,  mais  modérant  la  composition, ordonna  de 
s'en  tenir  au  chiffre  établi  par  Charlemagne  et  de  joindre  à  la  Lex  Romana 
Wisigolhorum  cette  disposition  du  capitulairt*  carolingien  Troyes,  août  878  : 
Jaffé,  2«  éd.,  n*»  3180),  Cette  décrétale  passa  dans  Ives  de  (Chartres  <»t  dans 
Gratien.  Ici  le  manjuis,  conformément  h  l'esprit  du  droit  romain,  spécifie 
bien  la  peine  de  l'exil  et  une  réparation  pécuniaire.  Cependant  c(*tle  compo- 
sition, au  lieu  d'être  fixée  îi  600  sous,  l'est  à  070,  c'est-à-dire  qu'il  l'augmente 
de  70  sous.  Peut-être  convient-il  de  lire  %0  sous  au  lieu  070  :  dans  ce  cas, 
cette  somme  pourrait  se  décomposer  en  000  de  composition  et  60  sous  de 
ban  que  le  marquis  abandonne  éventuellement.  Mais  c'est  peu  probable, 
car,  dans  un  autre  acte  du  2.">  octobre  105."»,  on  lit  encore  un  autre  chiffre  : 
<•  propler  sacrilegium  quod  comiserat,  emendare  deberel  1)CC  solidos  » 
iSaint'Victor^  n°  739  .  Sans  doute  faut-il  tenir  compte  des  différences 
successives  de  valeur  des  monnaies  :  en  raison  de  la  baisse  de  l'aloi  ou  du 
poids,  les  700  sous  de  1055  équivaudraient  aux  070  de  1044  et  aux  600de  803. 

2.  [14  février  1063/4-1»''  mai  1065],  «  Acia  puplice  in  concilio  apud  Bar- 
bararas  »  {Saint- Victor ,  n®  659). 


28ti  LA    PROYKNCE    DU    HHEMItR    AL'    Xll^    SIÈCLE 

Sous  Iv  principat  du  vainqueur  des  Sarrasins,  on  a  noté  des 
assemblées  tenues  i\  Manosque  aux  fêtes  de  Xoêl  ;  le  marquis  st' 
rendait  ensuite  à  Arles  pour  Pâques  avec  les  juges  de  Provence. 
Maintenant,  au  xi**  siècle,  la  coutume  existe  donc, en  Provence,  de 
tenir  chaque  année  [xendant  la  semaine  de  l'Ascension  un  con- 
cile des  trois  pnïvinces,  sous  la  présidence  du  primat,  et  une 
assemblée  générale  des  grands  vassaux  sous  la  présidence  du 
man|uis  et  des  comtes.  C'est  une  cour  plénière  annuelle. 

l^lle  ne  s<»  tient  pas  dans  une  cité,  mais  en  plein  champ,  près 
d'une  chapelle  ou  d'un  village.  De    plus,  le  lieu    de  réunion,  en 
fait,    est    toujours    le    même.     Quoique    séparés    par    TOuvèze 
qui  descend  sur  Bédarrides  pour  se  jeter  dans  la  Soi^ue,  les  loca- 
lités de  Courthézon   et  Sarrians,    toutes    deux   en  Vaucluse,   ne 
sont  distantes  que  de  huit  kilomètres.  L'Ouvèze  est  à  mi-chemin: 
Barbara  sur  sii  rivedmite  *  et  Saint -Privât  sur  sa  rive  gauche  **  se 
tiïuchent,  pour  ainsi  dire.  Barbara  est  dans  le  diocèse  d'Avignon, 
Saint-Privat  dans  celui  d'Orange,  à  quatre  ou  cinq  kilomètres  des 
lieux  dits  .«  les  (Confines  »>  et  ^  le  Pont  des  Trois-Evèchés  »,  où  se 
joignent  les  diocèses  d'Avignon,  d'Orange  et  de  Carpentras. 

C'-e  n'est  pas  seulement  à  cause  de  la  commodité  de  ce  pays  de 
plaine  et  de  Sii  situation  centrale  que  ce  lieu  de  réunion  était 
choisi  volontiers  pour  la  tenue  des  cours  plénières  annuelles  de 
de  la  Provence.  S;irrians  était  le  domaine  que  le  premier  marquis 
(iuillaunie,  vaincpieur  des  S^irrasins,  avait,  avant  de  mourir, 
donné  à  saint  Mayeul  pour  le  siilut  de  son  âme,  prescrivant  d*y 
élever  une  église  et  de  la  dédier  à  Dieu,  en  mémoire  de  la  très 
victorieuse  croix  du  Seigneur,  à  la  Vierge  sa  mère,  aux   saints 

1.  Le  nom  do  Iknhara  no  so  hvuve  |\ns  indû|iié  sur  la  carte  du  Service 
\iciii;d:  il  s'osl  |ior|H»lué  dans  la  ohaiH'Ile  Saint-Laureut  de  Barl>ara 
dépondanl  do  la  paroisso  do  ('.*nirlhézon  et  par  conséquent  du  diocèse 
«rAvi^non.  à  uno  domi-lioiio  do  Bédarrides.  Loi-s  de  la  visite  pastorale  de 
1707-170S,  oôlait  lo  formior  do  la  C.ouoounle  qui  en  avait  la  clef  (Bibl. 
d'Avit^non,  ms.  2;U>2,  ff.  20-23  .  La  (^oucourde  esta  moins  de  2  kilomètres 
do  Sainl-Prival. 

2.  Sainl-Prival,  oonun.  do  Sarrians,  pK*s  de  TOuvèie,  sur  la  limite  de 
la  ooniinuno,  îi  Touosl  du  cliAleau  ïouri*eau. 


^ 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  287 

apôtres  Pierre  et  Paul,  au  bienheureux  Marcel  pape  et  martyr,  au 
bienheureux  Saturnin,  martyr  illustre,  et  généralement  à  tous  les 
Saints  '.  Ce  n'est  évidemment  pas  à  Sarrians  que  la  rencontre  de 
Guillaume  avec  les  Sarrasins  revenant  du  Valais  au  Freinet, 
avait  pu  avoir  lieu  en  983.  Cette  dédicace  à  la  croix  divine  qui 
donne  la  victoire  était  certainement,  dans  la  pensée  du  prince 
mourant,  un  souvenir  de  reconnaissance  en  même  temps  qu'un 
espoir  de  salut.  Il  voulut  être  enterré  là  où  s*élevait  l'église 
offerte  par  lui.  Quant  au  choix  du  titre  de  cette  église,  on  sait 
que  partout  où  trois  diocèses  se  joignaient,  on  plaçait  ancienne- 
ment une  église  dédiée  à  saint  Christophe,  qui  porta  le  Christ, 
c'est-à-dire  du  saint  qui,  par  son  nom,  personnifiait  la  croix 
elle-même,  parce  que  la  croix  doit  marquer  les  limites  d'un  ter- 
ritoire consacré  à  Dieu  ^.  De  même,  on  dédiait  à  saint  Michel  les 
églises  placées  sur  les  hauteurs  ;  quelquefois  à  saint  Barthélémy 
celles  placées  dans  une  île  ou  un  bas-fond.  Au  xi**  siècle,  on  pré- 
férait dédier  Téglise  des  confins,  non  plus  à  un  saint,  mais  à  la 
croix  elle-même.  Guillaume,  voulant  reposer  dans  une  église  pla- 
cée sous  le  patronage  de  la  croix  victorieuse,  devait  donc  choisir 
de  préférence  une  localité  placée  aux  confins  de  trois  diocèses  : 
il  choisit  Sarrians  comme  étant  la  localité,  la  plus  rapprochée 
d'Avignon  où  il  se  trouvait,  répondant  aux  conditions  voulues. 
Cette  église  s'éleva  lentement  :  le  marquis  étant  mort  en  993, 
elle  ne  fut  dédiée  que  quarante  ou  cinquante  ans  plus  tard,  du 

1.  [1033-1054]  :  «  in  villa  quç  vocatur  Sarrianisquam  Willelimis  quondani 
dux  Provintiœ  et  pater  patriç  sanclorum  apostolorum  Pclri  et  Pauli  et 
monasterio  Gluniensi  et  loco  in  quo  se  sepeliri  rogavit  et  boalo  Majolo 
adhuc  in  came  vivante  et  vivons  delegavit  et  moriens  donando  attribuit 
a?cclesiani  construere  studuit  et  eam  consocrare  et  dodicare  rogavit  a 
domno  et  vencrabili  Regimbaido  Arelatensium  archycpiscopo  ad  honorem 
Dei  et  mcmoriam  dominicc  ol  victoriosissimc  crucis  ac  Domini  genitricis 
et  sa nctorum  apostolorum  Pétri  et  Pauli  et  beali  Marcolli  pape  et  marli- 
ris  et  beati  Saturnini  marliris  incliti  et  omnium  sanclorum  »  {Cliinij^ 
n®  2866).  Cette  charte  date  du  jour  de  la  consécration  de  l'église  :  elle  est 
peut-être  du  19  mai  1037,  jeudi  de  l'Ascension,  comme  le  n°  2916. 

2.  G.  de  Manleyer,  Les  origines  de  la  Maison  de  Savoie^  la  paix  en  Vien- 
nais,  Grenoble,  Descotes,  1904,  p.  32,  n.  2.  (Extrait  du  Bull,  de  la  Soc.de 
sUlisUque  de  risère,  4«  série,  t.  Vil,  p.  118.) 


'2HH  \.\    l'ROVKNCK    Dl     FHKMIKR    AI'    \II^   SIÈCLt: 

ti'inps  (lo  SOS  petits-fils  Fouiqiies-Hertnind  et  GeolTroy,  parl'ar- 
('lu'\i'(|iu*  d'Arles  liainihaud.  Rien  de  plus  naturel  que  le  fait  de 
tenir  les  cours  plénières  annuelles  dans  le  voisinage  du  lieu  où 
reposait,  suivant  sa  \olonté,  le  héros  delà  race  et  le  sauveur  de 
la  IM'ovtnei'.  On  n'attendit  pas  pour  cela  que  l'église  fût  achevée, 
dette  éj^lise  paraît  subsister  en  partie  :  c'est  l'église  paroissiale 
actuelle  de  Sarrians  dédiée  aux  sidnts  Pierre  et  Paul.  L'absidiole 
<lu  n«»r(l  a  été  agrandie,  puis  la  nef  a  été,  assez  tard,  .augmentée 
dt»  deux  bas  eotés  :  tout  le  reste  peut  parfaitement  dater  de  la 
dédieaee.  (l'était  le  plan  crucial  :  la  travée,  surmontée  d'une 
coupole  ^n»ssière,  était  accostée  de  deux  collatéraux  en  berceau, 
(troits  mais  débonlants  sur  la  nef.  L*abside  et  les  deux  absidioles 
en  cul  de  four  s'ouvraient  sur  la  travée  et  les  collatéraux  p;ir 
rinternié«liaire  d'un  jc^a^^l  »i'<-*  très  large,  formant  berceau,  sous 
le<piel  se  trouve  chacun  des  auti'es.  L'ensemble,  porté  sur  d'é|wis 
piliers  (|uailraii^ulaires,  est  d'un  aspect  ti*ès  lourd.  Deux  marches 
t'*lè\ent  \v  s(»|  de  la  c(uipole  sur  les  collatéraux  :  au  pied  de  ces 
marches,  lune»  «les  pierres,  dans  le  pavé  du  collatéral  niéri- 
«lioiial,  porte  les  deux  lettres  suivantes,  paléographiquement 
antérieures  au   \\\V'  siècle  : 


PC 


La  nef  est  d'ailleurs  remplie  de  sépultures  modernes. 

Le  concile,  tenu  à  Barbara  vers  KUiiî,  est  le  dernier  exemple 
connu  des  Jurandes  assend)lées  de  Sarrians  :  avant  1067,  les  deux 
frères  (luillaunu'  Bertrand  et  Cieolfrov  étaient  morts  Sims  enfants 
màlcs;  leur  c«»usin  Bertrand,  tils  de  (leoffroy,  le  dernier  de  la 
raie  îles  comtes  de  Provence,  n'était  qu'un  enfant,  sous  la  tutelle 
«le  sa  mère.  11  est  bien  possible  que  la  tradition  des  cours 
plénières  se  soit  perdue  à  ce  nuunent.  11  n  y  avait  plus  de  roi,  de 


j^ 


Le  Royaume  dJc  bourgogne-pkovlnck  289 

duc  ni  de  marquis  pour  faire  droite  justice,  constatent  le  pri- 
mat d'Arles  et  les  moines  de  Montmajour  ^  Le  pays  de  Pro- 
vence devait  commencer  à  perdre  conscience  de  son  unité,  jadis 
reconstituée  par  le  vainqueur  des  Sarrasins.  Le  chef  manquait  : 
la  justice  faisait  défaut. 

C*est  pendant  la  vie  du  marquis  Guillaume,  fils  de  Roubaud,  et 
de  ses  neveux,  les  comtes  Geoffroy  et  Foulques-Bertrand,  qu'était 
mort,  le  6  septembre  1032,  sans  enfants,  le  dernier  roi  de  Bour- 
gogne. Malgré  la  désignation,  faite  dès  1027  parce  souverain,  de 
l'empereur  Conon  son  neveu,  comme  héritier  présomptif  du 
royaume  en  l'associant  à  sa  couronne  ^,  malgré  Tenvoi  qu'il  lui  fit, 
au  moment  de  sa  mort,  de  sa  couronne  et  de  la  lance  ajourée  de 
saint  Maurice,  les  Provençaux  paraissent  avoir  préféré  recon- 
naître pour  son  successeur  Eudes,  comte  de  Champagne, 
son  autre  neveu  ^.  A  dater  de  l'expédition  de  Conon  à  Lyon 
et  à  Genève  où,  pour  la  seconde  fois,  il  se  fit  couronner  roi 
de  Bourgogne  le  1**  août  1034^,  les  comtes  de  Provence  se 
soumirent,  tardivement  et  plus  ou  moins,  à  sa  royauté  éloignée  ^. 
Le  plaid  général  de  mai  1037  mentionne  son  règne  et  le  fait  même 

1.  Septembre  1061  :  «  que  et  incuria  majorum  principum  et  pigritia  suo- 
rum  pastorum...  nec  rex,  nec  dux  marchiove  est,  ei  porrigeiis  manum. 
Quapropter  ego  Raiambaldus  archiepiscopus...  »  [GalL  Christ,  noviss.j 
Arles,  n«  414;  Chantelou,  pp.   174-175). 

1067  :  «  tune  temporis  non  erat  dux  neque  marchio  qui  rectam  justiciam 
facercl  scd  a  minimo  usque  ad  maximum  laicalis  ordo  quotidianam  injus- 
titiam  exercebat  »  (Chantelou,  p.  179). 

1082  {GalL  Christ,  noviss.^  Arles,  n^  441).  Même  formule  qu'en  sep- 
tembre 1061  ;  le  même  préambule  était,  paraît-il,  toujours  de  saison. 

2.  1027  :  «  regnoqueBurgundiœimperatori  tradito  ))(Wipon,Gp«/aC/iuon- 
radi,%  21). 

3.  Arles,  18  février  [1033]  :  «  anno  primo  (juod  Odo  rex  cepit  regnare  » 
{Saint'Victor,  n»  176). 

Arles,  l*'  mars  [1033]  :  f  anno  primo  (|uod  Odo  rox  rognare  cepit  • 
(Sai/i/-  Victor,  n«  183). 

janvier  [1033/4]  :  «  régnante  Odonc  regc  .Alamannorum  sive  Provincie, 
anooab  incarna lione  Domini  millcsimo  XXXIII  »  (Ibid.,  n<>  101). 

janvier  [1033/4]  :«  régnante  Odone  regc  Alamannorum  sive  Provincie  » 
[Ibid.,  n«  64). 

4.  1034  (Wipon,  Gesta  Chuonradi,  §  32). 

5.  8  juin  1035:  «  régnante  Cona  imperatore  »  {Saint- Victor,  n*'  r)56). 
Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Chartes   —  Vil.  19 


< 


290  IJI    PBOVE^Ci:  DU    PmEMIEX   AV   XlT   SIÈCLE 

(hitrr  de  sa  dé>ipidtion  en  1027.  Cuoon  reconnu  vint  bieotùtà 
niMuhr  le  4  juin  1il39.  Près  d'un  an  auparavant,  il  avait  transmis 
If  ntwiume  de  lk>ui>rog7ie  à  son  fils  Henri  dans  une  cour  pK-nière 
tenue  à  Soleure  -.  Cependant,  lui  mort,  certaines  chartes  de  Pro- 
vence déclarent  que  le  trône  est  vacant  *  :  d'autres,  par  habitude, 
ci>ntinuent  à  mentionner  le  règne  de  Conon.  bien  qu'il  soit  mort  l 
Ci*la  ténioiime  dune  indifférence  assez  grande  ;  car  il  était  impos- 
sible que  s«i  nuirt  ne  fût  pas  connue  au  bout  de  quatre  ans.  A  ce 
IK»int.  l'archevêque  d'Arles  ne  craignit  pas  de  déclarer  l'indépen- 
danoe  de  la  Pn»vence.  vis-à-vis  de  ces  souverains  étrangers  et 
pnibiématiques,  en  disant  que  les  marquis  de  Provence  régnaient 
sur  le  mvaume  de  Provence  *.  Cette  tentative  n'aboutit  pas  : 
à  dater  de  1014,  le  règne  du  germain  Henri  est  mentionné  d'une 
manière  «générale   . 

I^  marquis  Foui ijues- Bertrand  étant  mort  entre  1050  et  1054, 


I.   WiiH.u.  fié>fU  Chuonradi,  ^  3H  el  31». 

'2.  S;iinl-(ienis,  21  mars  104*"*  l  :  »  rc^gnante  nulle  rege  Provincie  alque 
Hur^'uiulie  Sainf-Victur,  ii«  188  .  Cet  acte  date  de  1040,  îndiction  Vlll, 
la  veille  de  Pà«iue«i,  le  XII  des  calendes  de  mars;  il  est  précieux  au  point  dt» 
vue  lie  la  chivnoloj^'ie.  Il  pnnive  que  raunée  commençait  ^  Pâques,  que  Tin- 
diction  ne  chan;:eait  qu'avec  l'année,  que  les  8cril>es  confondaient  facile- 
inenl  avec  le  mois  coui*nnt  les  calendes  du  suivant.  L*acte  du  48  juillet 
iMtH  rimlTre  un  autre  exemple   Saint-  l'iWor,  n*  384,. 

ii.  2  k  oclnluv  10»n  :     repnanleCona  regem  Alamannorum  »  7Z>i</.,n*3l8  . 
-  I"i:i  :      re^'uante  Chono  imporalore  romano  »»  [Ibid,,  u*  331). 

f.  Arles,  a\ril  I0*:<  :  ..  ego...  Haiamhaldus  archiepiscopus...  regnantibus 
principihuH  in  (ialliis  Ciauzfredo  etBertranno  >>  GalL  norÎM.,  Arles,  n®  369:. 

'■».  Ciap.  7  aM'il  mi»  :  .,  re^'C  Henrico  rognante  »  îB.-du-Rh.  B.  1373  .  — 
Marseille,  21»  juillet  lo44.  <*  régnante  1  lei en rico  rege  »  t Sa i/i/-ViWor,  n"  34  . 
—  iMif  :   .  Ileienrico  n»ge  régnante  •  {Saint-Victor,  n»659). 

10*5- I0f7?  :  «  in  comitntu  Sislcrico...  Facla  donatio  hçc  anno  incarna- 
tionis  dominice  milleMnio  XLV  indictione  XIII,  epacta  nuUa,  régnante 
Anri«:o  impcratore  Alamannorum  et  Homanonim  Burgundionumque  atque 
Provincialinm  ..  Suint- Victor,  u'*  t'Ct",  .  Henri  III  devint  patrice  des  Romains 
et  ie(.ut  la  couronne  impériale  à  Home,  le  2.*»  dtVembre  1046  (Gustav  Richter, 
Annaicn  tlt^r  Dt'ut.*chrn  Geschichtt\  III  ahteilung,  erster  band,  1890, 
p.  M'Z  .  Si  cet  acte  est  réellement  de  1045.  il  est  certain  que  la  mention 
«lu  règne  a  été  amplifiée  aprt's  coup;  par  contre,  si  cette  mention  est 
intacte,  les  chilTres  essentiels  de  l'année,  de  l'indiction  et  de  Tépacte 
auront  été  diminués  :  dans  ce  cas,  l'acte  ne  peut  être  antérieur  à  1047. 


LE    ROYAtME   DE   BOIRGOGNE-PROVENCE  291 

robablement  même  avant  le  27  avril  1031,  son  frère  Geoffroy 
)ntinue  seul  à  se  titrer  marquis.  Stéphanie,  femme  de  celui-ci, 
ui  avait  paru  pour  la  première  fois  le  27  janvier  1010,  figure 
ésormais  à  ses  côtés  dans  tous  les  actes  émanés  de  lui 
Lsqu*à  la  fin  de  sa  vie  '.  Le  premier  de  ces  actes  est  passé 
1  1051  à  Tarascon,  résidence  comtale  située  entre  Arles  et 
vignon,  comme  Manosque  et  Forcalquier  Tétaient  sur  la  rive 
poite  de  la  Durance,  en  dehors  des  cités  occupées  par  les  évêques 
:  les  vicomtes.  DansTacte  du  1*^"^  juillet  1035,  Geoffroy  reçoit 
icore  le  titre  de  comte  de  Provence,  usuel  pour  tous  les  membres 

1.  [Vers  1050]  :  «  ego  Gofrecius  cornes  Arclatcnsîs. . .  de  alode  meo. . .  in 
iTÎtorio  caslri...  Pelrafug,  comitissa . . .  cum  filio  suo. .  .  fîrniavit...  » 
Ininl-Viclor,  n^  i72).  —  27  et  28  avril  1051  :  «  ego  Raimundus  episcopus. . . 
•o  paire  meo...  etavunculo  meo  domiio  Wilelmo  el  scniore  nieo  comité... 
;  Castro...  Monasterio...  Gofredus  comes  firmat  »  (Suint-Viclor^  n*»  006'. 
-  Tarascon,  1054.  Le  comte  Geoffroy,  pour  lui,  sa  femme  Stéphanie,  ses 
L."veux  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy,  offre  à  Notre-Dame  et  à  Saint- 
arcellin  d*Emhrun  le  mas  de  Pons  Blanc,  en  présence  de  Hugues,  arche- 
>(|ue  d'Embrun,  et  de  Ripert,  évèquc  de  Gap  (Fornier,  Hisf.  des  Aipes 
oltieneSj  éd.  Paul  Guillaume,  t.  1.  Gap,  Jouglard,  1890,  pp.  (»35-6:î(>;  cf. 
ouche,  IlisiL  de  Provence^  t.  II,  p.  05). —  l*'»' juiliet  1055  :  «  ego  Godfredus, 
)mcs  Provinciaî  et  uxor  mea  nomine  Stephania  et  fdius  meus  Bertrannus... 
ode  noslro. . .  in  Tripontio. . .  donatio  facla  est. . .  consilianlc  et  présente 
aimbaldoarchiepiscopovolentibusetpresenlibusepiscopis  Alfanto  Aplensi 
t  Riperlo  Gapincensi  necnon  Roslagno  Avinionensi. . .  »  (Saint-Victor, 
»  153;.  —  1057  :  «  ego  Gausfredus  marchio  sive  comes  Provincia?  et  uxor 
lea  Stefania  et  fîlius  meus  Bertrannus.  . .  in  Rubiano.  unam  condaminani 
..  quam  dédit  avus  meus  Wuilelmus  marchio  sive  comes  Provincie  (»t 
lia  mea  Adalax  comitissa. .  .  l'goni. . .  Blavie. . .  Ego  vero  Gausfredus  et 
xor  mea  et  Glius  meus. . .  Grmavimus. . .  Dominus  archiepiscopus  Raiani- 
illus  firmavit.  Rostagnus  archiepiscopus  Acjuensis  f.  .Mfantus  episcopus 
tensis  f.  Rodulfus  episcopus  Cabillonensis  f.  Poncius  episcopus  Glanecen- 
s  f....  »  [Saint-Victor,  n*»  18i).  —  Arles,  15  février  1059  00  :  u  ego  in  Dei 
omenGodfredus  comes  et  uxor  mea  nomine  Stephania  et  filius  meus  Ber- 
'annus  concedimus...  in  comitatu  Arelatensi  in  monlibus  cpii  conjuncti 
mt  monasterio.  . .  in  vilia...  (^ontignaniguis. . .  Signum  archiepiscopi 
aimbaldiet  corroboratio. .  .  Signum  Gaufredi  coniitis.  .  .  Stephania  comi- 
ssa  firmat.  Bertrannus  filius  eorum  firmat...  Laugerius  vicecomes. . .  >» 
^hantelou,  pp.  171-172  ;  Gall.  noviss.,  Arles,  n°  400).  A  noter  la  corroLo- 
itio  de  Tarchevêque  dont  la  souscription  précède  celle  du  comte.  — 
ries,  1060  (.'^j  :  «  ego  Gaufridus  comes  et  uxor  mea  Stephania. . .  de  here- 
ilalc  nostra. . .  ccclcsia  Sancti  Andrée  de  Gigondas  seu  de  Ramiera  in  terri- 


f 


292  LA    PROViOCE   DU    PREMlEli   AU    XII*    SIÈCLE 

<lo  la  maison  dopuis  l*unincaiioii  opérée  par  le  premier  marquis, 
pirs  (l'un  sirck»  auparavant.  Dans  Tacte  de  1057,  destiné  préci- 
srnuMit  à  confirmer  une  donation  de  son  aïeul  le  premier  marquis. 
(icolTrov  prend  lui-même  ce  titre  de  marquis.  Mais  le  rédacteur 
du  texte  de  cet  acte  indique  à  tort  que  la  donation  confirmée  avait 
été  faite  par  le  marcpiis  Guillaume  du  temps  de  sa  seconde  femme 
Alix,  ^rand'mcre  de  Geoffroy.  Cette  donation  remonte  à  l'époque 
où  Guillaume  était  encore  marié  avec  Arsinde.  Cette  erreur  s  ex- 
pli(]ue  par  le  fait  que  Guillaume  seul  figurait  dans  le  texte  delà 
donation.  Sa  femme  Arsinde  s'était  bornée  à  le  souscrire.  Lesder- 
ni(»rs  textes (|ui  mentionnent  le  marquis  Geoffroy  sont  du  1 3  février 
\i):\\\'{\i)  dans  Arles  et  peut-être  de  1060.  Il  était  mort  dès  1063 
et  peut-être  même  dès  février  1061/2  :  il  fut,  comme  son  père 
(luillaume  1\\  inhumé  à  Montmajour,  dans  le  cloître,  à  la  {)orte 
du  chapitre. 

Ilîe,  contomplator, 
('.onpiinctiis  mente,  viator; 
Nain,  ({uod  es  iste  fuit, 
Nunc  menioresto  sui. 

Si  foret  hoc  justum, 
Quemqnam  lugere  luorum  ; 
Domine,  Josfredum 
Tnnc  comitem,nimiùm. 

lorio  AurnsitMisi. .  .  Si^rimm  Ganfridi  comitis.  Stephanetlecomilisse  »  -.Clia"- 
Ulon.  p.  17M  .  Cf.  //ii(/.,  pp.  l'tr»-li<î.  —  Décembi-c  I0;6l]  :  «  nos  Pelnis  el 
(luiriiMiis  Pallioli...  ciini  consilio...  senioriim  nostrorum  Guil]clmi  Ber- 
lianni  el  (laufivtli  fralris  ejiis  eomitum  ..  in  comilalu  Avennicensi.  . .  Arzil- 
Iriiimi. . .  Kl  nos  dii'ti  oomites  Cîuillelmus  l^ertranni  et  Gaufi-edus  frater 
iniMis...  Kinnaliim  per  manns  domini  (luillelmi  Bortranni  el  (îaufredi 
fralris  t*jii>,  eomiUnn  Avenionensium,  annoML[..?]  Adalax  uxor  Guil- 
Ichni  Horlraiini  eoiiiilis  dédit  et  f.  Hostajji^nus  Avenionensis  episcopus 
fi^lna^il.  (i:ut/'nulns  An^Litonnium  comen  firmavii  »  (RufQ,  Disserf.,  pp.  1)4- 
i'»:!  :  Polyearpi',  Ann  ,  p.  027  .  —  I04:>-I0r>l  |  :  c  audi  tu  Gauxfre,  filius 
(iirhrr^a,  el  lu  Slofania  nxor  eiiis.  Ej;o  Aicardus  et  Josfi^us,  iilii 
Acet'lena,  non  le  deeeUivmus...  ad  reeuperare...  dominieatura  de  lieras 
et  de  Kossis  «piorn  Vuiieimus  conies  tenebat  uno  anno  antequam  morte 
aceepissel  >■  .(iais  de  Pierlas,  Le  A'/»*  sitV/'»,  p.  91,  Doc.  II  ;  arch.  B.-du- 
Rh.  B.,  276). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  293 

Mitibus  ihc  mitis, 
Durus  fuit  ipse  rebellis  ; 
Optans  celicolas, 
Suspicit   indigènes. 

Telle  est  l'épitaphe  du  comte,  en  lettres  enchevêtrées,  qui 
subsiste  au  Musée  d'Arles  *. 

1.  La  pierre  mesure  1™  70  de  hauteur  X  0™  57  de  largeur  X  0™  16 
d'épaisseur.  Le  proGl  de  son  cadre,  en  relief,  se  compose  d*un  bandeau 
extérieur  de  0"060,  sur  trois  côtés  seulement,  et  d'une  doucine  de  0™0r>0 
ou  0">065  de  large  sur  les  quatre  côtés.  Dans  ce  cadre,  la  table  mesure 
encore  1"  456  de  haut  et  0™  390  de  large.  Au  milieu  de  cette  table,  est 
sculptée,  en  relief  comme  le  cadre,  une  croix  qui  mesure  0"451  de  haut 
et  0™390  de  large,  avec,  dans  chacun  de  ses  cantons,  une  rosace  mesurant 
0"  160  de  diamètre.  Quatre  cordons  horizontaux  et  quatre  cordons  verti- 
caux forment  les  branches  de  la  croix  :  ils  s'entrelacent  deux  à  deux 
au  centre  et  aux  extrémités  qui  s'élargissent  en  demi-cercles,  de  telle 
sorte  que,  les  bras  de  la  croix  mesurant  45"™  ou  50™"»  de  large,  soit  12™™ 
en  moyenne  pour  chaque  cordon,  les  extrémités  ont  une  largeur  de  130™™, 
pour  les  branches  verticales,  et  de  120™™  pour  les  branches  horizontales. 
La  table  porte  une  inscription  de  dix  lignes,  en  lettres  capitales  gravées  en 
creux,  que  la  croix  partage  en  deux  parties  égales.  Les  1",  2«,  7«,  8«  et  9« 
lignes  mesurent  50™n»  de  haut;  les  3«  et  4",  55™™;  la  5«,  94™™  ;  la  6« 
liO™™;  la  10,  45™™.  Les  1«%  2%  4«  interlignes,  55™™;  les  3%  5«,  6«  et  8«, 
50™™;  le  7«,  48™™.  Chaque  ligne  comprend  un  vers,  sauf  la  5«  et  la  6*,  qui, 
de  hauteur  double,  en  donnent  deux  chacune.  Le  texte  se  compose  donc  de 
douze  vers  rythmiques,  assonances  deux  à  deux,  dont  chacun  comprend 
essentiellement  trois  syllabes  accentuées  alternant  avec  des  atones,  de 
manière  à  être,  en  moyenne,  de  six  syllabes  chacun:  il  y  en  a  de  cinq  et 
d'autres  de  sept.  Quand  deux  voyelles  se  suivent,  elles  ne  comptent  que 
pour  une  syllabe.  Au  point  de  vue  paléographique,  les  ^  sont  barrés  hori- 
zontalement et  le  jambage  de  droite  dépasse  en  hauteur  celui  de  gauche: 
la  forme  en  y  de  la  barre,  qui  donne  la  forme  J^j  est  exceptionnelle.  Les  () 
ne  sont  pas  circulaires,  mais  en  forme  de  navette  ;  les  Q  sont  tantôt  de 
forme  ordinaire  tantôt  carrés  ^;  les  £•  également,  de  forme  ordinaire  ou 
en  S.  Le  0,  le  (^  etle  (  de  forme  onciale  sont  exceptionnels. 

Le  sculpteur  s'est  donné  beaucoup  de  peine  pour  lier,  superposer,  englo- 
ber et  entrelacer  le  plus  de  lettres  possible,  afîn  d'obéir  à  la  mode  alors 
courante  qui  était  d'éviter  la  clarté.  On  remarque  aussi  quelques  abrévia- 
tions constituées  par  un  trait  horizontal  dans  les  interlignes.  Le  début 
des  4«,  5«,  6«  et  8' lignes  n'est  plus  assez  apparent  sur  la  pierre  pour  pou- 
voir être  lu  :  au  xvii«  siècle,  il  n'en  était  pas  encore  ainsi  heureusement.  On  a 
encore  les  facsimilés  et  les  lectures  de  Pierre  Saxi  {Pontificium  ArelatensCy 
Aquis  Sextiis,  Roize,  1629,  p.  205),  de   Bouquier  (Bibl.  Méjanes,  ms.   812, 


r 


29i  LA    PROVENCE   OC    PREMIER   AU    XIl^    SIÈCLE 

De  Stéphanie,  sa  femme,  le  marquis  Geoffroy  avait  deux  enfants, 
Bertrand  et  Gerberge.  Mais,  S  sa  mort,  le  titre  de  marquis  ne 
passe  pas  à  son  lils.  11  passe  à  ses  deux  neveux,  les  comtes  Guil- 
laume Bertrand  et  Geoffroy,  fils  du  marquis  Foulques-Bertrand. 


VllI 

(iuillaunic  Bertrand  et  Geoffroy,  marquis  de  Provence 
^Vers  1060-vers  1065;. 

Selon  le  nouvel  usage  inauguré  par  Geoffroy  et  Foulques  Ber- 
trand, les  deux  frères,  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy,  se  par- 
tagent le  titre  éminent  de  marquis  :  la  preuve  en  est  fournie  par 
leur  approbation,  vers  1063,  de  la  donation  faite,  en  iOli,  par 
leur  père,  Foulques-Bertrand. 

rroueil  lk>uquior,  t.  1,  p.  140  — :  nis.  915  du  calai,  imprimé),  de  Laurent 
Ik)iiiKMnanl  {Bibl.  d'ArIrs,  ms.  lt>3  :  .Vo/i«/na/or,  p.  184).  Les  mesures  détail- 
lées ci-d(*ssus  prouvent  cpie  le  sculpteur  employait  un  pied  de  0™  34<>  envi- 
ron, divisé  en  12  [)ouces,  et  le  pouce  en  12  lignes.  Ainsi,  la  pierre  mesure 
:>  pieds  ou  01»  pouces  de  haut  sur  20  pouces  de  large;  la  croix  mesure 
ir>  pouces  de  haut  sur  I  ^  pouces  de  large;  les  roses  ont  6  pouces  de  dia- 
mètre; les  lettres  du  texte  mesurent  respectivement  4  pouces  ou  48  lignes, 
*<>  lignes,  24  lignes,  22  lignes  et  2()  lignes.  A  la  fin  du  xviii»  siècle,  on  se 
servait  en  Provence  surtout  de  la  canne  qui  comprenait  8  pans,  64  menus 
el  512  primes  :  à  Arles,  la  canne  valait  2"O405,  à  Marseille  2"0I2(),  à  Aix 
1"".)8H()  Titljleaii  (les  iinriennes  mrsures  du  département  des  Bouches-du- 
llhùne^  cnmpan'u's  aux  moi^ures  râpuhUcaineu^  publié  par  ortlre  du  Ministre 
<h»  l'intérieur.  A  Paris,  de  l'impr.  de  la  Hépublique,  an  VII,  p.  2).  Lii  divi- 
sion, par  huit,  de  la  canne  en  pans  et  sa  subdivision  en  menus  ne  convient 
pas  à  l'ensembh»  d«'s  mesures  delà  f)ierre  et  il  est  intéressant  de  noter  que 
h'  sculpteur  du  w^  siècle  préférait  le  pied  au  pan.  Mais  la  canne  compre- 
nant 8  pans,  elle  comprenait  égaleu'ent  0  pieds:  pour  une  cannede  2™ 0405, 
cela  suppose  un  pied  de  0™3fl08.  Il  est  remanjuabie  que.  de  1061  à  1790, 
pendant  plus  de  sept  siècles,  la  valeur  du  pied  dans  Arles  n*ail  augmenté 
(ont  au  plus  «pie  d'un  millimètre,  c'est-à-dire  d'une  quantité  presque  nulle, 
puiscpi'elle  est  inférieure  aux  trois  millièmes  de  la  grandeur.  S'il  a  été  pos- 
sible de  faire  cette  élude  détaillée  de  la  pierre  du  tombeau  de  Geoffroy,  c'est 
grâce  à  l'accueil  plein  d'em[>ressenient  et  d'obligeance  trouvé  auprès  de 
MM.  II.  Dayre,  bibliothi'caire  archiviste  delà  commune  d'Arles,  et  Lacaze- 
Uulhiers,  professeur  d'histoire  au  collège,  vice-président  de  la  Société  des 
Amis  du  Vieil  Arles,  qui  recherchent  et  aiment  l'histoire  de  leur  pays. 


k 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  295 

Les  actes  des  marquis  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy  con- 
cernent les  comtés  d'Avignon,  Sisteron,  Gap  et  Embrun.  On  sait 
que,  désormais,  le  titre  de  marquis  se  partage  :  par  une  innova- 
tion analogue,  du  vivant  de  son  père,  en  lOii,  Guillaume  Ber- 
trand jouit  déjà  de  la  qualité  de  comte  dans  un  acte  qui  concerne 
Gap.  G  est  ainsi  que  dès  le  22  octobre  1030,  en  Viennoise, 
Humbert  II  «  aux  Blanches  Mains  »  laisse  son  (ils  Amédée  se 
qualifier  comte  K 

I^  dernière  donation,  où  paraissent  en  commun  Guillaume  Ber- 
trand et  Geoffroy,  est  du  14  février  1063/4  :  Guillaume  Bertrand 
reparait  seul  le  1*^  mai  1065,  en  se  qualifiant  comte  de  Provence,  et, 
le  13  juillet  suivant,  c'est  Geoffroy.  Tous  deux  étaient  morts  avant 
1067^.    Ils  moururent  encore  jeunes  ;  en  effet,  leur  grfind-père 


1.  G.  de  Manteyer,  La  paix  en  ViennoiSy  Grenoble,  1904  (Bull,  de  la  Soc. 
(le  ntatislique,  pp.  146-147). 

2.  Du  vivant  de  leur  père,  voir  ci -dessus,  p.  281,  note  2  do  la  p.  278,  acte 
de  lOiV  {Sainl-Victor,  n^  659)  ;  puis,  du  vivant  de  leur  oncle  Geoffroy,  voir 
ci-dessus,  p.  ?91,  n.  1,  actes  de  1054  (Fornier)et  de  décembre  1061  (Ruffi). 

Gap,  7  avril  1044  :  «  inter  episcopum  Radulphum  et  comitem  Willelmum 
Bertrand!  Vapincensis  civitatis...  mediante  archiepiscopo  Ebreduncnsi... 
Ismidone...  cornes  Provincie  sibi  relinuit...  Signum  Radulphi  episcopi. 
Signum  Ismidonis  archiepiscopi...  Signum  comitis.  Signum  Pétri  de 
Misone...  .>(Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B.  1373,  f*»  42;  Albanès,  Gallia 
Chrisliana  novissinia,  1. 1,  province  d*Aix,  Montbéliard.  P.  Hoffmann,  1895  : 
Inslrumenta  ecclesiœ  Gapincensis^  col.  275-277,  n°  IX). 

7  juillet  [1057]  :  «  clerus  et  populus  Ebredunensis  eligimus,  laudamus  et 
corroboi-amus  Winimannum  archiepiscopum...  praîcipicnte...  papa  Viclore, 
confirmante  Willelmo  Bertrando  et  Gaufredo  seuPontio  Diensi  comité...  » 
[Gall.  Christ.,  l.  III,  instr.  eccl.  Ebredun.,  n»  1,  col.  179). 

Avignon,  14  février  1063/4  :  «  ego  Barangarius. . .  in  terrilorio  Avenni- 
censi...  Willelmus  comes  Provincialis  et  Josfredus  frater  ojus  firmave- 
runt...  »  [Cluny,  n«  3387) 

[14  février  1063/4  mai  1065]  :  «  ego...  Vilelmus  et  ego  Gauzfredus  comi- 
tés sive  marchioues  Provincie,   filii  prefati    Bertranni firmamus...  »» 

{Saint-Victor,  n»  659).  H  s'agil  du  comte  de  Sisteron. 

Forcalquier,  1«'  mai  1065  :  «  ego  Geraldus,  gracia  Dei,  Gisistericensis  cpis- 
copus. .  .  in  villa  Fontelana  consilio  et  voluntate  domni  Willelmi  Bertranni 
comitis  Provincie  et  comitisse  sue  uxoris,  domni  ctiam...  wicecomitis 
Sigislericensis. . .  régnante  inseculorumsecula  Domino  Deo  »  [Saint- Victor, 
n«  680). 


290  LA    PKOVENCE    Dt  PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

(fuillauine  IV,  né  vers  984,  était  mort  en  1018,  à  environ  trente- 
(*in(|  ans.  I^our  père,  Foulques-Bertrand,  né    vers   1005.   était 

\'\  juillet  KMi.'i  :  '«  liertrûnnuê  sic)  comes  cum  EnninjErarda  uxore  mona^te* 
riuiii  Moiilis  Anciconi...  exomat  »  (Polycarpo  de  la  Rivière,  Annaln,  p.  (i33: 
cPnprrs  le  Cartulaire  de  Sainf^André,  f»  28;.  Bertrand  est  une  erreur  pour 
(fC'olTroy  :  c'est  Geoffroy  qui  était   comte  d'Avifpfion. 

l()0O-l(N)r»;  :  M  €»^o  Guillelmus  et  ef^  Gaufredus  comités  et  fratres, 
/ilii  (iuiUohm  JJI  cognomenlo  Bertrani^  AreUtenêU  comiti»  et  anteeume 
rirÎH  on'jtli ,  . .  donnmus. . ,  Perluso. . .  quod  olim  pMier  illorum. . .  dedenl 
lit  IMmis.  .  .  nos  eripcre  di^netur...  Si  quis...  nos  aut  ullus  ex  nostri 
|)ro|»iii(|uiK. . .  Ajunf;imus...quam  pater  nosterBerlrannus dédit. ..  Manoas- 
cii. . .  Si^nuin  (iuillelmus  et  (îaufrcdus  comités...  »  Chantelou,    pp.  190* 

Cet  ncte  de  Montmajour  pi*ésente  des  anomalies.  Émané  des  deux 
Tivirs,  il  est  ré<lif^é  en  leur  nom  k  la  première  personne  du  pluriel  : 
«  t'ffn  a.  ri  pffo  (r.  comité»  et  fratres,,,  donamus,,,  ut  Deu».„  nos  eripert 
tlitfiH'fur...  Si  t/uis...  rws  mit  ullus  ex  nostri  propinqui»,.,  Ajungimu*... 
f/ii:im  ft.itrr  nnufrr  lirrfrannus  dédit,,,  »  Au  milieu  des  phrases  de  ce  style 
«•nirecl,  !«•  lecteur  est  tout  surpris  de  trouver  des  incidentes  où  ce  ne  sont 
plus  les  «loniileurs  ((ni  parlent  :  «  fitii  Guiltelmi  III  cognomento  Bertrnnni 
.l/v/.'i/f'/ï«iM  nmiitis  rt  nnte  eum  e  viris  erepti,,,  quod  olim  pater  illorum 
ttfttrr.if.  »  De  pins,  il  est  bien  sing'ulier  que,  dans  ces  incidentes,  lenomde 
Ifur  prre  s<»il  aeeompnj^nr  de  sou  numéro  d'ordre  III  :  enfin,  il  est  incroyable 
(pic  leur  père  soit  cpinlifié  dans  la  même  incidente  Arelaiensis  comes,  alors 
jpic  <r  tiln'  <"(»n venait  seulement  h  leur  oncle  Geoffroy.  Tous  ces  indices 
«I  incxa<iilu<l*'  et  de  rédat'tion  étrangère  aux  donateurs  permettent  de  dire 
<pic  les  phrases  incidentes  on  ils  s'accumulent  ont  été  interposées  par  un 
lici-s,  l()n<;^tcnips  après,  (piand  on  cherchait  à  identifier  les  deux  donateurs. 
l/inlcrp<i|jilcui-  «lonnc  à  Fou hpies- Bertrand,  père  de  Guillaume  Bertrand  et 
i\v  (icoirroy,  le  nom  de  (îuillaume-Bertrnnd.  Cette  attribution  du  nom  tra- 
ditionnel de  (înillannie  à  Foul(| ucs- Bertrand  n*a  rien  d'impossible,  mais 
aucun  autre  texte  ne  l'indiipie.  Les  mots  et  ante  eum  e  vivis  erepti  paraissent 
cduccrncr  Fonltpies-lkM'lrand  :  mais  il  faudrait  rétablir  ante  eot  au  lieu  de 
unie  fum.  Dans  l'analyse  finale  de  l'acte,  les  mots  corroZ»ora/io...  donations 
i/iinm  frril  (iuillrlmus  comes...  et  uxor  sua  necnon  filius  eorum.,,  visent  le 
pnMni*»r   nianpiis  (înillannie  II,  sa  femme  et  son  fils  Guillaume  IV. 

I  DMiO-lOt):;',  :  K  ^adiuni  de  Guilelmo  Bcrtrannd,  fratre  Gaufredo. . .  in 
Villa  Piscis. . .  pro  dneentos  solidos  demelgoires. . .  »  (Chantelou,  p.  156). 

I  i(M)0-l(HKl|  :  <i  . . .  Cînilelmus  Bertrannus. . .  in  Rocabnina  et  in  villa 
Piscis. . .  M  (//>/(/.,  pp.  iî)t»-iîi7^. 

I I  ()<>(>- KM)  Il  ;  :  u  ejço  Gaufredus  et  frator  meus  Guilelmus  Bertrannus... 
nionastcrio  (lorrensis  et  Sanclo  Petro  de  Rocabnina...  in  vallc  Roca- 
hruna.  .  .   »•    //>i(/.,   p.    l'îT). 

I  I()ti:i.l07r>!  :  «  e«ro  llosla«,nius  Avinioncnsis. . .    episcopus...  apud  Fomi- 


\ 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENXE  297 

mort  vers  i050,  à  environ  quarante-cinq  ans,  et  eux-mêmes,  nés 
vers  1025,  ne  pouvaient  avoir  que  quarante  ans  lors  de  leur  mort. 
L'erreur  serait  grande  de  croire  que  Guillaume  Bertrand,  Tatné 
des  deux,  porte  un  surnom  identique  à  celui  de  son  père,  Foulques- 
Bertrand.  Pour  le  père,  c'est  un  surnom  de  baptême  qui  se  joint 
au  nom  de  naissance  en  i019  et  qui  le  remplace  ensuite,  de 
manière  à  devenir  le  nom  réel  et  le  seul  usité.  Pour  le  fils,  c*est 
un  surnom  patronymique  placé  après  le  nom  de  iiaissance,  non 
pas  au  nominatif  comme  lui,  mais  au  génitif.  Quand  les  deux  ne 
sont  pas  énoncés  à  la  fois,  c'est  le  premier  seul  qui  est  porté.  Tandis 
que  le  surnom  de  baptême  vient  de  la  ligne  maternelle,  le  patrony- 
mique est  proprement  le  nom  du  père.  Tous  les  caractères  du 
surnom  de  baptême  s'opposent  donc  à  ceux  du  surnom  patrony- 
mique :  pour  que  cette  différence  essentielle  subsiste  clairement 
sous  les  yeux,  il  est  à  propos,  quand  il  s'agit  d'un  surnom  de 
baptême  à  écrire,  de  le  joindre  au  nom  de  naissance  par  un 
trait  d'union;  cela  est  naturel,  car  tous  deux  désignent  une 
seule  personne.  Quand,  au  contraire,  il  s'agit  d'un  surnom 
patronymique,  il  reste  séparé  du  nom  de  naissance  et  cela 
va  de  soi.  La  raison  de  cette  attribution  d'un  surnom  patro- 
nymique à  ce  seul  comte  Guillaume  VI  est  évidente  :  depuis  le 
début  du  siècle,  en  raison  de  la  transmission  héréditaire  et  par 
primogéniture  du  nom  de  Guillaume,  les  Guillaume  avaient  été 
(ils  de  Guillaume.  Le  comte  Guillaume  IV  avait  eu  pour  père  le 
premier  marquis  Guillaume  II  et  Guillaume  V- avait  eu  pour  père 
Guillaume  IV.  Seul,  le  marquis  Guillaume  III  avait  été  (ils  de 
Roubaud,  mais  il  n'appartenait  pas  à  la  branche  de  Guillaume 
Bertrand.  Quand  Guillaume  VI  devint  comte,  la  singularité  de  ce 
fait  qu'il  n'était  pas  (ils  d'un  autre  Guillaume  frappa  son  cntou- 

calcarium  castnim. . .  Uxor  Willelmi  Bcrlrnnni  comitÎH,  videlicct  comi- 
tissia  firmat >   (Saint- Victor ^  n^  664). 

[1067-4075]  :  «ego  Roslagnus  episcopus  Avonioncnsi». . .  apud  coHlrtirn 
Furcalcherii . . .  ex  parte  mea  et  ex  parte  comiliBfie  et  omnium  priricipiim 
nostrorum »  {Saint- Victor^  n«  665). 

Marseille,  avril  1077  :  u  in  civitate  Massilia...  régnante  Domine  nostro 
Jhesu  Christo. . .  Ennengarda  comitisM  flrmavit...  t  {Saint' Victor,  n*»  88). 


29K  LA    PROVENCE  DU   PREMIER   AL*    XII*   SIÈCLE 

rage  et,  pour  le  désigner  commodément,  on  le  surnomma  du 
nom  de  son  |)ère,  Guillaume  Bertrand. 

I.O  marquis  Guillaume  Bertrand  eut  pour  femme  Alix  qui  lui 
Hurvéeut  quarante  ans  et  ne  lui  donna  qu'une  (ille  nommée  elle- 
môme  Alix. 

(Junnt  au  marquis  Geoffroy,  il  a  dû  être  marié  avec  une  com- 
lossr  Mrnu»ngarde,  retirée  en  1077  à  Marseille  dans  le  monastère 
de  Notre-Dame  aux  Accoules  ;  il  ne  parait  pas  avoir  eu  d*enfani. 

li'onele  do  ces  deux  marquis,  le  précédent  marquis  Geoffroy, 
mort  vers  I  OtiO,  Agé  d*environ  quarante  ou  quarante-cinq  ans,  avait 
eu,  (le  sa  femme  Ktiennette-Douce,  un  (ils  nommé  Bertrand  et  une 
lille,  nommée  Gerberge  comme  sa  grand'mère  paternelle.  Bertrand 
(levait  avoir  une  vingtaine  d  années  tout  au  plus  au  moment  de 
la  mort  de  son  pi>re.  Il  n'est  pas  surprenant  qu'en  1061,  larche- 
Vi»(|ue  d'Arles  se  plaigne  de  l'anarchie  qui  renaît  et  de  l'absence 
(l'un  elief  r(»speetê. 

On  a  remar(|ué  plus  haut  que,  lors  de  la  mort  du  marquis 
(iuilhiunie  111,  lils  de  lloubaud,  entre  1037  et  lOiO,  ses  deux 
n(»veux  au  .*>''  (l(»gré,  Geoffroy  et  Foulques-Bertrand,  s'étaient 
nttril)U('»  en  eoniniun  le  titre  de  marr|uis.  Cette  innovation  décèle 
loiV('»nienl  un  n»lt\chenient  dans  Tunité  du  pays  constituée  en  979. 
Ia\  ninrehe  avait  désormais  deux  têtes.  Ce  n'est  pas  tout  :  au 
UM'uie  moment  se  produit  un  indice  concordant.  Dès  971,  Guil- 
laume II  avait  assunK»  le  titre  nouveau  de  comte  de  Provence;  on 
sait  (|u"il  y  avait  eu  jus(|u'alors  des  comtes  en  Provence,  c'est-à- 
dire  un  eonite  dans  Arles,  un  comte  dans  Avignon,  un  comte  dans 
StMK»/..  Depuis  971 ,  il  n'existe  plus  d*autre  comte  reconnu  en  Pro- 
vence (  jue  Houhaud ,  eomte  dans  Arles,  et  Guillaume  son  frère  comte 
dans  Avij^non.  Possinlant  l(*ur  situation  personnelle,  le  premier 
dans  Arles,  le  second  dans  .Vvignon,  tous  deux  sont  bien,  par 
indivis,  comtes  de  la  Provence  enti(*re.  Les  actes,  émanés  de  l'un 
d'eux  pour  des  biens  comtaux  dans  n'importe  lequel  des  comtés 
prov(Mivi»nx,  doivent  (Hre,  en  principe,  approuvés  par  l'autre. 
(lett(»  unit(*»  domaniale,  (jui  n'empêche  (Xis  la  résidence  habituelle 
de  l'un  des  deux  comtes  sur  la  rive  droite  et  celle  de  l'autre  sur  la 


\ 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  299 

rive  gauche,  a  duré  depuis  971,  au  moins,  jusqu*aux  partages 
du  XII®  siècle.  Mais  il  y  eut  forcément  une  transition  entre  l'indi- 
vision familiale  du  début  et  la  séparation  par  branches  qui  devien- 
dront finalement  étrangères  Tune  à  l'autre.  Jusqu*aux  partages, 
les  comtes  continueront  tous  à  s'affirmer  comtes  de  Provence  : 
malgré  cela,  dès  Fépoque  de  Foulques- Bertrand  et  de  Geoffroy, 
(ils  de  Guillaume  IV,  on  note  un  pas  en  avant  vers  la  séparation, 
dans  certains  actes  où  le  titre  indivis  de  comte  de  Provence  se  trouve 
remplacé  par  un  titre  personnel  à  chacun,  de  manière  à  indiquer 
la  résidence  ordinaire  du  comte  que  l'acte  concerne. 

Dès  avant  la  disparition  du  dernier  roi  de  Provence,  c'est-k-dire 
avant  1032,  un  précepte  de  ce  souverain  qualifie  Geoffroy  «comte 
d'Arles  ».  Il  s'agit  de  Geoffroy,  fils  cadet  de  Guillaume  IV,  qui 
après  la  mort  de  son  père  paraît  avoir  pris  la  préséance  sur  son 
frère  Foulques-Bertrand.  Jusqu'en  1050,  cette  indication  fournie 
par  le  précepte  reste  isolée.  A  cette  date,  un  acte,  tiré  du  Cartu- 
laire  de  Saint- Victor,  qualifie  Geoffroy  «  comte  arlésien  ».  Après  la 
mort  de  son  frère  Foulques- Bertrand,  un  acte,  relatif  à  Saint- 
André-lès- Avignon  et  émané  d'un  vassal  de  ses  deux  neveux,  les 
qualifie  «  comtes  des  Avignoimais  »  :  Geoffroy  lui-même,  qui  con- 
firme cet  acte  en  vertu  de  l'indivision  persistante,  est  qualifié 
«  comte  des  Arlésiens  ».  Bien  entendu,  d'autres  actes  plus  nom- 
breux continuent  à  qualifier  comte  de  Provence  chacun  des  comtes 
existants:  mais  il  est  évident  que  Tunité  de  la  Provence  n'est  plus 
aussi  forte.  On  retrouve,  en  somme,  un  comte  de  la  région  d'Arles 
et  un  comte  de  la  région  d'Avignon,  comme  depuis  911  jusqu'en 
970  :  mais  ces  comtes  possèdent  toute  la  Provence  par  indivis. 
Cette  localisation  de  chaque  comte  coïncide  avec  la  mise  en 
commun  entre  frères  du  titre  éminent  de  marquis.  Cela  revient, 
en  somme,  à  ceci  que  Geoffroy,  comte  de  Provence  et  en  par- 
ticulier d'Arles,  était  marquis  de  Provence,  spécialement  sur  la 
rive  gauche  de  la  Durance,  tandis  que  Bertrand,  comte  de  Pro- 
vence et  en  particulier  d'Avignon,  était  marquis  de  Provence 
spécialement  sur  la  rive  droite. 

Après  la  mort  de  Bertrand,  ses  deux  fils,  Guillaume  Bertrand 
et  Geoffroy,  lui  succédèrent  ainsi  dans  Avignon. 


*<00  LA  pbovem:e  du  premier  al*  xii*  siècle 

Apri>«  In  mort  de  Geoffroy,  son  fils  Bertrand  lui  succéda  dans 
Arlos,  inaiH  fwins  hériter  du  titre  de  marquis  que  se  partagèrent 
seuls  ses  cousins  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy.  Ceux-ci  étant 
morts  .'i  lour  tour  ovunt  1067,  la  branche  d'Avignon  ne  fut  plus 
n»présenlée  que  par  Alix,  fille  de  Guillaume  Bertrand. 


IX 

lierfrand^  marquis  de  Provence 
(Vers  106S-vers  1093). 

Hfstt»  h  indiquer  comment  finit  la  branche  d'Arles  '.  Bertrand, 
fils   (le   (leoffroy   et   d'Ktiennette,  parait  du  vivant  de  son  père 

I.  l"^  juillet  WrCt  (Nvi/Vi/-\'iV/«r,  ii«  153).  —  1057  [Saint- Victor,  n<»  184  . 
—  \rles,  I!»  février  lOoî»  t>(>((Ilianteloii,  pp.  171-172).  Voir  ci-dessus,  p. 201, 
M.  1.  féxrier  IO(H  2  :  ..  v^o  lk*rtraiinuH  cornes  et  mater  moa  Slephania 
Niiiuil(|iie  «Minjux  iiiea  Matildis. .  .  Saiieta'...  Mariirde  Hads. . .  S.  Berlrannus 
rmiies...  S.  Siephnilia  inaterejus  f.  S.  Matildis  conjux  ejus  f...»  (Chante- 
p.  •JIO  ;  ff.,  |M>ur  la  dale.  Tacte  correspondant  de  rarchevêque 
Mniiuliniul,  pp.  17i-i7;iet  non  jmis  Tactc  |x>sti^rieur  de  Tarchevèquc  Aicard, 
pp.  ,îi:  •MH.  (:f.(;.i//.  (;/iri.i/./ioiM.  t.I,inslr.,  p.9t>,fragm.,etGa//.  C/irtf/. 
fincMMf/M.i,  .Vries.  n'*  ir»U'.  —  KHkï  :  «.  ejç*>,  in  Dei  gratia,  Stephania  comi- 
lissa  et  liliiis  nuMi^  eonies  Hertrannus...  ciHiimus...  aliquid  de  ha^reditato 
no-init'l  iloinini  niei  qui  «piondam  fuit  comitis  Jausfredi,  ut...  Deus...  illius 
tuunttnu  ronsooi.iri  tli^netur  in  hice...  nohis  etiam,  quibusejus  principatuni 
Iniiliilil.  riMiferal  pacem  et  pi>>s|HM'itateni. . .  in  episcopatu  AvenioDcnsc, 
lit  .  I.:uuv:ita. . .  et  in  Tarasoonensi  Castro.. .  régnante llenrico  V  impera- 
liMt'  Vlaïuonuonnu  \el  |iatrieio  Homanortnn  »  ^i'.hantelou,  pp.  175-176).  — 
lOti?  (OTS  ..  Herirannusoomesinelytus...  inTarascono...  »  ^/Z»i(/.,  p.  176). 
lo:s  ;  ..  ejfo  Hertrannus  cornes  et  .Kicanlus  An^latensis  arcbiepiscopus 
cl  W  ihehuuH  l  t;\)  rediliuuis. . .  omnem  dtHMmam  in  piscatoriis  de  ponte... 
\u  casiro.  . .  cl  i\\  xilla. . .  si^num  Aicamlus  ArtMatensis  arcbiepiscopus  et 
|t«Mh;unuis  ri.iut^N  cl  WiUchnus  l'p»  -^Cm//.  Christ,  noris$,,  Arles,  n*  432i. 
hKS\*  :  ..  iuvlncpiscopo  \n*lalensi  et  Berirando  comité  et  Guilelmo 
l  j;onr  c\  viaufiviU»  MasNihcnso  statuimusul  in  honore  S.  Stephani  et  S. 
liA^piunu  \\\  lUNuU  routÎN  pi>calorii  construeremus  castrum. . .  Ego 
lUMlunuu»»..  •  ./.'wJ..  n"  1»^*^  .  i'c  chAteau  M^ra  |>our  1  4  au  comte.  |>our 
t  k  A  lc»;hM*  et  i^Mir  I  i  ,"^u\  vicomtes  en  lief  de  Téglise.  —  Marseille 
,ît  juiUci  h^»'  10'»>  :  V.  Ucrirannns  tolius  Tn^vintie gratiâ  Deî  cornes...  in 


Le  royauàie.  t)E  bouègogne-proVence  301 

depuis  le  1"  juillet  1033.  Il  était  marié,  semble-l-il,  dès  février 
lOtil/2  avec  Mahaud.  Un  acte  de  Saint-Victor  le  qualifie  «  comte 
de  toute  la  Provence  »,  ce  qui  suppose  encore  Tindivision.  Le  tes- 
tament du  comte  d'Urgel,  daté  du  29  avril  1090,  le  qualifie  «  comte 
d'Arles  »,  comme  son  père  Tavait  été  avant  lui.  Une  donation  de 
1078,  relative  au  comté  d'Arles,  montre  sa  souscription  précé 
dée  de  celle  de  Tarchevêque.  De  Mahaud,  Bertrand  ne  parait  avoir 
eu  qu^une  fille  du  nom  de  Cécile  :  il  la  maria  en  1083  à  Bernard 
Atton  et  il  la  dota  de  5000  sous.  Cette  dot  excluait  Cécile  de 
tous  droits  éventuels  à  la  succession  paternelle. 

En  ce  qui  concerne  Tobéissance  de  la  Provence  à  la  cou- 
ronne de  Bourgogne,  on  a  dit  ^  que  les  chartes,  depuis  104i, 
mentionnent  souvent  le  règne  de  Henri.  Il  en  est  qui  ne 
manquent  pas  de  dire  que  Tempereur  des  Allemands,  est  patrice 


fraternitatem  receptus  e^^t  sicut  et  parentes  ejus  antea  fuerant. . .  »  (Saint- 
Victor^  n<>  1080).  —  25  août  1081  :  «  ego  Bertrannus  Dci  gracia  cornes  Pro- 
vinciœ...  dono  omnem  honorera  meum...  Deo  et  S.  apostoIisPetro  etPaulo 
et  domino  meo  Gregorio  papœ...  ecclesias...  omnes  quœ  in  mea  potestate 
sunt...  papœ  dimilto...  »  {Hist,  Languedoc,  2«éd.,  t.  5,  col.  670;  Jaffé, 
2'  éd.,  t.  I,  p.  641).  —  1081  :  «  ...  ego  Hostangus. . .  Aquensis  archiepiscopus 
et  meus  gennanus  frater  Amelius. . .  de  nostro. . .  patrimonio. . .  monaste- 
rium  quod  et  parentes  nostri  de  alodo  suo  fundantcs  construxerunt. . .  in 
diocest  Arclatensi...  in  teiTitorio  castri...  nostri...  Fossas...  martirum 
Gervasii  et  Protasii...  Signum  Bertranni  comitis  qui  dédit  et  tirmavit.  » 
(Cluny,  n»  3587).  —  [1083  ?]  :  «  papae  Gregorio  Arelalensis  cornes  Bertran- 
nus... sublimissime  Domine  et  princcps  totius  orbis  terrœ...  sum  Tester 
servus...  mando  tibi  quomodo  Bermundus  abbas...  Montismajoris  abbatia 
ezpulsus  sit  juste  et  qualiter  iste  suscepcrit  quem  tibi  mitto  Guillelmus... 
Noscis  enim  quemadmodum  derelicfuerim...  tui  pro  amore  omnes  cpisco- 
patus  et  abbatias  et  noio  ut  hœc...  cuilibet...  nisi...  tibi  subjaceat  »  [Gall. 
Christ,  novissima.  Arles,  n®  443;  Bouquet,  XIV,  pp.  657-658).  —  1083  : 
«  Bertramnus  comes...  débet...  donare  quinque  milia  solidatas  ad  Ermen- 
gardcm  vicecomitissam  de  ista  festivitate  S.  Micaelis  ad  quinque  annos, 
duo  milia  in  denarios  et  mille  in  boves  et  vaccas  et  duo  milia  in  caballos 
et  mulos...  tempore  nupliarum  quando  dabit  filiam  suam  ad  Bernardum 
Atonem  dabit  ostalieos  decem. . .  »  (Hist.  Languedoc,  2«  éd.,  t.  5,  col. 
682-683).  —  29  avril  1090  :  testament  d'Ermengaud,  comte  d'Urgel,  insti- 
tuant Bertrand  comte  d'Arles  tuteur  de  son  fils  Guillaume  (fray  Fr.  Diago, 
historia  de  los  Condes  deBarcelona,  Barcelona,  1603,  cap.  Lixiii^fT.  137-138). 
1.  Cf.  ci-dessus,  p.  290,  n.  5. 


302  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU   XII^    SIÈCLE 

dos  Homaius  '.  Peu  à  peu  cependant,  ces  chartes  munies  de  Tère 
rovale  se  clairsèment,  sous  Tinfluence  de  la  réaction  papale  contre 
Tempire  '*.  Au  moment  de  1  avènement  de  Philippe,  roi  de  France, 
quehjues  velléités  de  reconnaître  ce  prince  se  manifestent  ^,  Gré- 
goire VII  excommunia  Henri,  roi  dos  Romains,  au  synode  de  Rome, 
en  février  1073'*;  la  Provence,  qui  relevait,  juridiquement  de 
sa  couronne  de  Bourgogne,  pouvait  saisir  cette  excuse  légale  de 
Tabandonner  tout  à  fait.  De  fait,  les  chartes  mentionnent  le  règne 
du  (Christ*.  Le  pape  renouvela  son  anathème  en  février  1081*': 
cet  acte  eut  un  effet  politique  immédiat  en  Provence.  Dès  le 
2*)  août,  le  comte,  délié  de  son  serment  de  fidélité,  portait 
rhommage  de  la  Provence  au  pape,  vicaire  du  Christ  régnant  : 
en  même  temps,  il  lui  abandonnait  la  disposition  des  évêchés 
et  des  abbaves.  A  ce  moment,  Tarchevéque  d'Arles  Aicard 
personnifiait  dans  sa  cité  le  pouvoir  de  ses  parents  les  vicomtes  : 
les  réformes  de  Grégoire  VII  devaient  l'abattre.  En  effet,  le  légat 
Hugues  de  Die  le  déposa,  en  1080,  dans  le  concile  d'Avignon 
et  le  pape  confirma  cette  déposition  en  sacrant  le  successeur 
dWicard  à  Rome,  au  moment  où  il  excommuniait  l'empereur.  On 
voit  le  comte  de  Provence  se  séparer  du  primat  déchu  et  se  ral- 
lier au  légat.  Olui-ci,  apK's  avoir  élu  Gibelin  pour  remplacer 
Aicard.  bénit  lui-même  un  nouvel  abbé  de  Saint- Victor.  II  n'est 

I.   UMia  ,i:haiiiolou,  pp.  ITa-iTe»). 

i.  Parmi  los  liorniors  actes  do  Sainl-Viclor  qui  mentionnent  le  règne  de 
Ilonri  III  ol  do  Iloiiri  IV,  on  |HHit  cilor  coux  du  50  juin  1053  (n«  294),  du 
2r»  iH  lohro  ÏO.ir»  m»  7:i*>  ,  du  *J(»  juin  I0r»<»  n»  202,  de  1057  (n«  184  el 
lOTi  ,  do  IO:»S   n*  :U>T  ,  do  lOt^:.    u-*  121  ,  d'octobre  1067  [U*  1081  ,  etc. 

a.  iOOO  :  »  ivjrni  rojjis  Philippi  -  Saint-  Victor,  n»  1079  .  —  29  mars  1063  V  : 
.  auno  Illl  ivjrnanlo  PhilipiK^  rojr**  v  n**  492».  i-'est  évidemment  MLXIII 
ipi'il  faut  lirt*  ol  non,  comme  rèdilour.  MX  LUI. 

l'n  sorilv  mol  loul  le  monde  d'aeconl  à  jvu  de  frais  en  1060  :  «  regnanlo 
IVnuino  nosln-»  iViCx*  altpie  im|vratoro  omnium.  Cona  imperatore  Alaman- 
nonim  et  Philippe"»  rx^irt*  Kraneorum  ■  =.^in/-riWor,  n*  704  .  Malheurcu- 
>ement.  il  ivmpla^v  Henri  jvar  l'onon  qui  nViistait  plus. 

L  Homo.  li-^*2fe>rier  lOTT»   JatTo.  2'  ^h1.,  aprt's  le  n»  497S  . 

'».  Par  exemple,  en  mai  1074:  •  nullo  nobis  alio  reçe  solo  Chrîsto  Domino 
in  ivrj^luum      S,ii*i/-riVfor.  n**  r»2T  . 

6.  Koxnor  liV^l   JalTè,  2»  isK,  apK^le  u*  5198  . 


^ 


Lt:   ROYAUME  DE   BOURGOGXE-PROVENCE  303 

pas  surprenanlque  Tarchevéquc  déposé  date  désormais  sesaciesdu 
règne  de  l'empereur  excommunié*.  L'élu  du  pape  resta  plusieurs 
années  avant  de  pouvoir  remplacer  réellement  Aicard.  La  der- 
nière date  à  laquelle  on  rencontre  Bertrand,  comfe  de  Provence 
et  plus  particulièrement  d'Arles,  est  celle  du  29  avril  1000.  11 
mourut  avant  le  28  juillet  1094,  ne  laissant,  en  dehors  de  sa  (îlle 
dotée  et  devenue  étrangère  h  la  Provence,  qu'une  sœur  comme 
héritière.  Bertrand  est  le  dernier  prince  de  la  première  maison 
héréditaire  des  marquis  et  comtes  de  Provence.  Cette  maison 
s'éteignait  à  la  veille  de  la  première  croisade,  expédition  sacrée 
à  laquelle  la  Provence,  devenue  vassale  du  siège  apostolique, 
devait  prendre  une  si  grande  part.  Raymond  de  Saint-Gilles,  mar- 
quis de  Provence,  en  fut  le  chef;  il  représentait  la  branche  de 
Toulouse  et  il  descendait,  par  les  femmes  seulement^,  du  comte 
d'Arles,  Boson  institué  en  949. 

1.  1082:  a  régnante  Henrico  imperatore  »  (GalL  Christ,  noviss,,  Arles, 
no  441;  cf.  n*»»  439,  440,443). 

2.  28  juillet  1094/5  :  «  ego  Raimundusgratia  Dei  cornes  et  Provintie  niar- 
cliio...  ego  Alvira  comitissalaudo...  ego  Dulcis  comitissa  dono,  sicut  cornes 
donavit  >>  [Saint- Victor ,  n^  686).  — 17  janvier  1103  :  «  ego  Haimundus  gracia 
Dci  sanctiEgidii  cornes  et  Provinciç  marchio,  princes  au  tem,  Dcoauxilianlo, 
milicie  Chrisliane  in  Jerosolimitano  itincrc  •  {Saint- Victor^  i\^S02),  —  9  juin 
1063  :  «olim  a  Vilolino  comité  Tolosano. . .  abbatiam  Moysiacensis  çonobii 
nunc  vero. ..  seniori  meo  Pontio  et  filio  ejus  Wilelmo...  si  de  Wilelmo 
Pontii  filio  légales  non  apparuerint  filii,  fmtribus  suis  Haimundo  et  Ugoni, 
niiis  Pontii  similiter. . .  et  si  casu  evenerit  ut  omnium  istorum  comitum 
pnlatinorum  abolendo  progonies  evanoscat,  illi  tamen  qui  sorte  post  eos 
arconi  ac  regimen  Tolosani  comitalus  acceperit.. .  >»  [Cluny^  n"  3392].  — 
Août  1065  :  o  ...  ego  Haimundus  cornes. . .  pro  redemplione. .  .  patris  et 
matris,  fraliis  quoque  elsororis...  Gordiniacensem  abbatiam...  in  pago 
Uzetico. . .  Signum  Hainiundicomitis. . .  »  {Cluny,  n°  3404'.  —  15  décembre 
1066  :  «  H.  cornes  Rutenensis  et  Nemosensis  Narboncnsiunupie  nobilissi- 
mus»>(7/)iV/.,no  3410).  —  [1066?"!  :«  Raimundum  comitem  de  lUitenis  lilium 
Almodis  »  (///>/.  Lang.,  2«^éd.,t.  V,col.  535'.  —  1067  :  «  Villelnius  comes  et 
Adalmodis  mater  ejus...  Poncius  comes  pater  ejus  »  (Ibid.^  col.  544).—  16  juin 
1080:  «  R.  comes  frater  Willelmi  »  {Ibid.,  col.  649-652).  —  Juin  1095  : 
«  R.  Tolosanus  comes,  dux  Narbonaî  et  marcbio  Provinciap  «  (Ibid.^  col.  ''38- 
739}.  —  22  juillet  1096:  «  comes  Tolosanus  ac  Rutenensium  ac  marchio 
Provincial  »  (Rouquet,  t.  XIV,  pp.  723-724).  Il  meurt  le  28  février  1105  au 
mont  Pèlerin,  près  Tripoli. 


r 


301  LA    PROVEJCCE   OU    PBEMliA   AC    XII*  SIÈCLE 


X 

HsLymond  marquis  de  Provence 
(109M105). 

On  peut  se  demander  de  qui  Raymond  de  Saint-Gilles  tient 
la  marche  de  Provence  et  depuis  quand  il  prend  le  titre  de 
marquis.  Les  textes  sont  souvent  insuffisants,  en  ce  sens  qu*ils 
mentionnent  presque  toujours  la  qualité  seule  de  comte,  quand 
ils  concernent  un  comte  revêtu  de  la  dignité  de  marquis.  En 
principe,  le  marquis  était  un  chef  militaire  :  peut-être  au 
XI*  siî'cle  ne  lui  restait-il  qu*une  simple  prééminence  honorifique. 
Kn  tout  cas,  le  souvenir  du  caractère  militaire  de  la  dignité 
subsiste  assez  pour  que  la  femme  du  comte,  qui  en  est  revêtu, 
ne  se  titre  jamais  que  comtesse.  Malgré  cette  insuffisance  des 
textes,  il  a  été  possible  de  citer  des  actes  montrant  successive- 
ment la  marche  entre  les  mains  du  fils  cadet  de  Boson,  Guil- 
laume 9T1^91>2  ,  Je  son  frère  aîné  Roubaud  (vers  1000),  du  fils 
de  celui-ci,  Guillaume  «9  mai  1031)  :  puis,  par  indivis,  des  deux 
petits-tîls  du  premier  marquis,  Foulques-Bertrand  (1044-1048) 
et  Geoffroy  tJ042-I0r>7  ■  :  finalement,  des  fils  de  Foulques-Ber- 
trand, Guillaume  Bertrand  et  Geoffrov  (vers  1063i.  La  succès- 
sien,  dans  son  ensemble,  est  très  claire.  Il  semble  bien  établi 
que,  jusque  vers  le  milieu  du  xr  siècle,  la  marche  n'a  jamais 
été  indivise  comme  Tétaient  les  comtés.  Elle  se  transmet  d'un 
fK*re  à  l'autre  quand  le  lîls  du  marquis  mourant  est  trop  jeune 
pour  en  assumer  la  charge:  mais,  quand  le  fils  du  marquis  qui  dis- 
paraît est  en  âge  d'être  le  chef,  c'est  lui  qui  la  recueille. 
Donc,  en  principe,  la  succession  a  lieu  de  père  en  fils  ;  mais,  en 
fait,  d'un  fK^re  à  l'autre,  ou  d'oncle  à  neveu,  quand  cela  est 
nécessaire.  Dans  la  seconde  moitié  du  xi'  siècle  seulement,  le 
titre  de  marquis  décore  indivisément  deux  frères.  L'unité  de  la 
Provence  tend  donc  à  disparaître. 

Aucun  texte  ne  permet  de  dire  que  la  branche  de  Toulouse,  avant 


LB  ROYAUME  DE  BOURÛOGNË-PRO VENGE  305 

Raymond  de  Saint-Gilles,  ait  pris  ce  titre  de  marquis.  Le  grand- 
père  de  celui-ci,  Guillaume,  qui  prend  pied  en  Provence  comme 
mari  d'Emma,  est  a  comte  de  la  ville  de  Toulouse  »,  ou  «  comte 
Toulousain  »  *.  Des  deux  fils  d'Emma  et  de  Guillaume,  Taîné,  Pons, 
est  comte  de  Toulouse  ^  ;  quant  au  second,  Bertrand,  il  demeure 
à  peu  près  inconnu^.  De  Pons,  viennent  Guillaume*,  Raymond^ 
et  Hugues  ^.  Guillaume  est,  comme  ses  prédécesseurs,  comte  de 
Toulouse  et  palatin  :  il  joint  à  Toulouse,  Albi,  Cahors,  Lodève, 
Périgueux,  Carcassonne,  Agen  et  TAstarac.  Raymond  de  Saint- 
Gilles  est,  de  son  côté,  comte  de  Rodez,  Nimes  et  Narbonne  ; 
Hugues  le  cadet  n'est  pas  mieux  connu  que  son  oncle  Ber- 
trand. Quand  Tainé  des  trois  mourra  et  son  fils  Pons  également, 
sans  enfant,  Raymond  leur  succédera  comme  comte  de  Toulouse. 

Pendant  tout  ce  temps,  aucune  trace  du  titre  de  marquis  de 
Provence  :  Raymond  le  prendra  pour  la  première  fois  en  1094, 
alors  que  tous  les  mâles  de  la  maison  d'Arles  seront  morts.  Une 
conclusion  s'impose  :  c'est  que  Raymond  prend  le  titre  après  leur 
disparition  seulement.  Ce  fait  offre  assez  d'intérêt  pour  mériter 
d'être  fixé. 

Déjà  auparavant,  par  suite  du  mariage  du  comte  de  Toulouse 
Guillaume  avec  Emma  de  Provence  et  par  suile  de  la  succession 
d'Emma  à  son  frère  Guillaume  de  Provence,  décédé  sans  enfants 
de  sa  femme  Lucie,  la  maison  de   Toulouse  possédait,  outre  ses 

1.  1005  :  «  G.  Tholose^urbis  cornes»  (Sainl-Viclory  n°  15).  —  1004:  «  W. 
cornes  Tolosanus  »  {Ibid.y  no652).  Cf.  n»  225. 

2.  1030  :  •  P.  cornes  filius  Tolosani  »  (Ibid.,  n»  682).  —  29  juiu  1053  : 
•  P.  Tolosane  urbis  cornes  »  [CAuny^  n»  3344  bis),  —  •  moi  seuiores  ac 
palatin!  comités  P.  et  ejus  filius  Wilelmus  »  (Ibid,,  n^  3392). 

3.  1030:  «  B.  fraterejiis»  (Saint-Victor,  n»  682). 

4.  9  juin  1063  :«  in  manu  Wilelmi  comitis  Tolosani...  »  {Cluny,n°  3392). 
—  1067  :  «  Willclmus  cornes  et  Adalmodis  mater  cjus.  ..et  Mantilis  comi- 
lissa  ejus  uxor  »  {Hist.  Lang.,  2"  éd.,  t.  V,  col.  544-546).  —  16  juin  1080.: 
«  GuillclmusTolosanensium,  Albiensium  seu  Caturciensium,Lutevensium, 
Petragorensium,  Carcassonensium,  Aginncnsium  necne  Astarachcnsium 
comes  et  dux  »  {Ibid.,  col.  649-652,  652-654). 

5.  15  décembre  1066:  •  R.  comes  Hutenensis  et  Nemosensis,  Narboncn- 
siumque  nobilissimus  »  [Cluny^  n<>3410). 

6.  9  juin  1063  :  «  Ugoni  »  {Cluny,  n»  3392). 

Mém.  et  Doc,  de  VÉcole  de$  Chartei,  —  VII.  20 


/ 


306  IJl    PROVENCE    Dr    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

biens  on  Guyenne   et  en  Gothie,  une   part   indivise  des  comtés 
do  Provence. 

loi,  se  place  le  problème  des  comtes  de  Diois  et  de  Venaissin. 
Pondant  le  xi*'  siècle,  il  existe  trois  comtes  de  Diois  dont  rorijjine 
osl  inconnue  :  ce  sont  successivement  Pons*,  Guillaume' et 
Ilupuos  ^  Dophis,  il  existe  un  comte  de  Venaissin,  Bertrand  qui 
paraît  isolément'*.  11  serait  tentant  de  les  identifier  avec  Pons 
oonito  de  Toulouse,  son  frère  Bertrand,  son  fils  aîné  Guillaume 
et  son  lils  cadet  Hugues.  Les  noms  et  les  dates  concordent  des 
doux  cotés.  La  raison  la  plus  forte  d'opérer  cette  identification, 
c'est  le  oonsontement  donné  par  Pons  comte  de  Diois,  le  7  juillet 
I0r>7,  à  Télootion  de  Tarchevêque  d'Embrun,  en  compagnie  des 
comtes  do  Provence  Guillaume  Bertrand  et  Geoffroy.  S'il  l'a 
donné,  00  n'est  évidemment  pas  comme  comte  de  Diois:  il  fallait 


1.  Torano  2  oolol>ro  1040?=  :  «  ...  Eg^o  Ponlius. . .  in  pago  Trevis... 
Vinrla>.  .  Monlnzann. . .  Mola  ;  juxla  rivulum. . .  Lota...  Actum  caslro 
TtuMna,  foria  V.  luna  XXI,  indiclione  Vn,epacta  XV,  rognante  Domino  nos- 
ln>  .Ir»»u  Clirislo. . .  S.  donni  Pontii  comilis. . .  S.  domni  opiscopi  Cono- 
nis. .  .  ».  —  "...  ooclosia. . .  in  pag^. . .  Trevis. . .  in  episcopatu  Diensi  in 
I<>i*i>.  . .  r.riMi. . .  unam  cellani  in  agro. . .  Lunis. . .  deloco. . .  Genliacus.. .  •> 

f.hin;/,  n'^*  *J*»»7ol  iî04S\  Los  jeu<Hs  19  avril  ol  13  septembre  1039  coïnci- 
dôivnl  avoo  lo  21' jour  do  laluno;  do  momo,  le  jeudi  2  octobre  1040.  L'in- 
ilirlion  Vil  lombo  on  1039;  Tépacto  XV  on  1041.—  [1041-  1042]  :  «  Pontius 
oiMurs  ..  inpago...  Trovis  in  opisoopalu  Dionso  in  loco...  lloron... 
aniu^  \,  rcj;nanlo  Kyoo  ivgo...  »  -/-/ii/îy,  n°  2951).  —  [7  juillet  1057]: 
«  l'iorns  ol  {H^pulns  Kbrodunonsis  ologimus,  laudamus  et  corix)boramus 
Viniiniamnn  airhiopiscopuni  in  sodo  archiopiscopali  Ebroduncnsi  pra»ci- 
pioulo  Minuno  pontitico  ol  nnivorsali  papa  Victoro,  confirmante  Willclmo 
Prrlraiulo  ot  (iaufrodo,  sou  Ponlio  Dionsi  comité...  ».  Cette  élection  est 
\isot»ilan>  lo  pvixiltjio  aposloli<pio  donné  à  Asti  le  7  juillet  1057  :  elle 
«Ml!  liru  sans  doulo  lo  mômo  joiir,  dovont  le  pape  (Marcollin  Fornior, //w/. 
5/f'/jiVM/«'  «/f\s  .\//>i's-.V,Tn7i;/if\<,  odil.  Paul  Guillaume,  t.  IH,  Gap,  Jouglard, 
IS'.>',\  in-S,  pp.  !90-l9r».  .\ppondioo,  n"  5).  Pons,  comte  de  Diois,  eut  une 
(îllo  :  Poii*i,  oonito  do  Toiilouso,  égalonionl    Cluny^  n**  3404). 

2.  2;t  mars  107 i  :  »  Ciro^'orius  opisoopus...  Guilielmo  Diensi  comili...» 
yJalTô,  e»*  ôd.,  l.  1,  n<*  èv^iS  :  cf.  n«  4813,  aprôs  n»  4827  et  n»  5147;  Mignc, 
».  lis,  ool.3V:r. 

3.  [I0SSH>99  :  u  Irbnnns  opiscopns...  Ebredunensi,  Vapincensi  et 
Dionsi  opisoopis,. . .  iuratosniilitos  llugonicomili  neipsi,quandiu  excommu- 
nioalnsosl,  sorvianl...  >^  ^JafTô,  2*"  éd.,  t.  1,  no5724;  Migne,  t.  151,  p.  521). 

4.  [1049-1008]:  <«.. in  presentia...  Bcrtranni  Tidelicet  Vendacensis  comi- 
lis...  ».  ^Monlm..  p.  162). 


^ 


LE  ROYAUMR  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  307 

qu'il  possédât  une  partie  indivise  de  la  Provence,  au  moins  delà 
partie  sise  au  delà  de  la  Durance,  où  se  trouvait  TEmbrunais.  Du 
chef  d'Emma,  c'était  sans  doute  le  cas  de  la  maison  de  Toulouse. 
Le  marquis  Geoffroy,  oncle  des  comtes  Guillaume  Bertrand  et 
Geoffroy  qui  interviennent,  était  quelquefois  qualifié  «  comte 
des  Arlésiens  »;  il  résidait  donc  sans  doute  à  Arles,  en  deçà  de  la 
Durance  et  il  s*y  localisait.  Voilà  pourquoi  il  ne  parait  pas  à  Embrun 
afin  de  donner  son  consentement  avec  celui  de  ses  neveux  et  du 
comte  de  Diois.  Si  on  admet  Fidentification  proposée,  il  en  résul- 
terait que,  pendant  la  seconde  moitié  du  xi®  siècle,  quoique  la  Pro- 
vence restât  indivise,  chaque  branche  de  la  famille  des  comtes  qui 
la  gouvernaient  tendait  déjà  à  s'y  localiser  et  à  se  séparer.  Le  mar- 
quis Geoffroy  et  son  fils  Bertrand  étaient  plus  particulièrement 
comtes  d'Arles;  son  frère  Foulques-Bertrand  et  ses  neveux, 
comtes  d'Avignon,  et  les  deux  fils  d'Emma,  Tim  comte  de  Diois, 
l'autre  comte  de  Venaissin.  Ce  ne  sont  là  que  des  tendances,  coïn- 
cidant avec  la  mise  en  indivis  du  titre  de  marquis  entre  frères. 
Les  actes  qui  permettent  de  saisir  ces  tendances  particularistes  ne 
sont  encore  que  des  exceptions;  presque  toujours,  quand  ils  font 
suivre  le  titre  comtald'un  nom  de  pays,  les  actes  spécifient  encore, 
comme  depuis  970,  que  les  membres  de  la  maison  d'Arles  sont 
comtes  de  Provence  et  que  les  membres  de  la  maison  de  Toulouse 
sont  comtes  de  Toulouse. 

L'identification  des  comtes  de  Diois  et  de  Venaissin,  pendant  la 
deuxième  moitié  du  xi®  siècle,  avec  les  comtes  de  Toulouse  de 
cette  époque,  est  une  hypothèse  dont  la  valeur  augmente  encore 
par  le  fait  que,  lors  de  la  croisade,  cette  race  de  comtes  de  Diois 
disparait  subitement,  remplacée  par  la  race  des  vicomtes  de 
Gap  dont  le  chef  se  qualifiera  désormais  comte  de  Diois  K 
Dans  l'hypothèse  de  Fidentification,  Guillaume  comte  de  Tou- 
louse et  de  Diois  étant  mort  après  1080,  ainsi  que  son  fils  Pons, 
sans  enfant  survivant,  son  frère  puîné,  Raymond,  hérita  de  Tou- 
louse pendant  que  son  frère   cadet   Hugues  héritait  de  Die.  Peu 

1 .  1 166  :  a  Ego  Isoardus  cornes  Diensis  »  (P.  Guillaume,  Chartes  de  Dur- 
bon,  no»  51,  58,59,  411). 


t 


308  Là   PROVENCE  DC  PRETER   AU   XII*  SlÂCLE 

après,  ce  dernier  comte  de  Diois,  de  la  maison  de  Toulouse,  était 
excommunié  et  dis])araissait  également  sans  enfant,  tandis  que 
Raymond  de  Saint-Gilles  devenait  marquis  de  Provence.  Une 
fois  en  possession  de  cette  dignité,  rien  n'est  plus  naturel  de  la 
part  de  celui-ci  que  de  concéder  en  fief  le  comtéde  Diois,  au  lieu 
de  le  garder  personnellement  ;  rien  de  plus  naturel  également 
(jue  de  le  concéder  au  vicomte  de  Gap  et  d*Embrun  qui  en  était 
voisin  *.  La  maison  de  Toulouse  ne  gardait  directement  que  le 
Venaissin.  Le  nouveau  comte  de  Diois,  Isoard,  suivit  le  nouveau 
marquis  de  Provence,  son  seigneur,  en  Terre  Sainte  et  le  comté 
de  Diois  continua  de  relever  ainsi  des  marquis  de  Provence  de  la 
maison  de  Toulouse,  pendant  tout  le  xii*  siècle,  jusqu*à  l'extinc- 
tion des  vicomtes  de  Gap.  Puis,  en  juin  1189'-,  le  marquis 
concéda  ce  comté  vacant  à  Aymar  de  Poitiers  déjà,  hors  de 
Provence,  comte  de  Valentinois  ;  celui-ci  lui  en  fit  hommage  et 
ses  descendants  le  gardèrent  définitivement. 

Ainsi,  dans  la  deuxième  moitié  du  xi' siècle,  les  trois  branches  des 
Maisons  de  Provence  et  de  Toulouse  tendent  à  se  localiser  comme 
comtes  d'Arles,  comtes  d'Avignon,  comtes  de  Diois  et  de  Venaissin. 
Il  serait  inexact  de  dire  qu'il  y  eut  à  cette  époque  d'autres  comtes, 
notamment  des  comtes  d'Orange,  en  dehors  des  maisons  de  Pro- 
vence et  de  Toulouse.  En  réalité,  il  y  a  eu  des  princes  d'Orange  ^, 

1.  A  moins  dV»Jre  anlérieuro  à  1005,  cette  concession  n'a  pas  dû  être 
faito  direclomeut  par  Raymoiui  de  Saint-Gilles  :  devenu  marquis,  il  donna 
tout  00  qu'il  avait  dans  la  Provence  en  fief  à  son  fils  Bertrand.  En  juin  1095, 
Borlr;ind  se  marie  ot  assure  ainsi  à  sa  femme  Avignon  et  Die.  Le  nom  de 
Ditjne  est  évidommenl  une  mauvaise  lecture  Jlist.  de  Lang,^  2*  éd.,  t.  V, 
col.  738-730  .  Par  suite,  c'est  |>out-ètre  Bertrand  qui  concéda,  après  juin 
iO*>r>,  le  comté  de  Die  au  vicomte  de  Gap  Isoard. 

2.  Saint-Saturnin,  juin  1189  :  «  nos  B.  Dei  gracia  dux  Narbone,  cornes 
Tholose,  maroliio  Fix>vincie  donamus...  tibi  .Vdemariodc  Pictavia...  omne 
jus  et  dominium...  in  Diensi  comitatu...  et  ego  .V.  de  Pictavia...  fidclitatem 
ot  hominium  vohis  facio...  ^»  '.Vrch.  de  Tlsère,  B.  3317.  Cf.  J.  Chevalier, 
Essai  sur  Die,  t.  1.  pp.  408-409,  avec  la  date  de  juillets 

3.  Pont-sur-Sorgues  [27  août  1107]  :  élection  de  Bérenger,  évèque 
d'Orange  assentiente  Geraldo  Afhmario  A  urasiae  principe cum  totius  populi 
Aurasicensi.< concione  Gall.  (.'/irw/.,  t.  I,  instr.,  pp.  131-132.  —  L.  Duhamel, 
Fragments  ifunciens  carlulaires  de  Vérèché  d^Orange,ïï^  XIV;  Mém,  de 
CAcad.  de  Vaucluse,  t.  XV,  1896,  pp.  395-396). 


LE   ROTAUMC   DE   BOURGOGNE-PROVE^iCE  309 

des  princes  d'Antibes  ^  comme  il  y  a  eu  des  princes  de  Riez  "^^  à 
partir  du  moment  où  l*unité  de  la  marche  s*affaiblit,  à  partir,  par 
conséquent,  du  milieu  du  xi*  siècle.  Mais  cela  est  bien  différent.  La 
qualification  de  prince  a  sa  valeur  propre  :  réservée  au  souverain 
jusqu*à  la  décadence  carolingienne,  elle  passe  aux  fonctionnaires 
publics,  devenus  vassaux  directs  du  souverain,  qui  la  reçoivent  cou- 
ramment à  la  fin  du  ix*  siècle.  Dans  les  textes  historiques,  ces 
grands  figurent  dès  lors  comme  principes  regni.  Par  suite  de  cet 
usage,  le  duc,  puis  le  marquis  de  Provence  est  le  prince  de  ce 
pays  jusqu'au  milieu  du  xr  siècle  ^.  Dès  le  début  de  ce  siècle,  les 
comtes  et  les  vicomtes  acquièrent,  par  le  fait,  ce  rang  éminent 
dans  les  cités  qui  dépendent  de  leur  autorité.  Enfin  à  dater  du 
milieu  du  xi*  siècle,  dans  chaque  cité,  semble-t-il,  où  ne 
réside  ni  comte  ni  vicomte,  surgit  un  vassal  des  comtes  qui 
prend  la  qualité  de  prince.  Quand,  au  xu*'  siècle,  la  suzerai- 
neté comtale  redevint  plus  puissante,  ces  vassaux  durent  aban- 
donner leur  prétention.  Seuls,  ceux  d'entre  eux  qui  réussirent  à 
devenir  les  vassaux  directs  du  souverain,  c'est-à-dire  de  l'empe- 
reur, purent  rester  princes, />rmci/>e«  imperii.  En  un  mot,  prince 
est  celui  qui  possède  le  pouvoir  *.  A  partir  du  xii*  siècle,  nul  ne 
pourra  se  dire  prince  s'il  ne  devient  vassal  direct  du  souverain. 
En  ce  qui  concerne  particulièrement  les  princes  d'Orange,  il 
faut  remarquer  toutefois  que  l'un  d'e.ux,  Raimbaud,  connu  pour 
avoir  pris  part  à  la  croisade,  reçoit  de  Guillaume  de  Tyr  le  titre 
de  comte  d'Orange  :  de  même  Isoard^  vicomte  de  Gap^  celui  de 

1.  [1025-1050J:  «  ego  Bclicidis  genitrix  duorum  Antipolitani  rcgni  prin- 
cipum»  (Lérins,  éd.  Flammare,  u9  cviii). 

2.  [1064-1079]:  «  Guiiclmus  princeps  terre  Regensis  »  (Saint-Vicior, 
no  617). 

3.  Carpentras,  1*'  mars  982  :  n  hujus  Provintiœprincipis  »  [Gall.  Chrinf,^ 
t.  I,  instr.,  p.  148).  —  4  août  991  :  «  totius  Provinciœ  principis  »  [GalL 
Christ,,  t.  I,  instr.,  col.  74).—  1034  :  «  princeps  totius  Frovintiœ  »  (Bibl. 
nat.,  ms.   iat.  13915,  f»  363  recto). 

4.  16  avril  1164.  Précepte  de  Frédéric  pour  rarchevêquc  d*Arles  :  «  nul- 
lus  dux  nec  marchio,  non  cornes,  nullus  princeps  vel  potestas,  non  redo- 
res vel  consules,  non  capitaneus  vel  vicecomes»  (Gall,  Chritt,  novitsima, 
Arles,  n»  604). 


i 


^,..  i.A    l'BOVK>CE  M*   PREMIER    AU    XIl'    SIÈCLE 

;.-  J4»  l>if  '.  Si  Ton  rem-mle  riu  texte  tles  Gesta  Francorum,  on 

.r*;«l«\  P*»"'"  ^'*'  fJernier.  (juil  n'vestpas  qualifié  comte  -  :  mais, 

t,5:«onMnl  qu'il  ne  lait  pas  été  dès  1096,  son  lils  et  sonpelit- 

r  X  \*  ùiivnt  certainement.  On  le    sait  par  les  sources   diploma- 

v^    par  conséquent,  le  texte  de  Guillaume  de  Tyr  se  justifie 

î  V.M1  sujt't.  Au  débuldu  xiT  siècle,  une  concession  de  comté  par 

V  aMiiI»'^  "  ^'^*^  P'**^  impossible.  Faut-il  croire  que  Ravmond  Je 

vt:«l  tî»"*-!^  '*>^  éiraK-int-nt  coneédé  le  comté  d'Orange  à    Haim- 

Nuul'M-ela  est  i»eu  probable,  car  aucun    des  actes  émanant   de 

%;iii)dijtiid  ne  lui  donne  ce  titre.  D'ailleurs,  si  la  concession  avait 

,u  lifU,  elle  n'aurait  pas  eu  autant  de  durée  que  celle  du  comté  de 

PioiM  entre  les  mains  des  vicomtes  de  Gap;   en    effet,  Raimbaud 

uVul  (ju'une  fille  et,  quand  ses  descendants  eurent  réussi  se  sous- 

UMÎn'  à  la  vassalité  des  comtes  de  Provence,  ils  se  qualifièrent 

^iiuplement  princes  d'iJrange. 

évidemment,  si  Guillaume  de  Tyr  donne  à  Uaimbaud  le  titre 
Jo  (MMiite.  c'est,  non  pas  à  cause  de  son  père  qui  ne  l'avait  jamais 
olé,  ni  à  cause  de  lui-même  qui  probablement  ne  le  fut  jamais, 
niais  à  cause  de  sa  mère  Alix  qui,  elle,  était  bien  comtesse. 
|/orij(ine  de  cette  comtesse  n'a  jamais  été  bien  établie  :  on  peut 
être  persuadé  qu'elle  est  tout  simplement  la  veuve  du  comte  de 
Provence- A vii^non  Guillaume  Bertrand,  mort  entre  le  l*'  mai 
|()r>.'î  et  HHiT.  Ce  comte,  marié  avec  elle  dès  1050,  en  avait  eu 
uin;  lille  nommée  é<;alement  Alix  :  il  dut  lui  laisser,  sinon  l'usu- 
fruit de  tout  le  comté  d'Oranpre,  du  moins  un  domaine  considé- 
rable dans  le  comté.  Elle  se  remaria  avec  Bertrand  Raimbaud, 
lils  de  Haimbauil  de  Nice,  frère  de  Laugier-Roux,  de  Nice,  et  de 
Pierre,  évéque  de  Sisteron,  puis  de  Vaison  •*.  Le  premier    époux 

1.  n  Isiianhis  i'oiiu's  DitMisis...  l^iiiMlKilihis cornes  Aurasicensis  *i  Hcc.  d*'i 
hi»i*  àe$  f  ru(\^'if/f's.  Hist.  ofv/f/..  t.  I.  pp.  41».  %  ;  cf.  i)p.  26r»,  352'!. 

2.  «  l!>u^l^du^  4I0  Mii>oiio  »•  Anoiiyini  OVs/a  Francorum,  cap.  III,  Jî  2,  M. 
tlogfnmeyer,  p.  137  .  l/èdileur  fait  loiiles  les  idtMilificalions  pussiblos. 
nayf  Is  bonne  :  c'est  Misun,  dans  les  lUisses-Alpes,  dont  il  s'agit.  L'u  sVx- 
ptiquef  car  Mîson  vient  do  rnut:itintn^m.  11  s'aj^il  d"iin  relai  «le  voie  romaine, 
comme  Maleruoisson,  Puimoisson,  Muison,  etc. 

3.  Pour  Raimbaud  de  Nice,    fds  d'Odile,  possesseur  d'une   moitié  de  la 
de  Nice,  mari  de  Belieldi8y  Gisle,  Alix  de  Heiliane  et  AcceUnn, 


iz  Ti'^f "~iT  3*1  i«:ini^:tî:»T-?5>-"Tî>:2:  SI! 

d'Alix  a vâi:  ii  ^ii^n?  fiir:  eniit  :  jt  «M-rcji  :^:»i-i.x  ifT»n*  îl•^2 
jusqu'au  21  ivrl  !<*TS.  :=i:«zrr:  itli.:  li  :r:»i5*Sr.  EUe-rDï-zac, 
encore  Tiviiiir  Ttr*  ii  ^ .  'j:»tî-  îf  I  i*:«=.z:.i:irr  jcèir  jult  -a 
vicomtesse  dAvi^rir.n  t  si  ilje  .\lix.  :î:cr:fs*c  d'A"r:i:^r-n  eî  de 
Forcalquier ',  icsife  5ie:ilr=fe-:  Lt  1±  mi-iôef  !!!â  -.  Elle  eiAi: 
alors  dun  i^r  très  èvii,;^,  ;;tr  5. -n  ij*  Rti=iSA-ji  dWAnire, 
prince  ou  p>ieslal  de  X:^^  e-  !!•».  eiii;  iê;ii  niorî  -.  Elle  prit 
ses  demirre<  disj^i-^inons  tz.  ik^^-zz  ie  5»à  pttiîe-dilr  Tiburjre, 
mariée  avec  Giraud  Aiémkr,  (fzi  i-evin:  ainsi  prince  d'Orange  : 
mais  elle  ne  put  évidemm-eat  lu:  iransniettre  le  oonîte  dOranire 
qu'elle  n'avait  pas. 

A  la  fin  du  xi*  siècle,  la  Mais^tn  des  comtes  Je  Provence  n'est 
donc  plus  représentée  que  par  sept  femmes  :  Alix,  veuve  de  Guil- 
laume Bertrand,  comte  de  Provence- Avignon,  et  sa  fille  Alix  : 
Ermengarde.  veuve.  san<  doute.de  GeotTrov.  comte  de  Provence - 
Avignon  :  Stéphanie-Douce,  veuve  de  Geoffroy,  comte  de  Pro- 
vence-Arles, sa  fille  Gerberge.  sa  belle-fille  Mahaud,  veuve 
de  Bertrand,  et  sa  petite-fille  Cécile.  A  en  croire  les  moines  de 


voir  22  mai  1023  Cluny.  2779  :  5  août  1030  Lérins,  Moris.  n*  U6  ; 
février  1032  Ibid.,  n*  1*9  .mai  1033  ibid.,  n«  153  :  Veuce,  1033  [Ibid,, 
no  154  :  [1033-1037]  Saint-Victor,  n»  799  ;  [1033-1037?]  Ibid,,  n»  7921  ; 
23  juin  1037  (Saint-Pons,  n«  vu,  ;  Courthezon.  21  mars  10*6  ^Ibid.^ 
n"  viii;  ;  '1050?"  Lérins.  n«  149  et  154  ;  [1050]  , Lérins,  n»  147  ■;  23  avril 
1057  iSai/iZ-ric/or,  793  ;  1062  Lérins,  n«  152  et  358  .  Cf.  Nico,  n»»  5,  ol 
Saint-Pons,  XIL  Pour  Bertrand  Raimbaud,  fils  du  précédent,  voir  1062 
{Lérins,  n°  358  ;  21  avril  1073  Nice,  n«  82  .  Cf.  Nice,  n»  17,  el  Saint-Pons, 
n°  XII. 

1.  [1101-1105]  :  A  aus  tu,  Adalax  conmitissa,  filia  Adalax  conmitissa.  Ku 
Ermensenz...  »  Bouches-du-Rhône,  B.  277;  L.  Blancard  et  P.  Meyer  : 
Revue  de»  Soc.  savantes^  4«  série,  t.  X,  1870,  pp.  486-487). 

2.  [Orange],  12  octobre  1113  :«  e^  Adalaiz  comilissa. . ,  maiisionos 
quas  cum  Bertrando  Raibaldo  marito  meo,  posl  mortein  l'dalriei  opiseopi, 
maie  usurpavi. . .  cetera...  que  heredilario  jui-c  milii  proveniunt  lain  in 
commitatibus  quam  in  civitatibus  et  castris  et  villis...  diniilto  Tibui'iji 
filie  Raimbaldi  et  Geraldo  Adimaro  marito  eius...  »  (VauHuHe,  év^M'Iié 
d'Orange  ;  Duhamel,  Fragm.  d'anc.  cart.  d'Oratuje^  n°  m,  pp.  3H6-3H7). 

3.  Voir,  sur  Raimbaud  d'Oronge,  fils  de  la  comtesse  Alix,  Ioh  aetessuivanU. 
[Vers  1075]  :  «  Raiambaldus  Bertranni  filius  »  (Saint-Ponn,  n"  xii ).  I  lOH  : 
«  potes  ta  tes  Nicie  civitatis...  Raimbaldus  AurusiccMiHis...  »  (Nice,  ti"  \H), 


r 


312  LA      PROVENŒ   DU    PREMIER   AU   XII*   SIÈCLE 

Montmajour,  la  sécurité  du  pays  se  ressentait  de  ce  manque 
de  chefs  redoutés  :  par  contre,  on  peut  penser  que  Tessor  de  la 
littérature  provençale  date  de  cette  époque  où  les  femmes  domi- 
naient. Les  troubadours  galants  naquirent  pour  leur  plaire. 

Cécile  est  écartée  de  la  succession  comtale,  car  elle  avait  reçu 
rJOOO  sous  de  dot,  lors  de  son  mariage  en  1083  ^,  et  la  coutume  de 
Provence  oubliait,  au  moment  de  la  mort  de  leurs  parents,  les 
filles  précédemment  dotées  par  eux.  C'est  sa  tante  Gerberge  qui 
fut  donc  appelée  à  la  succession  de  la  branche  des  comtes  de 
Provence-Arles.  L'héritière  de  la  branche  ainée  des  comtes  de 
Provence-Avignon  était,  d'autre  part,  Alix,  fille  de  Guillaume 
Bertrand. 

Ces  deux  princesses  furent  mariées,  Alix  avec  Ermengaud, 
comte  d'Urgel ,  Gerberge  avec  Gerbert,  comte  de  Gévaudan  et 
vicomte  de  Cariât.  Les  guerres  contre  les  Maures  d'Espagne,  qui 
avaient  suivi  l'expulsion  des  Sarrasins  de  Provence  et  qui  précé- 
daient la  croisade  en  Orient,  rendaient  plus  fréquents  les  rapports 
entre  les  marches  de  Provence  et  d'Espagne  :  ces  rapports  expliquent 
le  mariage  d'Ermengaud.  Quant  à  Gerbert,  les  résultats  de  son 
union  furent  éphémères  pour  le  Gévaudan.  Il  se  trouve  dans  Avi- 
gnon en  juin  1 1 10  ^  et  il  meurt  avant  le  1*'  février  1112,  laissant 
tous  ses  biens  à  sa  femme  :  il  n'en  avait  qu'une  fille,  nommée 
Douce  comme  sa  grand'mère  maternelle.  Le  1*^'  février  1112^, 
Gerberge  lui  transmet  la  quote-part  indivise  de  la  Provence  qui 
était  l'héritage  de  son  défunt  frère  le  comte  de  Provence-Arles 
Bertrand  et,  de  plus,  ce  qui  hors  de  Provence  lui  venait  de  son 
mari.  Deux  jours  après,  elle  la  marie  avec  Raymond  Bérenger, 


\.  1083  {IlisL  Languedoc,  2«  éd.,  t.  V,  col.  682-683). 

2.  Avignon,  juin  1110  :  «  Girbcrlus  inclitus  cornes  et  uxor  ejus  illustris 
comilissa  »  (Vaucluse,  G.,  Chap.  métropoL,  n»  27  prov.,  f»8  r<»-v*). 

3.  1''''  février  1 1 12  :  «<  ego  Girberga  comilissa  dono  libi  Dulciœ  filiœ  mes... 
comitalum...  Provinciae  et  Gavaldanensis  et  Carladeasis  ethonorem... 
in  comilatu  Rutenensi  ;  qua;  omnia  advenerunt  mihi  voce  parentum  meo- 
rum  etlargitionc  viri  mei  Girberli  comitis  patris  tui. . .  Signum  Gerberge 
comitissœ  »  (P.  de  Marca,  Marca  hUpanica.  App.,  n^ccGXLvn). 


V 


LE  ROYAUME  DE  BOUKGOGNE-PROVENCE  313 

comte  de  Barcelone*.  Enfin,  le  13  janvier  1112/3^  la  nouvelle 
mariée  fait  don  à  son  mari  de  tout  ce  qu'elle  avait  reçu  de  sa 
mère  '^. 

C'était  la  domination  de  la  marche  d'Espagne  sur  les  trois 
quarts  de  la  marche  de  Provence  :  ou  tout  au  moins,  une  union 
intime  entre  ces  deux  pays.  La  Provence  ne  consentit  pas  aisé- 
ment à  passer  ainsi,  comme  ses  comtesses,  entre  les  mains  de 
deux  étrangers.  Raymond  Bérenger  et  Ermengaud  apparte- 
naient à  la  même  maison  :  ils  descendaient  tous  deux  du  comte 
de  Barcelone  Borrel,  mort  en  993,  et  ils  se  trouvaient  cousins  au 
neuvième  degré.  L'héritière  de  la  branche  aînée  de  Provence- 
Avignon  épousait  le  représentant  de  la  branche  cadette  de  Barce- 
lone-Urgel  etThéritière  de  la  branche  cadette  de  Provence- Arles, 
le  chef  de  la  Maison  de  la  marche  d'Espagne. 

Jusqu'alors,  l'indivision  de  la  marche  de  Provence  avait  bien  pu 
continuer  à  exister  entre  parents  assez  rapprochés,  bien  que, 
depuis  le  milieu  du  xi®  siècle,  se  remarquât  une  tendance  de 
chaque  branche  à  se  localiser  en  se  fixant,  chacune  de  son  côté, 
dans  Avignon,  dans  Arles  et  en  Venaissin.  Maintenant,  après 
l'arrivée  des  deux  étrangers,  Tétat  d'indivision  ne  pouvait  subsis- 
ter, étant  donnée  surtout  la  coutume  de  la  Maison  de  Barcelone 
qui,  dès  le  début  de  son  existence,  semble  avoir  comporté  un 
partage  effectif  de  la  marche  d'Espagne  entre  les  enfants  ^. 

1.  3  février  1112  :  «  ego  Gerberga  comitissa  Arelatensis  trado  tibi  Ray- 
mundo  Berengarii  comiti  filiam  mcam . . .  Dulccm  cum  omni  honore  meo. .. 
Provinciam,  quod  ibi  habeo  et  habere  debeo,  ci  comitatum  Gavallanen- 
sem  etvicecomitatumCarladcnsem  et. .  honorem. . .  incomitatu  Rutenense, 
sicut  fuitGirberti  comitis. . .  »  (/Aie/.,  n»  cccxlviii). 

2.  13  janvier  1112/3:  «ego  Dulcia  Barchinonensis  cl  Provinciœ  comi- 
tissa. . .  tibi  venerabiii  comiti  Raymundo,  qucm. . .  justo  matrimonio  copu- 
lavi,  dono. . .  totum  meum  honorem...  in  Provincia  et  in  Rutcnensi  comi- 
tatu...  signum  Dulcise  comitissœ. . .  »   [Ihid.y  n^  cccxlix). 

3.  Pour  les  comtes  de  Barcelone,  voir  :  1»  D.  Prospcro  de  Bofarull  y 
Mascaro,  Los  condesde Barcelona  rtVif/tcat/os...  Barcclona,  1836,  2  vol.  in-8**, 
ouvrage  consciencieux  et  excellent,  surtout  comme  documentation  ;  2°  D. 
Ant.  de  Bofarull  y  Broca, //«/oria  crt/ica  de  CatalurLi,  Barcelona,  1876-1879, 
9  vol.  in-4,  à  lire  comme  complément  ;  3°  fray  Francisco  Diago,  Historia 
de  lot    victoriosisêimoê    aniiguot  condet   de    Barceloila^   1603,  BarceoAa, 


31  i  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU   Xll*    SIÈCLE 

Avant  de  parler  du  partage  de  la  Provence,  qui  survint  ainsi 
au  XI r  siècle,  il  est  l>on  de  rechercher  si  Ton  peut  connaître  le 
montant  de  la  part  indivise  qu*en  avait  possédée  chaque  comte  de 
la  première  maison  héréditaire.  Un  document,  véritablement  pré- 
cieux k  ce  point  de  vue,  est  Thommage  de  la  vicomtesse  d'Avi- 
gnon ErmessenJe  prêté  à  Alix,  veuve  du  comte  Ermengaud  *. 
Cet  acte  est  sans  date,  maison  peut  lui  en  assigner  une  approxi- 
mative, caria  vicomtesse  y  paraît  elle-même  comme  veuve.  Or, 
son  mari  vivait  encore  en  juin  1101  *•.  De  plus,  il  y  estditquela 
part  de  Provence  appartenant  à  la  Maison  de  Toulouse  est  possé- 
dée par  Bertrand,  le  fils  de  Raymond  de  Saint-Gilles.  Bertrand 
ravîiit  reçue  de  son  père,  lors  de  son  mariage  en  juin  1093,  ou,  au 
plus  tiird,  lorsque  Raymond  était  parti  pour  l'Orient.  Mais,  il 
nest  pas  dit  dans  l'acte  d'hommage  que  le  marquis  fût  mort  : 
au  contraire,  le  rédacteur  de  l'acte  le  mentionne  comme  vivant 
et  on  sait  qu'il  mourut  le  28  février  1 103  près  de  Tripoli.  La  nou- 

in-folio,  à  consuUcr  pour  quelques  détails  ;  4»  Antonio  Vicenle  Domenec, 
HiMoria  fjoneralde  lossanlos  y  varones  iluslres  en  santidad  del  principato 
de  Calai iina. 

Pour  les  comtes  d'Urgel  :  1°  D.  Diego  Monfary  Sors,  Hisloria  de  loscondes 
de  Vnjel,  1853,  2  vol.  in-8  (Coll.  de  Doc.  ined.  del  archiva  gênerai  de  la 
cnf'ona  dt*  Arnt/on.  Barcelona,  t.  IX  et  X)  ;  2«  D.  J.  Miret  y  Sans,  La  casa 
cnndal  de  rnjcll  en  Prorenza  {Bolet in  de  la  Real  Academia  de  Buenas 
Lotnis  de  ïiarcolona,  a  no  III,  nùin  9.  pp.  32-48,  marzo  1003). 

VaxWw  le  Marca  hispanica,  sive  limes  hispanicus  de  P.  de  Marca, 
Purisiis,  Franc.  Mur/uel,  fOSS.  Pour  Torigine  de  la  maison  de  Barcelone- 
l'rj^el,  voir:  H.  Tragj;;ia,  Discurso  hislôrico  aobre  el  origen  y  succession  del 
rrino  pirenaico  [Mern.  de  la  li.  Acad,,  Madrid,  t.  IV,  p.  56)  ;  Botet  y  Sisô, 
(éondado  de  (îerona  :  los condes  heneficiarios,  Gcvona.  P. Torres,  1890,  in-8; 
Joseph  (lahnette.  Les  origines  de  la  première  maison  comtale  de  Barcelone 
(Mrl.  darch.  et  d'hist..  Borne,  1900,  t.  XX,  i)p.  299-305)  et,  de  ce  dernier 
auteur  encore,  A'o/r.s  sur  Wifred  le  Velu  Becisla  de  Archiros,  bibliotecas 
y  Museos^\\\\\o  1901,  Madrid,  M.  Tello,  1901,  in-H);  Un  jugement  original  de 
Wifred  le  Velu  pour  Vabbaye  dWmer  {Bibl.  de  VEc,  des  Chartes,  t.  LXVII, 
1900,   pp.  00-09). 

1.  [Juin  1101-juin  1105]  (P.  Meyer,  Bapport  au  comité  des  travaux  his- 
tori(/u('s  sur  deux  communications  de  M.  L.  Blancard  ;  extrait  de  la  Revue 
des  Sociétés  savantes,  4«  série,  t.  X,  1870,   pp.  478-494,  16  pp.  in-8). 

2.  Avij^non,  juin  1101  (Arch.  de  Vaucluse,  G.,  Cliap.  métrop.,  n®  27  provi- 
soire, IT.  1  r«-2  r*»). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  315 

velle  de  cette  mort  dut  certainement  être  connue  en  Provence 
avant  la  fin  de  la  première  moitié  de  Tannée  ;  ainsi,  on  peut  dire 
avec  certitude  que  Thommage  en  question  a  été  prêté  par  la 
vicomtesse  entre  le  mois  de  juin  iiOl  et  le  mois  de  juin  11  OS. 
Dans  cet  acte,  elle  déclare  h  la  comtesse  lui  promettre  fidélité 
pour  les  châteaux  placés  dans  les  cités  de  Provence  au  delà  de  la 
Durance  *  :  elle  lui  hommage  les  trois  quarts  des  châteaux 
d'Avignon,  Manosque  ^  et  Forcalquier.  Elle  tient  le  dernier  quart 
de  ces  châteaux,  encore  indivis,  pour  Raymond  de  Saint-Gilles  et 
Bertrand,  fils  de  Raymond,  que  celui-ci  en  a  investi.  Il  résulte 
de  là  que  la  branche  ainée  de  la  maison  de  Provence,  repré- 
sentée à  cette  époque  par  Alix  de  Provence- Avignon,  possédait  les 
trois  quarts  indivis  et  la  maison  de  Toulouse,  le  quart  indivis  de 
la  marche  de  Provence  au  delà  de  la  Durance  :  la  preuve  en  est 
certaine.  Mais,  depuis  quand  cet  état  de  choses  existait-il  ?  En 
1037,  avant  d'être  marquis,  Foulques- Bertrand,  grand-père  de 
cette  Alix,  avait  donné  à  Montmajour  ce  qu'il  possédait  du  châ- 
teau de  Manosque,  dans  le  comté  deSiSteron,  c'est-à-dire  tout  ce 
qu'il  devait  en  avoir  des  biens  lui  venant  de  son  aïeul  le  marquis 
Guillaume  I"et  de  son  père  le  comte  Guillaume  111  ^.  Or,  plus  tard, 
à  une  date  indéterminée,  les  deux  fils  de  Foulques-Bertrand  con- 

i.  Deh  caalels  ne  las  civiiales  de  Provincia  des  Durencia  en  sa,  de  las  très 
partes.  L'acte  étant  rédigé  sur  la  rive  droite  de  la  Durance,  Thommage  porte 
bien,  pour  ses  rédacteurs,  sur  la  Provence  en  deçà.  Quand  on  envisage  la  Pro- 
vence en  général,  il  faut  se  placer  par  la  pensée  à  Arles  et  sur  la  rive  gauche 
de  la  Durance  ;  de  ce  point  de  vue,  il  est  juste  de  dire  quWlix  possédait 
la    Provence  au  delà  de  la  Durance. 

2.  Le  texte  dit  Manoa,  ce  qui,  rigoureusement,  est  Mânes  (Basses- 
Alpes),  comme  le  Manuam  du  n®  973  de  Saint-Victor.  Mais  il  faut,  sans 
doute,  rctiiblir  Manoasca,  ce  qui  est  Manosque  (Basses-Alpes).  Mânes 
a  trop  peu  d'importance  pour  être  spécifié  entre  Avignon  et  Forcalquier 
comme  un  château  comtal:  l'oubli  de  Manos({ue,  par  contre,  ne  se  compren- 
drait pas.  Celte  résidence  comtalc  est  bien  connue  et  on  sait  que  les 
vicomtes  en  gardèrent  les  3/t  jusqu'au  23  février  1218  (Bouches-<lu-Rhône, 
B.  310). 

3.  1037:  «  Bertrannus  comes...  cedo...  castrum  in  regno  Provinciœ,  in 
pago  Sistergico  quod  nominant  Manuasca  seu  Podium  Bosoni...  quan- 
tum mihi  pax  obvenit  vel  obvenire  débet  ex  donationc  avi  et  patris  mei...  » 
(Montm.,  p.  134). 


316  I.A    PROVENCE   DU    PREXIRR   AU    XU*   SIÈCLE 

lirment  cette  donation  de  leur  père  en  déclarant  qu*il  s*agit  de 
(c  quatre  mansos  avec  la  moitié  de  la  dime  d'une  moitié  de  la 
ville  de  Manosque^  »  Si  ce  texte  est  bien  entendu,  il  semble  éta- 
blir que  Foulques- Bertrand  avait  reçu  de  ses  auteurs  le  quart 
indivis  de  Manosque  :  un  autre  quart  devait,  de  même,  appar- 
tenir à  son  frère  Geoffroy.  Le  groupe  formé  par  ces  deux  quarts, 
c'est-à-dire  la  moitié  indivise  de  Manosque,  avait  appartenu 
avant  eux  à  leur  père,  Guillaume  111,  lequel,  flls  xmique", 
Tavait  revu  de  leur  grand-père,  le  marquis  Guillaume  I''.  Dès 
lors,  il  faut  que  Tautre  moitié  de  Manosque  ait  appartenu  à 
Roubaud,  seul  frère  de  Guillaume  I*'.  Roubaud  ayant  eu  deux 
enfîints,  le  marquis  Guillaume  II  et  Emma,  il  semble  que  cette 
dernière  no  fut  pas  dotée,  de  sorte  qu'elle  eut  part  à  la  terre, 
comme  cohéritière  de  son  père.  Guillaume  II  et  Emma  eurent 
donc,  chacun,  un  quart  indivis  de  Manosque  :  quand  le  marquis 
Guillaume  11  mourut,  après  le  mois  de  mai  1037,  son  héritage 
ne  passa  pas  à  sa  sa»ur  et  à  la  maison  de  Toulouse,  mais  à  ses 
cousins  au  .*)**  degré,  Foulques-Bertrand  et  Geoffroy,,  qui,  dès  ce 
moment,  eurent  non  seulement  la  moitié,  mais  les  trois  quarts 
indivis  de  la  marche  de  Provence  ;  Taîné  se  localisa  dans  Avignon, 
héritage  de  Guillaume  II,  tandis  que  le  cadet  restait  dans  Arles, 
héritage  de  leur  père. 

Ainsi,  après  la  disparition  des  comtes  particuliers,  après  la  prise 
de  possession  de  la  Provence  par  le  roi  de  Bourgogne,  les 
deux  lils  (le  Roubaud  reçurent  chacun  la  moitié  indivise 
de  la    Provence;  ils  s'installèrent,  Boson  dans  Arles,  Guillaume 

1.  [1000-1001)]  :  a  ego  Guillelmus  et  ego  Gaufredus  comités  et  fratres.... 
ajiingimus...  lill  manses,  cum  mcdiclatedocimideunamedielatequampater 
noslor  Herlrannusdedil  in  villa...  Manoasca...  »  (Montm.,  pp.  190-191).  Dans 
la  Iranscriplioii  édilée  de  col  acte,  les  mois  filii  Guillelmi  III,  cognomento 
liorlrnni,  Arclatensiscornilist  et  ante  eum  e  rivis  erep^i  constituent  une  inter- 
polation probable, comme  le  prouve  le  membre  de  la  phrase  anie  eumevivis 
en'pliy  car  c'est  le  père,  en  réalité,  cjui  est  mort  avant  ses  fils.  Ce  père  ue 
s'appelait  d'ailleurs  pas  Guillaume  Bertrand,  mais  Foulques-Bertrand, 
et  il  était  plutôt  comte  d'Avignon  que  comte  d'Arles. 

2.  (^onstiince,  sceur  de  Guillaume  III,  avait  été  dotée  en  or,  ce  qui  impli- 
(juait  son  renoncement  à  la  terre. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  317 

dans  Avignon.  Le  fils  de  ce  Guillaume  étant  mort  sans  enfant, 
Roubaud  et  Guillaume  fils  de  Boson  eurent  toute  la  Provence  : 
Roubaud  s'installa  dans  Avignon,  comme  son  oncle,  et  Guil- 
laume dans  Arles.  Le  fils  de  Roubaud  étant  encore  mort  sans 
enfants,  Avignon,  qui  représentait  un  quart  indivis  de  la  Pro- 
vence, fit  de  nouveau  retour  aux  fils  de  Guillaume  et  de  Ger- 
berge.  La  fille  de  Roubaud  garda  le  Venaissin  et  le  Diois,  qui 
représentaient  le  dernier  quart,  et  ce  devint  le  domaine  de  la  Mai- 
son de  Toulouse.  Ce  fut  encore  le  fils  aîné  de  Guillaume  et  de 
Gerberge  qui  s'installa  dans  Avignon,  laissant  Arles  à  son  cadet. 

Depuis  le  milieu  du  x®  siècle  environ,  c'est  donc  toujours  Taîné 
de  la  Maison  de  Provence  qui  se  réserve  Avignon  et  le  cadet  qui 
garde  Arles.  Cependant  Arles  était  la  capitale  du  pays.  Ce  fait, 
en  apparence  anormal,  trouve  cependant  une  explication 
satisfaisante.  Dans  Avignon,  le  marquis  n'était  gêné  par  aucun 
voisinage  :  dans  Arles,  il  n'en  était  pas  de  même.  Précisément 
en  raison  de  son  rang  de  capitale,  tant  que  le  roi  put  venir  y 
résider,  le  marquis  se  trouvait  éclipsé  par  la  majesté  du  sou- 
verain. Quand  le  roi  n'y  vint  plus,  il  ne  confia  pas  la  garde  de 
son  palais,  de  son  trône  et  de  sa  couronne  au  marquis,  mais  bien 
au  primat  qui  lui  répondra  personnellement  de  la  fidélité  de  la 
cité.  Cet  office  spécial  du  primat  ne  pouvait  que  diminuer  le  mar- 
quis :  celui-ci  laisse  son  cadet  face  à  face  avec  le  garde  choisi 
par  le  souverain  et  préfère  la  résidence  d'Avignon.  Enfin,  plus 
tard,  quand  les  comtes  de  la  rive  gauche  de  la  Durance  renon- 
ceront à  la  résidence  d'Avignon,  par  suite  de  l'indivision  persis- 
tante de  cette  seule  cité,  ils  se  fixeront  dans  Aix,  à  défaut 
d'Arles  et  d'Avignon. 

L'indivision  de  la  Provence  dura  jusqu'à  la  disparition  de  la 
Maison  de  Provence,  c'est-à-dire  jusqu'à  la  fin  du  xi®  siècle. 
Lorsque  les  Maisons  de  Toulouse,  d'Urgelet  de  Barcelone  se  trou- 
vèrent en  présence,  il  fallut  partager.  Alix,  représentant  la  branche 
de  Provence-Avignon  et  mariée  à  Ermengaudd'Urgel,  avait  droit 
aux  3/8  delà  marche.  Gerberge,  représentant  la  branche  de  Pro- 
vence-A  ries,  mariée  à  GerbertdeGévaudan,  avait  également  droit 


318  LA  PROVENCE  DU    PREMIER   AU    XII*    SIÈCLE 

aux  3/8  (le  la  marche.  Knfin,  Bertrand  de  Toulouse  avait  droit  aux 
2/8  restants.  Forcément ,  il  y  a  eu,  non  pas  un,  mais  trois  partages. 

Lors  de  Thommage  et  la  vicomtesse  d'Avignon,  le  premier, 
entre  lîrgel  et  le  Gévaudan,  était  certainement  fait.  En  effet,  Alix 
possède  à  cette  époque  les  trois  quarts  de  la  Provence  au  delà  de 
la  Diuance  :  or,  ses  droits  héréditaires  ne  montaient  qu'aux  3/8 
de  la  Provence  entière.  Si  on  admet  que  la  Durance  divise  la  Pro- 
vence en  deux  parties  de  valeurk  peu  près  égale,  il  est  remarquable 
que  le  compte  soit  juste.  Mais,  forcément,  cela  exclut  la  possi- 
bilité de  croire  qu'Alix  possédât  encore  quelque  chose  par  indivis 
en  de^à  de  la  Durance.  Donc,  au  delà,  sa  part  existe  tout  entière: 
donc,  le  partage  a  ou  lieu,  en  ce  qui  la  concerne.  Par  ce  partage, 
la  branche  de  Provence-Avignim  avait  renoncé  à  tous  droits  en 
dovà  de  la  Durance  et  la  branche  de  Provence-Arles  à  tous 
droits  au  delà.  Les  partages  j>ostérieurs  feront  connaître  quil  y 
a  une  exception  :  Avignon  et  ses  environs  demeurent  indivis. 

Si  ce  partage  est  antérieur  à  juin  1105,  à  quelle  date  peut-il 
remonter  ?  Alix  avait  épousé  le  comte  dX'i^el  après  le  29  avril 
lOTti  *  et  avant  le  il^  février  1080*'.  Après  son  mariage,  elle  fit 
don  à  son  mari  de  tous  ses  droits  sur  la  Provence  ^\  celui-ci  testa 
le  29  avril  1090.  Malheureusement  l'acte  de  ce  testament,  jadis 
aux  archives  de  Barcelone  ;  armoire  des  testaments,  sac  R,  n**  70). 
où  fray  Francisco   Diago  le  vit,  ne  s'y   retrouvait  plus  du  temps 

l,  Kn  oiTol,  Knnonjraud,  fils  du  comli»  ot  de  sa  première  femme  Lucie, 
uavail  pa>  encore  «(ualor/e  ans  à  la  date  du  tostamout  de  son  père  (Diago, 
lîh.  2,  cap  LWIIK  r^  1H7  v  :  «  no  lonia  entonces  Ermengaudo  calone 
aiV>s  "'. 

'J.  13  fc>  rior  1080  :  le  comte  Ermonsraud  et  sa  seconde  femme  Alix  donnent 
le  I  S  ilu  château  de  .VUcl  à  N.-D.  de  Solsona,  dans  la  province  de  Lérida 
(//»!</.,  f*'  137  rtvlo'.  —  23  juin  10S3  :  »»  ejro  Ermengaudus  gracia  Dei 
cornes  rrjrt^Uilanus  siuo  Pivuincialis  una  cum  mea  conjuge  .Vdalezis  nulu 
IVm  comitissa. . .    in  val  de  Annorra.. .  Sancte  Marie  sedi    Urgellitane... 

Ermenpuuliis   gratin   Hci    cornes    l'rgellitanus  el  Provincialis Signuni 

Adale/is  nutu  l>oi  comili>sa    l"rycllilana   el    Provincialis »•   ;J.   Mirel  y 

Sans.  Lu  <.\i.<,i  contlal  </t*  Crj/c//  en  Prx^renza  '^BoUiin  de  U  /?.  Ac^demi»  de 
i>,inYi'o»M,  a  no  111,  nùm.  \>.  pp.    36-38  . 

3.  i\^la  rc^sullc  des  Icrmos  du  testament  de  sou  mari  qui  les  lègue  à  leur 
AU,  en  rvseivant  Tusufruil  à  Alix  .Diago,  t*  i3S  r*). 


LE  ROTADIE  DE  BOrRGOGSE-PROVENCE  319 

de  D.  Diago  Monfary  Sors  :  il  était  d'un  haut  intérêt  pour  la  Pro- 
vence. Ju2>qu*à  ce  que  cette  pièce  égarée  se  retrouve,  lanalyse  soi- 
gnée de  Diago  permet  de  suppléera  sa  perte  K  Par  ce  testament,  le 
comte  lègue  à  son  (ils  Guillaume  et,  au  défaut  de  ce  tils.  à  Sanche 
sa  fille,  tous  les  comtés,  évèchés.  cités  et  châteaux  qu'il  avait  eus 
au  delà  du  Rhône,  ou  ailleurs,  de  la  meilleure  manièrequ'un  comte 
de  Nice  ait  pu  les  posséder.  De  plus,  il  lui  lègue  son  épée  à  doux 
tranchants,  dite  la  Roqueforte.  Il  lui  donne,  comme  tuteurs, 
1  evéque  de  Nice  et  l'évéque  de  Vaison  avec  quelques  barons  de 
Provence,  spécialement  le  comte  d'Arles  Bertrand.  Enlin,  il 
déclare  Alix  dame  et  usufruitière  du  comté  :  dans  le  cas  où  elle 
perdrait  cet  usufruit,  il  lui  reconnaît  les  cinq  mille  mancus  d'or 
de  Valence  qu'il  avait  reçus  de  sa  dot.  La  conclusion,  h  tirer  de  cet 
acte  est  que  le  partage  antérieur  à  1105  n'avait  pas  encore  eu  lieu. 
Car,  si  le  testateur,  par  la  désignation  de  Tévêque  de  Vaison  comme 
l'un  des  tuteurs  de  son  fils,  laisse  supposer  qu'il  avait  des  droits  au 
delà  de  la  Durance,  par  contre  la  désignation  de  l'évéque  de  Nice 
indique  qu'il  en  avait  également  en  deçà.  Pour  exprimer  claire- 
ment sa  situation  en  Provence,  le  testateur  se  qualifie  «  comte 
de  Nice  »,  aussi  bien  qu'il  exprime  celle  de  Bertrand  en  l'appelant 
«  comte  d'Arles  )).Cela  oblige  à  constater  que  Nice  était  la  résidence 
la  plus  ordinaire  de  sa  femme  et  de  son  fils  en  Provence,  comme 
Arles  était  celle  de  Bertrand.  Au  surplus,  cela  n'a  rien  de  surpre- 
nant, puisque  la  comtesse  Alix,  mère  de  sa  femme,  s'était  rema- 
riée avec  Bertrand  Raimbaud  de  Nice.  Par  conséquent,  sa  femme 
n'avait  pas  encore  renoncé  à  ses  droits  en  deçà  de  la  Durance; 
par  conséquent  le  partage  entre  la  branche  d'Avignon-Urgel  et  la 
branche  d'Arles-Gévaudan  est  postérieur   au  29  avril  1090. 

11  serait  mal  à  propos,  bien  entendu,  de  soutenir  que  la  com- 
tesse Alix  était  vmiquement  comtesse  de  la  cité  ou  de  la  région  de 
Nice  au  moment  de  ce  testament  :  elle  n'était  pas  plus  ccmites.se 
de  la  seule  région  de  Nice  que  Bertrand  n'était  comte  de  la  seule 
région  d'Arles.  Les  droits  de  tous  deux  étaient  encore  indivis  sur 

1.  29  avril  1090  (Diago.  ff.  137  i"-138  r^j. 


320  LA    PROVENCE   DU    PREMlEll   AU    XII*   SIÈCLE 

la    Provence  ;    la  résidence  d'Alix  était  à  Nice  à    cause  de  sa 
mère,  comme  celle  de  Bertrand  à  Arles,  et  voilà  tout. 

Le  comte  d*Urgel  mourut  deux  ans  après,  en  1092,  et  le  comte 
Bertrand  d*Arles  avant  le  II  septembre  1095. 

Puisque  le  [mrtage  des  branches  d'Avignon  et  d'Arles  s'est 
produit  avant  11  Ori,  il  a  donc  eu  lieu  entre  la  comtesse  Alix, 
veuve  d'Ermengaud,  usufruitière  de  Provence  d'une  part,  et  la 
comtesse  Gerberge,  héritière  de  son  frère  Bertrand,  femme  du 
vicomte  de   Cariât  Gerbert. 

En  1102,  Alix  se  qualifie  encore  comtesse  de  Provence';  en 
janvier  1110,  elle  se  qualifie  comtesse  de  Forcalquier  •;  en 
t)ctobro  1 129,  comtesse  d'Avignon  et  de  Forcalquier^.  11  paraît 
bien  prot)abIe  que  la  branche  d'Avignon,  représentée  par  Alix, 
renonce  à  prendre  le  titre  de  comte  de  Provence  au  moment 
où  elle  renonce  à  ses  droits  indivis  sur  toute  la  Provence.  La 
bniiiche  d'Arles  renonce  à  ses  droits  indivis,  par  rapport  à  la 
branche  d'Avignon,  sur  la  rive  droite  de  la  Durance,  et  la 
branche  d'Avignon  i^enonce,  par  rapport  h  la  branche  d'Arles,  à 
ses  droits  indivis  sur  la  rive  gauche.  Ainsi,  la  branche  d'Avignon 
renonce,  en  particulier,  à  Nice  et  celle  d'Arles  à  Forcalquier.  La 
branche  d'Avignon,  se  fixant  particulièrement  à  Forcalquier, 
innove  le  titre  de  comte  de  Forcalquier. 

Le  partage  entre  les  branches  d'Avignon  et  d'Arles  a  donc  eu 
Heu  entre  1102  et  1105.  On  peut  croire  que,  sitôt  fait,  la  com- 
tesse Alix,  devenue  comtesse  de  Forcalquier,  fit  reconnaître  le  fait 
accompli  et,  de  là,  l'hommage  de  la  vicomtesse  d'Avignon. 

Cette  cession  commune  de  droits  indivis  comporte  une  excep- 
tion et  cette  exception  concerne  la  cité  d'Avignon.  En  eflTet,  on 
voit  en  juin  1110  le  comte  et  la  comtesse  d'Arles-Gévaudan 
venir  y  tenir  un  plaid.  Ils  auraient  pu  le  faire  à  la  rigueur,   s'ils 

1.  1102:  n  A.  (Hiaïuvis  in(lij5'ii.i  Dim  ^a^atia  Proviiiciaî  comitissa  »>  (Car- 
IHMihas,  Ms.  :il2,  IT.  38    \°:\\)  r«  . 

2.  janvier  1 1 10  1  :  «  A.  comitissa  Fulcalclieriensts  »  (GalL  ChrisL 
noviss.y  l.  I,  col.  4*y,   n**  XII ;. 

3.  Avignon,  octobre  1121)  :  «  ego  Adalax  Avonnicensis  atque  Forcalque- 
ricnsis  comitissa  »  {GalL  Christ,,  t.  1,  Instr.,  col.  142). 


N 


LE   fiOYAUME  DE   BOURGOGNE-PROVENCE  32 1 

avaient  cédé  leurs  droits  sur  Avignon  à  la  comtesse  Alix  de 
Forcalquier,  parce  qu'ils  avaient  encore  leurs  droits  indivis  avec 
la  branche  de  Toulouse.  Cependant  cette  cession,  quoique  par- 
tielle, leur  aurait  imposé,  semble-t-il,  une  réserve  plus  grande 
et  ils  se  seraient  abstenus,  après  Tavoir  faite,  devenir  y  rendre 
personnellement  la  justice. 


XI 

Les  trois  marquis  et  les  partages  de  la  marche 
(1105-H74). 

Après  la  mort  du  marquis  Raymond  de  Toulouse,  ce  fut  le 
comte  Guillaume  d'Urgel,  fils  d*Ermengaud  et  d'Alix  d'Avignon- 
Forcalquier,  qui  recueillit  le  titre  de  marquis  de  Provence.  Il  le 
porte  en  janvier  lilO/i  *  et  fait  croire  qu'il  en  fut  revêtu  jusqu'à 
sa  mort,  survenue  dans  Avignon  en  octobre  H  29.  Sur  ces 
entrefaites,  le  comte  deGévaudan  étant  mort  entre  juin  1110  et  le 
l®""  février  1112,  ne  laissant  qu'une  fille  du  nom  de  Douce  de  sa 
femme  Gerberge  d'Arles,  celle-ci,  le  1*^^  février  1112,  transmit  à 
cette  fille  tout  ce  qu'elle  possédait,  c'est-à-dire  ses  droits  sur  le 
comté  de  Provence.  Le  3  février  1112,  Gerberge,  qui  se  qualifie 
comtesse  d'Arles,  donne  sa  fille  en  mariage  à  Raymond  Bérenger, 
comte  de  Barcelone.  Finalement,  le  13  janvier  1112/3,  Douce,  qui 
s'intitule  comtesse  de  Barcelone  et  de  Provence,  donne  ses  biens  à 
son  mari.  Barcelone  est  la  capitale  de  la  marche  d'Espagne,  comme 
Arles  de  la  marche  de  Provence.  Raymond  Bérenger  ne  pouvait 
donc  manquer  de  se  qualifier  «  comte  et  marquis  de  Barcelone  et  de 

1.  janvier  11 10/ i  :  «  ego  Adalais  comitissa  Fulcalcheriensis  et  mater 
mea  Adalais  et  filius  meus  Willclmus  marchio  Provincie...  Sistariceiisi 
occlesie...  medictatcm  castri...  Lurs  que  a  modernis  vocata  et  comitalis. . . 
re;;iiantc  Carolo  [sic)  Teutonicorum  imperatore  filio  Ilenrici  régis... 
Willelmus  comes  e(  mater  ejus  Adalais  comitissa...  Adalais  comitissa, 
motu  luijus  Adalaidis...  f.  »  (Albancs,  Gall,  Christ,  noviss.y  t.  I,  col.  449, 
no  XII). 

Mém.  et  Doc.  de  l'École  des  Churtei,  —  VII.  21 


322  LA    PROVENCE   DU  PREMIER    AU    XIl^   SIÈCLE 

Provence  »,  en  laissant  entendre  qu*il  était  marquis  de  Provence 
aussi  bien  que  de  Barcelone,  et  c*est  ce  qu*il  fit,  au  détriment  de 
son  cadet  d'Urgel  ^ 

Le  partage  entre  la  branche  d* Arles  et  la  branche  de  Toulouse 
est  connu  de  tous  ceux  qui  ont  parlé,  les  uns  après  les  autres,  de 
l'histoire  de  Provence.  Par  Tacte  du  16  septembre  1125,  Raymond 
comte  et  marquis,  mari  de  Douce   d'Arles,  abandonne  tous  ses 
droits  sar  la   rive  droite    du  Rhône  et  sur  la  rive   droite  de  la 
Durance.  Par  contre,  Alfonse,  comte  de  Toulouse  et  de  Siiinl- 
Gilles,  abandonne  tous  ses  droits  sur  la  rive  gauche  de  la  Durance 
et,   en  dessous  de  la    Durance,   sur  la    rive  gauche  du  Rhône. 
On  saisit  ici,  comme  pour  le  premier  partage  entre  les  branches 
d'Arles  et  d'Avignon,  une  exception.  C'est  la  même  et   le  texte 
explicite  du  traité  permet  de  la  préciser.  Chacun  garde  ses  droits 
indivis  sur  Avignon,  Sorgues,  Caumont  et    le  Thor.  Désormais, 
cette  exception  à  part,  les  limites  des  états  de  la  branche  d'Arles 
sont    les  suivantes.   Au  nord,  la  Durance  jusqu'à  son  confluent 
avec  le  Rhône;  à  Touest,  le  Rhône  depuis  ce  confluent  jusqu'à  la 
mer;  au  sud,  la  mer  depuis  le  Rhône  jusqu'à  laTurbie;  à  Test,  les 
Alpes,  depuis  la  mer  et  la  Turbie  jusqu'à  la  vallée  de  la  Durance. 
Vallabrègues,  considéré   comme  une   île   du  Rhône,  dépend  de 
la  rive  droite  et   se  trouve  en  dehors.  Par  contre,  la  Camargue, 
en  partie  tout  au  moins  ^,  dépend  de  la  rive  gauche  ainsi  que  Tile 
de  Luhières.  Les  Etats  provençaux  du  comte  de  Toulouse,  par 
rapport  à  la  branche  d'Arles,  ont  par  conséquent  pour  limites,  en 
dehors  d'Avignon,  de  Sorgues,  de  Caumont  et  du  Thor  qui  restent 
indivis  :  au  nord,  l'Isère;  à  l'ouest,  le  Rhône  jusqu'à  son  confluent 

1.  7  mnrs  1125  :  «  in  proscnlia  domni  Rnimundi  illustris  comitis  et  mar- 
chionis  Barchiaone  et  Provintie...  »  (Albanès,  col.  10-11,  n»  VIII).  — 
1er  février  1112  :  «  ego  G.  comi tissa...  omnem  honorcm  quem  habeo,  comi- 
latumvidelicel  Provincie...  »  (Marca,  3/arca  Awpa/iica.app.  347).  —  3  février 
1112  :  «  ojço  G.  comilissa  Arelalensis...  cum  omni  honore  mco  et  cum  illo 
lionore  qui  fuit  Girberli  comitis...  Provinciam,  quod  ibi  habeo  et  habere 
dobco...  »  (//)/(/.,  app.  348).  — 13  janvier  1112/3  :  «ego  Dulcia  Barchinoncn- 
siscl  Provinciœ  comilissa...»  (Ibid.,  app.  349). 

2.  En  février  1172,  c'est  la  cluse  de  Montmeillon  qui  sert  de  limite  pour 
la  Camargue  (B.-du-Rh.,  B.286). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  323 

avec  la  Durance;  au  sud,  la  Durance;  à  Test,  les  Alpes.  De  plus, 
ces  Etats  comprennent  la  partie  de  la  Provence  qui  se  trouve  sur 
la  rive  droite  du  Rhône,  depuis  Viviers  jusqu'à  la  mer,  avecTile  de 
Vallabrègues  au  diocèse  d'Uzès,  la  terre  d'Argence,  Beaucaire  et 
une  part  de  la  Camargue,  au  diocèse  d'Arles.  Il  va  de  soi  que  les 
limites  au  nord  sont  purement  théoriques  :  au-dessus  du  Diois, 
du  Gapençais  et  de  TEmbrunais,  limites  réelles,  jamais  le  Valenti- 
nois,  le  Graisivaudan  et  le  Briançonnais  n'ont  dépendu,  politique- 
ment parlant,  de  la  marche  de  Provence.  En  pratique,  les  termes 
de  l'acte  de  partage,  qui  portent  ab  ipso  fïumine  Durentise  usque 
ad  flumen  de  Ysera^  doivent  être  interprétés:  «  de  la  Durance, 
prise  à  Tentrée  du  Briançonnais,  en  remontant  jusqu'au  bassin  de 
risère,  excepté  ce  qui  dépendait  de  Grenoble  et  de  Valence.  » 

Le  premier  partage  a  donc  eu  lieu,  de  H02  à  1105,  entre  les 
branches  d'Avignon  et  d'Arles  ;  le  second  s'étant  produit,  en  H25, 
entre  les  branches  d'Arles  et  de  Toulouse,  on  est  bien  obligé  de 
reconnaître  que  la  branche  de  Toulouse,  au  nord  de  la  Durance, 
est  toujours  dans  l'indivision  avec  celle  d'Avignon-Forcalquier. 

Ce  troisième  et  dernier  partage,  entre  les  branches  d'Avignon- 
Forcalquier  et  de  Toulouse,  n*eut  lieu  qu'après  le  mois  d'octobre 
1129.  En  effet,  à  cette  date,  Alix  s'intitule  encore  comtesse  d'Avi- 
gnon. Il  eut  lieu  avant  H  95  *  :  à  cette  dernière  date,  en  effet,  un 
traité  d'alliance,  renouvelé  entre  le  comte  de  Toulouse  et  le  comte 
de  Forcalquier,  donne  déjà  sommairement  les  limites  des  deux 
comtés  de  Venaissin  et  de  Forcalquier.  Une  ligne  part  du  Ver- 
nègues  de  Lagnes,  sur  la  rive  droite  de  la  Durance,  et  gagne, 
sensiblement  à  vol  d'oiseau,  le  col  de  Cabre,  séparant  Carpen- 
tras,  Vaison  et  Die  au  nord,  Cavaillon,  Apt  et  Sisteron  au  sud  ; 
du  col  de  Cabre,  cette  ligne  s'élève  à  Pont-Haut,  près  de  la  Mure, 
pour  aboutir  aux  Alpes  et  à  la  Durance,  en  englobant  Gap 
et  Embrun.  La  cité  d'Avignon,  comme  l'Isle,  restait  indivise. 
Le  partage  est  encore  antérieur  au  12  septembre  1177  :  à  cette 
date,  le  comte  de  Forcalquier  Guillaume,  fils  de  Bertrand  et  de 

1.  1195.  Les  deux  comtes  se  garantissent  mutuellement  leur  comté  et 
renoncent  à  la  donation  réciproque  qui  en  avait  été  faite  précédemment 
(Bouches-du-Rhône,  B.  297). 


324  LA   PROVENCE   DU  PtlElCIER   AU   Xlt^   SIÈCLE 

Josseranne,  reçoit  à  Forcalquier  deux  cent  sous,  apportés  par  deux 
délégués  des  chevaliers  et  autres  gens  deChampsaur  en  deçà  delà 
Scveraisse,  pour  les  redevances  comtales.  Le  comte  les  reçoit,  en 
réservant  de  faire  valoir  ses  droits  sur  le  pays  placé  entre  la 
Séveraisse  et  le  Pont-Haut,  limite  extrême  et  traditionnelle  du 
comté  de  Forcalquier  *.  Par  contre,  le  partage  est  postérieur  au 
mandement  d'Alexandre  III,  daté  du  23  janvier  [1168-1170],  par 
lequel  ce  pape  confirme  Manosque  à  THôpital  de  Saint-Jean  de 
Jérusalem,  telle  que  le  lui  avait  donnée  le  comte  de  Forcalquier 
Guillaume,  en  spécifiant  que  les  comtes  de  Forcalquier  devraient 
indemniser  THôpital  de  tous  frais,  dans  le  cas  où  le  comte  de 
Toulouse  voudrait  s'opposer  à  ce  don  *. 

On  ne  s'éloignera  donc  pas  beaucoup  de  la  vérité  en  disant  que 
le  partage  entre  les  branches  d'Avignon  et  de  Toulouse  dut  être 
elîectué  vers  l'époque  où  le  comte  Forcalquier  réussit  à  se  faire 
investir  de  son  comté  par  précepte  impérial  du  21  décembre  1 17i  '. 
Ce  précepte  efTaçait  les  traces  de  celui  du  18  août  1162  qui 
l'avait  dépouillé  au  profit  du  comte  de  Provence,  pour  défaut 
d'hommage  de  sa  part  au  souverain  *. 

On  peut  comparer  Tétat  d'indivision  d'Avignon,  de  Caumont, 
du  Thor  et  de  l'Isle,  entre  les  trois  branches  co-partageantes,  à  la 
création  d'une  zone  neutre  sur  leur  point  de  contact  commun, 
au  confluent  du  Rhône  et  de  la  Durance. 

1.  Forcalquier,  lundi  [12  septembre]  1177:  u  ad  Guillelmum  comilem... 
liominum  de  Camposauro  a  Scverasca  fluvio  citra...  alios  autein  a  Seve- 
rasca  usquo  ad  Pontem  Altum...  sui  crant  et  tota  terra  dccomitatu  Forcal- 
({uerii  ai)  antiquissimis  temporibus  erat  usque  ad  Pontem  Altum...  • 
(Bouches-du-Rhôno,  B.  2,  (^  cxci,  v®).  Pont-IIaut,  sur  la  Bonne,  entre  Saint- 
Laurent  on  Beaumonl,  (jui  dépendait  du  diocèse  de  Gap,  et  Sousville,  près 
la  Mure  en  Matésinc,  qui  dépendait  du  diocèse  de  Grenoble. 

2.  Bénéveni,  23  janvier  [1168-1170]  :  «  ad  hec,  si  Tolosensis  cornes  lilem 
movcrot  hospilalariis  super  predictis  posscssionibus,  cornes  [Forcalcarien 
sis"  et  fratres  cius  ois  restitueront  »  (Arch.  des  Bouches-du- Rhône,  H.  Malte, 
020:  Arch.  d'Arles.  Authentique  de  l'Hôpital  de  Saint-Gilles,  ff.  162  v«- 163  v«; 
cf.  B»»  du  Houre,  Uev.  hist.  de  Provence,  l"*'  année,  p.  92,  n«  329). 

3.  Boveredo,21  décembre  1174  (Monum,Germ,  hist,,  t.  IV;  Legum,  t. II, 
Hannovera',  1837,  pp.  144-145). 

4.  Turin,  18  août  1162  (Martene,  CoUec.  amplUs,^  t.  I,  p.  860;  Bouche, 
Ilist.  de  Prov,,  t.  H,  p.  432). 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  325 

Dans  chacun  des  partages,  les  droits  du  tiers  non  intervenant 
ne  sont  jamais  spécifiés  :  néanmoins,  ils  existent.  Ainsi  en  1125, 
le  marquis  de  Provence  reconnaît  au  comte  de  Toulouse  une 
moitié  indivise  d'Avignon.  Par  contre,  le  comte  de  Toulouse 
reconnaît  au  marquis  de  Provence  également  une  moitié  indivise 
de  cette  cité.  De  même,  en  1195,1e  comte  de  Toulouse  en  recon- 
naît une  moitié  indivise  au  comte  de  Forcalquier  et,  par  contre,  le 
comte  de  Forcalquier  en  reconnaît  une  autre  moitié  indivise  au 
comte  de  Toulouse.  Il  ne  faudrait  pas  additionner  toutes  ces 
moitiés  :  on  en  aurait  au  moins  trois  et  ce  serait  absurde.  La 
conséquence  forcée  est  que  les  droits  indivis  du  tiers  non 
comparant  sont  sous-entendus  dans  chacun  des  partages.  On  se 
rappelle  que,  du  temps  de  l'indivision,  les  deux  branches 
d'Avignon  et  d'Arles  avaient  droit  à  3/8,  chacune,  de  la  Pro- 
vence et  la  branche  de  Toulouse  aux  2/8  restants.  Par  suite  du 
partage  entre  la  branche  d'Urgel-Avignon  et  la  branche  de  Barce- 
lone-Arles, chacune  d'elles,  passant  sous  silence  les  droits  du 
tiers  non  intervenant,  c'est-à-dire  ceux  de  la  Maison  de  Tou- 
louse, s'attribue  une  moitié  de  la  Provence,  soit  4/8.  C'est  cer- 
tainement à  charge,  vis-à-vis  du  tiers,  de  lui  en  abandonner  cha- 
cune un  huitième,  en  passant  séparément  et  plus  tard  un  partage 
avec  lui.  Cette  charge  n'est  pas  mentionnée  dans  le  partage  :  elle 
est  tacite.  En  1125,  la  branche  de  Barcelone  se  libère  de  cette 
obligation  vis-à-vis  de  la  branche  de  Toulouse.  Elle  lui  abandonne 
les  territoires  de  la  rive  droite  du  Rhône  qui,  pour  la  clarté  de  l'ex- 
posé, peuvent  être  évalués  au  1/8  de  la  marche.  De  plus,  tandis 
que  la  branche  de  Barcelone  reste  ainsi  avec  les  3/8  de  la  Pro- 
vence, qui  lui  revenaient  de  droit,  et  que  la  branche  de  Toulouse 
lui  reconnaît,  celle-ci  prend,  d'accord  avec  elle,  ce  pays  placé  sur 
la  rive  droite  de  la  Durance  et  évalué  plus  haut  à  la  1/2  de  la 
marche.  Cela  lui  fait  en  tout  5/8  de  la  Provence.  Comme 
dans  le  premier  partage,  également,  les  droits  du  tiers  non  inter- 
venant ne  sont  pas  réservés  explicitement  ;  ils  le  sont  tacitement. 
C'est  à  lui  à  les  faire  valoir  :  il  aura  à  réclamer  ses  3/8  à  la 
branche  de  Toulouse.  Elîectivement,  dans  le  troisième  partage,  la 


326  LA   PROVENCE  DV    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

branche  de  Toulouse,  abandonnant  le  comté  de  Forcalquier  à  la 
branche  d^Urgel,  lui  abandonne  ainsi  les  3/8  qui  lui  revenaient  de 
droit  et  garde  les  2/8  restants,  soit  1/8  sur  la  rive  droite  du  Rhône, 
au-dessous  de  la  Durance,  et  1/8  sur  la  rive  gauche  au-dessus  de 
la  Durance.  Par  suite,  chacune  des  trois  branches  a  la  quotité  de 
la  Provence  qui  lui  revient. 

Pour  Avignon,  c*est  le  même  mécanisme.  Quand,  en  1125,  le 
comte  de  Barcelone  reconnaît  au  comte  de  Toulouse  une 
moitié  indivise  d'Avignon,  évidemment  il  lui  en  reconnaît 
2/8  de  trop  qui  doivent  revenir  au  comte  d'Urgel.  Mais,  celui-ci 
n'intervenant  pas  dans  Tacte,  ses  droits  ne  sont  pas  mentionnés. 
Quand,  ensuite,  le  comte  de  Toulouse  en  reconnaît  une  moitié 
au  comte  de  Barcelone,  il  lui  en  reconnaît  1/8  de  trop  qui  doit 
revenir  au  comte  d'Urgel  :  celui-ci  pourra  se  le  faire  reconnaître. 
En  efTet,  en  1195,  le  comte  de  Toulouse  reconnaît  les  droits 
du  comte  de  Forcalquier  ;  mais  il  lui  reconnaît  une  moitié,  au 
lieu  des  3/8,  parce,  que  cette  fois-ci,  c  est  le  comte  de  Barcelone 
qui  est  le  tiers  non  intervenant.  En  somme,  il  en  est  d'Avignon  » 
resté  indivis,  comme  du  reste  de  la  Provence  divisé  au  xii*  siècle 
en  trois  parts.  Le  comte  de  Barcelone  en  possède  3/8  indivis; le 
comte  de  Forcalquier  également  3/8  et  le  comte  de  Toulouse  2/8. 
Quand  le  dernier  comte  de  Forcalquier  disparaîtra,  le  comte  de 
Provence  lui  succédera  dans  Avignon,  de  sorte  que  le  comte  de 
Provence  en  possédera  forcément  les  3/4  et  le  comte  de  Toulouse 
1/i  seulement  indivis.  En  lin  de  compte,  cette  ville  n'aura  un 
seul  maître  qu'à  dater  de  la  fin  du  xiii®  siècle.  Sa  position  cen- 
trale, au  confluent,  sur  les  limites  communes  des  trois  comtés 
de  Provence,  de  Forcalquier  et  de  Venaissin,  suffit  à  expliquer 
celte  indivision  prolongée  et  anormale. 

En  1125,  le  partage  indique  clairement  que  les  archevêchés 
et  évêchés  dépendent  encore  des  comtes,  comme  les  comtés,  les 
cités  et  les  châteaux  tenus  par  des  laïques.  L'abandon  de  1081 
était  oublié.  A  partir  du  troisième  quart  du  xii®  siècle,  les  empe- 
reurs rendront  aux  évêques  leur  ancienne  qualité  de  vassaux  directs 
de  la  couronne  et  reprendront  la  garde  des  églises  cathédrales. 
Aussi,  la  convention  de  1195  ne  mentionne  plus  les  évêchés. 


LE  ROYAUME  DE  BOURGOGNE-PROVENCE  327 

Il  faut  s*entendre  sur  un  autre  point.  Ce  que  les  trois  maisons 
étrangères  de  Barcelone,  d'Urgel  et  de  Toulouse  partagent,  c'est 
la  marche  de  Provence  ;  elles  en  font  trois  Etats  alliés,  mais  dis- 
tincts et  indépendants  lun  de  Tautre.  Le  partage  divise  donc 
entièrement  la  prééminence  du  marquis,  le  haut  domaine 
féodal,  Tadministration  de  la  justice,  la  perception  des  impôts 
et  des  redevances  publiques.  Mais,  en  fait,  les  trois  coparta- 
géants,  qui  deviennent  trois  princes  voisins  et  qui  seraient  même 
étrangers  s'ils  n'étaientf  liés  par  la  suzeraineté  commune  de 
Tempereur,  ne  se  défendent  pas  de  continuer  de  posséder  des 
propriétés  ou  des  (iefs  particuliers  et  personnels  Tun  chezTautre. 
Ainsi,  en  1174,  le  comte  de  Toulouse  concède  aux  Génois  tous  les 
ports  qu'il  pouvait  posséder  de  la  Turbie  jusque  vers  Arles,  notam- 
ment les  salines  de  Bouc,  le  mont  de  Monaco  pour  y  élever  im 
château,  le  château  de  la  Turbie  et  la  moitié  de  Nice  ^  Ou  bien 
le  comte  cède  ce  qu'il  n'a  pas,  ou  bien  ce  sont  là  des  propriétés 
particulières  qu'il  cède  ;  en  tout  cas,  ce  n'est  pas  une  partie  de 
son  domaine  princier  prééminent.  Il  le  dit  en  propres  termes  et, 
quand  l'empereur,  en  1191,  ratifie  cette  concession,  la  couronne 
a  soin  de  réserver  la  juridiction  et  le  domaine  du  comte  de  Pro- 
vence qui  seul  était  le  souverain  de  ce  pays.  Mais,  quand  bien 
même  ni  le  comte  de  Toulouse,  ni  l'empereur  ne  le  spécifieraient, 
cela  irait  de  soi.  Depuis  le  partage  de  1125,  le  comte  de  Toulouse 
ne  pouvait  plus  être  comte  de  Nice.  La  vérité  est  qu'il  y  avait  con- 
servé des  propriétés  considérables,  puisqu'il  possédait  encore  la 

1.  Ii74:  «a  civitate  Arelatensi  usque  ad  castrum  de  Turbia...  omncs 
portus...  Item  do  vobis  stmiliter,  Domine  communis  Januae,  salinas  de 
Bucho,  Podium  quoque  et  montem  Monaci  cum  suis  pertinenciis  ad  in- 
castellandum  et  quicquid  voluerilis.  proprietatis  nomine,  facicndum.  Simi- 
liter  vobis  dono  et  nominatim,  cum  Castro  Turbiae  et  cjus  territorio,  medie- 
tatcm  Niciœ  »  (Liber  jurium  Reipublicae  GenuensiSf  t.  I,  col.  297;  Gustave 
Saige,  Documents  historiques  antérieurs  au  XV*  siècle  relatifs  à  la  seigneurie 
de  Monaco  et  à  la  maison  de  Grimaldi^  t.  I,  Monaco,  1905,  pp.  9-10, 
n®  V).  D'après  E.  Gais  de  Pierlas,  Documents  inédits  sur  les  Grimaldi  et 
Monaco^  Turin,  Bocca,  1885,  in-8,  p.  13,  la  concession  de  1174  émanerait  du 
comte  de  Forcalquier;  cf.  ibid.^  p.  14,  pour  la  confii-mation  impériale  du 
30  mars  1191. 


328  LA    PROVENCE    DU   PREMIER   AD    XII*   SIÈCLE 

moitié  de  la  ville  et  quelques  points  sur  le  littoral  jusqu'à  la  fron- 
tière de  la  Provence.  Peut-être,  quand  il  y  avait  eu  une  alliance 
entre  la  maison  comtale  et  les  châtelains  de  Nice,  ceux-ci  pour  avoir 
davantage  à  Orange  avaient-ils  cédé  leurs  biens  de  Nice.  Quoi  qu'il 
en  soit,  ces  propriétés  n'étaient  plus  accompagnées  de  la  préé- 
minence, et,  éloigné  comme  il  Tétait  des  Alpes,  le  comte  de 
Toulouse  ne  dut  pas  être  fâché  de  s*en  défaire.  Il  pouvait  en 
être  d*autant  plus  aise  que  c'était  un  mauvais  tour  à  jouer  au 
comte  de  Provence,  maître  du  littoral,  qui  allait  désormais 
avoir  h  y  lutter  contre  les  entreprises  envahissantes  de  Gênes. 

Ainsi,  à  dater  des  partages,  il  n'y  a  plus  de  comtes  de  Pro- 
vence indivis,  de  comtes  d* Arles,  d'Avignon  et  de  Nice  :  on  a  trois 
Ktats  (|ui  sont  le  comté  de  Provence,  le  comté  de  Forcalquier 
et  le  comté  Venaissin  avec  Avignon  neutralisé  entre  les  trois. 
On  a  vu  le  comte  de  Forcalquier  se  titrer  marquis,  en  il  10, 
et  le  comte  de  Provence  en  faire  autant,  peu  après.  On 
n'ii  pas  besoin  de  dire  que  le  comte  de  Venaissin  a  suivi  cet 
exemple  ;  la  région  qui  lui  était  soumise  en  a  gardé  spéciale- 
ment le  souvenir,  alors  que  les  deux  autres  Etats,  à  commencer 
par  le  comté  de  Forcalquier,   le  laissaient  tomber  en  désuétude. 

Telle  est  la  série  de  considérations  que  présente  à  l'esprit  l'exa- 
men des  textes  d'origine  diplomatique.  Leur  ensemble  permet 
de  lixer  le  développement  de  la  Maison  des  comtes  de  Provence 
dans  ses  traits  essentiels.  La  connaissance  de  leur  régime  suc- 
cessoral amène  à  distinguer  la  marche  transmise  individuellement 
et  les  comtés  transmis  indivisément.  A  la  phase  d'unité  primitive 
correspond  un  marquis  unique,  de  979  à  1040.  A  la  phase  de 
décentralisation  avec  groupements  régionaux,  correspondent  des 
marquis  associés, de  iOiO  à  1091.  Enfin,  toutesles  branches  de  la 
maison  d^Arles  tombant  en  quenouilles,  trois  maisons  étrangères 
au  pays  transforment  les  groupements  régionaux  en  Etats  dis- 
tincts. C'est  le  morcellement  de  la  Provence  :  la  marche  forme  trois 
marquisats.  Elle  a  passé  de  Tunité  à  la  division  par  la  décentra- 
lisation. 


CHAPITRE  VI 

LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    ET    LE  RÉGIME  FÉODAL 

Tels  sont  les  comtes  qui  ont  possédé  par  indivis  la  Provence, 
depuis  rinstallation  de  leur  Maison  sur  les  bords  du  Rhône  parle 
roi  de  Bourgogne  Conrad,  et  ceux  d'entre  eux  qui,  plus  particulière- 
ment, ont  administré  la  région  d'Avignon,  en  y  résidant  de  préfé- 
rence. Cette  préférence  au  détriment  d'Arles  par  les  aînés  s'ex- 
plique: ils  échappaient  ainsi  à  un  têtè-à-tête  gênant  avec  les  pri- 
mats de  Provence  qui  gardaient  le  palais  de  la  capitale  pour  les 
souverains  absents.  Le  chef  de  cette  maison  comtale  gouvernant, 
en  principe,  toute  la  Provence  comme  marquis,  il  resle  à  voir  com- 
ment, pendant  cette  période  d'indivision,  le  régime  féodal  s'as- 
simile, dans  le  comté  d'Avignon,  chacun  des  degrés  inférieurs 
de  la  hiérarchie  administrative. 

Cette  hiérarchie  est  connue  :  les  plaids  comtaux  la  montrent 
dans  son  fonctionnement  judiciaire.  D'autres  actes  complètent 
les  indications  formées  par  ces  documents. 

I 

L'es  Juges  de  Provence 

(733-1040) 

Le  régime,  né  en  733  de  l'invasion,  avait  rattaché  la  Provence 
plus  étroitement  à  la  France.  Le  roi  avait  assumé  lui-même  le  titre 
de  patricedes  Romains  ;  un  duc  gouvernait  le  pays  en  son  nom  et 
surplace.  La  population  de  ce  pays  continuait  forcément  à  être,  en 
très  grande   majorité,  de  droit  romain.  Mais  ces  Gallo-Romains 


330  LA   PtOTOŒ   DC    nE3UEB    AL  Ul*    SECCLf 

prenaient  désormais  volontiers  des  noms  germaniques,  imposés 
par  le  presti^  de  la  domination  franque,  ou  bien  amenés  par 
des  a Uianccrs  de  famille,  comme  ce  parait  avoir  été  le  cas  du 
patrice  Abon  ^  De  même,  sans  abandonner  la  loi  romaine,  ils  se 
font  à  lalangrue  administrative  de  leurs  vainqueurs.  Un  plaid,  tenu 
à  Diirneen  780  *,  montre  les  /nis^ic/omi/iicf  présidant  lesrjrAim- 
hourfjn  et  scabins  de  cette  cité,  ceux-ci  entourés  des  c  bons  hommes  » 
qui  pouvaient  se  joindre  à  eux.  On  croirait,  à  lire  cette  ter- 
minologie, qu'il  s'a^t  de  juger  selon  le  droit  barbare.  U  n'en 
est  rien,  puisque  le  plaid  se  tient  sur  la  requête  d*un  évéque 
provençal.  La  loi  ne  différait  pas  de  celle  observée,  cinquante 
ans  plus  tôt,  par  le  vidame  de  Marseille  Ansemond,  jugeant  sur 
l'ordre  du  patrice  Abon,  coram  inluêtribas  personis.  Seule- 
ment, les  juges  gallo-romains  se  dissimulent  complètement  dans 
chaque  cité,  et  même  dans  l'une  des  plus  restreintes  comme 
Digne,  sous  les  noms  que  la  loi  barbare  imposait  aux  juges 
francs. 

Au  milieu  du  ix^  siècle,  la  prédominance  franque  subsiste  : 


1.  Alion  était  fils  de  Félix  et  de  Rustica,  petit-Gls  de  Maurinus,  nereu 
(hi  Simphorianus.  Ce  sont  là  des  noms  gallo-romains  ;  mais  sa  grand'mèro 
patcTiiHUr  I)odina  paraît  représenter  l'introduction  du  sang  barbare  dans  la 
famille.  De  fait,  si  deux  de  ses  fils,  Félix  et  Symphorien,  gardent  des  noms 
qui  doivent  leur  provenir  du  côté  paternel,  un  troisième  Dodon  tire  le  sien 
évidemment  de  la  li^^ne  maternelle.  Il  en  est  de  même  pour  Abon,  son  petit- 
fils.  On  saisit  ainsi  surle  fait,  au  début  du  vin' siècle,  et  dès  avant  la  conquête 
(!<•  T.'J.'J.  l'infillnilion  frdnïjue  dans  l'aristocratie  de  Provence  par  les  alliances 
ai  le  preslij^e  de  la  mode.  On  conçoit  qu*Abon,  avec  une  famille  déjà 
francisée  en  partie,  paraisse  dans  l'histoire  comme  un  gallo-romain  rallié 
an  réfçime  franc.  C'e  dernier  des  patrices  dut  être  un  patrice  sympathique 
aux  princes  francs  :  l'acte  du  5  mai  739  montre  que  certainement  il  était 
de  loi  rr)maine,  cependant  il  est  contraire  aux  patriotes  qui  avaient  cru 
pouvoirs'allieraux  Sarnisins  contre  Tinfluence grandissante  des  Francs.  Ce 
Hmilsans  doute  des  tendances  francophiles  pareilles  qui  avaient  fait  expulser 
son  on<!U*  Sinijihorien  de  l'évêché  de  Gap.  Le  30  janvier  726,  Abon  prie  Dieu 
/i/'o  noH  ft  atnhUetntfiin  rof/no  Francorum, 

2.  Digne,  23  février'  |7H0^  :  •  in  Digna  civitate  publiée...  missidomni  nos- 
tri  Karoli  régis  Francorum  et  Langobardorum  seu  et  patricii  Romanorum,  id 
est  V'iernariiis  et  Arimodus  una  cum  rationesburgiis  dominicis  Marcel- 
lino,  Jlieronimo,  Gedeon,  Regnarico,  Corbino,  scabinas  lites  scabinos  ipsius 


LA   HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGIME  FÉODAL         331 

le  vocabulaire  propre  à  Texercice  du  droit  romain  n'est  plus 
effacé  totalement  par  elle.  Un  plaid  du  2  juillet  845  *  permet  de 
saisir  Timportance  de  cette  réaction  :  c'est  un  jugement  selon 
la  loi  romaine,  car  il  concerne  encore  un  évêque,  comme  celui  de 
780.  Le  plaid  se  dénomme  mallum  ;  les  juges  se  disent  scavini. 
Mais,  si  le  vocabulaire  barbare  domine  toujours,  le  rédacteur  a 
soin  d'indiquer  que  la  cour  se  compose  en  réalité  de  juges  qui  sont 
les  uns  romains  et  les  autres  saliques.  II  fait  figurer  les  romains 
au  premier  rang,  puis  il  traduit  le  terme  de  scavini,  employé 
d'abord  par  lui  pour  les  désigner  tous,  par  celui  de  Judices. 
Les  «  bons  hommes  »  complètent  la  cour  comme  en  780.  En 
somme,  les  ji/cffces  jugeaient  selon  le  droit  romain  et  les  scabini 
selon  le  droit  salique.  La  terminologie  barbare  perd  de  sa  tyran- 
nie et  on  voit  que  l'élément  romain  subsiste  toujours  en  majo- 
rité dans  le  pays. 

Cent  ans  après,  c'est-à-dire  au  milieu  du  x®  siècle  2,  quand  la 

civilatîs,  aut  bonis  hominibusqui  cum  ipsis...  aderant...  Cornes  Marcellinus 
firmavit  »  (Saint- Victor,  no  31.  —  Cf.  Eckhart,  Commentarii  de  rébus  Fr, 
orient.,  t.  I,  p.  319). 

1 .  Cadcrot,  2  juillet  [845]  :  «  advenicns  Aletandrius  advocatus  Alboini cpis- 
copi...  in  Cadarosco  villa,  in  mallo  publico  ante  Rothbertum  vicariuni  de 
viro  illustri  Adalberto  comité  et  tam  scavinis,  tam  romanis  qnam  salicis, 
vel  judicibus...  id  est  Yoseph,  Nortaido,  Elephanto,  Odilone,  Wildemare, 
Bertclaico.  Rcgenardo,  Deodalo,  Ansulfo,  Fulcardo,  Elfaldo,  Martino,  liomi- 
nc  Dei,  Victore,  Donato,  Teuthberto,  Teufanio,  Balsamo,  Rachio,  Aaron, 
Necteranno,  Gaudentio,  Abone,  Benedicto,  Macchone,  Lubone,  Flodoveo, 
Godoberto  vel  etiam...  aliis  bonis  hominibus  »  (Saint-Mctor,  n*»  26). 

2.  [Arles,  14  août  [952],  Tan  15  :  «  Boso  cornes  Grmavit.  Lanberlusjudiccs 
firmavit.  Pontius  firmavit  »  (GalL  Christ,  noviss.,  Arles,  n*»  255). 

Arles,  mars  965[/4]  :  «  venions  Honoralus  Massilieusis  iecclesiç  Ç({uis- 
simus  presul,  in  Arclatc  civitalc,  publiée,  in  conspectu  Bosoni  comitis... 
atquc  in  presentia  omnium  virorum  Arelatensium  judicumquc  ac  princi- 
pum  scilicct  omnibus  his  nominibus  :  Haynoardo  judice,  Lamberlo 
judicc,  Pontio  vicecomitis.  Arlulfo,  Hostagno,  Archimberto,  Bonofacio, 
Rajamberlo,  Widberlo,  Ingelmare,  Wicheranno,  Tassilone.  David,  Amal- 
rico,  Pontio,  Widone,  Walchaudo,  Hildoardo,  cçterorum  quoque  omnium 
hominum  aspectum  prévenions,  deprecatus  est...  comitem,  ut  res...  quas 
prenominalus  cornes  injuste  detinebat  ei...  concedi  debuissol  Requi- 
rentes  autem  judices...  et  omnes  memorati  principes  ut...  verum  esse  pro- 
baretur.  Interea...  episcopus...   testes  fidèles  adhibens,  voluit,   sccundum 


332         LA  PROVENCE  DU  PREMIER  AU  XII^  SIÂCLE 

Provence  se  groupe  avec  le  royaume  de  Bourgogne,  c'est  Télé- 
nient  romain  qui,  à  son  tour,  reprend   dans   les  plaids   toute  la 

jus  Homanc  œcclesic  ea...  confirmare...  jurando.  Cum...  cornes  hoc...  venim 
ne  justuin  esse  coji^novit,  sacramentum  jurandi  ei  condonavîl  et  res...  tra- 
(lidit.  Consistunt  autem...  ia  pago  Massiliease...  Placuit  ..  coiuiti...  cods- 
cribi  facore,  conseiiticnte  cius  filio  Rothboldo  et  fratrc  ej us  Wilelmo comité, 
omnihus({iie  consiliantibus  Arelatensium  principibus...  Ego...  cornes  Boso... 
curavi.  Lambcrtus  judex  firmavit.  Cornes  Wilelmus  firmavit.  Raynoardus 
firmavit.  Pontius  firniavit  ...»  (4Sa m/- Vicf or,  n®  29). 

Arles,  mai  [965  ?|,  Fan  24  :  «  in  pago  Aquense  superiore...  Bosocomeset 
iixor  sua  Conslantia  f. . .  Pontiiis  juvenis  f.  Berengarius  judex  f.  Warbidus 
judex  f.  »  ((^hnnlelou,  //i«/.  deMontmajour,  éd.  du  Roure,  pp.  37-38). 

20  août  [907],  Tan  31  :  «  inArelatecivitate  publiée  ante  domno  Willemmo, 
inluslrissinio  comité  et  ante  vassos  dominicos  tam  romanos  quam  salicos 
una  eum  phirimarum  personarum  diversis  legibus  vîventibus.  Sunt  nomina 
eorum,  id  t»st  Hercngnrius  judices,  Poncius  major,  Archimbertus.  Vuihi- 
ramiuis.  Vuantelmus,  Lambcrtus,  Eldegarius,  Aicardus,  Willelmus,  item 
Willelmus,  (iisfredus,  Hainaldus,  Wamaidus,  logilramnus,  Amalricus, 
Wiherius,  Richelmus,  Cîuadaldus,  Aicardus,  Odilus,  Anno,  Bemardus, 
Bertrannus,  Hoeius,  .\utericus,  Poncius,  item  Poncius,  BoniGlius,Adalburno, 
Teuherlus,  Poncius,  Hicanlus,  Guido,  Rainaldus,  David  et  aliis  pluri|ius 
bonis  hominibus...  veniens  Honora  tus.. 'Massiliensis  episcopus...  déterra... 
in  eomitatu  Aciuense...  Tune  cornes  prefa tus  et  judex  Berengarius  judica- 
verunl...  qualiter  lex  romana  comemorat »  (Saint- Victor,  n«  290). 

Arles,  17  avril  |982J,  Fan  42  :  «  ego...  Wuilelmus  marchius  Arelatense 
Provinti^»...  in  eomitatu  Avinionensc...  Signum  Vuilelmus...  Signum 
.Vrsinda  eomitissa  f.  Sij^num  Eldebertus  et  Vuerbiduset  Bonfilius judices... 
Sij,nium  Bonfilius  vicarius  f.  »  [Saint- Victor^  n®   1042). 

Manos(|ue,  2  janvier  [984],  Tan  44  :  t  in  placito  générale,  Wilielmo 
comité,  inManoasca,  venit  episcopus  Pontius...  Massiliensis...  Fuit  Hçl- 
deberlus  judices,  Garbedus  judices,  in  ipso  placito...  voluerunt  jurare  et 
probare  eum  testibus  suis...  vcnei*unt  ante  altare  sanctç  Marie...  in  pre- 
sentia  Guilelmo  comité  et  lleldeberto  judice  et  Garbido  judice  et  Aicardo  et 
Guilelmo  et  Ponlione  et  Jonam  et  .Vmico  et  Tassilo  et  Leugerio  et  Leufredo 
et  Pontione  et  Castone  et  aliis  plures  bonis  hominibus,  tam  satellites  quam 
pagenses...  Si  (juis  ante  principe  por  judicium  judicis  fuerit  deGnitum  nec 
poteritimmulari  sed  postea  temptare  volueritX  libras  auri  esse  dampnan- 
dum...  »  [Saint-Victor,  n°  654). 

Avignon,  98r>  ;  «  Signum  Willelmi  inclyti  marchionis  et  uxoris  suée  Ada- 
laix  comitisse. . .  Ileldebertus  judex  f.  i>  {Cart,  Saint-André  de  Vitleneuvey 
^34). 

Avignon,  987  :  u  Eldebertus  judex  et  Adalelmus  frater  ejus. . .  »  (Cart, 
Saint-André,  r>»  42  et  43). 

Manosque,  janvier  990et  Arles,  6  mars  [990],  Tan  53  :  t  Riculfus  Foroju- 
liensis  episcopus,   in    villa   Manoasca,  ante  presentiam   domini   Wilelmi 


LA  HIÉRARCHIE   ADMlNtSTRATlVE   Et   LE   FÉG1ME   FÉODAL         333 

prépondérance  de  forme  qu'il  avait  perdue  en  733.  Il  y  avait 
encore  en  Provence  des  gens  vivants  suivant  diverses  lois  :  le 
plus  grand  nombre  suivait   le  droit  romain  et   une  minorité  le 

Provincie  comitis  et  genibus  ejus  provolutus,  rogavit. . .  princeps  respec- 
tum  episcopo  dédit  quousque  cum  uxore  et  judicibus,  celcrisque  Gdclibus 
suis  inveniret  quid  de  hac  re  facere  debuisset.  Expleto...  respeclu  venit 
in  Arelate  civitate...  episcopus  ante  prescntiam  ejus  et  requisivit  ipsius 
voluntatem  ;  ipse  vero  princeps  consilium  ad  suam  conjugem  vel  ad  judices 
suos  Aldebertifkn  atque  Adelclmium  necnon  et  ad  ceteros  fîdeles  suos  qui 
ibi  aderant  quesivit  quid  de  hac  causa  agi  oporteret.  Illi  vero...  taie  ei 
consilium  dederunt...  Ego...  Vilelm us  cornes  et  uxor  mea  Adalais...  concedo 
unam  medietatem  de  ipsa  civitate  Forojuliensi...  Signum  Wilelmi  comitis 
et  uxoris  sue  Adalais...  Robaldus  cornes...  firm.  S.  Aicardus  S.  Wilelmus 
vicecomes.  S.  Poncius  major  »  (Montmajour,  pp.  66-68). 

[983-993]  :  «...  cum...  terra  Tolonensis  cçpisset  vestiri...  unusquisque 
secundum  propriam  virtutem  rapiebat  terram...  illi  qui  potentiorcs  vide- 
bantur  esse,  altercatione  facta...  rapientes  terram  ad  posse  videlicet 
Wilelmus  vicecomes  et  Pontius  de  Fossis.  Qui  Pontius  pergens  ad  comi- 
em,  dixit  ei  :  Domine  cornes,  ecce  terra...  Iradita  est  in  manu  tua  donatione 
régis.  Ideo  rogamus  ut  pergas  illuc  et  mittas  terminos...  nam  tue  potestaCîs 
est  eam  terminare  et  unicuique  distribuere  quantum  tibi  placitum  fuerit. 
Quod  ille,  ut  audivit,  concessit  et  continuo  ascendens  in  suis  equîs  per- 
rexit...  misit  terminos...   :  Quantum  ego  habeo...  donatione  régis,  hoc  est 

fiscum   regalem,   dono  sancto    Victori...  coram  Wilelmo   vicecomite 

Monachi...  pergentes  ad  Wilelmum  vicecomitem  Massilie,  complanxe- 
runt...  :  Domine,  terram  quam  comes  terminavit  ei  in  tua  defensione  misit 
nescimus  quid  opus  habeat  monachis  nisi  justitiaveris  nobis  Theodericum,.. 
Qui  audiens  dixit  :  Ite  et  tali  die  sitis  ibi,  quia  egoero  et  habeamu s  placitum 
cum  mis...  Adolardus  vero,  vicarius  Massilie...  dixit...  »  (Saint-  Victor,  n°  77). 

Août  [1001]  :  «  Eldebertus  judex  f.  »  (Montmajour,  pp.  70-71). 

Avignon,  avril  1002  :  «  mandante  Aldeberto  judice  »  [Cart.  Saint-André 
fo  3ri). 

1002  :  «  Adalelmus  judex  f.  »  (Ibid.,  p.  73). 

Aix,  20  octobre  1002  :  «  Ileldebertus  judex  f.  Adalelmus  judex  f.  »(Mont., 
p.  96). 

[1002J  :  «  Ileldebertus  judex.  Adalelmus  judex  f.  »  {Ibid.,  p.  103)- 

[1003]  :  «  Bonfllii  judicis  »  [Cart.  Saint-André,  ^  46). 

[1018-1032]  :  «  Rodulfus,  rex  Alamandorum...  cunctis  ministrantibus, 
rempublicam  ordinantibus,  cunctis  civilibus  Arelatensis  audientibus, 
ducibus,  viscommitibus,  scavinos,  judices  et  vicarios  seu  varvassuris  atque 
céleris  omnibus...  vir  venerabilis  Jausfredus  commis  Aralate,  volente  et 
consenciente  fratre  suo  Bertramno  »  {Saint-Victor,  n°  1061). 

Avignon,  1033  :«  S.  Jaufredi  hacBerlranni...  comités...  S.  Heldcbertus... 
antistis...  Barangerius  judex  f....  »  {Cart.  Avignon,  n»  40). 


331  L4  noTocc  bc  pmEUEB  ir  xn*   siècle 

droit  «clique.  On  le  constate  dans  le  plaid  du  20  août  967.  Le 
fond  ainsi  ne  clian|?eait  guère  :  mais,  à  Finrerse  de  ce  qui  se  pas- 
sait en  7^<)  et  même  en  8i3«  c'est  le  vocabnlaire  romain  qui 
domine.  Il  n'y  a  pins  de  srari/ii:  tons  les  juges  sont  desjadices. 
Ije  protocole  rojal  sera  le  dernier  à  garder  le  souvenir  des  sca- 
hinî  jusqaen  1032:  les  protocoles  sont  toojoors  en  retard  sur 
la  vie  réelle.  Ces  juges  assistent  directement  les  comtes,  puis  le 
marr|uis.  quand  se  tient  la  cour  judiciaire  :  ils  passent,  dans  cette 
circonstance,  avant  tous  les  autres  fonctionnaires,  même  les 
vicomtes  qui.  hiérarchiquement,  leur  sont  cependant  supérieurs. 
Ils  figurent  généralement  au  nombre  dedeux.  Quelquefois,  onn*en 

12  avril    fi>-13-103^/  :  •  e^  Bertranous  cornes...  consentiente...  episcopo 

S-nion-to   Je  Avinione  el...judice  Baranfrario...  •■  «Montm.,    pp.   i37-13S). 

I03«^»  :     in  comilaluForojuliense  ..  Durandus  vicarius  f....  »(5âiii/-Vic/or, 

U)t»i  :  «  Beran^rius  judex  f.  »;  ms.  lat.  13915,  f*  76  r*:  Montra.,  p.  138. 
donne  romes  par  erreur i. 

lO*»  :  ••  e^  Bertrannus.  auctore  Deo.  marchio  sive  cornes  Provincie... 
precipimiiî»  vicecomitibus,  vicariisGrIelihus,  sive  omnibus  Gscalibusnostris, 
ecr-lfsiastici  ac  secularis  ordinis...  »•    Sainl-Victor,  n*  659). 

FV'vrier  lor>l  2  :  -  Kulco  vicecomes  Ormavil...  Carbooellus  vicarius  firma- 
vit...  "    Snint- Victor,  n'»51i. 

lor»2  :  "  KfTO  .\malricus  vicarius...  cedo...  Fulcofilius  Wilelmi  vicecomili 
f.       Ihii!.,  n''  :»♦!  . 

Vers  1055         <    Franroni     filio     FrancoQÎs    vicecomilis   Forojuliensi... 
Diirandus  vero  virarius  de  Pojelo  >>  [Saint- Victor,  n®  565). 
Vers    1055     :  >*  Durnndus  vicarius.,.   »•    Ibid,^  n»  566}. 

l<Mi7  :  "  vicarii  quoc{ue  inlerfuerunl  .\tenulphus,  Vincentius,  Poncius 
Volv«'radiis.  Aussinus  Hicardus  et  filius  Johannis  Paj^is,  Porcellitus  Volve- 
ratus. . .  testimoiiium  perhibel  <le  his  et  vidit  »    Montra.,  p.  179). 

Saint-Zacharie[lor>r>-!070'  :  .<  Marlinus  judex  Grmavit  »>  (//>iV/.,  102).Saint- 
Zacharie  était  dans  le  diocèse  de  Marseille. 

[Vers  1080;  iSnint-Victor,  1089\ 

Avifçnon,  juin  1110  :  »  ({uerimonia...  judicata  intercanonicos...  et  milites... 
in  manu  (îirberli  coniitis  firmala  est...  adhibito  sapientissimorum  virorum 
consilio,  judicario  online...  »  (Vaucluse,  G.  27,  f*  8). 

r>  mai  1125  :  .<  ad  curiam...  comitis  et  Dulcia?  comitissse  uxoris  ejus.  . 
jurlicavit  episcopiis  Gerundensis...  atcjuccœteri  in  curia  comitis  existentes.. 
Si^niim  H.  comitis,  S.  1).  coniitissa?,  S.L.  Avenionensis  episcopi,  S.  G.  vice- 
comitis...  »»  iSaint'Atulrâ^  fol.  11).  Cf.  en  1150,  dans  l'île  Ugernia  près 
Turascon,  le  plaid  tenu  par  Haimond  Berenger  (Monlm.,  p.  246) 

Apt,  [1103-1143]  :  «  ...testes...  Otto  judcx...  »  {Cari.  d'Apt,  n»  82). 


LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         335 

voit  paraître  qu'un  seul  ;  quelquefois  aussi,  leur  nombre  monte 
à  trois.  Leurs  fonctions  ne  sont  pas  annuelles  :  ils  paraissent 
en  être  revêtus  à  vie,  tant  que  vit  lui-même  le  prince  dont  ils 
ont  reçu  leur  investiture.  Jadis,  en  780,  il  y  avait  des  juges 
particuliers  à  chaque  cité.  Au  x®  siècle,  chaque  comte  put  en  pos- 
séder pour  l'assister.  Enfîn,  dès  que  Tunité  de  la  Provence  est 
chose  faite,  sous  la  tutelle  d'un  marquis,  ce  sont  les  mêmes 
juges  qui  lassistent,  aussi  bien  pour  les  causes  intéressant  des 
biens  sis  au  comté  de  Marseille,  que  pour  celles  relatives  à  des 
biens  sis  au  comté  d'Aix,  d'Avignon  ou  de  Fréjus.  Les  plaids  se 
tiennent  dans  Arles  et  il  y  a  ainsi  des  juges  de  Provence,  exacte- 
ment comme  il  y  a  un  marquis  de  Provence.  C'est  le  juge  qui,  sous 
la  présidence  du  prince,  met  l'affaire  en  état,  en  pleine  audience 
publique,  et  c'est  lui-même  qui  la  juge  en  sa  présence,  soit 
seul,  soit  de  concert  avec  lui.  Cependant,  quand  le  prince 
est  personnellement  pris  à  partie  dans  l'affaire,  une  fois  l'inter- 
rogation terminée  par  le  juge,  c'est  le  prince  qui  se  juge  lui-même, 
conformément  aux  preuves  constatées  par  le  juge.  Les  juges  ne 
se  bornent  pas  à  rendre  la  justice  dans  les  plaids  :  ils  forment  le 
conseil  de  gouvernement  du  marquis  et  celui-ci  ne  manque  jamais 
de  les  consulter  avant  de  décider  une  affaire  politique  impor- 
tante. On  le  voit  pour  l'affaire  de  la  cité  de  Fréjus.  Alors  le  mar- 
quis Guillaume  consulte  également  sa  femme  :  il  est  bon  de 
dire  qu'il  s'agit  d'Alix,  précédemment  reine  de  France.  Guil- 
laume était  fier  de  cette  seconde  compagne  et  il  avait  pour  elle 
des  égards  qu'il  ne  parait  pas  avoir  eus  pour  la  première.  Ses 
successeurs  ne  consulteront  jamais  les  leurs  :  Alix  jouit  donc 
d'un  privilège  personnel,  motivé  par  son  rang  de  souveraine,  dont 
elle  gardait  le  prestige.  Les  plaids  de  la  marche  se  tiennent 
généralement  dans  Arles,  capitale  de  cette  marche  :  mais  cela 
ne  veut  pas  dire  que  tous  les  juges  soient  d'origine  propre- 
ment arlésienne. 

Tout  d'abord,  sur  la  rive  gauche  de  la  Durance,  avec  le  comte 
Boson  fils  de  Roubaud,  on  note  de  952  k  964  le  juge  Lambert. 
Fils  d'Annon,  frère  d'Amie,  mari  de  Laugarde,  il  fut  le  père  de 


336  IJk    PROVENCE   DU    PREMIER   AU   XU^   SIÈCLE 

Guillaume  de  Cucuron,  au  comté  d'Aix,  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance  *.  En  9G4,  parait  à  cAté  de  lui,  le  juge  Renard,  dans 
lequel  on  pourrait  voir  le  père  de  Lambert  Doon  et,  par  consé- 
quent, la  tige  de  la  Maison  de  Châteaurenard  au  comté  d'Avi- 
gnon ^,  maison  à  laquelle  appartient  Pons,  archevêque  d*Aix  de 
1030  à  1036^.  Pendant  ce  temps,  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance,  avec  le  comte  Boson,  fils  de  Guillaume,  au  mois  de  mai 
[963  ?J  paraissent  les  juges  Bérenger  et  Garbide.  Puis,  les  deux 
comtes  Boson  étant  morts,  le  second  d'entre  eux  sans  enfants, 
ce  sont  les  comtes  Guillaume  et  Roubaud,  les  fils  du  premier 
d'entre  eux,  qui  se  partagent  la  Provence.  Roubaud  reste  sur 
la  rive  gauche  de  la  Durance  dans  le  pays  d'Arles,  Guillaume 
occupe  le  pays  d'Avignon  sur  la  rive  droite  de  la  Durance  : 
c'est  Guillaume  qui  possède  la  suprématie  et  Roubaud  s'efTace. 
Aussi,  les  juges  d'Arles,  Lambert  et  Renard,  s'eflTacent  eux- 
mêmes  devant  ceux  d'Avignon,  Bérenger  et  Garbide.  Dans  Bon- 
fils,  qui  paraît  rarement,  depuis  le  17  avril  [982?]  jusqu'en  1003, 
on  peut  voir  encore  un  juge  se  rattachant  à  ceux  de  la  rive  gauche; 
Lambert,  fils  d'Annon,  parait   encore  en  1004,  et  dans    un  acte 

t.  Arles,  mai  [M'-i]  :  don  par  (renciua  et  Aiburga^  au  sujet  de  biens  à 
Ansouis;  *<  Aiino  voluit  et  conseiisit  et  nrinavit  «  (Chantelou,  pp.  37-38).  — 
1004  :  don  de  Vaiigiiies,  près  Cucuron»  à  Tabbaye  de  Psalmody  par  Bona- 
filiii.  Amie  et  sa  femme  lielletrudes,  Lambert  et  sa  (cinmc  Leod garda ,  c'est- 
à-dire  par  la  veuve  et  les  deux  fds  d'Annon  (Arch.  du  Gard,  H.  100,  ff.  18 
yo.pj  po  .  voir  le  texte  de  cet  acte  en  appendice).  —  15  novembre  1019 
(Sitinl-Victor,  325).  —  Marseille,  août  1031  (//>!>/.,  45."»).  —  1038  (//>«/., 
321).  —  1039  {Ibid.,  322).  —  16  janvier  1040  {Ibid.,  172).  —  1042  {Ibid., 
308).  _  20  juin  lO.'io  (//>«/..  312  .  —  1057  (Ibid.,  323). 

2.  Arles,  avril  'IHO;  [Suint- Vicior,  598).  —  Arles,  17  avril  [979]  [Ibid., 
10V2).  —  Avi^nion,  G  mai  982  [Suint-André^  fol.  4i).  —  Arles,  7  décembre 
1002  (Montmajour,  ëd.  du  Roure,  [).  98).  —  1012  (Saint- Victor,  488).  — 
r,)  novembre  1019  [Ibid.,  325).—  22avril  1015(Montm.,  pp.  126-127).  — 1019 
(Snint'Victor,  1055).— Avignon,  janvier [1030?|  [Ibid,,  n«  521  ).  — 1038 (//)i(/., 
4i7).  —  lOVO  {Ibid,,  1068)  —  12  décembre  1015  (Montm.,  p.  165).  —  1062 
(Saint -Victor,  546).—  10  janvier  1068  (Montra.,  pp.  187-188).  —  1090 (//)/(/., 
p.  218;.  —  25  avril  109t  [Lérins.  éd.  Flamare,  n»  234).  —  6  juin  1093  (/W., 
no  16).  —  27 décembre  109i  (Ibid.,  n^  12).  —  22  mai  1096  [Ibid.,  n»  236). 
—  Cf.  Monlm.,  pp.  93-94,94,  122,  123,  148,151,  162,  169,  183-184. 

3.  Albanès,  GulL  Christ.  noDissima,  t.  I,  .\ix,  col,  48-50. 


La    tllÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET    LE  RÉGIME   FÉODAL  337 

privé  où  il  n'a  pas  à  mentionner  sa  qualité  de  juge.  Quant  aux 
juges  de  la  rive  droite,  ils  paraissent  fréquemment.  Le  premier, 
Bérengor,  vivait  encore  le  20  août  [967?]  ;  le  17  avril  [982?],  il 
est  remplacé  par  le  juge  Heldebert.  Celui-ci  parait  dans  une  série 
assez  complète  d'actes  jusqu'au  20  octobre  1002:  il  avait  un  frère 
nommé  Adalelmo  et  ce  dernier  devient  juge,  à  son  tour,  à  partir  du 
6  mars  990,  en  remplacement  deGarbide.  Désormais,  Adalelme 
accompagnera  son  frère  en  cette  qualité  jusqu'au  20  octobre  1002. 
Jusqu'à  présent,  les  fonctions  déjuge  paraissaient  être  exercées  à 
vie  ;  les  documents  ne  suflisaient  pas  pour  pouvoir  affirmer  qu'elles 
étaient  héréditaires.  Désormais,  il  est  clair  qu'elles  se  fixent  dans 
la  même  famille.  En  effet,  Heldebert  parait  être  le  fils  du  juge 
Bérenger  :  en  tout  cas,  il  n'y  a  pas  de  doute  qu'il  soit  le  frère  d'Ada- 
lelme.  Les  actes,  qui  concernent  personnellement  ces  deux  der- 
niers juges,  prouvent  qu'ils  étaient  d'Avignon.  C'est,  sans  doute,  la 
souscription  de  leur  père  Bérenger,  non  encore  revêtu  de  la  charge 
déjuge,  qui  suitimmédiatement  celle  du  vicomte,  en  962  dans  Avi- 
gnon, pour  corroborer  le  testament  du  comte  Guillaume  K  Pareil- 
lement, ce  sont  leurs  souscriptions  à  eux  qui,  le  1"  avril  976,  dans 
Avignon,  suivent  sans  intermédiaire  celle  du  vicomte  ^,  pour 
corroborerun  acte  épiscopal.  Le6  mai  982,  toujours  dans  Avignon, 
les  deux  frères  sont  encore  présents  :  leur  rang  est,  par  le  fait, 
plus  éminent,  car,  le  vicomte  ayant  disparu,  leurs  souscriptions 
suivent  immédiatement  celle  du  marquis  et  précèdent  celle  de 
Lambert  Doon  ^,  Par  l'acte  de  987,  encore  passé  dans  Avignon,  on 
apprend  que  Heldebert  avait  épousé  Teucinde  et  Adalelme, 
Bcliildis,  Ils  offrent  à  l'évêquc  des  terres  labourables  sises  dans 
le   pays   d'Avignon,   au   lieu    dit    Gigognan*,    près     Sorgues. 

1.  Avignon 962  :«..  Barangariuspre8cnsfuit»(Vouclusc,G.,Chap.mélrop., 
27,  ff.  30-3i). 

2.  Avignon,  l*"' avril  976  :  «..  Eldeberlus  flnnavil.  Adalelmus  firmavit  » 
(//>i(/.,  p.  26). 

3.  Avignon,  6  mai  982  :  «  Eldeberlus,  Adalelmus  »  [Cari,  Saint-André, 
fol.  44.  —  Polycarpe  de  la  Rivière,  Annales,  pp.  591-592). 

4.  Avignon,  987  :  «  ego  Warnerius...  pra?sul...  quidam    homines   Elde- 
berlus judex  el  Adalelmus  fraler  ejus...  Aldeberlus  et.ejus  uxor  Teucennis 

Mém.  el  Doc.  de  l'École  da  Charleê.  —  Vil.  22 


us  LA    PROVKNCE    DU    PREMIER    AU    Xll*    SIÈCLE 

K»  ivtour,  le  prélat  leur  concède  le  Mont  «  Andavon  »,  pos- 
M^lo  par  son  éveché,  avec  les  trois  églises  Saint-Michel,  Saint- 
André  et  Saint-Martin  qui  y  sont  élevées.  Par  un  second  échairge 
f;ut  dans  le  même  temps,  Ileldebert  et  Adalelnie  donnent  le 
mont  au  monastère  qui  desservait  ces  églises  depuis  quelques 
années.  Une  pancarte  apostolique  de  Grégoire  V,  datée  de  jan- 
vier 999,  confirme  le  contrat  *  et  on  reconnaît  là  le  même  mode 
de  procéder  que  celui  employé  par  Teucinde  pour  fonder  Mont- 
majour.  Klle  avait  acquis  le  mont,  de  Téglise  d'Arles,  par  échange, 
avant  de  l'olFrir  aux  bénédictins  qui  devaient  s'y  établir.  Les 
évoques  ne  donnaient  directement  aux  moines  que  des  églises  : 
c'étaient  les  laïciues  cpii  servaient  d'intermédiaires  pour  offrir  les 
terres  de  Tévéché  cpii  a  voisinaient  ces  églises.  L'évéché,  ne  pou- 
vant vendre  les  terres  (jui  lui  appartenaient,  les  cédait  par 
échange  avec  d'autres  immeubles.  Au  mois  d'avril  1002,  Helde- 
bert  donne  au  même  monastère  du  Mont  «  Andavon  w  la  moitié 
de  Tourves,  au  comté  dVVix,  qui  lui  venait,  non  pas  d'une  dona- 
tion royale,  mais  de  ses  père  et  mère.  11  réserve  le  château  -.  Le 
7  décembre  10(12  est  la  dernière  date  où  paraissent  ensemble  les 
deux  juges  *.  Ileldebert  doit  être  mort  avant  le  H  janvier  100.*)  ^  : 
Adalelme  souscrit  seul,  ce  jour-là,  encore  un  acte  dans  Avignon  et 
disparaît  à  son  tour.  L'aîné,  Ileldebert,  avait  épousé,  dès  987,  une 
Teucinde  :  or,  il  existe  un  Ileldebert  et  son  neveu  Gontard  à 
cette  époque  dans  le  pays  d'Avignon  "».  Ces  noms   rappellent   la 

A<l;ilolnius  ol  vixor  i»jus  Hrlillis...  in  pnj;o  Avoniiico  in  loco...  Ingiignnni- 
cus  .  Saint -An(Irt'\  f"^  '22  vi  43'.  Polycarpc  écrit  Ingugnanicus  :  mais  il 
faut  iv\i\h\\v  Jinjmjnanicu,^.  Kn  janvier  1039  40,  BértMigor,  fils  d^Ailalolme, 
(•ô<l«'ra  à  Saiiil-Aiiflrr  co  (ju'il  a  in  viU:i  (Hgunianica,  C'est  sans  doute 
<ji<;ojL:nan.  nial^^rc*  cclU»  U>nninaison  iMi  -anicus, 

1.    Mi«rno.  I.  laT,  p.  1U7. 

•2.  Aviirnon,  avril  1002  :  «  S.  KldehtM'ti...  lirni.  IloMobertus  .Vvenionensis 
cooK'sia'  huniilis  cpisoopus  f....  Si*;:.  Ailalolmi...  Vitalis  levita,  mandante 
AMt'Iu'rto  jiulici'.  sc•rip^il  »»  ^Jt'i/7.  Saint-AntlnK  fol.  35  . 

3.  Arlt'**.  7  <lrcond)ro  {(H)2  :  u  Sijjnum  Kldobortus  f....Sij:num  Adalolmi 
f.    >  ^Montm..  pp.  9s-l(M)  .  Cf.  p.  103. 

ï.  A\i«:non,  11  janvier  1005  :  ^  Sij^^num  Adalolmi...  >>  (Sainl-André,  fol. 
35  . 


5.  Monlmajour,  pp.  73-75. 


LA   HIÉRARCHIE  ADMINISTRATIVE    ET    LE   RÉGIME    FÉODAL         339 

célèbre  religieuse  arlésienne  Teucinde,  sœur  de  Gontatd,  prévôt 
d'Arles  et  évéque  de  Fréjus,  tante  de  Riculfe,  évêque  de  Fréjus 
et  abbé  de  Montmajour  *.  Il  est  à  croire  que  la  femme  du  juge  de 
Provence  Heldebert  était  une  nièce  de  cette  première  Teucinde.  A 
Texemple  de  la  tante  qui  avait  fondé  Montmajour,  près  d'Arles, 
le  mari  de  la  nièce  fonda  le  Mont  «  Andavon  »,  près  d'Avignon. 
On  a  dit  que  les  procédés  de  cession  avaient  été  les  mêmes  pour 
les  terrains  contigus  aux  églises.  Ce  sont  le  frère  et  le  neveu  delà 
première  Teucinde  qui  relevèrent  le  siège  de  Fréjus  absolument 
détruit  par  les  Sarrasins.  Ce  neveu  Riculfe  vint  demander,  à 
Manosque  en  990,  au  marquis,  de  doter  son  évêché  renaissant  et 
le  m«irquis  se  réserva  de  consulter  les  juges  avant  de  prendre 
une  décision.  Si  Taînédeces  juges  était  le  beau-frère  de  Tévéque 
de  Fréjus,  on  conçoit  que  leur  conseil  dut  être  favorable  et,  de 
fait,  le  marquis  concéda  la  moitié  de  la  cité  à  Tévêque.  Cette 
alliance,  entre  la  famille  des  évêques  de  Fréjus  et  la  famille  des 
juges  avignonnais,  dans  la  seconde  moitié  du  x*^  siècle,  serait  le 
point  de  départ  des  rapports  constants  qui  subsistèrent  entre 
Fréjus  et  Avignon  jusqu'au  xui«  siècle  :  les  vicomtes  d'Avignon 
ne  cessèrent  de  donner  des  évêques  à  Fréjus. 

Le  cadet  des  deux  juges  de  Provence  avignonnais,  Ada- 
lelme,  avait  dès  987  épousé  une  Belielde.  Guillaume  I®',  vicomte 
de  Marseille  et  frère  de  Tévêque  de  Marseille  Honorât  (7  oct. 
919-31  octobre  977),  s'était  marié  en  premières  noces  avec  une 
femme  de  ce  nom  qui  vivait  encore  le  9  février  984  ^  :  de  là  vint 
une  fille  nommée  comme  sa  mère  ^,  11  est  possible  d'y  voir  la 
femme  du  juge  Adalelme  marié  dès  987,  mais  celle-ci  avait  dû 
naître  dès  960-970. 

1.  Arles,  14 août  [952]  :  Teucinde  reçoit,  de  rarchevôque  d'Arles  Manas- 
sès,  l'île  Saint-Pierre  de  Montmajour  en  échange  d'autres  biens  qu'elle  lui 
donne  (Albanès,  GalL  Christ,  noviss,  Arles,  n®  255).  Le  comte  Doson  et  le 
juge  Lambert  souscrivent  cet  acte. 

Arles,  17  août  977  :  Teucinde  donne  Tîle  de  Montmajour  aux  bénédictins 
(Montm.,i)p.  52-53).  Riculfe,  devenu  abbé  de  Montmajour,  mourut  à  la  date 
du  !««■  mars  (Montm.,  p.  63). 

2.  Saint-Victor,  n''  70. 

3.  Ibid.,  n<>  135. 


r 


3i0  LA   PROVKNCE   DU   PREMIER  AU    XII^   SIÈCLE 

Avant  de  (juitter  les  deux  juges,  il  faut  noter  comme 
signilicativc  la  donation  de  la  moitié  de  Tourvcs  faite  en 
avril  1002.  Ilcldcbert  tenait  ce  domaine  de  l'héritage  de  ses 
parents  :  il  est  diflicile  qu'il  le  tienne  à  la  fois  de  son  père 
et  de  sa  mère.  Puiscjue  son  père  Bérenger  parait  dans  le  pays 
d'Avignon  dès  902,  il  est  plus  naturel  de  penser  que  c'est 
sa  mère  dont  provenait  le  domaine  sis  en  pays  aixois.  Hel- 
di'berl  n'avait  que  la  moitié  de  Tourves.  Guillaume  de  Cucuron, 
fils  du  juge  Lambert  et  de  Laugarde,  y  avait  également  des  biens  ^; 
de  même  Guibert  du  Luc  *,  Guillaume  de  Château-Renard  et  sa 
femme  IJelielde,  Guillaume  de  Rocbaron  et  sa  femme  Garsende  •^. 
Henard,  frère  cadet  du  sire  de  Chàteaurenard,  était  seigneur 
de  Chàteauverl  •,  près  de  Tourves  :  tous  deux  devaient  être 
apparentés  à  la  famille  du  juge  Lambert,  soit  par  leur  grand- 
père  Lambert  Ooon,  soit  plutôt  par  leur  mère  Mathilde  qui  avait 
revu  des  biens  de  l^ugarde  ^.  11  semble  donc  que  Tour\'es,  dans 
le  comté  d'Aix,  provînt  des  ascendants  du  juge  de  Provence 
Lambert,  dont  le  (ils  en  possédera  encore  une  ])artieavec  Cucu- 
ron.  Une  moitié  en  aurait  passé,  par  le  mariage  du  juge  Bérenger 
avec  une  s(eur  ilu  juge  Lambert,  ou  par  toute  autre  alliance, 
dans  la  famille  des  juges  d'Avignon.  Une  autre  part  serait  par- 
venue aux  ChîUeaurenard,  de  la  même  manière,  avec  Châteauvert. 
Knfin,  pour  compléter,  Guillaume  de  Châteaurenard  épousa  une 
femme  du  nom  de  Belielde  ^\  comme  le  faisait  son  propre  oncle 
Henard  '  :  ce  double  mariage  pourrait  être  celui  de  la  mère  et  de 
la  fille,  mais  la  mère  ne  peut  être  la  veuve  d'Adalelme,  juge  de 
Provence  qui  vivait  encore  en  100."). 

Après  la  mort  des  deux  juges  Ileldebert  et  Adalelme,  c  est 
Bérenger,    lils  du  cadet,  qui  hérite  de  ce  titre.    Il  le  porte  jus- 

1.  Saint-Vicior,  n°  W'ii, 

'2.  ïhid.^  Il»  322. 

\\.  IU(L,  n"  32r». 

i.  Moulin.,  p.  1  W. 

:i.  ihid.,  pp.  \n-n, 

r».    1002  [Saint-Victor,  n»  o40). 
7.   13  mai  1004  (Monlni.,  p.  76). 


LA   HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE  ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         3il 

qu'en  1040,  mais  d'une  manière  de  plus  en  plus  intermittente; 
car,  en  raison  d'une  évolution  qui  touchait  alors  à  son  terme, 
la  prééminence  du  judex  dans  la  caria,  sur  les  «  bons  hommes  » 
qui  l'assistaient,  s'était  évanouie  peu  à  peu.  Maintenant,  la  cour 
comtale  se  trouve  composée  féodalement  de  tous  les  vassaux 
directs  qui,  par  leur  contrat  de  fief,  jouissent  à  ce  point  de  vue 
de  la  parité.  Le  juge  privilégié  du  droit  administratif  gallo- 
romain  disparait  au  milieu  des  pairs.  Cette  disparition  fînale  se 
constate  ainsi  en  Provence  au  début  du  second  tiers  du 
XI*'  siècle  *  :  elle  coïncide  avec  le  moment  où  la  centralisation  du 
pays,  obtenue  un  demi-siècle  plus  tôt  par  son  organisation  en 
marche  et  sa  soumission  à  un  seul  marquis,  tendait  à  se  relâ- 
cher de  plus  en  plus.  Les  comtes  ne  tarderont  pas  à  se  partager 
le  titre  de  marquis  2  et  h  recevoir  le  nom  de  leur  résidence  habi- 
tuelle. Puisqu'il  n'y  a  plus  de  chef  partout  obéi,  puisque  les 
comtes  de  Provence  ne  sont  plus,  en  réalité,  que  des  comtes 
d'Avignon,  des  comtes  d'Arles,  des  comtes  de  Diois,  des  comtes 
de  Venaissin,  des  comtes  de  Nice,  on  ne  voit  pas  pourquoi 
subsisteraient  les  juges  de  Provence  dont  le  rôle  était  d'as- 
sister le  marquis  de  Provence,  pour  toute  l'étendue  du  pays, 
dans  Arles  capitale  de  la  marche.  Cette  disparition  de  l'autorité 
centrale  n'allait  pas  d'ailleurs  sans  regrets  pour  ceux  qui  en 
sentaient  l'utilité  -^  :  désormais,  la  marche  se  décentralise  en 
trois  ou  quatre  groupements  régionaux  *. 

1.  Le  12  avril  [1033-1036],  le  comte  Bertrand  nomme  encore  le  juge 
Bérenger(Monlm.,  pp.  137-138).  Les  plaids  généraux  du  19  mai  1037(C/ufiy, 
29I61  et  de  1014  (SaiVi/- ViWor,  6ri9),  (jui  ne  se  tiennent  plus  à  Arles,  ne 
mentionnent  plus  les  juges.  En  1044,  le  mùme  comte  Bertrand,  s'adressant 
à  toute  la  hiérarchie  qui  lui  est  soumise,  nomme  seulement  les  vicomtes, 
les  viguiers,  les  fidèles,  c'est-à-dire  les  vassaux  directs,  et  tous  les  autres 
fiscales,  c'est-à-dire  les  ofQcicrs  ou  vassaux  de  rang  inférieur. 

2.  Ce  sont  Bertrand  et  Geoffroy  qui  se  partagent  pour  la  première  fois  le 
titre  prééminent  de  marquis  en  1048  :  ego  Gosfredus  et  Bertrannus  frater  meus 
utrique  Provinciales  marchiones  sive  comités  (Saint- Victor,  737).  Les  fils  de 
Bertrand  en  décembre  1061,  dans  Avignon  même,  seront  qualifiés  :  comités 
Avinionenses  {Saint-André,  fol.  31).  Geoffroy  sera  ditcomes  Arclatensium, 

3.  1067  :  a  tune  tcmporis  non  erat  dux  neque  marchio  quirectam  justi- 
ciam  faceret  »  (Montm.,  p.  179). 

4.  Le  juge  Martin  qui,  au  dernier  rang  de  Tassistance,  souscrit  une  dona- 


3i2  LA   PRO\'E>'CE   DU   PREMIER   AU   XII^    SIÈCLE 

A  cette  cause  de  désunion  de  la  marche,  il  faut  ajouter  que, 
si  Ton  excepte  les  juifs,  lesminorités  de  races  différentes  perdent 
alors  Tusaffede  leurs  lois  propres,  ou  y  renoncent.  Tous  les  habi- 
tants de  la  Provence  seront  désormais  soumis  au  droit  romain  ; 
les  barbares,  qui  provenaient  des  invasions,  sont  absorbés  à  ce 
point  de  vue  par  la  majorité  de  souche  gallo-romaine.  Les  justi- 
ciables n'ont  donc  plus  besoin  de  juges  qui  leur  soient  particu- 
liers selon  le  droit  qu'ils  professent. 

La  Provence,  dans  Tancien  regnum  Lotharii^  se  trouvait  placée 
entre  la  Bourgogne  et  Tltalie  :  cette  disparition  des  juges  et  des 
scabins  parait  avoir  été  un  peu  plus  rapide  en  Bourgogne  et  moins 
rapide  en  Italie ^ 

lion  fait*»  à  Saint-Viclor  et  à  Sainl-Zacharie  dans  le  diocèse  de  Marseille 
vers  1070,  n'est  cerlainomoni  pas  un  ju^  de  Provence.  On  peut  voir  en  lui  un 
jng<»  dépondant  de  labbayo  (\o  Saint-Victor.  Quant  au  juge  Otton,  qui  figure 
da.is  Api  au  déhul  du  xir  siècle,  ce  pourrait  être  un  juge  de  Téglise  d'Apt. 
Vers  1080,  une  notice  détaillée  et  du  plus  haut  intérêt  montre  comment  la 
justice  se  rendait  :  lesjuj^^esdu  plaid  comtal  n*étaient  autres  que  les  cheva- 
liers présents  à  l'assemblée  ou  appelés  par  le  comte.  Ces  chevaliers  étaient 
ses  vassaux  iSnini-Virior,  n*»  1089). 

1.  Pour  la  Hourgogne,  voir  en  particulier  les  plaids  comtaux  que  con- 
servent les  chartes   de  (jluny. 

Vienne  avril  870  :  «  placitum...  in  Vienna  civitale,  in  mallo  publiée 
ante  inlusler  vir  (ievrardo  comité,  seu  domni  patri  Adoni  archiepiscopi 
et  Aiigilbotone  vicecomiteet  judiceset  vicariis. .,  »  [Cluny,  n®15). 

28  mars  i?;  \)ï'.\  :  «  (Ihuonradus  rex...  in  pago  Vienncnsc...  Ilumbertus 
pni'sens  fnitac  omnes  vassi  dominici  majores  et  minon^s.,.  >»  ^//*i(/.,  no622'. 

28  mars  Oti  :  «  ante...  domni  Hugonis  gloriosissimi  raarchionis.,.S.  Huf^ 
nis  comitis  et  marchionis.  S.  Ademari  vicecomitis.  S.  Leolaldi  comitis.  S. 
Caroli  comitis.  S.  Vuilelmi  comitis.  S.  Otgerii.  S.  Umberti.  S.  Girardi.  S. 
Artnrdi.  S.  Soboiiis  >.  (//wV/.,  n"  O.'ifi).  11  s'agit  du  vicomtede  Lyon,  des  comtes 
d(»  Maçonnais,  de  ViiMinois  et  de  Forez. 

Mâcoii,  12  févriiM*  et  2  avril  951  :  <«  apud  Matisconum.,.  ante  presentiam 
domni  Leotaldi  comitis  vel  fidelibus  suis  Vualterium  vicccomitem  Ralhe, 
rium  et  (iommim  Holbertum,Teodulfum,  Gausbertum  etscabineis  Berreum- 
Hayinhertnm  cum  céleris  residentibns...  »   (Ihid.,  799). 

(ihalon,  juin  9.*):*»  :  <«  cum  resetisset  Hotbertus  vicecomis  in  Cabilon...  in 
mallo  |)ublico...  dante  (iislebert  vicecomis  cum  illis  cscabincis  a  Sessanaro 
et  Aimono  vicario  et  Ttulclrio  et  Adalo  et  Arembert  et  aliis  coteris  pluris 
bonis  ominibus...  S.  llotbert  vicecomis.  S.  Aimono  vicario.  Utaldrico.  Ales- 
sandro».  [lltid.^  n°979). 

i  octobre  9r>7  :  «<  ante  presentiam  domni  Leotaldi  principis  et  fidelibus 
suis,  Albericum   filium  ejus,  Vualterium  vicecomitum...  »  (lbid,jVi9  1037). 


\ 


LA    HIÉRARCnrE  ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGIME  FÉODAL  343 

Dans  le  Viennois,  en  870,  les  juges  voulus  par  la  loi  romaine 
composaient  la  cour  du  comte  entre  le  vicomte  et  les  viguiers. 
Mais,  dès  943,  la  cour  ne  parait  plus  se  composer  que  des  vas- 
saux en  général.  De  même  pour  le  Lyonnais  en  944.  A  Mâcon,  on 
ne  voit  pas  de  juges  :  ce  sont  les  scabinsqui  prédominent  :  ils  com- 
posent la  cour,  entre  le  vicomte  et  les  «  bons  hommes  »,  jusqu'en 
961  et,  vraisemblablement,  jusqu'en  972.  Dès  1019,  ce  sont  les 
vassaux  qui  tiennent  leur  place.  Cette  prédominance  et  cette  persis- 
tance des  scabins  à  Mâcon,  à  Tencontre  de  Vienne  et  de  Lyon, 
s*explique  peut-être  par  le  fait  que  le  comte  palatin  de  Bourgogne 
y  résidait  alors.  Un  acte  tardif  de  cette  région  donne  cependant 
la  souscription  d'un  juge  nommé  Aymon  :  on  peut  être  assuré 
que  ce  n'est  pas  un  juge  comtal,  mais  probablement  un  juge  qui 
tenait  son  pouvoirde  Tabbé  de  Cluny.  Les  scabins  de  Bourgogne, 
à  Maçon,  disparaissent  donc  trois  quarts  de  siècle,  environ,  avant 
les  juges  de  Provence  à  Arles,  quand  les  juges  de  Vienne  et  de 
Lyon  n'existaient  eux-mêmes  déjà  plus.  Par  contre,  dans  la 
marche  d'Espagne  et  en  Italie,  la  disparition  des  juges,  au  milieu 
des  vassaux  pairs,  parait  avoir  été  plus  tardive  qu'en  Provence. 
Aussi,  ce  sont  les  comtes  de  Barcelone  qui,  les  premiers,*  réta- 
bliront les  juges  comtaux  en  Provence. 

MAcon,  20  août  960  :  «  anle  prescntiam  domiii  Albcrici  comitis  et  fideli- 
bus  suis  Vuallerium  vicocomilcm...  cum  ccteris  plurcs...  »  (Ibid.^  n°  1087). 

Mâcon.  16  janvier  961  :  »  in  niallohubi  sedunt  missi  domni  Lootaldi  comi- 
tis cum  filio  suo  An)erico.  Vuallerius  vicecomes,  Ilumbertus.  .  cum  céle- 
ris... »  {Ibid.,  n°  1100). 

l*"juin  964  :  «  in  mallo...  domni  Alberici  comitis  et  Nardoini  vicecomitis 
et  Vuichardum  et  Roclenum  et  Teotbertum  et  aliis  escabineis  et  bonis 
ominibus  is  residentibus  »  (Ibid.,  n°1170). 

14  novembre  972  :  «  ...in  pago  Matisconense...  Actum  Busiajço  villa...  S. 
Seyvert  scapineo...  »  (Ibid.,  n®  1327). 

[Vers  1000]  :  «  apud  villam  Draciacum...  anle  presentiam  Artoldi  atque 
fidelium  suorum...  »  {Ibld,,  n°  2527). 

Màcon,  17  octobre  1019  :  «  apud  Matiscensem  urbem...  in  consp.ectu 
dunni  Ottonis  supradicte  urbis  preclari  comitis,  Gausleni  quoque  ejusdem 
civilalis  summipresulis...  ubi...  etiamviri  nobiles  plurimi  »  f//)«(/.,n°2719). 
Cf.  n°  2980  (vei-s  1049). 

[1049-1109],  en  Maçonnais  :  «  S.  Aymonis  judicis»  (Ibid,,  n«  3210).    ' 


311  LA    PR0VEV:K    du    PRRMIIOI    au    XII*    SIÈCLE 

Cette  disparition  des  juges  se  produit  d^autant  plus  tôt  que  Tem- 
preinte  de  Rome  a  été  moins  forte;  elle  est  amenée  par  les  pro- 
grès du  régime  féodal  qui  se  substituait  aux  traditions  adminis- 
tratives de  l'Empire. 

II 

LcH  vicomtes  des  cités  de  la  région  dl' Avignon 
[916-1 195). 

^    l*'^  —    Boson   comte  de    Vaison  et   Hugues  vicomte    dWvi- 

gnon  (916). 

Dès  le  2  juillet  815,  un  plaid  est  présidé  par  Robert,  «  vicaire 
du  comte  Adalbert  »,  à  Caderot  *,  dans  le  diocèse  d'Arles.  L'em- 
ploi de  ce  suppléant  était  d  autant  plus  nécessaire  au  comte  qu'il 
avait  sans  doute  plusieurs  cités  soumises  à  son  autorité.  Pour  ne 
pas  confondre  le  vicaire,  attaché  au  comte,  avec  les  simples 
viguiers  runiux,  le  langage  ne  tarda  pas  à  créer  le  nom  de 
vicomte,  afin  de  le  désigner  clairement.  Le  premier  vicomte  dont 
l'existence  se  constate  dans  la  cité  d'Avignon  est  Hugues  qui, 
le  2  mai  9I(>,  souscrit  le  testament  de  Tévêque  Fouquier.  Trois 
évècpies  entourent  le  testateur,  puis  le  comte  Boson  et  quatre 
notables,  parents  probablement  de  Fouquier.  Enfin,  le  vicomte 
Hugues  figure  en  tête  de  cinq  autres  témoins  requis  avec  lui  ^. 
La  nin^té  des  actes  de  la  première  moitié  du  x®  siècle  ne  permet 
pas  de  dire  cpiels  autres  vicomtes  se  succédèrent  à  Avignon 
jus({u'à  lîi  mort  du  roi  de  Lombardie  Hugues. 

A  partir  de  l'incorpora  lion  de  la  Provence  au  royaume  de 
Bourgogne,  on  est  un  peu  mieux   renseigné.   Ce  changement  de 

I*oiirla  marcho  <rKspapiu\  voir  25  avril  1031  [Saint- Victor^  1045)  ;  28  avril 
lOV.i  [lhi(L,  lOîiO).  —  Pour  le  comté  de  Pi*ovence,  sous  Tinfluence  de  la 
iiiainoiide  Barcelone,  voir  |  vers  lllOj:  .«  judi<*averunt  namque  judices  cons- 
tilutia  eoiiiile  Harrhiiione  Haiiiuindo  »  {Ibid.,  n«  80i).  Cf.  Montm.,  p.  246 
(liliO)  ;  i>|,.  2V0-2i7  (IKU)  ;  p.  -iiil  (1103'. 

!•  Saint-Victor^  ii»  20.  —  Caderot,  comm.  de  Berre. 

2.  H  Sigiuiin  Ujçone  vioftcomitc  teste  »  (Vaucluse,  G,  119,  f»  39). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE   ET  LE    RÉGIME   FÉODAL  3i5 

régime  amena  une  nouvelle  maison  comtale  à  gouverner  le  pays  : 
de  même,  durent  changer  les  familles  chargées  des  fonctions 
vicomtales.  11  est  même  probable  que  ces  familles  durent  venir 
du  dehors,  c'est-à-dire  du  Viennois  ou  de  la  Bourgogne,  à 
l'exemple  de  la  maison   comtale  nouvelle. 


§  2.  — Guillaume  et  Boson  comtes  d'Avignon ^   Nivion    vicomte 
de  Cavaillon  [949-966). 

Depuis  949  et  l'installation  des  deux  fils  de  Roubaud  en  Provence 
jusqu'en  979  (?)  et  à  la  création  de  la  marche  en  faveur  de  leur  mai- 
son, pendant  que  l'un  est  comte  dans  Avignon,  l'autre  est  comte 
dans  Arles.  Tout  fait  penser  que  chacun  de  ces  deux  comtes  fut 
assisté  d'un  vicomte.  Et,  comme  les  biens  du  fisc  dépendaient 
encore  directement  du  roi,  ce  dut  être  sur  le  domaine  souverain 
que  fut  prélevée  la  dotation  de  chaque  comté,  aussi  bien  que 
celle  de  chaque  vicomte  nouvellement  créé.  Au  sud  de  la  Durance, 
dès  le  18  août  [930],  un  précepte  royal  affecte  une  part  du 
«comté  »  de  Marseille  à  Arlulf  *  et  cet  Arlulf,  sans  doute  d'origine 
viennoise,  est  la  souche  de  la  puissante  maison  des  vicomtes  de 
Marseille.  Chaque  «  évêché  »,  ou  mense  épiscopale,  pouvait  se 
trouver  composé,  non  seulement  de  biens  sis  dans  le  diocèse 
auquel  il  correspondait,  mais  aussi,  accessoirement,  d'un  cer- 
tain nombre  d'autres  biens  sis  dans  les  autres  diocèses  plus  ou 
moins  voisins.  De  même,  chaque  «  royaume)),  en  désignant  ainsi 
le  domaine  personnel  de  chaque  souverain,  chaque  «  comté  )), 
ou  domaine  affecté  à  la  dotation  d'un  comte,  pouvait  se  trouver 
composé,  non  seulement  de  biens  sis  dans  la  circonscription  du 
royaume  ou  du  comté  en  question,  mais  aussi,  accessoirement. 


1.  18  août  [950]  :  u  qaidam  homo...  Arlulfus  pctiit...  in  curtc  de  Tresia 
que  est  pertinens  ex  comitatu  Marsiliacense  et  jacet  in  comilalu  Aquense, 
cum  omnibus...  qui  inibi pertinent  de  comitatu  Marsilia^cum  (urre,  omnia... 
de  noslro  jure  et  potestate  in  illius  tradimus  domina tione  »  (Saint-Victor^ 
1041). 


346  IJl   PROVENCE   DC   PREMIER  AIT    XII*   SIÈCLE 

d'un  certain  nombre  de  biens  sis  dans  les  royaumes  oa  les  comtés 
voisins  K  C'est  ainsi  que  les  immeubles,  dépendant  de  la  mense 
comtale  de  Marseille  et  placés  par  le  précepte  de  930  sous  la  domi- 
nation du  vicomte  de  Marseille,  se  trouvent  situés  dans  la  circons- 
cription du  comté  d'Aix.  Cela  n'eropéche  pas,  en  principe,  qu'il 
puisse  y  avoir  une  mense  comtale  d*Aix,  exactement  comme  il  y 
en  a  une  de  Marseille,  et,  par  conséquent,  un  comte  ou  un  vicomte 
d'Aix  pour  jouir  de  cette  mense  d*Aix,  comme  il  y  a  un  comte 
ou  un  vicomte  de  Marseille  pour  jouir  de  celle  de  Marseille. 
Mais,  en  fait,  il  faut  bien  convenir  que  plus  Fexpansion  d'une 
mense  personnelle  est  forte,  au  delà  des  frontières  de  la  circons- 
cription où  son  titulaire  est  fixé,  plus  il  y  a  d'apparence  que 
l'autorité  de  ce  titulaire  s'étend  également  dans  les  circonscrip- 
tions où  sa  mense  rayonne.  Le  domaine  du  comté  de  Marseille 
avait  ainsi  des  dépendances  dans  le  territoire  du  comté  d*Aixau 
x**  siècle  ;  il  en  avait  eu  à  la  fin  du  ix*  siècle  dans  le  territoire  du 
comté  de  Frtjus.  C'est  un  précepte  de  Carloman  qui  l'indique  ^. 
Aucun  document  n'indique,  par  contre,  des  dépendances  des 
comtés  de  Fréjus  ou  d'Aix  dans  le  territoire  du  comté  de 
Marseille.  De  plus,  s'il  y  a  eu  à  Marseille  des  patrices  et  si, 
depuis  le  milieu  du  x'  siècle,  les  comtes  d'Arles  y  ont  de 
puis.sants  vicomtes,  rien  n'indique  qu'il  y  ait  eu  des  comtes  rési- 
diintjusqu'alorsdans  Aixou  dans  Fréjus.  Dans  Aix,  il  n'y  a  même 
jamais  eu  de  vicomtes  :  si  on  en  installe  plus  tard  à  Fréjus,  rien 
n'empêche  que  ce  soit  au  détriment  de  ceux  de  Marseille  et  ces 
vicomtes  ne  jetteront  pas  beaucoup  d'éclat.  La  conclusion  qui 
s'impose,  c'est  que,  quand  on  constate  l'expansion  d'une  mense 
comtale  hors  du  comté  où  réside  son  titulaire,  c'est  une  présomp- 
tion (|iie  son  autorité  s'étend  également  sur  les  comtés  voisins 
où  cette  expansion  se  produit.  Cette  présomption  est  d'autant 
plus  forte  que  l'exjiansion  de  ces  comtés  voisins  est    nulle  dans 

t.  «<  Hos  hujus  irj^nii  (\mv  in  illo  habobantur  regno  •  (Flodoard,  //«/. 
ceci..  Hem.,  lib.  III,  c.  20.  —  Mon.  German.  hisl.  Script,,  Xlïl,  p.  540). 

2.  2  fôvrirr  SHV  :  «  villani  Cilianuiii...  oxcomilatu  Massiliensi  in  comitalu 
Korojulionsi  silani  »  (Sain/- Tic/or,  9). 


LA    IIIÉKARCHIE   ADMINISTRATIVE  ET   LE    RÉGIME    FÉODAL  347 

celui  qui  parait  prédominer.  En  particulier,  des  préceptes  de 
88i  et  de  930,  on  tire  la  présomption  que  ràutorité  des  vicomtes 
de  Marseille,  soumis  aux  comtes  d'Arles,  s'étendait  avec  la  leur, 
non  seulement  sur  le  territoire  du  comté  de  Marseille,  mais 
encore  au  sud  de  la  Durance  sur  ceux  d'Aix  et  de  Fréjus,  dans 
la  période  comprise  entre  950  et  980.  Les  faits  ne  manquent 
pas  qui    montrent,  d'ailleurs,  cette  présomption  fondée. 

Il  est  intéressant  de  voirque  les  vicomtes  destinés  à  assister  les 
comtes  d'Arles  sur  la  rive  gauche  et  créés  en  949  n'ont  pas  été 
établi  dans  Arles  même.  Ils  l'ont  été  à  Marseille,  dans  une  cité 
voisine,  et  il  est  probable  que  leur  dotation  s'est  trouvée  com- 
posée, par  le  roi,  de  tout  le  «  comté  »  ou  mense  comtale  de  Mar- 
seille. Leur  puissance  est  telle  que  cette  cité  parait  être  bien  à 
eux  dès  le  début  et  pour  longtemps  :  l'évêché  entre  dans  leur 
famille  dès  le  début,  comme  la  vicomte,  et  il  y  restera  jusqu'au 
temps  de  Grégoire  VIP. 

Ces  constatations,  faites  pour  les  vicomtes  dépendant  des 
comtes  d'Arles,  de  949  à  979,  permettent  d'interpréter  plus  aisé- 
ment les  rares  documents  qui  concernent  à  cette  époque  les 
vicomtes  dépendant  des  comtes  d'Avignon. 

Pour  des  raisons  pareilles  à  celles  qui  viennent  d'être  exposées, 
il  y  a  lieu  de  présumer  que,  à  l'époque  de  Louis  l'Aveugle,  le 
comte  Boson,  dont  dépendait  Avignon,  résidait  à  Vaison*'  :  par 
conséquent,  il  serait  tout  naturel  que  le  vicomte  Hugues,  connu  par 
le  testament  du  2  mai  916,  résidât  personnellement  dans  Avignon. 
Les  souscriptions  des  trois  évêques  Rainaud,  Gontier  et  Henard 

1.  Honorât,  fils  d'Arlulf,  est  évoque  de  Marseille  du  7  octobre  l949], 
(Monlin.,  pp.  25-27)  au  6  février  [978-981]  (Ga//.  norisn.,  Marseille,  n"  69; 
Sainl-Vict.,  23).  Pons,  polit-fils  d'Arlulf,  le  fut  du  6  mars  [978-981 J  [Saint- 
Vict.y  72)  au  30  mars  1015  (Gall.  noviss,,  Marseille,  n»  83).  Pons  II,  son 
arrièro-petit-fils,  jusqu'au  18  février  1073  [Ibid,^  u°  131). 

2.  [25mars-22  juin]  898/7:  «  ({uemdam  mansum  de  comitalu  Vasensi  con- 
sistonlom  in  comitatu  Aviniononsi  in  villis...  Tresmalis,  Villanova  et  Bitur- 
rita  »  (Bouquet,  t.  IX,  p.  680,  n°  VII). 

[18  avril-25  décembre]  903  :  «  quicquid  de  comitatu  Vasensi  in  comitatu 
Aviniononsi  in  villulis...  Fontanas...  in  Villanova...  Tresmales  et  Pipargo.. 
Bisturrita...  »  {Ibid.,  pp.  681-682,  n»  Xj. 


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i-i.'   ,'•'•'.  •^.v.-«:  -.1  ir-.-.itt    j*  :^  iiiCL  â*  otï-  -kl  juir      ^•'^^     iî 

-■  — **  -  *■-  T  ^1.'  -i  r.Tr  II".'.:*  i*  ^  iHmxii*  -.  Ot  N'jr^inL.  ?e 
n    .--■  ti-^  *    '-    -•  j-  *  fin:  ît-r^   d:l.^ -r«r»  it  iL'î-  ÔL  Vrr-jia  à» 

•**  -      *      -'   *-  -*'    .  L_-":r-:Tjrr  .     -    ti*!  "  tC^IOi*^    THÈ*:    TiHir'JZlâf      l'UTT.Tft? 

'  .  -^"  ■  --  :  -  •r  ••:   I    - 1  -r .'  v»  :l-*  .  r»fr  rTiWiic    Gmi7;inni>*  «  Les- 
'-;        '1-.-  :-  •    *•  f  '    ■->  '^-^.i-.L  iii-'Tilirni;!-  jtixtf  ^ii^i.    Kitti- 

:     ■-_•:.'   -T  :.iT.  Irr     l    T.  •  •    l".-.-    :•  rL7  ^-k-Ti-ULL^    &  I  *  VITYOI-nt    «nu- 

'-^'  -  -  -  •--"^  1  •_  1  -:  :t:'-j  .t  .-.•n'*  :itT:<ôhiL  ;«.  ieirs  ôe=oKi- 
lï - ir  :  t  -.  .t  :  :.•  i:  ^^ _n  -  -_-*  :,*  ^i  •  rij-i*  ■ .  Os*  unr*  tiiji*  çtuttc^ 
'-  ''--'••-'-".*  r.  .îr^-:'  t^Ls  t:  i  T:_i.ur!r:c.:  f'^rycaiTi,'^ .  il  r  «i 
'  *  •  ;  îî  *  ~  i.r  :i  r  -.:t  N .  -.  j  :  L  :  -.  ç  -r.'r'ii-r^  i*  P^irns»  iTMt;  it  la^r- 
...r  --,(.:  r'-'T  :.  rL-.i:  ---rir:  ^r  •l-i"«kili:a  Eoïrelr&z.  Cet 
'  ^-'-'  ■"•-'  '.-  T>-  si^--.  .i:  .•:.:_i.-  :rtj  1  ^yuss^sd»  àt  >*  fiiele 
.--—'- 1-    -    .'-      i-    T.  :.i7   "t^    zcJiz'.i^   rit  :<%jf*<t    îi::  ôcOizj. 

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LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE  ET    LE   RÉGIME.  FÉODAL  349 

Ces  enfants,  qui  passeront  également  sur  la  rive  gauche^  ne 
manqueront  pas  de  rappeler  la  qualité  de  leur  père,  comme 
un  titre  de  gloire,  et  les  moines  de  Saint- Victor  qui  recevront 
leurs  donations  la  transcriront  sans  sourciller  LDans  cette  géné- 
ration d'évêques  provençaux,  au  début  du  xi®  siècle,  il  en  est  qui 
n'avaient  pas  d'éloignement  personnel  pour  le  mariage  ou  pour 
son  équivalent  :  Pierre,  évéque  de  Sisteron,  en  est  la  preuve 
comme  son  collègue  de  Cavaillon.  Les  papes  Jean  XII  (16  décem- 
bre 955,  f  14  mai  964)  et  Benoît  IX  (1032-1046)  faisaient  école: 
mais  déjà  les  moines  de  Cluny  criaient  au  scandale  et  aidaient 
à  changer  ces  mœurs. 

Cavaillon  était  voisin  d'Avignon  comme  Marseille  d'Arles  : 
puisque  les  vicomtes  de  Marseille  fournissaient  à  Marseille 
ses  évêques,  il  est  bien  permis  de  penser  que  les  vicomtes 
de  la  rive  droite  avaient  la  possibilité  d'en  faire  autant  dans  la 
cité  voisine  d'Avignon  où  ils  résidaient.  Bref,  tout  invite  à  croire 
que  le  comte  d'Avignon  était  doublé,  sur  la  rive  droite,  depuis 
949,  d'un  vicomte  résidant  à  Cavaillon  et  muni  de  la  mense  com- 
tale  de  Cavaillon.  On  a  vu  que  la  mense  comtale  de  Marseille 
débordait,  rive  gauche,  sur  les  territoires  d'Aix  et  de  Fréjus.  Ici, 
sur  la  rive  droite,  on  voit  que  le  vicomte  possédait  Pertuis  dans 
la  partie  du  comté  d'Aix  placée  au  nord  de  la  Durance.  Un  siècle 
encore  après  Témigration  de  ses  descendants,  un  acte  rappellera 
ces  dépendances  du  «  comté  »  d'Avignon  dans  le  diocèse  d'Aix, 
versCadenet^.  Il  est  possible  que,  rive  droite,  l'autorité  du  vicomte 
de  Cavaillon,  soumise  à  celle  du  comté  d'Avignon,  s'étendît  sur 
la  partie  du  comté  d'Aix  placée  au  nord  de  la  Durance  et,  par 
conséquent,  très  probablement  aussi,  sur  les  comtés  d'Apt  et  Car- 
pentras,  sans  préjudice  d'une  plus  grande  étendue  encore  possible. 

1.  1011  {Saint-Victor,  336.  —  [Vers  1012]  {Ibid.,  339).  —  1"  avril  1017 
(Ihid.,  359).  —  1042  (Ibid.,  368).  —  1044  [Ibid.,  370).  —  2  juin  1074  (Ibid., 
341).  —  Cf.  n«»  340,  345,  347,  349. 

Le  baron  du  Roure  sVst  occupé  de  cette  famille  dans  sa  Notice  historique 
sur  une  branche  de  la  famille  de  Sabran.  Marseille,  Moullot,  1888.  in-4. 

2.  Juillet  1076  :  «  in  comitalu  Avinionensi,  in  episcopatu  Aquensi,  in  ter. 
minio  de  Très  laminas,  ecclesia...  beati  Marcellini,  in  loco...  Salcta...  in  ter- 
ritorio  de  Alineu...  »  (Sainte  Victor,  u»  284). 


f 


350  L4    PROVENCE   DU    PREMIEK    AU    XII^    SIÈCLE 

Le  nom  du  vicomte  Nivion  de  962  rappelle  la  Boulogne,  comme 
celui  dWrlulf  rappelle  le  Viennois,   comme  celui  de  Roubaod  le 
Maçonnais  et  l'Auvergne.  S'il  a  été,  comme    eux,    installé  parle 
n^i  de  Bourgog'ne  C-onrad  en  949,  cela  est  tout  naturel.  Mais,  à 
la  dilTérence  dWrlulf  qui  fonda  dans  Marseille,  sous  la  domina- 
tion   des    comtes  d'Arles,    une    puissante  dynastie,   le  vicomte 
de  Cavaillon    et    ses  descendants  n'ont    pas    laissé    de    traces 
nombnnises  ni  persistantes  dans  la  région  de  Cavaillon.  On  a  dit 
que  le  marquis  Guillaume  déclare  en  979  avoir  reçu  Pertuis  de  lui 
ou  de  son  tils.  En  i(>08*,  Engelran,  frère  de  celui-ci,  donne  des 
hiens  de  Siùnt-Véran  à  Téglise  Saint-Marcel   sur  la  Soi^e,  rui- 
née parles  barbares.  Labbesse  Berte,  sur  la  demande  de  l'évêque, 
y  installe  trois   de    ses  religieuses  qui   professaient  la    règle  de 
saint    C'.ésaire.    Il  n'est  pas  surprenant  que  la    fidèle    Algude  ne 
paraisse  pas  à  cet  acte,  du  à  la  sollicitude  épiscopale  d*Engelran: 
mais  ce  n'est  pas  Nivion,  c'est  le  vicomte  Isnard   qui    approuve 
Tacte,  apK»s  les  chanoines  de  Cavaillon  et  l'archevêque  d'Arles, 
Ponsde  Marignane.  Ce  vicomte  est  entouré  par  Rostaingd'Oppède, 
Silvy  de  S;uimane,  Eldegier  de   CouKhézon  et,    accessoirement, 
Uostaing  d'Auribeau.  Forcément.  Isnard  est  vicomte  de  Cavaillon: 
il   faut  que  ce  soit  un  frère  ignoré  jusqu'ici  du  Nivion,  connu  de 
979  à  l(Mt>.  Plus  tard,  les  vicomtes  Hainaud,  Guillaume  et  Leu- 
fivv.  avec  l'illustre  comte  Cuillaume,  confirment  cet  acte.  Il  s'agit 
du  comte  Guillaume,  mari   de  Gerberge,  qui  résidait  dans  Avi- 
gnon et  mourut  en  1018  :  d'autre  part,  ce  <îonl  les  trois  fils  du 
vicomte  Nivion,  mari  de  Theucinde,  lequel  vivait  encore  en  1016. 
Cette  confirmation  date  donc  de  1017  ou  du  décret  de   1018  au 
plus  tard  :  siuis  doute,  le  vicomte  Isnard  n'avait  pas  laissé  d'en- 
fants. Successivement,  cette  donation  de  1(W8  fut  confirmée  par 
les  évéques  qui  siegt*rent  à  Oi  va  il  Ion  jusqu'au  xu^  siècle,  c'e.st-à- 
dire  par  Clément.  Houx.   Didier,  Bertrand,  Pierre  Amie.  A   ces 

1 .  liH>S  Arch.  lio  Vauoliis<\  K.,  duché  do  Canion>usse' .  Voir,  en  appendice, 
le  toxto  de  oot  aolo  inUMV»;uU,  trouvé  el  siïrnalé  lK*s  obligeamment  par 
M.  huhamoK  archi\i>to  do  V;uichiso,  qui  ji  ou.  récemment,  le  mérited'enri- 
chir  so>  aixhi>os  du   foiivis  ini(x>r(ant  do  ce  duché. 


LA   HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE    ET   LE  RÉGIME   FÉODAL         351 

confirmations  successives  ne  paraissent  plus  de  vicomtes.  Les 
descendants  de  Nivion  étaient  alors  retirés  dans  leurs  terres  de 
Garéoult  et  de  la  Garde. 

§  3.  —  Roubaud  comte  cT Avignon  et  Brémond  vicomte 
dWvignon  {976). 

Le  l*^*"  avril  976,  les  successeurs  des  comtes  d'Avignon,  c'est- 
à-dire  Guillaume  comte  d'Arles  et  son  aîné  Boson  qui,  désor- 
mais, sera  comte  d'Avignon,  souscrivent  un  acte  de  Tévéque 
d'Avignon  Landry,  en  faveur  de  son  chapitre.  Entre  les  sous- 
criptions comtales  et  celles  des  juges  de  Provence  figure  celle 
d'un  vicomte.  11  s'appelle  Brémond  *  :  les  évêques  Gualchaud 
de  Cavaillon  et  Sylvestre  d'Aix  souscrivent  également.  Ce 
nom  de  Brémond  rappelle  celui  du  comte  qui  parait  avec 
Tarchevéque  de  Narbonne  Géraud  et  le  comte  Amalric. 
frère  de  celui-ci,  au  milieu  du  x*'  siècle  2.  Amalric  et  Géraud 
étaient  les  neveux  d'Ameil,  évêque  d'Uzès,  qui  le  17  septembre 
903,  avait  reçu  de  Louis  l'Aveugle  le  domaine  de  Saint-Rémy, 
au  comté  d'Avignon,  et  qui,  en  juin  910,  paraissait  avec  son  frère 
Rainaud,  sa  belle-sœur  Agilburge  ^.  Brémond  et  Amalric,  en 
919,  étaient  les  frères  de  Landoin  qui  donnait  le  domaine  de 
Lirac,  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  à  l'église  d'Avignon*.  Il  est 
assez  délicat  de  dire  si  le  Brémond  choisi  comme  vicomte,  en 
dehors  des  vicomtes  de  Cavaillon,  par  le  nouveau  comte  d'Avi- 
gnon, doit  appartenir  à  l'une  de  ces  familles  qui  dominaient  le 
pays  d'Uzès.  Certains  indices  tendraient  à  le  faire  croire.  Tout 
d'abord,  la  première  femme  de  Guillaume  comte  d'Arles 
vivait  encore  en  976^.  Or,  cette  comtesse  était  d'origine  langue- 

1.  Aviffiioii,  1*'*'  avril  970  :  «  Bcrmundus  vicecomis  finnavit  »  (Vauclusc, 
Cf.,  Chap.  métrop.,  n^  27  prov.,  f®  20). 

2.  Saiut-Saturnin,  août  948  iClamj,  724).  -  Uzùs  [9:il-9ri21  (//>iV/.,  n»  817). 

3.  Lyon,  17  septembre  903  (Bouciuet,  IX,  p.  082).  —  Juin  [910]  {Cart,  de 
Gellone,  n'>  279;  cf.  n»  281). 

4.  Saint-Laurent-des-Arbres,  919  (Vauclusc  G.  257,  f*  1). 

5.  Arles,  avril  970  {Saint-Vici.,  :;98).  —  Arles,  17  avril  979  {Saint-Vict,, 
1042.  — Juin  979  (Montm.,  pp.  50-57).  Le2  janvier  981  (5ai/i/- Vie/.,  054).  elle 
était  sans  doute  déjà  morte. 


Sriiî  LA    r!sO\X.\Œ    M'    PRCMIDl    aV    XII*    SIÈCLE 

dcviinne  ri  dt»v.iît  favoriser  ses  compiatrioles.  En  second  lieu, 
Irt-s  i>î  l'.îr.iîr.'phe  du  trrritoire  d'Avûrnon  et  on  voit  que  les 
doi;:tti::r>  li-  ^1'*  ---lî  t-n  nii'jxirl  avei  Avûnion.  Enfin,  dans  Mi- 
f  n  îi  n->:-.  ::;  vi-.  s  :r.«.v<  d":nflucnce  de  IT'zt-jre  qui.  tout  en 
ivuxi-;  >\  x-y.;  ys:  :  >:::îjiîrmvnt  jmt  le  voisinaire,  paraissent 
iif.ï  <;::»:•'--..-  !.i  ntvv^>-:r  de  lintluenee  au  moins  momen- 
t.ti.i-  s".;r  A>:ir:î-':i  vi  un  p-.rsonnac^  uriçiiMiire  d'I'zc-s.  La 
vi.  li.i:  .::  il  Vl^^.A  ï".-.  ;v'>>t-f  .i  Sa iat- La urenl-des- Arbres  :  or  il 
i  \.s:,i::  .:.:.>  \x  i^v.  :;  \i  v  AS'^i^  r  de  tilles.  sc*us  le  vocable  de  saint 
1  .uri:.:.  ou:  ;.  .jr..-..:  .,  .-  \  •.  .\l»3c  Ir  tiirtr  de  siaint  Thêodoret.Ce 
:.îri  ti.  .:  ,.■.>.:.  .:-.  "  t^l:<::  t:r  Chàte^uDeuf-Calcemier  et  saint 
T:.;.v!.--.  :  ::..:  1.  ;.^.:-.:.  .iu  i  >v-.-<c  d'I'it-s  -.  Il  est  donc  pro- 
":..-■  1-.  .  \;i  .  ,  :  ":v.;  -.  -:  S.-.:.:-K-urtr.:.  voir.îrie  l'eirlise  de  Château- 
;  u:.  .:.  .:  ^  :.  ;:v.:  .  :.  ..  -.::.  t^•^^■-r  .tî  à  un  vicomte  originaire 
.il:-.  >  «  •:.  :.:  >...:  :v.  '.:.-.  u:-.ur^  r*:.'r-.:î  j*as  s:  l'evèque  Landry, 
.:  ..:  .;  X  :. .  V.::  :^:::v.  :..:  -.  ->.-.:  1  -swlr  en  VTt*.  pourrait  se  rat- 
:..:-:  ..:...  .'.>  1    :.  :   .:•.  -.  ;  Brt  r.:ï:od  de  Î*!V.  Le  mieux  est 

.  .    ..  r;>.;'  .V  i,-^  .  ....-.-.  .»-.-.  .-.  .-.:  e^tri.  Cr  cu'i:  v  à  de  cer- 
.  .^    .        .  :^■.    -:   I  .  .    :  •    ..:..:  rcr.-.rCiî^r  des  V•T^-  :  quant 
. -.  ^  .     •..'.;     :-*:'■    ...1     ...  .  T.:  T.  :.i  T.  :".  î  n   ^  iiiz  SA   Sr..u3^r:plion  à 

....:.     >      i  .,    .i.  ".;•.-.:..  ;  ^ -.'..  ^:     .".r    \. ->. ^  i lJ J-ïl  GuÂiCÎlAud.    danS 

A^  ..:.  .  -.-....  r"*  -  ..  .  >,->:z^-:  d-  vV-aQîe  Guillaume. 

...>.:•....-.   \  \  .  ;  ,!.    \^  .c        .:  .li-:-.;:^  i=  SAùZÎ-Veraa  a  Wiu- 
.  .,>-      '.    ..^  ^  .-  •     ,   ...:  ..\  ;;  -.■....->  .".-.  r'T*-  s  *■  rï-:rw-«:;veiiî.  sjiuf  lui. 

.     v.     ..  : ...>•.-.:.:;    ,  :  ^^i    . î-:l::   sî.r:   &insi   que 

.  :  ^  ......    .  -  >  .        >^>    .',:>  : -.    ..  .>.  .*=•>  "Z-iKiLls  jc  ie  r>rnipla- 

.  ::\    .  ...  >  -....:       .  -,     >  -:•.•;. r.Iii..:r^:  .^i-r.s  les  ^-iCi>nites 

^:  i.-,  ..■>  .':   ^.:  . ..  •,;■.  ;^     :\  ..  -. , "^  .  ^>î*.    .K    Vî*.2s»:«2i  i*  Sfibran. 

"       ■  ■     :    .■:     \l  'f    ;■.    -'I     :ii.X*:'<«*    .  Vif*. 

;    ;       •  ^     ^  ■-:■;.  "."^  :-UR«i(f  ivf«r  .x'j-te 

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LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE   RÉGIME  FÉODAL         353 


§  4.  — Les  vicomtes  (F Avignon  de  U  rive  gauche   seigneurs  de 
Mézoargues  {1004-1150). 

L'éloignement  du  vicomte  Brémoad  coïncide  avec  Térection 
de  la  marche  en'  faveur  du  comte  Guillaume  d'Arles  :  du 
vivant  de  ce  premier  marquis  qu'on  reconnaissait  comme  le  prince 
de  toute  la  Provence*,  en  qui  Tévêque  de  Fréjus  saluait  le  vain- 
queur des  Sarrasins  ^  et  que  les  générations  suivantes  vénére- 
ront comme  le  Père  de  la  patrie  •'*,  seuls,  semblent  subsister, 
sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  les  vicomtes  de  Marseille^  et  ceux 
de  Cavaillon.  Résidant  d'habitude  dans  Avignon,  sans  doute  le 
marquis  trouvait  un  vicomte  pour  cette  cité  inutile.  Sur  la  rive 
gauche  de  la  Durance,  son  frère  le  comte  Roubaud  dans  Arles 
et  les  vicomtes  de  Marseille  sufGsaient  ;  sur  la  rive  droite  de  la 
Durance,  les  vicomtes  de  Cavaillon  assistaient  suffisamment  Guil- 
laume. Le  marquis  étant  mort  peu  après  le  29  août  993^,  lasitua- 
tionchangea.  De  sa  première  femme  Arsinde,  ilne  laissait,  semble- 
t-il,  pas  d'enfants  ;  de  la  seconde,  Alix,  il  tenait  une  fille  et 
un  fils  en  bas  âge.  En  effet,  il  ne  s'était  marié  avec  Alix 
qu'en  98i  au  plus  tôt  :  la  fille.  Constance,  parait  avoir  même  été 
l'aînée  de  ses  deux  enfants,  car  elle  épouse  le  roi  de  France  Robert 
vers  1002.  Le  fils,  nommé  Guillaume  comme  son  père,  ne 
parait  marié  que  dix  ans  plus  tard.  Le  comte  Roubaud,  qui  sur- 
vivait ù  son  frère  cadet,  succédait  à  son  titre  de  marquis  et  on  le 
rencontre  soit  dans  Arles,  soit  dans  Nice.  Pendant  ce  temps,  la 
veuve,  Alix,  continuait  de  demeurer  dans  le  pays  d'Avignon. 
Avec  un  conte  en  bas  âge,  la  réapparition  d'un  vicomte  dans 
Avignon  s'imposait. 

Les  deux  frères  Ileldebert  et  Adalelme,  juges  de    Provence, 

1.  4  août  991   (Car/.  f/'i4/>/,  n»3  . 

2.  Manosque,  janvier  990  (Montni.,  pp.  C0-<)8i. 

3.  CUmy,  n"  2860. 

4.  9  février  984  (Saint-Vicl.,  70). 

:;.  28  août  [993]  (Cluny,  ir»  1837).  —  29  août  993  (Ciard,    H.  KM,'. 

Mëm.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Charles.  —  VU.  23 


t 


351  LA    PR0VE5CE   Dt    PREMIER   AU    XII*    SIÈCLE 

semblent  tout  d'abord  en  avoir  tenu  lieu,  leur  vie  durant  :  an 
mois  d'avril  1002,  Tainé,  Heldebert,  fait  au  monastère  voisin  de 
Saint-André  une  libéralité  importante  qui  a  toutes  les  allures  d*uji 
acte  testamentaire.  Cet  acte  est  conGrmé  par  Tévèque  d'Avignon, 
qui  est  son  homonyme  et  qui  pourrait  éireson(ils,parla  comtesse 
Alix  et  le  (ils  de  cette  comtesse  encore  en  tutelle,  par  son  frère 
Adalelme  ^  Le  premier  acte,  qui  ensuite  soit  passé  dans  Avignon 
et  qui  soit  conservé,  est  du  1 1  janvier  1005  :  il  émane  de  la  comtesse 
Alix,  assistée  de  son  fils,  et  elle  effectue  la  tradition  au  ménie 
monastère  d'immeubles  contestés  en  remettant  à  Tabbé  une  petite 
pierre  que  celui-ci  dut  précieusement  serrer  sous  son  froc.  Cet 
iicte  symbolique  se  passe  devant  l'évéque  Heldebert,  le  vicomte 
Auphant  et  Adalelme -.  Ainsi,  c'est  Auphant  qui  remplace  le 
juge  Heldebert  :  comme  l'évéque  Heldebert,  ce  pourrait  être  le 
fils  de  ce  juge.  Il  pourrait,  également  et  même  mieux,  être  le  fils 
du  vicomte  Brémond  de  976  ;  en  tout  cas,  il  ne  résidait  pas  dans 
Avignon  même.  Le  centre  de  ses  possessions  se  trouvait  dans 
la  partie  du  diocèse  placée  sur  la  rive  droite  du  Rhône  et  sur  la 
rive  gauche  de  la  Durance,  aux  portes  de  Tarascon.  C'est  le  juge 
Adadelme  qui  reste  dans  la  cité.  Par  suite,  les  documents  propre- 
ment urbains,  qui  se  sont  conservés,  ne  font  plus  mention  du 
vicomte.  Auphant  avait  pris  pour  femme  Laugarde  3,  sans  doute 
fille  de  Lambert  le  juge  qui  est  la  souche  de  la  famille  de  Cucuron. 
Cette  Laugarde  avait  reçu  en  dot  des  biens  à  Montjustin,  à  côté 
de  Reillane.  En  raison  de  ce  voisinage  et  peut-être  également 
d'une  parenté  plus  ancienne,  il  ne  faut  pas  être  surpris  si  deux  des 
fils  qu'elle  aura,  introduiront  dans  la  famille  d* Auphant  les  noms 
(le  Boniface  et  de  Laugier,   qui    proviennent  des   Reillane.    Le 

1.  Avi^Mion,  iivril  1(H)2  :*«  S.  Eldoberli  (|ui  islam  donationeni  fecil  el  les- 
lii)us  lirniari  ro^nvil,  mnnii  sua  firinavil.  llcldobertus  Aven ionen sis  eccle- 
siir  huinilis  cpiscopus  firmavit.  S.  Adalax  comitissœ  et  filii  ejus  Willelmi 
roinilis.  Sig.  Adaleliiii.  Carbonolli....   >»  (Cart.  Saint-André,  f®  35). 

2.  Avijjnon,  11  janvier  1005  :  «*  oj2fo  Adalax  humilis  comitissa  et  Glius 
mens  Willolmus  coiiu's..,  acceplo  pusillo  lapide,  indc  guirpilionem  faciens 
and»  prn»scntiam  virorum  nobilium  id  est  domni  Heldeberti  episcopi,  Ele- 
fanli  vicoconulis...  Aclum  Aveniono...  Sipniim  Adalelmi...  Domnus  Helde- 
borlus  humilis  episcopus  firmavil...  »    Ibid.,  f*>  3."i). 

3.  Saint' Victor,    1071. 


LA  HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE   ET    LE   RÉGIME  FÉODAL         355 

vicomte  Auphant  mourut  avant  1037.  A  cette  date  parait  son 
fils  Hostaing  ^  En  janvier  iOU,  les  deux  comtes  d'Avignon 
Geoffroy  et  Bertrand  donnent  à  Saint-André,  du  conseil  de  leurs 
fidèles  les  vicomtes  Rostaing,  Amalric,  Guillaume,  Boniface  et 
Laugier,  la  moitié  de  Meynargue,  village  voisin  du  monastère,  que 
les  chevaliers  de  Tavel  tenaient  pour  ces  vicomtes.  En  échange,  les 
vicomtes  reçoivent  le  domaine  de  Saint- Julien,  près  le  Mont  Mace- 
rium,  et  les  chevaliers,  des  maisons  avec  des  vignes,  en  dédomma- 
gement 2.  L'acte  de  1040,  auquel  assistent  Amalric,  Guillaume  et 
Boniface,  en  compagnie  des  vicomtes  de  Marseille  et  des  Reillane, 
prouve  bien  que  les  vicomtes  de  1041  étaient  les  fils  d' Au- 
phant. En  avril  1053,  ce  sont  Guillaume,  Boniface  et  Lau- 
gier, également  en  compagnie  des  Reillane,  et  ce  dernier 
acte  est  encore  plus  explicite  ^.  Dans  un  acte  du  15  février 
1059/60,  se  trouve  la  souscription  du  vicomte  Laugier.  Dans 
un  autre  acte,  passé  du  temps  de  Tévêque  Rostaing  et  du 
vicomte  de  la  rive  droite  Bérenger,  Ranulf  Asquier  abandonne 
le  quart  de  Meynargue  qu'il  tenait  des  comtes,  à  condition  de 
garder  l'usufruit  du  tiers  de  ce  quart.  Bérenger  y  ligure,  mais  sans 
sa  qualité  de  vicomte,  parceque  Meynargue  dépend  de  la  vicomte 
des  fils  d' Auphant  :  Guillaume,  fils  d'Auphant,  souscrit  par  contre 
avec  la  qualité  de  vicomte  ^.  Le  vicomte  Auphant  paraît  avoir 
<;u  également  une  fille,  nommée  Laugarde,  qui  épousa,  dans  le 
comté  de  Riez,  Heldebert,  fils  d'Erbert  de  Lan(;on,  et  dont  un  des 
fils  portera  le  nom  d'Auphant.  Elle  figure  à  Aiguines  le  0  mai 
1038\  puis  en  décembre  1053  ^.  Quelques  actes  font  connaître  un 

1.  1037  :  o  Berlrannus  cornes...  in  pago  Sistergico...  Manuascn  sou 
Podium  Bosoni...  Hostagnusfilius  Alfanti  f...  Beringuorius  f.  »(Montm.,  éd. 
du  Roure,  p.  134). 

2.  Avignon,  janvier  10*1  [<larl.  Saint 'André,  î^  30;  Polvcarpe,  ^l«fia/e«, 
p.  620). 

3.  Saint' Victor,  1071. 

t.  Saint-Victor,  58.  —  Arles,  15  février  1059/60  :  «  Laugerius  vice- 
comes  firmat  »  (Montm.,  pp.  171-172). 

[1050-1063]  :«  de  quarta  parte  de  Mairanicas...  in  prosentia  Rostagni 
opiscopi.  Berengarii,  Pétri  Ainici,  Guillehnivlcecomitis,  Leotgerii...  »  (Vau- 
ciuse.  G.,    Cliap.   niétrop.,  27  prov.,  ff.  2i  v^-iS  r®). 

5.  Saint-Victor,  603. 

6.  Ibid,,  609. 


l Je  ./.*-?  c*:  H^ra-VL'it-i  drrOfrzzibTt  X^Mfl  .  *v«-c  Pierre  etGuinad 
l'h.^s*/.  viî^fc  d"j'.-r  sri^pirtDU  p»r  ftlb&nc^.  Il  réparait  le  S  jnilkl 
I'r'«i  p^fTi.i  I*-fc  pr*DCT«  et  £T«z^  s-c-isTiiriirs  qui  renonceoti 
j«-«jr>,  'Jf  iU  d*r  ^P^hier  tX  ai:  doiuDe  SUT  le  Rhône  en  fareor  de 
S:*iril-\  irifjf  :  «rrifiii.  ^  TdnscoD  le  1 1  septembrtr  1095  -.  Ce  L» 
'/i'-t  «!«•  l/oulU/fj.  qui  est  Sans  doute  le  fais  cadet  dWaphant  et  le 
vi'orrit"  '1<:  lO'K^  Ml.  eut  un  <iU  DOinnié  Guillaume  de  BoalboL 
«{(ji  |i:if;jit  du  2H  juillet  \Wl  jusqu'en  septembre  1 142  V  et  celui- 
«  I  «lit  lui-rii/rrrie  un  fils  du  nom  de  Bérenger.  qui  se  trouve  dansn 
in  ir  lit'  fi'vrier  1 13'{  '.  Parmi  les  barons  de  la  r^rion  de  Tansm 
<|iii  «'H  f'-viier  1 1  iO  prêtent  hommage  à  Raymond  Bérenc^r, figoR 
^H-oirro\  <!«•  Moulhon  ''.  Le  4  juillet  1173  ",  existe  un  membrede 
ri'll«'  riiiiillr  nointtié  Bertrand.  En  dehors  de  ces  cadets,  seigDeon 
i\f  noullioti.  (jfiiit  le  nom  se  poursuit  ainsi  jusqu'au  xii' siècle,  It 
vit  iiiiiti(rAu|)h:iiit  passa,  par  son  fils  Guillaume,  à  Rostaing  Goil- 
liiiiiiH',  (|ui  «'Il  porti»  le  titreà  Saint-Gilles  le  29  mars  1 102,  auprèsdn 
I  niiilr  Hrrtrand  ;  (M*lui-ci  pa  mit  en  cette  circonstance  avec  ses  frères 
MiiMiKiiid  <l  Auphant^.  De  lui  descendait  certainement  Aupbant 

I     S.iiiit  Ainln'*,  «lôci'inlin*  iOtU  :«  Laufi^crius  de  BolbonefirmaTit»  (5aM/- 
1'm//i'.  1"  .11  ).   Ilniilitnn  vs[  voisin  de  Mozoargucs,  localité  dont  le  nom  est 
iiiiiiIm)||i*  .1   crliii  ili*  Mrynar^uo. 

.'    .•  l.iiii<;(M-iiisd(»   hiillioiu'ot  (iiiilli'lmus  filius  ejus  »  (Sa i/i /•  Vir/or, 686]. 
I     ..  I-Mu^nii  dr  hidhonr  »  (//m/.,  220). 

\     .'S  iiidlcl   HU»i  yS,iint^  Virtnr,  tisr>).— .  Avijjrnon,  juin  1110  (Vaucliise,GM 

(:ii(t|)    inrlmp     d' Axi^fm»!»,  '27  pmvisoiro,  (^  8,  n»  15;  carta  de  Mataronis). 

1 1  M   ,/  .'/'i/is.  od.  l'Iainmaiv,  2M)i.  —  i,}  juillet  lilô  (Saint- Victor,  J*05;. 

\\ii;m>u,  Irxiior  WXA  ^VamduM».  (î.  15,  fT.  97-98^.  —  Avignon,  septembre 

I!»  *    l\d\»'.u|M\  .\?i/i.i/.\<,  p.  r»ss\ 

.    I  «M  »HM  I  \  \\  '  .  liiidlidnuiN  do  Hulboneet  Rorengarius  fîliusejus  «iVau- 

,  ln-.,«.   {^     I  I.    Il     «.»:   '.»N   . 

««     l  u.r.»  iM».  i,Miioi  II  \{\  :  ..  JrtulTivd  do  lU'klho  »»  (B.-du-Rh..  B.  2,  p.  48). 
\»«\i  '.    »  lodiot  li::»  :      n.  d.o  UoUmuo  *«  .Vaucluse.  G.  15.  (T.  108-109|. 


— ..^.  Bostagni 

»»'.'u*N  IV.  ;;,'»p*î;;n  o:  Ko>ïA4;ao.s  iiinllohui    vicvoomes   et  fratres 


LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         357 

de  Mézoargues,  encore  qualifié  de  vicomte,  en  présence  du  duc 
de  Provence  Raymond  Bérenger  à  Aix  le  22  mai  1150  *.  Ce  der- 
nier Auphant  était  frère  de  Guillaume  de  Boulbon,  qui,  sans 
doute,  est  le  seigneur  de  ce  nom  vivant  en  septembre  1185  2.  En 
1168,  les  seigneurs  de  Boulbon  exigeaient  encore  aux  portes 
d'Avignon  le  paiement  d'un  droit  de  leyde,  pour  les  marchan- 
dises que  Ton  débarquait  à  terre,  et  c'est  là  une  survivance  de 
la  vicomte   de  leur  famille  ^. 

Lesdescendantsduvicomted'AvignonAuphantdominaientdonc 
la  partie  du  comté  placée  sur  la  rive  gauche  de  la  Durance  et  sur  la 
rive  droite  du  Rhône.  Ils  gravitaient  autour  du  château  de  Tarascon 
qui  était  leur  centre  le  plus  important;  ils  tenaient,  en  particulier,  le 
domaine  «leMézoargueset  de  Boulbon.  Ils  avaient,  àMeynargue,  la 
moitié  de  la  seigneurie,  en  fief  du  comte.  Les  chevaliers  de  Tavel 
occupaient  en  leur  nom  cette  moitié  de  Meynargue,  soit  en  qualité 
de  châtelains,  soit  en  qualité  de  mistraux.  A  Boulbon,  c'étaient 
les  Malvezin  qui  les  suppléaient  :  mais,  comme  ces  Malvezin  se 
joignent  à  eux  pour  réclamer  dans  Avignon  des  droits  de  leyde,  il 
y  a  apparence  que  leur  rang  était  supérieur  à  celui  d*un  simple 
châtelain  ou  d'un  mistral  local.  Ces  Malvezin  devaient  occuper 
le  rang  et  remplir  les  fonctions  de  viguiers  dans  le  pays  de 
Tarascon,  sousTautorité  des  vicomtes.  A  Tarascon  même,  existait 
une  famille  dite  de  Tarascon:  en  général,  le  nom  de  terre  pris,  à 
partir  du    xi*  siècle,  implique,  pour  les    membres   de  la  famille 

1.  Âix,  22  mai  1450  :  «  Alfannum  videlicet  vicccomite  de  Mcsoaga... 
Alfannus  de  Mesoaga  et  frater  ejus  Guillclmus  de  Bulbone  »  (Montm., 
pp.  246-247).  —  1156  :  «  Alfannus  de  Mesoaga  »  (B.-du-Rh.,  B.  283). 

2.  Avignon,  septembre  1185  :  «  Willelmi  de  Bulbonne  »  (Vaucluse,  G.  15, 
ff.  98-99). 

3.  1168  :  «  controversia . . .  inler  Bolbonenses  et  Malvicinos. . .  et... 
Gaufredum  Auenionensem  episcopum...  super  leddis  quas  Bolbonenses 
et  Malvicini  et  pariarii  eorum  caperc  volebant  lemporc  nundinarum  de 
omnibus  que  apud  Avinionem  navigio  vel  ratibus  deuehebantur. . .  »  (Vau- 
cluse G.,  113,  f»7). 

On  connaît  encore  Bertrand  de  Mézoargues^prieurd^^c/avum,  le  24  octobre 
1135  (Albanùs,  Gall.  Christ,  noriss.,  Arles,  n^  529),  et  Rostaing  de 
Mézoargues,  religieux  de  Lérins  en  1153  (Cart,  de  Lérins,  éd.  Flammare, 
n«  80  et  106). 


358  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XU*    SIÈCLE 

qui  le  portent,  les  fonctions  de  châtelains.  On  peut  donc 
penser  que  Renard  de  Tarascon  vers  1050,  Pons  et  Emenon 
de  Tarascon  en  mai  1125,  Rostaing,  Pierre  et  Auphant  de 
Tarascon  au  milieu  du  xii*  siècle,  appartenaient  à  la  famille  qui 
tenait  la  châtellenie  de  Tarascon  pour  les  vicomtes  d'Avignon, 
seigneurs  de  Mézoargues.  Après  les  vicomtes,  c'étîiit  la  famille  de 
Châteaurenard  qui  tenait  le  rang  le  plus  distingué  dans  le  comté 
d'Avignon,  sur  la  rive  gauche  de  la  Durance.  11  est  diflicile  de 
croire  que  ces  descendants  d'un  juge  de  Provence,  alliés  à  des  mai- 
sons vicom taies,  fussent  de  simples  châtelains  :  sans  doute,  Châ- 
teaurenard était  le  siège  d'une  viguerie  dont  ils  étaient  titulaires. 

§  5.  —  Les  vicomtes  d'Avignon    de  la  rive   droite ,   seigneurs  dn 
Pont-de-Sorgues  (1018-1195). 

Le  marquis  Roubaud  résidait  quelquefois  à  Nice,  puisque  le 
1 1  mai  1001  il  assiste  à  l'élection  de  l'abbé  de  Saint-Pons  ^  De 
cette  époque,  précisément,  où  il  était  revêtu  de  la  dignité  de 
marquis,  date  l'expansion  dans  le  comté  de  Sisteron  de  deux 
familles  d'origine  niçoise.  C'est  lui,  sans  doute,  qui  la  rendit  pos- 
sible et  la  protégea.  La  première  est  celle  do  Miron,  qu'on  trouve 
^  Lurs  le  2  décembre  999  avec  sa  femme  Odile,  en  présence 
de  l'évéque  de  Sisteron  -.  Ce  nom  de  Miron  existait  dans  la 
marche  d'Espagne,  mais  le  mari  d'Odile,  quelle  que  fût  son  ori- 
gine, était  fixé  à  Nice  dès  avant  993  avec  un  rang  qui  le  mettait 
immédiatement  auprès  des  comtes  ^.   S'il  avait  été  vicomte,  les 

1.  Cart.  He  Saint-Pons,  n«  2. 

2.  Lurs,  9  décembre  999  :  <»  o<^o  Miro  et  conjiix  mea  Odila...  »  {Cart. 
de  Saint-Pons,  n®  1).  Odile  devait  être  sœur  du  jupe  Lambert. 

3.  22  août  i002:  «  in  comitato  Niconsis  prope  civilatis...  propler  dona- 
cionem  domni  Wilielmi  inclili  comiti  qui  fuit  condam  et  domni  Rodbaldi 
comiti  necnon  et  domni  Mironi...  >y[Cart.  de  iVice,  n°  18). 

15  septembre  1003:  «  in  comitato  Nicensis  subtus  monte  Calveroles... 
per  donacione  Wilielmi  et  Rotbaldi  oomitis  necnon  et  Mironi  vel  uxoresua 
Odila...  »  (Ibid,,  n»  i9). 

30  novembre  1011  :  «  ...decimam  de  pane  et  vino...  pi*o  animam  domni 
Mironi  qui  fait  quondam,  quod  pertinet  in  civitate  Nicea...  »  (/6t(/.,n<»  8). 


LA    HTÉRARCHIR    ADMINISTRATIVE:    HT    LE    RÉGIME    FÉODAL         359 

documents  le  diraient  sans  doute  :  ils  ne  disent  pas  non  plus 
qu'il  fût  juge  de  Provence.  Mais  il  était  au  moins  viguier  ou 
châtelain  de  Nice.  Miron  mourut  prématurément,  sans  doute 
entre  le  15  septembre  1003  et  le  11  mai  lOOi,  laissant  trois  fils, 
Pons,  Brémond,  Miron,  et  une  fille,  Gerberge.  Sa  veuve  se  rema- 
ria, avant  le  30  décembre  1010,  avecLaugier,  dont  elle  eut  quatre 
fils,  Laugier,  Raimbaud,  Pierre,  Rostaing,  et  une  fille,  Odile. 
Tandis  qu*un  fils  du  premier  lit,  Pons,  devient  évéque  de  Nice 
(30  novembre  lOH-29  mai  1030  *),  un  fils  du  second  lit,  Pierre, 
est  désigné  comme  successeur  de  Tévêque  de  Sisteron,  Frodon, 
du  vivant  même  de  ce  dernier,  au  mois  d'août  1018  ^.  Au  point 
de  vue  temporel,  pour  le  moment  c'est  Tinverse  :  ce  sont  les  fils 
du  second  lit  qui  gardent  la  châtellenie  de  Nice,  tandis  que  ceux 
du  premier  profitent  de  cette  expansion  dans  le  comté  de  Sisteron. 
En  dehors  du  comté  de  Nice,  le  marquis  Roubaud  possédait 
plus  particulièrement  ceux  de  Venaissin  et  de  Diois,  puisqu'ils 
passeront  par  sa  fille  Emma  à  la  Maison  de  Toulouse.  Dans  ces 
deux  comtés,  on  constate  le  même  phénomène  qu'à  Nice.  Dans 
celui  de  Venaissin,  on  trouve,  au  milieu  du  x®  siècle,  Ismidon 
qui  donne  Bédoin  à  Montmajour  ^.  Ce  donateur  avait  trois  fils  : 
Brémond,  Féraud  et  Laugier.  Il  eut  aussi  une  fille,  mariée  avec 
Artaud,  fils  d'Aymar,  dont  elle  eut  Ismidon,  prince  de  Royans, 
dans  la  partie  du  diocèse  de  Grenoble  confinant  au  Diois  ^,  et 
parla  l'influence  de  Montmajour  s'étendit  jusqu'5  cette  région. 
L'un  des  filsd'Ismidon,  probablement  Féraud,  doit  être  le  père 
des  huit  domni  qui  figurent  le  22  mai  1023  dans  un  acte  plein 
d'intérêt  pour  cette  région  de  la  Provence  ^.  A  cette  date,  deux 
d'entre  eux,  Laugier  et  Pons,  se  font  bénédictins  :  ils  disent  que 

1.  30  novembre  lOli  (Nice,  n«  8).  —  29  mai  1030  {Saint-Pons,  VI). 

2.  Cart.  Saint-André,  fol.  42.  Ce  Pierre,  évêque  de  Sisteron,  meurt  entre 
le  14octobrel040  (Saint-Victor,  14)  et  septembre  1041  (Cart,  Saint-André, 
f«  49  j. 

3.  Montm.,  pp.  64-65. 

4.  Novembre  1001  (Cart.  Saint- André-le-Bas,  179).  —  23  novembre  1025 
{Saint-Barnard,  2«  éd.,  n^  74).  —  27  janvier  1052/3  (Ibid,,  n«  104). 

5.  Cluny,  n^  2779  et  2866. 


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^  •-::.•   :-  i-  '--.::;-  -i- Pn-T>    :  R  «ux. 2>:>rt  avint  J'tjT.  ■ 
i-  '.'-  farr./.ir  :-*  A  ".t.*  ri  it  lk*r2rnr  •  en  GraisdvsM.-n  C 

:rr,    r-:      !-     :-rrr  drr    RvîlX   «.n      hl-SDC-îl vnir.   -^ 

<i--.u:    t:     }:è:r..:^.ui.    ^mt     reste*    -n     Pr  TrUC* 

:•  -rrii-:::     •i--5^T::ir>r    let    Mcv :.uillc»a    e:   !■? 

:-:    r-i-^î^-i  i-r:.:    1-^    Hirr-nnies    sise*.    pèrt:r   >z 

Gè:  .     i-ir::-  -u:   w-rlj;  ie  Vi;<,:iî  ■.  Ce  n'est  pà 

:rur     £-7     Br-i  :=.    Is:r.:d:«L.    ^t-it      paren:     Je 

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M 
V 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    RT   LE   RÉGIME   FÉODAL  «361 

le  19  avril  988  il  donnait  à  CIudv  la  moitié  de  Mison  *  et  il  pos- 
sédait de  grands  biens  dans  le  Rosanais.  Un  demi-siècle  plus 
tard,  les  seigneurs  de  Mison,  où  se  retrouvera  le  nom  d'Ismidon, 
seront  vicomtes  de  Gap  etd*Embrun,  en  attendant  de  devenir 
comtes  de  Diois. 

Ainsi,  au  moment  où  Roubaud  et  son  (ils  Guillaume  sont  mar- 
quis de  Provence  (993-1010),  les  comtés  auxquels  ils  s  attachent 
particulièrement  servent  de  point  de  départ  h  lexpansion  de 
deux  ou  trois  grandes  familles.  De  Nice,  les  châtelains  de  Nice 
se  portent  sur  Sisteron  ;  du  Venaissin,  d'autres  viguiers  ou  châ- 
telains se  portent  sur  Vaison,  Die  et  Gap,  en  fournissant  les  cités 
d'évêques.  Mais,  ni  Roubaud,  ni  son  fils,  ni  la  maison  de  Tou- 
louse qui  en  hérita,  ne  paraissent  jamais  avoir  créé  de  vicomtes. 

La  conformité  de  cette  conduite  politique  des  deuxième  et  troi- 
sième marquis  avec  celle  de  Guillaume,  le  premier  d'entre  eux, 
prouve  qu  elle  était  voulue  et  traditionnelle.  Les  vicomtes  de  Mar- 
seille et  de  Cavaillon  avaient  été  créés  dès  950,  quand  il  n'y  avait 
encore  que  des  comtes  d'Arles  et  d'Avignon.  Le  premier  marquis 
n'avait  pu  les  supprimer,  mais  il  n'en  avait  pas  créé  de  nouveaux. 
Quant  aux  vicomtes  d'Avignon,  seigneurs  de  Mézoargues,  tenus  à 
Técart,  c'était  le  veuvage  d'Alix  et  le  bas  âge  de  son  fils  qui  les 
avaient  fait  reparaître  en  dehors  du  marquis  Roubaud.  Il  faut 
examiner  maintenant  dans  quelles  circonstances  parurent  les 
dernières  maisons  vicomtîiles  en    Provence. 

On  en  voit  paraître  trois,  postées  sur  la  Durance,  dans  les  cités 
d'Avignon,  de  Sisteron  et  de  Gap.  On  en  voit  une  quatrième  k 
Fréjus  sur  le  littoraL 

Le  premier  marquis,  Guillaume,  avait  pris,  concurremment 
avec  les  cités  d'Arles  et  d'Avignon,  comme  résidence,  le  simple 
château  de  Manosque,  sur  la  Durance.  Le  choix  inattendu  de 
cette  localité  parait  s'expliquer  tout  simplement  parce  qu'elle  se 
trouve  sensiblement  au  centre  de  la  marche  dont  il  était  devenu  le 
seul  maître  ^.  Quece  choix  soitle  résultat  du  calcul  ou  de  l'instinct, 

1.  Cluny,  1784  ;  2529. 

2.  Manosque,  à  vol  d'oiseau,  est  à  peu  près  à  la  même  distance  d*Apt  et 


362  L4  rmovEKE  dc  nuEsno  mt  xn*  sitcxx 


eeb  rv'vient  au  même.  Qaantanx  cités  choisies,  maintenant  et  en 
d'-mier  liea.  comme  résidence  des  nooTeanx  TÎcoaites.  on  peut  se 
demander  pourquoi  ce  forent  ces  quatre  là  et  pas  d'antres.  lien 
falbit  un  dans  Avignon  même,  à  caose  de  la  faiblesse  des  comtes 
en  bas  âge.  II  était  indiqué  d'en  mettre  un  autre  à  Sîsteron.  dans 
b  cité  centrale  de  b  marche,  sur  le  territoire  de  laquelle  était  le 
châtf^u  choisi  comme  résidence  par  le  premier  marqnis.  D'autre 
part,  quoique  aucun  archevêque,  par  un  sentiment  pareil  â  celui 
de<»  marquis,  ne  dût  souhaiter  d'en  avoir  un  dans  sa  propre  cité,  il 
devait  le  di^irer  à  proximité  :  c'était  une  épée  qu'il  fallait  avoir 
â  portée,  mais  non  pas  dans  les  jambes.  Il  n\  en  eut  donc  ni 
â  Arles  K  ni  à  Aix,  ni  k  Embrun,  mais  il  v  en  eut  un  à  Gap, 
cit^  limitrophe  d'Embrun,  un  à  Fréjus.  cité  limitrophe  d'Aix. 
comme  déjà  il  y  en  avait  un  à  Marseille,  cité  limitrophe  d'Arles. 
Enfin,  dès  le  temps  du  marquis  Roubaud,  quand  cepnnce  venait 
U  Nice,  il  voisinait,  dans  bcité  limitrophe  de  Gbndèves.  avec  les 
descendants  du  comte  Grifon.  qui  avaient  dû  subir  la  supré- 
matie du  premier  marquis  de  Provence  et  qui.  gardant  encore 
quelque  temps  la  qualité  de  comtes  pour  masquer  leur  déchéance, 
y  figuraient  en  fait  sous  son  autorité  '^. 

tUi  liiez;  d'Aix,  Difçne  et  Sinteron  ;  de  Marseille,  Cavaillon,  Carpentras  et 
(jiHU'Wane;  de  Toulon,  A%'ignon.  Vaison  ;  de  Fréjus,  Orange,  Gap,  Entre- 
vaux;  d'Arle»,  Saint-PauUTrois-Chàteaux.  Emhnin  et  Grasse  :  de  Vence  et 
Die;  desSaintes-Maries»  de  Viviers,  de  Guillestre  et  de  Nice. 

i.  Un  des  membres  de  la  famille  des  vicomtes  de  Marseille,  Aicard,sera, 
Mflon  quelques-uns,  au  milieu  du  xi*  siècle,  vicomte  d'Arles;  mais  c'est 
une  /*po<|ue  plus  tardive  où  Tautorilé  comtale  était  bien  diminuée,  tandis 
(|ne  celle  des  vicomtes  prédominait  dans  les  cités.  En  réalité,  quand  on 
(fxprimc  sa  qualité.  Aicard  est  dit  vicomte  de  Marseille  Sai/i/- Vic/or, 
no  119j  ;  seulement,  son  neveu  devint  archevêque  d'Arles  et  cela  prouve 
qu'il  y  avait  de  rinfluence. 

2.  Le  19  février  955,  |>araît  le  comte  GrifTon,  fils  de  Griffon  et  de 
Th(*viarde.  Comme  il  ne  qualifie  pas  son  père  de  comte,  il  faut  admettre 
qu'il  avait  été  créé  comte  en  9t9parleroi  Conrad,  exactement  comme  les  fils 
de  Roubaudravaientété  pourArleset  Avignon. Or  Sallagriffon, qui  perpétue 
son  nom,  se  trouve  dans  le  comté  de  Glandèves  :  son  autorité  devait 
s'étendre  sur  Glandèves  et  Senez,  tout  au  moins.  Ce  Griffon  avait  une 
sœur,  Ilermcnganie,  qui  avait  pour  fils  Rostaing,  évêque  d*Apt  (951-955). 
Dans  le  comté  d'Apt,  sur  le  terroir  de  Saint-Martin-de-Castillon,  se 
remarque  le  lieu  dit  Griffon.  Quand  Guillaume  devint  marquis,  ce  Griffon 


LA    IHÉhARCHIE   ADMIMSTRATIVK    ET    LE   RÉGIME    FÉODAL         363 

La  situation  de  Glandèves  convenait  au  système  qui  avait 
fait  choisir  jadis  pour  les  vicomtes  Marseille  et  Cavaillon,  à 
portée  des  comtes  dWrles  et  d'Avignon.  Par  le  fait  aussi,  Avi- 
gnon, Fn'jus,  Glandèves  et  Gap  sont  à  égale  distance,  sensible- 
ment, de  Manosque  et,  en  conséquence,  de  la  vicomte  centrale 
de  Sisteron.  Telle  est  l'organisation  finale  des  vicomtes  et  telle 
est  sa  raison  d'être.  Le  comte  de  Glandèves  se  trouvait  à  proximité 
du  marquis,  quand  celui-ci  résidait  à  Nice;  les  deux  vicomtes  d'Avi- 
gnon siégeaient  auprès  des  comtes  de  Provence  en  bas  âge  et  le 
vicomte  de  Sisteron  se  trouvait  préposé  à  la  résidence  centrale 
do  Manosque.  D'autre  part,  les  vicomtes  de  Marseille,  de  Fré- 
jus  et  de  Gap  existaient  à  proximité  du  primat  d'Arles,  des 
archevêques  d'Aix  et  d'Embrun.  Il  n'y  en  a  jamais  eu  davantage, 
semble-t-il  :  les  anciens  vicomtes  de  Cavaillon  disparaissent.  Si 
les  comtes  de  Diois  et  de  Venaissin,  descendants  du  marquis 
Houbaudpar  sa  iille  Emma,  avaient  consenti  à  établir  des  vicomtes, 
ils  les  auraient  établis  à  Vaison  ou  à  Orange,  à  proximité  de  leurs 
cités  préférées. 

On  a  vu  que  le  vicomte  Auphant  avait  paru  dans  Avignon, 
où  résidait  la  veuve  du  pr«=:mier  marquis,  pour  suppléer  son  111s 
Guillaume  en  bas  Age,  et  de  fait,  quand  il  y  est  en  lOOi,  ce  comte 
Guillaume  pouvait  avoir  une  quinzaine  d'années.  Du  vivant  de  ce 
comte,  c'est  le  seul  vicomte  connu  et  il  se  cantonna  sur  la  rive 
gîiuche  près  de  Tarascon,  dès  que  le  comte  fut  en  âge  de  se  passer 
de  lui.  Mais  ce  comte  vint  à  mourir  en  1018*,  après  le  30  mai  -  : 
il  avait  à  peine  trente  ans.  Marié,  dès  1010  environ,  avec  Gerberge, 
fille  du  comte  de  Mâcon  Otte-Guillaume,  il  avait  eu  juste  le 
temps  d'en  avoir  trois  fils.  La  situation  causée  dans  Avignon,  par 
la  mort  du  premier  marquis  en  993,  se  renouvelait  donc  en  1018  : 
la  comtesse  Alix,  veuve  de  ce  premier  marquis,  restée  avec  un 
fils    en    bas    âge   en    993,    se    trouvait    maintenant    avec   une 

dut  se  soumettre  à  lui.  Le  comte  Griffon  eut  pour  successeur  le  comte 
Apollonius  (Cart.  (FApty  n"  125)  et  le  comte  Aldebert  (Lérins,  éd.  Moris, 
p.  31  i).  Le  29  décembre  1036,  Clans  figure  «<  in  episcopatu  Cimilensis,  in 
comitatu  Tiniensis  »  [Nice,  n®  21). 

1.  Saint-André,  fol.  41  ;  Saint-Victor,  226  et  630. 

2.  Montm.,  p.  114. 


36i  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

belle-fille  et  des  petits-enfants  incapables  de  gouverner.  La 
solution,  apportée  à  cette  situation  en  1018,  fut  la  même  que 
celle  adoptée  en  993.  Comme  le  vicomte  Auphant  avait  quitté 
Avignon  pour  Tarascon,  laissant  Bérenger,  le  dernier  juge  de 
Provence»  dans  cette  cité  auprès  du  comte,  ce  fut  Bérenger  qui 
se  vit  élever,  à  son  tour,  au  rang  de  vicomte.  On  a  dit  que,  jus- 
qu*enl040,il  devait  prendre  quelquefois  encore  la  qualité  déjuge. 
Mais  deux  actes  le  montrent  dans  ses  nouvelles  fonctions  vicom- 
tales.  Aussitôt  après  la  mort  du  comte  Guillaume,  en  1018,  on  voit 
sa  mère,  sa  veuve  et  ses  trois  fils  faire  un  don  dans  le  comté  de 
Riez  K  Sa  veuve  et  ses  trois  enfants  en  font  un  autre,  la  même 
année,  dans  le  comté  d'Aix^;  puis,  en  1019,  ensemble  encore 
dans  le  comté  de  Sisteron  ^  et  dans  le  comté  d'Avignon  *.  Sur  ces 
entrefaites,  le  fils  aîné  Guillaume  mourut  à  son  tour,  prématuré- 
ment, à  peine  âgé  de  dix  ans.  Restaient  Bertrand  et  Geoffroy.  Le 
premier  acte  dans  lequel  Bertrand  prend  le  titre  de  comte,  il 
n'accompagne  plus  sa  mère,  mais  il  est  assisté  du  vicomte 
Bérenger.  Ce  n'est  plus  Tcnfant  en  bas  âge  placé  entre  les  mains 
des  femmes,  c'est  celui  qui  est  d'âge  à  passer  en  la  compagnie 
des  hommes  :  il  venait  d'échanger  la  tutelle  de  sa  mère  pour  celle 
d'un  vicomte.  Déjà,  on  avait  remarqué  que  le  vicomte,  paraissant 
après  la  mort  du  premier  marquis,  n'avait  paru  qu'en  1004,  c'est- 
à-dire  dix  ans  après  cette  mort,  et  quand  le  jeune  comte 
qu'il  devait  assister  pouvait  avoir  une  quinzaine  d'années.  Ce  fait 
se  renouvelle  :  le  vicomte  Bérenger,  chaîné  de  veiller  sur  le  fîls 
du  comte  mort  en  1018,  ne  paraît  que  quand  celui-ci  est  d'âge  à 
quitter  sa  mère.  L'acte,  où  ce  fîls  Bertrand  paraît  comme 
comte,  accompngné  du  vicomte  Bérenger,  est  forcément  posté- 
rieur aux  actes  de  1019  où  figurait  sa  mère.  Il  doit  même  être  pos- 
térieur à  l'acte  de  novembre  102i  où  il  paraît,  entre  Pons  fils  de 


1.  Saint- Victor^  i\^  6H0. 

2.  Ibid.,  no  226. 

3.  Ibid.,  n»  649. 

4.  Saint-André,  ^  32. 


La  hiérarchie  administrative  et  le  Iiégime  féodal      36f) 

la  comtesse  Emma  et  Bérenger,  sans  la  qualité  de  comte  ^  Ce 
premier  acte,  où  il  figure  comme  comte,  est  un  don  fait  à  Téglise 
de  Forcalquier  et  le  jeune  comte  fait  allusion  à  sa  fragilité^  c'est- 
k-dire  à  la  faiblesse  de  son  âge.  Il  avait  dû  naître  vers  1015  ^  et 
il  avait  encore  à  grandir.  En  effet,  Tacte  en  question  porte  la 
souscription  de  Tévêque  de  Sisteron  Frodon  3.  Ce  prélat,  connu 
depuis  le  9  décembre  999  *,  siégait  encore  au  mois  d*août  1018, 
date  à  laquelle  il  faisait  un  don  à  Saint-André  d'Avignon  ^.  Son 
successeur,  Pierre,  fils  d'Odile  et,  sans  doute,  de  Miron  de  Nice, 
qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  son  homonyme  plus  âgé  que  lui, 
Pierre  évêque  de  Vaison,  (ils de  Laugier  et  peut-être  de  la  même 
Odile,  se  trouvait  sur  le  siège  de  Sisteron  dès  avant  1030  ^. 
Par  conséquent,  le  premier  acte  où  parait  le  juge  Bérenger 
en  qualité  de  vicomte,  aux  côtés  du  comte  Bertrand,  doit 
se  dater  de  la  période  comprise  entre  1024  et  1030.  Si  ce 
comte  avait  au  moins  une  quinzaine  d'années  à  cette  date, 
comme  son  père  en  1004,  Tacle  serait  de  1028  ou  1029.  Cela 
est  d'autant  plus  probable  que  le  premier  acte  daté,  où  paraisse 
Bertrand  comme  comte,  est  de  1030  '.  Le  marquis. de  Provence, 
qui  vivait  alors,  était  Guillaume,  fils  de  Roubaud. 

Si  un  nouveau  vicomte  a  été  établi  ainsi  pour   remédier  à  la 
jeunessedu  comte  dans  Avignon  entre  1025  et  1030,  il  est  difficile 

1.  Novembre  1024  :  «  S.  Emma  comitissa  subscripsit.  S.  Pontii.  S.  Ber- 
tranni.  S.  Barangerius  subscripsit.  S.  Amicus  subcripsit»  (Bjbl.  nat.,  ms. 
lat.  897I,p.  49). 

2.  En  1013,  il  n'est  pas  encore  mentionné  à  côté  de  son  frère  aîné  Guil- 
laume (Saint-  Vie/.,  646). 

3.  u  Sif,'num  Bcrlrannus  cornes...  Signum  Beringarius  vicecomes.  Signum 
vesco  Frodo.  Signum  Amicus...»  (Saint- Victor,  066).   Les  éditeurs  ont  lu 

Vescofrodo,    imaginant    ainsi   un   nom    de    notable  provençal   totalement 
inconnu.  En  réalité,  vesco  est  la  forme  vulgaire  de  episcopo. 

4.  Lurs,  9  décembre  999  :  «  in  presenlia  domini  Froddonii  episcopi  »> 
Saint-Pons,  n®  1).  Son  prédécesseur  probable,  Roux  siégeait  le  2  janvier 

98 1  [Saint- Victor,  654). 

5.  Cart,  Saint-André,  P*  42.  Ce  don  fut  confirmé  après  coup  par  k»b 
comtes  Geoffroy  et  Bertrand,  ainsi  que  par  l'évêquc  Pierre,  successeur  de 
Frodon. 

6.  Saint- Victor,  IH. 

7.  Ihid,,  681. 


366  LA    PROVENCE    DL'    PREMIER    AL'    XII*    SÈCLE 

de  croire  que  les  vicomtes  de  Sisteron,  de  Gap  et  de  Fréjus 
furent  créés  en  même  temps.  Ces  trois  dernières  créations 
paraissent  avoir  été  faites  en  faveur  des  familles  qui,  déjà,  avaient 
profité  de  la  protection  du  second  marquis  Roubaud  entre  993  et 
!015.  C'est  Miron,  (ils  de  Miron  de  Xice  et  d'Odile,  qui  devint 
vicomte  de  Sisteron.  C'est  Pierre  de  Mison.  tîls  d'isoard, 
qui  devint  vicomte  de  Gap.  Enfin,  cest  Francon.  fils  de  Fran- 
con.  qui  devint  vicomte  de  Fréjus.  A  Sisteron.  cet  événement 
parait  s'être  produit  entre  le  23  juin  iOJT  '  et  le  23  avril  1057  -  ; 
à  Gap,  entre  le  7  avril  1014  ^  et  le  mois  de  septembre  1043*  ; 
à  Fréjus,  entre  1036  ^  et  les  environs  de  lOoo  *\  Pour  ces  trois 
dernières  maisons,  quicomplètent  le  système  vicomtal  de  la  marche 
de  Provence,  les  dates  semblent  donc  se  ramener  à  une  création 
d'ensemble  faite  entre  le  7  avril  i044et  1045.  Or,  le  marquisGuil- 
laume  fils  de  Roubaud,  qui  vivait  encore  en  mai  1037,  était  mort 
avant  le  25  mai  1042  ".  Cette  mort  est  la  fin  de  l'unité  proven- 
çale, assurée,  depuis  970  jusqu'alors,  par  les  trois  premiers  mar- 
quis. La  marche,  désormais,  n'est  plus  entre  les  mains  d'un  seul 
chef.    I>es    deux    comtes    de   Provence,  Bertrand  et    Geoffroy, 

1.  23  juin  1037  :  «...  consentiente  RaimbaMo  ot  iixori'  sua  .\dalis,  auclo- 
ritate  roinana...  in  comitalu  Ventienso...  Testes  Neclardusepiscopus.  Raim- 
baldus  et  uxor  Adalais,  Miro.  Lauj^erius  «le  Mornaz...  ••  Saint-Pons, 
n'VII. 

2.  23  avril  1057  :  •<  e;co  Miro  vicecomes  Sistericensis,  frater  RaimbaMi... 
in  coinitatu  Ciinelensi  sive  Niciensi...  ••    Sainl-Virtor,  7l»3  . 

3.  Gap,  7  avril  10 H  :  «<  mediante  archiepiscopo  lîbixMlunensi  nomine 
Ismidone  et  P.  de  Misone.  Signum  Radulphi  episcopi.  Signum  Is.  archie- 
piscopi.  Sig^num  comitis.  Sijrnum  P.  de  Misone.  Sip:nnm  R.  de  Faudaone 
(AlbnnèSf  (rail. Christ,  fior/jw.,  Gap,  col.  27.'i-277.  Inslr.,   IX  . 

'*.  Mars-septembre^  10*5  :«  ego  Pelrus  vicecomes  (îu  ipincensis,  iinn 
rum  matre  mca  Dalmatia  et  uxore  In^^uilberga  ne  lilio  meo  îsoanio.. 
in  comitalu  Ilebredunensi  »  [Saint-Victor,  n^tiyi). 

'.}.  1030  :  «'  ego,  in  Dei  nomine,  Franco...  in  comitalu  Forojuliensc... 
Ego  Franco...  firmavi.  Franco  firmavit  »>  [Saint-Virt.,   504  . 

0.  'Vers  1055^  :  '«  dédit  Franconi,  fdio  Franconis,  vicecomiti's  Foroju- 
liensi...  dédit...  Wilelmi  vicecomitis  Forojuliensi[s  ...  Duramlus  vero  vica- 
riusde  Pojeto  •>  (Saint-Victor,  505.  On  ne  sait  si  les  vicomtes  d'Esparron, 
près  !{i;iris.  mentionnés  le  21  m;ii  1177  Saint-Vict.,  n®  1110-,  se  rattachent 
à  cette  souche. 

7.  Cluny,  2017.  —  Sainl-\  tctor,  375. 


LA    HIÉRARCHIE   AD&IIMSTRATIVE    ET    LE   RÉGINE   FÉODAL         367 

succèdent  au  titre  prééminent  de  marquis.  Bertrand  se  fixe 
dans  Avignon  et  Geoffroy  dans  Arles  :  mais  ce  n'est  ni  le 
comte  de  Provence-Avignon,  ni  le  comte  de  Provence-Arles 
qui  se  réserve  d*être  marquis.  Les  deux  frères  se  partagent  le 
titre  et  rabaissent  en  le  partageant.  Précisément  alors,  les 
juges  de  Provence  cessent  d'exister,  puisque  le  dernier  acte 
qui  donne  cette  qualité  à  Bérenger  est  de  1040.  On  peut 
bien  se  rendre  compte  que  la  disparition  du  marquis  unique 
entraine  la  disparition  de  la  cour  suprême  et  unique  des  juges  : 
les  comtes  se  cantonnent  dans  Avignon,  dans  Arles,  dans  Nice, 
en  Diois,  en  Venaissin  et  ceux  d'entre  eux,  qui  se  partagent  le 
titre  de  marquis,  sont  obligés  d'instituer  des  vicomtes  à  Sisteron, 
à  Gap  et  à  Fréjus,  dans  les  régions  qu'ils  doivent  renoncer  k  gou- 
verner directement. 

Enfin,  dans  les  cités  où  ces  princes  de  rang  comtal  et  vicom- 
tal  ne  résident  pas,  on  voit  naître  des  princes  proprement  dits 
qui,  ne  pouvant  être  comtes  ou  vicomtes,  ne  daignant  plus  se 
dire  viguiers,  expriment  leur  primauté  régionale,  en  faisant  suivre 
cette  dénomination  du  nom  du  comté  où  ils  dominent.  C'est  ainsi 
qu'on  voit  naître  les  princes  d'Apt  *,  de  Riez  2,  d'Antibes^  et, 
plus  tard,  les  princes  d'Orange. 

1.  Apt,  27  juin  1056  :  «  ego  Alfantus...  cpiscopus  sancUe  sedis  Aplensis 
ecclcsise...  personas  duonim  fratrum  mes  civitatis  principum  scilicet  Ros- 
ta^iium  et  Guilielmum  »  (Cart,  rVApt^  n*>  72).  De  ces  princes  d*Apt  descen- 
dait la  première  maison  d'AgouIt  et  de  Simiane. 

Le  Guillelmus  de  Al  du  n**  82  de  ce  cartulaire  appartenait  au  contraire 
à  la  famille  des  châtelains  d'Apt. 

2.  [Vers  1039]  :  «  efjo  Richillis  nominc,  uxor  quondam  Gircnni,  principis 
Hegencis...  »  (Saint-Victor,  586). 

;  1064-1079]  :  «  Guilelmus  princeps  terrç  Rcgensis  »  {ibid.,  n°  617).  i)v 
ces  princes  de  Riez  descendait  la  maison  de  Moustiers.  Quant  à  VAugerius 
de  lièges  qu'on  trouve  le  18  juin  1097  (Saint- Victor,  619),  fils  d'Erbert  et 
dWdalgardc,  il  était  sans  doute  châtelain  de  Riez  ;  de  lui,  paraissent  des- 
cendre les  Augier,  barons  d'Oze  et  de  Vitrolles. 

3.  [1026-1050]  :«  ego  Bclieldis  genitrix  duorum  Antipolitani  regni  princi- 
pum e  quibus  aller  presul,  altcrque  miles  forenoscuntur...  »  iCarl.  Lérins, 
ôd.  Flammnrc,  CVIIl).  Des  princes  d'Antibcs  descendait  la  maison  de 
Grasse. 


368  Là    PBOTDŒ   m:   rtEMIEB   AC    XMf  8ÈCLC 

Parfois  même,  dans  le  comté  où  réside  on  vicomte*  il  arrive  à  un 
vîguier  de  se  qualifier  princedii  territoire  de  sa  seule  vi^erie  :  les 
priDces  de  Caliian  ^  au  diocèse  de  Frëjus.  en  sont  la  preuve.  Rien 
n'est  plaisant  et  instructif  comme  rhistoire  de  cet  Hugues,  sei- 
gneur de  Caliian.  qui  jadis  avait  reçu  quelques  biens  du  comte  et 
qui  se  trouve  confondu  parmi  les  chevaliers  de  Tévéque  de  Frëjus 
jusqu'en  1038.  Sur  la  fin  de  sa  vie,  en  1049.  il  tranche  du  prince, 
ne  saurait  agir  sans  le  conseil  de  •«  ses  chevaliers  »  et  vante  la 
foule  de  ses  amis.  Tout  en  rendant  hommage  à  Fheureuse  fortune 
de  ce  parvenu,  il  faut  avouer,  que  dès  le  xi'  siècle,  l'imagination 
méridionale  savait  flatter  la  réalité,  même  quand  elle  était  déjà 
fort  belle  par  elle-même.  Jadis,  le  prince,  c'était  uniquement  le 
souverain  :  dès  l'époque  carolingienne,  les  princes,  ce  sont  aussi 
les  ducs  et  les  comtes.  Au  xi*  siècle,  non  seulement  les  vicomtes, 
mais  des  viguiers  parviennent  à  l'être.  On  a  des  principautés 
de  village  :  se  trouve  prince,  en  somme,  qui  est  maître  chez  soi. 

Il  ne  faut  pas  confondre  ces  princes,  de  tout  le  territoire  d'un 
comté  ou  d'une  viguerie,  avec  les  châtelains  qui,  à  un  degré  plus 
bas  encore  de  l'échelle  féodale,  porteront  le  nom  de  la  cité  ou  du 
château  dans  les  murs  duquel  ils  seront  renfermés.  Ceux-ci  ne 
sont  même  pas  princes  :  ce  sont  de  simples  chevaliers. 

Maintenant  que  la  marche  générale  du  mouvement  d'établis- 
sement des  vicomtes  est  déterminée,  il  reste  à  indiquer  comment 
se  comportèrent  les  descendants  du  vicomte  Bérenger  établi  à 
Avignon  vers  1028. 

1.  1035  :  •'  e^)  Aldehertus  episcopus...  Ugo  de  Cal  lia  no  firmat  >:  {Lérins, 
<*d.  Flammnre.  n"  I.XIX  —  10  janvier  1030  :  «<  in  %-ico  Kalidîano.  in  pago 
Foroju lieuse...  leslis  :  l\^>senioi'eCalidiano  ••.76i</.,XXX|.  — ^juillet  1038: 
"  e^oGaucelmiis  Forojuliensis  opiscopus...Ugo  f.  Ermengarda  uxor  ejus  f. 
Isnardus  filiusojusf.  •'  \IbuL,  n®  XXXI V|.  — «  22 juillet  1038  :  «•  ego Gaucelmus 
Forojuliensis  opiscopiis...  caballario  meo  Ujç^necum  suanxore...  incomilatu 
Forojulienseel  in  loco...  <^ilianus  ••  Ibid.,  XXV!!).  — 9  décembre  1038:  «ego 
Aldebertus  grati»  I)ei  .Vnlipolitanusepiscopusuna  cumfratre  meo Guillelmo 
(iauceranno...  Ugo  de  Caliano  f.  ..  (//>ic/.,  n«  CXXVI).  —  [1030-1044]  :  o  ego 
L'go  et  uxor  mea  ErnuMigarda  donamus  aliquid  de  hçreditate  uostra  que 
nobis  exdonatione  Guileîmi  comilis  advenit...  in  fines  Calidiani...  n\Ibid,^ 
n"  XXXVII).  —  Callian,  lundi  17avril[1049?]:  «  ego  Ugo  princeps  Calianen- 
sium...  cum  consilio  militum  meorum  amiconimque  turbam.,.  in  pago 
Forojuliensi  »   /AiV/.,  n«  XXXVIII  . 


t.A    tllÉRARCllIË  ADMINISTRATIVE   ET   LE   HÉGÎME   FÉODAL  369 

Par  un  acte  daté  de  1030,  Bérenger  confirme  *,  en  ce  qui  le  con- 
cerne, le  don  de  la  moitié  de  Tourves  fait  jadis  à  Saint- André-lès- 
Avignon  par  son  oncle  Heldebert,  ou  Aubert,  en  avril  1002. 
C'est  la  preuve  que  Bérenger  est  le  fils  du  juge  Adalelme,  ou 
Aleaume,  et  de  Bélielde,  mariés  dès  987. 

Belielde  avait  eu  au  moins  trois  fils,  Carbonel,  Bérenger  et 
Amie.  Tous  trois  paraissent  ensemble  en  1024  et  en  1036.  La 
première  fois,  ils  souscrivent  avec  Isnard  Palliol  et  Guillaume 
de  Brue,  frères  de  Pierre  archevêque  d'Aix,  un  acte  relatif  au 
comté  d'Aix  2.  Guillaume  de  Brue  aura  pour  fils,  d'Accelena, 
Hugues,  Guillaume  de  Brue,  Auphant  et  Guy  3.  Ces  faits 
ndiquent  que  la  famille  de  l'archevêque  d'Aix  devait  être  alliée 
avec  celle  du  juge  Adalelme.  La  seconde  fois,  en  1036,  leur  mère 
donne,  d  accord  avec  eux,  une  part  de  son  héritage  dans  le  comté 
d'Arles,  au  lieu  dit  Gimeaux  ^,  pour  le  repos  de  l'âme  de  Tévêque 
d'Avignon  Heldebert.  Ceci  prouve  que  cet  évêque  était  leur 
parent:  mais,  comme  en  1024,  il  ne  figure  pas  avec  eux,  il  est  pro- 
bable qu'il  était  fils  du  juge  Heldebert  A  Marseille,  en  août  1031  ^, 
Bérenger  et  son  frère  Amie  figurent,    dans  une  assemblée  des 

1.  Saint-André.  1030  :  «  ego  Barangarîus.,.  firmo...  meam  partem  quam 
habui  de  medictate...  Tunis,  quam  Aldebertus  avunculus  meus.:,  dédit... 
Signum  Barangarii...  Signum  Aldeberti  humilis  Aveoionensis  episcopi...  » 
{Saint-André,  f»  36). 

2.  1024  :  «  in  comitatu  Aquense,  in  valle...  Cagnanam  ..  Isnardus  Pal- 
liolus,  Wuilelmus  Brocianus,  Eldebertus  frater  eorum  Grmavenint.  Carbo- 
lenus,  Berengarius,  Amicus.  Isnardus  GliusPallioli...  »  (Saint- Victor,  225). 

3.  Sur  la  famille  de.  Pierre  archevêque  d'Aix,  voir  :  15  décembre  1038 
(Saint- Victor,  293).—  i050  {Ibid,,  298).  — [Vers  1050]  (Mtc/.,297).  — 20  juin 
1053  {Ibid,,  294).  —  1053  (Ibid.,  296).  —  1058  (Ibid.,  36  et  307).  — 
Décembre  1062  {Ibid,,  300).  —  Cf.  459  (souscr.  postérieures),  305. 

4.  i036  :  «  Ego  Belliildis  una  cum  Ûliis  meis  Carbonelio,  Berengario 
atque  Aroico.,.  in  comitatu  Arelatense,  in  loco...  Gimellus,..  pro  anima 
Ileldeberli  episcopi...  »  (Ibid,,  i80).  Gimeaux,  comm.  Arles,  dans  la  haute 
Camargue  (Comte  de  Revel  du  Perron  et  marquis  de  Gaucourt,  Etat  des- 
criptif de  r arrondissement  d'Arles  ;  Dict,  topographique,  t.  X,  Amiens, 
impr.  Alfred  Caron,  1871,  p.  110). 

5.  Marseille,  août  1031  :  «  Bertrannus  comes...  Feraldus  episcopus  testis, 
Berengucrius  testis,  Amicus  frater  suus  testis,  Isnardus  Regensis  testis...  » 
(//)iV/.,4,n5). 

Menu  et  doc,  de  l'Ecole  des  Chartes.  —  \'II.  24 


370  LA   PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XU*   SIÈCLE 

fidèles  du  comte  Bertrand,  avec  TévêquedeGap.  Carbonel  figure, 
avec  sa  mère,  dans  un  acte  de  Lérins  relatif  au  comté  de  Fréjus 
et  plus  précisément  au  Cannet  où  elle  avait  des  biens  ^  Enfin 
Carbonel  et  Amie  se  retrouvent  ensemble  en  1031,  témoins  d'un 
acte  relatif  au  comté  de  Riez  ^,  avec  des  membres  de  la  famille  de 
Châteaurenard.  Dans  Avignon,  Bérenger  souscrit  des  actes  depuis 
1019  jusqu'au  14  février  1063/4.  En  1019,  au  monastère  de 
Saint-André,  il  assiste,  pour  le  confirmer,  avec  la  comtesse  douai- 
rière Alix,  au  don  fait  par  la  reine  Hermengarde,  accompagnée 
de  ses  fils  Hugues  et  Guillaume,  de  la  terre  des  pêcheurs  qui  en 
était  voisine  ^.  Comme  la  comtesse  Gerberge,  de  son  côté, 
avec  ses  fils,  fait,  la  même  année  et  au  même  monastère,  un  don 
de  la  plaine  tenue  par  les  pécheurs  sur  la  rive  du  Rhône  ^,  il 
faut  sans  doute  attribuer  à  cette  même  date  un  acte  par  lequel 
le  marquis  Guillaume  et  sa  femme  Lucie  confirment*^  le  don  fait 
jadis,  relatif  aux  pêcheurs,  par  le  premier  marquis  et  Alix  en 
986  ^.  Bérenger  souscrit  Tacte  du  troisième  marquis  Guillaume 
comme  celui  de  la  reine  Hermengarde  en  1019  :  mais  il  ne  parait 
pas  avoir  souscrit  celui  de  la  comtesse  Gerberge  et  de  ses  fils.  En 

1.  10  juin  [102ÎÏ-1032]  :  «  ego  Belielda...  in  pago  Forojulieosi...  in  Castro 
Canneto...  Carbonello  filio  suo  »  (Lérins,  éd.  Flammarc,  n^XLIV). 

2.  i031  :  «  quarlam  partem  ville  Trjgantie,  in  comilatu  Regense...  Signuni 
Matlildis  f.  Dodonus  filius  ejus  f....  CarbonelUis  f.  Amiens  frater  ejus  f.  » 
{Saint- Victor,  620). 

3.  Saint- André  [janvier-septembre]  1019  :  «  ego  Ermengarda  regina  et 
filii  quoque  mei  Ugo  et  Willelmus...  sicul  jura  lestantur  Romanorum... 
aliquid  nostrœ  terrœ...  in  comilatu  Avenionensi,  videlicet  ten-am  piscato- 
rum...  Adalais  comitissa  propriis  manibus  gaudens  dédit  elfirmavit.  Baran- 
gerius  firmavit  et  Laugerius,  Amiens,  Rnynaldus...  y> [Saint- André,  fol.  30). 

4.  KM  9  :«  ego  Gisberga  comitissa  vna  eum  filiis  meis  Willelmo,  Ful- 
cono  Bertranno,  Gaufredo...  quamdam  planiciem...  possessam  a...  pisca- 
toribus...  tribuimus...  »  (Saint  André,  fo  32).  Les  souscriptions  de  Pierre 
évêquo  d'Avignon  et  d'Udalric  II  évêque  d'Orange  ne  peuvent  être  anlt^- 
rieures  à  1034  :  Ileldeberl  était  encore  évoque  d'Avignon  en  1033  et  Udal- 
ric  II  n'est  pas  devenu  évèciue  d'Orange  avant  1030  (GalL  Christ,  noviss., 
Arles.  n°  327). 

5.  [1019?].  Notice  de  Polycarpe  d'après  le  CarluL  de  Saint-André,  (* 
30  :  o  subscribentibus  Barangario,  Amico,  Wichiranno  ». 

6.  Avignçn,  986  [Saint-André,  p.  34  . 


LA    HIÉRARCHIE   ADMIMSTRATIVE  ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         371 

novembre  1024,  la  sœur  du  marquis  Guillaume,  comtesse  Emma, 
avec  son  fils  Pons,  donne  un  mas  sis  dans  la  cité  d'Avignon. 
Uérenger  et  Amie  assistent  Pons,  fils  d*Emma,  et  Bertrand,  fils  de 
la  comtesse  Gerberge,  qui  ne  prennent  pas  encore  le  titre  de 
comtes^  Entre  102i  et  1030,  probablement  vers  1028  ou  1029, 
il  assiste  Bertrand  à  qui  son  âge  permettait  enfin  de  porter  le  titre 
de  comte  et  il  Tassiste  lui-même  comme  vicomte  2.  L'acte  concerne 
Forcalquier,  dans  le  comté  de  Sisteron,  et  comme  les  vicomtes  de 
Sisteron  n'existaient  pas  encore,  leur  absence  n  est  pas  surpre- 
nante. Sur  la  rive  droite,  il  n'y  avait  d'autres  vicomtes  que  ceux 
d'Avignon  et  ceux  de  Cavaillon.  Au  monastère  de  Saint- André  en 
1030,  Bérenger  abandonne  ses  droits  sur  la  moitié  de  Tourves 
donnée  jadis  par  son  oncle  Aldebert.  Il  Tabandonne  d'accord 
avec  Tévêque  Aldebert  :  mais  Amie  est  absent  ^.  Bérenger  et  son 
frère  Amie  se  retrouvent  cependant  à  Marseille  en  août  1031  *. 
En  1033,  dans  Avignon,  Béranger,  en  qualité  de  juge,  confirme 
le  don  du  quart  de  l'ile  de  Meynargue  fait  aux  églises  d* Avi- 
gnon par  les  comtes  Geoffroy  et  Bertrand^.  I^  souscription 
d'Amie  manque  à  cet  acte  :  mais  ce  qui  est  encore  plus  remar- 

1.  Novembre  1024  :  «  ego  Ema  comitissa  et  Glius  meus  Pontius...  maii- 
sum  unum  in  Adveniooc  civitate...  S.  Emma  comitissa  subscripsit.  S. 
Pontii.  S.  Berlranni.  S.  Barangerius  subscripsit.  S.  Amicus  subscripsit  » 
{Saint'André,  ms.  lat.  12762,  D»  254). 

2.  [1025-1029]  :  «  ego  Bertrannus  comes...  re  cognosco  casum  fragilitalis 
mec...  ad  ecclesiam  Sancli-Cromatii...  mansum  unum...  in  comitalu  Sisto- 
rico,  in  castix)  Furnocalcario...  Signum  Bertrannus  comes...  Signum 
Beringarius  vicecomes.  Signum  vesco  Frodo.  Signum  Amicus  »  (Sacfi/- 
Victor,  n°  666). 

3.  Saint-André,  1030  :  «  ego  Barangarius...  firmo...  meam  partem...  de 
medietate  villa*...  Turris...  Signum  Barangcrii...  Signum  Aldeberti  humilis 
Avenioncnsis  episcopi...  »  {Saint-André,  f"  36). 

4.  Saint-  Victor,  n®  455. 

5.  Avignon,  1033  :  «  ego  Gaufredus...  et  germanus  meus  Bertrannus... 
commites...  ccclesiis  sancle  scdis  Avenioncnsis  civitatis...  quartam  partem 
de  insula  Mairanicas  cum  ips9  villa...  in  comitatu  Advcnionense...  ex 
omnibus  partibus  fluvium  Rodani...  Signum  Jaufredi  bac  Bertranni...  illani 
vidclicet  quartam  partem  quam  Rannulfus  per  comités  inbenefacito  tcnet... 
S.  Ileldebertus...  antistis  subscripsit.  Barangerius  judex  firmavit...  »  (Vau- 
cluse,  G.,  Chap.  métrop.,  n®  27  provisoire,  ff.  21  v«-22  y). 


372  Là    MLOVCXCE   U€    f%E3ÊïEm   AL'    Xll*    StEOM 

quable.  c'est  1  ahs^ncedo  Ticomt-^  Auphant  et  de  ses  fils  qui  cepeo- 
d^tut  étaient,  à  Mevnargtie.dâns  leurs  terres.  Cela  s'explique.  Les 
comtes  possédifient  le  haut  domaine  deMernargiie  :  une  moitié  en 
était  inféodée  par  eux  au  vicomte  Auphant.  pour  qui  la  tenaient  les 
chevaliers  de  Tavel  ^  Les  comtes  en  dominaient  un  antre  quart  que 
Haoulph  tenait  directement  pour  eux  :  c*est  ce  quart  qulls  donnent 
eu  1033  et  le  vicomte  Auphant  n'a\*ait  rien  à  y  voir.  L  acte  étant 
passé  dans  Avignon,  comme  il  n'v  résidait  |)as.  sa  souscription  n'y 
fî^repas.  Mais  Bérenger.  lui,  v  résidait  :  sa  souscription  v  figure 
donc.  Il  la  donne  comme  ju^  de  Provence  et  non  comme  Wcomte, 
|jarceque.  sans  doute.  Meynargrue  se  trouvait  dans  le  ressort  de  la 
vicomte  dWuphant  et  non  dans  la  sienne.  Cela  est  tellement  vrai 
que  le  fait  se  n'-pète  dans  un  acte  qui  se  présente  dans  les  mêmes 
conditions  :  le  c<imte  Bertrand  donne  à  Monimajonr  réalise  de 
S.'iint-Alnan,  au  comté  d^\^^g:non,  près  Tarascon.  Cette  localité 
se  trouve  ainsi  dans  le  ressort  de  la  vicomte  dWuphant  et,  si 
l'acte  était  |>assé  à  Tarascon.  ce  serait  Auphant  qui  le  souscrirait. 
Passé  du  consentement  de  Tévéque  et  des  chanoines,  il  est  bien 
prol  able  qu'il  fut  dressé  du  côté  d'Avignon.  Dans  Avignon,  c'était 
Bérenger  qui  résidait.  C'est  donc  lui  qui  souscrit  :  mais  il  le  fait 
encore  une  fois  en  qualité  de  ju^  de  Provence  et  non  pas  de 
vicomte  -,  Quand  le  1*' janvier  1038 '9,  l'évéque  Benezet  fonde 
c  chapitre  de  Saint-Huf,  il  le  fait  de  la  volonté  de  Bérenger  et 
avec  l'approbation  des  deux  fils  de  ce  dernier,  Rostaing  et  Lau- 
gier  -*.  Déjà,  l'évéque  Benezet  avait  reconstitué  la  vie  canoniale 
de  son  église,  d'accord  avec  Bérenger  à  qui  il  donne  le  titre  de 


1.  Janvier  lOU  {Saint-André,  f«>  30. 

2.  12  avril  '1033-1036]  :  ••  ego  Berlrannus  cornes...  ecclesiam  sancti 
Aloanni...  iii  comitatu  Avinionense  inlerrilorio  caslri...  Tarascone...  con- 
sentienle...  cpiscopo  Seniorelo  de  .\vinione  et  canonicis  et  jiidice  Baran- 
gario  >»  (ms.  lai.  13915.  fî.  75  v<»-76  r®;  Monlm.,  éd.  du  Roure,  pp.  137-138). 

3.  Avignon,  l""  janvier  1038/9  :  «  ego...  Benedictus  episcopus...  in  ter 
rilorio  Avenionensi,  sublus  burgo  ipsius  civitatis...  super  sancto  Rufo... 
S.  domini  Ik^nedicti...  Bei'engarius  voluit  et  concessit  et  libère  similiter 
filii  hui  Hoslagnus  et  Leodegarius  finnaverunt...  »  (Ul.  Chevalier,  Codex 
diplomaticus  ordinis  Sancti liu fi,  Valence,  J.  Céas,  189i,  pp.  i-3,  n*  I). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE   ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         373 

proconsul,  équivalant  à  celui  de  vicomte  *.  En  janvier  1039/40, 
Bérenger  et  ses  fils  échangent  Téglise  Saint-Martin  et  leurs 
pêcheries  de  Gigognan,  près  Sorgues,  avec  Marzosc  que  leur 
donnent  les  moines  de  Saint-André  dans  le  comté  de  Sisteron  *•. 
Le  23  avril  1040,  le  comte  Bertrand  donne  à  Montmajoursa 
seigneurie  et  s  i  part  des  droits  qui  se  perçoivent  au  port  de  Taras- 
con,  sa  seigneurie  à  Laurade,  sa  seigneurie  à  Graveson,  sans 
préjudice  d'autres  biens  dans  les  comtés  d'Orange,  de  Cavaillon, 
d'Aix  et  de  Toulon^  :  Bérenger  paraît,  sans  exprimer  sa  qualité,  à 
à  cet  acte  qui  concerne  surtout  la  région  dépendant  du  vicomte 
Auphant  ou  de  ses  enfants^.  Également  en  1040,  le  comte  Ber- 
trand renouvelle  sa  donation  de  Saint- Aloan  :  cette  fois  Bérenger 


1.  [6  mars  1037-1«' janvier  1038/9]  :  «  Benedictus...  episcopus  et  Beren- 
gerius  ejusdem  loci  proconsul...  Signum  Benedieti  episcopi  et  Barangue- 
rii  »  (VaucluseG.,chap.  métro|j,,  27  prov..  ff.i7  v«-19  r«). 

2.  Janvier  1039/40  :  notice  de  Polycarpe  {Annales^  p.  624). 

Le  père  et  l'oncle  de  Bérenger.  en  987,  possédaient  déjà  Jugugnunicus. 
Marzosc  était  dans  le  comté  de  Sisteron  {Saint-  Victor^  598),  près  Fontienne  : 
quant  à  Jugugnanicus,  si  Ton  observe  qu'une  église  dédiée  à  saint  Martin 
était  voisine  de  cette  localité,  on  peut,  pour  Tidentifier,  se  reporter  aux 
pancartes  dlnnocent  II  (15  avril  1143)  et  d'Alexandre  III  (5  juin  1178)  en 
faveur  de  Saint-André (Bibl.  nat.^ms.  lat.  13916,  (T.  130-132 et  134  137  delà 
pagination  rouge  de  ce  ms.  i.  On  voit  dans  la  dernière  que  le  monastère  possé- 
dait les  églises  Saint  Martin  de  Riberiis,  de  Aldreria,  deGigonano.  A  la  prc- 
mièœdoit  correspondre  la  chapelle  Saint-Martin,  sur  le  terroir  de  Montfau- 
con,rive  droite  du  Rhône.  A  la  seconde,  la  chapelleSaint-Martin,  sur  le  ter- 
roir de  Courthezon  ;Ia  troisième  correspond  forcément  à  Gigognan,  sur  le 
terroir  de  Sorgues.  Donc  le  Jugugnanicus  de  987  et  le  Gigognanicus  de  1040 
n'est  autre  que  le  moderne  Gigognan. 

3.  23  avril  1040  :  «  ego  Bertrannus  comes...  in  regno  Provinciœ..  in 
comitatu  Avenionense,  in  Castro...  Tarascone,  mea  dominicatura  et  meam 
partem  de  portu  ;  in  villa  Laurata  meam  dominicaturam,  in  villa  Graviso- 
nis  meam  dominicaturam  ;  in  comitalu  Arausico,  meam  dominicaturam,  in 
comitatu  Cavellico...  in...  Avellonicum  meam  dominicaturam;  in  comitatu 
Aqueuse,  in  villa...  Pertusum  medietalem  de  decimo  et  meam  dominicatu- 
ram ;  in  comitatu  Tolonense,  in  villa  Garilde,  meamdominicaturam,in  villa... 
Albinosco,  quartam  partem  Beringuerius  iirmavit  »  (Montm.,  pp.  136- 
137).  Le  vicomte  Auphant  était  sans  doute  mort. 

4.  1040  :  «  Berangarius  judex  firmavil  »  (ms.  lat.  13915,  D»  76  r«).  L'édi- 
tion du  Roure,   p.  138,  porte,  à  tort,  Berangarius  comes. 


374  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

souscrit  et  il  le  fait  en  qualité  déjuge.  En  janvier  1041 ,  dans  Avi- 
gnon, quand  les  comtes  donnent  la  moitié  de  Meynargue,  sur  la 
rive  droite  du  Rhône,  qui  dépendait  des  vicomtes  fils  d'Auphant,  on 
reconnaît  la  souscription  de  Bérenger  après  celle  de  Tévêque 
Benoit:  mais  il  n'exprime  toujours  pas  sa  qualité  de  vicomte  en  rai- 
son de  remplacement  des  biens  et  il  n'exprime  plus  celle  déjuge, 
parce  qu'il  n'y  avait  plus  de  juges  de  Provence  ^  Le  25  octobre  d'une 
année  voisine  de  1041,  dans  Avignon,  Bérenger  et  sa  femme  Ger- 
berge,dontle  nom  parait  pour  la  première  fois,  donnent,  en  faveur 
de  Saint-Victor  et  dans  le  comté  de  Vence,  le  quart  de  la  Salette  de 
Saraman  qui  leur  venait  de  ses  père  et  mère  à  elle  :  leurs  (ils 
Rostaing  et  Bérenger,  comme  au  1*' janvier  1038/9,  confirment 
l'acte  -.  La  présence  des  évéques  d'Orange  et  de  Cavaillon  est  à 
noter.  Par  un  acte  de  1041,  Amie,  frère  de  I^mbert  de  Vence, 
donne  de  son  côté  un  quart  de  la  même  localité  ^  ;  enfin  Raim- 
haud  de  Nice  en  avait  autant  *.  Or,  Raimbaud  de  Nice  était  fils 
d'Odile  et  de  son  second  époux  Laugier.  Quand  on  sait  que  Lam- 
bert de  Vence  et  Amie  avaient  une  sœur  de  ce  nom  ^  qui  épousa 
Foulques  vicomte  de  Marseille,  il  est  aisé  de  penser  que  Raim- 
baud tenait  ce  quart  de  sa  mère  Odile  et  qu'Amie,  frère  de  la 
vicomtesse  Odile,  tenait  le  sien  de  son  père.  Odile,  mère  de 
Raimbaud  de  Nice,  devait  être  la  tante  paternelle  d'Amie  et  de 
Lambert  de  Vence. 

Par  conséquent,   le  père   et   la  tante  d'Amie  possédaient   au 
moins  la  moitié  de  la  Salette  de  Saraman.  Il  suit  de  là  que  Ger- 

1.  Janvier  1041  :  «...  Benedictus  episcopus  Grmavit,  Berengarius,  Rosta- 
gnus  de  Gorda  »  (Saint- And  ré,  f<»  30). 

2.  Avignon,  25  octobre  [vers  1041 J  :  «  ego  Berengarius  et  uxor  mea  Gir- 
berga...  in  comitatu  Vensonsi,  in  territorio  ipsius  civitatis,  hoc  est  quarla 
pars  ville...  Saleta  Saramanni...  ex  progcnie  parentum  uxoris  mee...  Beren- 
garius et  uxor  ejus  Girbergis...  Grmant.  Udalricus  episcopus  firmavtt.  Cle- 
mens  episcopus  firmavit...;  filii  eorum  Rostagnus  et  Berenguerius  Ormave- 
runt...  »  (Sainl-Vict.j  790). Cet  acte  doit  se  rapprocher  de  la  date  du  n*»  791, 
c'est-à-dire  de  1041. 

3.  Sain/- Kic^or,  791. 

4.  Ibid,,  792. 

5.  Ibid.,  109,  111. 


I.A    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET    LE   RÉGIME    FÉODAL  375 

berge,  femme  de  Bérenger,  doit  se  rattacher  à  la  Maison  de 
Vence  ;  de  fait,  plus  tard,  Uostaing  fils  de  Gerberge  traitera 
d'oncle  Miron  de  Sisteron*  qui  était  fils  d'Odile  et  de  son  pre- 
mier époux  Miron  de  Nice.  Si,  à  ce  fait,  on  joint  l'indication  que 
les  vicomtes  d'Avignon  succéderont  aux  vicomtes  de  Sisteron,  il 
est  clair  que  Gerberge,  femme  du  vicomte  Bérenger,  était  fille 
d'Odile  et  de  Miron  Par  conséquent,  elle  était  cousine  ger- 
maine d'Amie  de  Vence,  qui  possédait  un  quart  de  la  Salette, 
et  elle  était  sœur  utérine  de  Raimbaud  de  Nice  qui  en  possédait  un 
autre  quart.  Ainsi,  Odile,  femme  de  Miron  de  Nice,avait  eula  moitié 
de  la  Salette  et  ses  deux  frères  chacun  un  quart,  ce  qui  donne  à 
penser  que  leur  père  en  avait  jadis  reçu  la  totalité  en  fief,  sous  le 
domaine  comtal.  Au  bas  de  l'acte  passé  le  23  octobre  dans  Avi- 
gnon, Bérenger  ne  souscrit  pas  avec  la  qualité  de  vicomte  :  c'est 
que  cet  acte  est  relatif  à  des  biens  qui  lui  sont  personnels,  dans  le 
comté  de  Vence,  et  que  sonautorité  vicomtale  n'a  rien  à  voirsoitsur 
ces  biens,  soit  dans  ce  comté.  Dans  un  nouvel  acte  où  il  accompagne 
avec  sa  femme  les  comtes  Bertrand  et  Geoffroy,  il  n'en  est  pas  de 
même^.  Là,  il  figure  comme  vicomte  :  c'est  que  l'acte  concerne  le 
comtéde  Sisteron,  c'est-à-dire  la  région,  placée  sur  la  rive  droite,  où 
son  autorité  vicomtale  s'étendait  avec  celle  de  ces  comtes.  Ce  fait 
seul  suffit  à  établir  que  l'acte  où  il  se  produit  est  antérieur  à  1045, 
c'est-à-dire  à  l'époque  où  sera  créé  un  vicomte  de  Sisteron,  ce  qui 
restreindra  l'étendue  de  la  vicomte  de  Bérenger.  Un  fait  montre 
bien  que,  depuis  la  disparition  des  vicomtes  de  Cavaillon  jusqu'à 
la  création  des  vicomtes  de  Sisteron  et  de  Gap,  l'autorité 
vicomtale  s'étendait  avec  celle  des  comtes  Bertrand  et  Geoffroy 
d'Avignon  jusqu'à  Embrun,    c'est-à-dire  tout  au  moins  depuis 


1.  Saint-Victor,  664. 

2.  [1037-1044]  :  «  in  mauus  potestates  comités,  id  est  Jofredus  sive  Ber- 
traiinus...  Signum  ipsi  comités...  Signum  Baranguerius  vicecomes  et  uxor 
sua  voluerunt  et  firmaverunt.  Signum  Isoardus  et  frater  suus  Villelmus 
firmaverunt.  Signum  Roslagnus  de  Gargaia  firmavit.  Signum  alius  Rostagnus 
de  Sestarone  firmavit...  et  canonici  de  sancto  Mario  voluerunt  et  firma- 
verunt »  (Saint- Victor f  675). 


37t»  I.A    PRO>'E.\CE   DU    PREMIER    AL*    XII*   SIÈCLE 

la  mort  du  marquis  Guillaume  fils  de  Koubaud.  Dans  ce  der- 
nier acte  relatif  au  comté  de  Sisteron,  après  la  souscription 
des  comtes  et  après  celle  du  vicomte,  figurent  celles  d'Isoard  et  de 
son  frère  Guillaume.  Si  Ton  songe  que  Rostaing  de  Jarjaves  à 
leur  suite  est  certainement  un  chevalier  de  la  région  gapençaise, 
ces  deux  frères  rappellent  Isoard  et  Guillaume  qui  paraissent  dans 
un  autre  acte  relatif  à  TEmbrunais  avec  rarchevéque  d'Embrun*. 
I>e  premier  avait  pour  enfants  Guillaume  et  Pierre:  il  doit  s'iden- 
tifier avec  Isoard  de  Mison  qui  vivait  encore  en  octobre  1030^  et 
dont  le  fils  cadet,  Pierre,  sera  le  premier  vicomte  de  Gap.  A  ces 
indices  s'en  ajoute  un  autre,  de  nature  différente.  Bérenger  avait, 
à  la  porte  de  Gap.  hors  des  murs  et  près  de  la  route  se  dirigeant 
vers  Embrun,  le  domaine  d*une  terre  que  tenait  de  lui  en  fiet 
Autran  de  Tallard.  Ce  mas  était  voisin  de  l'église  Saint-André 
et,  à  l'autre  porte  de  Gap,  hors  des  murs,  près  de  la  route 
menant  vers  Sisteron,  existait  une  autre  église  dédiée  à  saint 
Arey  à  côté  de  laquelle  on  avait  établi  un  prieuré  de  Cluny.  A 
un  moment  donné,  le  moine  de  Cluny  Alboin,  qui  dirigeait  ce 
prieuré,  échangea  avec  Autran  de  Tallard  le  mas  voisin  de  Saint- 
Arey  contre  celui  voisin  de  Saint-André"*.  Il  fallait  pour  cela  le 
consentement  du  seigneur  dominant  Bérenger  :  celui-ci  Taccorda 
bonnement,  bono  animo.  Il  fallait  aussi  la  ratification  des  comtes 
Geoffroy  et  Bertrand  :  aussi  Tacte  se  passa  en  leur  présence. 
Bérenger  y  reçoit  le  titre  de  vicomte,  ce  qui  achève  de  prouver 
que  sa  juridiction  s'étendait  bien  alors  d'Avignon  jusque  là. 
L'archevêque  d'Arles  est  présent  avec  les  comtes  :  on  y  retrouve 
aussi  Rostaing  de  Sisteron  qui  se  trouvait  dans  l'acte  précédent, 
relatif  au  comté  de  Sisteron.  Mais  Isoard  de  Mison  était  mort 
depuis  :  c'est  son  fils  Pierre  qui  le  remplace. 

A  partir  de  1045,  l'autorité  vicomtale  de  Bérenger   se  restrei- 
gnit évidemment  de  tout  ce  qui  se   trouvait  désormais  soumis 

1.  Saint-Victor,  1057. 

2.  Ibid.,  712. 

3.  [1037-iOi51  :  «  de  uno  manso  pertinente   monasterio...  fundatus  juxta 
ecclesiam  beati  Erigii...  non  longe  de  civitate  Vapincensi...  facimus  con- 


LA    IIIÉRARCIIIB    ADMINISTRATIVE   ET    LE    RÉGIME    FÉODAL         377 

aux  vicomtes  de  Gap  et  de  Sisteron.  On  s*explique  encore 
mieux  que  Miron,  fils  d'Odile  et  de  Miron  de  Nice,  ait  été  choisi 
comme  vicomte  de  Sisteron  en  t0l5,  quand  on  sait  qu'il  était 
le  propre  beau-frère  du  vicomte  d'Avignon. 

Depuis  que  Tautorité  du  vicomte  se  restreint,  les  actes  qui  le 
concernent  sont  naturellement  plus  rares. 

En  octobre  1051,  à  Avignon,  une  veuve  nommée  Gisberge 
donne  des  biens  sis  à  Saint-Remy  sur  la  rive  gauche  de  la 
Durance  :  Bérenger  souscrit,  mais  sans  exprimer  son  titre  de 
vicomte,  parce  que  ces  biens  se  trouvaient  hors  de  la  vicomte  ' . 

A  la  mort  de  Tévêque  Benoît  (18  avril  1047),  ce  fut  Rostaing, 
fils  aîné  de  Bérenger,  qui  le  remplaça. 

Un  acte  concernant  la  rive  droite  du  Rhône,  du  temps  de  Tévêque 
Rostaing,  permet  de  faire  encore  une  fois  la  même  constatation 
que  celle  déjà  faite  plusieurs  fois  à  propos  de  l'emploi  du  titre 
vicomtal  réservé  aux  actes  qui  concernent  des  biens  placés  dans 
le  territoire  soumis  au  vicomte.  Ranulph  Asquier  abandonnant 
le  quart  de  Meynargue,  les  deux  vicomtes  souscrivent  :  le 
vicomte  Bérenger  omet  son  titre,  le  vicomte  Guillaume  prend  le 
sien^. 

Les  deux  derniers,  actes  émanant  du  vicomte  Bérenger,  sont 
les  suivants.  Le  14  février  1063/4,  de  concert  avec  sa  femme 
Gisberge,  ses  fils  Tévêque  Rostaing,  Bérenger,  Raymond,    Guil- 


ventionem  mutacionis  pro  uno...  manso...  juxta  ecclesiam  beati  Andréas... 
quo...  habere  videtur  a  domno  Biringario  pro  bcncGcio...  jure  pcrpctuo... 
conccdente  domno  Biringario  bono  animo...  in  prœscntia  et  consensu 
comitibus  nostris  Gaufredus  et  Bertrannus.  Et  Berengarius  vice- 
cornes...  et  aliorum  plures  nobiliorum  hominum...  domnus  Haimbaldus 
Arelatensis  archiepiscopus  et  Rostagnus  de  Seslaronc  et  Petrus  de 
Nfisone...  »  (Bibl.  Carpentras,  ms.  504  :  Juvénis,  Uist.  du  Dauphiné,  t.  H, 
p.  56). 

1.  Avignon,  octobre  1054  ;  «  ego  Gisberga...  in  conimitatu  Avenioncnse, 
ultra  fluvium  Durentic,  prope  Sancti  Hemigii..  Domnus  Berengarius  flr- 
mavit...  >}  (Vaucluse,  G.,  Chap.  métrop.,27  prov.,  ff.  26  v«-28  r<»). 

2.f  1047-1065]  :  «  de  Mairanicas...  in  presentia  Rostagni  episcopi,  Beren- 
garii.  Pétri  Amici,  Guilclmi  vice comitis...  »( Vaucluse, G., Chap.  métrop.,27 
prov.,  rr.  22v»-23   r«). 


37K  LA   PROVENCK   DU    PREMIRR   AL'    XIt«    SIÈCLE 

laiiiiK*,  Laiif^ier,  Hostaing  et  Bertrand,  il  donne  à  Cluny  T^Ii^k' 
df  la  Sainle-Triaité,du  Pont  de  Sorgues,  avec  la  moitié  des  dîmes 
de  la  chair  de  tout  le  village,  le  dixième  de  la  pari  qu*il  tireda 
marché  et  le  dixième  d'un  moulin  avec  le  droit  d  y  moudre  sans 
laisser  de  mouture.  Il  donne  également  les  dîmes  de  tout  son 
laheur,  en  pain  et  vin,  et  celles  de  son  jardin.  Il  y  ajoute  diffé- 
rentes pièces  déterres  près  de  la  Sorgues*  et  les  comtes  de  Pro- 
vence confirment  cet  acte  qui  a  tout  Talr  d'un  testament. 

Vax  même  temps,  comme  son  (ils  Tévéque  Rostaing  avait  con- 
testé au  prieuré  clunisien  de  Gap  rechange  jadis  approuvé  par 
lui,  Itérenger  le  confirme  de  nouveau  ^. 

Dans  les  dernières  années  de  sa  vie,  Bérenger  voulut  faire  une 
ahhaye  de  l'église  du  Saint-Sépulcre  et  de  Saint-André  près  le 
chAteau  du  (^annet,  dans  révéché  de  Fréjus,  qui  lui  venait  de  sa 
femme.  Les  intentions  du  vicomte  ne  purent,  toutefois,  recevoir 
plein  effet  :  son  fils,  le  vicomte  Rostaing,  dut  plus  tard  s'occuper 
de  les  réaliser  *. 

I.  .Vxin:iu>ii,  IV  fôvrier  1063  ï  :  «  ojro  Baraiigarius,  cum  voluntate  uxoris 
iiH'a»  liisthM'^M'  ol  filionini  mooriim  vitîclicel  Rostapni  episcopi  et  Berin- 
jj.i'iii,  Hayiiuimli,  Willolini,  L«»odojrari,  Hosta^Mii,  Bortraniiiac  consiliopre- 
tlioli  HoNtu^ni  AvtMinioa'  civUatis  episcopi  ejusque  canonicorum,  dono... 
tvolosiam  saiictv  Trinilalis.,.  in  lerrilorio  Avonnicensi,  in  Castro...  Pods 
Sortie  cum  nitvHolale  ilooimanim  inoarno  tocius  ville  et  cum  décima  parte 
illius  partis  ipiam  haboo  in  morcato  ot  docima  molendini  de  Balmeta  et 
moloro  ihidiMii  monaohis  al»squo  moltura.  Oono.  .  décimas  de  omni  labore 
inoo  pivdioli  looi  in  pane  et  vino  ol  d»»  orto  meo  ..  El,  secus  buccam  Sor- 
K»V  •••  |H»tiam  do  lorra...  ol  in  looo.,.  Willa  \olula...  petiolam.  .  et  in  loco... 
Milanoon...  poliolam...  ol  ad  Ficulneam...  poliam...  rivulus...  Surgilionis... 
noous  molondinum  do  ipsa  botiliaria...  in  Sorgita...  Willelmus  comes  Pro- 
\inoialis  ol  Josfivdus  fralorojus  tirmavorunt.  Si^uum  domni  Berangarii  ol 
iivoris  Mio  iiisboitro  ol  tlliisui...  Hostagni  opiscopi.  Barangarii,  Raymundi, 
Willolmi»  l.o»Hioi:ai'ii.  Hosl.ïi^ni.  Bortranni...  Polrus  Amicus  et  fratres  sui.. 
Willolmus,    F.ldoboiius  ol  Anuous  voUiorunt  et    tîrmavenxnt...        Cluny ^ 

•^.  foxrior  liH»;<  %  :  •  nu^lo<lia  quam  intuUl  opiscv^pus  Avenionensis  filii 
Boivni:j'.:i...  oooîosi.o  >anoti  Anviroio.  .  siîjhm  mœnia  Wappincense...  jure 
|X*rpoluo  >uprji^holi  IWrx'njrarii  \ioo<.'omilis  ..  pro  cambio...  quando  ipsa 
nu^oslaliono..  .ui  .u\u^>  dom::i  lVrtMic*<rii  vononl...  j:raviter  accopit...  wir- 
pioionoïn  fooit...  -     Jiivènis.  liist.  du  D\uph:i^,  t.  11.  p.  113  . 

.*,     tv^JKViiW  :     Berinirerius  piwoasiiî  A\iuiv^aon>is...  abKaliam...  voluil 


r\ 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVR    ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         379 

Le  vicomte  Bérenger  parait  être  mort  avant  le  13  juillet  1065, 
date  à  laquelle  le  comte  Bertrand  favorise  le  monastère  de  Saint- 
André  d'un  don  que  seul  Tévêque  Rostaing  approuve,  si 
l'analyse  qui  reste  de  cet  acte  est  exacte  K 

On  lui  connaît  sept  (ils  :  le  dernier,  Bertrand,  ne  parait  que  du 
vivant  de  son  père  le  11  février  1063/1.  Quant  aux  autres,  ils  se 
répartirent  le  pouvoir  dans  Avignon,  aussi  bien  le  spirituel  que  le 
temporel.  Pendantque  Taîné  Rostaing  tenait  révéché,  le  troisième, 
Raymond,  tenait  le  doyenné  établi  h  N.-D.  la  Principale  et  uni 
au  chapitre  de  la  cathédrale.  L'évêque,  encore  vivant  le  30  janvier 
1071  *^,  mourut  avant  le  mois  de  janvier  1075/6  ^  ;  il  était  réputé 
j)our  son  avarice.  Quant  au  doyen,  il  a  gardé  le  nom  de  sa  dignité  : 
cest  Raymond  Decan.  Cette  dignité,  dont  il  jouissait  sur  la  rive 
du  Rhône,  ne  l'empêcha  pas  de  prendre  femme  sur  la  rive  droite: 
le  fleuve  séparait  Tune  de  l'autre  et  c'était  déjà  une  concession 
appréciable  aux  règles  de  l'Eglise.  A  la  génération  précédente, 
certains  évêques  tenaient  leur  concubine  à  proximité  de  leur 
cathédrale.  Cette  femme,  peut-être  une  sœur  de  Rainon  et  de 
Rostaing  de  Posquières,  lui  apporta  des  biens  près  de  Nimes  :  de 
plus,  son  petit-flls  tiendra  par  mariage  le  château  de  Marguerittes 
en  fief  de  Bernard,  vicomte  de  Nîmes,  Agde  et  Béziers  *.  Au  début, 
il  figure,  avec  ses  frères,  dans  des  actes  relatifs  h  la  vicomte 
de  Sisteron  qui  leur  était  échue  •'. 

facere  in  episcopatu  Forojulicnsi  de  ccclesia  S.  Sepulcliri  et  S.  Androœ 
juxta  castrum...  Cannetum...  supradiclas  ecclesias...  Sancto  Andréas...  in 
monte  Andaone  in  cpiscopio  Avennicensi...  donavit  praesenle  Hodnipho 
Cavelîicensi  episcopo  et  Ponlio  Ralda...  consenlicnte  Gcrberpa  uxore...  » 
(Bibl.  nat.,  ms.  lat.  13916,  f»  20  v«;  ms.  lat.  8971,  ^  33  v*>}.  Cf.  Lérins, 
Klammare,  n°  XLIV. 

1.  13  juillet  10G5  (Sam/-^/i(/r^,  f<*  28;  analyse  de  Polvcarpo  :  Annales 
p.  633). 

2.  30  janvier  1074(C/u/iy,  3466).  Pour  Tavarice,  cf.  la  ViV»  desatnl  Pons, 
abbé  de  Saint-André,  chap.  9  (ms.  lai.  13916.  iï.  16-18),  et  la  rapprocher 
de  Tacle  du  Cart,  de  Saint-  Victor,  n®  664. 

3.  Janvier  1075/6  {Saint-André;  Polycarpe,  p.  635). 

4.  Béziers,  1121  {Hisl,  de  Languedoc,  2«  éd.,  t.  V,  n«  475). 

5.  [1065  10T5]  :  c<  ego  Rostagnus  episcopus  Avinionis,  filius  Berengarii 
vicecomiti...   condaminam...  propccastellum...  Forcalcherium...  Rostagnus 


r 


'iVf  LA  Ktfjvv^x,  uc  rwcrnuM  Ar  uo*  ateLC 

Ij:  2H  juillet  109i.  ftoos  k  simple  dooi  it  Decui.  fl  assiste  à 
U  dofi^û'Mi  f^iU;  {Mr  R^TOkond  de  Stial-Gilles.  marquis  de  Pro- 
v#rfic^.  rxi  o*-  priiK-e  exempte  de  ses  droits  de  péag^esnrle  Rbôoe 
et  U  f>umnûe  les  F^siteaax  deSaint-Mcior  -  :  cette  donation  Uissait 
yr^ThstruUr  que  la  C'omte«iMf  Douce  en  ferait  antant.  Eo  eSel.  D:>iice 
con'^uiii  le  méaie  pri%'îlè^e  et.  parmi  les  grands  Tassan  qui 
suivant  s^in  exemple.  Ra\  moud  D  <aD  déclare  Tétefidne  au  droits 
qu'il  percevait  au  Font  *.  Il  s'agit  là  du  Poot  de  Sor^pnes  et  de 
la  quotité  kérédi^aire  des  droiU  vicomtaox  qni  étaient  échus  an 
doven  :  il  s'en  désintéresse  plus  facilement  que  le»  licomtes  ses 
frerffs.  On  le  trouve  encore  dans  AvigDooeD  janTier  1096  '  :  il  abaoï- 
donne  au  chapitre  ce  qu'il  tient  à  Rognonas,  non  seulement  des 
terres,  mais  ses  drrjitssur  les  ventes,  la  mistralie  et  les  plaids.  Ce 
Vint  la  encore  des  parcelles  de  la  vicomte.  Cet  acte  a  les  allures 


epiv:opijs  firnia%ii.  Haimun'lus  et  Vîlelmas,  Laugerius  et  Berengarius  fn- 
tM'H.  f  fin  fies  isli  finnaverunl...   »  'Ssint- Victor^  663  . 

'I<><r>-t075j  :  "  e^o  Ro«ta(çnuft  sancte  ATÎniooensis  çcclesie  episco'us... 
t'OuiUmUiHm  quarii  Miro  quondam  avoDculus  meus  dedent...  quam...  Bereo- 
(^anijn  fraU;r  rncijs  reddidit...  Ego  vcro...  post  mortem  fratris  meî  Bereo- 
((iini...  riffHo  frain..  Sed,  quia  temfiorali  stipendie  penilus  carere  nequeo, 
a<:<;lpio  pr'/'linde  XL  sr>lid/>s  oUoninconim  nummorum.  Est...  ei...  apud 
ytfVtnt'HU'HntÈTn  cantrum...  Guirbcrga  et  filii  ejus  Willelmas,  Raimundus, 
l^il)i^<'rîijt»,  hoHla^uus  (if  maverunt...  »  {Ibid.,  664,. 

I .  ÎJH  juillirl  1(1*^4  :  "  ego  Haimundus..,  comesel  Provinciç  marchio...  quid- 
qiiid  iiMJH  aut  f  frrlilijK  ha^>eo...  in  ralibusdescendentibus  sive  per  Dureciam, 
i»iv<'|;<rr  Hod(iniim,(;l  in  nauibus  |K>reosdein  fluTios...a8ceDdentibus...  utab 
ba'  di<'...  |H'0|;ri<*  naven  et  rates...  monasterii  nichil...tribiiant...  Sedel  ilM 
qii'/'l  llifb'iH  roinitifisa  vel  ahi...  dederunt  vel  daluri  suot...  laudo.  .  Rai- 
ifiiifidiin  r:omi*fi...  Kgo  Alvira  comilissa  laudo...  Decaous  firmavit.  Willel- 
rnim  d<'  Snbni  firmavit.  Fulco  Dodonis  flnnavit.  Raimundus  de  Biierris 
niMittvit,..  n  (Saint-Victor,  686;. 

*2.  '28  jiiiHct  KHIi  ?J  :«  ego  l)ulcis  com i tissa  dono...  Raimundus  decanus 
quirqnid  iiHim  ab<M'<;  videtur  et  accipere  in  Ponte  condonat  similiter...  » 
^ //////.,  6K6j. 

ii.  Avignon,  janvier  10%  :  «  ogo  Raimundus  Decanus  filius  Berengarii  et 
('i\%\n*îy,tt*...  loluni  qnod  bnbco...  in  villa  de  Ragnenatis...  in  cambia,  in 
mi'ulnilid,  in  pbiriliH...  nt  kannonici  sint  memores  mei...  S.  Raimundi... 
toupiT  filliin*  hiinrly  Miiri<*  donavit...  Leodeguarius  f rater  ejus...  donavitet 
nrniiivil.  HoHhignuH  B(*r<'nguarius  alius  frater  Gnuavit.  Berengarius  epis- 
copua  lirniavit  »  (Vaucluse,  G.  27,  ^  32  v»- 33  r«). 


S 


La    UlÉRARCrilE!   AD)ÉIMSTRATIVE    ET    LE    RÉGIME  FÉODAL         381 

d'un  adieu.  Le  12  juillet  suivant  il  est  à  Nîmes  ^  ;  mais  il 
est  trop  vieux,  apparemment,  pour  suivre  en  Terre-Sainte  le 
marquis  de  Provence,  chef  des  croisés,  et  il  ne  dut  pas  tarder  à 
mourir.  Ce  fut  son  fils,  appelé  comme  lui  Raymond  et  son  suc- 
cesseur comme  doyen  d'Avignon,  qui  se  croisa  :  en  plus  de  l'hé- 
ritage de  son  père,  celui-ci  tenait  de  sa  mère  Posquières  ^.  Le 
31  janvier  1105,  il  était  encore  en  Terre-Sainte''.  Le  13  janvier 
1112,  il  était  de  retour^.  Il  avait  épousé  sans  doute  une  fille 
d'Elzéar  d'Uzès;  en  somme,  il  était  fixé  en  Languedoc  et  il  dut 
abandonner  le  doyenné  d'Avignon,  n'en  gardant  que  le  nom. 
En  effet,  vers  lliO  ou  1115  ^,  Tévêque d'Avignon  et  son  chapitre 
se  déclarèrent  la  guerre  à  propos  du  doyenné  :  cette  guerre  se 
termina  par  une  trêve  que  jurèrent  dix  des  amis  du  chapitre  et, 
sans  doute,  il  s'agissait  de  savoir  qui  remplacerait  Raymond  Décan. 
Celui-ci  mourut  seulement  au  mois  d'août  1138  et  il  fut  inhumé 
à  Psalmody  6.  Raymond  Décan  eut  cinq  fils.  L'un  d'eux,  Ros- 
taing  de  Posquières,  épousa,  en  il  21 ,  à  Béziers,  Ermessende,  fille 
de  Bernard,  vicomte  de  Nimes,  d'Agde,  de  Béziers,  et  de  Cécile 


1.  Nîmes,  12juillell096  :«  Decanus « (//i«^  de  Lang.,2''  éd.,  t.V,  n«  393). 

2.  «  R.  Decanus  Poscarîensis  »  (Ibid,,  n^  377). 

3.  24  janvier  1103  :  «  Decanus  de  Poscherias  {ïbid,^  n*  415).  Le  17  janvier 
on  lit  :  «  ego  Raimundus  gracia  Dei  Sancti  Egidii  cornes  et  Provinciœ  mar- 
chio,  princeps  autem,  Deo  auxiliantc.  milicie  christiane  in  Jerosolimitano 
ilinere  »  (//>tV/.,  n*414). 

Montpclerin,  31  janvier  1105  :  «  Decanus  de  Poscheriis  »  (Ibid.,  n^  420). 

4.  13  janvier  1112  :  «  S.  Decanide  Poschcres  »(iVarca/n>/)an..  App.,  349). — 
1114  :«D.  deP.  »(//is/.  c/eLan^r.,  2«éd.,  t.  V,  n«  450.  —  Fos.  1H6  :«.  Decanus 
de  Poscheriis»  (Bouchcs-du-Rhône,  B.  1069,  D>  230  v«).  —  7  mai  1118  :  «  D.  de 
P.  »  {HisL  de  Lang.,  2«  éd.,  t.  V,  n«  462,  §  i).  —  Arles,  août  1118  :  «  Ray- 
mundus  Decanus  n(BibL  d'Avignon,  ms.  2754,  f»  40  r*»). —  H 18  :  «  D.  de  P.  • 
(IlUt.  de  Lang.,  2«  éd.,  t.V,  n»  456,  S  6).  —  9 mai  1125  :  «  D.  de  P.  »  (Ibid., 
no  491, §4).—  Août  1129  :  «  D.  de  P.  ». //»«>/.,  n»  502). —  1129 i//>ic/.,n«  504).— 
23  février  1130/1  :  «  D.de  P.  »  (Mic/.,  n«  506,  §  1). 

5.  [1109-1117]  :  u  nomina  amicorum,  fidelium  sciiicet  çcclesiç  sancte  Marie 
Avennice  sedis  qui,  propter  guerram  quam  episcopus  A.  cum  suis  kanoni- 
cisprodecania  habuit,  ex  parte  kanonicorum  treugam  juraverunt...  »  (Vau- 
cluse,  G.27,f«34r«). 

6.  Août  1138  :  «  R.  Decani  dominus  Posqueriarum  et  Ucetiœ  »  [Gall. 
Christ,,  t.  VI.  col.  620). 


382  LA    PROVENCE   Di:    PREMIER    AU    Xll®   SIÈCLE 

de  Provence  :  en  dot,  il  reçut  Marguerittes,  Beauvoisin  et  Cal- 
visson*.  Ce  Rostaing  se  rencontre  jusqu'en  1142  ^  et  mourut 
avant  1 1 46,  laissant  lui-même  deux  fils,  Rostaing  et  Pierre  de  Pos- 
quières,  qui  paraissent  à  cette  dernière  date  ^.  Un  autre  des  fils 
de  Raymond  Decan,  seigneur  de  Posquières,  fut  probablement 
Brémond  d'Uzès,  qui  parait  de  1146  à  1168*.  Tous  les  liens  avec 
le  pays  d'Avignon,  de  cette  branche  cadette  de  la  maison  vicom- 
tale  d'Avignon,  n'étaient  pas  disparus:  eu  1157,  Brémond  d'Uzès 
hommage  Saze  à  Tévéque  d'Avignon  ^.  Raymond  Decan  de  Pos- 
quières, outre  Rostaing  de  Posquières  et  Brémond  d'Uzès,  eut 
encore  trois  fils.  Tous  trois  furent  évêques,  ce  qui  donne  une  idée 
suggestive  de  la  grandeur  à  laquelle  parvenait  cette  maison  issue 
d'un  cadet  d'Avignon  et  d'un  simple  doyen  du  chapitre  decette  cité. 
11  est  vrai  que  les  évêques,  au  milieu  du  xn®  siècle,  étaient  peut- 
être  de  plus  petits  personnages  que  ceux  duxi*,  au  point  de  vue 
de  la  puissance  temporelle.  L'un  d'eux,  Raymond,  futé vêque  de 
Viviers(-î- 1 170  ?)^;  le  second,  nommé  également  Raymond,  évêque 
d'Uzès  (f  13  décembre  1188),  et  le  troisième,  Albert,  évêque  de 
Nîmesff  1180?).  Quanta  Brémond  d'Uzès,  frère  de  cesévèques. 


i.  Bézit^rs,  1121  ^//w/.  de  Lang,,  2'  éd.,  t.  V,  ii"  475). 

2.  15  septembre  1125  (/6m/.,  n»  492.—  Toulouse,  mai  1130  (76iJ., 
no  513).  —  23  février  1130/1  (/6iV/.,  n»  506,  §  11).  — Montpellier,  1131  ^Ibid., 
u»  515).  —  [Vers  1131]  (/6ù/.,  n^SlG».  —  20  juin  1U2  (//»*(/.,  u«  552). 

3.  1146  ^/Ai(/.,  n°569). 

4.  1146  [Ibid,,  n^  569  .  — 1150  :w  Uremundus  de  Usetico»  (Carpenlras,  uis. 
512,  f^  116).  —  1158  {Ilist.  de  Lang.,  2«  éd.,  t.  V,  n»  616,  §  3).  —  Janvier 
1161  [Ibid.j  n®  637).  —  1168  :  ««  B.  dominus  Ucccia;  et  Poscheriarum  »(//>i(/., 
n°  668,^3).  — Saint-Gilles,  décembre  1174  :  u  ego  Dremundus  de  Ueecia... 
ius  pascendi  sine  usatico  in  Silua  Golischa...  «  .Arch  d'Arles;  chartricr 
Veran,  n»  16,  scellé  :  ^  SIG'ILLVCD  BERCDVNDI;  danslechamp. 
un  château  ;  sceau  de  cire  en  navette  36"""»  et  60"»"»  de  haut). 

5.  1157  (Vaucluse,  G.  261,  fo  11,  et  Arch.  Valic.  Inslr.  miscella;  layette: 
996-1249,  n^  16;. 

6.  Son  prédécesseur,  Guillaume  do  Peytieux,  prévôt  de  Valence  ol 
évècpie  de  Viviers,  mourut  en  1155  (Charvct,  Sa£Vi/-.4n(/r<*-/e-//aii/,  n°  Vil. 
—  Comte  de  Pierlas,  Doc.  inéd.  sur  les  comtes  de  Valence  et  Vordre  de 
Saint-Jean;  lïev,  hisf.  de  Pror.  de  M.  du  Roure,  f'  année,  Aix,  Remon- 
det-Aubin,  1890-1891,  pp.  1U-U5,. 


LA    HIÉRARCHIE   ADSIlMSTRÀTiVE   KT   LE  RÉGIME   FÉODAL         383 

il  laissa  plusieurs  fils,  notamment  Elzéar,  seigneur  de  Pos- 
quières,  et  Raymond  d*Uzès,  dit  Rascas,  Le  premier,  connu  de 
1156  à  1185,  mourut  avant  juillet  1202  ' .  Le  second,  en  février 
1199/1200,  hommage  Saze  à  Tévéque  d* Avignon  Rostaing  de 
Marguerittes  ^. 

Il  est  inutile  de  pousser  plus  loin  ce  qui  concerne  les  descen- 
dants de  Raymond,  doyen  d'Avignon,  et  il  faut  revenir  aux  aînés 
de  la  maison  vicomtale.  A  côté  de  Tévêque  Rostainget  du  doyen 
Raymond,  se  trouvaient  quatre  autres  fils  du  vicomte  Bérenger, 

i.  1156  (Bouches-du- Rhône,  B.  283).  —  1157  :  «  Elisiardus  major  natu 
filiorum  Bcrmundi  de  Uzctica»  (Vaucluse,  G.  264,  f"  11).  —  Janvier  1161  : 
«  Ilelesiardus  filius  ejus  »  (HisL  de  Lang,^  2*  éd.,  t.  V,  n©  637).  —  Décembre 
1171  :  «  Hyl.  de  P.cum  fralribus  meis  »  (Bouchcs-du-Rhône  B.,  1069,  ^  215). 
—  Janvier  1182/3  :  «  ego  Helesiardus  de  Usctico...  ego  Baimundus  de 
Usetico  fraler  supradicti  Helesiardi. . .  »  (Arch.  d'Arles  :  Aulhcnliquedu 
Temple  de  Saint-Gilles,  IT.  8  r<»-9  r«).  — Octobre  1185  ;  «  ego  Helisarius  de 
Usetico  PoscheriaruYn  dominus  laudo. . .  donationem  quam  Bermundus  de 
Usetico  quondam  pater  meus  feccrat. . .  et  ego  Bermundus  supradicti  Heli- 
siarii  Glius...  »  (Arch.  des  Bouches-du-Bhône,  H.  Malle  107;  sceau  circu- 
laire de  cire  blanche  40"»"  de  diamètre,  >îi  o  S  ®  ELISI7CRIS'  t)NS* 
DE'POSTQERIIS  avec  un  château).  —  Mars  1185/6  :  «  Rostagnus  de 
Poscheriis  suprascripli  Helisiarii  filius...  »  (Ibid,  —  Cf.  Arch.  d*Arles  : 
Authentique  de  THôpital  Saint-Gilles,  (T.14vo-15r«).  —  Octobre  1192  :«  ego 
EHsarius  de  Ucecia  Poscheriarum  dominus,  filio  meo  Bermundo  concedente 
et  confirmante. . .  »  (Arch.  d'Arles  :  Authentique  du  Temple  de  Saint-Gilles, 
ff.l67  vo-168  r®).  —  7  décembre  1196  :  «  Rostagnus  Poscheriarum  dominus. . . 
pâtre  suo  quondam  Elesiario...  ego  Rostagnus  Dei  gratia  Poscheriarum 
dominus. . .  »  (Ibid,,  IT.  165  v*-167  v»).  —  Novembre  1198  :  «  ego  Bcrtran- 
dus  de  Ucecia  et  ego  Maria  eius  soror  heredes  Raimuude  filie  quondam 
fralris  nostri  Raimundi  de  Ucecia  et  ego  Guillelmus  Castellanus  maritus 
suprascriptc  Marie...  in  illo  stare  quod  fuit  Pelri  de  Castlario  aui  quon- 
dam suprascripte  Raimunde. . .  »  Ibid,,  fî,  13  r°lir«;.  —  4  mars  1202/3  : 
«ego  Rostagnus  Poscheriarum  Dei  gratin  dominus. . .  recognosco  domi- 
num  Bermundum  de  Ucecia  quondam  avum  meum  donasse. . .  pascuuni 
totum  de  Silua  Godesca. . .  nunc  autem. . .  laudo  . .  .ego  Bermondus  de  Pos- 
cheriis obligo  me  fideiussorem. . .  »  [Ibid.,  Authentique  du  Temple,  AT.  209 
v°-211  i"^),  —  Juillet  1202  :  «  Rostagnus  de  Posqueriis  filius  quondam  Ele- 
siarii  de  Poscheriis...  trado...  pascua...  in  silva  Poscheriarum...  » 
(Arch.  d'Arles  :  Authentique  de  rilôpital  de  Saint-Gilles,  (T.  15  vo-16  r»). 

2.  1168  :  «  R.  Uceciœ  »  (Uisl,  de  Lang,,  2«  éd.,  t.  V,  n»  668,  §  3).  —  Saze, 
février  1199/1200  :  «  R.  de  Ucetia,  Rascatius,  filius  quondam  Bermundi  de 
Ucetia  «  (Vaucluse,  G.  264,  ^  12). 


384  LA    PROVENCE   DU   PREMIER   AU    XU*   SIÈCLE 

mort  entre  le  U  février  1063/4  et  le  13  juillet  1065.   Ce  sont 
Bérenger,  Rostaing  Bérenger,  Laugier  et  Guillaume. 

Entre  le  14  février  1063/4  et  le  1"  mai  1065  *,  Giraud,  évêque 
de  Sistcron,  se  trouve  avec  les  vicomtes  Bérenger,  Mironet  Ros- 
taing, Raimbaud  de  Nice,  Rostaing  de  Sisteron,  Cotaron  de  For- 
calquier,  dans  Tun  des  grands  plaids  annuels  qui  se  tenaient  à 
Barbaras  ;  il  confirme  une  donation  faite  en  1044  par  le  marquis 
Bertrand.  Puis,  Guillaume  et  Geoffroy,  les  deux  marquis  fils  de 
Bertrand,  l'ayant  confirmée  à  leur  tour,  Bérenger  les  assiste  ^. 
Enfin,  le  vicomte  de  Sisteron,  Miron,  étant  mort  sans  fils,  ce  fut  le 
vicomte  d'Avignon  Bérenger  qui  lui  succéda  et  qui  devint  vicomte 
de  Sisteron.  Par  sa  mère  Gisberge,  il  était  son  neveu.  Le  !*■•  mai 
1065  3,  le  même  évêque  de  Sisteron  Giraud  requiert,   pour  une 

1.  [14  février  1063/4-1  «'  mai  1065]  :  «  Geraldus,  episcopus  Gisisterîcen- 
sis...  Berengarius  vicecomes  firmavit.  Miro  vicccomes  Grmavii.  Raianibal- 
dus  de  Nica  firmavit.  Hostagnus  vicecomes  firmavit.  Wantelmusde  Oppeda 
firmavil.  Hostagnus  Sigisteriscensis  firmavit...  »  (Saint-Victor,  659J.  Le 
vicomte  Bérenger.  qui  figure  ici,  ne  peut  être  celui  qui  vivait  le  14  février 
1063/4  :  en  effet,  jamais  Rostaing,  qui  y  figure  aussi,  n'a  été  vicomte  du 
vivant  de  son  père.  Donc,  ce  Bérenger  est  le  frère  de  Rostaing  et  ainsi 
Tacte  est  postérieur  au  14  février  1063/4.  D'autre  part,  Miron,  qui  y  figure 
avec  eux,  est  mort  avant  le  f*  mai  1065,  puisque  le  vicomte  Bérenger, 
fils   de  Bérenger,   lui  avait  déjà  succédé  à  cette  date  (Saint- Victor,  680). 

Le  Rostaing  do  Sisteron  qui  figure  ici  n'appartient  pas  à  la  maison  des 
vicomtes  de  Sisteron  :  comme  Cotaron  de  Forcalquier,  Gantelme dOppéde, 
à  Forcalquier  et  h  Oppède,  c'est  un  membre  de  la  famille  investie  de  la 
cliâteUenic  de  Sisteron. 

2.  [14  février  1063-1007]  :  «  ego...  Vilelmus  et  ego  Gauzfredus  comités 
sive  marchiones  Provintie...  Berengarius  filius  Berengarii  vicecomitis 
donavit  et  firmavit...  »  [Saint- Victor,  659). 

3.  l*""  mai  1065  :  «  ego  Geraldus,  gracia  Dei,  Gisistencensis  episcopus... 
consilio  et  volunlate  domni  Willelmi  Bertranni  comitis  Previnciç  et  comi- 
tisse  suç  uxoris,  domni  eciam  Berengarii,  filii  Berengarii  majoris,  wiceco- 
comitis  Sigislerirensis  sueque  mulieris  Accelcne  »>  (Sai/i/- Vic/or,  680).  Le 
scribe  écrit  :  niillesimo  adjuncto  eciam  LX  necnon  V  ablato.  En  bon  latin,  ce 
serait  1055;  maisGéraud  n'a  été  élu  évoque  de  Sisteron  qu'en  1060.  De  plus, 
en  1055,  c'était  Pierre  qui  était  abbé  de  Saint-Victor  et  non  pas  Durand, 
cependant  nommé  dans  ractc.  Le  n»  532  présente  une  date  rédigée  avec 
une  obscurité  pareille  h  celle-ci  :  millesinio,  adjuncto  eciam  sepluagesinio  et 
non  deeodem  numéro  quarto  ablalo.  Or,  par  les  éléments  certains  qui  accom- 
pagnent ce  dernier  millésime,  on  voit  qu'il  s'agit  du  mercredi  lOavril  1074/3, 


LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         388 

donation,  le  conseil  du  comte  Guillaume  Bertrand  et  celui  de 
Bérenger,  pris  en  sa  nouvelle  qualité  de  vicomte  de  Sisteron.  On 
apprend  à  cette  occasion  que  ce  vicomte  avait  épousé  Accelena, 
Désormais,  la  famille  des  vicomtes  d'Avignon  reprendpied  dans 
le  comté  de  Sisteron  comme  avant  1045.  Dans  un  acte  de  la 
même  époque,  on  voit  Tévêque  d'Avignon  Bostaing,  ses  frères 
Raymond  et  Guillaume,  Laugîer  et  Bérenger,  donner  une  conda- 
mine  voisine  de  Forcalquier  à  Saint-Victor  *.  Le  5  avril  1066,  le 
même  évêque  d'Avignon  jure  de  maintenir  le  temporel  de  l'église 
concathédrale  de  Forcalquier,  soumise  à  la  commune  du  chapitre 
par  Tévêque  Giraud  :  ilagit  là  comme  s'il  faisait  fonctions  d'avoué 
de  cette  église  ^.  Peut-être  le  vicomte  Bérenger  était-il  déjà  mort  à 
cette  époque  et  avait-il  laissé  Sisteron  à  son  frère  l'évêque.  Défait, 
dans  un  autre  acte,  l'évêque  Rostaingrend,  moyennant  finances, 
une  condamine  jadis  donnée  par  feu  son  oncle  le  vicomte  Miron^ 
pour  laquelle  celui-ci  avait  reçu  un  cheval  etuneépée  de  la  valeur 
de  soixante  sous,  puis  reprise  par  Bérenger  et  restituée  parce  der- 
nier avant  de  mourir.  L'évêque  Rostaing,  successeur  de  son 
frère  Bérenger,  exige  de  nouveau  quarante  sous  pour  abandonner 
cette  condamine  près  de  Forcalquier.  Sans  doute,  à  chaque 
succession,  le  même  fait  tendait  à  se  reproduire  en  s'atténuant 
chaque  fois;  ainsi,  le  don  primitif  de  cette  condamine  ne  se 
perpétuait  pas  sans  coûter  aux  moines  de  lourds  impôts  qu'il 
leur  fallait  payer  aux  ayants  droit  de  leur  bienfaiteur  pour  obte- 
nir une  tranquille  possession  ^.  Ce  que  les  mourants  donnaient 

selon  le  style  de  rAnnonciation  elTiisa^^e  pisan.  Il  faut  donc  qu'il  en  soit 
(le  même  pour  le  premier  acte,  au  moins  quant  au  millésime,  et  il  faut  lire 
1005  au  lieu  de  1055.  Le  scribe  s'est  embrouillé  dans  son  élég^ance  :  il  a 
écrif  nec  non  V  ablalo,  quand  il  fallait  e/  non  v  ablalo. 

1.  Saint- Victor,  663. 

2.  5  avril  1066  :  «  juravit  episcopus  Avinicu*  honorem  sancti  Marii  qui 
illum  die  habe}>at  et  in  antea  cum  consilio  suo  adquirere  potuerit  et  omnia 
possibilia  quidquid  canonici  in  commune  habuerant...  »  (Carpentras,  ms. 
513,  fî.  130ro-132ro). 

3.  [1065-1075]  :  u  ego  Rostagnus,  sancte  Avinionensis  ecclesiç  episco- 
pus... condaminam  quamMiroquondam  avunculus  meusdederat  pro  qua  et 
equum  et  ensem  precio  LX   solidorum  acceperat...  quam   iterum   injuste 

Mém.  et  doc.  de  l'École  de»  Charte»,  —  VII.  25 


381)  l.A    l'ROVLNCi:   DU    PREMIEH    AL'    Xll*'   SIÈCLE 

cruiie  main  défaillante,  leurs  héritiers  le  reprenaient  d'un  poi 
ynet  solide,  en  attendant  de  craindre  à  leur  tour  la  mort;  sinon 
il  fallait  les  dédommager  de  suite  et  largement.  C'était  Tusagi 
courant  :  il  n'enlevait  pas  à  Tâme  du  mort,  qui  avait  donné,  1< 
mérite  de  sa  bonne  œuvre. 

Puisque  Hostaing  succède  ainsi  à  son  frère  Bérenger,  c'esi 
signe  que  celui-ci  ne  laissait  pas  d'enfants  ;  leur  oncle  Miror 
n'en  avait  pas  laissé  davantage.  Le  même  évéque,  qui  trouvai! 
si  bien  moyen  d'accommoder  les  exigences  de  sa  conscience  avw 
les  besoins  de  sa  bourse,  tenait,  toujours  à  Forcalquier,  des  offi- 
ciers lesquels,  pour  se  rémunérer  de  leurs  gardes,  exigeaient,  soil 
des  cultivateurs  eux-mêmes,  soit  sur  les  vignes  de  Saint-Promas, 
des  droits  arbitraires,  comme  bon  leur  semblait  :  cela  était  con- 
traire, non  seulement  aux  commandements  de  Dieu,  mais  aussi  à 
la  coutume.  Réfléchissant  à  l'énormité  de  ce  péché,  Tévêque pres- 
crit ({ue  personne  ne  pourra  plus  pratiquer  ces  extorsions,  pas 
plus  en  son  nom  qu'au  nom  de  la  comtesse  et  de  tous  les  «  princes  «  ' 
à  eux  soumis.  Cette  fois-ci,  on  ne  dit  pas  combien  Tévêque  d'Avi- 
gnon revut  pour  mettre  ainsi  sa  conscience  en  paix.  S'il  pressen- 
tait la  mort,  ce  don  dut  être  gratuit  :  en  tout  cas,  il  mouru! 
jjeu  après.  Les  trois  frères  survivants,  en  dehors  du  doyen, 
confirmèrent  la  donation  de  lOGi  émanée  de  leur  père  •.  Cette 
confirmation  fait  ressortir  ce  que  le  plaid  de  Barbaras  avait  déjà 

possessam  Berengnrius  fratcr  meus  roddidit  pro  salute  anime  sue.  Egt) 
vero  Qictuens,  post  mortem  frai  ris  moi  Borengarii,  possidere  prescriptam 
condaminam,  melius  niihi  previdens,  reddo  eam...Sed,  quia  (emporali  sti- 
pendie penilus  carere  nequeo,  accipio...  XL  solides  ottonincorum  nummo- 
rum.  Esl...  apud  Kornicalcarium  caslriim...  Guirberga  et  filii  ejus  Willel- 
mus,  BaimunduSf  Lolli^erius,  Hostagnus  firmaverunt  »  {Saint- Victor ^6W- 

1.  [10()7- 107;)]  :  ««  ego  Boslagiius  episcoi)us  Avenionensis,  contra  precep- 
luni  Oei  malum  usum  liabebani...  apud  caslruni  Furcalcherii...  conside- 
rniis  (piia  magnum  peccatum  essel  hoe...  dimisi  illum  malum  usum..,  ex 
parle  mea  et  ex  parle  comilisse  et  omnium  principum  nostrorum,  ut  nul- 
lus  deinceps  hoc  audent  facere.  neque  eomes  ncque  episcopus  aequo  ali- 
quis  princops  posl  nos  venturus...  »  (Sa/V/N  \7c/or,  CC5). 

2.  [^1075-lOlMr  :  «  Hoslagnus  et  Willeimus  et  I^eodegarius  vicecomiles 
rirmaverunt,  Roslagnus  et  Raymundus  Clii  Willelmi  vicecomitis  firmave- 
runl  »'  (Bibl    nal.,    ms.  Int.  nouv.  acq.  1498,  (T.  21  v«>-23  r»). 


LA   HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE   RÉGIME  FÉODAL         387 

montré  :  c'est  que  tous  les  fils  du  premier  vicomte  Bérenger  se 
partagent  la  vicomte  d'Avignon,  au  lieu  d*en  laisser  le  titre  à  lun 
d'eux.  De  même,  en  1041,  les  cinq  fils  du  vicomte  Auphant  se 
partageaient  son  titre.  Ils  ne  font  que  suivre  l'exemple  des 
comtes  se  partageant  désormais  le  titre  de  marquis.  Pour  le 
moment,  il  en  reste  trois  à  Avignon  :  Rostaing  Bérenger,  Guil- 
laume et  Laugier.  Ce  dernier,  Laugier,  vivait  encore  dans  Avignon 
en  janvier  1096  :  il  parait  être  mort  avant  février  1099  et  ne  pas 
avoir  laissé  de  fils.  Son  frère  Guillaume,  en  janvier  1075/6,  sous- 
crit un  don  de  Tévêque  Laugier  à  Lirac,  sur  la  rive  droite  du 
Rhône  ^  Il  était  déjà  mort,  sans  doute,  en  janvier  1096  :  ses 
deux  fils,  Rostaing  et  Raymond,  approuveront  à  la  suite  de  leur 
père  la  donation  de  1063/4.  L'ainé,  Rostaing  Guillaume,  était 
chanoine  d'Avignon  en  1094;  en  octobre  1110,  il  testera  en 
faveur  du  chapitre^.  Le  sort  du  second  est  ignoré  et  il  dutmourir 
avant  1110. 

Ainsi,  la  vie  de  la  maison  subsiste  dans  le  vicomte  Rostaing 
Bérenger.  Il  avait  épousé  Ermessende  :  elle  et  lui,  en  1075,  con- 
firment à  Saint-André  le  don  des  églises  Saint-Michel,  Saint- 
André  et  Saint-Léonce  du  Cannet  avec  la  moitié  de  la  paroisse  que 
Bérenger  avaitjadis laissée,  faute  depouvoiry  établir  une  abbaye  ^. 


1.  Avignon,  janvier  1075/6  :  «  ego  Laugerius  Avenionensis  ecclesiir 
humilis  episcopus...  prseter  ecclesiam  S.  Peiri...  in  comitatu  Averinico, 
in  villa  Aileraco...  casale...  el  quatuor  homines...  Signum  Laugerii...  épis- 
copi...  Berlrannus  cornes  f.  Willelmus  vicecomes  f.  »  (Saint-André  ;  Poly- 
carpe,  Annales,  p.  635). 

2.  1094  :  «  Sylvester  prsepositus  el  Roslagnus  sacrista  firmarunt.  Leode- 
garius  et  Roslagnus  Gilelmus  flrmavil...  »  (Carpeolras,  ms.  513,  fT.  116  v»- 
117  1-®).  —  [1097-1099]  :  «  Signum  Silvestri  preposili,  Rostagni  sacrisle. 
Rostagni  Guilelmi...  »  (Vaucluse  G.,  chap.  métrop.,  27  prov.  f.  30  r^-\^\ 
Avignon,  7  juillet  1105  :  «  testes  Arberlus  episcopus  et  Roslagnus  Gui- 
lelmi »  {Ibid,,  f.  3).  —  Avignon,  octobre  1110:  <«  ego...  Roslagnus  Guilelmi 
dono...  canonicis...  omnia  bonamea...  Signum  Rostagni  Guilelmi  »  [Ibid., 
^  23  r«). 

3.  Avignon,  1075:  «  ego  Roslagnus  filius  Barangariiel  uxor  mea  Ermen- 
sens...  medietatem  parrochiae  caslri  Canneti...  »  (Bibl.  nat.,  ms.  lai.  8971, 
f«  33  \<»  ;  ms.  lat.  13916,  f<>  20  v»). 


388  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

En  janvier  109(),  il  assiste  ses  frères  Raymond  et  Laugier*  dans  la 
donation  de  Rognonas.  En  février  1099,  il  approuve  la  donation 
du  prévôt  Rostaing -.  Enfin,  au  mois  de  juin  1101,  Rostaing 
Bérenger,  sa  femme  Ermessende  et  leurs  enfants,  Bérenger 
évéque  de  Fréjus,  le  vicomte  Geolîroy,  Bertrand,  Raymond  et 
Pierre  Bérenger,  donnent  à  Téglise  d'Avignon  le  haut  domaine 
et  le  pouvoir  direct  qu'ils  ont  sur  les  moulins  dits  Molnatas,  sur 
Teau  de  la  Sorgue  qui  y  passe  et  sur  le  courant  de  cette  rivière, 
depuis  Védène  jusqu'au  Rhône,  et,  sur  le  fleuve,  jusque  dans  la 
ville  même  d'Avignon  ;  en  retour,  le  prévôt  leur  fait  cadeau 
d'une  mule  de  cent  sous  et  de  fourrures  prévôtales,  en  camelot 
couvert  de  soie,  d  un  plus  grand  prix  encore  •*.  C'est  là  le 
dernier  acte  qui  mentionne  le  vicomte  Rostaing  Bérenger  :  sa 
veuve,  Ermessende,  prête  en  efiet  hommage  à  la  comtesse  de 
Provence  Alix,  fille  du  marquis  Guillaume  Bertrand  et  veuve, 
depuis  1092,  du  comte  d'Urgel  Ermengaud  *.    Dans    cet    hom- 

1.  Avignon,  janvier  1096  :  «  ego  Raimundiis  decanus  filius  Berengarii  et 
Gisbergte...  S.  Raimundi...  Leodeguarius  fraler  ejus  similiter  donavit  et  6r- 
mavit.  Hosiagnus  Berengarius  alius  frater  firmavit.  Bercngarius  episcopus 
firmavil.  Ganfredus  firmavit.  Bertrannuset  alii  fratres  firmaverunt...  )>(Vau- 
cluse.  G.,  Chnp.  métrop  ,  n»  27  prov.,  ff  32  v»-33  r«). 

2.  Avignon,  février  1099  :  n  ego  Roslagnus...  cum  consilio  et  laudatione 
Rostagni  Bi  rcngarii  et  filio'uni  ejus,  videlicet  domni  Berengarii  episcopi, 
Raimundi  et  Pétri...  Roslngnus  Berengarii  firmavit.  Bcrcngarius  episco- 
pus firmavil.  Raimundus  firmavil.  Petrus  firmavit...  u  (Vaucluse,  G.,  Chap. 
mélrop.,  n"  27  prov  ,  f*>  9  r"-vo). 

3.  Avignon,  juin  1101  :  «  ego  Rostagnus  Berengarii  et  uxor  mea  nomine 
Ermesiudisjfilii  meiForojuliensis  episcopus  Berengarius  et  vicecomes  Gaus- 
fredus  et  Berlrannus  el  Raimundus  et  Pelrus  Berengarius...  »  ilLid,,  fF.  1 
ro-2  vo). 

4.  [Juin  1101-juin  liOo]  :  «  eu  Krmensenz,  mulier  Rostagno  Berengue- 

rio dois  cnslels  ne  lascivitales  de  Provincia   des  Durencia   en    za, 

de  las  1res  partes,  non  las  li  loli-ai...  Elcaslel  de  Fornchalcherii...  redrai  le 
li...  exez  lo  quarlo  de  Raimundo  quel  dividiras,  o  a  Berlranno  cui  lo  coms 
o  guirpi.  El  caslel  deMauoa...  El  castel  de  Avinionc,  que  i  es...  redrai  lo 
ti...  exez  lo  quarlo  de  Raimundo  quel  dividiras  o  a  Berlranno  cui  lo  coms 
o  guiri)i...  »  (B.-du-Rli.  B.  277.  Cf.  Paul  Meyer,  Rapport  au  comité  des 
travaux  historiques,  sur  deux  communications  de  M.  L,  Blancard  ;  exlr, 
de   la  liev.  des  Soc.  sar.,  4«  série,  l.  X,  1870,  in-8  de  16  pp.). 

L*acte  étant  rédigé  sur  la  rivcdroilede  la  Durance,  Avignon,  Forcalquier, 


LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET    LE    RÉGIME    FÉODAL         389 

mage,  il  est  dit  que  la  branche  de  Toulouse,  encore  dans  Tinili- 
vision  avec  Alix,  était  représentée  par  Bertrand,  lîls  du  marquis 
Raymond  de  Saint-Gilles.  A  vrai  dire,  Bertrand  avait  dû  rece- 
voir cette  part  indivise  de  son  père,  en  avancement  d'hoi- 
rie, dès  son  mariage,  en  juin  1095,  avec  Electe  de  Bourgogne: 
mais  rhommage  spécifie  clairement  que  le  marquis  Raymond 
est  encore  en  vie.  Or  Raymond  de  Saint-Gilles  mourut  près  Tri- 
poli, le  28  février  1105.  Si,  comme  cela  est  évident,  la  nouvelle 
de  cette  mort  a  dû  parvenir  en  Provence  avant  la  fin  de  la 
première  moitié  de  Tannée,  on  peut  dire  avec  certitude  que 
rhommage  de  la  vicomtesse  a  été  prêté  par  elle  entre  le  mois  de 
juin  1101  et  le  mois  de  juin  1105.  Donc,  le  vicomte  Rostaing 
Bérenger  était  mort  lui-même  avant  juin  1105. 

Par  cet  hommage,  on  voit  avec  précision  en  quoi  consistait, 
essentiellement,  la  vicomte  çiu  point  de  vue  territorial  ;  les  comtes 
avaient  inféodé  aux  vicomtes  de  la  rive  droite,  en  Gef  rendable,  le 
château  que  contenait  chaque  cité  et  les  vicomtes  en  tenaient 
ainsi  le  domaine  direct.  Les  comtes  indivis  de  Provence  ne  jouis- 
saient plus  que  seigneurialement  du  haut  domaine  de  ce  château. 
Cela  revient  à  dire  que  les  châteaux  étaient  au  pouvoir  des 
vicomtes.  La  vicomtesse  ne  spécifie  d'ailleurs  que  les  châteaux 
de  Forcalquier,  Manosque  et  Avignon.  Ce  sont  sans  doute  les 
seuls  qu'elle  tint  personnellement  :  les  autres  avaient  dû  être 
inféodés  par  les  vicomtes  qui  n  en  gardaient  plus  que  la  sei- 
gneurie. 

Dès  janvier  1096,  le  défunt  vicomte  Rostaing  Bérenger  avait 
fait  suivre,  dans  les  actes,  sa  souscription  de  celles  de  sescinq  fils: 
Bérenger,  Geoffroy,  Bertrand,  Raymond  et  Pierre  Bérenger.  Dès 

Manosque  sont  dits  en  deçà.  Le  texte  dit  Manoa^  ce  qui,  rigoureusement, 
est  Mânes  (Basses-Alpes),  comme  le  Manuam  du  n»  973  àe  Saint- Victor  : 
mais  ce  doit  être  une  erreur  du  scribe  pour  Manoasca,  Manosque  (Basses- 
Alpes).  L'oubli  de  Manosque,  résidence  comtale,  ne  se  comprendrait  guère 
et,  d'autre  part,  Mânes  a  trop  peu  d'importance  pour  être  la  seule  localité 
citée  entre  Forcalquier  et  Avignon.  On  sait  que  les  vicomtes  gardèrent  le 
domaine  des  trois  quarts  de  Manosque  jusqu'au  23  février  1218  (B.-du-Hh., 
B.|310). 


390  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

le  22  août  1091/0,  :  Taîni,  Bérenger,  était évéque  de  Fréjus  '  ;  ilse 
rendit  au  concile  tenu  par  Urbain  II  à  Plaisance,  et,  le  18  mars 
1095,  il  était  de  retour  à  Lérins.  En  janvier  1096,  il  assiste  son 
père  dans  Avignon;  son  pontificat  se  prolonge  jusqu^en  1131  et  il 
mourut  le  5  juillet  de  cette  année.  En  octobre  1110,  il  assiste 
au  testament  de  son  cousin  germain  le  chanoine  Rostaing  Guil- 
laume. Entre  II 17  et  1123,  se  présentant  devant  Tévêque  d'Avi- 
gnon, le  prévôt  Amblard  et  tout  le  chapitre,  il  demanda  avec 
beaucoup  d'énergie  la  concession,  viagère  et  en  fief,  des  dîmes  des 
marais  que  Ton  desséchait  près  le  Pont  de  Sorgues.  Cette  mise 
en  demeure  fut  accueillie,  à  condition  que  les  dîmes  à  sa  mort 
feraient  retour  au  chapitre.  L'évêque  Arbert,  qui  rédige  la  notice, 
spécifie  qu  elles  lui  feraient  également  retour  si  Tesprit  de  Dieu 
poussait  jamais  son  collègue  Tévôque  de  Fréjus  à  changer  de  vie 
ou  à  partir  pour  Jérusalem '^  C'était  un  vœu  charitable  auquel 
l'avenir  ne  parait  pas  avoir  répondu.  Pour  faire  entrer  plus  de 
joie  encore  dans  Tâme  de  ce  prélat,  les  chanoines  lui  donnèrent, 
sa  vie  durant  et  par-dessus  les  dîmes  auxquelles  il  tenait,  Téglise 

1.  Jeudi  22  août  109i/0  :  «  ordinato  B.  episcopo  ForojuHensi  »  (Carpen- 
tras,  ms.  512,  f»  100  v®).  —  27  décembre  1094  :  «  ego  Berengarins  Foroju- 
liensis episcopus,  licel  indignus...  »{Cart.  de  Lérins^  éd.  Flammare,  n*  12). 
—  Lérins,  18  mars  1095  :  «<  cffo  Berengarius  Dei  gratia  Forojuliensis  epis- 
copus, de  Piacenlino  concilio  sub  Urbano  papa  celebrato  rediens...  »  {Ibid.^ 
n*»  8).  —  Avignon,  janvier  1096  (Vaucluse,  G.,  Chap.  mé trop.,  27,  (T.  32 
v»-33  r®).  —  Avignon,  février  1099  (Vaucluse,  G..  Chap.  métrop.,  27,  ^  9 
ro-yo).  —  1099  [Saint-Victor,  601).  —  Avignon,  juin  1101  (Vaucluse  G.,  chap. 
métrop.,  27  prov.,  ff.  1  ro-2  r<»).  Etc.  —  19  mai  1131  [Lérins,  25).  Cf.  Alba- 
nès,  Ga//.  Crist.  novias.,  Fréjus,  coll.  337-339  ;  Montm.,  pp.  227,  237-238, 
243-244.  —  H.  Espitalier,  Les  évéques  de  Fréjus  du  V7«  àu  Xllh  siècle, 
Draguignan,  C.  et  A,  Latil,  1894,  pp.  144-160. 

Fréjus,  1107  :  «  in  conspeetu  Berengariiejusdem  civitatis  episcopi  »>  i  Vau- 
cluse, G.,  Chap.  métrop.,  27,  f.  38). 

Avignon,  octobre  1110  :  «  S.  domni  Berengarii  Forojuliensis  episcopi  • 
(/Aie/.,  ^  23  r«). 

2.  [1117-1123]:  «episcopus...  Forojuliensis...  vehementer  postulavit. . . 
décimas  paludum  que  apud  Pontum  exsiccabantur...  concessimus  illi... 
invita  sua...aut  si  spiritu  Dei  quandoque  ductus  vellct  mutare  vitam 
suam  aut  proQcisci  Jberusolimam  . .  ecclesia  nostra  roc  iperaret. . .  hono- 
rera... Testes  :  Wilelmus  de  Ponto  canonicus  sancti  Ruphi.  Pelrus 
Berengarii...  »  (Vaucluse,  ibid,,  p.  38  v«-39  r«). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE   ET    LE    RÉGIME    FÉODAL         391 

N.-D.  du  Pont  de  Sorgues,  sous  un  cens  annuel  de  cinq  sous  K 
Le  cadeau  n'était  pas  aussi  important  qu'on  pourrait  le  croire,  du 
moins  en  ce  qui  concerne  Téglise.  En  effet,  une  fois  mis  en  pos- 
session, le  bénéficiaire,  vu  1  état  de  désolation  où  la  localité  se 
trouvait,  ne  crut  pas  pouvoir  mieuTc  faire  que  d'adresser  un 
appel  pressant  à  son  père  spirituel,  Pierre,  abbé  de  Gluny,  pour 
lui  demander  ses  bons  offices.  Il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que 
de  restaurer  l'église  en  ruines  en  la  relevant  tout  de  neuf,  non 
pas  au  même  emplacement,  mais  dans  un  endroit  plus  sûr  et 
mieux  indiqué,  c'est-à-dire  sur  la  hauteur  ;  il  convenait  aussi  de 
restaurer  les  moulins,  de  replanter  les  vignes,  de  remettre  en 
état  les  terres  incultes  et  de  payer  cinq  cents  sous  de  dettes  avec 
les  intérêts  *^.  Si  c'est  en  cet  état  que  se  trouvait  le  Pont  de 
Sorgues,  ce  n'était  pas  une  mince  tâche  à  entreprendre.  On  con- 
çoit la  véhémence  des  demandes  de  l'évêque  de  Fréjus  :  les 
dîmes  des  marais  en  défrichement  ne  devaient  pas  être  de  trop 
avec  les  subventions  à  provenir  de  Gluny.  Bérenger  avait  vrai- 
ment mieux  à  faire  chez  lui  que  d'aller  se  promener  à  Jérusalem, 
comme  le  lui  conseillait  son  collègue  Arbert.  C'était  là,  en  somme, 
une  bonne  manière  de  se  débarrasser  des  gens  encombrants  et  on 
en  profitait  autant  que  possible.  A  côté  des  croisés  de  bonne  foi, 
il  y  avait  les  croisés  par  persuasion  ou  par  force,  comme  ce 
Foulques  Doon  de  Châteaurenard  auquel,  après  en  avoir  reçu  une 
partie  notable  de  ses  biens,  mais  après  seulement,  Tabbé  de 
Lérins  amena  une  mule  et  sur  laquelle  il  n'y  avait  plus  qu'à  mon- 
ter, un  bourdon  à  la  main,  pour  gagner  Jérusalem  et  le  Paradis 
tout  ensemble.  La  mule  était  de  prix  moyen;  mais  le  bâton,  de 

1.  «<  Item...  canonici...  voluDt  letiGcarc  episcopum  Forojuliensem  per 
aliam  donationem. . .  ecclesiam  sancte  Marie  de  Ponte...  ad  fidelita- 
lem...»  {Ibid.y  ^  39  r*). 

2.  [1122-1131]  :  «  Petro  Cluniacenbi  abbati,  B.  Forojuliensis  episco- 
pus  ejus  in  Christo  fîlius...  desolatione  loci  de  Ponte...  de  restauratione 
ecclesie  dirute  cum  odicinis,  non  in  quo  eral  prius  loco,  sed  in  oportuniori 
et  securiori  et  hoc  in  monte,  cum  restauratione  molendinorum,  cum 
replant-atione  vin<»ariim,  cum  reparatione  incultarum  terrarum,  cum 
persolvendis  D***  solidis  cum  usuris. . .  elegi.. .  »  (C/u/iy,  n*  3964). 


392  LA    PROVENCK    DU    PHEMIKR    AU    XIl^   SIÈCLE 

choix  ^  Dès  cette  époque,  Féglise  d'Avignon  n'est  plus  d'accord 
avec  les  vicomtes  :  c'est  malgré  elle,  pour  ainsi  dire, qu'elle 
accorde  à  Bérenger  les  moyens  de  relever  le  Pont  de  Sorgues  de 
son  état  de  ruine.  Elle  le  fait  avec  des  réserves  ironiques  ou 
déplaisantes  dont  l'énoncé  n'indique  pas  une  grande  amitié; 
l'évêque  Arbert  traitait  publiquement  les  vicomtes  de  tyrans  et 
le  souffle  de  la  commune  passait  alors  sur  Avignon*.  Comme  on 
peut  sV  attendre,  c'est  la  dernière  fois  que  Bérenger  évêque  de 
Fréjus  figure  dans  les  actes  du  cartulaire  d'Avignon  et  cependant 
il  ne  devait  mourir  qu'en  1131.  Dans  la  période  antérieure  où  les 
relations  étaient  encore  bonnes,  il  avait  donné  au  chapitre  une 
part  de  ses  biens  héréditaires,  c'est-à-dire  les  maisons  du  prêtre 
Bonpar  et  de  son  fils  Pierre  ^  ;  puis,  très  brièvement,  il  avait 
même  fait  Notre-Dame  d'Avignon  héritière  de  tous  ses  biens  ^. 
Son  père,  avant  de  mourir,  avait  été  libéral  envers  le  chapitre  : 
son  frère  le  vicomte  se  gardera  bien  de  rien  lui  laisser. 

Ses  frères  Bertrand  et  Raymond  ne  paraissent  plus,  que  l'on 
sache,  après  il  01  :  mais  le  cadet,  Pierre  Bérenger,  joue  un  rôle 
politique  qui  le  montre,  comme  Bérenger,  pris  à  partie  par 
l'église  d'Avignon.  11  assiste  à  la  scène  où  l'on  voit  l'évêque  de 
Fréjus  forcer,  pour   ainsi  dire,  le  chapitre    à    lui    concéder   les 

1.  22  mai  [lOOGj  :  ««  ego  Fulco  Dodonis,  dono...  partem  mcepossessionift... 

in  terrilorio  castelli  Rocabruna  in  die  obitus  niei dono  eliani  in  Castro 

Jocarensi...  et  in  Castro  Rainardo Facta  est  igitur  bec  donatio  in  pro- 

sentia  Aldcbcrti  abbatis  tociusquc  conventiis,  in  capitulo  in  insula  Lyri- 
ncnsi,  in  festivilalo  Ascensionis  Domini.  Ipse  vero  abbns,  Canuis  egrcssus, 
emtani  mulam  prccio  soxaginta  solidorum  et  mapulam  et  bacbiles  obtimos 
donnoFalconi  dedil  et  viam  Jbcrosolimitanam  in  penitentiam  illi  injuncxit  » 
{Cart.  Lérins,  éd.  Flammarc,  n°236).  Le  l"""  juillet  i055,  une  muleexcellenlo 
valait  cent  sous  {Saint- Victor^  153). 

2.  [1096-1110]  :  «  Arbertus...  ecclesiam  sancte  Marie  de  Castello...quicquid 
ab  ea  negligentia  tirannorum  alienatum  est  »  (V^aucluse,  G.  27,  Cha[). 
mélrop.,  n°27  prov.,  ff.  121^-13  r*). 

3.  [1091-1123]  :  «  ego  Berengarius  Forojuliensis  episcopus...  mansiones 
Boniparis  presbiteri  et  Pétri  fîlii  sui...  »  (V^aucluse,  G.  27,  Chap.  métrop., 
ff.  19vo-20vo). 

4.  [1091-1123]  :  «  ego  Berengarius  Forojuliensis  episcopus...  quicquid 

jure  bereditario  possidere  videor in  omni  hereditatc  mea  heredem  cons- 

tituo  )»  {Ibid.y  ^  20  i*). 


LA    IIlÉRARanE    ADMIMSTRATIYE    ET    LE    RÉGIME    FÉODAL         393 

dîmes  des  marais  du  Pont  de  So^gues^  Peu  après,  sans  doute 
en  H23,  treize  chanoines  survinjj^t  prêtent  solennellement  le  ser- 
ment de  ne  Télire  ni  comme  évêque,  ni  comme  prévôt,  ni 
comme  doyen,  ni  comme  sacriste,  et,  dès  qu'il  se  présentera 
dans  le  chœur  de  Notre-Dame  ou  au  chapitre,  ou  au  réfectoire 
du  cloître,  de  se  retirer  h  l'instant  2.  C'est  la  rupture  définitive 
entre  la  Maison  vicomtale  et  l'église  d'Avignon.  Pierre  Béren- 
ger  alla  se  retirer  à  Saint-Ruf,  dans  la  maison  rivale  du  chapitre, 
où  on  le  trouve  encore  en  tête  des  chanoines  le  27  avril  HS3  3. 

Des  cinq  (ils  de  Rostaing  Bérenger,  un  seul  fut  vicomte  et 
c'est  le  vicomte  Geoffroy.  Il  figure  en  celte  qualité  dès  l'acte  de 
juin  1101  qui  le  montre  auprès  de  son  père  :  sans  doute,  celui- 
ci  lui  avait  donné  en  avancement  d'hoirie  la  vicomte  de  Siste- 
ron.  Cependant,  le  père  mort,  c'est  la  mèrequi  prête  hommage  h 
la  comtesse  Alix  et  non  lui. 

Comme  la  comtesse  Alix,  de  par  le  testament  de  son  mari, 
était  usufruitière  du  comté,  cet  exemple  avait  dû  pousser  le 
vicomte  d'Avignon  Rostaing  Bérenger  à  en  faire  autant,  en 
faveur  de  sa  femme  Ermessende. 

Son  fils  Geoffroy  pourrait  être  le  souscripteur  qui,  en  janvier 
1109,  sans  énoncer  sa  qualité,  suit  le  vicomte  de  Marseille 
Pons  parmi  les  nobles  provençaux  conseillant  au  comte  Ber- 
trand, fils  du  marquis  Raymond,  de  renoncer  en  faveur  du 
monastère  de  Saint-André  aux  droits  perçus  par  son  père  *.  Le 
vicomte  ne  figure  pas  au  plaid  comtal  de  Gilbert  et  de  sa  femme 
Gerberge,  comtesse  d'Arles,  tenu  au  mois  de  juin  1110,  entre  les 
chanoines  de  N.-D.  d'Avignon  et  leurs  avoués,  à  propos  de 
l'eau  et  des  moulins  de  la  Sorgue  '^,  Le  5  mai  1125,  par  contre,  il 

1.  [1117-1123]   :  H  testes  :...  Petrus  Bcrcngarii...  >»  (Ibid.,  (T.  38  vo-39  r«). 

2.  [1123?]  :  «  ego,  ille,  Petrum  Berengarium  istum  dequo  agitur nun- 

quam  laudabo...  »  (76ic/.,  ff.  37  v®-38  r«). 

3.  Avignon,  27  avril  1153  :  u  testibus  Durando  abbate  Sancti  Ruphi  et 
Petro  priore  et  Petro  Berengarii  et  Ademaro  sacrista,  Be.  de  Rocamaura 
Guigo  de  Tuscana  presbiteri  et  canon  ici  sancti  Ruphi  »  (/61V/.,  G.  6,  f*  13) 

4.  Polycarpo,  AnnaleSy  p.  661. 

H.  Vaucluse,  G.,  Chap.  métrop.,  27,  f.  8. 


39 i  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AC    XII*   SIÈCLE 

figure  au  plaid  comtal  de  Raymond  Bérenger  et  de  sa  femme 
Douce,  fille  de  Gerberge  :  le  procès  portait  sur  des  biens  sis  au 
Thor,sur  la  rive  gauche  '.  En  octobre  1 129,  dans  Avignon,  il  n'est 
pas  présent  à  Tacte  par  lequel  la  comtesse  d'Avignon  et  de  For- 
calquier  Alix,  veuve  d'Ermengaud,  à  qui  la  vicomtesse  Ermes- 
sende  jadis  avait  prêté  hommage,  transmet  à  ses  petits-fils  le 
pouvoir  et  le  domaine  comtal,  réserve  faite  de  son  usufruit  ^. 

L'établissement  de  la  commune  équivaut  à  la  suppression  de 
la  vicomte  dans  lenceinte  urbaine.  Ou,  du  moins,  le  vicomte  y 
perd  ce  que  les  comtes  lui  avaient  concédé  en  créant  la  vicomte  : 
le  domaine  du  château  urbain  et  de  la  cité  lui  échappe  donc. 
C'est  un  degré  de  l'échelle  féodale  qui  disparait  entre  le  comte 
etle  viguier  ;  ou,  plutôt,  les  chevaliers  urbains  s'élèvent  à  ce 
degré,  en  chassent  le  vicomte  et  l'occupent  en  commun. 

Si  Geoffroy  continue  à  se  dire  vicomte,  c'est  que  sa  vicomte 
subsistait  sur  la  rive  gauche  hors  des  cités  :  dans  Manosque, 
notamment.  11  conservait  encore  les  seigneuries  que  ses  prédé- 
cesseurs s'étaient  réservées  dans  l'étendue  de  leur  vicomte.  Quand 
un  homme  a  trop  de  biens  sur  terre,  pour  pouvoir  les  occuper  tous 
en  personne,  les  limites  de  son  activité  l'obligent  à  se  canton- 
ner quelque  part  et  à  se  fier  pour  le  surplus  à  des  mandataires 
qui  lui  en  rendent  compte.  Au  bout  d'un  temps  plus  ou  moins 
long,  ces  mandataires  deviennent  les  maîtres  des  biens  particu- 
liers qu'ils  régissent.  Successivement,  les  rois,  les  ducs  et  les 
comtes  avaient  fait  cette  cruelle  expérience  :  c'était  maintenant 
au  tour  des  vicomtes.  Si  les  maitres  de  Rome  y  avaient  échappé 
quand  ils  tenaient  le  monde,  c'est  qu'ils  ne  laissaient  pas  à  leurs 
mandataires  le  temps  de  se  fixer  sur  la  terre  que  chacun  d'eux 
administrait.  Fonctions  temporaires  et  chassé-croisé  de  fonction- 


1.  5   mai  1125  :  «  signum   Raimundi  comitis.  Siguum  Dulciaî  comitissie 

Signum  Laugerii  Avenionensis  episcopi.  Signum  Gaufredi  vicecomitis » 

(Saint-André,  (^ii), 

2.  Avignon,  octobre  1129  :  «  in  presentia  Laugerii...  episcopi  et  Bernardi 
Andusiœ  aliorumque  multorum  teslium  »  (ms.  lat.  13915,  f.  353  v^).  S'il  était 
présent,  il  figurerait  sans  doute  entre  l'évêque  et  Bernard  d'Anduse. 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGIME   FÉODAL         393 

naires,  voilà  ce  qui  maintint  Tempire  au  profit  de  ses  maîtres 
tout  puissants.  Mais,  ensuite,  les  fonctions  devinrent  stables 
et  les  fonctionnaires  se  fixèrent  sur  place  :  dès  lors,  leur  maître 
avait  vécu.  La  fonction  devait  faire  place  à    la  propriété. 

Ainsi,  les  vicomtes  héréditaires  avaient  limité  le  pouvoir  des 
comtes  :  puis,  ne  pouvant  être  partout,  ils  se  cantonnaient  volon- 
tiers dans  la  seigneurie  du  Pont  de  Sorgues,  dominant  de  plus 
ou  moins  loin,  de  plus  ou  moins  haut,  toute  la  région,  depuis  h\ 
cité  d'Avignon  jusqu'au  château  de  Forcalquier.  Les  centres  les 
plus  peuplés  devaient  leur  échapper  d'abord  et  cela  ne  manqua 
pas.  Alors  ils  se  cantonnèrent  tout  à  fait  au  Pont  de  Sorgues 
qui  leur  resta  parce  qu'ils  s'y  fixèrent  à  demeure.  Quand  la  ran- 
cune dWvignon  les  en  chassera,  ils  se  réfugieront  à  Manosque. 

Au  moment  où  la  commune  se  déclare,  Geoffroy  dans 
Avignon  n'est  pas  uniquement  vicomte.  La  situation  est  plus 
complexe.  Du  temps  de  Tévêque  Albert,  lui  et  ses  frères  avaient 
passé  avec  ce  pontife  un  accord  1101-1123)  que  plus  tard, 
assisté  de  ses  fils,  il  avait  renouvelé  avec  Tévêque  Laugier  (1123- 
1142)^  En  1146,  finalement,  un  plaid  consulaire  l'oblige  h 
observer  ces  conventions  vis-à-vis  de  l'évêque  Geoffroy  *. 

En  raison  de  ces  accords,  Geoffroy  prête  serment  de  fidélité 
à  révoque  :  il  lui  fait  hommage  de  différents  biens  qu'il  en 
tient  à  litre  de  fief  et  il  jure  de  ne  rien  lui  enlever  de  son 
domaine  dont  il  énumère  les  membres  principaux  :  ce  sont 
l'église  d'Avignon,  le  clocher,  les  maisons  épiscopales,  la  maison 
du  chapitre,  le  bourg  épiscopal  aux  portes  de  la  cité,  les  châteaux 
de  Noves,  de  Bédarrides,  le  Châteauneuf  Calcernier  et  tout  ce 
que  l'évêque  pourra  acquérir,  de  son  conseil. 

On  ne  peut  souhaiter  de  document  plus  clair.  Geoffroy  était 
ainsi  l'avoué  de  l'évêché  d'Avignon  :  à  ce  titre,  il  devait  conseil, 

1.  [1123-1142]  :  «  ego  Leodegarius  Aviiiionensis  cpiscopus  et  ego  Gaufre- 
dus  vicecomes  et  nos  filii  ejus  ego  Berengarius  et  ego  Guillelmus  Bcren- 
garii  taie  placitum  fecimus  »  (Vaucluse,  G.  15,  f.  73). 

2.  1146  :  «  inter  Gaufredum  Avinionensem  episcopum  et  Gaufredum 
v'iccco:nitem...  per...  consules...cum  consilio  et  assensu  judicum...  judiciali 
sententia...  sopitam »>  [Ibid,^  G.  15,  ff.  75  ro-77r»). 


396  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll«   SIÈCLE 

aide  et  garantie  k  l'évêque  pour  tout  cet  évèché.  De  plus,  Tévêque 
lui  avait  concMë  en  (îef  diverses  terres  de  cet  évêché,  pour  le 
rémunérer  de  cette  charge  d'avoué,  et  Geoffroy  lui  devait,  pour 
ce  lief,  fidélité  et  hommage,  comme  tout  vassal  à  son  seigneur. 

Il  ne  faudrait  pas  croire  que  cette  situation  ne  remontât  pas 
plus  haut  que  Tépiscopat  d'Arbert.  Les  vicomtes  d'Avignon 
étaient  avoués  de  Téglise  d'Avignon  depuis  qu'ils  fournissaient 
des  évoques  à  cet  église  et,  par  conséquent,  depuis  qu'ils  exis- 
taient, c'est-à-dire  depuis  le  début  du  xi'  siècle.  Seulement, 
après  un  siècle  d'union  plus  ou  moins  étroite,  pendant  lequel  les 
contrats  bilatéraux  et  écrits  étaient  inutiles  entre  l'évêque  et  le 
vicomte,  membres  unis  de  la  même  famille  dominante,  l'épiscopat 
d'Arbert  marque  le  moment  où  l'église  tend  àéchapper  à  la  domi- 
nation vicomtale  pour  se  rapprocher  des  éléments  qui  organise- 
ront la  commune.  C'est  au  moment  où  l'évolution  politique  les 
sépare  que  chacun  sent  le  besoin  de  bien  fixerses  droits  et  ses  inté- 
rêts particuliers.  A  l'entente  orale,  succèdent  les  plaids  écrits 
qui  fixent  la  situation.  Les  vicomtes  restent  les  avoués  de  l'évêché; 
mais  le  chapitre,  plus  impatient  de  progrès  politique,  leuréchappe 
et  se  choisit  des  chevaliers  comme  avoués  particuliers. 

C'est  en  qualité  d'avoué  que  Rostaing  Bérenger,  frère  du 
vicomte  Geoffroy,  avait  construit  Châteauneuf  Calcernier  :  une 
partie  du  Pont  de  Sorgues  dépendait  également  de  TEglise, 
depuis  qu'Autran  de  Vénasque,  propriétaire  de  cette  partie, 
s'était  fait  chanoine  et  Tavait  offerte  à  Téglise  K  Mais,  en  dehors 
de  cela,  les  vicomtes  tenaient  le  Pont  des  comtes  2.  Ce  jugement 
de  1146,  qui  montre  le  vicomte  aussi  bien  que  l'évêque  soumis  à 
la  justice  consulaire,  est  le  dernier  acte  où  paraisse  le  vicomte 
d'Avignon  Geoffroy.  11  ne  dut  pas  tarder  à  mourir.  Il  laissait 
deux  fils,  les  vicomtes  Bérenger  et  Guillaume  Bérenger.   Ce  der- 

1.  [1146-1 177]  (Vaucluse,  G.  15,  f"  74  r»).  Cf.  1178  (G.  15,  ff.  74-75);  1146 
(G.  15,11.75-77). 

2.  Le  31  janvier  1185/6,  Raymond  duc  de  Narbonne  se  réserve  les  droits 
féodaux  du  Pont  de  Sorgues  (Arch.  d'Arles,  Auth.  de  Thôpital  de  Saint- 
Gilles,  fo  182,  no  364). 


LA   HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         39^ 

nier  s  appelle  également  Guillaume  Geoffroy  :  sa  souscription 
figure,  en  janvier  1177/8,  après  celle  du  châtelain  Guillaume 
d'Avignon,  au  bas  d'un  acte  de  vente  en  faveur  des  religieuses 
de  Saint-Laurent  d'Avignon  passé  dans  Avignon  même  K 
Pour  ce  vicomte  Bérenger,  en  dehors  du  plaid  tenu  entre  son 
père  et  Tévêque  Laugier,  aucun  acte  ne  reste  de  lui  dans  les 
archives  de  Tévêché  d'Avignon.  C'est  la  preuve  qu'il  s'en  tint 
éloigné  toute  sa  vie  •.  11  était  mort  quand  son  fils,  nommé  éga- 
lement Bérenger,  au  mois  d'avril  il  95  3,  renouvellera,  en  faveur 
de  l'évéque  Rostaing,  l'hommage  prêté  jadis  par  son  grand-père 
Geoffroy  en  1146.  Le  fait,  qu'il  ne  mentionne  pas  d'hommage 
intermédiaire  entre  1146  et  1195,  prouve  que  son  père  Bérenger 
n'en  prêta  jamais.  Dans  l'acte  de  1195,  il  qualifie  encore  son  père 
de  vicomte  ;  mais,  lui,  il  prend  uniquement  le  nom  de  Bérenger 
du  Pont.  Ainsi  Bérenger  et  Guillaume,  qui  vécurent  entre  1145 
et  1195,  avaient  été  les  derniers  vicomtes  d'Avignon.  Guil- 
laume du  Pont,  évêque  de  Fréjus  en  juillet  1202  *,  avait  succédé 
à  Frédol  à  la  fin  de  1197  et,  dès  le  30  octobre  1198,  voulait 
démissionner,  soit  en  raison  de  son  état  de  santé,  soit  en  rai- 
son de  l'opposition  qu'il  rencontrait'».  On  peut  reconnaître  en 
cet  évêque  un  frère  de  Bérenger  du  Pont. 

1.  Avignon,  janvier  H77/8  :  «  testes  sunt  Guilelmus  de  Aviniono,  Guil- 
lelmus  Geraldi  Augers,  Guilelmus  Gaufres  vicecomes,  Raimundus  Rai- 
noarz. . .   »  (Bibl.  d'Avignon,  ms.  2V65,  f®  171  r«). 

2.  En  1169,  on  nomme  dans  un  plaid  les  donations  faites  jadis  avicecomi- 
tibus  de  Ponte  ;  mais,  sans  indiquer  s'ils  existaient  encore  (Vaucluse,  G.  27, 
Chap.  métrop.,  ^  48). 

3.  Avril  1195  :  «  Berengarius  de  Ponte  Olius  Bcrengarii  vicecomitis  ûlii 

quondam  Gaufredi  vicecomitis pro  feudo...  hominium...  episcopo  fecit 

et  vitam  et  menbra  et  castra...  juravit  et  Gdclitatem  scrvare...  promisit» 
(Vaucluse,  G.  15,11.77-78). 

4.  Juillet  1202  :  k  dominus  Guillelmus  de  Ponte  Forojuliensis  episcopus  » 
(Saint- Victor,  977). 

5.  30  octobre  1198  (Albanès,  Gall,  Christ,  novùts.,  Fréjus,  col.  204  :  instr., 
XIII).  Son  prédécesseur  Frédol  parait  être  mort  le  12  septembre  1197 
(Albanès,  Gall.  Christ,  noviss.^  Fréjus,  col.  344).  Son  successeur  Tavait  rem- 
placé dès  le  20  novembre  1203  {Ibid.,  col.  347).  — H.  Espitalier,  Les  évoques 
de  Fréjus  du  XIII"  ;>  la  fin  du  XVIW  siècle,  Draguignan,  1898,  pp.  13-14. 


398  LA    PROVENCE    i)V   PREMIER    AL*    Xll^    SIÈCLE 

Ce  qui,  en  1195,  parait  ramener  Bérenger  du  Pont,  déchu,  dans 
Avignon,  c'est  le  besoin  d'argent.  La  révolution  communale 
avait  dû  enlever  à  son  père  et  à  lui  une  bonne  partie  de  leurs 
ressources.  Ce  n'est  donc  pas  pour  rien  qu'il  consent  à  prêter 
hommage  encore  une  fois  à  Tévêque  :  par  un  autre  acte  de  la 
même  date,  il  met  en  gage,  entre  les  mains  de  Tévêque,  une  par- 
tie de  son  fief  d'avoué  pour  mille  sous  de  raimundencs  nouveaux. 
11  se  réserve  le  droit  de  couper  du  bois,  pour  se  chaufTerdans  la 
maison  du  Pont  de  Sorgues  et  dans  la  maison  de  sou  baile  ^  Ce 
fils  de  vicomte,  empruntant  de  l'argent,  qui  au  surplus  demande 
la  permission  de  faire  des  fagots  et  du  bois  de  chaufTage, 
n'est  évidemment  plus  le  maître  d'Avignon. 

La  chute  du  pouvoir  urbain  des  vicomtes  date  de  l'institution 
du  consulat  commun  des  chevaliers  en  1129  :  elle  fut  consom- 
mée par  rétablissement  de  la  paix  épiscopale  et  consulaire 
entre  11 42  et  1157. 

Un  dernier  évêque  de  Fréjus  doit  avoir  appartenu  à  la  maison 
vicomtale  d'Avignon  :  c'est  Raymond  Bérenger,  prévôt  du  cha- 
pitre de  Fi*éjus  depuis  le  20  mai  1223,  évêque  depuis  le  19  août 
1235.  II  mourut  le  16  décembre  1248  après  avoir  été  obligé  de 
se  démettre  pour  raisons  de  santé  -,  On  peut  voir  en  lui  un 
frère  de  Bérenger  du  Pont  :  on  peut  même  en  voir  un  autre  dans 
Raymond  du  Pont  qui,  en  janvier  1208  et  le  16  décembre  1210, 
était  commandeur  de  Saint-Gilles^.  Quant  à  Bérenger  lui-même, 
il  s'abaisse  jusqu'à  être  consul  d'Avignon  en  1211  :  en  1213, 
il  figure  dans  l'acte  relatif  à  la  leyde,  puis  il  disparait  de  la 
région  du  Rhône  après  la  ruine  du  château  de  Soignes.  Le 
23   février  1217/8  *,  il  vend  au  comte  et  marquis  de  Provence 

1.  Avignon,  avril  119."»  :  «  ego  Bcrcngariiis  de  Ponte  oblige  pignori... 
opiscopo »  (Vauclusc,  (i.  lo,  pp.  78  r**-79  i*®). 

2.  Albanès,  (iall.  Christ,  noviss.,  Fréjus,  col.  3r)2-353.  —  H.  Espilalior. 
Les  évéques  de  FrAjus  du  XIII*'  i)  lu  fin  du  X  Vllt  siècle.  Draguignan,  A.  I-atil, 
1898,  pp.  20-31. 

3.  Authentique  de  la  Maison  de  Tllôpital  du  prieuré  de  Saint-Gilles  {Rev, 
hisl.  dp  Provence,  du  Houre,  l»"*  année,  1890-1891,  pp.  95,  117  ;^  173  r*», 
n'  345  et  371;. 

4.  B.-du-Rh.,  B.  310. 


LA    HIÉRARCHIE    A  DM  I M  STB  ATI  VE   ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         399 

Raymond  Bérenger,  devenu  comte  de  Forcalquier,  le  quart  du 
château  de  Manosque  et  le  haut  domaine  des  trois  autres  quarts 
avec  la  pleine  juridiction  et  le  pouvoir  judiciaire,  pour  la  somme 
de  6000  sous  raimundencs  nouveaux.  Ainsi,  après  la  vicomte 
d'Avignon  perdue,  les  membres  de  la  vicomte  de  Sisteron  s  en 
allaient  à  leur  tour.  Le  12  février  1206,  Guillaume  comte  de 
Forcalquier,  avant  de  mourir,  avait  concédé  le  consulat  aux 
hommes  du  château  et  du  bourg  de  Manosque  *.  Cet  acte  devait 
amener,  à  brève  déchéance,  Télimination  de  Bérenger  du  Pont  : 
heureux  fut-il,  sans  doute,  de  pouvoir  céder  ses  droits  au  comte 
Raymond  Bérenger  au  lieu  de  les  perdre  purement  et  simple- 
ment. 

Le  rôle  politique  des  vicomtes  était  bien  fini,  même  hors  des 
cités.  Bérenger  du  Pont  avait  dû  successivement  se  retirer  d*Avi- 
gnon  au  Pont,  du  Pont  à  Manosque  :  à  chaque  étape,  sa  situa- 
tion baissait.  Maintenant,  il  abandonna  Manosque  pour  se  terrer 
dans  un  château  voisin  où  il  put  enfin  trouver  le  repos  dans 
Tobscurité  et  la  médiocrité.  Au  xiv*'  siècle,  vivait  dans  le  château 
de  Sainte-Tulle,  noble  Pierre  du  Pont  qui  eut  pour  fils  Isnard  et 
pour  fille  Astrugia.  Celle-ci  fut  mariée  à  noble  Hugues  de  Fon- 
tienne,  habitant  de  Peyruis  :  son  père,  Pierre,  ne  put  payer  sa 
dot  entièrement  et  il  mourut  avec  cette  dette.  Perdant  patience, 
le  mari  prit  à  partie  son  beau-frère  Isnard  du  Pont  et  son  neveu 
Auzias,  fils  d'isnard.  Après  plusieurs  années  de  débats,  le  noble 
et  circonspect  Antoine  Suau,  de  la  cité  d'Aix,  finit  par  juger,  au 
mois  d'août  1412*^,  que  ledit  Isnard  paierait  le  reliquat  de  cette 
dot  en  échelonnant  ses  paiements  comme  suit  :  six  florins  avant 

1.  f»  136,  n®  1,  Arch.  communales  de  Manosque  :  Aa.  3. 

2.  Peyruis,  31  décembre  [141 2]  :  «  cum  quedam  questio  hiis  annis  veuii- 
larclur  inler  nobiles  Hugoncm  de  Funtiana,  de  Pelrosio,  marilum  Asirugie 
filie  nobilis  Pctri  de  Ponle  condam,  caslri  de  sancla  Tulin,  v\  una  parle 
petentcni  et  Isnardum  de  Ponte,  fîlium  dicti  condam  nobilis  Pétri  de  Ponte 
condam,  fratremque  dicte  Astrugie,  ex  altéra  defTendentem,  ratione  dolis 

promisse  per  ipsum  condam  nobilem   Petrum  eidem  Hugoni de  qua- 

quidem  questione dicti   nobilis    Ilugonis  et   nobilis  AIriasii  de  Ponle 

Glii  dicti  nobilis  Isnardi,  egregius,    nobilis  et  circumspeclus  vir  dominus 
Aiilhonius  Suavis  utriusquc  juris  poritus,  civitatis  Aquensis,...  ordinavit... 


400  LA    PROVENCE    DU    PREMlEU   AU    XII*    SIÈCLE 

la  fin  du  mois  courant,  quatre  florins  à  la  Toussaint  et  ensuite  six 
florins  par  an  jusqu'à  parfait  paiement.  Le  31  décembre  suivant, 
à  Peyruis,  le  mari  déclarait  avoir  reçu  à  ce  jour  cinquante-cinq 
florins  de  la  dot  de  sa  femme,  en  comptant  tous  les  paiements 
successifs.  Evidemment,  cette  dot  ne  devait  pas  dépasser  cent 
florins;  puisque  deux  générations  suilisaient  à  peine  à  les  payer  et 
que  la  somme  annuelle  de  six  florins  paraissait  être  tout  ce  que 
Ton  pouvait  raisonnablement  en  exiger,  cela  donne  la  mesure  de 
la  gêne,  pour  ne  pas  dire  de  la  misère,  où  étaient  tombés  les  des- 
cendants des  vicomtes.  Ce  Pierre  du  Pont,  né  sans  doute  vers 
1325,  pouvait  descendre  à  la  quatrième  ou  à  la  cinquième  géné- 
ration de  Bérengerdu  Pont.  Noble  Elie  du  Pont,  qui  vivait  dans 
la  seconde  moitié  du  xv*"  siècle,  était  lui-même,  sans  doute,  le 
petit-fils  de  noble  Auzias  :  un  mariage  riche  avait  dû  rame- 
ner une  aisance  relative  dans  la  maison  K   De  noble  Madeleine, 

Actum  in  caslro  de  Petrosio,  videliccl  in  domo  dlcti  nobilis  Hugonis »> 

(Manosque,  minutes  de  M*  Paul  Borel.  Protocole  de  M«  Jean  Aulric  pour 
l'an  de  rincarnalion  1412). 

1.  Manosque,  4  juillet  [1517]  :  «  porsonaliter  constitutus  nobilis  Ludovicus 
de  Ponte,  prescntis  ville  Manuasce,  comunis  Glius  nobilis  Elie  de  Ponte 
ejusdem  ville  Manuasce  et  nobilis  et  honeste  mulieris  Magdalene  condam 
conjugum  dicens...  qualiler  ipse  nobilis  Ludovicus  favente  Altissimo  cru- 
cem  et  religionem  sancti  Johannis  Hierosolimitani  agredi  proposuit  et  prop- 
lerea  in  hoc  passagio  de  presenli  Gendo  per  maria  navigando  urbem 
Roddi  petere  inlendit.  Considerans...  Considerans  etiam  amorem  sinceruni 
et  cordis  dilectionem  quos  plurimum  gerit  erga  nobilem  Petrum  de  Ponte 
ejus  fratrem...  dédit...  dicto  nobili  Petro  de  Ponte...  dicte  ville  Manuasce 
presenti...  donalione...  inter  vivos...  omnia...  ipsius...  Ludovici  bona... 
paterna,  materna  et  alia  quecumque  existenlia  tam  in  presenti  villa  Manuasce 
elloco  de  SanctaTuUia...  (juam  alibi...  ;  retinuit...florenos  quingentos  quin- 
quaginta  (juos  io  e...  dixit...  habuisse...  de  quibus...  uti  et  disponere 
ac  lestari  possit...  pro  beneplacito  voluntatis.  Item  retinuit...  quod  casu 
(juo  ipse  nobilis  Ludovicus  de  Ponte  non  reciperetur  in  dicta  religione  seu 
nollet  esse  de  dicta  religione...  eo  casu  contingente  presens  donatio  sit  cassa, 
nulla  et  invalida...  Factum  Manuasce,  videlicet  in  orto  domus  habitacionis 
dictorum  fratrum...  testes  venerabilis  nobilesque  viri  dom.  Rostagnus 
Hoyssoni  presbiler,  nob.  Lazarus  de  Cruce,  dorainus  de  Corberiis,  nob. 
Johannes  Justacii  dominus  de  Castroforti,  nobilis  Petrus  de  Burgo,  Mauri- 
sius  Pelicerii  et  Anthonius  Blanchardi  »  (Manosque  :  minutes  de  M«  Paul 
Borel;  protocole  de  M«  Honoré  Ferrand  pour  1516  à  la  Nativité,  ff.  250- 
251  ro). 


LA    IIIÉKÂRCIUE   ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGLME   FÉODAL         401 

il  eut  au  moins  deux  fils,  nobles  Pierre  et  Louis  du  Pont.  A  cette 
dernière  génération,  la  famille  du  Pont  i)ossédait  des  biens,  non 
seulement  à  Sainte-Tulle,  mais  également  à  Manosque  et,  Taisance 
reparaissant,  elle  revient  de  Sainte-Tulle  se  fixer  à  Manosque. 
Le  i  juillet  1517,  Élie  et  Madeleine  sa  femme  étaient  morts. 
Louis,  leur  fils  cadet,  sur  le  point  de  partir  pour  Rhodes  où  il  veut 
entrer  dans  l'ordre  des  Hospitaliers,  fait  une  donation  entre  vifs 
en  faveur  de  laîné  Pierre.  11  lui  transmet  tous  ses  biens,  sauf  une 
somme  de  cinq  cent  cinquante  florins,  dont  il  entend  pouvoir  dis- 
posera son  gré.  Le  19  avril  1326,  c'est  laîné,  noble  Pierre  du  Pont, 
qui  se  marie  avec  noble  demoiselle  Marguerite  Brémond  K  La 
future  se  constitue  quinze  cents  florins,  provenant  de  feu  son  père 
noble  Louis  Brémond,  originaire  de  Sisteron  et  seigneur  de  Rous- 
set,  quatre  cents  florins  provenant  de  sa  mère,  feue  noble  Jeanne 
de  Justas,  cent  florins  et  une  jupe  de  damas,  augment  provenant 
de  son  oncle  noble  Antoine  Brémond.  Le  futur  ajoute  à  ces  deux 
mille  florins  un  augment  plus  modeste  de  cinq  cents  florins  et 
une  jupe  de  camelot,  une  cotte  de  damas,  une  chaîne  dorée 
valant  vingt  écus  d'or. 

Telles  sont  les  vicissitudes  de  la  Maison  vicomtale  d'Avignon, 
issue  de  Bérenger,  juge  de  Provence,  et  tombée  dans  la  petite 
noblesse  au  xm**  siècle.  Après  avoir  dominé  du  Rhône  aux  Alpes, 
il  ne  lui  restait  plus  aucun  fief,  à  peine  quelques  champs.  Sa 
noblesse,  encore  la  conserva-t-elle  grâce  à  quelques  mariages 
où  la  femme  apportait  dans  la  maison  au  moins  l'équivalent  de 
ce  que  les  filles  et  les  cadets  des  générations  précédentes  en 
avaient  emporté. 

Parmi  tous  les  MM.  Dupont,  qui  vivent  maintenant  en  France 
et  ({ui  ne  savent  plus  de  quel  pont  ils  proviennent,  il  doit  bien 

l.  lî»  avril  [152()j  :<«  ciiin  traclatum  fuerit  de  matrimonio...  pei*  verba  do 
ruUiro...  inler  nobilem  I*olruni  de  Ponle,  ville  Maininsce,...  et  nohilem 
doinicellam  Margarilam  Bremunde  liliam  coinunem  condain  nobilis  Ludo- 
vici  Breiiiundi,  domini  de  Uosselo  et  Aufraiito  et  nobilisel  generose  Johanne 

de  Justaciis Actum  in  terrilorio  de  Sancto  Slephano  in  quodani  aiïare, 

vocato  lo  trplhas  vulgariter  dicto,  nobilis  Anthonii  de  BoUeriis  »  (IbUi.  :  pro- 
loculle  de  M''  Franvois  Clemenlis  pour  1526  à  la  Nativilé,  »T.  1!)3  l'O-ljj  \«  . 

J/em.  et  Doc,  de  l'École  des  Charles.  —  VII.  2ti 


402  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AL    Xil®   SIÈCLE 

certainement    s  en    trouver    quelqu'un    dont    le  nom  perpétue 
obscurément  ce  passé. 


J5  6.  — Les  Amies,  seigneurs  de    Védène  (1001-1136) 
et  les  Sabran  leurs  héritiers, 

La  situation  des  vicomtes,  avoués  de  leglise  d'Avignon  et  sei- 
gneurs du  Pont  de  Sorgues,  est  exactement  complétée,  aux  xret 
XII**  siècles,  par  celle  des  Amies,  seigneurs  de  Védène,  qui 
paraissent  étroitement  liés  à  eux  :  ceux-ci  jouissent,  dans  Avi- 
gnon même,  de  droits  considérables  que  de  simples  viguiers  et 
encore  mieux  des  châtelains  ne  pourraient  guère  exercer. 

11  convient  donc  de  dire  leur  origine  et  de  préciser  en  quelques 
mots  ce  qu'ils  furent. 

A  Vence,  en  1033,  se  trouvent  deux  frères  Lambert  et  Amie, 
qui  se  disent  expressément  frères  germains  *.  Cela  implique  qu'ils 
étaient  Hls,  tous  deux,  du  même  père  et  de  la  même  mère  : 
mais,  d'autre  part,  le  soin  qu'ils  mettent  à  le  dire  indique  que 
l'un  ou  l'autre  pourrait  avoir  d'autres  frères,  soit  consanguins, 
soit  utérins.  Le  premier,  Lambert  de  Vence  ou  Lambert  Barbets, 
avait  épousé  Austi'ude,  fille  du  vicomte  de  Marseille  Guillaume  et 
d'Ermengarde,  probablement  entre  le  mois  de  décembre  1001  et 
le  15  octobre  lOOi  -.  Fin  tout  cas,  il  parait  avec  elle  dès  1017 
jusqu'en  10S0,  dans  les  comtés  de  Vence,  Fréjus  et  Aix  -K  C'est 

1.  Vence,  i03.J  :  h  ego  Lanberlus  el  lixor  me;i  AusIruHis,  Amicus  et  lixor 
inea  Ermengarda,  RaimbalHusel  uxor  mea  Gisla...  in  comilalu  Venciense... 
(le  raslro...  Cagna...  Signuni  Lanberlus,  Amicus  germani  fratres.  Raimbal- 
(his  et  Roslagnus  simul  fratres  et  uxores  illorunn...  Domnus  Petrus  epis- 
copus  Sislaricensis...  Aldebertus  episcopus  Antipolensis  f.  Accelena  uxor 
Raimbaldi  f.  Lotgerius,  Roslagnus  Raimbaldus  Odila  et  infantes  sui  f.  Pon- 

rius  Alberlus  f.  Aicanhisde  Sagnono  f.  Alfanlus  f >»   Lérins^  éd.  Flam- 

mare,  n"  CL). 

2.  Décembre  1001    N.-T.,  (iîi  .        ir.  odobre  1004   S.-T.,  71  !. 

:L  1008  (S.-r.,il3).  -  l-i  aoùl  1012  /.^V/Vi»,  éd.  Klammai^e,  nM4î)). - 
31  décembre  1016  Jbid.,  152).  —  1017  (S.- T.,  313). —  2  février  1030  Ibid., 
590.—  5  août  1030  (Lérins,  141).  —  Vence,  1033  {Ibid.,  150).  —  Mai  1033 
^Ihid.,  14R).  — 21  novembre  1034  (S.-V.,  .'i.'iS).  —  8  juin  1035  (//)ic/.,  556).  - 


LA    HIÉRARCHIE    ADMIMSTRATIVK    ET    LE    RÉGIME   FÉODAL         403 

Vence  qui  est  le  centre  de  sa  domination  et  c'est  là  que  son  père 
lui  avait  laissé  son  héritage.  Lambert  de  Vence  et  Austrude  de 
Marseille  eurent  pour  fils  Foulques,  Guillaume  et  Hugues  K 

Quant  à  Amie,  on  le  rencontre  avec  Lambert  du  12  août  1012 
jusqu'en  1050  :  d*abord,  il  avait  épousé  Ermengarde  avant  le 
27  novembre  1028,  puis,  avant  le  l  avril  1036,  Jauceare  -.  Mais 
les  actes  où  il  figure  ainsi  dans  les  pays  de  Vence  et  Fréjus  sont 
moins  nombreux  que  ceux  émanés  de  son  frère.  11  avait  au  moins 
sept  fils  :  Pierre,  Guillaume,  Hugues,  Bertrand,  Miron,  Kostaing 
et  Guy.  Le  second  portera  le  nom  de  Guillaume  Amie  ^, 

Pendant  ce  temps,  dans  Avignon,  Amie,  fils  du  juge  Adalelme 
et  de  Belielde,  avait  deux  frères  aînés  :  ces  deux  frères  étaient 
Carbonel  et  Bérenger.  Ils  paraissent  avec  lui,  Carbonel  depuis 
1002,  et  Bérenger  depuis  1019  jusqu'en  1036  *,  dans  les  comtés 

1037  (/6/c/.,789  .  —  1038  {Ihid,,  447i.  —  15  octobre  1040  (//>ic/.,  795).  —  lOil 
MiV/.,  791).  —  14  avril  1042  (//>ic/.,787).  —  1042  (/6ic/,  796).—  1042  [Ibid,, 
800).  —  1048  {Ibid,,  78).  —  1048  (7/>k/.,  80).  —  1050  (Lérins,  142).  —  Cf. 
Monim.,  pp.  70-71  :  août  1001. 

1.  2  février  1030  (-S.-K.,  599).  —  Mai  1033  {Lénn»,éd,  Flammare,  148).  — 
21  novembre  1034 (S.- V..  558).  —  1041  {Ibid.,  791).  —  Il  avril  1042  (Ibid,, 
787). 

2.  12  août  1012  (Lérins,  149).  —  31  décembre  1016  [Ibid.,  152).  —  27  no- 
verabre  1028(S.-V.,  561).—  Vence  1033  {Ibid,  150).  —Mai  1033  {Ibid.,  148). 
—  4  avril  1036  ;7/>iV/.,  151).  —  1037  (S.-V.,  789).  —  1041  {Ibid.,  791).  — 
IV  avril  1042  {Ibid,,  787).—  1050  (Lérins,  142).  Cf.  Montm.,  pp.  70-71  : 
août  1001. 

3.  27  novembre  1028  (S.-K.,  561).  —  Cart,  de  Lérins,  éd.  Moris,  359  et 
316.  —  S.-V'.,791. 

4.  Avignon,  avril  1002  :  «  Sig.  Adalelmi.  Carbonelli.  Laufredi  »  yS,  André, 
fol.  35).  —  S.-André,  1019:  «  Barangariusfirmavit  et  Laugerius,  Amicus...  » 
(Ibid.^  fol.  30).  —  1024  :  u  Carbolenus,  Berengarius  Amicus  »  (S.-K.,  225).  — 
Novembre  102i  :  <(  Barangarius  subscripsit.  S.  Amicus  subscripsit  i> 
(S.  André,  ms.  lat.  12762,  f.  254).  —  [1025-1029]  :  «  Signum  Beringarius 
vicecomes...  Signum  Amicus...  »  (5.-K.,  666).  —  Marseille,  août  1031  : 
«  Berenguerius  testis.  Amicus  fraier  suus,  testis  »  (S.- V.  455).  —  1031  :  «  Car- 
boncllus  firmavit.  Amicus  fraier  ejus  Grmavit  »  (S.- T.,  620).  —  [1005-1032]  : 
«  ego  Belielda...  in  pago  Forojulicnsi...  in  casiix)  Canneto...  de  Carbonello, 
filio  suo  »  (LérinSy  éd.  Flammare,  n<>  4i).  —  1036  :  «  ego  Belliildis.  una  cum 
filiis  meis  Carbonello,  Berengario  atque  Amico...  in  comitatu  Arelatense... 
pro  anima  Heldeberti  episcopi...,  Belliildis...  firmavit...  Berengarius  f. 
Amicus  f.....  «(S.-V.,180). 


404  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    Al*    Xll"    SIÈCLE 

d'Avignon,  de  Sisteron,  de  Hiez,  d'Aix  et  de  Fréjus.  On  peut  se 
demander  si  Carbonel  n'est  pas  le  viguier  qui  figure  dans  un  acte 
de  février  1031/2,  relatif  aux  Pennes  K  Quant  ii  Amie,  qui  parait 
si  souvent  à  Avignon,  on  peut  être  assuré  qu'il  eut  pour  fils 
Pierre  Amie,  Guillaume,  Ileldebert  et  Amie,  présents  le  14  février 
1064  également  à  Avignon,  pour  confirmer  le  testament  du 
vicomte  Bérenger  ^.  Ainsi,  il  était  mort  avant  cette  dernière  date. 
Les  trois  frères  Carbonel,  Bérenger  et  Amie  étaient  certaine- 
ment fils  tous  les  trois  de  Belielde  :  les  textes  sont  formels  là- 
dessus.  C'en  est  assez  pour  ne  pouvoir  confondre  cet  Amie 
d'Avignon  avec  l'Amie  de  Vence.  Fin  effet,  Lambert  et  Amie  de 
Vence  étaient  fils  d'Amie  I***"  et  de  Belletrude  ;  ils  étaient  neveux, 
par  conséquent,  du  juge  de  la  rive  gauche  Lambert  et  petit-fils 
d'Annon.  Carbonel,  Bérenger  et  Amie  d'Avignon  étaient  donc 
fils  de  Belielde  et  du  juge  avignonnais  Adalelme.  Le  juge 
Adalelme,  connu  du  1"  avril  976  à  1003,  était  marié  à  Belielde 
dès  987  :  celle-ci  lui  survivra  jusqu'en  1036. 

Cette  homonymie  entre  Amie  d'Avignon  (1019-1036),  fils  de 
Belielde,  et  Amie  II  de  Vence  (lOOi-lOiS),  fils  de  Bellet^-ude, 
s'expliquerait  très  bien  si  Belielde,  mère  de  celui-là,  était  réelle- 
ment fille  de  Guillaume  P^  vicomte  de  Marseille  (-j-  1004-1  IjOS"!, 
et  de  sa  première  femme  Belielde  Eln  effet,  le  vicomte  Foulques, 
fils  de  Guilliiume  T**  et  de  Belielde,  épousa,  avant  1014,  Odile, 
fille  d'Amie  I"  de  Vence  et  de  Belletrude;  Lambert,  frère  de 
cette  Odile,  épousa  lui-même  entre  1001  et  1001,  Austrude, 
fille  de  Guillaume  I"  et  de  sa  seconde  femme  Ermengarde.  Le 
nom  d'Amie  I*^"^  de  Vence  put  ainsi  passer  au  fils  d' Adalelme, 
juge  d'Avignon,  par  l'intermédiaire  des  enfants  du  vicomte  de 
Marseille  Guillaume  T*". 

Ainsi,  Amie  d'Avignon  est  le  fils  cadet  du  juge  avignonnais  Ada- 
lelme ;  d'autre  part,  Bérenger,  vicomte  d'Avignon,  est  lui-même 

i.  Février  1051  2  :  «  Carhouellus  vicarius  firmavit  »  (S.- T.,  51). 
2.  Avignon,    i'k  février  1003  4  :  «  l'elrus  Amicus  et  fralres  sui  videlicet 
Willelmus,  Kldebertus  et  Amicus  voluerunl  et  firinaverunt  »  (Cluny,  3387). 


LA  hiérarcihf:  administrative  et  le  régime  féodal       40u 

un  fils  puîné  de  ce  juge  avignonnais  Adalelme.  Cet  état  de 
choses  permet  de  comprendre  comment,  pendant  deux  siècles, 
les  Amie  seront  si  étroitement  liés  aux  vicomtes  d'Avignon, 
leurs  aînés,  et  comment  leur  situation  complétera  celle  de  ces 
vicomtes. 

A  ce  point  de  vue,  il  faut  être  fixé  sur  la  valeur  des  constata- 
tions qui  peuvent  se  faire.  Les  comtes  gouvernaient  :  ils  exer- 
çaient leur  pouvoir  par  Tintermédiaire  des  vicomtes  et  des 
viguiers.  Mais,  si  le  gouvernement  est  une  charge,  ceux  qui 
l'exercent  se  rémunèrent  en  percevant  des  droits  sur  leurs  admi- 
nistrés. On  peut  reconnaître  la  part  proportionnelle  que  chaque 
degré  de  la  hiérarchie  gouvernementale  possède  du  pouvoir  admi- 
nistrât if,  par  la  quotité  de  l'émargement  de  chacun  d'eux  sur 
l'ensemble  des  droits  (jui  y  correspondent. 

Les  viguiers  se  partageaient  ainsi,  avec  les  vicomtes  et  les 
comtes,  les  impôts  qui  pesaient  sur  la  circulation  des  marchan- 
dises et  leur  vente,  en  compensation  de  la  sécurité  qu'ils  devaient 
faire  régner  sur  les  routes  et  dans  les  marchés,  lisse  partageaient 
aussi  le  montant  des  bénéfices  de  la  justice  qui  provenaient  sur- 
tout des  peines  pécuniaires.  Il  faut  voir  ce  que  percevaient  les 
Amies  pour  savoir  ce  qu'ils  étaient. 

Amie  est  fils  du  juge  avignonais  Adalelme  :  quand  la  vicomte 
fut  établie  sur  la  rive  droite  de  la  Durance  en  faveur  de  Béren- 
ger,  frère  aîné  d'Amie,  il  n'est  pas  surprenant  que  cet  Amie  ait 
été    doté  avec    lui  d'une  part  des    droits  qui   en  dépendaient. 

Amie  étant  mort  entre  lOoO  et  1064,  ses  fils,  Pierre  Amie, 
Guillaume,  Heldebert  et  Amie  \  assistent,  le  14  février  1063/4, 
à  la  donation  par  laquelle  le  vicomte  Bérenger,  leur  oncle,  donne, 
notamment,  le  dixième  de  son  droit  sur  le  marché  du  Pont  de  Sor- 
gues.  A  la  même  époque,  Taîné  d'entre  eux,  seul,  assiste,  avec 
l'évéque  Rostaing  et  le  vicomte  Bérenger,  à  la  donation  du  quart 
de  Meyuargue  par  Ranulf,  en  présence  du  vicomte  de  la  rive 

I.  Avignon,  14  février  1063/4  {Cluny,  3387). 


406  LA   PBOVENCE    DV    PREMIER    AU    XII®   SIÈCLE 

gauche  Guillaume  K  De  même, pour  la  donation  d'Athenulphe  de 
Reillane  à  Carlues  ^. 

Le  28  juillet  1094,  de  concert  avec  Raymond  Decan,  Pierre 
Amie,  sa  femme  et  leur  fils  Guiraud  renoncent,  en  faveur  de 
Saint- Victor,  à  leurs  droits  qui  se  percevaient  au  Pont  de 
Sorgues  •^  Ainsi,  les  Amies  percevaient,  comme  les  vicomtes,  des 
droits  de  péage  ou  de  débarquement  dans  la  localité  où  ces 
vicomtes  s'étaient  personnellement  établis.  La  femme  de  Pierre 
Amie  portait  le  nom  d'Agnès  :  tous  deux  paraissent^  avec  leurs 
fils  Guiraud  Amie,  Bertrand  et  Pierre,  dans  un  acte  où  ils  donnent 
le  Coudonier,  terre  du  pays  de  Fréjus,  qui  devait  leur  provenir 
de  l'héritage  de  Belielde  *.  Pierre  Amie  était  mort  en  1 11 3,  quand 
ses  fils  cadets  Bertrand  Amie  et  Pierre,  avec  sa  veuve  Agnès,  font 
encore  une  donation  dans  le  même  pays  •''.  Le  cadet,  Pierre, 
assiste,  dans  Avignon,  le  24  février  1 114,  au  mariage  de  Guillaume 
Renard  avec  f*oncie  de  Baux  ^.  Quant  à  l'aîné  Giraud  Amie, 
il  avait  épousé  A  y  al  mu  s.  En  juin  1101,  les  vicomtes  avaient 
donné  au  chapitre  le  domaine  qu'ils  possédaient  sur  le  cours  de 
la  Sorgue,  depuis  Védène  jusqu'au  Rhône  et  du  Rhône  jusque 
dans  Avignon  ".  Pour  compléter  l'effet  de  ce  don,  Giraud  Amie 
donne  le  même  cours  d'eau«  de  Védène  jusqu'au  Rhône  et  jusqu'aux 


1.  [1050-1065J  :  «  in  prcsentia  Rostagni  episcopi,  Berengarii,  Peiri  Amici, 
Guillelmi  vicecomilis  »  (Vauclusc,  G.,  Chap.  mélrop.,  27  prov.,  (T.  '22  v®- 
23  ro). 

2.  [1064-1094]  :  «  ego  Athenulphus  et  uxormca  Scocia...  sanclo  Pelro  Kari- 
lociquartani  partem  decimi  Relanie...  Peirus  Amicus  f.  »  (Montm.,  p.  155). 

3.  28  juillet  109i  :  «  Petrus  et  lixor  sua  et  Guiralihis,  filius  ojus,  Amici, 
donal  in  Ponte  similitor  »  (S.- T.,  680^. 

4.  [109^-1102]  :  u  ego  Petrus  Amicus  et  uxor  mea  Agnes  el  filii  noslri 
Geraldus,  Bertrannus  attjue  Peirus...  locum  Sanctc  Marie...  Codognerius.... 
in  valle  castelli  Enversunas,  in  Forojuliensi  pago...  nostre  dominatiouis... 
cuin  consilio  et  auctoritatc... Berengarii  Forojuliensis  episcopus  »> 'L<fr/M.<, 
éd.  Flanimare,  n°  274).  Le  Coudonier,  comm.  Flassans. 

5.  1113  :  «  ego  Bertrannus  Amicus  una  cum  maire  mea  Agnes  et  fraliv 
meo  Pelro...  in  terrilorio  de  Eversunas...  »  {Ibid.^  27.%). 

6.  Avignon,  24  février  11  li  :  «<...  Petrus  Amici...  »  ;  Polvcarpe,  Annal(*.<, 
p.  665). 

7.  Avignon,  juin  1101  (Vaucluse,  G.  27  ppov.,  (T.  1  r<»-2  r«). 


LA    flîÉRARCHIK    ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGIME    FÉODAL  i07 

portes  d'Avignon  *.  Ainsi,  jusqu'alors  la  Sorgue  était  au  pouvoir 
des  Amies,  à  partir  de  Védène,  et  ils  en  jouissaient  sous  le 
domaine  des  vicomtes.  De  plus,  ils  donnent  leur  droit  et  leurs 
domaines  sur  les  chemins,  les  terres  et  ailleurs.  Cet  abandon  du 
cours  d'eau  devait  permettre  au  chapitre  d'y  élever  des  moulins 
et  des  établissements  industriels.  Le  donateur  retient  cependant 
le  1/8,  sauf  un  sixième,  et  il  engage  ce  1/8,  dont  il  garde  le 
domaine,  pour  450  sous.  Il  doit  faire  approuver  cet  acte  impor- 
tant à  ses  frères  et  à  sa  belle-mère.  La  rétention  du  1/8  avait 
pour  but  de  ne  pas  abdiquer  complètement  sa  situation  :  mais 
Texercice  de  ses  droits  sur  cette  fraction  n'aurait  pas  été  aisée. 
Il  la  met  donc  en  gage  pour  en  retirer  une  utilité  immédiate. 

Ainsi,  sur  le  cours  d'eau,  les  vicomtes  exerçaient  le  domaine 
éminent  et  les  Amies  le  pouvoir  direct.  Sur  les  chemins,  les 
Amies  exerçaient  à  la  fois  le  domaine  et  le  pouvoir. 

Dans  la  seigneurie  vicomtaledu  Ponl  deSorgues,  ils  touchaient 
avec  les  vicomtes  une  partie  des  droits  déport  ;  dans  la  seigneu- 
rie de  Védène  la  situation,  beaucoup  plus  importante,  est  toujours 
un  complément  de  la  vicomte. 

En  somme,  les  vicomtes  avaient  gardé  le  Pont  de  Sorgues  sous 
leur  pouvoir  direct,  sauf  quelques  droits  ;  ils  avaient  inféodé  Védène 
aux  Amies.  Ensemble,  ils.  exerçaient  les  prérogatives  du  pou- 
voir administratif  sur  les  voies  de  communication.  Les  vicomtes 
abandonnent  la  Sorgue  jusque  dans  Avignon  :  les  Amies  jus- 
i{\x  auprès  Avignon.  Il  semble  donc  que  l'autorité  de  ces  derniers, 
à  la  diiTérence  de  Ts^utorité  vicomtale,  était  établie  uniquement 
sur  la  campagne  et  extra-muros. 

Par  un  premier  acte,  Giraud  Amie  avait  cédé  aux  chanoines 
tout  ce  que  le  prévôt  Rostaing  Renard  tenait  de  lui,  c'est-à-dire 
des   maisons  dans  le   château    de  Védène   et  la  franchise  d'un 

1.  [ttOl-?  juillet  1105]  :  «  ego  Geraldus  Amici  et  uxor  mea  Ayalmus... 
aquam  Sorgiede...  Vedena  usque  ad  Avennicam  civitatem  et  ad  Rodanum... 
eliam  jus  et  dominium...  in  viis  sive  in  terris  sive  in  aliis  locis.  Et  tamen 
retineo  octavam  partem,  excepta  sexta  parte  et  prebenda...  hoc  donum 
fratribus  meis  et  noverce  mee  laudare  facere  debeo  »  (Vaucluse,  G.  27  prov., 
f.  2  r«-v«).  Cf.  Ibid.y  ff.  2  v»-3  r»,  pour  la  mise  en  gage  du  i/8. 


108  LA    PROVENCK    DU    PREMIER    AU    XIl'   SIÈCLE 

bateau  pour  la  montée  du  Rhône.  En  retour,  on  lui  avait  offert 
en  cadeau  un  porc  de  premier  choix  '. 

Giraud  Amie  vivait  encore  en  1112'^:  peut-être  était-il  mort 
en  1113  puisqu^il  ne  parait  plus,  ni  dans  Tacte  de  Lérins  passé 
cette  année-là,  ni  en  Hll  au  mariag^e  de  Guillaume  Renard.  Il 
ne  laissa,  semble-t-iK  qu'une  fille  nommée  Constance.  La  mai- 
son des  Amies,  branche  cadette  des  vicomtes  d'Avignon,  tombait 
en  quenouille.  Mais  son  nom  allait  revivre  dans  celle  des  Sabran. 

Sabran,  qui  domine  la  Cèze,  au  diocè.se  d'Uzès,  avait  servi 
de  berceau  à  une  maison,  de  rang  égal  à  celle  des  Amies,  dont 
les  membres  étîiient  en  rapports  depuis  longtemps  avec  Avi- 
gnon. Le  très  noble  Rostaing,  époux  de  Belletrude,  se  trouvait 
dans  Avignon  le  21  septembre  1006  avec  ses  quatre  fils,  le 
clerc  Pierre,  Bertrand,  Rostaing  et  Emenon.  Ils  donnent  Lirac 
dans  le  comté  d'Avignon  au  monastère  Saint-André  'K 

Lirac  est  la  localité  que  Landoin,  en  919,  par  un  acte  passé 
tout  à  côté,  à  Saint-Laurent- des-Arbres,  avait  déjà  donnée  à 
l'église  d'Avignon  '*.  11  est  donc  bien  possible  que  RosUûng. 
époux  de  Belletrude,  se  rattache  au  vicomte  Brémond  de  976  •' 
supprimé  par  le  marquis  Guillaume  et,  plus  anciennement,  à  la 
famille  de  Landoin.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  second  fils  de  Rostaing 

I.  [février  lOOOj  :  u  doinnus  Giraldus  \mioi....  (|uic(iui(1  Roslagiuis  pre- 
|)ositiis  habobat  haboo  pro  fevo  hoc  est  mansiones  Vedenensi  casli'o  ac  ter- 
ras.., in  cjusdein  caslri  Icrrilorio  et  navigium  de  ascensu  Rodani  »>  Vau- 
cluso,  (î.  27  prov.jChap.  mélrop.,  f"31  r°-v°). 

i.  t1l2  :  «'  Geraldus  Amici...  de  terrilorio  vl  do  paludc  Jtincheriarum.  . 
a  Sorj^ia  morUia  us(pio  ad  Gargum  nipnim  ;  ali  oriente  a  Cargo  nigro  iisipic 
ad  rivuni  vicecomilatem...  Signum  Gcraldi  .\mici...  »>  (ms.  lal.  13916,  f*>  24 

V»). 

3.  Avignon,  21  seplembro  1()00  :  «  Roslagnus  uobilissiinus  vir  cum  uxo- 
re  sua  Belletrude  et  filiis  Pétrone,  clerico,  et  Berlranno  et  Rosta^no  seu 
Emenone...  ecclesiam  Sancti  Potri...  in  comitatu  Avenionensi...  in  Alieraco 
minore...   »  (ms.  lal.  8971,  pp.  48-49  ;  Cartul.  Saint-André^  fol.  45). 

4.  Sainl-Laurent-des-Arbres,  919  :  «  ego  Landoynus  et  uxor  mea  Eiglen- 
racla...  geniloris  moi  Landoyni  et  genilricis  moe  Liuthgarde  seu  fratrum 
meorum  Bertmundi  et  Amalrici...  Aileracum  fiscum...  cum  ecclesia  sancti 
Pétri  et  in  .\rboris  villa  ecclesiam  sancti  Lauronti...  »  (  Vaucluse,G.  257,  f*»  T. 

H.  Avignon,  l*'"  avril  976  :  «  ...  Bermundus  vicecomis  Hrmavit...  {Ibid., 
G.,  Chap.  métrop.,  27  prov.  f"  26  i*«-v»). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGIME   FÉODAL         409 

et  Bellelrude,  Bertrand,  fut  père  d'Umbert  et  leur  quatrième  fils 
Emenon  est  la  iv^e  de  la  Maison  de  Sabran. 

Emenon,  le  18  décembre  1029,  porte  ce  nom  pour  la  première 
fois  K  On  leretrouveen  10i3,dans  un  acte  relatif  à  Saint-André- 
lès-Avignon,  avec  son  fils  Koslaing  -,  Ce  Rostaing,  à  son  tour, 
paraît  avoir  été  le  père  d'Emenon  de  Sabran,  vivant  à  Nîmes  le 
13  décembre  1066  '\  et  de  Guillaume  de  Sabran  connu  par  plu- 
sieurs actes  depuis  le  mois  d'août  1065  jusqu'en  janvier  1109  *. 
Finalement,  ce  Guillaume  eut  pour  filsRostaingde  Sabran,  Eme- 
non et,  sans  doute,  Pierre  de  Sabran.  Ce  dernier,  connu  le  9  jan- 
vier 1115/6  •*,  doyen  de  Saint-André  depuis  11 33  jusqu'en  1142  *^, 
prieur  de  Thouzon  en  11 10  ",  devint  évêque  de  Sisteron  dès 
octobre  11  iS.  Il  mourut  le7  décembre  1171  ^.  Son  frère  Emenon 
figure  en  H 25  et  en  1138  en  Languedoc  ^.  L'aîné  des  trois,  Ros- 
taing,  connu  depuis  1131  jusqu'en  1172,  fut  celui  qui 
épousa  Constance,  héritière  de  la  maison  des  Amies  '^.  Il  est  à 
Saint-André  en  H33.  Quant  à  elle,  elle  mourut  en  1136,    pré- 


1.  18  décembre  1029  :  «  Emono  de  Sabrano  »  (llisi.  de  Lang.,  %^  éd., 
i.  V,no  191).  Cf.  Cart.  de  Gellone,  n*»  6,  381,  382. 

2.  10^3  :  «  ...  S.  ...  Ëmenonis,  Rostagni...  »  (Polycarpe,  Ann,,   p.  430). 

3.  Nimos,  15  dccembie  iOÙH  {Il is t.  de  Lang,,  2' éd.,  t.  V,n«276).  Cf.  Cart. 
de  Mmes,  n»  CLXXXII. 

4.  Août  10G5  {flist.  de  Lang,,  2«  éd.,  t.  V,  n®  270^.  —  Nîmes,  15  décembre 
1066  {Ibid,,  no  276).  —  [Vers  4077]  (Jbid,,  n°  328).  —  1084  (Ibid,,  n*»  359).  — 
28  judlet  1094  (Ibid.,  n»  386).  —  Juin  1095  ilbid,,  n«  389).  —  6  juillet  1096 
{Fbid.,  no  392).  —  Janvier  1109  fPolycarpe.,  Ann.,  pp.  661-662).  —  Cf.  Cari, 
de  Xinies,  n»  CLXVIII. 

5.  9  janvier  1115/6  {Hist.de  Lang.,  2«éd.,  t.  V,n«  456,^1).  —  7  mai  1118 
i/6iW.,  no  462,  S  1). 

6.  1133  :  «  P.  de  Sabrano  decanus  n  (/AiW.,  n»  524,  §  1).  —  Saint-André, 
septembre  1142  {Ibid.,  n»  524,  §  3) 

7.  Pernes,  UiO  :  u  P.  de  Sabrano,  prior  de  Tadone  {Ibid.,  n°  524-,  §  2). 

8.  Octobre  1145  —  f  7  décembre  1171  (Albanès,  (iall.  Christ,  nociss., 
Sisteron,  col.  704-705).  —  1157  {Lang.,  t.  V,  n®  620). 

9.  1125  {llial.  de  Lang.,  2-  éd.,  t.  V,  n*»  493,  g  1).  —  1138  [Ibid.,  n»  538). 
10    1131  [Ibid.,  n.  515;.  —Saint-André,  1133  (ms.  lai    13916,  f.  25  r«).  — 

Pernes,  lU0;/6/V/.,  r>25r'»).  —  Saint-André, septembre  llt2  /A/r/.J"  26  r»}. 
—  Avril  1172  (Authent.  Hôpital  de  Saint-Jean,  n»  15).  Cf.  n»315  {Rev.  de 
Prov.,  du  Roure,  l''  année  pp.  15,  90.  —  f  av.  nov.  1184  (Ibid.,  n«  32\ 


410  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XIl'   SIÈCLE 

malurément,  après  lui  avoir  donné  trois  fils,  etil  se  remaria  avec 
Roscie,  fille  de  Rainon  du  Caylar.  Pour  se  borner  au  premier 
mariag^e,  le  seul  qui  intéresse  la  Provence,  les  trois  fils  qui  en 
naquirent  portèrent,  le  premier,  le  nom  des  Sabran,  et  les  deux 
derniers  celui  des  Amies.  Le  premier  est  en  effet  Guillaume  de 
Sabran,  connétable  de  la  Maison  de  Toulouse  en  Provence  :  on 
le  suit  depuis  novembre  1152  jusqu'en  1199  et  il  laissera  posté- 
rité pendant  deux  générations  K  Le  second,  Pierre  Amie,  parait  à 
Saint-André  en  1133  **.  Le  troisième,  Guiraud  Amie,  épousa,  le 
19  novembre  1152,  Galburge,  nièce  de  Rainon  du  Caylar,  appa- 
rentée ainsi  k  la  seconde  femme  de  son  père  ^.  Un  acte  de  H  62  dit 

1.  19  novembre  1152  {IJist,  La/i5r.,  2«éd.,t.  V,  n»  591,  §2).  —  Carpenlras, 
1155  (Gall,  Christ.,  t.  I,  inslr.,  p.  148  .  —  1157  {HUt.  delang  ,  2*  éd.,  l.  V. 
n®  620).  —  8  avril  1158  :  «  Guillelmus  de  Sabrano  coneslabulus  »  [Arch. 
d'Arien;  Aulhenl.  dcTHôpital  de  Saint-Gilles,  f*»cxviii  r^-v»).  —  ii^SILang,, 
616,  §  3).  —  11  janvier  1159  (ms.  lai.  6220,  pp.  287-289}.  —  1*'  juin  1163 
{Lang.^  2*  éd.,  t.  V,  n»652).  —  Etc.  — Cf.,  pour  le  surplus.  Généalogie  his- 
torique de  la  maison  de  Sabran-Pontevès.  Paris,  Firmin-Didot,  1897,  in-i, 
pp.  115-118  (Extrait  de  VArnwrial  général  de  France^  registre  supplémen- 
taire). ---Son  fils  Hostain^.  connu  de  1199  au  27  octobre  1206,  était  mort  le 
16  février  1208  9  ilbid.,  pp.  119-120)  :  son  petit-fils,  nommé  également 
Rostaing  et  connu  de  1226  au  5  mai  1252,  parait  n^avoir  laissé  qu'une  fille, 
mariée  avec  Guillaume  de  Tournon  {Ibid.^  pp.  121-122). 

Le  connétable  n'est  pas  le  seul  grand  officier  de  Provence  qui  accom- 
pagne Raymond  de  Toulouse,  marquis  de  Provence  :  en  août  1180,  notam- 
ment, se  trouve  auprès  de  lui  le  chancelier,  sans  oublier  le  vicaire  comtal  : 
«  Draconelus  vicarius  domini  comitis...  Radulfus  ciusidicus  et  cancella- 
rius  domini  comitis...»  (Arch.  du  Gard,  II.  277).  Ce  chancelierse  retrouve  en 
janvier  1182/3  :  «  diffinicione  magistri  Kodulfi  domini  comitis  cancellarii...  » 
(Arch.  des  Bouches- du-Rliône,  H.  Malte,  119).  Quant  au  vicaire  comtal,  il 
se  titrera  plus  tard  vicomte  ;  il  ne  sera  plus  alors  auprès  du  marquis, 
mais  auprès  du  comte  de  Forcalquier,  autant  qu'on  peut  en  juger  par  un 
acte  de  1203  :  «  Draconetus  vicecomes  in  partibus  Ebredunesii  »  Arch.  des 
Bouches-du-Rhône,  II.  Malte,  415). 

Le  connétable  avait  succédé  au  sénéchal  connu  depuis  1040  (Montm., 
pp.  138-139).  Le  15  mai  [1126],  c'est  auprès  de  Raymond  Bérenger,  comte 
de  Provence,  que  figurait  ce  personnage  :  «  S.  Haimundi  cornes.  Signum 
Berengarii  dapiferi  »>  (Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  B.  278)  ;  suivent 
onze  pairs  et  le  scribe. 

2.  Saint-André,  1133  fms.  lat.  13916,  ^  25  r*»).  Cf.  Hist.  de  Lang,,  2*  éd., 
t.  V,  n.  524,  SI. 

3.  19  novembre  11 52  (Langr.,  2'éd.,t.  V,  n.591,§2). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRAT! VE    ET    LE   RÉGIME    FÉODAL  il  I 

expressément  qu'il  était  (ils  de  Constance  et  petit-fils  de  Guiraud 
Amie  *.  Mort  entre  février  1 178/9  et  118  i,  le  fils  de  Constance  était 
père  d*un  nouveau  Guiraud  Amie,  lequel  épousa  Alix,  fille  de  Ber- 
trand, comte  de  Forcalquier,  et  de  Josceranne  Flotte.  Ce  dernier 
Guiraud  Amie,  qui  parait  à  Sisteron  en  1184,  devint  connétable  à 
la  mort  de  son  cousin  Rostaing  deSabran  qui  ne  laissait  qu'un  (ils 
en  bas-âge,  entre  le  27  octobre  1206  et  le  16  février  1208/9. 
Guiraud  Amie  mourut  d'ailleurs  lui-même  peu  après  '  :  il  fut  le 
père  de  Guillaume  qui  devait  devenir  comte  de  Forcalquier  avant 
la  fin  de  l'année. 

Ainsi,  Guiraud  Amie,  le  dernier  des  Amies  de  Védène,  était 
mort  vers  1113  :  par  l'intermédiaire  de  sa  fille  Constance,  son 
petit-fils  et  homonyme,  qui  se  marie  le  19  novembre  1152,  pos- 
sède sa  succession. 

Entre  11 13  et  1152,  on  voit  paraître,  dans  les  actes  où  devaient 
figurer  les  seigneurs  de  Védène,  le  mari  de  Constance,  Rostaing 
de  Sabran.  Il  figure  ainsi  en  septembre  1133,  en  1138,  en  1140. 
Dès  septembre  1133,  son  fils  Pierre  Amie  Taccompagne  et  celui- 
ci  remplace  son  père  dans  Avignon  en  septembre  1142.  Mais, 
Pierre  Amie  étant  entré  dans  les  ordres,  c'est  son  frère  cadet 
Guiraud  Amie  qui  se  marie  et  qui  devient  seigneur  de  Védène. 

En  1 1G9  fut  tenu  un  plaid  consulaire  pour  juger  le  différend 
survenu  entre  le  prévôt  du  chapitre  d'Avignon,  d'une  part,  Gui- 
raud Amie  et  Guillaume  Raymond  de  Soz,  de  l'autre,  au  sujet 
des  moulins  de  la  Sorgue.  Ce  plaid,  dont  le  dispositif  est  malheu- 
reusement incomplet,  réglemente  les  droits  respectifs  des  parties, 
tels  qu'ils  résultaient  de  l'état  de  choses  créé  par  les  dons  de 
1101  :  il  réglemente  aussi  les  dépenses  d'entretien  •*. 

1.  Avignon,  1102  :  u  GeraUhis  Amici  Constantiic  filius...  ciiin  (joraldo 
Aniici  avo  istius...  cum  Rostangno  de  Sabrano  et  ciim  i^oiistanlia  illius 
uxore...  »  (ms.  lat.  13916,  ff.  29  vo-30  p»).  —  l"juin  1163  {Lanrj.,  2«  éd., 
t.  V,  n.  652).  —  [1161-1168].  (Éd.  de  Laplano,  Hi»l.  de  Sisteron]  t.  I,  pp. 
156-^57).  —  Etc.  —  février  1178/9  (Villevieille,  Trésor  généalogique  :  Agoult). 
Cf.  Généalogie  de  Sabran-Pontecès,  pp.  122-123. 

2.  Sisteron,  118i  (B.-du-Rh.,  B.  291).  —  Etc.  Cf.  Généalogie,  p.  123- 
124. 

3.  Avignon,  1169  :  «<  inter...  G.  Avinionensem  prepositum et...  Gui. 

Amici V  (Vaucluse,  G.,  Chap.  métrop.,  n.  27  prov.,  f»  48  r«-v«). 


412  LA    PROVENCE:   DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

En  juillet  1177,  Guirau.l  Amie,  Pierre  Brémondde  Laudun  et 
EIzéar  d'Avijjpnon  statuent,  comme  arbitres,  entre  Tévéque  d'Avi- 
gnon elles  châtelains  de  Bédarrides  ^  A  Guiraud  Amie,  fils  de 
(Constance,  succéda  Guiraud  Amie,  (ils  de  Galburge.  La  com- 
mune s'était  établie  dans  Avip^non  au  détriment  des  vicomtes  ; 
elle  laissait  subsister  les  droits  de  circulation,  d'origine  adminis- 
trative, perçus  parles  descendants  des  anciens  fonctionnaires. 

Quand  le  pont  d'Avignon  se  construisit,  la  question  se  posa 
de  savoir  si  les  droits  de  port  devaient  continuera  être  perçus. 
En  elFet,  le  pont  rendait  inutile  le  port  fluvial  par  bac  pour  le 
passage  d'une  rive  du  fleuve  à  l'autre.  Les  passants  réclamaient: 
du  moment  qu'ils  devaient  passer  sur  le  pont,  ils  refusaient  de 
payer  l'impôt  de  la  barque.  Les  propriétaires  du  port  délaissé 
n'avaient  plus  k  entretenir  leur  barque.  D'autre  part,  ils  ne  pre- 
naient pas  part  à  la  construction  du  pont  qu'ils  s'étaient  efforcés 
d'empêcher.  Mais  les  impôts  survivent  toujours  à  leur  raison 
d'être.  L'évêque  et  les  consuls  décidèrent  donc,  en  janvier  1185, 
d'imposer  silence  aux  réclamations. Le  droit  de  port  continue- 
rait à  être  perçu  selon  l'ancienne  coutume  ;  il  le  serait  au  pont, 
sur  les  passants.  Cette  décision  fait  connaître  que  le  droit  de 
port  appartenait  h  Guiraud  Amie,  à  Auzias  d'Avignon  et  aux 
autres  seigneurs  de  ce  port  ^.  Selon  la  coutume,  chaque  cava- 
lier ou  cheval  paierait  deux  deniers,  chaque  Ane  un  denier,  chaque 
charrette  quatre  deniers,  chaque  piéton  une  obole,  chaque  mou- 
ton une  pougeoise,  chaque  porc  une  obole,  sans  préjudice  du 
droit  de  candelnm  à  percevoir  pour  tous  les  candelarii  ^. 

Cependant,  le  temps  marchait  :  malgré  le  maintien  de  leur  droit, 
les  propriétaires  de  l'ancien  privilège  n'étaient  plus  chez  eux  sur 
le  pont  comme  dans  leurs  bonnes  vieilles  barques.  Ilsfurentame- 

1.  juillet  1177  :  «  arbilrio  Guiraldi  Amici  et  Pétri  Bremondi  de  Lauduno 
et  Elisiardi  de  Aviniono...  »  (Vaucluse,  G.,  (T.  53  r®-5ir®). 

2.  Avijj^non,  janvier  118.">  :  «  seeundum  volerom  morem  et  antiquam  con- 
sueUidineni,  Geraldiis  Amici  et  Eliziardiis  et  alii  domini  portum,  portorium 
et  usalicum...  habeant...  »  (ms.  lat.897i,  f'»  46  v°). 

3.  Sur  la  rive  droite  du  Rhône,  au  terroir  de  VilIeneuve-lès-Avignon,  le 
lieu-dit  Candau  paraît  préciser  rendtt)it  où  se  payait  ce  droit. 


LA    MlÉKARCHIE   ADMINISTRATIVE    ET    LE    RÉGIME   FÉODAL         413 

nés  peu  à  peu  à  céder  leurs    droits  coutuniiers  en  faveur   de   la 
confrérie  qui  avait  bâti  le  pont  et  qui  le  possédait. 

En  octobre  1193,  Guiraud  Amie,  qui,  sans  doute,  avait  des 
besoins  d'argent,  commence  par  mettre  en  gage  pour  quarante 
six  marcs  d'argent  dans  les  mains  d'Auzias  d'Avignon,  son  copro- 
priétaire, les  7/12  de  sa  quote-part  des  droits,  pour  une  durée  de 
cinq  ans  ^  A  cette  occasion,  Guiraud  déclare  que  cette  quote-part 
s'élève  à  douze  deniers  sur  vingt.  Ainsi,  les  Amies  tenaient  les 
3/5^  du  port  d'Avignon  ;  comme  Tévêque  en  tenait  lui-même  le 
1/3  **,  on  voit  qu'il  en  restait  tout  juste  1/15®  pour  Auzias  d'Avi- 
gnon et  ses  copartageants,  avant  l'acte  de  1193.  On  voit  que  les 
vicomtes  avaient  donné  à  leurs  parents  les  Amies,  non  seulement 
la  terre  de  Védène  en  iîef  et  le  cours  de  la  Sorgue,  mais  encore 
toute  la  part  comtale  du  port  d'Avignon.  Quant  à  eux,  se  réser- 
vant le  domaine  de  ce  tief,  ils  conservaient  la  terre  du  Pont  de 
Sorgues,  et  une  part  des  droits  de  montée  ou  descente  sur  le 
Rhône. 

Finalement,  au  mois  d'août  1196,  Guiraud  Amie  vend,  au 
prieur  et  aux  frères  du  pont,  pour  2i000  sous  de  deniers  melgo- 
riens,  tous  ses  droits  sur  le  port  ^.  Les  7/12  de  la  quote-part,  enga-  * 
gésen  1193  pour  quarante-six  marcs,  ne  devaient  plus  l'être,  car 
l'acte  n'en  parle  pas.  La  quote-part  totale  des  Amies  valait  donc, 
à  la  lin  du  xii^  siècle,  pour  cinquante  sous  demelgoriens  le  marc  ^, 
une  somme  de  480  marcs.  Cette  quote-part,  entière,  montant 
aux  3/5®  du  total,  le  port  d'Avignon  valait  ainsi  environ  40000 
sous  melgoriens,  ou  800  marcs.  Il  valait  trente  fois  moins,  pro- 


4.  Avignon,  octobre  il93  :  «  ego  Goraldiis  Aniici  qui  habeo,  in  porlu 
seu  porlanagioRoclani,in  viginti  denariis  duodecim  denarios,  obligo  pignori 
tibi  Elisiardo  septem  denarios  ex  pra?dictis  duodecim  denariis...  cuin  parte 
candoli  ad  illos  septem  denarios  pertinente...  pro  quadraginla  sex  inarchis 
argenti..  in  quinque  annos  ..  »  (Bibl.  d'Avignon,  ms.  n®  2770,  f«  258  r«-v®). 

2.  24  avril  li55  :  «  tertiam  partem  portus  apud  Avinionem...  »  (Vaucluse, 
G.  6,  r»  14). 

3.  Avignon,  août  1196  (Bibi.  d'Avignon,  ms.  2776,  P»  258  v°). 

4.  C'était  du  moins  la  proportion  en  1167  (Montm.,p.  255). 


iii  LA    PHOVENCE    DU    PHEMIER    AU    XU*    SIÈCLE 

bablement,  que  celui  de  Marseille  ^  L'acte  de  1193  suppose  que, 
en  cinq  ans  au  plus,  les  revenus  des  7/12  de  la  quote-part  des 
Amies  doivent  suffire  à  rembourser  un  gage  de  46  marcs  équiva- 
lant à  2300  sous  melgoriens.  Les  revenus  de  cette  quote-part 
totale  en  cinq  ans  représentent,  sur  ce  pied,  3942  sous.  Comme 
cette  quote-part  revient  aux  3/3  du  total  des  revenus  du  pont, 
ces  revenus,  en  cinq  ans,  donneraient6570sous,  c'est-à-dire  131  i 
sous  par  an.  Et,  comme  les  droits  perçus  variaient  de  4  deniers  à 
une  pougeoise  par  unité  de  passage,  cela  suppose  une  moyenne 
de  (juinze  mille  têtes  allant  et  venant  par  an  au  port  d'Avignon. 
Kn  réalité,  au  lieu  de  cinq  ans  prévus,  il  en  suffit  de  la  moitié 
pour  acquitter  le  gage  des  46  marcs.  Les  recettes  prévues  avaient 
doublé,  en  1194  et  1193,  grâce  à  rétablissement  du  pont. 

Les  vicomtes,  comme  avoués  de  Téglise,  avaient  élevé  Chà- 
teauneuf-Calcernierau  nord  d'Avignon  :  les  Amies,  de  leur  côté, 
élevèrent,  sans  doute  à  la  même  époque,  Châteauneuf  TAmic  à  la 
limite  du  diocèse  de  Cavaillon.  En  souvenir  de  leur  rang éminent, 
tant  que  le  Comtat  Venaissin  exista,  le  seigneur  de  Châteauneuf 
jouit  d'un  privilège  unique.  La  règle  générale  voulait  que  les 
vassaux  se  rendissent  à  la  cour  de  leur  suzerain  pour  lui  prêter  foi  et 
hommage  :  pour  remplir  ce  devoir,  les  gentilshommes  du  Comtat 
se  rendaient  donc  à  Carpentras,  par-devant  le  recteur  du  (Comtat. 
Seul,  le  seigneur  de  Châteauneuf  attendait  le  représentant  de  son 
souverain  :  celui-ci  devait  venir  prendre  son  hommage  à  domi- 
cile ^. 

1.  Le  19  juin  1220.  le  16  du  port  de  Marseille  élail  engagé  pour  25000  sous 
de  royaux  coronats  (S.- T.,  920).  Celte  monnaie  étant  à  60  sous  le  marc 
(S.- V.,  228),  le  port  de  Marseille  valait  donc  au  moins  2500  marcs,  c'esl-à- 
dire  au  bas  mot  trois  fois  celui  d'Avignon. 

En  1193,  toutefois,  la  mise  en  gage  pour  46  marcs  des  7/12  de  la  quote- 
part  de  Guiraud  Amie  ne  représentait  que  2300  sous,  c'est-à-dire  le  dixième 
environ  de  la  valeur  réelle.  A  ce  compte,  le  port  de  Marseille  valait,  non 
pas  2500,  mais  25000  marcs,  c'est-à-dire  trente  fois  environ  celui  d'Avi- 
gnon. Cette  proportion  est  plus  vraisemblable. 

2.  Généalogie  de  Sabran-PonlevèSy  p.  123,  notée/;  d'après  Pithon-Curt, 
I.  II,  p.  13  note. 


LA    HIÉRARCHIE   ADMtMSTRATlVE    ET   LE   RÉGIME    FÉODAL         415 


III 

Les  Renard^  viguiers  ou  mislraux  du  canton  d'Avignon 
(1045-1125). 

A  la  tête  de  chaque  canton  se  trouvait  placé  un  viguier  qui 
assistait  le  comte  ou  le  vicomte  dans  ses  fonctions. 

C'est  ainsi  que,  vers  975,  existait  le  viguier  Bonfils  dans  le 
canton  avignonnais  de  Roubian  près  Tarascon  K  Le  viguier  de 
Marseille  Adalard  assiste^  vers  990,  à  un  plaid  du  vicomte  de 
Marseille  Guillaume  2.  En  1036,  dans  le  canton  de  Fréjus,  existe 
Durand,  viguier  du  Puget-sur-Argens,  qui  assiste  le  vicomte  de 
Fréjus  Fiancon^  En  1051,  parait  le  viguier  Carbonel  dans  un 
acte  relatif  aux  Pennes  et,  par  conséquent,  au  comté  de  Marseille*. 
En  1052,  c'est  le  viguier  Amalric,  dans  un  acte  relatif  à  Callas 
au  comté  de  Fréjus''.  On  connaît  également  les  trois  frères  Pons, 
Adalman  et  Engelran,  comme  viguiers  de  cette  localité 6.  Le  pro- 
tocole comtal,  en  1044^,  tout  comme  le  protocole  royal**,  ne 
manque  pas  de  mentionner  les  viguiers  dans  Ténumération  des 
degrés  de  la  hiérarchie  administrative.  Mais  cette  hiérarchie,  au 
milieu  du  xi*  siècle,  s'effaçait.  Les  juges  de  Provence  dispa- 
raissent alors  avec  l'unité  de  la  marche.  Les  viguiers,  qui  étaient 
l'organe  de  cette  unité  dans  les  centres  ruraux,  sont  nommés  en 
ti(re  pour  la  dernière  fois  en  1067'-^.  11  s'agit  d'un  acte  de  Mont- 
majour  :  les  moines  se  plaignaient  qu*il  n'y  eût  plus  comme  jadis 
de  marquis  et  de  comte  pour  se  faire  rendre  justice.  Les  viguiers 
leur  restaient  sous  la  main  et  ils  les  nomment.  Le  comté  d'Arles 
en  comptait  au  moins  quatre  ou  cinq  et  on  peut  croire  que,  dans 

1.  Saint' Victor,  n»  170, 

2.  rbid,,  n«  77. 

3.  Ihifi.,  564,  565,  566. 

4.  /6i(/.,51. 

:;.  rhid.,  :i4i. 

6.  «  Nos  quo^iue  fralres  Poncius  videlicel,  Adalmannus  et  Inguclrannus 
vicarii  ejusdem  caslri  Calars...  carlam  firmamus  »  {Saint-Victor,   537). 

7.  Ibid,,  659. 
«.  Ibid.,  1061. 

9.  Monim.,  p.  179. 


416  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

les  autres,  il  y  en  avait  autant.  Dès  la  première  moitié  du  xi' siècle, 
les  viguiers  prenaient  rarement  leur  titre  :  la  fonction  s'enraci- 
nait dans  la  terre,  car  ces  petits  fonctionnaires  étaient  devenus  de 
grands  seigneurs. 

Dans  le  viguier  arlésien  Atenulfe  de  1067,  on  peut  recon- 
naître Atenulfe,  fils  de  Boniface  de  Reillane,  et  cela  s'explique 
fort  bien  quand  on  sait  que  les  Ueillane  étaient  issus  de  Lam- 
bert UrxoK  En  elfet,  la  maison  artésienne  des  Baux  descendait 
elle-même  de  Pons,  frère  de  ce  Lambert  '*.  Donc,  les  Reillane 
étaient  arlésiens  d'origine  ;  le  grand-oncle  du  viguier  Atenulfe 
avait  été  archevêque  d'Arles. 

Dans  le  viguier  également  arlésien  Volverade  qui  l'accom- 
pagne, il  est  aisé  de  reconnaître  le  chevalier  arlésien  de  ce  nom, 
mari  de  Belletrude  et  souche  de  la  maison  des  Porcellets,  sei- 
gneurs de  l'un  des  deux  bourgs  d'Arles  K  11  était  frère  d'Ameil 
et  de  Rostaing,  fils  d'Aimedrus  '*. 

1.  Lambert,  qui  vivait  en  971,  époux  de  Galburge,  louait  du  comte 
les  biens  fiscaux  près  Monlmajour  (Montm.,  pp.  40-50,  46-47,  275  ;  Saini- 
Vic/or, 96).  Il  remplissait  doncdéjà,  sansdoutc,Ies  fonctionsde  viguier  dans 
ce  canton.  Il  eut  pour  fils  Boniface  [Sainl-Victor,  414,  91,  417,  418».  Celui- 
ci,  époux  de  Constance,  était  vassal  des  vicomtes  de  Marseille  pour  cer- 
tains biens  et  il  possédait  déjà  Reillane  dans  le  comté  d'Aix.  Boniface  et 
Constance  eurent  pour  enfants  liaimbaud,  archevêque  d'Arles,  Boson  de 
Céreste,  Boniface  époux  de  Mahaut,  Foulques  Laugier,  Atenulfe  de  Reil- 
lane, Adalmois,  Hlsinde  et  Alix.  Atenulfe  de  Reillane.  mort  avant  103i 
[Saint-Victor,  101],  eut  pour  fils  Boniface,  époux  de  GandalmosiSa/'/i/- V'cc- 
tor,  101,  50,  58,  411)  :  ces  derniers  eurent  Boniface,  Rostaing,  Pierre,  Guy, 
le  viguier  Atenulfe  et  Guillaume. 

2.  Yson,  fils  de  Pons  P""  et  de  Blismoda,  frère  du  prévôt  d'Arles,  évoque 
de  Vaison,  Ilumbert,  de  Garnier  et  de  Pons  II,  eut  pour  fils  Pons  111, 
Lambert  TVxo  et  Raimbert.  Pons  III,  époux  de  Profecta,  eut  lui-même 
pour  fils  Pons  IV,  JeofTre  de  Rians,  IIuguesdeBaux,  Dodon  et  Accelena. 

3.  1057  :  «  ego  Volveradus  et  uxor  mea  Bellilrudis  at(|ue  filius  meus 
Roslagnus  Porcelletus  et  mulier  sua  nomine  Bona  necnon  et  filii  eorum 
Berlrannns  sacriscrinius,  Willemmusque,  Petrus  »  ySaint-Victor,  200).  Cf. 
n^-  202  et  650,  dans  Tadditicm  datant  du [14  février  1063/4-  1""  mai    1065\ 

1044  :  H  coram  senioribus  islius  civitatis  videlicel  Volverado  et  Pontio 
de  Acjueria  et  VilemmoColarono  >>  (Saint-Victor,  166). 

Pour  Rostaing  Porcellet,  son  fils,  voir  Saint-Viclor,  172,  179,  184,  200, 
202,  3S0,  1073. 

Aix,  i7^octobre  1164  :  ««Porcellidomini  de  burgo  Arelatensi  »  (//>â/.,H06}. 

4.  1028  [Saint'VJctor,  165). 


La   hiérarchie   administrative   Et   LE   RÉGIME   FÉODAL         41 7 

Dès  le  début  du  xi*'  siècle,  dans  le  langage  courant,  le  terme 
précis  de  vicarius  se  remplace  par  le  terme  générique  de  minis- 
tralis  qui,  en  principe,  désignait  tous  les  détenteurs  plus  ou 
moins  secondaires  du  pouvoir  administratif  ^  En  fait,  les  fonc- 
tionnaires d'un  ordre  élevé,  comme  les  comtes  et  les  vicomtes, 
distinguent  dans  chaque  château  dépendant  d'eux  la  castellania 
et  la  ministralia.  Ainsi,  dans  celui  de  Pourcieux,  Geoffroy  de 
Signe,  neveu  de  Belielde,  princesse  de  la  maison  vicomtale  de 
Marseille,  tenait  en  fief  la  châtellenie,  la  mistralie,  Téglise,  le 
four  banal  et  la  tasque,  le  mas  d'Adalard  et  celui  de  la  mistralie  ^ 

On  voit  que  Geoffroy  de  Signe  était  un  seigneur  dominant  : 
de  lui  dépendaient  les  différents  services  publics  de  la  localité.  Il 
dominait  la  châtellenie,  la  mistralie  et  Téglise.  Or,  à  chaque 
office  répondait  une  mense  destinée  à  rémunérer  Tofiicier  qui  en 
était  chargé.  Le  seigneur  dominant  dominait  également  ces  dif- 
férentes menses  :  on  énumère  deux  mas,  celui  d'Adalard  et  celui 
de  la  mistralie.  Ces  deux  mas  répondent  évidemment  aux  deux 
premiers  offices  énumérés  plus  haut  :  Adalard  est  le  châtelain  de 
Pourcieux  et  il  jouit  d'un  mas  à  ce  titre,  dans  la  seigneurie  du 
parent  des  vicomtes.  Un  second  mas  est  affecté  à  la  mis- 
tralie, mais  on  ne  nomme  pas  le  mistral.  Ceci  indique  proba- 
blement qu'il  n'en  existait  pas  encore  un  d'affecté  spécialement 
à  Pourcieux  à  cette  époque  et  y  habitant. 

A  Pertuis,  le  comte  Geoffroy  tenait  lui-même  la  mistralie,  le 
port,  le  marché,  le  district  et  tout  ce  que  son  grand-père  Guil- 
laume avait  jadis  donné  à  Montmajour  ^.  Si  l'on  se  reporte  à  la 
donation  de  Guillaume,  on  voit  qu'il  avait  cédé  tout  ce  qui  lui 

1.  «  Hodulfus  rcx...  cunctis  miiiislranlibus  rcmpublicain  ordinanti- 
bus...  »  {Saint'Viclor,  1061). 

2.  i3  décembre  [1004-1048]  :  «  ego  Rilliellis  femina  Glia  qui  fui  condam 
Guiilclmi  vicccomitis  Massiliensis...  in  castro  de  Porcils...  tenct  Gaufrcdus 
iiepos  meus  de  Sinna...  ipsam  caslellaniam  et  miuisti-aliam  et  ecclcsiam  et 
furnum  et  tascham..  et  mansum  de  Adalard  et  alium  de  ministralia...  » 
[Sainl'Viclor,  135). 

3.  u  Ego  Gaufridus  cornes...  tenebamus  mistraliam  et  portum  et  merca- 
tum  et  districtum  et  alia  plura  qua^  olim  ab  avo  nostro  Guillelmo  data 
fueranl...  »  -^Montm.,  p.  135^. 

Mém,  et  doc.  de  l'Ecole  des  Charles.  —  VII.  '21 


418  LA   PROVENCE   DC   PHKMlEtI   AU   XII*   BlACLfi 

venait  dans  Pertuis,  d'Engelran,  évêque  de  Cavaillon,  et  de  son 
frère  le  vicomte  Nivion,  sur  les  champs  en  culture  ou  en  friche, 
sur  les  vignes,  les  arbres  fruitiers  ou  autres,  les  prés,  les  pâtu- 
rages, les  forêts,  les  jardins,  les  friches,  les  lais  et  relais,  les 
moulins,  les  eaux  et  leur  cours  *. 

Il  s*agit  en  somme  d'un  domaine  général  et  supérieur,  ce  qu'on 
appellera  plus  tard  le  droit  de  directe  universelle  :  Nivion,  qui 
l'avait  cédé  h  Guillaume,  Tavait  eu  vraisemblablement  en  qualité 
de  vicomte. 

En  1096,  un  membre  de  la  famille  vicomtale  d'Avignon  cède 
ses  droits  sur  les  échanges,  la  mistralie  et  les  plaids  *.  Ces  droits 
vicomtaux  sur  les  échanges  équivalent  aux  droits  de  port  et  de 
marché  tenus  par  les  comtes  à  Pertuis.  Quant  aux  bénéfices  tirés 
des  plaids,  ils  valent  ceux  tirés  à  Pertuis  du  district  judiciaire. 
Reste  des  deux  cotés  la  mistralie  :  on  voit  qu'elle  dépend  des 
comtes  et  des  vicomtes.  Si  Ton  ne  dit  pas  clairement  ce  qu'elle 
esl,  on  voit  nettement  ce  qu'elle  n'est  pas.  Dans  son  sens  strict, 
il  no  faul  pas  la  confondre  avec  la  perception  des  impots 
([ui  pesaient  sur  les  ports  et  les  marchés  :  il  ne  faut  |>as 
la  confondre  davantage  avec  la  perception  des  bénéfices  tirés 
de  l'administration  judiciaire.  On  savait  déjà  qu'il  ne  faut  pas 
la  confondre  avec  l'office  du  châtelain,  chargé  surtout  de  la 
sécurité  militaire  du  château.  Si  l'on  écarte  ces  attributions, 
([ui  toutes  devaient  s'exercer  dans  les  murs  de  l'agglomération 
urbaine  ou  rurale,  il  ne  reste  pas  grand'chose  à  faire  pour  un 
mistral  dans  l'enceinte  des  murs,  mais  il  lui  reste  la  campagne. 
(Vestle  terroir  rural,  ce  sont  en  particulier  les  routes  et  les 
cours  d'eau  qui  dépendent  de  lui.  La  mistralia  que  donne  à 
Pertuis  le  comte  Geoffroy,  ce  sont  les  droits  cédés  jadis  par  son 
grand-père  sur  les  champs,  les  vignes,  les  vergers,  les  prairies,  les 
pâturages,  les  bois  et  les  jardins,  les  délaissés,  les  moulins  et  les 
cours  d'eau.  Mais,  tout  cela,  c'est  précisément  le  droit  de  police 
qu'exerçaient  jadis  les  viguiers  sur  le  terroir.  Le  mistral,  au  bas 

1.  Montm.,  p.  i'>7. 

2.  Tanvier  1006  :  «  iii  cambia,  in   mestralia,  in   placitis  »   (Vaucluse,  G., 
Chap.  métrop.,  27  provisoire.  fT.  32  v"  33  r^). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMIMSTRATIVE    K'V    LE   RÉGIME   FÉODAL         419 

de  réchelle  administrative,  dans  le  sens  propre  du  mot,  ce  n*est 
donc  pas  autre  chose  que  le  viguier. 

De  fait,  on  a  vu  nommer  les  viguiers  en  1067  pour  la  der- 
nière fois  ^  :  c'est  en  1033  ^  que  paraissent  les  premiers  mistraux, 
leur  équivalent.  A  cette  date,  se  présentent  ceux  de  Bri- 
gnoles  ;  ils  dépendaient  des  descendants  de  l'ancienne  maison 
vicomtale  de  Cavaillon.  En  1062,  paraissent  ceux  de  Bras, 
également  dans  le  comté  d'Aix. 

Par  suite  de  Témiettement  croissant,  comme  chaque  château 
avait  son  châtelain,  chacun  finit  par  avoir  son  mistral.  Le  même 


1.  Le  12  juillet  1097,  à  Saint-Gilles,  se  trouve,  en  présence  de  l'abbé  de  Saint- 
Victor,  Bernardus  Pétri  vicarius  [Sainl-Victor,  152).  Il  serait  tentant  de 
ridentifîer  avec  le  Derirannus  Peiri  ministralis  sancti  Victoris  qui  vivait  n 
la  même  époque  [Sa int- Victor ^  lil).  L'abréviation  Bcr,  a  pu  être  mal 
résolue. 

2.  1033  :  «  ego  Hainaldus  et  filii  mei  Poncius  et  Nevolongus  et  uxor 
moa  Odila...  in  corn ita tu  Aqueuse,  in  valle...  Guarildis. . .  Nortaldus  fidelis 
meus  ministralis  Bruniole  et,  ipso  rogante  vel  consiliante,  donamiis. ..  hoc 
(juod  Nortaldus  tenebat  de  presbiteratu . . .  »>  {Saint- Victor ^  378).  Rainaud 
est  le  fils  de  Nivion  et,  par  conséquent,  le  neveu  d*EngeIran,  évêque  de 
Cavaillon. 

1062  :  «  ego  Poncius,  de  Castro...  Bracio  et  niulier  mea...  Balda  et  fil 
mei  Leutaldus,  Guillelmus,  Arbertus,  Ugo,  Fulco...  donamus...  in  terri- 
torio  supradicti  castri. . .  et  hoc  per  consilium  noscrorura  ministralium 
Poncii  Mataronisquefratnim. . .  Ego  Poncius  et  Mataronus  frater  meus  et 
Alenulfus  nepos,  ministrales  de  Bracio,. ..  et  uxores  nostras  Agnes,  Con- 
slantia  et  filii  nostri  Willclmus  et  alii  fratres  Conam  filius  Mataroni,  dona- 
mus altaresde  supradictasecclesias... Poncius ministral  firmavit.  Mataronus 
firmavit  »  [Saint-Victor,  311).  Cf.  n<»  373,  127. 

1065  :  «  Landulfus  quoque  ministralis  omnia  que  habebat  in  Castro  Baido 
pei  ministraliam  et  per  castellaniam  dédit. . .  »  (Ibid,,  119). 

29  mars  1064  :  «  ego  Landolfo...  per  ministralia  et  per  tasca  et  per  eccle- 
siam...  »  [Ibid,,  120). 

«  ego  Bertrannus  Pétri,  ministralis  Sancti  Victoris,  dono...  partem  meam 
de  guardia  devineis  n  [Saint-Victor^  Hl). 

cf  de  Ciliano,  villa  sancti  Victoris...  mansus  de  Petro  Barbabella 
quem  tenet  ministralis  ejusdem  ville  ad  fevum...  »  (Saint- Victor,  543). 

«  ego  Petnis  ministral  de  Archincosco...  de  omnibus  que  ego  require- 
bam...  in  territorio...  hoc  est  tasca  et  medietatem  de  bis  hominibus  quos 
ego  ibiatraxero  et  medietatem  de  defcnso  et  rilera  de  aqua  ci  partem.. 
in  decimo...»  [Saint-Victor,  628).  Cf. 627. 


420  LA    PROVENCE   DU    fREMlÊR   AU    XII^   SIÈCLE 

homme  pouvait  d'ailleurs  arriver  à  y  cumuler  la  mistralie,  la 
châtellenie  et  la  mense  du  presbytère. 

Ces  observations  faites,  il  importe  de  voir  comment  les  choses 
étaient  organisées  dans  la  cité  d'Avignon  où  existaient  déjà  une 
maison  comtale  et  une  maison  vicomtale. 

Aux  premier  tiers  du  xi*^  siècle,  vivait  dans  Arles  Hugues  Adal- 
ras.  En  1028,  sa  souscription  parait  au  basd*un  acte  qui  concerne 
la  mère  du  viguier  arlésien  Volverade  *  :  il  y  assiste  les  sei- 
gneurs des  Baux,  autres  viguiers  arlésiens,  et  les  vicomtes.  Le 
l'""  mars  1035,  Hugues  Adalras,  sa  femme  Dumidie,  le  diacre 
Pelet,  dame  Bellidrude  et  Rigaud,  donnent  les  terres  arables  de 
leur  alleu,  pour  les  âmes  de  leurs  pères  et  mères,  au  comté 
d*Avignon,  dans  le  canton  Roubian,  au-dessus  du  village  de  Lau- 
rade  et  dans  le  clos  dit  Pierre  Monge  •.  Dame  Bellidrude  était 
femme  du  viguier  Volverade  ^  ;  quant  à  Pelet,  il  devint  chanoine 
d'Arles  '♦.  Les  termes  de  cet  acte  donnent  à  penser  que  Hugues 
Adalras  était  frère  de  Pelet,  de  Bellidrude  et  de  Rigaud.  Sans 
doute,  par  son  mariage,  cette   Bellidrude  avait  acquis  un    rang 

1.  1028:  «  ejço  Aimedrus  ac  filii  mei  Volvcras  et  Amelius  atque  Rosta- 
gnus, . .  do  alode  noslro  (jui  pro  fratrum  nostrorum  mortibus  jure  heredi- 
tario  nohis  est  dtributus. . .  in  comniitatu  Arclatense,  ultra  paludoxn  sancli 
Cesarii,  in  ioco. . .  Splata. . .  consortos  :  ex  uno  lalere  paludcm  ;  ex  alio, 
podium  (iuem  comosconstruere  volait  cl  insuper  ab  ipsis  arcubusde  Splata 
usfiue  ad  aroiis  S.  Genesii,  ubi  pons  est. . .  Ponlius  juvenis  Grmavit.  Ugo 
firmavit  JolTres  firmavit.  Bellcdrus  firmavit...  Adalras  firmavit. . .  »  {Saint- 
Victor,  16r>). 

2.  Arles,  mars  [103'»J  :  «  ego  Ufço  Adalras  et  uxor  mea  et  Pelitus  dia- 
coniis  et  doinna  Bellidrus  et  Rigualdus. . .  pro  remedium  animas  nos- 
tras...  et  de  genitoribus  nostris  vel  génitrices...  ex  alode  nostro. . .  in 
comitalu  Adveniononse,  in  agro  Rupiano,  super  villa  t\ue  nuncupant  Lau- 
rata,  in  cluso  (jiie  vocant  Polra  Monica.    .    Signum   Adalras  et   uxor   mea 

Dumidiaot  domna  Bellidrus  et  Pelitus  diaconus  elRigualdus Signum 

Ilysnnrdus  Adalras..  S.  Bernardus  Sonioretus...  Signum  Bermundus  cleri- 
ricus...  Sijj:num  Teudebertus  de  Romanino  ..  Signum  Ugo  filius  ejus... 
Sii,mum  Riiualdo...  Signum  Sancia...  »>  {Ihid.,  183).  Cet  acte  montre 
nettement  comment  se  subdivisait  le  pays.  Chaque  comté  comprenait  un 
certain  nombre  iVatjri  ou  cantons  Cbaque  canton  renfermait  des  villx,  ou 
villages,  et  le  terroir  de  chaque  village  un  certain  nombre  de  clos. 

3.  //)iV/,  n«200. 

4.  //)«/.,  no  151. 


LA   HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE    RÉGIME   FÉODAL         421 

supérieur  à  celui  de  sa  famille,  car  Hugues  la  qualifie  dame.  Les 
rapports,  que  l'acte  de  i  028  révèlent  entre  la  famille  des  viguiers 
arlésiens  issus  de  Volverade  et  celle  d'Adalras,  invitent  à  penser 
que  le  mariage  de  Bellidrude  est  antérieur  è  cette  dernière  date.  Le 
nom  de  Dumidie,  femme  de  Hugues  Adalras,  rappelle  celui  de 
la  religieuse  arlésienne,  apparentée  à  la  Maison  des  Baux,  qui, 
au  milieu  du  x®  siècle,  avait  fait  un  don  à  Mon tma jour  dans  les 
comtés  d'Arles  et  d'Avignon  K 

Hugues  Adalras  lui-même,  qui  quelquefois  reçoit  le  seul  nom 
d'Adalras,  devait  être  le  lils  de  Tarlésien  Adalras.  Celui-ci 
vivait  dans  la  deuxième  moitié  du  x®  siècle  :  sa  souscription 
figure  à  la  concession  en  précaire  faite  par  l'archevêque  Manas- 
sès  en  faveur  d'Ameil  2.  Elle  figure  également  au  don  des 
marais  de  Montmajour  fait  par  Lambert  et  Galburge  de  qui 
descendent  les  Reillane*^.  Elle  figure  dans  Arles  le  7  décembre 
1002,  au  bas  de  la  donation  de  Balda,  femme  de  Doon  de  Châ- 
teaurenard,  en  présence  des  comtes  et  des  juges  *  Elle  figure  enfin 
dans  une  assemblée  tenue  à  Arles  le  21  janvier,  d'une  année  com- 
prise entre  1003  et  1009,  eu  présence  de  l'archevêque  et  des 
comtes  :  elle  occupe  le  sixième  rang,  après  celle  des  comtes,  et 
il  y  a  vingt-sept  personnes  présentes  ^. 

Hugues  Adalras,  dont  le  père  présumé  mourut  ainsi  peu  après 
1002  et  qui  vivait  encore  le  l^'  mars  1035,  était  mort  dès  le 
mois  de  novembre  1036.  A  cette  date,  Dumidie  et  ses  trois  fils 
Isiiard,  le  clerc  Brémond  et  Renard,  donnent  à  Montmajour  un 
clos  de  vignes  dans  le  comté  d'Arles,  au  canton  de  Trébon,  près 

i.  [952-963]  :  «  ego  Domedia humillima  Deo  devota  »(Montm.,  pp.  36  37). 
Le  scribe  Odilusne  paraît  pas  avoir  vécu  après  963  (Gall.  noviss.,  n^  620). 

2.  Décembre  [948-963J  :  «  Adalradus  »  (Albanès,  Gall,  Christ,  noviss., 
Arles,  n°  257).  Il  est  absolument  impossible  de  dire  pourquoi  Téditcur  de 
cet  acte  le  date  de  954. 

3.  [965-981]  ;  «  ego  Lambertus  et  uzor  mea  Walburgis...  aliquidde 
fisco  quod  tenemus  pro  seniore  nostro  Guillelmo  comité  et  fratre  suo  Rot- 
baldo   . .  Adalradus  firmavit  »  (Montm.,  pp.  49-50). 

4.  Arles.  7  décembre  1002  :  «  Adalradus  firmavit  •  (Montra.,  pp.  98-iOO). 

5.  Arles,  21  janvier  [1003-1009].  «  S.  Adalrado  firm.  »  (Albanès,  GalL 
Christ,  noviss.f  Arles,  no298). 


422  LA    PROVENCE    DC    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

de  N.-D  de  Lansac^  Hugues  et  Dumidie  doivent  même  avoir  eu 
au  moins  six  (ils.  En  eflet,  un  acte  sans  date,  qui  doit  être  d'une 
époque  voisine  de  1045,  montre  ^,avec  les  trois  premiers,  Adalras, 
Hugues  et  Rigaud.  Le  nom  d^Adalras  rappelle  celui  du  père  et 
du  grand-père  ;  le  nom  de  Hugues,  celui  du  père  et  le  nom  de 
Rigaud,  celui  de  Toncle  présumé  vivant  en  1035  :  tous  les  six 
donnent  Tégiise  Saint-Geniès,  au  terroir  de  Jonquières,  et  il  s'agit 
sans  doute  de  la  localité  de  ce  nom  sur  la  rive  droite  du  Rhône, 
au  diocèse  d^Arles  ^.  A 1  époque  de  cette  donation,  Dumidie  devait 
être  morte.  Les  trois  derniers,  Adalras,  Hugues  et  Rigaud,  ne 
reparaissent  plus.  Quant  au  clerc  Brémond,  il  figure  dans  plusieurs 
actes,  de  1038  à  1062  ^  Dans  Tun  d'eux  il  donne  la  moitié  d'un 
verger  sis  au  comté  d'Aix  à  Vauvenargues. 

1.  Arles,  novembre  i036  :  «  ego...  Dumidia  et  filii  xnei  Isnardus  et  Ber- 
mundiis  clericuset  Reinoardus. . .  de  alode  nostro...  ia  comitatu  Arela- 
tense  in  agro  Truphoncio,  in  lerininio  de  ecclesiam  sancta  Maria  de  Lan- 
ciaco..  clausus  unus  de  vineas  qui  nominant  V  [er]  gcrio. . .  inter  con- 
sortcs  de  iino  latus  fluvium  Durontia...  Signura  domna  Dumidia  et  Glii 
sui  Isnardus  et  Bermunduscloricus  etReinoardus...  »  (Montm  ,  pp.  133- 13i). 
La  branche  de  la  nurance,qui  venait  de  Chàteaurenard  à  Arles,  est  repré- 
lée  actuellement,  entre  Lansac  et  Saint-Gabriel  par  une  roubiae. 

2.  [  10^5  ?  ]  :  «  nos. . .  Bcrmundus  et  Isnardus,  Ugo  et  Raiooardus  el 
Alalradus  el  RigaKlus...  pro  amore   anime  parentorum  nostrorum...  el 

filiorum  nostrorum ecclesiam  sancti  Genesii...  Signum    Bermundus 

firmal.  Isnardus  firmat.  S.  Rainoardus  firmat  et  Adalradus,  Ugo  et  Rigaldus 
(Montm.,  pp.75  70).  Le  préambule Z)trini«  verbis  est  à  rapprocher  du  préam- 
bule Divin  i  s  sermoni  bu  a  employé  à  deux  reprisesen  1045  (/Z)iV/.,  pp.  167-168), 

3.  En  janvier  [952  ?],  un  membre  de  la  maison  des  Baux.  Raimberl  époux 
dOdila,  avait  déjà  donné  une  part  de  Jonquières  à   Montmajour   (Montm., 

p.  37;. 

4.  1038  :  «  ego  Josfredus  comes  Provintie...  dono...  fideli  meo  Ful- 
choni  vicecomiti  Massilie...  do  alode  meo...  in  comitatu Tolonense...  in  Sex 
Furnos...  Isnardus  alipie  Bermundus  clericus  frater  ejus  f.  »  {Saint- Victor, 
447). 

Mercredi  7  décembre  [1048]  :  <»  Bremundus  clericus  Grmavit  »  {Saint- 
Victor^  171).  Les  éditeurs  du  Cartulairo  de  Saint- Victor  ont  laissé  flotter 
la  date  entre  les  années  1048,  105 i  et  1005.  En  réalité,  il  8*agit  du  mer- 
credi 7  décembre  1048.  En  effet,  l'acte  donne  :  feria  Ifll^  Vif  idus  decimber, 
luna  XXVIIIl.  Le  mercredi  est  tombé  un  7  décembre  en  1048,  en  1054  el 
en  1065.  Or,  en  1005,  la  lune  a  été  nouvelle  le  2  décembre,  avec  le  nombre 
d'or  2  :  en  105V,  elle  fut  nouvelle   le  4  décembre  avec  le  nombre  d*or   10. 


LA    HIÉRARCHIE   ADMITtlSTRATIVE    ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         423 

Restent  Isnard  Adalras  et  Renard.  I^  premier,  Isnard, 
parait  d'abord  dans  les  actes  avec  son  frère  Brémond.  Il  paraît 
également  en  1040,  avec  le  sénéchal  Rostaing,  comme  témoin 
d'un  acte  comtal  relatif  au  pajs  d'Avignon  sur  la  rive  gauche  de 
la  Durance  •.  Sa  femme  porte  le  nom  de  Guiburge  :  il  en  eut 
au  moins  quatre  fils,  Adalras,  Pierre  Adalras^  Guillaume  et 
Isnard,  auxquels  il  faut  sans  doute  ajouter  deux  filles  du  nom 
iVEleix  et  de  Baltugate.  L'aîné  d'entre  eux,  Adalras^  étant 
mort,  Isnard  et  Guiburge  donnent  pour  son  âme  des  biens  i\ 
Saint-Victor  :  les  uns,  au  comté  d'Arles,  dans  le  canton  de  Tré- 
l)on  et  le  clos  «  Trente  muids  »  ;  les  autres,  au  comté  d'Avignon, 
dans  Aurignan.  Isnard  ne  tarda  pas  lui-même  à  mourir  :  en  10;)2, 
son   frère  Brémond  et  son  fils  Pierre  paraissent  ensemble  sans 

Ces  constatations  suffisent  à  faire  écarter  1054  et  1065.  Reste  1048  :  celte 
année-là,  avec  le  nombre  d'or  i-,  la  lune  fut  nouvelle  le  1 1  novembre  et  le 
10  décembre.  Par  conséquent,  le  7  décembre  fut  en  réalité  le  vingt-sep- 
tième jour  de  la  lune.  Le  rédacteur  de  l'acte  donne  le  vingt-neuvième  : 
soit,  deux  jours  de  trop.  C'est  une  e  reur  absolument  courante  et  normale  à 
celle  époque.  Les  éditeurs  du  Cariulaire  disent  de  la  date  lunaire  :  minime 
quadrat.  Le  minime  est  de  trop,  comme  leur  incerlilude. 

Arles,  mars  [vers  1050]  :«  Hysnarduset  conjux  mea  Vuidburga  pro  anima 
(lefilionostro...  Adalrado...incomitatu  ArelalenseinagroTriphontio,  incluso 
Triginta  modia...  el  in  commitatu  Advenionense...  de  villa...  Aurignana... 
Kgo  Hysnardus  uxor  mea  Vuidburga  el  pmles  nostri  masculi  et  femine... 
Petrus  et  Vuilelmus  et  Eleix  fratres...  Signum  Bermundus  clericus  f.  S. 
Vuilelmus  f.  S.  Rainoardus  f.  »  {Ibid.,  173;.  Aurignan,  comm.  Sainl-Remy 
•de  Revel.  Etat  descriptif  de  V arrondissement  d'Arles^  p.  19). 

[Vers  1050]  :  «  in  lerrilorio  Valveranica  in  comitatu  Aqueuse...  Bermun- 
dus clericus  dono  dimidium  virgerii  »  (//>tV/.,  230).  Les  éditeurs  datent  de 
1004  environ.  Or  le  Petrus  quondam  sedis  Aquensis  episcopus,  qui  paraît  à 
l'acte,  siégea  de  1032  à  1048.  En  1050,  sur  sa  résignation,  il  était  remplacé 
par  Pons  (Albanès,  Gall.  noviss.,  Aix,  col.  47-48). 

'VerslO.")©]  :  «  Bermundus. \dalras et neposejus  Vuilelmus  f.  »  '//>/(/.,  181). 

1052  :  'X  Bermundus  fîrmavit.  Petrus  Adalras  f.  »  [Ibid.,  182). 

[Vers  1060]  :«...  Bermundus  Adalras  f.  »  {Ibid,,{9\). 

[1036-1050]  :  «  Isnardus  Adalras  f.  Adalras  filius  Rainaldi  f.  Bermundus 
clericus  f.  »  {Ibid.,  186).  Ces  souscriptions  à  un  acte  delOlO  ont  étéajoutées 
comme  conGrmation  postérieure. 

1.  Montmajour,  1040  :  «  ego  Gaufredus  cornes...  in  comitalu  Avenio- 
nense...  ecclesia  sancti  Aloanni  et  locus  mansi  Cais...  Isnardus  frater  Ray- 
novaldi  »  (Montm.,  pp.  138-139). 


i2i  LA    PROVENCR   DU    PREMIKR    AU    XII®    SIÈCLE 

lui,  et,  dans  un  autre  acte  de  la  même  ëpoque,  son  frère  Bré- 
mond  avec  son  fils  Guillaume,  également  sans  lui.  Cette  absence 
répétée  implique  sa  mort  prématurée. 

Ses  fils  Pierre,  Guillaume  et  Isnard  paraissent  ensemble,  en 
1069,  avec  leur  oncle  Renard  *  :  ils  donnent  l'église  de  Saint- 
Césaire  en  Camargue,  au  nord  d'Albaron.  Désormais,  Pierre  s  ap- 
pelle Pierre  Isnard  et  laisse  le  nom  d'Adnlras,  Dans  un  autre 
acte,  Pierre  Isnard,  d'accord  avec  sa  femme  et  ses  fils, 
abandonne  à  Saint-Victor  tout  ce  qu'il  possède  à  Berre,  notam- 
ment tout  ce  qui  lui  venait  de  son  oncle  Aicard  Ison  ^.  Sans 
doute,  c'était  par  sa  femme  qu'il  en  était  le  neveu  et  qu'il 
possédait  ainsi  des  biens  au  sud-est  du  diocèse  d'Arles.  Le  28 
juillet  iOJIl,  au  premier  ran^  des  princes  qui  se  joignent  à  la 
comtesse  Douce,  pour  abandonner  tous  leurs  droits  sur  les 
navires  ou  les  radeaux  de  Saint-Victor  qui  montent  ou  descendent 
le  Rhône,  entre  Guillaume  Hugues  de  Baux  et  Laugier  de  Boul- 
bon,  figurent  Pierre  Isnard  et  ses  frères  -^.Les  droits  que  Pierre 
Isnard  abandonne  ainsi  sont  des  droits  de  péage  sur  le  Rhône,  qui 
paraissent  joints  à  ceux  que  percevaient  les  seigneurs  des  Baux. 
Ces  seigneurs  appartenaient  à  une  famille  qui  ne  cessait  de  gran- 
dir :  mais  elle  était  d'origine  vicariale  dansle  terroir  d'Arles  et  il 

1.  lOtiU  :  «<  e^^o  IVtrus  Isnnrdi  et  fra  1res  moi  Wilclmus  et  Isnardus  el 
aviinculus  iiosler  Rainoardus  et  filius  ejus  Poncius  Rainoardus  et  conso- 
brini  moi  Gonciolinus  ot  Ugolinus  damus  ecclesiam  sancti  Cesarii  de  Boza- 
ringo...  su()orfluvium  Rodani...  »  {Saint -Victor,  100). 

2.  11004-1009]  :  »  o^  Pctriis  Isnardus  ot  conjux  mea  et  filii  nostri... 
honoroin...  in  Bona  nvunculus  noster  Aicardus  Iso...  post  mortem  avun- 
culi  Aicardi...  »  ;//>ir/.,  i02). 

Sur  Aicard  Ison,  voir  S/iin/-ViV/or,  44,  i09,  131.  153,  171,  172,  194, 
depuis  1030,  jus<|u'aul"'' juillet  10:i5.  no])lu8,  Albanès,  Gall.  Christ,  noviss,, 
Arles,  no*  337,  385. 

3.  28  juillet  1094:  u  ego  Dulcis  comitissa...  omncm  usum...  in  navibus 
et  in  ralibus,  vol  in  terra  vel  in  mari...  Donacionem  quoquo...  quam  alii 
boni  viri  (pii  fovo  aut  pignorc  per  comilem  et  per  mehabent...  facturi  sunt, 
laudo...  Ugo  de  Vornoto  laudat  et  fîrmat.  Guillelmus  Ugonis  donat  quio* 
quid  babet...  Guitbertus  similiter.  Petrus  Ysnardi  et  fratresejussimiliter. 
Willebnus  Petrus  de  Gorda  similiter  pro  Rostagno  fratre  suc.  Laugerius 
de  Bullmno  ot  Guillelmus  (ilius  ejus  similiter.  Guillelmus  Mataroni  de  Avi- 
nione  similiter...  »  {Saint- Victor,  686). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         i2o 

faut  croire  que  les  droits  en  question  s'exerçaient  sur  le  Rhône, 
dans  le  diocèse  d'Arles.  Pierre  Isnard  se  trouve  joint  aux  Baux, 
comme  les  Amies  à  Avignon  étaient  joints  aux  vicomtes.  Quand 
il  avait  donné  Saint-Césaire,  c'avait  été  de  Tavis  des  Baux  et 
cette  di^pendance  étroite  remontait  loin,  puisqu'elle  existait 
déjà  du  temps  de  Hugues  Adalras,  Il  avait  dû  y  avoir  une 
alliance  entre  les  Baux  et  les  i4c/â/rd«;  parla,  une  part  des  droits 
des  Baux  dans  le  terroir  d'Arles  avait  dû  passer  à  cette  famille. 
Le  11  septembre  1095,  Pierre  Isnard  se  trouve  à  Tarascon  avec 
Guillaume,  abbé  de  Montmajour,  et  diiïérents  évéques  ^  En 
octobre  1104,  il  vivait  encore.  A  cette  dernière  date,  il  approuve 
avec  son  frère  Isnard  une  vente  de  sa  sœur  Baltugate  ^  et  la 
vente  concerne  des  biens  à  Berre. 

Ainsi  tout  ce  qui  a  été  dit  des  Adalras  jusqu'ici,  depuis  le 
milieu  du  x®  jusqu'au  début  du  xii®  siècle,  montre  que  leur 
famille  était  arlésienne  et  qu^elle  était  liée  à  celle  des  Baux. 

Les  choses  changent  dès  qu'on  laisse  de  côté  les  descendants 
d'Isnard  Adalras^  second  fils  de  Hugues  Adalras^  pour  étudier 
les  descendants  de  son  troisième  fils  Renard. 

Ce  Renard  paraît  avec  sa  mère  Dumidie  en  novembre  1036  3, 
avec  ses  frères  et  neveux  arlésiens  jusqu'en  1069  ^.  Mais  en  1065 
et  1073,  parmi  les  témoins  qui  souscrivent  un  acte  avignonnais, 
figure  le  nom  de  Renard  ^.  La  question  est  de  savoir  si  c'est  là 
Renard,  fils  de  Hugues  Adalras,  Quelque  circonspection  est  ici 
d'autant  plus  nécessaire  que  ce  nom  était  fort  répandu.  Il  ne  faut 
pas  confondre  Renard^  fils  de  Hugues  Adalras^  avec  Renard  de 


1.  Tarascon,  il  septembre  1095:  «Pétri  Isnardi  »  {Saint- Victor, 220), 

2.  Avignon,  octobre  1104  :  «  ego  Baltugata  et  filii  mci  Bcrtrannus  et 
Bedocius  et  Ugo...  cum  consilio  fratrum  [m]eorunn  Isnardi  et  Pétri 
Isnardi...  Petrus  Isnarduset  Isnardus  fratres  Baltugate  voluerunt  et  firma- 
verunt...  >>  (Vaucluse,  G.,  Chap.  métrop.,  n®  27  prov.,  f^  6  l'^-v®). 

3.  Montra.,  pp.  133-134. 

4.  Saint-Victor,  173,  160. 

5.  13  juillet  1065  (Polycarpe,  Ann.,  p.  633). 

Avignon,  1073  :  «  ego  Bertrannus  et  frater  meus  Guilelmus.  . .  in  terri- 


426  LA   PROVENGE   DU    PREMIER   AU    XII*  SIÈCLE 

Bouc,  fils  d'Archiinbert  et  de  Maimbourge,  frère  d'Aldebert, 
Galburge  et  Balde  ^  Il  ne  faut  pas  le  confondre  non  plus  avec 
Uenard  deTarascon,  frère  de  Rostaing  et  Auphant  2.  Il  ne  faut 
pas  le  confondre  davantage  avec  Renard  de  Châteauvcrt,  fils 
d'Eldebert  de  Châteaurenard  et  de  Mahaud  3,  ni  avec  Renard  de 
Châteaurenard,  fils  de  Guillaume  de  Châteaurenard  et  de  Belielde  *, 
ni  avec  Renard  de  Châteaurenard,  fils  de  Doon  et  d' Affina'^,  Il  ne 
faut  pas  leconfondre  avec  les  deux  maris  de  FideSy  ni  avec  le  pre- 
mier, Renard  fils  d'Enaurs  ^'\  ni  avec  le  second,  Renard  Taixo- 
mega,  fils  de  Guillaume  et  de  Mahaud,  frère  de  Trimond  ".  Enfin, 
il  ne  faut  pas  le  confondre  avec  Renard  frère  d'Albaric,  dont  la 
famille  aura  des  rapports  avec  Avignon  ^.  Il  suffit  d'énumérer  ces 
huit  homonymes  pour  les  écarter. 

torio  Avennicensi. . .  Hainoardus  firmavit  »  (Vaucluse,  G.,  Qiap.  métrop., 
no  27  prov.,   f»  21  r«-v»;. 

1.  Pour  Archimbert,  voir  10i9  {Saint-Viclor,  i05r»);  1022  {Ibid.,  258  ; 
i028  [IbUI.,  129);  1030  [lUd.,  250)  ;  i034  [Ibid,,  255);  !•'  mars  1035  (Ibid., 
123);  8  dc^cembre  1045  (Ibid.,  194). 

Son  fils,  Honard  de  Bouc,  épousa  Leugardo  qui  se  remaria  ensuite  avec 
Giraud  Palliol.  Voir  1027  (Saint- Victor.  253);  1028  (/Z)ic/.,  129);  iO^O  \lbid., 
250);  1034  (//>/</.,  25:»);  mars  1035  [Ibid  ,  123).  Ct.Ibid,,  251,  10C9. 

Sa  fille,  Galburg:e,  épousa  Guillaume  Chetbert  [Saint-Victor^  128);  ^on 
autre  fille,  Balde,  épousa  Pons  de  Bras,  frère  de  Lambert.  Voir  1019  ^Saint- 
Victor,  1055)  ;  lOW  (//>iV/.,  1069;  ;  1062  (Ibid.,  311)  ;  cf.  127,  373,  fil3,  627, 
658.  Pons  de  Bras  el  Balde  eurent  Lieulaud,  Guillaume,  Arbert,  Hujjues 
et  Foulciues  {Saint -Victor,  373,  311).  Archimbert  eut  également  comme 
neveux  Guillaume,  qui  paraît  en  1030  [Saint  Victor,  250),  et  Isnard,  mari 
de  Berlhe,  (jui  paraît  en  1019  ^Saint- Victor.  1055  el  1028  \Ibid.,  252>  Ce 
neveu,  Isnard.  est  différent  lui-même  dlsnard  Malbec  el  d'Isuard  de  Tou- 
lon, père  de  Pons  et  Guillaume  (llnd.,  252,  253;. 

2.  1040  (Montm.,  pp.  138-139);  cf.  p.  136. 

3.  22  avril  1015  (Montm.,  pp.  126-1 27 \  Cf.  pp.  94,  148,  169. 

4.  1062  Saint-Viclor,  5V6).Cf.  Montm.,  pp  93-94,  9t,  122,  123,  188. 169; 
Saint-Victor,  1055,  488,  325. 

5.  10i6  i Saint-Victor,  1068);  1062  (//>/f/.,  546|  ;  cf.  Montm.,  pp.  151.  162, 
169. 

6.  1040  (Montm.,  p.  103);  septembre  [1068]  [Ibid,,  p.  164);  cf.  pp.  80, 
86,  163,  102-103,  215-216,  181-182.  Pierre  Benard  est  issu  du  premier  lit 
Je  Fides. 

7.  Montm.,  pp.  183-184. 

8.  Montmajour,  1040:  u  Hainoardus  firmavit.  Albaricus  firmavit  el  omnes 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE   ET    LE    RÉGIME   FÉODAL         427 

C'est  bien  le  fils  de  Hugues  Adalras  et  de  Dumidie,  Tarlésien 
Renard  qui  apparaît  ainsi  dans  Avignon  en  1073  ;  il  avait  épousé 
une  femme  du  nom  de  Balde,  dont  il  eut  au  moins  quatre  fils. 
Elle  parait  avec  leâ  deux  aînés  pour  donner  une  vigne  sise  dans 
le  comté  d'Avignon,  près  de  Laurade,  où  les  Adalras,  comme 
les  Baux,  avaient  depuis  longtemps  des  biens  ^ 

L  aine,  Renard,  disparait  aussitôt,  mais  les  trois  autres,  Bré- 
mond  Renard,  Pons  Renard  et  Rostaing  occupent  à  Avignon 
une  situation  intéressante. 

Le  28  juillet  1094,  Brémond  Renard,  ses  frères  Pons  Renard 
et  le  sacriste  Rostaing,  avec  leurs  femmes  et  leurs  enfants,  con- 
cèdent la  franchise  aux  bateaux  de  Saint- Victor,  remontant  le 
Rhône  et  s'arrêtant  à  Avignon  ^.  Cet  acte  est  de  la  plus  haute 
importance.  En  effet,  il  prouve  que  les  vicomtes,  pour  eux  et  les 
Amies,  s'étaient  réservé  la  jouissance  des  droits  de  circulation 
sur  le  Rhône  au  Pont  de  Sorgues  seulement.  Autour  d'Avignon 
même,  ces  droits  de  péage  avaient  été  concédés  aux  Renard. 
Donc,  si  les  vicomtes  dominaient  tout  le  pays,  leur  pouvoir  sur  le 
Rhône,  à  la  fin  du  xi®  siècle,  se  restreignait  au  canton  de  Pont 


filii  ojus  firmaverunt  »  (Monlm.,  p.  i3H.)  —  Monlmnjoui*,  lOiO  :  «  Albaricus 
firinavil.  Raynovardus  frater  ejus  firmavit  »  {Ibid.,  pp.   138-439). 

Albaric,  frèrode  Renard,  eut  po.ir  fils  Pierre  Albaric,  Dodon  Albaric  et 
Auphant  Albaric.  Voir  1057  (Sam/ric/or,  18t)  ;  1050  (Mon  Im.,  p.  172; 
Tarascon,  il  septembre  4095  {Saint- Victor,  220);  mai  1107  (Vaucluse,  G. 
27,  f<»  39).  De  sa  femme  Hélène,  Dodon  Albaric  eut  Pons,  Bertrand,  Guil- 
laume, Raymond,  Pierre,  Geoffroy,  Rostaing  et  Hugues.  L'aîné,  Pons, 
offert  à  N.-D.  des  Doms  en  mai    1407,  en  devint  chanoine. 

1.  40  février  [1074-1080?]:  «ego...  Balda  et  filii  mei  Raynoardus  et 
Rermundus..  vinea  in  comitatu  Avenionense,  in  terminio  de  villa  Lau- 
reata,  in  loco. . .    Grazans. . .  »  [Sainte  Victoi\  192). 

2.  28  juillet  1094  :  «  Pelrus  de  Ai-amonc  et  fratres  ejus  (laillelmus  et 
Bermundus  Rainoardi  et  fratres  sui,  cum  uxoribus  et  (iliis,  Poncius  et 
sacrista  quicquid  pro  ascensu  navium  in  Aviuionc  accipieb.int  p^^renniter 
Deo  elbcalo  Victori  sicut  supra  cetericondonant.Raimundusdecunus  quic- 
quid usus  abere  videlur  et  accipere  in  Ponte  condonal  similiter.  Petrus 
et  uxor  sua  et  Guiraldus,  filius  ejus,  Amici  donat  in  Ponte  similiter  » 
{Saint- Victor ,  686^.  Il  faut  rétablir  :  n  Petrus  de  Aramone  et  frater  ejus 
Guillelmus.  » 


428  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

de  Sorgues.  Le  pouvoir  sur  le  Rhône,  dans  la  banlieue  d* Avi- 
gnon, était  exercé  par  les  Renard.  Or,  comme  on  Tîi  dit,  l'exer- 
cice des  droits  de  péage  sur  les  voies  fluviales  ou  terrestres 
répond  à  la  charge  d'exercer  la  police  sur  le  terroir  qu'elles  par- 
courent. Cette  police  ne  peut  appartenir  qu'aux  comtes,  aux 
vicomtes  ou  aux  viguiers.  Donc,  les  Renard,  à  la  fin  du  xr  siècle, 
exerçaient  le  pouvoir  vicariat  sur  le  terroir  immédiat  d'Avignon. 
Les  vicomtes,  ou  plutôt  leurs  cadets  les  Amies,  s'étaient  égale- 
ment réservés  l'exercice  des  droits  de  port  aux  portes  d'Avignon  : 
cela  prouve  que  le  pouvoir  des  Renard  s'exerçait  hors  de  l'enceinte 
urbaine  et  uniquement  sur  le  terroir  extérieur  delà  cité. 

I^  situation  est  très  nette.  Le  pouvoir  exercé  sur  le  Rhône  et 
ses  rives  par  les  Renard  était  certainement  d'origine  administra- 
tive. Il  se  trouvait  limité  au  sud  par  le  pouvoir  analogue  de 
Pierre  d'Aramon,  au  nord  dans  le  Pont  de  Sorgues  par  celui  des 
vicomtes  d' An  ignon  *  et  l'enceinte  urbaine  d'Avignon,  placée  dans 
les  mains  des  Amies,  leur  échappait.  Tous  ces  différents  vigyiers 
percevaient  le  droit  de  péage  sur  les  bateaux  qui  remontaient  le 
Rhône,  à  raison  du  passage  de  ces  bateaux  dans  le  pays  qui 
était  soumis  à  chacun  d'eux. 

Par-dessus  le  pays  d*Aramon  qui  était  au  pouvoir  du  viguier 
Pierre  d'Aramon,  comme  par-dessus  le  pays  d'Avignon  au 
pouvoir  des  viguiers  Renard,  comme  par-dessus  l'enceinte  urbaine 
d'Avignon  au  pouvoir  des  Amies,  flottait  le  domaine  vicomtal. 
Au  Pont  de  Sorgues,  le  pouvoir  immédiat  était  aux  mêmes  mains 
que  le  domaine  supérieur.  11  était  exercé  par  les  vicomtes  d'Avi- 
gnon eux-mêmes. 

Le  terroir  d'Avignon  était  traversé  par  la  Sorgue  comme  par 
le  Rhône.  Pour  ce  cours  d'eau,  les  textes  permettent  également 
de  savoir  comment  le  domaine    et    le  pouvoir  administratifs  se 


1.  Plus  au  nord  encore,  cxislaionl  les  viguiers  de  Roquemaure  sur  la  rive 
droite,  et  ceux  de  Lairs  sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  qui  jouissaient  d'un 
pouvoir  analogue  :  «  Berlrannus,  Rainoai*dus  de  Lers  dederunt...  terciani 
partem  de  ascensu  navium. . .  Arnaldus  Willclmi  de  Rocamaurali  quicquid 
in  ascensu  navis. . .  »  (Saint-Viclorj  686). 


LA   HiéRARCHtE   ADMINISTRATIVE   Et   LE   RÉGIME   FEODAL         429 

trouvaient  répartis.  Les  vicomtes,  assistés  des  Amies,  retenaient 
ce  domaine  et  ce  pouvoir  plus  étroitement  par-devers  eux  que 
celui  du  Rhône.  L'acte  de  juin  1101,  analysé  plus  haut,  ne  laisse 
pas  de  doute  à  ce  sujet  ^  Les  vicomtes  avaient  retenu  pour  eux 
et  pour  les  Amies,  le  cours  de  la  Sorgue  entre  Avignon  et 
Védène  ;  ils  avaient  inféodé  le  château  de  Védène  aux  Amies.  Le 
pouvoir  vicarial  des  Renard,  même  hors  des  murs  de  Védène,  se 
trouvait  étroitement  dominé  sur  les  voies  de  communication  et 
il  lui  restait  surtout  le  terroir  des  marécages.  Comme,  au  début 
du  xu®  siècle,  chacun  donne  ce  qu*il  a  à  Téglise  d^Avignon,  la 
donation  faite  par  les  vicomtes  en  juin  1101  et  celle  des  Amies 
sont  bientôt  suivies  par  celles  des  Renard  qui  les  complètent.  Le 
19  avril  1105,  Pons  Renard  et  son  frère  Brémond,  commencent 
par  donner  les  marais  de  Védène  2.  11  y  en  avait  deux  :  l'infé- 
rieur au  sud,  depuis  les  murs  du  château  jusqu'au  lieu  dit  Gro- 
melle,  et  le  supérieur,  entre  le  moulin  Cadaraia  et  les  moulins 
Molnatas.  Le  chapitre  concessionnaire  devait  se  charger  de  des- 
sécher ces  marais  :  il  en  garderait  la  moitié  en  rémunération  de 
son  travail  et  Tautre  moitié  reviendrait  aux  Renard,  propriétaires 
primitifs.  Les  Renard  renoncent  à  établir  des  pêcheries  sur  les 
bords  de  ces  marais,  sans  l'agrément  du  chapitre. 

Mais  les  vicomtes,  tout  en  retenant  pour  eux  et  les  Amies  le 
pouvoir  sur  la  Sorgue,  devaient  cependant  y  admettre  les  droits, 


i.  Avignon,  juin  1101  :  «  ego  Rostagnus  Bcrcngarii. . .  vicecomcs. . .  jus 
et  dominium  et  potcstatem  quam  habemus  in  omnibus  molendinis. . .  et... 
super  aquam  Sorgiam. . .  ut  ipsi  habeant  dominium  ejusdem  aqiie  a  loco.. 
Vedena  usque  Rodanum  et  usque  in  urbem  Avennicam. . .    »  (Vaucluse,  G. 
27,  r»«  1  r»-2  r»). 

[juin  HOl-7  juillet  1405]  :  «  ego  Geraldus  Amici. . .  aquam  Sorgie  de. . . 
Vedena  usque  ad  Avennicam  civitatem  et  ad  Rodanum. . .  Dono  ctiam  jus 
ot  dominium. . .  in   viis  sive  in  terris. . .  »  (/Aie/.,  f^  2  r^-v®). 

2.  Aviçjnon,  19  avril  1105  :  «  Pontius  Rainoardi  et  Bermundus  fraler  ejus 
et  eliam  Elança  uxor  ejus  atquc  omnes  filii  sui  scilicet  Rostagnus  ac  Gau- 
fredus  insimulque  Imbertus...  |)alude8  Vendenensi  Castro  inferiorem  que 
de  ipso  Castro  tenet  usque  ad  locum. . .  Craumela  atque  superiorem. . .  de 
molendino. . .  Cadaraia. . .  usque  in  molendina. . .  Molnatas. . .  »  (Vaucluse, 
G.  27,   (T.  9  yo-IO  r^  . 


430  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

subordonnés  aux  leurs,  des  viguiers.  L'autorité  inférieure  des 
viguiers  s'étendait  traditionnellement  sur  les  voies  de  communi- 
cation. Défait,  au  mois  d'août  Hl!9,  Pons  Renard,  sa  femme 
et  ses  fils  cèdent  leurs  droits  sur  Teau  de  la  Sorgue  ^ 

La  valeur  proportionnelle  de  ces  quatre  donations  émanées 
des  vicomtes,  des  Amies  et  des  Renard,  de  HOl  à  1109,  est 
parfaitement  mise  en  relief  par  les  compensations  accordées 
chaque  fois  par  le  chapitre  concessionnaire.  Les  vicomtes 
avaient  reçu  une  mule  de  cent  sous  melgoriens  et  des  peaux  d  une 
plus  grande  valeur  encore.  Les  Amies  avaient  mis  en  gage  le 
1/12  environ,  qu'ils  retenaient  '-*  sur  Tensemble,  pour  450  sous,  et 
les  Renard  recevaient  26  sous,  en  plus  de  la  moitié  des  marais 
desséchés  dont  ils  devaient  jouir  en  compensation  des  pêcheries 
appelées  à  disparaître.  Pour  finir,  les  Renard  reçoivent,  en  rai- 
son de  leurs  droits  sur  la  Sorgue,  75  sous  de  la  monnaie  de  Saint- 
Gilles.  En  somme,  au  débutduxii''  siècle,  les  Amies  étaient  les 
maîtres  des  voies  et  chemins  ;  les  Renard,  à  côté  d'un  droit  infé- 
rieur et  restreint  sur  les  cours  deaux,  tenaient  le  terroir  envi- 
ronnant la  Soi^ue  sous  le  haut  domaine  des  vicomtes.  Là,  au 
moins,  semble-t-il,  ils  péchaient  en  paix. 

Brémond  Renard  vivait  encore  en  juin  1 1 10  :  mais,  à  en  juger 
par  les  sentiments  d'humilité  chrétienne  qui  Tanimaient  alors, 
il  se   préparait  à  quitter  ce   monde  ^.    Il  n'avait  eu   qu'un  fils, 


1.  Avignon,  août  1109:  «  domnus  Poncius  Rainoardi  et  uxor  sua  Blanca 
. . .  filii  sui  Rostagnus  atque  Gaufredus  ac  Imbcrtus. . .  aquam  de  Sorgia... 
usque  in  Rodanum...  ad  cashum...  Vedena,  ad  cursum  aque.  .  Sel... 
in  territoriuin  Vedena  ibi  cartam  partem  relinuerunt  cum  consobrinis  suis, 
item...  omnes  paludcs.  .  Poncius  Rainoardi  et  uxor  sua. . .  Roslagnus  Rai- 
noardi f.  Gaufredus  f.  Imbertus  f.  »  (Vaucluse,  G.  27,  f^  4  r'-T*). 

2.  En  n^alilé,  ils  retiennent  le  1/8,  moins  le  i/6  de  ce  1/8,  soit  5/48  Us 
abandonnent  encore  une  prébende  et  une  rémunération  due  pour  les  bat- 
toirs, en  plus  du  1/6.  Ce  n'est  donc  pas  s'éloigner  beaucoup  de  la  réalité 
que  d'estimor  à  4   18,  ou  1/12,  ce  (pi'iïs  retiennent. 

3.  Avignon,  juin  1110  :  «  ego  Bermundus  Rainoardi,  indignus  miles... 
pro  remedium. . .  anime  niee  seu  gonitori  meo  Rainoardo  vel  génitrice  mea 
necnon  et...  frntrum  meorum  atque  Qlii  mei  Dertranni...  partes  duas 
unius  mansi  et  dimidii  et  filia  men  Flandina  similiter. . .  tertiam  partem... 


LÀ   HIÉRARCHtE   ADMINISTRATIVE   ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         i31 

nommé  Bertrand,  et  ce  fils  était  mort-:  une  lille  nommée  Flan- 
dine  lui  restait.  D^accord  avec  elle,  il  donne  un  manse  et  demi 
dans  le  terroir  de  Bédarrides,  pour  le  repos  des  âmes  de  son 
père,  de  son  fils  et  également  pour  la  sienne.  Il  faut  croire  que, 
dès  1105,  le  fils  de  Brémond  était  mort.  En  eiTet,  dès  lors,  ce 
n'est  plus  Brémond  Renard  qui,  comme  il  le  faisait  encore  en 
1094,  figure  en  tête  de  la  famille.  Sans  espoir  de  postérité,  il  cède 
le  premier  rang  à  son  frère  cadet  Pons  Renard.  De  fait,  le  seul 
acte  où  paraisse  la  souscription  de  Bertrand- Renard,  fils  de  Bré- 
mond, remonte  à  1097  K 

Dès  lOSO,  on  voit  figurer  comme  témoin  d'un  acte  avignonnais, 
un  Pons  Balde  *.  En  1054,  on  retrouve  Pons  Balde  k  Boulbon  :  sa 
souscription  est  la  seconde  qui  suit  celle  de  Tévêque  Rostaing  'K 

Sans  doute,  le  désignait-on  ainsi  du  nom  de  sa  mère  pour 
le  distinguer  de  ses  homonymes.  L  un  d'eux,  le  clerc  Pons,  fils 
d'Eldebert  de  Châteaurenard  et  de  Mahaud,  connu  dès  1033, 
devenait  en  1050  archevêque  d'Aix*.  Il  ne  faudrait  pas  con- 
fondre non  plus  Pons,  fils  de  Balde,  avec  Pons,  doyen  de 
l'église  d'Avignon,  depuis  1033  jusqu'en  1064,  et  père  de 
Rostaing ^\  Pons,  fils  de  Balde,  ne  fut  pas  doyen;  mais  il 
devint    prévôt     de    l'église    d'Avignon.     Quelques    chanoines 

in  lerrilorio  de  Castro  Belorrita...  Signum  Bermundi  Rainoardi  et  filie 
sue. ..  »  (Vaucluse,  G.  27,  (T.  iO  v<»-ll  r«). 

1.  1097  :  «  Bortrannus   Rainoardi  >»  (Polycarpe,  Ann.y  p.  651). 

2.  Avignon,  iO">0:  «  firmarunt  eliam  Mataronus,  Pontius,Julius,  Faraldus 
et  Pontius  Balda  »  (Polycarpe,  Ann.,  p.  430). 

3.  Boulbon,  1054  :  «  Signum  domni  Rostagni  episcopi  cum  consilio 
canonicorum  suorum...  Raimundus  firmavit.  Poncius  Balde  firmavit.  Rai- 
na Idus  fia  ma  vit. . .  i>  (Montm.,   p.  149). 

4.  Avignon,  1033  :  «  Pontius  clericus  firmavit.  Frater  ejus  Dodonus  fir- 
mavit >)  (Vaucluse,  G.  27,  ff.  21  vo-22  v®). 

Cf.  Albanès,  GalL  Christ,  noviss.,  Aix,  col.  48-50. 

5.  Avignon,  1033:  n  Pontius  decanus  mandante  Gaufredo  seu  Bcrlranno 
comitibus  scripsit  »  (Vaucluse,  G  27,  ff.  21  vo-22  v*»).  —  [6  mars  1037- 
1«' janvier  1038/9]  :«  Pontius  decanus  f.  {Ibid.^ff.  17  v»-19  r«).  — l»»"  janvier 
1038/9  :  «  domnus  Pontius  decanus  voluil  et  firmavit  »  (Ul.  Chevalier, 
Codex  Diplom,  S.  /?«/«,  Valence,  1891,  pp.  1-3,  n«I).  —  Avignon,  14  février 
1063  "»  :  A  Pontius  decanus.  Rostagnus  filius  suus»  {Cluny^  n^  33S7). 


i32  LA   PROVENCE  DÛ    PREMIER    AU    XU«   SIÈCLE! 

s'étaient  retirés  à  Saint-Ruf  le  1  ^^  janvier  1038/9  ;  au  bout  dun 
certain  temps,  iis  reconnurent  la  nécessité  de  se  donner  un  chef. 
Ils  n'en  voulurent  pas  d'autre  que  le  prévôt  de  l'église  cathédrale 
lui-même  qui  était  alors  Pons,  fils  de  Balde  ^  Ce  fait,  par  consé- 
quent, se  produisit  après  1031,  puisque  cette  année-là  Pons 
Balde  n'occupait  encore  que  le  second  rang  à  N.-D  des  Doms. 
Homme  de  grande  probité,  le  prévôt  se  rendit  au  désir  des 
chanoines  de  Saint-Ruf  et  vint  vivre  au  milieu  d'eux  '^.  Mais 
une  quantité  de  gens,  qui  avaient  à  parler  au  prévôt  d'Avignon, 
se  trouvèrent  dès  lors  obligés  de  venir  le  joindre  à  Saint-Ruf. 
Le  repos  du  chapitre  de  Saint-Ruf  en  fut  troublé  et  les 
chanoines  de  cette  maison  conseillèrent  au  prévôt  de  rentrer 
dans  l'église  cathédrale  :  il  leur  suffisait  que  celui-ci  voulût  bien 
venir  leur  rendre  visite  deux  fois  par  semaine  et,  ainsi,  les  deux 
églises  seraient  administrées  convenablement.  La  cathédrale 
aurait  son  prévôt  cinq  jours  par  semaine  et  Saint-Ruf  le  reste 
du  temps.  Pons  Balde,  qui,  décidément,  était  un  homme  de 
bonne  composition,  regagna  le  grand  cloître  d'Avignon.  L'évêque 
approuva  ce  train  de  vie.  Cependant,  Pons  Balde  en  vint  h  se 
fatiguer  de  sa  promenade  bi-hebdomadaire.  II  commit  pour  le 
remplacer  à  la  tête  de  Saint-Ruf,  sous  sa  haute  direction,  son 
cousin  Pons  Bonfils.  A  ce  régime,  les  deux  maisons  se  prêtaient 
une  aide  mutuelle  :  le  chapitre  de  N.-D.  concédait  des  biens 
à  celui  de  Saint-Ruf.  Les  ouvriers  de  Saint-Ruf,  habiles 
à  tailler  le  bois  et  la  pierre,  contribuaient  à  bâtir  la  cathé- 
drale qui  était  alors  en  construction.  Tant  que  Pons  Balde 
demeura  prévôt,  ces  bons  rapports  subsistèrent  et  Saint-Ruf, 
dirigé  par  Pons  Bonfils,  fut  soumis  à  Notre-Dame.  Mais  le  pré- 

i.  n  Cum...  rcclorom  haboro  necessarium  durèrent,  alium  ncminem  nisi 
majoris  ecclesie  prepositum  domniim  videlicet  Balde  habere  voluerunt...  » 
:  Vaucluse,  G.  27.   ff.  23  v°-2n  ro). 

2.  «...  (|uam  ille  gubernatioiiem,ul  erat  magne  probitatishonio,  pix)  Dei 
amore  libenter  suscipiens  ad  eos  venit  et  tamdiu  cum  eis  conversalus  est 
donec  ipsi,  propter  nimiam  advenentium  frequentiam  quam  sustinere 
nequibant  hoc  consilium  dederunt  ut,  si  placerel  ei  in  majori  ecclcsia 
morari,  bis  autem  in  ebdomada  saltira  eos  visitaret  et  sic  bene  utramque 
domum  sine  gravamine  regere  possel. , .    etc.  >>  {Ibid,). 


LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE    ET    LE   RÉGIME   FÉODAL         433 

vôt  ayant  déposé  son  habit  *,  il  fallut  en  élire  un  autre  à  Notre- 
Dame  pour  le  remplacer.  L'avis  prévalut  de  le  tirer  de  Saint-Ruf, 
ce  qui  devait  amener  de  gros  inconvénients  à  la  cathédrale. 

On  a  dit  que  Pons  Balde  était  devenu  prévôt  après  1054.  Il 
est  remarquable  qu'il  ne  figure  pas  au  testament  du  vicomte 
Bérenger  passé  dans  Avignon  le  14  février  1063/4  :  seul,  le  doyen 
se  trouve  alors  à  la  tète  des  chanoines  de  Notre-Dame  2.  Il  faut 
admettre  que  Pons  Balde  était  devenu  prévôt  avant  cette  der- 
nière date  et  qu'il  résidait  alors  à  Saint-Ruf.  En  janvier  1075/6, 
on  note  dans  Avignon  le  prévôt  Rostaing,  avec  Tévêque  Laugier-^. 
Pons  Balde  avait  abdiqué  auparavant  pour  rentrer  dans  le  siècle. 
C'est  donc  entre  1054  et  1076  que  les  sculpteurs  et  charpentiers 
de  Saint-Ruf  étaient  venus  aider  le  chapitre  de  Notre-Dame, 
pendant  tout  un  carême,  à  élever  la  cathédrale.  On  sait  que  la 
dédicace  de  cette  nouvelle  église,  comprenant  une  simple  nef, 
fut  faite,  le  8  octobre  1063,  en  présence  de  trente-cinq  évêques 
et  abbés  ^  présidés  par  le  cardinal-légat  Hugues  '\  11  se  pourrait 
que  les  murs  de  la  nef,  à  cette  date,  fussent  à  peine  sortis  de 
terre  :  pourvu  que  l'autel  se  dressât  sous  la  voûte  de  l'abside,  cela 
suflisait.  Ce  qui  le  ferait  croire,  c'est  que  les  ouvriers  de  Saint- 
Ruf  ont  dû  venir  hâter  la  construction  à  la  fin  de  la  prévôté  de  Pons 
Balde,  quand  celui-ci  résidaitcinqjours  par  semaine  dans  Avignon  : 
cette  aide  des  sculpteurs  de  pierre  et  des  charpentiers  se  place 
donc  entre  le  14  février  1063/4  et  1075.  Si  le  texte  poétique  de 
la  dédicace  de  1063  a  été  remanié  et  porte  l'indication  de  1069, 
c'est  peut-être  là  un  changement  voulu  pour  marquer  la  date  k 
laquelle  la  basilique,  dont  l'autel  et  Tabside  avaient  été  dédiés 
en  1063,  se  trouva  terminée- grâce  à  Taide  de  Saint-Ruf. 

1.  «  Deniquc,  cum  prediclus  utriusquc  ecclesie  senior canonicalcm  immu- 
tassel  habilum  ac  super  alio  eligendo  caperentur  consilia. . .  »  (Ibid.), 

2.  Avi{,-non,  14  février  1063/4  (C/i//iî/,  3387). 

3.  Avignon,  janvier  1075/6  :  «  Signum  Laugerii  humilis  episcopi. . .  Ros- 
lagnus  praepositus  Arma  vit  »  (Polycarpe,  Ann,^  p.  635), 

4.  Bibl.  d'Avignon,  ms.  98,  fo  144  v*».  Le  texte  remanié  porte  1069,  au 
lieu  de  1063. 

5.  Bibl.  nat.,  ms.  nouv.  acq.  lat.,  1674,  pièce  n^  1. 

Méin.  et  Doc.  de  l'École  des  Chartes.  —  VIL  28 


43t-  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll*    SIÈCLE 

Les  chanoines  de  Notre-Dame,  favorables  aux  Renard,  font,  au 
début  du  xii**  siècle,  un  bel  éloge  du  prévôt  Pons  Balde  :  cepen- 
dant, s*il  renonça  k  Téglise  d'Avignon  entre  1064  et  1075,  ce  fut 
sans  doute  parce  que  TÉglise  ne  voulut  plus  de  lui.  C'était 
Tépoque  où  la  réforme  des  mœurs  du  clergé  battait  son  plein. 
Quel  que  soit  d'ailleurs  le  motif  de  sa  conduite,  il  est  certain  que 
ce  Pons,  lîls  de  Balde,  n'est  pas  différent  de  Pons,  fils  de  Renard 
et  de  Balde,  que  l'on  rencontre  désormais  dans  les  actes. 

Dans  Téglise,  il  portait  le  nom  de  sa  mère  ;  dans  le  siècle,  il 
portera  celui  de  son  père  et  c'est  toute  la  différence.  En  1080, 
avec  Raymond,  comte  de  Saint-Gilles,  et  Pierre-Guillaume  de 
Roquemaure,  Pons  Renard,  marié,  donne  l'église  Notre-Dame 
d'ylJaw,  près  de  Fourques  ^  Kn  1094,  il  se  joint  au  don  de  son 
frère  Brémond,  relatif  au  droit  de  péage  d'Avignon  2.  En  1097, 
il  accompagne  le  comte  Bertrand  avec  son  neveu  Bertrand  et  son 
frère  Rostaing  ^.  Le  19  avril  1  lOo,  son  neveu  étant  mort,  il  figure 
au  premier  rang  de  la  famille  et  il  donne  les  marais  de 
Védène  ^  :  pour  la  première  fois,  il  nomme  sa  femme.  Blanche, 
ses  fils,  Rostaing,  Geoffroy  et  Imbert.  En  août  1109,  il  donne 
de  même  ses  droits  sur  l'eau  de  la  Sorgue  '\  Il  semble  être  mort 
avant  juin  1110,  date  k  laquelle,  dans  deux  actes  différents,  son 
frère  Brémond  ^^  et  ses  fils  ^  paraissent  sans  lui. 

1.  1080  :  «  Raimundus  comos  Egidiensis  et  Pelrus  Guillelmus  de  Roca- 
inaura  et  Ponlius  Rainoardus. . .  occlesiam  Sancte  Maria?...  in  terrilorio 
ville. . .  Adau. . .  pm  rcdemptiono  animarum  noslrarum. . .  uxorum. . .  et 
filiorum...  Ego  Potrus  f.  et  o^o  Ponlius  tirmo  »  (Lf*re>i»,  éd.  Flanimare, 
no  CCXXXIX).  —  Cf.  le  lieu  dit  Laudun  (Saint-Vicior,  t.  II,  p.  839). 

En  1085,  Rostainj^,  archcvo(|ue  d'Aix,  eJL  ses  frères  confirment  la  dona 
lion  faile  jadis  par  leur  père,  Guy  de  Fos,  et  leur  mère,  Astrude,  aux  cha- 
noines d'Avif^non  d'un  domaine  à  Fos  qui,  jadis,  avait  appartenu  à 
Marinus  nufiia,    bisaïeul    de  Pons   Balde  (VBUcluse,  G.  27,    fî.   4  v^-S  v^). 

2.  S,iint- Victor,  686. 

3.  1097  :  «  firmaverunt  et  Berlrannus  Rainoardi,  Rostagnus  sacrista, 
Ponlius  Rainoardi...  »  (Polycarpe,  Ann.,\y,  051). 

4.  Vaucluse,  (i.  27,  (T.  9  yo-iOi-®. 

5.  Iltid.,  f"  4  r«-vo. 

6.  Iljùl.,(ï.  10  yo-li     o 

7.  lUJ.,  f.  8  ro-v». 


Là  hiérarchie  administrative  et  le  régime  féodal      435 

Avant  de  passer  à  eux,  il  faut  songer  au  dernier  frère  de  Bré- 
mond  et  de  Pons  Renard.  Ce  quatrième  fils  de  Renard  et  de 
Balde  portait  le  nom  de  Rostaing.  Quand  Pons  quitta  la  prévôté 
des  chapitres  de  Notre-Dame  de  Doms  et  de  Saint-Ruf,  par 
compensation,  Rostaing  semble  avoir  été  élu  comme  sacriste  du 
chapitre  de  Notre-Dame.  Le  sacriste  était  revêtu  de  la  première 
dignité  après  celle  du  prévôt.  L'évèque  Rostaing,  qui  apparte- 
nait à  la  famille  vicomtale,  venant  lui-même  à  mourir,  ce  fut  un 
autre  membre  de  cette  famille  qui  fut  élu  prévôt  de  Notre- 
Dame.  Ainsi,  chacune  des  familles  dominante  ou  puissante  dans 
Avignon  maintenait  autant  que  possible  sa  position  en  occupant 
les  charges  de  1  église. 

Le  sacriste  Rostaing,  élu  avant  1075  ^,  devient  lui-même  pré- 
vôt après  Silvestre,  peu  après  1097  et  avant  février  1099.  Encore 
vivant  au  mois  d'août  H09,  il  parait  être  mort,  comme  son  frère 


1.  [i063-107î)]  :  a  Rostagnus  sacrista  »  (Vauchise,   G.  27,  f»  1  r*). 

28 juillet  1094:  «  Bcrmundus  Rainoardi  et  fratres  sui...  Poncius  et 
sacrista  »  {Saint- Victor^  080). 

1004  :  •  Silvcstcr  prepositus  et  Rostajçnus  sacrista  firmarunt»)  (Bib. 
Carpentras,  ms.  513.  fî.  110  vo-117  t°).  Cf.  Polycarpe,  Ann.,  p.  040. 

Avignon  i095  :  c  Rostagni  sacriste  »  (Vauchise,   G.  27,  fî.  40v®-41  r«). 

Avi{^non  1097  :  «  Rostagnus  sacrista  »  (Polycarpe,  Ann.,  p.  051). 

[1097-1099]:  u  Signum  Silvestri  prepositi,  Rostagni  sacriste  »  (Vaucluse, 
G.    27,    r»  30  r«-vo). 

février  1099  :  «  ego  Rostagnus. . ,  dominicaiuram. . .  quam  habebam  in 
Castro  de  Vedena  que  niihi  obvenit  ex  parle  geniloris  niei,  id  est  mansio- 
nes  sub  castello. . .  cum  palude. . .  Dono  quo(jue  in  Ponte  terliam  partem 
mnnsionum  quefuerunl  patris  mei  cum  lercia  parte  lidde  illarum  mansio- 
num...  dono  etiam  ascensum  unius  navigii...  ex  Avennica  vel  ex  Ponle 
...  Signum  domni  Rostagni  prepositi...  >>  {Ibid.y  f°  9  r<>-v<>). 

[février  1099?]  :  «  domnus  Giraldus  Amici...  conlaudavit, . .  ({uicquid 
Rostagnus  pre[)osilus  habebat  hab  eo  pro  fevo,  hoc  est  mansiones  Vede- 
nensi  Castro. . .  et  navigium  de  ascensu  Rodani. . .  »  (Ihid.,  f°  31  rM'0|. — 
[!•»•  janvicr-13  août]  1100:  «  Rostagnus  pre[)ositus  firmavit  »  (Bib.  dWvi- 
gnon,  ms,  2399,  f^  07).  —  Saint-Ruf,  23  décembre  1102:  «  Rostagnus  pre- 
positus, AUrannus  decanus,  Geraldus  sacrista  •  {Lérins,  éd.  Flammare, 
no  CCXXXVII).  —  Saint-André,  1104  :  «  R.  preposito  »  (Vaucluse,  G.,  27, 
f*  13  r«-v<»).  —  [HOl-11051  :  «  Rostagno  preposito  »  (Ibid.,  ff.  2  v^-S  r»).  — 
Cf.  Ibid.,  f°  3  r».  — août  1109  :  «  Rostagno  preposito  scilicet  avunculo  suo  >» 
(Ibid.,  f«4  ro-v«).  —|  1097-1 109]:  Rostagno  preposito  »  {Ibid.,  (T.  12  rM3  r»). 


436  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

et  prédécesseur  Pons,  avant  le  mois  de  juin  1110.  En  février 
1099,  à  peine  prévôt,  il  offrit  à  son  église  la  part  de  seigneurie 
qu'il  avait  dans  le  terroir  de  Védène,  comme  héritier  de  son  père. 
En  dehors  des  marais,  il  y  possédait  des  maisons  :  mais,  ce  qui 
vériiie  fort  bien  les  constatations  déjà  faites,  ces  maisons  ne  sont 
pas  dans  Tintérieur  du  château.  Elles  se  trouvent  au-dessous  des 
murs  ;  par  conséquent,  dans  le  terroir  extérieur,  qui  dépendait 
des  viguiers  et  non  du  châtelain.  Le  prévôt  donne  également 
ses  droits  sur  un  bateau  remontant  le  Rhône,  en  faveur  de  Saint- 
Victor.  Ces  donations  permettent  de  faire  une  constatation  inté- 
ressante :  c'est  que,  si  les  Amies  tenaient  leur  terrain  de  Védène 
en  fief  des  vicomtes,  à  leur  tour  les  Renard  tenaient  leur  domaine 
vicarial,  pour  le  terroir  de  Védène  tout  au  moins,  en  fief  des 
Amies. 

Les  quatre  fils  de  Renard  et  de  Balde  étant  morts,  restaient  les 
enfants  de  lancien  prévôt  Pons  Renard  et  de  Blanche,  c'est-à- 
dire  RosUiing,  Geoffroy  et  Imbert. 

Le  premier,  Rostaing,  ne  parait  plus  après  la  mort  de  son 
père  :  le  second  et  le  troisième,  en  juin  1110,  paraissent  dans  le 
plaid  comtal  de  Gerbert  qui  jugeait  une  affaire  pendante  entre  le 
chapitre  de  la  cathédrale  et  ses  avoués,  les  Materon  ^ 

Quand  le  chapitre  de  la  cathédrale  se  fut  mis  en  guerre  contre 
son  évêque,  à  propos  du  doyenné,  Imbert  Renard  iigure  en  tête 
des  amis  et  fidèles  des  chanoines  -  qui  jurèrent  la  trêve  destinée 
à  la  terminer.  Quant  à  son  frère  Geoffroy,  il  est  témoin  du  der- 
nier plaid  comtal  dont  les  archives  du  pays  d'Avignon  aient 
gardé  trace  avant  la  commune.  Ce  plaid  est  tenu  par  Raymond, 
comte  de  Barcelone,  et  la  comtesse  Douce,  le  5    mai  1125^,  en 

1.  Avignon,  juin  IHO:  «  Guilelmus  de  Bolbone  testis.  Gaufrcdus  Rai- 
noardi  et  Imbcrtus  fratçr  ejus  testes. . .  »  (Vaucluse,  G.   27,  f»  8  r«-v<»). 

2.  [1100-1117]  :«  ex  parte  kunonicorum  treugam  juraverunt  Imbertus 
scilicct  Rainoardi...  istorum  nomina  dcscripsimus  ne  juramentum  lanti 
amoris  ab  ecclesic  fdiis    oblivioni  tradatur  »  (Vaucluse,  ibid,^  f»  34  r<»). 

H.  5  mai  1125  :  <  Signum  Laugerii  Avenionensis  episcopi.  Signum  Gau- 
redi  vicecomitis...  Testes...  Gaufrcdus  Rainoardi»  (Polycarpe,  vl/in., 
p.  67i). 


LA    HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         437 

présence  de  toute  la  hiérarchie  féodale  et  traditionnelle,  les  châ- 
telains y  compris. 

Geoffroy  Renard  eut  un  fils,  nommé  Rostaing  Renard  :  tous 
deux  paraissent  dans  un  acte  avignonnais  des  environs  de  1123  ^ 
Ce  fils,  Rostaing,  ne  vivait  plus  lui-même,  sans  doute,  le 
16  mars  1157,  date  à  laquelle  P.  et  G.  Renard,  qu*on  peut 
prendre  pour  ses  enfants,  paraissent  à  leur  tour  2. 

Tel  fut  le  sort  des  Renard,  viguiers  d'Avignon,  issus  des  Adal- 
ras  d'Arles.  Ils  paraissent  avoir  été  établis  dans  le  pays  d'Avignon, 
en  la  personne  de  Renard,  troisième  fils  de  Hugues -4c/aZra5,  après 
1033  et  avant  1050.  En  1033,  un  acte,  où  tous  les  notables  de  la 
région  paraissent,  ne  le  nomme  pas  encore^  :  en  1050,  son  fils 
Pons  Balde  figure  déjà  *.  Cet  établissement  suivrait  donc  de  peu 
l'élévation  du  juge  de  Provence,  Bérenger,  au  rang  de  vicomte  sur 
la  rive  gauche  de  la  Durance,  puisque  cette  élévation,  nécessitée  par 
la  jeunesse  du  comte  Bertrand,  se  produisit  entre  1024  et  1030. 
Elle  pourrait  coïncider  avec  le  démembrement  de  la  vicomte  de 
Bérenger,  sur  la  rive  gauche,  au  profit  des  nouveaux  vicomtes  de 
Gap  et  de  Sisteron,  entre  le  7  avril  1044  et  1045. 

En  1 169,  des  difficultés  s'étant  produites  entre  le  prévôt  d'Avi- 
gnon et  les  Amies  au  sujet  des  moulins,  concédés  de  1101  à 
1109  à  l'église  d'Avignon,  le  long  de  la  Sorgue,  un  plaid  con- 
sulaire y  mit  fin  en  se  basant  sur  les  titres  anciens  de  donation 
émanant,  dit  son  dispositif,  «des  vicomtes  du  Pont,  des  seigneurs 
de  Védène  et  des  Renard  d'Avignon  »^. 

Le  pouvoir  vicomtal  et  celui  des  viguiers  héréditaires  avait 
disparu  depuis  rétablissement  de  la  commune  urbaine. 

1.  [mars  1123-20  mai  1124J:  «  testes  Petrus  Grafinelli  Vapicensis  episco- 
pus. . .  Gaufrcdus  Rainoardi  et  Rostagnus  RaiDoardi  filius  ejus  »  (Vaucluse, 
G.  27,  fo  46  ro-yo).  La  date  de  1140,  donnée  parle  cartulaire  pour  cet  acte, 
est  erronée. 

2.  Vaucluse,  G.  4,  f«  1. 

3.  Vaucluse,  G.  27,  ff.  21  v»-22  v». 

4.  Polycarpe,  Ann,,  p.  430. 

5.  1169  :«  ostendebat  nobis  antiquissima  instrumenta...  a  vicecomiti- 
bus  de  Ponte  et  a  dominis  de  Vedena  et  a  Rainoardis  de  Avinione  con- 
fecta. . .  »  (Vaucluse,  G.  27,  f»  48  r«-v»). 


438  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

Imbert  Renard,  qui,  en  avril  H95,  assiste,  perdu  dans  la  foule 
des  témoins,  à  Thommage  prêté  à  un  évêque  d'Avignon  par  le 
fils  du  dernier  vicomte  *,  se  retrouve  en  février  1198  comme  con- 
sul d'Avignon  •.  La  commune  avait  réussi  à  se  l'assimiler. 


IV 

Les  châtelains  du  château  d* Avignon 
(1037-1193). 

Après  avoir  étudié  les  vicomtes  et  les  viguiers,  qui  les  assis- 
taient hors  des  agglomérations  urbaines  ou  rurales,  il  reste  à  dire 
quelques  mots  du  dernier  degré  de  la  hiérarchie.  C'est  celui  des 
châtelains  qui  exercent  leur  pouvoir  dans  l'enceinte  des  cités  et 
des  châteaux. 

Les  documents  ne  permettent  pas  de  suivre  dans  son  ensemble 
le  développement  de  la  famille  des  châtelains  d'Avignon  pendant 
les  XI*  et  XII*  siècles.  Cette  famille  ne  s'est  jamais  haussée  à  un 
niveau  supérieur  à  celui  des  fonctions  secondaires  qu'elle  rem- 
plissait. A  Nice,  pour  prendre  un  autre  exemple,  il  en  a  été  tout 
différemment.  Cette  opposition  est  typique.  En  effet,  à  Nice,  où 
les  comtes  ne  résidaient  que  rarement  et  où  jamais  il  n'y  eut  de 
vicomtes  installés,  la  famille  des  châtelains  se  trouvait  en  vedette 
dans  la  cité.  De  cette  cité,  elle  s'étendit  dans  d'autres  comme 
Sisteron  et  Vaison  où  elle  fournit  des  évoques.  Grâce  à  cette 
expansion,  elle  obtint  l'avouerie  des  évêchés  là  où  elle  donna 
Tévêque.  A  Sisteron,  la  réussite  ne  fut  pas  durable,  mais  à 
Vaison  elle  le  fut  davantage.  Finalement,  par  une  alliance  avec 
une  comtesse  demeurée  veuve,  elle  atteignit  au  premier  rang  et 
arriva  à  dominer  Orange.  A  la  différence  des  châtelains  de  Nice, 
ceux  d'Avignon,  dominés  constamment  dans  leur  cité  par  la  puis- 

1.  Avignon,  avril  1195  :«  Imbertus  Raynoardi . . .  »  (Vauclusc,  G.  15, 
(T.  77  v<>-78  r°). 

2.  Avignon,  février  1198:  u  Umbertus  Raynoardi,  Petrus  Ugo,  Lauge- 
rius  de  Codaleto  tune  consules  »  (Vaucluse,  G.  215,  f»  5). 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    ET   LE   RÉGIME  FÉODAL         439 

sance  des  comtes  et  des  vicomtes,  restèrent  jusqu'au  bout,  par 
la  force  des  choses,  ce  qu'ils  étaient  au  début.  Leur  expansion  ne 
fut  jamais  possible  et  Thistoire  investigatrice  a  peine  à  suivre 
les  traces  de  ces  fonctionnaires  obscurs. 

Deux  indices  permettent  seuls  de  les  retrouver.  Tout  d'abord, 
la  nature  et  la  quotité  des  droits  qu'ils  perçoivent  dans  la  cité; 
ensuite,  le  nom  qui  leur  sert  d'enseigne. 

En  ce  qui  concerne  ce  nom,  qui  est  celui  de  la  cité  dont  ils 
assurent  la  garde,  il  faut  remarquer  un  fait,  lequel  s'explique  de  lui- 
même.  Les  princes  qui  appartenaient  aux  degrés  les  plus  élevés  de 
la  hiérarchie,  c'est-à-dire  les  comtes  et  les  vicomtes,  portaient  ou 
recevaient  volontiers  leur  titre  dans  le  pays  qui  leur  était  sou- 
mis. C'étaient,  en  somme,  les  chefs  apparents  de  l'État.  Il  suffi- 
sait de  nommer  «  le  comte  »  dans  le  comté,  comme  plus  tard  on 
dira  tout  court  «  le  roi  »  dans  le  royaume. 

Pour  les  vicomtes,  à  défaut  du  titre,  tout  le  monde  savait  d'ail- 
leurs, dans  leur  région,  au  xi'  ou  au  xii**  siècle,  ce  qu'étaient  les 
Bérengersou  les  Amies.  Il  suffisait  de  les  nommerpour  s'entendre. 
Les  premiers  ne  deviendront  MM.  du  Pont  que  quand  il  commen- 
cera à  y  avoir  doute  sur  leur  identité,  parce  que  leur  situation 
prépondérante  aura  disparu.  A  ce  moment,  les  Amies  tendront  à 
devenir  simplement,  de  leur  côté,  MM.  de  Védène. 

Pour  les  viguiers,  il  en  est  de  même;  on  savait  entre  1050  et 
1060,  de  qui  l'on  parlait  quand  on  nommait  les  Renard  dans  les 
environs  d'Avignon.  En  1169  seulement,  quand  leur  situation 
prépondérante  aura  disparu,  il  sera  nécessaire  de  préciser  :  on 
dira  qu'il  s'agit  des  Renard  d'Avignon,  afin  de  ne  pas  confondre 
avec  les  Renard  de  Lairs  ou  ceux  de  Pujaut  ou  d'ailleurs. 

Pour  les  châtelains,  placés  au  bas  de  l'échelle,  leur  notoriété 
était  assez  grande  pour  que  leur  nom  suffît  à  les  désigner  claire- 
ment dans  leur  cité  ou  leur  château  même,  mais  non  pas  dans  la 
région  entière.  Aussi,  ce  sont  eux  qui,  un  peu  partout,  dès  le 
second  tiers  du  xr  siècle,  prennent  ou  reçoivent,  quand  ils  s'ab- 
sentent de  chez  eux,  le  nom  de  la  cité  ou  du  château  qu'ils  gar- 
daient. Dès  qu'une  famille  de  viguiers  ne  fut  pas  assez  connue 
par  son  nom,  il  lui  arriva  de  prendre  le  nom  du  château  qu'elle 


440  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU   XIl®   SIÈCLE 

possédait  particulièrement.  Mais  souvent,  au  lieu  de  prendre  le 
nom  de  la  terre,  elle  lui  donne  le  sien  :  Ghâteauneuf  TAmic  et 
Chuteaurenard  en  sont  la  preuve. 

Ainsi,  en  règle  générale,  dans  la  hiérarchie  féodale,  plus  le 
nom  de  terre  est  donné  rapidement,  moins  la  famille  qui  le 
revoit  a  de  notoriété  et  d'importance.  Les  châtelains  le  reçoivent 
hors  de  chez  eux,  dès  le  début  du  xi*"  siècle,  et  les  vicomtes  ù 
la  fin  du  xir,  quand  ils  cessent  d  être  vicomtes  pour  se  terrer 
dans  un  château  à  Técart  et  à  Tabri  du  mouvement  politique. 
Quant  aux  gens  du  commun,  qui  vivaient  chacun  dans  son  coin, 
leur  nom  personnel  et  leur  sobriquet  ont  toujours  suffi  à  les  distin- 
guer de  leurs  voisins  immédiats,  qui  vivaient  sur  la  même  terre 
qu'eux  :  la  masse  ne  bougeait  guère.  C'est  donc  par  rapport 
aux  vilains  seulement  de  jadis  que  le  nom  de  terre  des  châtelains 
a  pris  une  valeur  jugée  flatteuse  :  tout  est  relatif. 

Les  mêmes  faits  peuvent  se  reproduire  à  des  époques  bien 
diverses,  par  suite  de  causes  analogues.  En  principe,  Tobligation 
d'indiquer  d'où  Ton  vient,  pour  se  faire  distinguer,  n'a  d'abord  rien 
qui  puisse  flatter,  parce  qu'elle  implique  l'obscurité  du  nom  per- 
sonnel et  sa  grande  difl*usion.  A  la  longue,  ce  nom  d'origine,  spé- 
cifié par  nécessité,  devient  un  privilège  et,  par  conséquent,  un  hon- 
neur, pour  celui  qui  le  prend,  à  l'image  des  châtelains  qui  domi- 
naient le  pays  dont  ils  portaient  le  nom.  Quand  des  bourgeois 
du  nom  de  Dupont,  d'un  mérite  suffisant  pour  se  faire  connaître, 
se  trouvèrent  en  évidence  dans  Paris,  ce  dut  être  un  désagrément 
pour  eux  de  constater  que  leur  nom  ne  sufllsait  pas  à  les  distin- 
guer en  France  les  uns  des  autres.  Au  bout  de  quelques  années 
et  même  de  quelques  mois,  M.  Du|  ont  (de  l'Eure)  était  aussi 
satisfait,  d'être  le  seul  Dupont  qui  comptât  dans  l'Eure  et  même 
en  France  jusqu'à  une  certaine  mesure,  que  M.  Dupont  (de 
Nemours)  avait  pu  l'être  de  se  trouver,  hors  de  chez  lui,  le  plus 
connu  de  ceux  de  Nemours. 

Le  23  juin  1037,  Isnard  d'Avignon  paraît  avec  les  châtelains 
de  Nice,  avec  Amie  et  avec  Laugier  de  Mornas  dans  un  acte 
relatif  au  comté  de  Vence  *. 

1.  23  juin  1037:  «  consentienle    Raimbaldo   et  uxore    sua  Adalis...   in 


LA   UlÉBARaiIE   ADMINISTRATIVE    ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         441 

En  1073,  Aldebert  d'Avignon  figure  avec  ses  fils,  Guillaume 
et  Imbert  Rostaing,  avec  les  frères  Rostaing  et  Guiran,  avec 
Quiqueran  de  Cavaillon  et  d'autres  parents  :  la  donation  con- 
cerne  Mouriès  au  comté  d'Arles  ^ 

Les  châtelains  d'Avignon  figurent  ainsi  avec  leur  surnom,  au 
XI®  siècle,  dans  des  actes  passés  hors  de  leur  pays  et  c'est  assez 
naturel.  Dans  Avignon  même,  s'ils  souscrivaient  quelques  actes, 
il  était  encore  inutile  de  leur  donner  ce  surnom,  parce  que  leur 
importance  était  assez  grande  pour  les  faire  connaître  par  leur 
nom  seul. 

En  1040  2,  comme  précédemment  de  1002  à  1019  •'',  figure  la 
souscription  d'un  Isnard  dans  Avignon  :  on  peut  y  reconnaître 
risnard  d'Avignon,  qui  en  1037  se  trouvait  hors  de  chez  lui.  De 
1014  à  1030,  on  trouve  également  dans  Avignon  un  Quiqueran; 
on  peut  voir  en  lui  un  ancêtre  du  Quiqueran  de  Cavaillon  qui  en 
1073  accompagnera  Aldebert  d'Avignon  et  qui  parait  avoir  été 
son  parent  ^.  Un  Pierre  Quiqueran  sera  chanoine  d'Avignon  en 
1038  et  1041  ••  ;  puis,  on  trouve  un  nouveau  Quiqueran  en  octobre 
1054  et  le  14  février  1063/4^.  Celui-ci  serait  précisément  leQui- 

villa...  Sa  le  ta  ultra  Varo,  in  comitatu  Ventiense...  Testes  Nectardus, 
episcopus,  Raimbaldus  et  uxor  Adalais,  Mire,  Laugcrius  de  Mornaz, 
Adalfredus  et  filius  suus,  Amicus,  Isnardus  de  Avinione. . .  »  (Chartrior  de 
Saint-Pons,  n»  VII,  pp.  11-12). 

1.  1073  :  M  ego  Hostagnus  et  frater  meus  Guirannus  et  uxores  nostre 
Mateldis,  Fides...  et  ego  Aldeberlus  de  Avinione  et  uxor  mea  et  filii 
niei  Vuillelmus  et  Umbertus  Rostagnus  et  ego  Aldebertus  Gailenus. . .  in 
civitate  Arclatensi  in  terrilorio  de  Moreriis. . .  »  {Suint-Viclor,  159). 

11  semble  que  les  frères  Pierre  et  GeolTre  d'Avignon,  le  premier  des- 
quels est  père  d'Olivier,  qui  figurent  au  Cartulaire  de  Lérins  h  la  fin  du 
XI*"  siècle,  tirent  leur  nom  de  la  Vignette  au  comté  de  Fréjus  et,  par  suite, 
n'aient  rien  à  voir  avec  les  châtelains  d'Avignon  (Cart,  de  LârinSj  éd. 
Fia  m  mare,  n^  IV). 

2.  1040  (Carpentras,  ms.  512,  f»  71  r°). 

3.  1002  (Polycarpe,  Annales,  p.  607).  —  1003  (Cari.  Saint-André,  f.  40). 
—  1011»  (Polycarpe,  .p.  614).  —  1019  (Ibid.,  p.  613). 

4.  mars  1014  (Polycarpe,  p.  611).  —  [vers  1019]  (Ibid.,  p.  617).  —  1027 
(Vaucluse,  G.  27,  (T.  16  v«>-17  v»).  —  1030  (Polycarpe,  p.  619). 

5.  [6  mars  1037-1"  janvier  1038/9]  (Vaucluse,  G.,  Chap.  métrop.,  49», 
pièce  1).  —  Mollans,  1041  (Vaucluse,  G.  27,  fo  19  r^-v^). 

6.  Octobre  1054  (G.  27,  (T.  26  vo-28  r»).  —14  février  1 063/4 (C/u/iy,  3387). 


442  LA    PROVKNCE    DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

queran  de  Cavaillon  présent  en  1073  dans  le  pays  d'Arles.  Enfin, 
en  janvier  10!Hî,  Hugues  Quiqueran  et  son  frère  Bertrand  ^ 
figurent  encore  dans  les  archives  avignonnaises. 

De  1033  à  1043,  on  note  dans  Avignon  '  un  Ileldebert,  frère 
de  Rostaing  et  de  Pierre,  neveu  de  Pons  et  de  Rostaing,  qu'il 
faudrait  peut-être  identifier  avec  cet  Ileldebert  d'Avignon  de  1073. 
S'il  est  un  acte  d'Avignon  au  bas  duquel  on  s'attende  à  voir 
figurer  les  souscriptions  des  châtelains,  c'est  le  testament  du 
vicomte  fait  le  14  février  1063/4.  Après  la  famille  vicomtale  et 
celle  des  Amies,  on  trouve  les  souscriptions  de  Raymond,  d' An- 
non,  de  Richaudet  de  Quiqueran.  Ce  Raymond  devait  être  châte- 
lain d'Avignon  :  la  place  tenue  par  sa  souscription  l'indique. 
Quant  au  Quiqueran  qui  l'accompagne,  rien  n'empêche  d'y  voir  le 
Quiqueran  de  Cavaillon  parent  d'ileldebert  d'Avignon.  Mais  Ilel- 
debert ne  figure  pas  lui-même  au  testament  de  1003/4  :  c'est  natu- 
rel, s'il  n'était  qu'un  frère  cadet  de  Raymond  '^ 

Ce  testament  a  été  approuvé  plus  tard  par  les  enfants  du  tes- 
tateur :  dans  le  groupe  de  ces  souscriptions  postérieures,  figurent 
celles  de  Guillaume  et  Ilumbert.  Ce  sont  très  probablement  les 
enfants  d'Heldebert  d'Avignon  qui,  en  1073,  accompagnaient  leur 
père. 

En  1085,  on  voit  figurer  dans  un  acte  Raymond  et  ses  fils  ^  ; 
dans  un  autre  acte  antérieur  à  1117,  ce  sont  Guillaume  Raymond 
et  ses  frères.  De  ceci,  on  conclurait  que  le  Raymond  de  1064  est 
mort  entre  1085  et  1117,  laissant  comme  fils  aîné  Guillaume 
Raymond. 

Pour  la  première  fois,  dans  l'acte  compris  entre  1109  et 
1117  qui  énumère  les  partisans  du  chapitre  contre  l'évêque,  on 
voit  exprimer,  dans  Avignon  même,  le  surnom  «  d'Avignon  »,  pour 

1.  Janvier  1090  (G.  27,  IT.  32  vo-33  i"). 

2.  1033  (Polycarpe,  p.  429).  —  1033  (//>if/..  p.  429).  —  MoUaiis,  lOH  ;G. 
27,  f°  19  lo-v»)!^  —  10i3  (Polycarpe,  p.   430). 

3.  14 février  1003/4:  «Sifi^num  domui  Berongarii.. .  Petrus  Amicusot  fra- 
trcssui...  voluerunt  et  firniaverunt.  Raymundus,  Anno  et  Hicaudus  et 
Wichirannus  firmavorunt. . .  »  (C/m«//,  3387). 

4.  1085  :  «  Raimundus  et  filii  ejus  firmaverunt  «   (G.  27,  fT.  4  v°-5  v«). 


LA   HIÉRARCHIE  ADMINISTRATIVE    ET   LE    RÉGIME   FÉODAL         443 

désigner  plus  clairement  la  famille  des  châtelains.  Après  Imbert 
Renard  qui  représentait  la  famille  des  viguiers,  après  Heldebert 
de  Morières  qui  représentait  sans  doute  les  châtelains  de 
Morières,  château  placé  dans  la  banlieue  d'Avignon,  viennent 
Raymond  Augier  et  son  frère  Guillaume,  puis  Guillaume  «  T Avi- 
gnonnais  »  avec  son  frère  Hugues  K 

Ce  Guillaume  «  FAvignonnais  »  n*est  autre  que  le  Guillaume 
Raymond,  fils  aîné  du  Raymond  de  1064  et  de  1085.  Le 
5  mai  1125  et  en  septembre  1133,  il  reparaît  sous  le  nom  de 
Guillaume  d'Avignon  2.  Son  frère  Hugues  figure  au  bas  d  un 
acte  émané  d'Etienne,  évêque  de  Die,  le  24  avril  1 127  •*',  en  faveur 
de  Saint-Ruf. 

En  dehors  de  ces  deux  frères,  existent  au  début  du  xii*  siècle 
Pons  d'Avignon,  Laugier  d'Avignon  et  Raymond  d'Avignon  qui 
se  rattachent  sans  doute  à  eux. 

Pons  d'Avignon  figure  dans  un  autre  acte  pour  Saint-Ruf  en 
1133  ^.  Laugier  se  rencontre  vers  1124  et  en  février  1133  '^;  Ray- 
mond, sans  doute  moine  de  Saint- Victor  de  Marseille,  entre  1117 

1.  [il09(?)-4H7]«GuilelmusRaimundiet  fratres  cjus»  (//)/(/.,  (T.  31  vo-.32 
r«).  —  [1109-1118]  :  a  Guilelmus  Avinionensis  etUgo  fratercjus  ))(Vaucluse, 
G.  27,  fo  34  r»). 

2.  r»  mai  1125  :  u  Signum  Rostagni  Imberti,  Raimundi  Geraldi,  Eimini 
B^rtranni,  Raimundi  Gaufredi  et  Guillclmi  de  Avenione  »  (Polycarpe, 
Ann.,  p.  674). 

Saint-André,  septembre  1133  :  «  coram  testibus  Rostagno  de  Sabran, 
Petro  Amico  filio  ejus,  Renoardo  de  Pesenas,  Bertrando  de  Ponte,  Ruperto 
de  Cadarossa,  Amaldrico  de  Joco,  Petro  de  Aramone,  Petro  de  Podio  Alto 
Petro  de  Gap,  subbalivo,  Arnaudo  de  Riberas,  Bertrando  de  Rocamaura  et 
Guillelmo  filio  ejus,  Raymundo  de  Fos,  Willelmo  de  Avinione...  »  (Poly- 
carpe, Ann.,  p.  682). 

3.  Die,  24  avril  1127  :  «  Signum  Ugonis  d'Avinione»  (Ul.  Chevalier,  Cod, 
diplonu  S,  Ru  fi,  n«  XVII,  pp.  24-25). 

4.  1133  :  «  in  presentia  domni  Guillelmi  Arelatensis  arcbiepiscopi 
Romane  sedis  legati  et  Bernardi  Aurasicensis  episcopi...  S.  Poncii  de 
Avinio  »  (Ibid.,  n»  XIX,  pp.  27-28). 

5.  [mars  1123-20  mai  1124]  :  «...  Leodegarius  de  Avinione  >»  (Vaucluse, 
G.  27,  r>  46  ro-vo). 

Avignon,  février  1133:  «  Laugerius  de  Avinione  »  (Vaucluse,  G.  15,  ff. 
97  r«-98ro). 


414  LA    PROVENCE    DC    PREMIER    AU    XI1«   SIÈCLE 

et  H 26  *.  Si  Pons,  Laugieret  Raymond  sont  les  frères  de  Guil- 
laume et  de  Hugues,  il  y  aurait  lieu  de  croire  que  le  moine  Ray- 
mond est  laîné,  en  raison  de  son  nom.  Après  cette  généiation, 
vivant  de  1083  jusqu'en  septembre  1133,  en  vient  une  nouvelle 
qui  est  représentée,  semble-t-il,  par  un  second  Guillaume  Ray- 
mond d'Avignon.  En  juillet  1177,  des  arbitres  tranchent  une 
difficulté  entre  l'éveque  Pons  et  les  châtelains  de  Bédarrides.  Cette 
difficulté  s'était  produite  jadis  entre  feu  Geoffroy,  prédécesseur  de 
Pons,  et  Guillaume  Raymond  d'Avignon,  assisté  des  châtelains  : 
elle  avait  duré  longtemps.  Or,  l'éveque  Geoffroy,  connu  depuis 
le  23  juin  1143,  est  mort  le  2  janvier  1176  ou  1177:  comme  le 
Guillaume  Raymond  en  question  ne  paraît  plus  dans  le  dispositif 
du  jugement  de  juillet  1177,  il  y  a  lieu  de  croire  qu'il  était  mort 
lui-même.  Mais,  si  la  difficulté  sétait  produite  en  1143  au  plus 
tôt,  il  est  probable  qu'on  ne  peut  le  confondre  avec  le  précé- 
dent Guillaume  Raymond,  lequel  avai^  vécu  de  1083  à  1133. 

Ainsi,  il  est  probable  que  ce  premier  Guillaume  Raj^mond 
était  mort  laissant  un  (ils  son  homonvme.  C'est  ce  second  Guil- 
laume  Raymond  d'Avignon,  opposé  à  l'éveque  Geoffroy  (1143- 
1176),  qu'on  rencontre  à  Lambesc  le  21  juillet  1150  dans  l'entou- 
rage du  marquis  et  duc  de  Provence  Raymond  Bérenger*,  puis 
le  13  avril  1166  auprès  du  duc  de  Provence  Alfon^^e•^  Mort,  en 
conséquence,  avant  le  mois  de  juillet  1177,  il  laissa  sans  doute 
plusieurs  fils.  On  connaît,  en  effet,  un  Guillaume  d'Avignon, 
depuis  le  23  août  1183  jusqu'en  janvier  1198/9  tout  au  moins*. 


1.  [1117-1126]  :  «  ogo...  Hadulfus  Massiliensis  abas,  cum  consilio  con- 
ventus.  . .  Siguum  Arbertus  monacbus. . .  Signiim  Haimundus  de  Avinione. 
Do  mililibiis  :  Signum  Wilelmus  de  Signa...  »  (Saint-lictot'y  807). 

2.  Lambesc,  21  juillet  1150  :  «  Guillclmus  Raimundi  Avenionensis  » 
(Le  Couteulx,  t.  II,  p.  90). 

3.  13  avril  1166  :  «S.  Guillclmi  Raymundi  de  Avinione»  (Vaucluse,  G.  15, 
fT.  113  vo-114   vo). 

[1166-1176]  :  «  Willclmus  Raymundi  de  Avinione.  Brocardus,  Raimun- 
dus  de  Avinione  »   [IhUI.,  G.  15,  ff.  112  vo-113  r».) 

4.  23  août  1183  {Carlulaire  de  Bichercnches).  I/indication  de  cet  acte  est 
due  à  Tobligeancc  très  bienveillante  de  M"^  de  Monclar  qui  édite  le  Cartu- 


LA   HIÉRARCHIE  ADMINISTRATIVE    ET  LE   RÉGIME    FÉODAL         445 

On  connaît  aussi  un  Bérenger  d'Avignon  qui  parait  en  H79*, 
un  Bertrand  d'Avignon  qui  paraît  depuis  juillet  H 77  jusqu'en 
septembre  1183  2.  Ce  dernier  est  sans  doute  le  môme  qui  vivait 
en  1210  avec  son  frère  Arnaud.  A  cette  date  il  est  à  Montéli- 
mar  ^.  On  connaît  enfin  un  Raymond  d'Avignon  depuis  1168  jus- 
qu'en 1192'*.  A  supposer  que  les  deux  générations  précédentes 
aient  boudé  la  commune,  celle-ci  s'y  rallia  certainement  :  car 
Guillaume  d'Avignon  fut  second  consul  d'Avignon  en  1188  et 
Raymond  fut  premier  consul  en  1 192. 

L'aîné  de  cette  génération  ne  fut  pas  Guillaume,  ni  même  Ray- 
mond d'Avignon  :  ce  fut  Auzias  Raymond  d'Avignon,  dont  les 
traces  subsistent  depuis  juillet  1177  jusqu'en  octobre  1193.  Une 


laire  de  Richerenches,  dans  la  collection  de  documents  inédits  entreprise 
par  TAcadémie  de  Vaucluse  (Lettre  du  12  janvier  1904). 

Avignon,  scplembro  1185  :  «  Elisiardi  Raimundi  de  Avinione  et  Emenonis 
filii  ejns,  Brocardi,  Willelmi  de  Bulbone,  Willelmi  de  Avinione,  Bertrandi 
de  Avinione...  »  (Vaucluse,  G.   15,  ff.  98  v<»-99  v*). 

septembre  1188  :  «  Guillelmo  de  Avignone»  (Authentique  de  Saint-Gilles, 
fo  172  v»,  n»  343.  —  Polycarpe,  Ann,,  p.  725). 

Avignon,  octobre  1192  :  «  Guillelmi  de  Avinione  »  (Bouches-du-Rhône, 
II.  Malte,  CartuL  d'Aviynon,  ff.  98  r«-99  r»). 

Boulbon,  janvier  1198/9  :  «...  Willelmus  de  Avinione»  (Vaucluse,  G. 
254,  fo  2). 

1.  1179  [Cartulaire  de  Richerenches).  Cette  indication  est  également  due 
à  M""  vie  Monclar. 

2.  Bédarrides,  juillet  1177  :  «  Bertrandus  de  Avinione»  (Vaucluse,  G.  15, 
ff.  53  r«-r»4ro). 

3.  Montélimar,  1210  (S»  Cha/fre,  Appendix,  444). 

4.  1168  :  u  testes  sunt  Raimundus  de  Avinione...  »  (Vaucluse,  G. 
113,  fo  7.) 

Noves,  4  juillet  1175  :«  Bertrandus  de  Bolbone,  Brocardus,  Raimun- 
dus de  Avinione»)  (Vaucluse,  G.  15,  ff.  108  vo-109  r»).  — [1106-1170]  :  «  Rai- 
mundus de  Avinione  »  [Ihid.y  G.  15,  ff.  112  v<»-113  r«j. 

janvier  1182/3  :  «  conlroversia...  inler  Raimundum  de  Auinionc  et  Emc- 
nonem*  filium  cjus  ex  uno  laterc  et  inler  fratres  Ilospitalis  ex  altero  de... 
terra...  in  Argcncia...  (|uam  tcrram  Raimundus  de  Auinione  et  filius  ejus 
praîdictus,  nomine  Beatricis  ejusdem    Emenonis  uxoris,  de  jure  suo  esse 

allegabant »   (Arch.    d'Arles,    Authent.   de  Tllôpital  de    Saint-Gilles, 

fto  121  r«-vo). 

juin  1192  :«  cum  consulibus  Raimundo  de  Avinione...»  (Polycarpe, 
Ann,y  p.   730). 


446  LA    PROVENCE   DU    PREMIER  AU    XIl*^   SIÈCLE 

faut  pas  confondre  cet  Auzias  Raymond  d'Avignon  avec  le  juris- 
consulte Auzias,  frère  de  Renard*,  qui  parait  le  10  mars  1157  ^  et 
qui  remplit  les  fonctions  de  juge  communal  en  1 169,  comme  son 
Hls  sans  doute  les  remplira  en  1 191  ^.  Auzias  Raymond  d'Avignon, 
en  juillet  H77,  rend  un  jugement  arbitral  d'accord  avec  Giraud 
Amie  et  Pierre  Brémond  de  Laudun,  entre  Tévêque  d'Avignon  et 
les  «  queylans  »  ou  châtelains  de  Bédarrides  :  ce  jugement  règle 
la  difficulté  qui  avait  surgi  entre  son  père  Guillaume  Raymond 
et  l'évêque  précédent '*.  En  1181,  il  est  à  Sisteron,  auprès  du 
comte  de  Forcalquier  ».  Enfin,  en  1183,  se  présente  un  groupe 
important  de  trois  actes  uvignonnais  qui  le  concernent. 

Jusqu*à  présent,  le  nom  seul  et  le  rang  des  souscriptions  ont 
pu  mettre  sur  la  voie  pour  reconnaître  la  famille  des  châtelains 
d'Avignon.  Ces  indices,  quelle  que  soit  leur  valeur,  ne  peuvent 
que  gagner  à  être  contrôlés  et  appuyés  par  des  indices  d'un 
autre  genre. 

Un  plaid  consulaire  important,  du  mois  de  janvier  1 185,  déclare 
que  les  droits  perçus  au  port  d'Avignon  appartenaient,  selon  une 
coutume  immémoriale,  à  Guiraud  Amie,  à  Auzias  et  a  d'autres 


1.  Novos,  i  juillet  llT'i:  «  Elisiardus  jurisperilus  et  Ra noard us  f rater 
ejus  »  (Vaucluso,  G.  15,  fT.  lOS  v°-109  r°). 

2.  10  mars  1157  :  «  Ilsiarius  »  (Vaucluse,  G.  4,  M). 

3.  llOlhu  oxislentibus  consulibus  in  civitale  Avinionensi. . .  et  Eli- 
siardo  judicc, . .  »  (Vaucluse,  Ci.  27,  f"  48r°-v°j.  —  Avif^mon,  mars  1180/00: 
«  Elisiardus  juvonis  »  (Bouches-du-Rhono,  11.  Malle,  311).  —  juillet  1191  : 
o  existentibus  consulibus. . .  cumElisiardo  judice  "(Polycarpe, /lfi«.,p.  730). 
—  Avignon,  mai  1104  :  «  et  indice  Elisiardo  »  (Arch.  munie.  d'Avignon, 
Bootte  XL,  no  i).  Cf.  décembre  1104  (Bouches-du-Rhône.  II.  Malte,  Cart. 
f/MtvVy/io/i,  rr.  ri6v"-58  ro)  ;  janvier  llOi/'i  (Vaucluse,  G,,  Saint-Agricol,  art. 
18,  t.  I,  liasse  cotée  13). 

En  11*6,  on  constate  Texistence  de  quatre  consuls  assistés  de  cinq  juges 
communaux  (Vaucluse,  G.  15,  (T.  75  i-o-77  r»).  En  1168,  on  note  une  affaire 
jugée  par  deux  arbitres  que  deux  conseillers  assistent  et,  notamment, 
Auzi«s  (G.  113,  f»7i.  En  juin  1102,  le  juge  communal  Auzias  est  remplacé 
par  Isnard  Audigier  (Polycarpe.  Ann.,p.l^O), 

4.  Bédarrides,  juillet  1177:  «  arbitrio  Guiraldi  Amici  et  Pelri  Bremondi 
de  Lauduno  et  Elisiardi  de  Avinione  »  (Vaucluse,  G.  15,  ff.  53  i'«-54  V). 

5.  Sisteron,  1184  (B.-du-Rb.,  B.  291  \ 


LA  HIÉRARCHIE   ADMINISTRATIVE   ET   LE    RÉGIME   FÉODAL         447 

seigneurs*.  Un  mois  plus  tard,  le  16  février,  Auzias  Raymond 
assiste  le  duc  de  Provence  Alfonse,  de  passage  dans  Avignon  '*. 
Puis,  en  septembre,  il  assiste  Tévêque  recevant  un  hommage  'K 
Son  fils  Emenon  se  joint  à  lui  en  cette  circonstance  ;  de  même, 
Guillaume  et  Bertrand  d'Avignon  qu'on  croit  être  ses  frères. 
Enfin,  en  octobre  1193,  Guiraud  Amie,  qui  avait  besoin  d'argent 
et  qui,  sans  doute,  avait  plus  de  difficulté  à  faire  respecter  ses 
droits  sur  le  port  que  ne  devait  en  avoir  Auzias,  oblige  pour  cinq 
ans  à  celui-ci  les  7/12  de  sa  part,  en  garantie  du  remboursement 
d  un  prêt  de  quarante-six  marcs.  Guiraud  Amie  était  apparenté 
aux  vicomtes  contre  qui  la  commune  s  était  élevée.  Auzias 
appartenait  à  la  famille  plus  modeste  des  châtelains,  qui  avait  pu 
soulfrir  de  la  révolution  communale,  mais  qui  s'était  ralliée  à 
elle,  à  telle  enseigne  que  Tannée  précédente,  en  1192,  Raymond 
d'Avignon  avait  été  consul.  La  commune  devait  donc  préférer 
voirie  port  entre  les  mains  d' Auzias  qu'entre  celles  de  Guiraud 
Amie. 

Le  plaid  de  janvier  llSo  est  fort  net  :  d'après  ce  texte,  le  port 
appartenait  principalement  à  Guiraud  Amie  et  à  Auzias.  Tandis 
que  les  viguiers  percevaient  des  droits  de  circulation  sur  les  voies 
fluviales  hors  des  murs  de  la  cité,  les  droits  de  port  sur  les  mar- 
chandises pénétrant  dans  la  cité  ne  pouvaient  être  perçus  que 
par  les  vicomtes  ou  les  châtelains.  Or,  les  Amies  représentaient, 
on  l'a  vu,  la  part  vicomtale  s'éleva nt  aux  S/S,  puisqu'ils  touchent 
douze  deniers  sur  vingt  de  recette  totale.  L'évêque,  de  son  coté, 
en  percevait  un  tiers  ^.  Reste  donc  1/13  du  port  à  répartir  entre 
Auzias  Raymond  d'Avignon  et  ses  copartageants. 

1.  Avignon,  janvier  118;'):  u  seciindum  vetorem  morcin  cl  antifjuam  con- 
suctudineni,  Gcraldus  Amici  et  Kliziardus  et  alii  domini  porlum,  i)orto- 
rium  et  usaticum  sine  contradictione  habeaut  et  reci[)iant  »  (Bih.  Nat.,  nis. 
lat.  8971,  fo46v«;. 

2.  Avignon,  16  février  118*j  :  <<  Testes,  Raymundus  de  Agout,  Guillel- 
mus  de  Sahrano,  Brocardas,  Elisiardus  Raimundiis  de  Avinione...  >»  (Vau- 
cluse,  G.  15,  IT.  114  v"-ll5  v^). 

3.  Avignon,  septembre  1185  :  «  in  presentia...  Elisiardi  Raimundi  de 
Avinione  et  Emenonis  filii  ejus,  Brocardi...  »  (Vaucluse,  G.  15,  (T.  98  v»- 
99  v"). 

4.  24  avril  115.^  (Vaucluse,  G.  ft,  fo  14). 


418  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    Xll«  SIÈCLE 

Ces  copartageants  sont  connus:  ce  sont  Alix,  fille  d'Augier,  et 
Bertrand  de  la  Garde.  En  1187,  Alix  vend  la  moitié  de  ce  que 
possédait  son  père  sur  le  port  pour  750  sous  melgoriens.  En  mai 
1187,  c'est-à-dire  à  la  même  époque,  Bertrand  de  la  Garde  vend 
sa  part  à  lui  pour  le  même  prix  de  730  sous  melgoriens  nouveaux. 
Cette  parité  de  prix  et  cette  contemporanéité  de  vente  font 
penser,  puisque  le  père  d'Alix  avait  eu  le  double  de  sa  fille,  que 
Bertrand  de  la  Garde  est  le  propre  frère  d'Alix  et  que  ledit  Augier 
n'avait  pas  laissé  d'autres  enfants.  Précisément,  on  trouve  dans 
Avignon,  depuis  septembre  11 77  jusqu'en  octobre  1193,  un  Ber- 
trand Augier  qui,  son  nom  l'indique,  devaitêtrefils  d'un  Augier. 
Il  est  très  vraisemblable  que  ce  Bertrand  Augier  est  le  frère 
d'Alix  et  qu'il  s'appelait  Bertrand  Augier  de  la  Garde,  quelque- 
fois Bertrand  de  la  Garde  et  le  plus  souvent  Bertrand  Augier. 

Comme,  au  mois  d'août  1196,  Giraud  Amie  vendra  définitive- 
ment pour  2i000  sous  melgoriens  ses  3/3  du  port,  ce  qui  revient 
aux  9/15,  il  suit  de  là  que  le  1/13,  restant  aux  châtelains  et  à 
leurs  copartageants,  devait  valoir  de  2300  à  3000  sous.  Mais, 
puisque  la  part  des  héritiers  d' Augier  s'élevait  à  1500  sous,  elle 
valait  très  probablement  la  moitié  de  ce  1/13.  Donc,  la  part  per- 
sonnelle d'Auzias  Raymond  d'Avignon  ne  devait  pas  dépasser 
1/30  du  total  et  elle  ne  devait  pas  valoir  plus  de  1500   sous. 

A  supposer  que  la  part  d'Augier  se  fût  détachée  de  la  part 
primitive  des  châtelains,  on  voit  donc,  suivant  la  répartition  des 
droits  de  port,  dans  quelles  proportions  le  pouvoir  urbain  se  trou- 
vait divisé  quand  s'établit  la  commune. 

L'évêque  jouissait  du  1/3  des  droits  de  port.  Les  vicomtes, 
par  leurs  délégués,  les  Amies,  en  tenaient  les  3/5.  Aux  châtelains 
en  revenait  le  1/15.  Si  l'on  compte  quinze  parts  totales,  l'évêque 
en  avait  cinq,  les  vicomtes  neuf  et  les  châtelains  une.  Les 
vicomtes  et  les  châtelains  se  partageaient  donc,  dans  la  propor- 
tion de  neuf  pour  un,  les  2/3  que  le  pouvoir  royal  s'était  réservés 
en  constituant  le  temporel  de  l'église,  au  début  du  x«  siècle  ^ 

1.  Vienne,  19  octobre  [907]:  «  ex  porto  eiusdem  civitatis  tertiam  par- 
tem  prefalœ  occlesiœ...  concedimus  »  (Vauciuse,  G.  6,  f"  5), 


LA    HIÉRARCHIE    ADMINISTRATIVE    ET   LE   RÉGIME   FÉODAL         449 

Ces  deux  tiers  avaient  passé  du  roi  au  comte,  avec  le  fisc  royal, 
vers  97S  :  du  comte,  ils  avaient  dû  passer  au  vicomte  et  au  châ- 
telain vers  1030.  A  la  fin  du  xii^  siècle  encore,  cette  situation 
était   respectée  par  la  commune. 

Voilà   tout   ce  que  les  documents  actuellement   connus   per- 
mettent de  dire  pour  élucider  la  situation  des  châtelains. 


CONCLUSIONS 

On  a  vu  quelles  furent  les  limites  successives  de  la  Provence, 
on  a  dit  comment  ce  pays  fit  partie  tour  à  tour  d'une  province  pro- 
consulaire (120-27  av.  J.-C),  d'une  province  prétorienne  impé- 
riale 27-22  av.  J.-C),  puis  sénatoriale  (22  av.  J.-C.  —  267  apr. 
J.-C),  comment  il  fut  partagé  entre  la  Viennoise  et  la  Narbon- 
naise  (vers  267),  comment  la  Provence  proprement  dite  prit 
naissance  au  milieu  duv^  siècle,  avec  Arles  comme  capitale,  en  se 
séparant  de  la  Viennoise.  On  a  montré  comment  la  Provence 
fut  gouvernée  successivement  par  un  patrice,  jusqu'au  milieu  du 
viii*^  siècle,  par  un  duc  jusqu'au  milieu  du  x^  siècle,  par  un  mar- 
quis depuis  979.  On  a  noté  Taffaiblissement  de  Tunité  du  pays 
au  milieu  du  xi®  siècle  et  le  partage  de  la  marche  en  trois  mar- 
quisats au  xii®  siècle.  L'unité  primitive  de  la  province  romaine 
s'est  ainsi  dissoute,  pour  aboutir,  malgré  tout  effort  ultérieur  de 
cohésion,  à  Témiettement  féodal  ou  communal.  Finalement, 
on  a  étudié  l'organisation  administrative  de  ce  pays  en  exami- 
nant tous  les  degrés  de  la  hiérarchie  carolingienne  occupés  par 
les  comtes,  les  juges,  les  vicomte»,  les  viguiers  et  les  châtelains. 
On  a  vu  comment  cette  hiérarchie  s'est  fixée  et  s'est  fondue 
dans  le  système  féodal.  Cette  évolution  achevée,  les  recherches 
entreprises  arrivent  ainsi  à  leur  terme.  Ce  serait  un  nouvel 
objet  que  de  préciser  comment  l'Etat  moderne  a  pu  sortir 
de  la  féodalité  médiévale. 


Mém,  et  Doc.  de  V École  des  Charles.  —  VII.  29 


APPENDICE  DIPLOMATIQUE 


LES   STYLES   SUCCESSIVEMENT  ADOPTÉS 

PAR    LA    CHAiNCELLËRIE     DE    LOUIS    l'aYPX'GLE 
ET 

SON  PERSONNEL 


Afin  crétablir  Tépoque  exacte  à  laquelle  le  comte  de  Viennois 
Hu<;ues  est  devenu  duc  de  Provence  et  marquis  de  Viennoise,  il  faut 
traduire  en  style  actuel  les  dates  des  trois  actes  suivants. 

I"  Acte  émané  du  comte  de  Viennois  Hugues*  : 

«  Actuni  Vienne  publicc.  Kf^^,  in  Dei  nomine,Elduirus  rogatus  hanc 
donationem  scripsi,  datavi,  die  dominico,  in  mcnse  augusti,  anno 
duodecimo  quo  domnus  Ludovicus  est  imperator.  » 

'2*^  Plaid  impérial  condamnant  Ilu^^ues  duc  et  marquis  au  profit  de 
Hemegarius  évêque  de  Valence  ^  : 

«  Teudo  notarius  hanc  scriptnram  fecil,  jubente  Alexandro  Vien- 
nensi  archiepiscopo,  anno  incarnationis  Domini  DCCCCXII,  indictione 
XV,  anno  XI  régnante  domno  nostro  Ludovico  imperatore.  Actum 
Vienna;    féliciter,  in  Dei  nomine.  » 

3**  Précepte  impérial  en  faveur  de  Tévêque  d'Avignon  Fouquier, 
sur  la  demande  de  Hugues  duc  [de  Provence]  et  comte  [d'Arles]  ^  : 

«  Uuarnerius  notarius  ad  vicem  Alexandri  arcliicpiscopi  et  cancella- 
rii  scripsit.  Datum  II  nonas  aprelis,  indiccione  XIII,  anno  XII  impe- 
rante   Hludovico   piisssimo   imperatore.  » 

I^  détermination  de  ces  dates  est  impossible,  à  moins  de  connaître, 
au  préalable,  quel  éUiit  le  degré  de  savoir  ou  d'ignorance  en  fait  de 
compul,   quelles  étaient  les   habitudes  de    précision  plus  ou  moins 

1.  Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cari,  de  Sainf-Mauricey  n®  94  ;  Gallia  Chris- 
tiana,  t.  XVI,  Instr.  eccl.  Vienncnsis,.col.  13,  n.  XVII. 

2.  Gallia  Chrisiiana,  t.  XVI.  Instr.  ceci.  Vnlontincnsis,    roi.  101,  n.  I. 

3.  Arch.  de  Vauclusc,  G.  6,  f.  7. 


452  LA    PROVENCE    DL*    PREMIER    AU    Xl^    SIÈCLE 

grande,  propres  à  cliacune  des  diverses  chancelleries  existant  alors 
dans  la  Viennoise  et  la  Provence,  régions  qui,  unies,  composaient  le 
royaume  de  Provence. 

Hludianl  d'abord  les  moins  importantes  de  ces  chancelleries,  pré- 
sumées le»*  plus  ignorantes  ou  les  moins  précises,  on  examinera  seule- 
ment après  elles  la  chancellerie  royale  et    impériale. 

I.  —  Chancelleries  épiscopale  et  abbatiales. 

L'examen  doit  porter,  bien  entendu,  de  préférence,  pour  être  utile,  sur 
lesdates  offrant  une  concordance  entre  le  jour  de  la  semaine  et  le  quan- 
tième du  mois:  ce  sont  les  seules  qui  puissent  permettre  de  savoir 
avec  certitude  si  Tannée  de  l'incarnation  et  celle  de  Tempire  sont  exac- 
tement données.  Dans  le  cas  d'une  erreur  sur  ces  deux  ères,  ce  sont  les 
seules  qui  puissent  permettre  de  mesurer  avec  certitude  la  consis- 
tance de  cette  erreur,  sa  continuité  ou  sa  variation. 

SI.  —  Chancellerie  de  Vévêque  d'Avignon, 

Pour  le  règne  de  Louis  l'Aveugle,  deux  actes  seulement  peuvent 
être  cités  :  le  premier  n'émane  même  pas  forcément  de  la  main  d'un 
clerc  de  l'évéque. 

1"  Oblation  par  un  lidèle  à  l'église  d'Avignon  *  : 

«  Actum  Avenionense  commitatu,  ad  ecclesiam  sancti  Laurenti 
publice,  anno  incarnationis  dominice  DCCCGXIJIIJI,  indictione  VI, 
régnante  sive  imperante  Illudovinco  filio  Hosoni  régis.  » 

Cet  acte  est  transmis  par  une  copie  de  la  fin  du  xni*  siècle.  L'auteur 
de  cette  copie  avait  probablement  l'original  sous  les  yeux,  comme  le 
prouve  le  chrismon  soigneusement  transcrit  par  lui  en  tête  du  texte. 
Il  a  commis  deux  bévues  aisées  à  corriger.  D'abord  il  n'a  pas  su  recon- 
naître le  chiffre  V  dans  la  forme  H  souvent  usitée  au  x*  siècle  qu'il 
transcrit  IJ.  La  notation  IlJl,  qui  suit  le  V,  tend  à  prouver  que  l'ori- 
ginal portait  les  chiffres  IIJ  suivis  d'un  autre  caractère  que  le  copiste 
aurait  pris  pour  une  dernière  unité  :  mais  cette  hypothèse  n'est  pas 
suffisamment  fondée  pour  être  acceptée  de  prime  abord.  Enfin,  le 
scribe  défigure  Hludouuico  en    Illudouinco, 

1.  Arch.  de  Vaucluse,  G.  257,  f.  1. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  433 

II  s\ip:it  donc  (le  ran  DCCCCXVIIII  et  peut-être  DCCCCXVIII. 
L*incliction  VI  est  celle  de  918  :  par  conséquent,  comme  une  erreur 
d'indiclion  est  plus  probable  qu'une  erreur  d'année,  on  doit  croire  que 
le  rédacteur  de  Tacte  en  919  a  commis  une  erreur  d'un  an  en  moins 
sur  rindiction.  Cependant,  Thypothèse  que  l'original  portait 
DCCCCXVIII  prend  dès  lors  de  la  force  et  il  se  pourrait  que  l'acte 
ait  été  rédigé  en  918,  indiction  VI,  sans  aucune  erreur  de  la  part  de 
son  rédacteur,  soit  sur  l'année  de  l'incarnation,  soit  sur  Tindiction. 

2*»  Testament  de  Tévêque  d'Avignon  Fouquier  *  : 

«  Actum  publiée  Avinione  civitate,  anno  ab  incarnatione  Domini 
DCCCCCXVI,  indictione  IIII,  VI  nonas  maii,  in  die  ascensionis 
Domini,  XIII  anno  imperante  Hludouuico  imperatore  filio  Bosonis  ». 

Cet  acte  très  solennel  est  conservé  en  original.  Jadis,  quand  on  l'a 
édité  pour  la  première  fois,  on  ne  s'est  heureusement  pas  douté  qu'il 
se  terminait  par  quinze  souscriptions,  en  majeure  partie  autographes, 
dont  les  onze  dernières  d'une  encre  très  pâle,  sans  quoi  on  Teût 
immanquablement  barbouillé  d'un  réactif  noir  et  opaque  à  la  noix  de 
galle,  aussi  bien  que  tous  les  préceptes,  un  peu  pâles  mais  lisibles, 
de  Louis  TAveugle.  Seule  une  partie  de  la  dernière  ligne,  avant  la 
date,  a  été  ainsi  abîmée  par  l'éditeur  en  question,  sans  raison  aucune. 

I^  date  de  cet  acte  comporte  jusqu'à  cinq  éléments  différents  de 
temps. 

Le  jeudi  '2  mai  concorde  exactement  avec  Tan  916  et  l'indiction  IV; 
de  même,  Pâques  ayant  été  célébré  le  21  mars,  le  jeudi  de  l'Ascen- 
sion tombe  bien  le  2  mai. 

Par  contre,  l'an  du  règne  supposerait  que  Louis  l'Aveugle  était 
devenu  empereur  du  3  mai  1H)3  au  2  mai  904.  En  réalité,  il  avait  été 
couronné  à  Rome  le  15  ou  le  22  février  901  *  :  c'est  une  erreur  de  trois 
ans  en  moins^  commise  par  le  rédacteur  de  l'acte.  11  aurait  dû  écrire 
X  VI  anno,  et  non  pas  XIII  :  l'original  ne  comporte  aucune  hésitation 
de  lecture  et  on  ne  peut  substituer  A'H/à  XIII,  car  le  scribe  emploie 
la  forme  capitale  V  au' lieu  de  la  forme  H  dans  la    date  DCCCCXVI. 

Cet  acte  très  solennel,  passé  en  présence  de  trois  évéques,  du  comte 
et  du  vicomte,  oiïre  donc  une  date  précise  de  jour  et  d'année  établie 
avec  le  soin  le  plus  méticuleusement  exact,  puisque  les  quatre  élé- 
ments en   concordent   très  bien  :  il  mentionne,  en   même   temps,   le 

1.  Arch.  de  Vaucluse,  G.  119,  f.  39. 

2.  Poupardin,  p.  171, 


451  LA    PROVENCK    DU    PREMIER    AU    XII*    SIÈCLE 

rèjjne  de  l'empereur  avec  une  ijjnorance  faite  pour  surprendre.  A 
défaut  d'ijîuopance,  ce  serait  de  la  néf^li^'ence  et  ce  serait  plus  singulier 
encore.  Le  s«>iïi  méticuleux,  avec  lequel  cel  acte  est  dressé,  éclate  dans 
un  détail.  Le  scribe  avait  écrit  d  abord  le  nom  de  Tempereur  Ludouuico 
et  cette  erreur  a  été  réparée  par  lui  en  ajoutant  l'aspirée  oubliée: 
Illudouuico,  S'il  n'a  pas  remplacé  à  ce  moment  XHI  anno  par  AT/ 
anno  pour  faire  disparaître  une  bévue  assurément  plus  importante, 
c*est  qu'il  i^^norait  réellement  dans  quelle  année  exacte  du  règne  il  se 
trouvait  ;  c'est  aussi  que  personne  dans  l'as^islance  n'a  été  frappé  par 
cette  erreur  en  apposant  sa  souscription  à  l'acte. 

La  chancellerie  d'Avignon  calculait  donc  très  exactement  les  années 
de  l'ère  chrétieime,  qui  dépassaient  la  durée  de  neuf  siècles,  mais  elle 
avait  oublié  depuis  combien  d'années  au  juste  régnait  Louis  PAveugle, 
dont  le  couronnement  remontait  à  une  quinzaine  d'années.  Elle  com- 
mettait une  erreur,  à  ce  sujet,  correspondant  aux  20/100  de  la  durée 
du  règne. 

jj  2.  —  Chancellerie  de  Vabbaife  Saint-Barnard  de  nomans. 

Le  cartulaire  de  cette  abbaye,  située  dans  le  diocèse  de  Vienne, 
oiïre  deux  actes  à  citer: 

l*'  Oblation  de  biens  à  l'abbaye  en  Valentinois  : 

«  Facta  cartula  cessione  ista  die  veneris,  feria  III,  k.  septembris, 
anno  Xllll  régnante  Ludovaco  imperatore  K  » 

Si,  par  une  rédaction  de  tournure  insolite,  il  fallait  lire  :  «  die  vene- 
ris feria^  III**  k[alendas]  septembris,  il  s'agirait  du  vendredi  30  août 
qui  concorderait  avec  Tan  910.  Si,  plutôt,  il  faut  rétablir:  die  veneris^ 
feria  HA  k[alendis]  seplembris,  en  tenant  compte  d'une  erreur  du 
copiste  qui  aura  remplacé  dans  le  cartulaire  H  par  //,  cette  restitution 
impose  le  vendredi  1""^  septembre  qui  tombe  Tan  915. 

Dans  le  premier  cas,  l'erreur  relative  au  calcul  de  Tan  de  règne,  serait 
de  deux  ans;  dans  le  second,  plus  vraisemblable,  cetle  erreur  se  réduit  à 
un  an  en  moins.  De  toute  manière,   le  calcul  du  règne  n'est   pas  exact. 

2^*  Oblation  de  biens  en  Valentinois  à  l'abbaye  qui  dépend  alors 
directement  d'Alexandre  archevêque  de  Vienne  : 

a  Facta  cartula  ista  donationis  vel  tradicionis,  die  jovîs,  pridie  idus 

1.  [Ul.  Chevalior],  Cnrt,  de  Saint-Barnard  de  RomanSy  nouv.  éd.  11897], 
n.  8. 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  455 

junii,  anno  XXIIl  régnante  Ludovico  imperalore. . .  Ego  Amardus 
presbiler  rogatus  scripsi  *.  » 

Cet  acte  a  été  passé  le  jeudi,  12  juin,  qui  répond  à  Tannée  923. 
I^  calcul  de  Tannée  du  règne  de  I^uis,  depuis  son  accession  à  Tem- 
pire,  est  donc  exact. 

De  ces  faits,  il  résulte  que  la  chancellerie  de  Saint-Barnard  en  Vien- 
nois devait  connaître  la  durée  du  règne  :  mais,  tantôt  elle  la  calculait 
bien,  tantôt  elle  commettait  une  erreur  d'un  an  en  moins  sur  cette 
durée.  Elle  se  montrait  donc,  sinon  ignorante,  du  moins  négligente  à 
un  an  près  dans  le  calcul. 

§  3.  —  Chancellerie  de  Vabbaye  Sainl-André-le-Bas  de  Vienne. 

Cette  chancellerie  offre  un  seul  acte  utile,  mais  il  est  typique  :  il  s'agit 
d'un  échange  consenti  par  les  chanoines  de  ce  monastère,  sur  l'ordre 
direct  de  tempereur,  dans  le  comté  du  Viennois.  En  voici  la  date  : 

«  Heliasdiaconus rogatus comutationeista  scripsi,ditavi  die  mercoris, 
V  nonas  mai,  anno  XXillI  imperii  Ludovici  serenissimi  imperatoris^.  » 

Cette  date  est  aussi  nette  que  possible  :  elle  a  été  établie  le  mer- 
credi 3  maT  qui  répond  à  Tan  926.  Mais  c'était  la  26*  année  du  règne 
qui  courait  alors  et  non  pas  la24*'.  La  chancellerie  de  Tabbaye,  dans  un 
acte  où  intervient  directement  Tempereur,  commet  donc  une  erreur 
de  deux  ans  en  moins  dans  le  calcul  de  son  règne. 

Il  importe  de  conclure.  Les  documents  qui  offrent  les  éléments  néces- 
saires de  critique  sont  peu  nombreux  mais  de  valeur  certaine  et  irré- 
futable. L'erreur  ne  porte  pas  sur  Tan  de  l'incarnation  quand  il  est  cité 
dans  Avignon.  De  plus,  Tindiction  y  est  exacte  une  fois,  au  moins,  sur 
deux  et  Terreur,  quand  elle  existe,  ne  dépasse  pas  une  unité  en  moins. 
Ainsi,  les  dates  sont  soigneusement  établies,  au  point  de  vue  du  com- 
put  ecclésiastique.  Mais,  par  contre,  sur  quatre  dates  mentionnant 
Tan  du  règne  impérial,  trois  sont  inexactement  calculées  aussi  bien  à 
Vienne  et  à  Romans  qu'à  Avignon.  L'erreur  est  toujours  en  moins^ 
c'est-à-dire  qu'elle  réduit  la  longueur  du  règne  d'un,  deux  et  même 
trois  ans.  Cette  négligence,  qui  se  produit  aussi  bien  à  Vienne,  en  pré- 
sence de  Tempereur,  qu'en  Provence,  est  un  fait  certain.  L'élément  le 

1.  //>ic/.,n.  10. 

2.  Ul.  Chevalier,  Cari,  de  Saint -Amlré-le-Bas  de  Vienne,  n«  133. 


456  LA   PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII*    SIÈCLE 

plus  sûr  des  dates  est  donc  Tannée  de  rincamalion  quand  ces  dates  le 
mentionnent  ;  rélénient  le  moins  sûr  est  celui  de  Pan  du  règne.  Le  calcul 
néj^lif^ent  de  ce  dernier  élément  est,  en  effet,  générai  quand  le  point 
de  départ  en  devient  lointain  ;  d*autre  part,  puisque  les  clercs  d'Avi- 
gnr)n  savaient  fort  exactement  noter  l'an  de  rincaniation,  il  va  de  soi 
que  les  X'iennois  le  savaient  aussi. 

II.  —  Chancellerie  royale  sous  F  archevêque  de  Vienne  Barnoin, 

Louis,  lils  de  Hoson,  ayant  été  élu  roi  de  Provence  en  890,  il  cou- 
vient  de  déterminer,  autant  que  possible,  le  style  de  sa  chancellerie 
depuis  lors  jusqu*à  son  avènement  au  trône  de  Lombardie.  Cette  chan- 
cellerie, sous  l'autorité  de  l'archevêque  de  Vienne  Barnoin '-}•  16  jan- 
vier HIKI),  fut  dirigée  |)rincipalement  par  le  notaire  .Arnoux  i892-90I). 

t)n  sait  que  la  reine  mère  était  allée,  avant  l'élection,  s'assurer  le 
consentement  d'.Arnulf  auprès  de  qui  elle  se  trouvait  en  mai  889,  pen- 
dant que  l'arrhevéque  de  Vienne  accomplissait  la  même  démarche 
auprès  (lu  pa|)e.  L'archevêque  était  de  retour  à  Vienne  avant  le  mois 
d'octobre  *  cl  la  reine  sans  doute  à  la  même  époque. 

L'assemblée,  convo(juée  pour  élire  le  roi,  se  tint  à  Valencç  :  elle  est 
datée  sommairement  de  890  et  de  Tindiction  VIII. 

Les  |)récepte8,  qui  peuvent  servir  de  base  aux  recherches  pour  déter- 
miner le  style  delà  chancellerie,  sont  les  suivants  : 

Lyon^  18  mars  892,  Tan  2. 

Nice'»,  11  août  891,  ind.  12,  l'an  4. 

Slnuufiala  *,  H\H\,  ind.  M,  Tan  5. 

(]arpentras  •"',    81M),  ind.   M,  Tan  0. 

()ranj,'e  «,  896,  ind,  15,  Tan  6. 

Lyon^,89f),  ind.    15,  l'an  t>. 

898,   ind.  1,  l'an?  ». 

Sur  ces  sept  j)réceptes,  six  mentionnent  l'indiction  :  elle  coïncide 
toujours  exactement  avec  l'aimée  de  l'incarnation  exprimée,  à  supposer 

1.  Ponpîirdiii,   p.  lî>r>. 

2.  Hou((uet,  IX,  p[).  074-07"). 
'A.  Ihi(L,  j)p.  07">-070. 

i.   P()U])ar(lin,   pp.  400-'*07. 
'».   noiMjuet,  IX,  pp.  070-077. 
0.  //>tV/.,  p.  07H. 

7.  //>/r/.,  p.  079. 

8.  ILid.,  p.  080. 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  457 

que  les  .V  et  6**  (rentre  eux  aient  été  délivrés  dans  la  dernière  période 
de  Tannée,  après  le  moment  où  avait  eu  lieu  le  chan^^ement  de  Tindic- 
tion,  qui  précédait  celui  du  millésime.  Il  va  donc  accord,  au  moins, 
de  deux  éléments  sur  trois  que  comporte  le  style. 

Il  s'aprit  de  savoir  à  quelle  date  la  chancellerie  effectuait  le 
chan^^ement  du  millésime.  Kn  se  plaçant  dans  le  style  actuel  du 
1*"^  janvier  ou  dans  le  style  de  Noël,  ou  bien  encore  dans  le  style  véni- 
tien du  1^^  mars,  puisque  le  18  mars  89'2  se  trouvait  dans  la  seconde 
année  du  règne  et  le  11  août  894  dans  la  quatrième,  le  roi  aurait  été 
élu  et  sacré  après  le  11  août  890,  mais  avant  le  18  mars  891.  Toute- 
fois rassemblée  d'élection  étant  datée  de  890,  les  limites  extrêmes, 
entre  lesquelles  flotterait  la  première  année  du  règne,  se  réduiraient 
du  12  août  890  au  dernier  jour  de  Tan  891.  On  doit  constater  que, 
par  suite,  Tan  5**  du  règne  ne  pourrait  convenir  au  3*^  précepte  qui  est 
daté  de  896;  Tan  7*^  ne  pourrait  davantage  convenir  au  7®  précepte 
daté  de  898,  car  Tan  5^  ne  peut,  dans  ce  système,  dépasser  le  dernier 
jour  de  Tan  895  et  le  1^  ne  peut  pareillement  dépasser  le  dernier  jour 
de  Tan  897. 

Il  faut  donc  renoncer  au  style  de  Noël  pour  le  changement  du  millé- 
sime :  de  même,  à  ceux  du  1**''  janvier  et  du  l^*"  mars. 

En  se  plaçant  dans  le  style  florentin  de  l'Annonciation  ou  dans  celui 
de  Pâques,  le  précepte  du  18  mars  892  correspondrait,  suivant  le 
style  actuel,  au  18  mars  892/3.  Par  suite,  le  18  mars  892/3  se  serait 
trouvé  dans  la  seconde  année  du  règne  et  le  11  août  894  dans  la  qua- 
trième, ce  qui  est  matériellement  impossible.  Reste  uniquement  à 
supposer  l'emploi  du  style  pisan  de  TAnnonciation  pour  régler  le  style 
de  la  chancellerie  du  royaume  de  Provence.  Le  précepte  du  18  mars 
892  correspond,  aussi  bien  dans  ce  style  que  dans  le  style  actuel,  au 
samedi  18  mars  892,  veille  du  2®  dimanche  de  carême.  Celui  du 
1 1  août  894  correspond,  dans  le  style  actuel,  au  samedi  11  août  894/3. 
Puisque  le  premier  a  été  donné  dans  la  2^  année  du  règne  et  le  second  dans 
la  4",  le  roi  aurait  été  élu  et  sacré  entre  le  18 mars  et  le  11  août  891/0 
suivant  le  style  employé  par  sa  chancellerie.  L'assemblée  de  son  élec- 
tion est  datée  de  890  :  si  le  notaire,  qui  en  a  rédigé  le  procès- verbal  à 
Valence,  suivait  déjà  le  même  style  que  la  chancellerie  allait  adopter, 
cette  assemblée  se  serait  donc  tenue  entre  l'automne  de  890/89,  date  du 
retour  de  la  reine  et  de  Tarchevêque,  et  le  25  mars  890.  Cependant,  l'as- 
semblée d'élection  se  présente  sous  Taspect  d'un  concile  qui  a  pu  adop- 


4S8  LA    PHOVENCK   DU    PREMIER    AU    XII®   SIÈCLE 

ter  le  slyle  de  Noël.  Sa  date  flotterait  alors  entre  le  25  décembre  889/90 
et  le  1 1  août  81M)  ;  le  sacre  lui-même,  entre  le  18  mars  890  et  le 
il  août  891/0.  Les  limites  extrêmes  et  possibles  de  la  F*année  du  règne 
seraient  donc  comprises  entre  le  18  mars  8ÎK)  el  11  août  892/1. 

Ceci  dit,  les  sept  préceptes  cités  plus  haut  se  dateraient  ainsi  qu'il 
suit,  à  ne  tenir  compte  que  de  Tan  du  règne  : 

Lyon  [samedi],  18  mars  892,  Tan  2. 
Nice  [samedi],   11  août  891/3,  Tan  4. 
Slrangitila  [25  mars- 11  août,  896/5,  Tan  5. 
Carpentras  [25  mars  890/5-24  mars  81H)],  Tan  6. 
Orange  [25  mars  896/5-24  mars]  896,  l'an  6. 
Lyon  [25  mars  896/5-24  mars]  896,  Tan  6. 
25  [mars-ll   août]  898/7,   Tan  7. 

Kn  dernier  lieu,  il  convient  de  tenir  compte  de  Tindiction.  Dans  le 
style  actuel,  prenant  Tindiction  en  septembre,  la  12*  aurait  duré  de 
septembre  893  jusqu'en  septembre  894  et  la  14",  de  septembre  895 
jusqu'en  septembre  896.  La  prenant  à  Noël,  elles  auraient  duré,  res- 
pectivement, de  Noël  893  jusqu'à  Noël  894,  puis  de  Noël  895  jusqu'à 
Noël  89<).  Kn  employant  le  style  pisan  qui  précède  le  style  florentin 
d'un  an,  il  paraît,  par  les  préceptes  de  Nice  et  de  Sfrangiata^  que  la 
chancellerie  royale  a  également  employé  une  indiction  précédant 
d'un  an  l'indiction  usuelle.  La  12**  indiction  aura  donc  été  mentionnée 
de  septembre  ou  de  Noël  893/2  jusqu*en  septembre  ou  Noël  894/3  ; 
la  14*,  de  septembre  ou  Noël  895/4  jusqu'en  septembre  ou  Noël 
896/5. 

Les  dates  des  préceptes  seront,  par  conséquent,  les  suivantes  : 

Lyon,  [samedi],  18  mars  892,  l'an  2*. 

Nice,  [samedi]  11  avril  891/3,  l'an  4%  indiction  12«. 

Slrangiala,  [25  mars-ll  août]  896/5,  l'an  5*^,  indiction  14*. 

Carpentras,  [25  mars-25  décembre'  896/5,  Tan  6*^,  indiction  14*. 

Orange,  [septembre  896/5-24  mars  896],  Tan  6%  indiction  15*. 

Lyon,  [septembre  896/5-24  mars  896],  l'an  6",  indiction  15®. 

[25  mars-ll    août]  898/7,    l'an7'\   indiction  1". 

Ainsi,  l'avance  d'un  an  pour  le  millésime  au  25  mars,  c'est-à-dire 
le  style  pisan,  combinée  avec  une  pareille  avance  d'un  an  pour  Tindic- 
tion,  tel  est  le  seul  système  qui  rende  compte  du  style  employé  par  la 
chancellerie  royale.  Si  ce  mode  de  comput  n'avait  pas  été  systémati- 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  459 

quement  employé,  on  ne  pourrait  comprendre  qu'il  cadre  avec  toutes 
les  dates  des  préceptes,  qu'il  fixe  une  concordance  exacte  entre  les 
trois  éléments  de  chacune  d'elles,  sans  aucune  erreur,  et  que  lui  seul 
permette  d'arriver  à  ce  résultat  satisfaisant. 

On  n'a  cité  jusqu'à  présent  que  des  préceptes  dont  la  date  indique 
à  la  fois  le  millésime  et  Tau  de  règne.  lien  existe  un  autre,  en  faveur 
de  Tournus,  daté  du  22  juin,  l'an  12®  du  règne  et  Tindiction  14  *. 
Cette  date  présente  une  erreur  évidente  de  .transcription  dans  l'année 
du  règne.  Cette  erreur  a  dû  être  causée  par  le  H  ou  V  pris  aisément 
pour  un  X  et,  par  suite,  il  faudrait  probablement  rétablir  l'an  VII  au 
lieu  de  Tan  XII. 

D'après  ce  qui  vient  d'être  établi,  Tindiction  14®,  correspondante  au 
style  employé,  a  dû  être  notée  de  septembre  ou  Noël  894  jusqu'en 
septembre  ou  Noël  895.  Le  précepte  en  question  aurait  donc  été  déli- 
vré le  [dimanche]  22  juin  [895].  Cela  est  fort  peu  probable,  car  on  n*a 
pas  d'exemple,  comme  on  le  verra,  de  précepte  délivré  le  dimanche, 
sauf  très  solennellement  à  Pâques.  Au  contraire,  il  en  existe  un  bon 
nombre  de  datés  le  samedi.  Les  restitutions  les  plus  voisines  seraient 
donc  celle  du  [samedi],  22  juin  [895/i],  indiction  13®  ou  celle  du 
[mardi]  22  juin  [897/6],  indiction  15*.  En  raison  de  la  restitution 
probable  de  l'an  VII  du  règne,  il  faudrait  s'arrêter  à  cette  dernière. 
Dans  ce  cas,  le  début  du  règne,  qui  a  été  iixé  plus  haut  entre  le  18  mars 
et  le  11  août,  serait  précisé  entre  le  18  mars  et  le  22  juin  890.  Reste- 
rait Terreur  de  l'indiction  qui  aurait  été  ramenée,  on  ne  sait  par  qui, 
du  style  de  la  chancellerie  à  celui  du  style  employé  plus  tard  généra- 
lement. 

La  chancellerie  royale  n'était  pas  la  seule  à  employer  le  style  pisan 
de  l'Annonciation.  On  le  trouve  à  la  même  époque  dans  un  acte  solen- 
nel dressé  pour  l'archevêque  d'Arles,  en  présence  de  son  clergé:  cet 
acte  est  son  testament.  En  voici  la  date-  : 

«Ego  Robertus  infirmus  monachus  et  sacerdos,  jubente  domino 
Rostagno,  testamentum  [scripsi]  mensc  junio,  die  dominico,  VIII 
idus^  anno  ab  Incarnatione  Domini  octingentesimo  nonagesimo 
septimo,  indictione  décima  quarta,  régnante  domino  Ludovico  rege 
anno  sexto.  » 

1.  Bouquet,  IX,  p.  677. 

2.  J.-H.  Albanès  et  Ul.  Chevalier,  Gallia  Chriatiana  novissima  :  Arles, 
col.  94-96,  n«  233. 


460  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII''    SIÈCLE 

Cette  date  contient  cinq  éléments  :  deux  d*entre  eux,  c'est-à-dire  le 
jour  de  la  semaine  et  le  quantième  du  mois,  forment  une  concordance 
certaine.  Le  dimanche  (>  juin  897,  indiction  XIV,  Tan  VI  du  rèpne  de 
Louis,  correspond,  dans  le  style  actuel,  certainement,  au  dimanche 
6  juin  8%,  qui  fut  le  ^*'  dimanche  après  la  Pentecôte.  Par  conséquent, 
dans  Pentourage  de  Tarchevêque  d'Arles  et  pour  un  acte  très  solen- 
nel, on  employait  bien  le  style  pisan  :  mais  cette  anticipation  du  millé- 
sime n'entraînait  pas  celle  de  Tindiction.  De  plus,  cet  acte  prouve  que 
le  début  du  règne  de  Ix)uis  doit  être  restreint  entre  le  6  juin  et  le 
1 1  août  890. 

Si  on  accepte  la  restitution  probable  du  [mardi]  22  juin  [897/(>\  dans 
Tan  Vil  du  règne,  pour  ladatedupréceptedeTournus,  le  début  du  règne 
devrait  être  restreint  d'autre  part  entre  le  samedi  Cet  le  lundi  22juin 
81M).  Le  roi  de  Provence  aurait  donc  été  sacré  et  couronné,  soit  le  l*', 
soit  le  second,  soit  le  troisième  dimanche  après  la  Pentecôte,  7,  14 
ou  21  juin  890,  soit  encore  le  jeudi  11  juin,  en  la  fête  de  Tapôtre 
saint  Harnabé. 

A  considérer  ces  derniers  résultats  comme  provisoirement  acquis, 
les  dates  des  préceptes  cités  peuvent  être  établies,  en  définitive,  ainsi 
qu'il  suit  : 

Lyon,  [samedi],  18  mars  892,  l'an  2^ 
Nice,  [samedij,  11  août  891/3,  l'an  4*",  indiction  V2'', 
S/ra/i^/a^i,  [25  mars-22  juinj  896/5,  l'an  5*,    indiction  14*. 
Carpentras,  [6  juin-2r)  décembre]  89G/5,  l'an  C*",  indiction  14**. 
Orange,  W''^  septembre  896/5-24  mars]  896,  l'an  6*",  indiction  15* 
Lyon,  [1"  septembre  896/5-24  mars]  896,  l'an  t)«,  indiction   15'*. 
Fitilianis,  [mardi]  22  juin  [897/6],  l'an  7'*(?),  indiction  14"  {sic), 
[25  mars-22  juinj  898/7,  l'an  7",  indiction  1***. 

IlL  —  Chancellerie  impériale  sous  V archichancelier  Rainfroy, 

Le  roi  de  Provence  Louis  fut  couronné  roi  de  Lombardie  à  Pavie  le 
dimanche  12  octobre  900,  puis  comme  empereur  à  Rome  le  dimanche 
15  ou  22  février  901  ^.  A  dater  de  ce  moment,  l'ère  de  son  règne  en 
Provence  est  abandonnée  pour  faire  place  à  son  ère  impériale,  dans  la 
date  des  actes  de  chancellerie. 

Ponpanlin,  pp.  170-171. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  461 

Cette  chancellerie,  placée  sous  la  haute  direction  des  archevêques  de 
Vienne  Rainfroy  (28  janvier  899,  30  avril  907)  et  Alexandre  (  19  oclobre 
907-17  décembre  926)  comme  archichanceliers  \  a  obéi  successive- 
ment au  chancelier  Arnoux  (900-907),  aux  notaires  Thion  (912),  Gar- 
nier  (19  octobre  907-912)  et    Uboud  (18  janvier  915-928). 

Le  premier  précepte  connu  de  Louis  en  Lombardie  *  est  daté  de 
Pavie,  la  veille  de  son  couronnement,  c'est-à-dirè  le  samedi  11  oc- 
tobre 900  : 

«  Arnulfus  notarius,  jussi  domni  Hludovici  serenissimi  régis,  legi 
et  subscripsi.  » 

a  Data  .V.  idus  octobris  anno  incarnationis  dominicic  DCCCC,  anno 
vero  domni  Hludovici  gloriosissimi  régis  .1.,  indictione.llll.  ;  Actum 
Papie  féliciter,  amen.  » 

Dans  ce  précepte,  dont  l'original  est  aux  archives  capitulaires  de 
Parme,  Louis,  par  un  ordre  direct  à  son  notaire  Arnoux,  concède 
Cortemaggiore  à  l'impératrice  Ageltrude,  veuve  de  Guy. 

Le  dernier  précepte  connu  de  Louis  en  Lombardie  est  daté  de 
Pavie  le  [mercredi]  12  mai  902,  dans  la  semaine  avant  la  Pentecôte  •^. 

Dès  le  17  juillet  suivant,  il  devait  avoir  repassé  les  Alpes  et,  le 
[jeudi]  11  novembre,  à  la  Saint-Martin,  on  le  trouve  elFectivement  à 
Vienne  *.  A  cette  date,  il  délivre  un  précepte  en  faveur  de  Bernard  et 
de  Thibert,  sur  la  demande  de  l'illustre  duc  et  marquis  Guillaume, 
leur  concédant  Tabbaye  de  Saint-Martin  d'Ambert,  dépendance  de  la 
mense  comtale  de  Lyon,   sise  en  Roannais  : 

«  Arnulfus  notarius  ad  vicem  Ragimfridi  arcliipresuli  et  archican- 
cellarii  recognovi.  Dato  .III.  idus  novimbres,  anno  Domini  DGCCCII, 
indictione  V,  anno  secundo  imperante  domno  Ludovico  imperatore. 
Hactum  Vienne  publiée,  in  Dei  nomine  féliciter,  amen. 

i.  Louis  n*a  eu  unarchichancelier  qu'à  dater  de  son  accession  à  l'Empire: 
voilà  pourquoi  Raiiifroy  a  été  le  premier  à  porter  ce  titre. 

2.  L.  Schiaparelli,  Diplo/ni  inediti  dei  secoli  IX  e  X  [BuUetino  delT  isti- 
luto  storico  italiano,  u^  21,  Roma,  1899,  pp.  135-137,  pièce  n<»  III). 

3.  Poupardin,  p.  180. 

4.  Bruel,  Bec,  de  Ch,  de  Cluny^  n<»  78  ;  voir  Bibl.  Nat.,  ms.  lat.,  n.  acq., 
2281,  n®  1,  l'original  sur  parchemin.  S'il  y  en  avait  eu  une  seconde  expédi- 
tion sur  papyrus,  ce  serait  le  seul  exemple  connu,  pour  la  chancellerie  du 
nouvel  empereur,  de  cet  usage  alors  en  désuétude.  Peut-être,  à  son  retour 
d'Italie,  la  chancellerie  de  Louis  avait-elle  quelques  velléités  de  suivre 
l'exemple  persistant  de  la  chancellerie  papale  :  en  tout  cas,  cet  exemple 
douteux  serait  le  plus  récent  de  ce  genre,  provenant  d'une  chancellerie 
française  ou  bourguignonne. 


462  LA    PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XIl*"   SIÈCLE 

Une  fois  de  retour  dans  son  royaume  de  Provence,  il  le  parcourt 
pour  montrer  sur  son  front,  à  ses  premiers  sujets,  le  diadème  impérial. 

Il  part  de  Viemic  après  Pâques,  visite  1-yon  à  Tautomne  et  Arles 
au  printemps  suivant  :  les  dates  des  préceptes,  conservés  par  les 
cartulaires  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  de  Saint-Victor  de  Marseille 
et  les  archives  de  révèohé  d  T/ès,  sont  à  mentionner  ici. 

I"  Précepte  en  faveur  du  vicomte  de  Vienne,  sur  la  commune 
demande  de  rarchevéque  de  Vienne  Rainfroy,  protonotaire  ou  archi- 
chancelierdu  sacré  palais,  et  du  comte  de  Viennois  Hugues  *  : 

«  Teudonotarius,  ad  viccm  Hanij^anifrediarchicancellarii,  recognovi. 
Datum  Vieime  civitali,  XV  kalendas  maii,  anno  Dominice  incarna- 
tionis  DC(XClI,anno  etiam...imperii  domni  nostri  Ifludovici  augusti. 
Actum  Vienne  civilati,  in  Christi  nomine  féliciter,  amen.  » 

2"  Précepte  en  faveur  <lu  comte  de  X'alentinois  Alleaume  et  de  sa 
femme  Rotlinde,  sur  la  demande  de  l'archevêque  d'Arles  RosUing, 
de  Tévéque  ide  Maçon  i  Rernon,  des  comtes  Luid frid us ^  Hugues  de 
Viennois  et  Thibert  de  Provence  ^  : 

«  Adrulfus  ^,  notarius,  ad  viceni  Ragcmfridi  archipresuli  et  archi- 
cancellarii,  recognovi.  Datum  VIII  idus  junii,  anni  Domini  DCCCCIll 
indictione  VI,  anno  III  imperante  donino  Illudovico  gloriosissimo 
imperatore  augusto,  in  l)ei  nomine  féliciter,  amen.  » 

3"*  Précepte  en  faveur  de  Tévéque  d'L'zès  .\miel,  disposant  d'un 
bien  dans  le  comté  d'Avignon,  sur  la  demande  de  Thibert  comte  de 
Provence  et  de  Walon   *: 

«  Arnulfus  cancellarius,  jubente  domno  imperatore  recognovi  et 
subscripsi.  »  Data  XV  calendas  octobris  anno  Dominicciî  incarnationis 
DCCGCIII  indictione  VI,  anno  III  imperante  domno  Hludovico  impe- 
ratore. Actum  Lugduno,  in  Dei  nomine  féliciter,  amen.  » 


1.  Ui.  Clievalier,  Descr.  du  Cartulairr  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  p.  43, 
n°  193  ;  acte  édité  par  le  môme  dans  le  volume  consacré  au  Cart.  deSaint^ 
And  ré"  le- Bas,  pp.  219-221,  Appendix,  n.  11*. 

2.  Sic.  Il  faut  lire  Arnulfus,  s»ns  doute. 

3.  Chevalier,  .S.ii>i/-.V.iMriVe,  p.  43,  n.  19o;  éd.  Cart,  de  Sainte  And  ré-le^ 
fias,  pp.  221-222  ;  Appondix,  n.  12*. 

4.  Bouquet,  IX,  p.  082.  —  Deloche,  S.  Bemy  de  Provence  au  Moyen  Aye 
{Mthn.  do  /Mr.  doslnscr,,  t.  XXXIV,   l'«  partie,  p.  100\ 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  463 

4®  Précepte  en  faveur  de  Tabbaye  de  Saint- Victor  de  Marseille, 
disposant  de  biens  dans  le  comté  de  Marseille,  sur  la  demande  de  Tar- 
chevèque  d'Arles,  Rostainj^^,  et  du  comte  de  Provence  Thibert  *  : 

n  Arnulfus  recognovit   et  subscripsit.    Data  XI  kalendas  mai,   anni 
Domini  DCCCGIIII,  iudictione  VII,  anno  III  imperante  domno  nos 
tro  Hludovico.  Actum  Arelate  féliciter,  amen.  » 

A  en  juger  par  Tan  du  règne,  le  second  de  ces  préceptes  a  été  délivré 
le  [lundi]  6  juin  9()3,  le  lendemain  de  la  Pentecôte;  le  troisième  date 
du  [samedi]  17  septembre  903,  à  Lyon,  et  le  quatrième  du  [samedi] 
21  avril  901,  à  Arles,  la  veille  du  2*  dimanche  après  Pâques  *.  Il  n'y 
a  là  aucune  difficulté  :  Tindiction  mentionnée  par  chacun  de  ces  pré- 
ceptes concorde  parfaitement  et  le  style  de  ces  trois  dates  coïncide 
avec  le  style  actuel.  Quant  au  premier  des  préceptes  cités,  il  donne  lieu 
à  une  observation  importante.  Les  conclusions,  tirées  de  Texamendes 
actes  émanés  des  diverses  chancelleries  ecclésiastiques,  obligent  à  ne 
pas  mettre  en  doute  Texactitude  de  Tan  de  Tincarnation  dont  la  men- 
tion est  fournie  par  les  préceptes  impériaux,  à  moins  qu'une  absolue 
nécessité  n\  amène  la  critique.  L'archevêque  et  les  clercs  viennois, 
qui  composaient  la  chancellerie  impériale,  savaient  certainement  cal- 
culer la  succession  des  années  de  l'incarnation,  aussi  bien  que  de 
simples  évêques  ou  abbés.  De  plus,  la  critique  ne  doit  user  qu'avec 
prudence  de  «lafautedu  scribe  »  :  les  copistes  qui  ont  transcrit  les  car- 
tulaires  ont,  sans  doute,  commis,  par  le  fait,  des  inexactitudes  en  grand 
nombre.  Mais,  en  général,  ils  sont  attentifs  et,  d'ailleurs,  l'infidélité  ne 
se  présume  pas  :  il  faut  la  prouver,  quand  on  se  voit  obligé  de  la  soup- 
çonner. 

Le  précepte  à  examiner  est  daté  de  Vienne  le  17avril,ran  de  l'incar- 
nation 902. 

Cette  date  d'année  est  bonne,  jusqu'à  preuve  du  contraire;  elle  l'est, 
quand  bien  même  l'acte  ne  soit  connu  que  par  des  intermédiaires. 
L'original  a  été  transcrit  au  xn«  siècle  dans  le  Gartulaire  de  l'église 
métropolitaine  de  Vienne  et  là,  au  xvn*^  siècle,  un  érudit  en  a  relevé 
le  texte.  Or,  le  cartulaire  en  question  a   dû  être  transcrit  avec  soin  et 


1.  Guérard,  Cart.  de  Saint-Victor  de  Marseille  y  t.  I,  p.  11,  n.  10. 

2.  L'empereur  était  do  retour  à  Vienne  bitnlôl  :  il  y  délivre  un  préeeplc 
le  mercredi  31  octobre  (Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart,  de  Saint-Mauricef 
n.  190  ;  éd.  Bouquet,  VIII,  415). 


itîl  LA    PHOVENCE    DU    PREMIER    AU    XII"    SIÈCLE 

posémenl,  puisque  le  scribe  a  pris  la  peine  de  figurer  en  fac-similé  la 
souscription  impériale  :  quant  à  Téruilit,  il  s'agit  de  Baluze. 

Kn  avril  1H)"2,  suivant  le  stvle  actuel,  Tempereur  était  encore  au  delà 
des  Alpes  et,  précisément,  le  '21  de  ce  mois,  il  délivrait  un  précepte  fait 
à  Verccil  •.  Le  précepte  de  X'ienne  n'est  donc  pas  daté  dans  le  style 
actuel  :  il  ne  peut  l'élre  davantage  selon  le  style  de  la  Nativité,  ou 
selon  celui  de  l'Annonciation.  Reste  celui  de  Pâques  :  c'est  précisément 
le  dimanche  17  avril  que  tomba  Pâques  en  903,  selon  le  style  actuel. 
Il  est  donc  évident  que  le  précepte,  dont  il  s'agit,  est  un  précepte  solen- 
nel délivré,  le  jour  même  de  cette  grande  fête,  en  faveur  du  vicomte  de 
Vienne.  Mais,  ce  précepte  portant  encore  la  date  de  DCCCCII  et  non 
pas  celle  de  DCCCIil,  il  faut  en  conclure  que  le  millésime  changeait 
seulement  le  lendemain  :  Pâques  se  trouvait  ainsi  le  dernier  jour  de 
l'an  et  non  pas  le  premier.  Cet  usage,  qu'on  peut  ainsi  constater  d'une 
manière  si  précise,  comme  étant  alors  celui  de  la  chancellerie  impé- 
riale, restera  encore,  au  début  du  xiv'^  siècle,  employé  par  la  cour  royale 
des  monnaies  à  Paris,  qui  suivait  le  style  de  Pâques  comme  la  chan- 
cellerie royale  ^.  Dans  la  date  du  précepte,  l'indiction  n'est  pas  expri- 
mée ;  quant  à  l'an  du  règne,  la  copie  de  Balu/e  le  laisse  en  blanc.  Le 
précepte  donné  précédemment  à  Vienne,  le  11  novembre  902,  fournis- 
sant encore  l'indiction  5  ',  au  lieu  de  la  6",  et  le  précepte  donné  à 
Pavie,  le  7  décembre,  l'an  1"^  de  l'Empire,  fournissant  encore  l'indic- 
tion 1'"  au  lieu  de  la  .V  *,  c'est  un  indice  que  l'indiction  changeait  seu- 
lement après  le  7  décembre.  Ce  style  de  l'indiction  remonte  seulement 
à  l'an  901,  car  les  préceptes  des  11  et  31  octobre  9lM)  donnent  déjà  l'in- 
diction i  '"■*.  Donc,  lorsque  Louis  vint  prendre  possession  du  royaume 
de  Lonibardie,  à  l'automne  de  900,  sa  chancellerie  prit  l'indiction  1  en 
octobre  ;  mais,  devenu  empereur  au  début  de  901,  sa  chancellerie  atten- 
dit désormais  Noël  pour  remplacer  la  i"  par  la  5**. 

1.  Ernst  Diimmler,  Geata  Beremjarii  impcratori»^  Halle,  t87i,  pp.  182- 
1H3  ;  Poupardiii,  p.  tOO,  n.  8. 

2.  Giry,  Manuel  do  diplomatiqar,  p.  111  cl  n.  3. 

3.  Cluny,  n.  78;  Bouquet,  Uht.  de  France,  IX,  p,  681. 

4.  Ernst  Diimmler,  Gesla  Berenyarii  /m/jera/o/'i.v.  Halle,  1871,  pp.  182- 
183. 

r>.  Ihid. 

Le  précepte  donné  par  Diimmler  comme  du  15  février  902,  indiction 
5,  l'an  2*^,  ne  cadrerait  pas,  par  le  style  de  sa  date,  avec  le  style  vénitien  ; 
mais,  précisément,  M.  Poupardin  le  déclare  suspect  d'altération  ip.  171, 
n.  1,  in  fine). 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  465 

Le  précepte  étudié  fut  donc  établi  le  dimanche  de  Pâques  17  avril 
902/3  à  Vienne  et  il  prouve  que  la  chancellerie  impériale  changeait 
alors  le  millésime  au  lundi  de  Pâques.  L'année  précédente,  en  Italie, 
un  précepte  de  Pavie  le  21  avril  est  daté  de  902,  quand  un  préalable 
du  11  février  donne  encore  le  millésime  901  avec  Tindiction  5  et 
Tan  l®""  du  règne.  Le  précepte  du  11  février  901  date  du  jeudi,  lende- 
main des  Cendres  :  celui  donné  à  Rome  le  2  mars  901,  indiction  4, 
oblige  à  conclure  que  le  changement  de  millésime  s'opérait  alors  entre 
le  11  février  et  lé  2  mars,  elles  probabilités  sont  en  faveur  du  style 
vénitien  au  1'*^  mars,  qui  ainsi  a  dû  être  employé  en  Italie  par  la  chan- 
cellerie impériale. 

Mais  le  style  vénitien  n'a  été  employé  par  elle  qu'en  901  et  en  902, 
jusqu'au  retour  de  Tempereur  en  Provence  :  dès  903,  c'est  le  style  à 
Pâques  qui  lui  succède. 

Tels  sont  les  résultats  que  permettent  de  grouper  les  préceptes.  Ces 
résultats  fixent  le  style  employé  par  la  chancellerie  impériale.  En  Ita- 
lie, les  millésimes  de  901  et  902  paraissent  pris  au  1"  mars  ;  puis  en 
Provence,  dès  903,  sous  la  direction  de  Tarchichancelier-archevêque 
de  Vienne  Rainfroy  et  sous  l'autorité  du  chancelier-notaire  Arnoux,  le 
millésime  se  trouve  désormais  pris  au  lundi  de  Pâques  ;  l'indiction, 
changée  en  septembre  Tan  900,  est  à  Noël  dès  901  ;  l'an  de  règne 
change  à  l'anniversaire  du  couronnement. 

En  raison  de  ces  résultats,  un  précepte,  tiré  des  archives  de  l'arche- 
vêché d'Avignon  où  il  se  trouve  conservé  en  original,  paraît  *,  à 
première  vue,  contenir  une  erreur  dans  sa  date,  de  manière  à  faire 
supposer  une  négligence  possible  de  la  chancellerie  : 

[paraphe]  «  Arnolfus  cancellarius  iussu  imperiali  recognovi  ei[sceau] 
subscripsi.  Actumapud  Uiennam.anni  Dommi.  DCCCCIILJ.  Indicione 
.VL  Anno  tercio  Imperante  domno  hludouico  imperatore.  InDei  nomine 
féliciter.  AMen.  » 

Ce  précepte,  qui  a  passé  par  les  mains  du  chancelier  Arnoux,  a  été 
délivré  sur  sa  propre  demande  en  faveur  de  Raymond,  prévôt 
[d'Arles  J  et  ambassadeur  (?)  ou  prédicateur  (?)  de  l'empereur. 

On  a  cité  plus  haut  deux  autres  préceptes  très  régulièrement  datés 
de  903,  de  l'indiction  VI  et  de  l'an  III;  on  en  a  cité  un  troisième  daté 
non  moins   régulièrement  du  21  avril  904,  de  l'indiction  VII  et  de 

1.  Arch.  départ,  de  Vaucluse,  G.  6,  f.  10. 
Mém,  et  doc,  de  l'Ecole  des  Chh-les.  —  VII.  30 


466  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU    Xll*    SIÈCLE 

Tan  IV.  Ces  actes  émanaient  du  même  chancelier  :  il  serait  donc 
incompréhensible  que  ce  chancelier  continue,  dans  Tacte  d'Avignon, 
à  joindre  tardivement  Tindiction  VI  et  l'an  IH  à  Tan  904  quand  il 
emploie,  dès  le  21  avril  de  cette  même  année,  Tindiction  VII  et  Tan  IV 
qui  conviennent  désormais.  Ce  serait  une  inconséquence  et  un  oubli 
bien  singulier  qui  lui  seraient  imputables  dans  l'exercice  de  ses  fonc- 
tions. Avant  de  croire  à  l'incapacité  des  gens,  il  faut  en  avoir  la 
preuve  établie  :  l'attention  doit  donc  se  porter  d'une  manière  aussi 
minutieuse  que  possible  sur  l'original.  Quand  on  Ta  devant  les  yeux, 
on  remarque  que  l'an  du  règne  est  écrit  en  toutes  lettres,  sans  grat- 
tage. C'est  donc  un  premier  élément  à  l'abri  de  la  critique.  L'an  de 
l'incarnation  et  Tindiclion  sont,  au  contraire,  en  chiffres  romains  : 
chacun  des  deux  nombres  écrits  figure,  selon  l'usage,  entre  deux 
points.  Chacun,  de  ces  deux  nombres  exprimés,  se  termine  par  une  ou 
plusieurs  unités  :  or,  l'unité  terminale  n'est  pas  écrite  de  la  même 
manière  dans  le  premier  et  dans  le  second  groupe  de  chiffres.  Dans  l'in- 
diction,  écrite  .VI.,  l'unité  finale  est  formée  d'un  trait  vertical  qui  ne 
dépasse  pas  le  bas  de  la  ligne.  Dans  l'année  de  l'incarnation,  écrite 
.DCCCGIII.J.,  l'unité  finale  est  formée  d'un  trait  qui  se  prolonge  fort 
bas  par  un  jambage  au-dessous  de  la  ligne.  Ce  jambage  est  une  parti- 
cularité qui  ne  se  retrouve  guère  ailleurs,  au  moins  dans  ceux  des  pré- 
ceptes originaux  de  cette  chancellerie  conservés  à  Avignon  :  l'habitude, 
des  scribes  de  ces  originaux,  était  de  ne  pas  donner  plus  de  dévelop- 
pement à  la  dernière  unité  qu'aux  précédentes.  En  y  regardant  de 
plus  près,  on  constate  que  cette  dernière  unité  à  jambage  semble  sur- 
montée d'un  léger  trait  faisant  l'oflice  d'une  ponctuation,  ce  qui  n'a 
pas  lieu  pour  les  autres  unités.  Enfin,  entre  les  deux  dernières  unités 
et  au  niveau  inférieur  de  la  ligne,  s'aperçoit  un  point  pareil  à  ceux 
placés  avant  et  après  les  deux  groupes  de  chiffres.  Le  groupe  de 
chiffres,  qui  exprime  l'année  de  l'incarnation,  se  présente  donc  ainsi  : 
.DCCCGIII.J.  La  conclusion  s'impose  ;  quand  le  précepte  est  sorti 
des  mains  du  scribe  officiel  et  a  passé  devant  les  yeux  du  chancelier 
Arnoux,  la  date  portait  :  «  anni  Domini  .DCCCCIII.  Indicionc  .VI. 
Anno  tercio.  »  Cette  date  est  aussi  régulière  que  celles  des  préceptes 
précédents  émanés  de  la  même  autorité.  Puisque  le  millésime  était 
pris  au  lundi  de  Pâques  et  l'indiction  à  Noël,  ce  précepte,  en  style 
moderne,  doit  être  daté  de  Vienne  [18  avril-25  décembre]  903.  Comme 
il  était  destiné  à  un   personnage  d'ordre  très  secondaire,   la  date  de 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  467 

temps  et  Vacle  de  lieu  se  trouvent  confondus  :  de  plus,  le  chancelier 
a  jugé  inutile  d*exprimer  la  date  de  jour  et  de  mois.  Il  en  avait  fait 
autant  en  898,  dans  un  précepte  précédent  accordé  au  même  bénéfi- 
ciaire, sur  la  demande  de  l'archevêque  d'Arles. 

On  a  dit  que  Tempereur,  de  retour  d'Arles,  se  trouvait  à  Vienne  le 
mercredi  31  octobre  904  ^  L'année  suivante,  au  printemps,  il  voulut 
regagner  la  Lombardie  :  il  y  délivra  un  précepte  le  mardi  4  juin  '. 
Mais,  restant  maladroitement  isolé,  loin  de  sa  base  naturelle,  qui  était 
la  marche  d'Ivrée,  il  fut  pris  par  son  adversaire  et  eut  les  yeux  arra- 
chés à  Vérone  le  dimanche  21  juillet  *.  L'empereur,  aveuglé,  fut 
renvoyé  dans  Vienne.  Le  samedi  26  octobre  905,  il  y  donne  un  pré- 
cepte qui  est  en  faveur  de  l'église  de  Vienne,  comme  celui  délivré 
un  an  auparavant  ^. 

Jusque  là,  sous  l'habituelle  autorité  du  chancelier  Arnoux,  le  style 
de  la  chancellerie  impériale  est  demeuré  soumis  à  des  règles  succes- 
sives, mais  certaines.  Parmi  les  préceptes  cités,  dont  la  date  est  plus 
ou  moins  développée  suivant  le  degré  de  solennité  de  l'acte,  on  n'a 
rencontré  aucune  erreur  qui  fût  imputable  à  la  chancellerie,  soit  dans 
le  calcul  de  l'année  de  l'incarnation,  soit  dans  celui  de  l'an  du  règne, 
soit  même  dans  celui  de  l'indiction. 

Cet  Arnoux,  probablement,  était  un  prêtre  d'origine  arlésienne  •"*; 
on  peut  assurer,  en  tout  cas,  qu'il  avait  des  relations  personnelles 
et  spéciales  avec  la  Provence.  En  effet,  Arnoux  intervient  en  903 
pour  le  prêtre  Raymond.  Ce  bénéficiaire,  en  898,  avait  déjà  obtenu 
un  premier  précepte  en  qualité  de  prévôt,  sur  la  demande  de  l'arche- 
vêque d'Arles  Rostaing.  L'abbé  Albanès  lire  de  ce  fait  la  conclusion 
très  acceptable  que  Raymond  était  prévôt  de  l'église  d'Arles*.  Puisque 
le  chancelier  Arnoux,  en  903,  protège,  comme  l'archevêque  d'Arles 
l'avait  fait  en  898,  ce  prévôt,  c'est  un  indice  qu'il  est  lui-même  arlé- 
sien  ou,  du  moins,  qu'il  a  des  relations  personnelles  avec  Arles.  On 

1.  Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart,  de  Saint-MaurioCj  n®  190;  Bouquet, 
Ilist,  de  France,  VIII,  415. 

2.  Poupardin,  p.  181,  n.  4  ;  Cod.  diplom.  Langob.^  col.  696. 

3.  Ibid,,  pp.  185-186. 

4.  Ul.  Chevalier,  Descr,  du  Cart.  de  Saint-Maurice ,  n.  194;  Bouquet, 
VIII,   416. 

5.  Liber  episcopalis  Vienacnsis  ccclcsiœ,  §  LI  ;  Duchesne,  Fastes  épis- 
copaux,  t.  I,  p.  204. 

6.  Gall.noviss.  :  Arles,  col.  1038-1039. 


468  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

corrobore  cet  indice  en  remarquant  que,  le  dimanche  6  juin  897/6, 
Rostaing,  rarchevéque  d'Arles  dont  il  vient  d'être  question,  dictait 
son  testament  en  présence  de  Renard,  évoque  de  Cavaillon.  Cet  acte 
important  est  souscrit,  aussitôt  après  les  pontifes,  par  Arnoux  exiguus 
omnium  sacerdotum.  Si  Arnoux  avait  été  un  humble  prêtre,  il  ne  se 
serait  pas  cru  tenu  d'étaler  une  formule  d'humilité  si  bien  sentie  :  le 
ranj^  de  sa  souscription  et  cette  formule  elle-même  laissent  transp.i- 
raîtrcson  importance.  Celui  qui  le  suit.  Guignes, est  naturellement  un 
homme  moindre  :  aussi  sa  formule  d'humilité  est  moins  appuyée.  Il  ^e 
dit  humilinS  mînister^  sans  prétendre  être  petit  entre  tous.  Enfin,  les 
six  prêtres  ordinaires,  qui  assistent  à  l'acte  et  dont  les  souscriptions  se 
pressent  dans  l'espace  resté  libre  du  parchemin,  n'éprouvent  aucun 
besoin  d'ajouter  à  leur  qualité  de  prêtre  l'affirmation  d'une  humilité 
qui,  sans  doute,  était  assez  évidente  par  elle-même.  Le  besoin,  d'expri- 
mer de  la  médiocrité,  reparaît  finalement  dans  la  souscription  du  moine, 
assez  instruit  pour  écrire  le  testament  et  dont  la  valeur  était  certaine- 
ment supérieure  à  celle  des  simples  prêtres  de  l'assistance;  il  se  dit 
infirmus  monachvs  ^t  sacerdos  *.  Par  ces  raisons,  on  doit  reconnaître 
dans  Arnoux,  soi-disant  le  plus  petit  de  tous  les  prêtres^  le  chance- 
lier Arnoux  qui,  en  réalité,  était  le  premier  d'eux  tous  dans  le  pays. 
C'est  ainsi  qu'on  reconnaît,  dans  le  servus  servorum  Dei^  celui  qui,  en 
réalité,  est  le  maître  suprême  des  fidèles  et  le  vicaire  de  Dieu. 

Ce  testament  de  897/6  est  l'acte  solennel  qui  permet  de  constater 
l'emploi  du  style  pisan  par  les  scribes  artésiens  :  on  peut  se  deman- 
der si  le  style  en  question  a  passé  de  Vienne  à  Arles  par  l'intermé- 
diaire du  notaire  royal  Arnoux,  d'origine  artésienne,  ou  bien  si,  au 
contraire,  il  a  passé  d'Arles  à  la  chancellerie  royale  par  l'intermé- 
diaire de  ce  notaire,  en  raison  de  son  origine.  La  première 
opinion  a  les  vraisemblances  pour  elle,  car  les  scribes  du  royaume 
devaient  subir  plus  aisément  l'inlluence  de  la  chancellerie  royale  que 
celle-ci  la  leur;  de  plus,  le  slylt?  de  la  chancellerie  royale  devait  être 
fixé,  plutôt  par  l'archevêque  de  Vienne  que  par  le  notaire  placé  sous 
son  autorité. 

De  fait,  le  style  pisan  disparait  à  la  mort  de  l'archevêque  Barnoin 
(899)  ;  Arnoux,  qui  l'avait  employé  comme  notaire  depuis  892»  suit 
Louis  en  Lombardie.  Là,  il  fait  expédier  les  préceptes,  toujours  comme 

1.  (ialL  Christ,  noviss,  :  Arles,  n.  233. 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  469 

notaire,  sous  l'autorité  de  Tarchichancelier  pour  le  royaume  de  Lom- 
bardie,  c'est-à-dire  de  Liutward,  évêque  de  Côme.  Dès  ce  moment, 
au  lieu  de  rester  fidèle  au  style  pisan  que  lui  faisait  suivre  l'arche- 
vêque de  Vienne,  il  se  conforme  au  style  dicté  évidemment  par  Tar- 
chichancelier  lombard,  c'est-à-dire  au  style  vénitien.  Puis,  l'empereur 
rentrant  à  Vienne,  Arnoux  y  retourne  également  :  désormais,  il 
échappe  à  l'autorité  de  Tarchichancelier  de  Lombardie  pour  retomber 
sous  celle  du  nouvel  archevêque  de  Vienne,  archichancelier  pour  le 
royaume  de  Provence.  Si  le  style  pisan  avait  été  celui  du  notaire 
Arnoux  et  non  pas  celui  de  son  chef,  l'archevêque  Barnoin,  mainte- 
nant Arnoux  le  reprendrait.  Il  adopte  désormais,  comme  on  l'a  dit,  le 
style  de  Pâques  :  c'est  la  preuve  que  ce  style  de  Pâques  lui  est  inspiré 
par  le  nouvel  archevêque  de  Vienne,  Rainfroy  (28  janvier  899-30  avril 
907)  qui  est  désormais  l'archichancelier  compétent.  Cela  est  si  vrai 
que  les  huit  préceptes  royaux  de  892  à  898,  cités  plus  haut,  ont  tous 
pu  être  datés,  sans  erreur,  dans  le  style  pisan,  tandis  qu'on  a  un  pré- 
cepte royal,  daté  de  l'an  900,  indiction  2«,  Tan  1"  du  règne,  qui  ne 
concorde  pas  avec  ce  style.  Ce  précepte  est  daté  de  Vienne;  par  consé- 
quent il  est  antérieur  au  12  octobre,  date  à  laquelle  Louis  était  déjà  à 
Pavie  ;  il  ne  peut  cependant  être  antérieur  à  cette  date  de  beaucoup, 
puisqu'il  porte  déjà  la  mention  du  règne  en  Lombardie.  Dans  le  style 
pisan,  défini  plus  haut,  l'an  900  correspondrait  à  la  période  comprise 
entre  le  25  mars  899/900  et  le  24  mars  900  :  à  cette  époque,  Louis  se 
trouve  successivement  dans  l'an  IX  et  dans  l'an  Xde  son  règne  en  Pro- 
vence, il  n'avait  pas  encore  été  élu  roi  de  Lombardie.  Dans  le  style  de 
Pâques,  Tan  900  correspond  à  la  période  comprise  entre  le  21  avril 
900  et  le  12  avril  901.  Le  précepte  n'a  donc  été  délivré  qu'à  la  veille 
du  départ  pour  la  Lombardie,  entre  le  21  avril  et  le  12  octobre  900. 
C'est  l'hypothèse  qui  s'impose  :  par  conséquent,  le  style  de  Pâques 
a  bien  été  suivi  par  la  chancellerie  royale  en  Provence,  dès  l'avène- 
ment de  l'archichancelier  Rainfroy  et  avant  le  départ  de  Louis  pour  la 
Lombardie. 

Le  chef  de  la  chancellerie  royale  de  Provence,  avant  l'avènement  de 
Louis  à  l'empire,  n'ajoutait  aucun  titre  à  sa  dignité  d'archevêque  ;  le 
prêtre  Arnoux,  qui  le  remplaçait  d'ordinaire  pour  dicter  les  préceptes, 
portait  le  titre  de  notaire.  Ce  notaire  était  sans  doute,  on  Ta  dit,  d'ori- 
gine provençale.  La  formule  de  sa  souscription  est  celle-ci: 

«  Amulphus  notarius  ad  vicem  Barnoini  archiepiscopi  recognovi  et 
subscripsi.  » 


470  LA    PROVENCE    DU   PREMIER    AU    XIl«   SIÈCLE 

Qu'il  s'agisse  d'un  précepte  pour  le  Viennois,  qu'il  s'agisse  d'un 
précepte  pour  la  Provence,   cette  souscription  ne  varie  pas  *, 

A  partir  de  l'accession  au  trône  de  Ix>mbardie  et  à  l'empire,  l'orga- 
nisation de  la  chancellerie  varie. 

Avec  l'archevêque  de  Vienne  Rainfroy,  le  notaire  Arnoux  reste  le 
notaire  ordinaire.  C'est  lui  que  Louis  emmène  en  Lombardie  et  à 
Rome.  En  Lombardie,  il  garde  son  premier  titre  de  notaire  ;  mais,  bien 
entendu,  il  y  agit  désormais  au  nom  de  l'évêque  Liutward  que  le  roi 
s'est  choisi  comme  archichancelier  pour  la  Lombardie  : 

Sa  souscription  sera  donc  : 

«  Arnulfus  notarius  ad  vicem  Liutuardi  episcopi  et  archichancel- 
larii  *.» 

A  la  veille  du  couronnement  de  Pavie,  le  1 1  octobre  900,  c'est  le 
souverain  qui,  sans  passer  par  son  archichancelier  de  Lombardie, 
ordonne  directement  au  notaire  Arnoux  d'expédier  le  prt^cepte  d'Agil- 
trude  :  la  cause  de  cette  dérogation  au  style  habituel  et  de  cette  inter- 
vention personnelle  de  Louis  se  trouve,  sans  doute,  motivée  par  le 
fait  qu'il  s'agit  d'un  acte  concernant  une  impératrice  veuve.  A  cette 
occasion,  le  souverain  agit  en  personne. 

Après  l'accession  de  Louis  à  l'empire,  Arnoux  remplace  une  fois 
son  titre  usuel  de  notaire  par  celui  de  chancelier  : 

«  Arnulfus  cancellarius  ad  vicem  Lituardi  episcopi  et  archicancel- 
larii  '.  » 

Il  venait  évidemment  d'en  être  gratifié  ;  mais,  soit  que  renonciation 
de  ce  titre  nouveau  dans  les  préceptes  pour  la  Lombardie  fût  incor- 
recte, soit  qu'une  autre  raison  en  fût  la  cause,  tous  les  autres  pré- 
ceptes lombards  reviennent  à  la  précédente  souscription  où  il  énonce 
sa  simple  qualité  de  notaire,  vice-gérant  sous  l'autorité  de  l'archichan- 
celier  du  royaume.  Cependant,  un  précepte  fait  alors,  de  nouveau,  excep- 
tion par  la  singularité  de  sa  souscription  :  le  nom  de  l'archichancclier 
y  disparait,  celui  du  notaire  y  est  de  nouveau  suivi  de  sa  qualité  nou- 
velle de  chancelier  et  Arnoux  y  agit  par  l'ordre  direct  du  souverain: 

i.  Pour  le  Viennois,  précepte  de  Strangiata  [25  mars-22  juin]  896/5 
(Poupardin,  pp.  406-407).  Pour  la  Provence,  précepte  [25  mars-22  juin] 
898/7  (Bouquet,  IX,  p.  680). 

2.  Dûmmler,  pp.  182-183. 

3.  Ibid.,  précepte  de  Pavie  le  11  mars  901  pour  l'abbesse  de  Sainte-Théo- 
dote  de  Pavie. 


APPENDICE  DIPLOMATIQUE  471 

u  Arnolfus  noiarius  atque  cancellarius  jussu  domni  Hludovici  ^  » 

De  retour  sur  les  bords  du  Rhône,  le  notaire  et  chancelier  Arnoux 
retombe  sous  Tautorité  de  Tarchevéque  de  Vienne  qui,  désormais, 
joint  à  sa  dignité  pontificale  le  titre  d'archichancelier  pour  le  royaume 
de  Provence,  afin  de  ne  le  céder  en  rien  à  son  collègue  larchichancelier 
pour  le  royaume  de  Lombardie.  Désormais  le  provençal  Arnoux  n'est 
plus  le  seul  notaire  de  la  chancellerie  :  on  voit,  muni  comme  lui  de  cette 
qualité,  le  prêtre  Thion.  Celui-ci  était  d'origine  proprement  viennoise: 
du  moins,  il  faisait  partie  du  clergé  viennois.  Dès  le  4  avril  [896/5], 
il  rédige,  en  effet,  un  acte  en  qualité  de  notaire  de  Téglise  de 
Vienne  *. 

Quand  on  étudie  les  souscriptions  des  préceptes  émanés  de  la 
chancellerie  impériale  dans  le  royaume,  sous  Tautorité  de  Tarchichan- 
celier  Rainfroy,  on  constate  que  celle  de  Thion  est  conforme  à  celles 
d'Arnoux,  écrites  du  temps  de  Barnoin  ou  en  Lombardie  : 

«  Teudo  notarius  ad  vicem  Ramgamfredi  archicancellarii  reco- 
gnovi  ^.  » 

C*est  la  souscription  d'un  notaire  vice-gérant  de  Tarchichancelier. 

Pour  Arnoux,  il  en  va  différemment  :  il  reprend  le  titre  de  chance- 
Her,  qu'il  n'avait  pu  porter  probablement  en  Lombardie,  et  il  passe  sous 
silence  l'autorité  de  l'archichancelier.  Le  souverain  lui  transmet  ses 
ordres  sans  intermédiaire  : 

tt  Arnolfus  cancellarius,  jubente  domno  imperatore  recognovi  et 
subscripsi  *.  » 

«  Arnulfus  cancellarius,  jussu  imperiali  recognovi  et  subscripsi  *.  » 

Il  lui  arrive  môme  d'agir  sans  spécifier  l'ordre  reçu  : 

«  Arnulfus  recognovit  et  subscripsit  *.  » 

On  connaît  cependant  un  exemple  possible  de  la  souscription  d'Ar- 

1.  Précepte  de  Pavie  le  18  juin  901  pourTévêque  d'Asti  (Diimmler,  ibid,), 

2.  «  Ego  in  Christi  nominc  Teudo,  sancte  Viennensis  ecclesie  notarius, 
hune  testamentum  rogatus  scripsi,  datavi  Ilnonas  aprilis,  anno  V  régnante 
Ludovico  serenissimo  rege  »  (Ul.  Chevalier,  Dcscr.  du  Cart.de  Saint-Maurice 
de  Vienne^  n.  52;  Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  pp.  218-219,  Appendix, 
n.  10*). 

3.  Précepte  de  Vienne,  le  17  avril  902/3  (Saint-Maurice^  n»  193  ;  Saint- 
André'le-BaSy  Appendix,  n**  11*). 

4.  Précepte  de  Lyon,  le  17  septembre  903  (Bouquet,  IX,  682). 

5.  Précepte  de  Vienne  [18  avril-25  décembre]  903  (Bouquet,  IX,  681-682). 

6.  Précepte  d'Arles,  le  21  avril  904  [Cart,  de  Saint-Victor,  n.  10). 


472  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*^   SIÈCLE 

noux  où,  laissant  son  litre  de  chancelier,  il  se  bornerait  à  agir  comme 
notaire  vice-gérant  pour  Tarchichancelier. 

«  Adrulfus  {sic)  nolarius  ad  vicem  Ragemfredi  archipresuli  etarchi- 
cancellarii  recognovi  *.  » 

L'ensemble  des  souscriptions  d'Arnoux  en  Provence  se  présente 
donc  désormais  absolument  à  l'inverse  de  l'ensemble  de  ses  précé- 
dentes souscriptions  en  Lombardie.  D'autre  part,  l'avènement  de  Louis 
h  l'Kmpire  a  marqué  quelque  chose  de  plus  qu'une  collation  de  titres 
honorifiques  à  l'archevêque  de  A'ienne  et  au  notaire  royal  :  depuis 
lors,  la  chancellerie  a  été  remaniée  dans  son  organisation  inté- 
rieure. 

Quand  on  fait  deux  séries  distinctes  des  préceptes,  suivant  qu*ils 
portent  la  souscription  du  chancelier  Arnoux  ou  celle  du  notaire 
Thion,  on  observe  bien  vite  que  la  première  concerne  le  duché  de  Pro- 
vence^ et  la  seconde,  la  V^iennoise^.  Le  précepte,  du  11  novembre  902, 
semble  faire  exception,  puisque,  délivré  par  Arnoux,  il  concerne  le 
comté  de  Lyonnais.  Cette  exception  s'explique  si,  comme  on  le  croit, 
l'un  des  deux  bénéficiaires,  Thibert  n'est  autre  que  le  personnage, 
sous  l'autorité  duquel  se  trouvait  alors  le  duché  de  Provence.  Ainsi, 
par  ce  fait,  le  précepte  du  11  novembre  902  concerne  la  Provence  par 

1.  Précepte  du  6  juin  903  {Saint-Maurice,  n.  195;  Saint-André-le-Bas, 
Appendix,  12*). 

Adrulfus  paraît  une  lecture  maladroite  du  nom  Anulfus,  C'est  le  seul 
précepte  où  ce  notaire  Adrulfus,  presque  homonyme  d'Arnoux,  paraîtrait. 
Cependant  on  connaît  un  diacre  viennois  dn  nom  àî' Adrulfus,  frère  du 
choréveque  Constantius  ;  tous  deux  vivaient  le  21  février  [870]  {Saint-Mau- 
rice, n°  127;  Saint-André,  Appendix,  n°  6').  Pour  le  même  motif,  il  y 
aurait  lieu  de  vérifier  si  le  notaire  Thomas  indiqué  pour  le  précepte  de 
Rome,  en  février  900,  ne  serait  pas,  en  réalité,  le  viennois  Theudo. 
(Diimmler,  pp.  182-183)  :  mais  ici  Tincipit  des  deux  noms  seul  coïncide, 
l'explicit  dilTère. 

2.  Précepte  de  Lyon,  le  17  septembre  903,  sur  la  demande  du  comte  de 
Provence  Thibert,  disposant  de  biens  dans  le  comté  d'Avignon.  —  Précepte 
de  Vienne  [18  avril-25  décembre]  903,  disposant  de  biens  dans  le  comté 
d'Avignon.  —  Précepte  d'Arles  le  21  avril  904,  disposant  de  biens  dans  le 
comté  de  Marseille,  sur  la  demande  de  Tarchevêque  d'Arles  et  du  comte 
de  Provence. 

3.  Précepte  de  Vienne  le  17  avril  902/3,  sur  la  demande  de  l'archevêque 
de  Vienne  et  du  comte  de  Viennois  en  faveur  du  vicomte  de  Vienne.  —  Pré- 
cepte de  Vienne  le  31  octobre  904,  en  faveur  de  l'église  de  Vienne.  —  Pré- 
cepte de  Vienne  le  26  octobre  905,  en  faveur  de  l'église  de  Vienne. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  473 

son  bénéfici«aire,  la  Viennoise  par  l'emplacement  du  bien  donné.  Lors 
de  l'accession  de  Louis  à  TEmpire,  la  chancellerie  du  royaume  de 
Provence  avait  donc  été  divisée  en  deux  bureaux  :  chacun  possédait 
une  compétence  territoriale  séparée.  Le  premier,  sous  Tautorité  de 
Tarchevêque  de  Vienne,  promu  archichancelier,  était  dirigé  par  le 
notaire  viennois  Thion  :  ce  notaire  dictait  aux  scribes  les  préceptes 
qui  concernaient  le  pays  de  Viennoise.  Le  second  bureau  se  trouvait 
sous  Tautorité  du  prêtre  arlésien  Arnoux,  promu  chancelier;  celui- 
ci  prenait  les  ordres  directs  de  Tempereur  et  dictait  aux  scribes  les 
préceptes  relatifs  au  pays  de  Provence.  En  somme,  au  moment  où 
Tarchevêque  de  Vienne  reçoit  le  titre  prééminent  et  honorifique 
d'archichancelier,  il  perd  son  pouvoir  réel  sur  une  bonne  moitié  du 
royaume  et  il  voit  la  Provence  échapper  à  son  intermédiaire. 

L'antagonisme  d'Arles  contre  Vienne,  qu'on  a  eu  l'occasion  de  noter 
dès  le  règne  de  Boson,  suffit  à  éclairer  ce  qui  se  passa  :  quand  l'ac- 
cord intervint  entre  la  Provence  et  la  Viennoise,  sur  l'initiative  de 
l'archevêque  de  Vienne,  pour  élire  Louis,  les  grands  de  ces  deux  pays 
s'assemblèrent  à  Valence,  parce  que  cette  cité  se  trouvait  sur  le 
Rhône,  près  de  leurs  confins  communs.  Il  fut  décidé  que  Vienne,  ayant 
la  prééminence,  fournirait  le  chef  de  la  chancellerie,  mais  que  la  Pro- 
vence placerait  auprès  de  lui,  comme  notaire,  un  membre  de  son  clergé 
à  elle.  Tous  deux,  agissant  de  commun,  rédigeraient  les  préceptes  du 
royaume  et  les  intérêts  des  deux  pays  qui  composaient  la  monarchie 
se  trouveraient  sauvegardés.  Cet  état  de  choses  dura  jusqu'à  la  mort 
de  l'archevêque  de  Vienne  Barnoin  (-J-  16  janvier  899). 

Le  roi  étant  devenu  empereur,  la  Provence  et  la  Viennoise  jugèrent 
sans  doute  plus  expédient  de  faire  modifier  leur  primitif  accord  qui 
ne  les  satisfaisait  plus.  La  Provence  obtint  d'échapper  au  contrôle  du 
nouvel  archevêque  de  V^ienne  et  le  notaire  arlésien,  promu  chance- 
lier, dut  recevoir  désormais  les  ordres  directs  de  l'empereur  pour  elle. 
Par  contre,  les  préceptes  viennois  ne  furent  plus  rédigés  par  un 
notaire  arlésien.  C'était  une  séparation  administrative  complète  des 
deux  pays  d'Arles  et  de  Vienne  sous  le  sceptre  d'un  seul  souverain. 
Ce  nouvel  état  de  choses  dura  le  temps  du  pontificat  de  Rainfroy 
(t  30  avril  907). 

On  a  noté  que,  par  exception,  un  précepte  porte  la  souscription 
d'Arnoux,  non  pas  comme  chancelier  agissant  sur  l'ordre  de  l'empe- 
reur, mais    comme    notaire    vice-gérant  de    Tarchichancelier.    Il  se 


474  LA   PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII«   SIÈCLE 

trouve  que  ce  précepte  concerne  le  pays  de  Valentinois,  intermédiaire 
entre  la  Provence  et  la  Viennoise.  D'après  ce  qui  vient  d*étre dit,  l'expé- 
dition de  ce  précepte,  par  les  soins  d'Arnoux,  prouve  que  le  Valentinois 
était  rattaché  en  pratique  à  l'administration  du  pays  de  Provence,  maisla 
simple  qualité  de  notaire  prise  par  Arnoux  et  1  autorité  invoquée  par 
lui  de  l'archichancelier  prouve  aussi  que  ce  pays,  à  cette  époque,  se 
trouvait  bien  hors  des  limites  du  duché  de  Provence  et  qu*il  dépen- 
dait, au  moins  en  principe,  de  la  Viennoise.  Ces  constatations  dues  à  la 
diplomatique  confirment,  purement  et  simplement,  ce  que  savait  déjà 
rhistoire.  On  a  dit  que  le  Valentinois  était  hors  de  Provence  :  mais 
que,  à  dater  du  partage  de  863,  ce  pays,  afin  d'égaliser  les  lots,  est 
séparé,  par  convenance  politique,  de  la  Viennoise  pour  être  possédé  par 
le  souverain  auquel  on  attribue  le  duché  de  Provence.  Au  début  du 
x^  siècle,  quand  la  Provence  et  la  Viennoise  sont  de  nouveau  unies 
sous  le  même  sceptre,  l'administration  se  ressent  donc  de  Tétat  de 
fait  créé  par  les  derniers  partages  carolingiens.  La  situation  mixte  du 
Valentinois  ressort  encore  des  personnages  qui  s'unissent  pour  faire 
obtenir  le  précepte  dont  il  s'agit  au  comte  de  Valentinois  :  ce  sont, 
d'une  part, l'archevêque  d'Arles  et  le  comte  de  Provence;  de  Tautre,  le 
comte  de  Viennois. 

A  la  suite  de  ce  précepte,  où  la  souscription  d*Arnoux,  chancelier 
de  Provence,  présente  ces  particularités,  il  faut  rappeler  celui  du 
18  juin  901,  qui,  d'une  manière  inverse,  faisait  exception  parmi  ceux 
délivrés  dans  le  royaume  de  Lombardie.  Au  lieu  de  se  qualifier  sim- 
plement notaire,  vice-gérant  de  l'archichancelier  Liutward,  dans  sa 
souscription,  Arnoux  se  qualifie  notaire  et  chancelier,  et  il  agit  par 
ordre  direct  de  Tempereur.  Ce  précepte  du  18  juin  901  est  donc  iden- 
tique, de  souscription,  avec  ceux  qui,  délivrés  dans  le  royaume  de  Pro- 
vence, concernent  non  pas  la  Viennoise,  mais  la  Provence.  On  en  tire 
la  conclusion,  analogue  et  probable,  que  l'objet  de  ce  précepte  excep- 
tionnel se  trouvait,  lors  de  sa  rédaction,  hors  du  royaume  de  Lombar- 
die. Par  le  fait,  ce  précepte  s'adresse  à  Téveque  d'Asti  Eilulf  :  il  faut 
croire  que  Louis,  en  prenant  possession  du  royaume  de  Lombardie, 
détacha  de  ce  royaume  le  versant  oriental  des  Alpes  pour  l'adjoindre 
à  la  Provence.  Gela  n'est  pas  plus  surprenant  que  de  constater,  à 
l'inverse,  l'union  momentanée  du  versant  occidental,  c'est-à-dire  de 
la  province  d'Embrun,  avec  la  Lombardie  sous  la  domination  de 
Charles  le  Gros  et  contre  Boson. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  475 

Ce  qui  fortifie  cette  croyance,  c'est  que  Tévêque  Eilulf,  bénéficiaire 
du  précepte,  avait  précisément  été  imposé  par  Louis  sur  le  siège 
d'Asti,  au  détriment  du  titulaire  lombard  qui  l'occupait  lorsqu'il 
passa  les  Alpes  *.  L'annexion  d'Asti  à  la  Provence  ne  dura,  bien 
entendu,  que  le  règne  éphémère  de  Louis  en  Lombardie  :  dès  le  15  juil- 
let 904,  cette  cité  se  trouve  réincorporée  au  royaume  lombard  *  et 
l'évêque  de  confiance,  placé  en  garde  par  le  roi  de  Provence,  a  disparu 
devant  un  nouveau  titulaire  lombard,  Audax.  Si  Louis  avait  ainsi 
annexé  à  son  royaume  de  Provence,  comme  frontière  au  delà  des 
Alpes,  le  diocèse  d'Asti,  cela  entraîne  forcément  celle  du  diocèse  de 
Turin  ;  précisément,  on  observe  à  Turin  le  même  fait  d'une  substitu- 
tion d'évêque,  au  détrimentdu  titulaire  lombard,  à  la  venue  de  Louis  ^. 
Le  siège  en  était  occupé  par  Tarchichancelier  de  Lombardie  Amolon  : 
celui-ci  disparaît  au  moment  môme  où  le  roi  de  Provence  passe  les 
Alpes.  Alors  dans  un  plaid  datéde  mars901,  indiction  3,  surgit  son  rem- 
plaçant provençal.  La  suscription  de  cet  acte  lui  donne  le  nom  à'Egi- 
nulfus  et  il  souscrit  Hegilulfus  :  c'est  à  bon  droit  que  le  P.  Savio 
croit  reconnaître  en  lui  le  même  personnage  que  l'évêque  placé  sur  le 

1.  M.  Cipolla  Ta  fort  bien  vu  (Di  Audace  vescovo  di  Astie  di  due  docu- 
menti  inediti  che  lo  riguardanOy  p.  30  du  tirage  à  part  ;  Miscellanea  di  sto- 
ria  italiana,  t.  XXVIl,  Torino,  Bocca,  1889,  p.  162). 

2.  Ibid.^  pp.  9  et  31  du  tirage  à  part,  141  et  163  des  Miscellanea. 

Le  précepte  pancarte  du  18  juin  901  en  faveur  d'Eiluf  est  suivi,  dans  le 
Cartulaire  d'Asti,  d'un  second  précepte  qui  serait  daté  du  25  février  902, 
indiction  5«  et  Tan  2  ;  ce  second  précepte  présente  un  texte  identique  à 
celui  du  précédent,  avec  Tadjonction  ci-après  :  u  cum  abbacia  sancti  Dalma- 
cii  et  canonica  juxta  eiusdem  monasterii  posita  que  vocatur  Sancta  Maria, 
Et  cum  abbacia  sanctc  Virginis. . .  »  Malgré Tavis  fort  autorisé  deM.  Cipolla, 
il  paraît  certain  que  ce  second  précepte  est  un  faux  copié  mot  à  mot  sur  le 
précepte  authentique  de  901  avec  le  seul  but  d'adjoindre  Fabbaye  de  San 
Dalmazzo  sur  la  Stura  aux  biens  de  Tévêché  tel  que  le  constituait  cet  acte 
de  Louis  TAveuglcA  huit  mois  de  distance,  pour  enregistrer  une  nouvelle 
et  particulière  libéralité  du  souverain,  la  chancellerie  n'aurait  pas  renouvelé 
la  pancarte  générale  in  extenso  :  elle  aurait  délivré  un  précepte  nouveau 
nommant  uniquement  l'abbaye  que  le  roi  ajoutait  à  la  mense  de  Tévêché. 
Le  faussaire  n'a  pas  su  lire,  semble-t-il,  la  formule  :  «  relegi  et  s[ubcripsi]  »; 
il  écrit  :  releclunx  est.  Il  oublie  l'aspirée  du  nom  royal  et  écrit  :  lodouici. 
De  plus,  dans  le  style  au  !•'•  mars,  il  aurait  dû  dater  du  5  des  calendes  de 
février  901,  l'an  2  et  non  pas,  comme  il  l'a  fait,  du  5  des  calendes  de  février 
902  (Ibid.,  pp.  22-27  du  tirage  à  part,  ou  154-159  des  Miscellanea), 

3.  Fedele  S&y'io,  Glianlichi  vescovi  di  Torino,  1899,   pp.  325-326. 


476  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

siège  d'Asti  à  ce    moment  même.  Mais    il  a  tort   d*en   déduire    que, 
cette  identité  admise,  fililulf  évêque  d*Asti  ne  pouvait  Têtrede  Turin. 
La  souscription  du    plaid    ne  permet  pas    le  doute.   Louis   adoptait 
ainsi  le  système  dont   son   successeur  en    Lombardie,    Hugues,    fera 
proiiter    Tarchevêque    Manassès  :  il  unissait  deux  ou  plusieurs  dio- 
cèses de  la  frontière  sous  Tautorité  d'un  seul  évêque  sûr,  tel   un  mar- 
quis dominant  plusieurs  comtés.  A  propos  du  plaid  de  mars   9(H,   il 
faut  noter   que,  cet  acte  judiciaire  ayant  été  transcrit  après  le  retour 
de  Bérenger,  le  scribe  se  crut  tenu  d'y  remplacer  Tan  du    règne    de 
Louis  par  Tère  du  souverain  qui  avait  repris  possession   de  son  trône. 
C'est  la  seule  manière  d'expliquer  la  rédaction  de  la  date,  telle  qu'on 
la  connaît   maintenant.  Sitôt  après   le  départ  de  Louis,  Eilulf  dispa- 
raît à  Turin  comme  à  Asti  :   on  voit   surgir  Tévêque  Guillaume  à  sa 
place.  Les  diocèses  de  Turin  et  d'Asti  furent  donc  annexés  au  royaume 
de  Provence   d'octobre  900  à   902,    sous    l'autorité  d'Eilulf,   comme 
marche  protectrice.  Ce  n'est  pas  tout  :  restent  les  diocèses   de  V'erceil 
etd'Ivrée,  et  ils  ont  dû    subir  un  sort   analogue.  A  Verceil,  l'évêque 
Liutvard  ayant  été  massacré  par  les  païens,  le   1 3  décembre  899,    fut 
remplacé  par  Sébastien  qui    ligure  dans  un  précepte  de  Bérenger  le 
8  juillet  900.  Peu  après,    le    nouvel  évêque  disparait  pour  la    même 
raison  que  ceux  de  Turin  et  d'Asti  devant    Louis,  qui  installe,  à  sa 
place,  Anselbert.  Celui-ci  est  connu  par  un  précepte  du  23  mars  901. 
Aussitôt  après  le  départ  de  Louis,  Anselbert  disparaît  à  son  tour  :  en 
904,  c'est  Haimbaud  qui    occupe    son  siège  *.  A  Ivrée,  on  ne  connaît 
aucun  évêque  depuis  .Azzon  en  876,  jusqu'au  moment  où,  précisément 
dès  904,  l'évêque  de  A'erceil,  Hainibert,  adresse  son  sous-diacre  Val- 
fred,  élu  par  le  peuple  et  le  clergé  dlvrée  comme  évêque,    à  l'arche- 
vêque de  Milan  pour  que   celui-ci    le    sacre  *.  Ces   faits  rendent  fort 
probable  l'hypothèse   que    Louis  unit  les   deux  sièges  de   Verceil   et 
d'Ivrée  sous  la  crosse  d'Anselbert,  comme  il  l'avait  fait   de   Turin  et 
d'Agti  sous  celle   d'Eilulf.   Après  son   départ,   Anselbert  disparu  fut 
remplacé  par    Haimbert  à   Verceil  ;  mais  celui-ci   fit  élire   son  sous- 
diacre  à  Ivrce  pour  que  chaque  siège  eût  son  pasteur.  Le  précepte  de 
Plaisance,  donné  par  Louis  à  l'évêque  de  Verceil,   le    lundi   avant  la 
Passion,  23  mars  901,  porte  la  souscription    d'Arnoux.  C'est  la  sous- 
cription  ordinaire   en    Lombardie  :  «  Arnulphus    notarius  ad    vicem 

1.  Sa  vie,  pp.  446-450. 

2.  //>m/.,  pp.  185-186. 


APPENDICE    DIPLOMAMIQUE  477 

Liutvardi  episcopi  et  archicancellari  recognovit.  »  Par  conséquent, 
Louis  laissa  au  royaume  de  Lombardie  les  diocèses  de  Verceil  et 
d'Ivrée  :  il  se  contenta  de  les  donner  à  un  de  ses  fidèles.  Ce  sont 
seulement  les  diocèses  de  Turin  et  Asti  qui  furent  annexés  au 
royaume  de  Provence.  Quant  à  ceux  d'Acqui  et  Alba,  les  documents 
Alba,  les  documents  manquent  à  leur  égard.  Ces  deux  derniers  étaient 
par  leur  situation  et  par  leur  étendue  d'une  importance  moins  grande  : 
Tattention  de  Louis  n'eut  pas  sans  doute  à  se  porter  sur  eux  et  il  dut 
les  laisser  tels  quels.  Sans  cela,  il  y  aurait  pour  eux  un  précepte 
comme  il  y  en  a  un  pour  Asti  et  un  pour  Verceil. 

IV.  — Chancellerie  impériale  sous  V arc hichancelier  Alexandre, 

L'archevêque  de  Vienne  Rainfroy  étant  mort  le  30  avril  907,  en 
même  temps  disparaît  le  chancelier  de  Provence  Arnoux.  Il  est  peu 
vraisemblable  que  ces  deux  personnages  soient  morts  ensemble  :  donc, 
à  la  mort  de  Tarchichancelier,  Arnoux  cesse  ses  services. 

Le  nouvel  archevêque  de  Vienne,  archichancelier  du  royaume  de 
Provence,  est  Alexandre  ("J"  17  décembre  926):  comme  remplaçant  du 
provençal  Arnoux,  il  choisit  Garnier.  Celui-ci  dicte  les  préceptes  pour 
la  Provence  jusqu  en  912,  en  qualité  de  notaire  et,  au  second  rang,  le 
viennois  Thion  reste  en  service  pendant  le  même  temps. 

Tous  deux  paraissent  auprès  de  Tarchevêque  dans  Tun  de  ses  pre- 
miers actes  d'administration.  Quand  il  s'était  agi  d'amener  l'élection 
du  roi,  on  avait  concédé  l'abbaye  viennoise  de  Saint-Barnard  de 
Romans  à  Arnaud,  archevêque  d'Embrun  *,  dont  la  province  s*était 
tenue  à  l'ccard  de  Boson.  Ce  bénéfice  avait  pu  être  fructueux  pour 
l'archevêque-abbé,  mais  les  résultats  n'en  furent  pas  brillants  pour 
l'abbaye.  Dès  le  début  de  son  pontificat,  le  nouvel  archevêque  de 
Vienne  Alexandre,  d'accord  avec  le  comte  de  Viennois,  se  préoccupe 
de  procurer  à  Saint-Barnard  un  abbé  effectif,  provenant  du  clergé  de 
Vienne  et  destiné  à  relever  l'abbaye.  L'acte  où  il  proclame  son  choix 
est  muni  de  sa  souscription,  de  celles  des  évêques  de  Valence,  Gre- 

i.  mardi  de  février  [S89]  :  «  ubi  Ariboldus  {sic)  abba. . .  preesse  videtur 
...  Arnoldus  sancle  Ebrcdunensis  ecclesie  humilis  episcopus  subscrip- 
sit. . .  »  (Cari,  de  Saint-Barnard ^  2«  éd.,  n»  4).  —  [février  905-février  906]  : 
«  Romanis,  ubi  Arnoldus  Dec  auxiliante  episcopus...  preesse  videlur...  » 
(Ibid,,  no  5). 


478  LA    PROVENCE   DU    PREMIER  AU   XU*   SIÈCLE 

noble  et  Belley,  du  prévôt  de  la  métropole  de  Vienne  et  du  diacre 
Garnier:  ce  dernier,  comme  jadis  Arnoux,  révèle  son  importance 
en  professant  son  humilité.  Suivent  deux  prêtres  ordinaires,  le  doyen 
Thion  et  une  douzaine  d'autres  ecclésiastiques  qui  complètent  Ten- 
tttourage  des  évêques.  Dans  ce  simple  diacre,  placé  immédiatement 
près  le  prévôt,  et  dans  le  doyen  Thion  qui  le  suit  à  distance  res- 
pectueuse, on  reconnaît  sans  trop  de  peine  le  nouveau  notaire  de  la 
chancellerie  impériale  et  son  collègue  ^ 

Il  s'agit  de  rechercher  si  le  style  suivi  désormais  parla  chancellerie 
est  conforme  à  celui  de  Rainfroy,  ou  bien  s*il  en  diffère. 

Les  préceptes  conservés  en  originaux  par  les  archives  de  Tarche- 
véché  d'Avignon  sont  les  suivants  : 

P  Précepte  en  faveur  de  Hemy,  évoque  d'Avignon,  sur  la  demande 
du  comte  [de  Provence]  Thibert  *  :  «  [Chrtsmon]  Uuarnerius  notha- 
rius  ad  vicem  domni  Alexandri  archicancellarii  recognovi  et  s[ub]- 
8[cripsi]  »  [ruche  et  grille], 

«  Datuni  XIIII  kalendas  Novimbrii  Anno  Vil  regni  Hludovici  piis- 
simi  Augusti,  inditione  XI.Actum  uihenna  publiée  in  dei  nomine  féli- 
citer. AMEN.» 

2**  Précepte  en  faveur  de  Remy,  évêque  d'Avignon,  sur  la  demande 
du  comte  [d'Avignon]  Hugues  et  du  comte    de  Provence  Thibert  '  : 

«  Uuarnerius  notarius  ad  vicem  Alexandri  archicancellarii  recognovi 
[et]  srub]s[cripsi]  [ffrille].  » 

«  Datum  VII  decimo  kalendas  iunii  Indicione  XIIII.  anno  VIIII. 
regni  domni  Hludovici  piissimi  imperatoris.  » 

«  Actum  Vienna  publiée  in  Dei  nomine  féliciter.  Amen.  » 

3"  Précepte  en  faveur  de  Fouquier,  évêque  d'Avignon,  sur  la 
demande  du  duc  de  Provence  et  comte  [d'Arles]  Hugues,  de  son  frère 
Boson,  comte  [d'Avignon],  et  de  l'archevêque  d'Arles  Rostaing  *  : 


1.  [30  avril  9()7-vendredi  de  novembre  908]  :  «ego  Alexander  sancte  Vien- 
nensis  ecclesie  humilis  cpiscopus. . .  f  Romcgarius  sancte  Valentinensis 
cccU»sie  humilis  episcopus. . .  S.  Isaac  sancte  Grnlianopolitanc  ecclesie 
humilis  episcopiis.  S.  EHsachar  humilis  episcopus  Belicensis  ecclesie., . 
S.  Eyrleus  humilis  prepositus,  S.  Guarnerius  humilis  diaconus  S.  Erlenus 
presbiter  S.  Gozbertus  presbiter  S.  Teudo  decanus  S. . .  »  (Saint- Barnard, 
n»  6). 

2.  Bou(ïuet,  IX,  p.  683.  —  Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  ^  5. 

3.  Bou(juet.  IX,  p.  68i.  —Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  f»  6. 

4.  Bouquet,  IX,  p.  685.  —Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  ^  7. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  479 

«  Uuarnerius  notarius  ad  vicem  Alexandri  archiepiscopi  et  cancella- 
rii  scripsit.  » 

«  Datum  .II.  nonas  aprelis  indiccione  .XIIII.  anno  XII.  impcrante 
Hludovico  piissimo  imperatore.  » 

Il  faut  y  joindre  le  plaid  impérial  en  faveur  de  Tévêque  de  Valence 
Remegaire'  : 

«  Teudo  notarius  hanc  scripturam  fecit,  jubente  Alexandro  Vien- 
nensi  archiepiscopo  anno  Incarnationis  Domini  912  (sic),  indictione 
XV.  anno  XI  régnante  domno  nostro  Ludovico  imperatore.  » 

«  Actum  Vienna;  féliciter,  in  Dei  nomine.  » 

Contrairement  à  ce  qui  se  passait  sous  Barnoin  et  Rainfroy,  Tan  de 
rincarnation  n'est  plus  exprimé  dans  la  date  des  préceptes  :  il  Test 
seulement  dans  celle  du  plaid.  Ce  silence  n'est  pas  pour  faciliter  la 
détermination  du  style. 

Le  plaid,  ayant  été  tenu  dans  la  XI^  année  du  règne,  flotte,  selon  le 
style  actuel,  entre  le  15  février  911  et  le  22  février  912.  Puisque  le 
millésime  exprimé  est  912,  il  résulte  de  là  qu*il  faut  écarter  le  style  de 
Pâques,  employé  par  Rainfroy,  le  style  florentin  de  TAnnonciation  et 
même  celui  du  1"  mars  employé  pendant  le  séjour  en  Lombardic. 
Reste  à  choisir  entre  le  style  pisan  de  l'Annonciation  employé  par 
Barnoin  et  le  style  de  Noël.  Dans  le  style  de  Noël,  ce  plaid  verrait  sa 
date  resserrée  entre  le  25  décembre  912/1  et  le  22  février  912.  Dans 
le  style  pisan,  elle  flotterait  encore  entre  le  25  mars  912/1  et  le 
22  février  912.  L'indiction  XV^"  convient,  dans  le  style  moderne,  de 
septembre  ou  Noël  911  jusqu'en  septembre  ou  Noël  912,  suivant 
qu'elle  est  prise  en  septembre  ou  à  Noël.  Sous  Barnoin,  elle  était  anti- 
cipée d'un  an  sur  Tusage  ordinaire  pour  coïncider  avec  le  style  pisan  ; 
sous  Rainfroy,  elle  était  prise,  semble-t-il,  à  Noël. 

Maintenant,  elle  est  prise  en  septembre,  si  l'on  en  croit  le  précepte 
du  XIV  des  calendes  de  novembre  en  l'an  VU"  du  règne.  En  elfe t, 
l'an  VIP,  dans  le  style  moderne,  va  de  février  907  jusqu'en  février  908, 
ce  qui  date  le  précepte  du  lundi,  19  octobre  |907]  :  Tindiction  XI, 
que  note  ce  précepte,  convient  de  septembre  ou  décembre  907  jus- 
qu'en septembre  ou  décembre  908.  Pour  qu'elle   soit  exacte,  il   faut 

i    Gallia  Chrisliana^  XVI,  Instr.   eccl.   Valentiuensis,  col.  101,  u»  1. 


480  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll*    SIÈCLE 

donc  qu'elle  ait  été  prise,  dans  le  style  nouveau  de  la  chancellerie,  dès 
le  mois  de  septembre  et  non  pas  en  décembre  comme  sous  Rainfroy. 

En  conséquence,  le  plaid  se  trouve  daté,  dans  le  style  possible  de 
Noël,  du  '25  décembre  912/1  au  22  février  912,  ou  bien  dans  le  style 
pisan,  qui  est  éf;alement  possible,  du  K""  septembre  912/1  au  22  février 
912;  indiction  XV*  et  an  XP  du  règne. 

Le  premier  précepte  étant  du  lundi  19  octobre  [901  \  indiction  XI 
et  Tan  VII,  il  faut  passer  au  second  dont  la  date  s'olTre  aux  investiga- 
tions. Celui-ci  est  du  16  mai,  de  Tindiction  XIV'  et  de  Tan  IX. 

L'an  IX®  s'étend  de  février  909  à  février  910,  Tindiction  XIV* 
de  septembre  910  à  septembre  911  :  selon  le  premier  élément,  il  fau- 
drait s'arrêter  au  mardi  16  mai  [909]  et,  selon  le  second,  au  jeudi 
16  mai  [911].  Le  notaire  ou  le  scribe  aurait  commis  une  erreur  de 
deux  ans,  soit  sur  Tan  du  règne,  soit  plutôt  sur  Tindiction. 

C'est  une  discordance  évidente  :  mais  lapante  du  scribe  ne  se  pré- 
sume pas  et  il  faut  se  garder  de  l'admettre  sans  nécessité.  Reste  la 
ressource  d'examiner  avec  soin  les  originaux. 

La  date  du  précepte,  qui  fut  délivré  le  19  octobre  [907],  se  présente 
avec  deux  corrections  très  visibles.  Le  scribe  avait  écrit:  Anno  VII, 
régnante.  Avant  de  poursuivre,  l'encre  n'étant  pas  encore  sèche,  il 
se  reprit  et  passa  son  doigt  sur  la  lin  de  régnante  pour  en  elFacer  les 
dernières  lettres;  puis,  il  poursuivit  par  regr ni  Illudouici,  Plus  loin, 
continuant  à  user  d'un  procédé  qui  maintenant  ferait  rougir  le  plus 
modeste  expéditionnaire  de  sous-préfecture,  il  remplaça  les  premières 
lettres  du  nom  uienna  par  uihenna^  avec  le  souci  de  noter  une  pro- 
nonciation assez  rude.  Mais  les  chiffres  de  la  date,  soit  celui  des 
calendes,  soit  celui  de  l'an  de  règne,  soit  celui  de  l'indiction,  ne 
portent  aucune  trace  de  correction  ancienne  ou  récente. 

Laissant  donc  là  le  précepte  du  19  octobre  [907]  pour  observer  la 
date  de  celui  qui  fut  délivré  le  XVII  des  calendes  de  juin,  indiction 
XIV  et  Tan  IX,  il  y  a  lieu  de  dire  que  le  scribe,  ayant  écrit  à  l'étour- 
die Ac  uiennapuhlice,  s'est  trouvé  dans  l'obligation  d'ajouter,  en 
interligne,  la  syllabe  complémentaire  IQ  du  mot  ActQ,  au-dessus  des 
premières  lettres  du  mot  suivant.  Ce  scribe  est  doué  d'une  écriture 
moins  régulière  et  moins  arrondie  que  celui  de  907.  Il  lui  arrive  de 
répéter  par  erreur  deux  mots:  dans  ce  cas,  il  préfère  un  mode  d'annu- 
lation plus  discret  et  moins  salissant  à   celui   que   son  prédécesseur 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  481 

employait  d'instinct  :  il  souligne  de  quelques  points  les  mots  dont  le 
lecteur  ne  doit  pas  tenir  compte  *. 

Ce  n'est  pas  tout  :  dans  le  groupe  indicione  .XIIIL,  anno  ,VIIIL 
regni,  les  trois  dernières  unités  du  nombre  de  Findiction,  écrites 
d  encre  plus  noire,  paraissent  avoir  été  ajoutées  après  coup.  Cette 
impression,  qui  naît  de  Taspect  de  Tencre,  se  trouve  fortifiée  par  un 
autre  fait  :  Tintervalle  laissé  libre  par  le  scribe  primitif  de  la  date,  entre 
le  nombre  de  Tindiction  et  le  mot  anno  qui  suit,  s'est  trouvé  insuffi- 
sant pour  fadjonction  des  trois  dernières  unités  ;  finterpolateur  a  dû 
les  inscrire  pressées  Tune  contre  fautre,  de  manière  à  faire  disparaître 
le  point  qui  suivait  le  nombre  primitif  et,  malgré  tout,  la  dernière 
touche  la  première  lettre  du  mot  qui  suit.  De  même,  la  dernière 
unité, qui  achève  le  nombre  de  fan  du  règne,  présente  cet  aspect  d'in- 
terpolation :  seulement,  l'adjonction  d'une  seule  unité  a  pu  être  faite 
sans  absorber  tout  l'intervalle  disponible.  L'unilé  ajoutée  laisse  même 
encore  apercevoir,  le  point  qui  suivait  le  nombre  primitif  :  elle  est  tan- 
gente intérieurement  à  ce  point. 

Le  scribe  royal,  auquel  est  dû  le  précepte,  avait  donc  écrit  tout  d'a- 
bord :  indicione  ,XI,  anno,   Vlll,  regni. 

L'an  VIII«  s'étend  de  février  908  à  février  909,  Tmdiction  XI*  de 
septembre  907  à  septembrjB  908,  dans  le  style  moderne  :  puisque  le 
précepte  est  du  XVII  des  calendes  de  juin,  il  fut  donc  délivré  le 
16  mai  [908],  le  lendemain  de  la  Pentecôte,  et  toute  discordance  dis- 
paraît. La  chancellerie  impériale  est  donc  innocente  des  bévues  d'un 
interpolateur  maladroit  qui  s'est  exercé  sur  ce  précepte  du  16  mai  908 
comme  sur  celui  de  903. 

Le  troisième  et  dernier  précepte,  conservé  dans  les  archives  d'Avi- 
gnon, dont  la  date  doive  être  établie  maintenant,  dans  le  style  moderne, 
estcelui  du  II  des  nones  d'avril,  indiction  XIV'®  et  an  XII®. 

L'an  XII*  s'étend  de  février  912  à  février  913,  l'indiction  XIV®  de 
septembre  910  à  septembre  911.  Selon  fan  du  règne,  le  précepte  serait 
du  samedi  4  avril  912,  veille  des  Rameaux,  et,  selon  l'indiction,  du 
jeudi  4  avril  911  avant  la  Passion.  Il  y  a  là,  de  nouveau,  une  discor- 
dance ;  mais  cette  discordance  est  d'un  an  seulement. 

Ayant,  devant  les  yeux,   l'original   du  précepte,  on  constate  qu'il 

1.  Voir  les  mots  Riniigii  nomine,  à  la  sixième  ligne  ;  les  syllabes  «  perti- 
ncn^i/ie/itibus  »  à  la  cinquième. 

Mém,  et  doc.  de  V École  des  Charles.  —  VU.  31 


482  LA    PROVENCK    Di;    PREMIKR    AU    XII*    SIÈCLE 

est  écrit  par  une  main  encore  plus  nerveuse  et  irrégulière  que  celle  à 
qui  est  dû  le  précepte  du  I()  mai  1M)8. 

Cette  main  annule  les  mots  qu'elle  a  écrits  mal  à  propos  en  les 
soulignant,  non  plus  de  |)oints,  mais  d'un  trait.  Ce  n'est  pas  la  main 
d'un  expéditionnaire  accoutume  à  grossover  les  préceptes,  car  elle 
trahit  une  inexpérience  et  un  manque  de  coup  d'œil  surprenant.  Elle 
s'y  reprent  à  deux  fois  pour  tracer  le  début  de  la  souscription  impé- 
riale qu'elle  ne  sait  ou  |)lacer  convenablement  *  ;  elle  trahit  aussi  son 
embarras  en  esquivant  les  grandes  lettres  de  la  souscription  notariale 
et  se  dispense  de  la  ruche  qui  doit  l'accompagner.  Knlin,  elle  commet 
un  oubli  en  ne  faisant  pas  suivre  la  date  de  temps  de  l'acte  de  lieu. 
Tel  quel,  ce  précepte  est  néanmoins  d'une  authenticité  certaine  et  il  a 
été  muni  d'un  sceau  pïa([ué  encore  intact  qui  est  le  plus  beau  spécimen 
connu  du  type  de  Louis  l'Aveugle.  La  date  a  été  écrite  par  le  scribe 
sans  addition  ni  rature  et  il  est  impossible  d'y  relever  la  plus  légère 
interpolation  dans  les  chiffres. 

C'est  donc  une  nécessité  de  constater  que  ce  scribe,  si  étranger  aux 
beautés  de  la  calligraphie  administrative,  si  emprunté  dans  l'ex- 
pression traditionnelle  des  formules  finales,  à  laquelle  il  tenait  cepen- 
dant puisqu'il  s'y  reprenait  à  deux  fois  pour  mieux  faire,  se  trouvait 
capable  également  de  commettre  une  erreur  dans  les  éléments  de  la 
date  et  cela,  soit  par  ignorance,  soit  par  distraction. 

Il  faut  croire  que,  sur  les  deux  éléments  en  cause,  il  en  est  au  moins 
un  d'exact. 

Si  l'erreur  porte  sur  l'indiction  et  que  le  précepte  soit  du  4  avril 
912,  il  est  établi  que  le  scribe  comptait  encore  la  XÏV'*  six  ou  sept 
mois  après  l'époque  où  les  scribes  ordinaires  de  la  chancellerie  avaient 
inauguré  la  XV*".  Si  l'erreur  porte  sur  l'an  du  règne  et  que,  par  consé- 
quent, le  précepte  soit  du  4  avril  011,  il  est  établi  que  le  scribe  comp- 
tait déjà  l'an  XII''  dix  mois  avant  que  le  XT  eût  réellement  pris  lin. 

Toutes  les  fois  que  les  textes  des  chancelleries  épiscopale  et  abba- 
tiales, d'Avignon,  de  Sainl-Barnard-de-Homans  et  de  Saint-André-le- 
Bas  de  Vienne,  ont  permis  de  constater  une  erreur  dans  le  calcul  de 

i.  Le  mot  sij/num  est  écrit  trois  fois.  La  première  fois,  il  a  paru  (jue  la 
souscri))tion  serait  trop  rapprochée  du  texte  et  le  mot  fut  annulé.  La 
seconde  fois,  il  en  était  assez  éloigné  ;  mais  il  parut  écrit  trop  à  droite  ou  en 
trop  potiles  letlros  cl  il  fut  annulé  pareillement  :  enfin,  la  troisième  fois, 
plus  à  gauche,  TefTet  parut  satisfaisant  au  scribe. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  483 

Tan  de  règne  OU  dans  celui  de  Tindiction,  cette  erreur  a  été  une  erreur 
en  moins  et  non  pas  une  erreur  en  plus  dans  le  calcul  du  nombre  qui 
aurait  convenu  réellement.  Cela  va,  d'ailleurs,  de  soi  ;  car  un  scribe 
peut  continuer  par  inadvertance  à  énoncer  quelque  temps  une  année 
de  règne  ou  une  indictiDn  déjà  périmée  pendant  que  s'écoule  déjà  la 
suivante  ;  par  contre,  il  ne  peut  guère  se  croire  dans  une  année  qui  n'a 
pas  encore  commencé.  Cette  remarque  ne  s'applique,  bien  entendu, 
qu'aux  documents  conservés  en  originaux  :  pour  les  copies,  la  critique 
peut  se  trouver  en  présence  d'une  erreur  en  plus^  causée  par  une  mau- 
vaise lecture  de  l'original  imputable  au  copiste.  Celui-ci  pourra  alors 
rendre  anno  Vpar  anno  X,  aussi  bien  que  anno  V  par  anno  II, 

En  conséquence,  l'erreur  de  la  date  du  précepte  original  doit  porter 
plutôt  sur  Tindiction  que  sur  l'an  du  règne  ;  de  cette  manière,  il  s'agit 
d'une  erreur  en  moins.  Ce  résultat  emprunte  une  force  plus  grande 
au  fait  qu'un  scribe  de  la  chancellerie  royale  devait  porter  son 
attention  moins  sur  l'indiction  que  sur  l'ère  du  souverain  dont  il  était 
le  fonctionnaire.  Ce  dernier  fait  corrobore  également  la  probabilité 
admise  de  l'exactitude  d'un  élément  sur  les  deux  qu'il  faut  critiquer 
dans  la  date  du  précepte. 

Le  précepte  a  donc  été  délivré  le  samedi,  veille  des  Rameaux, 
4  avril  [912],  l'an  XII«,  et  sous  l'indiction  XV«,  au  lieu  de  la  XiV» 
encore  mentionnée  par  le  scribe. 

Tels  sont  les  trois  préceptes  du  lundi  19  octobre  [907],  du  lundi 
16  mai  [908]  et  du  samedi  i  avril  [912],  souscrits  au  nom  du  nouveau 
notaire  Garnier. 

Ces  trois  préceptes  concernent  la  Provence  ;  les  deux  premiers  sont 
souscrits  :  «  Uuarnerius  nolarins  ad  vicem  domni  Alexandri  archi- 
cancellarii  recognoni  et  subscn'psi.  » 

Par  conséquent,  le  nouvel  archichancelier  ne  s'est  pas  borné  à  modi- 
fier le  style  de  son  prédécesseur  pour  le  millésime  et  l'indiction.  En 
appelant  Garnier  à  la  place  du  chancelier  Arnoux,  il  ne  lui  a  donné  que 
la  simple  qualité  de  notaire  et  la  chancellerie  provençale,  jusqu'alors 
sous  les  ordres  immédiats  de  l'empereur,  a  disparu  en  même  temps. 
Désormais,  toutes  les  affaires,  provençales  aussi  bien  que  viennoises, 
passent  par  Tarchichancelier.  C'est  là  le  signe  évident  d'une  prépondé- 
rance viennoise,  qui  s'affirme  de  nouveau  sur  la  Provence,  et  ce  dernier 
pays  perd  l'autonomie  administrative  dont  il  avait  joui  du  temps  de 
Tarchichancelier  Rainfrov. 


484  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    Xll^    SIÈCLE 

Le  troisième  précepte  est  souscrit  :  «  Uuarnen'us  nolarius  ad  vicem 
Alexandri  archiepiscopi  et  cancellarii  scripsit  ». 

Cette  souscription  étant  de  la  même  main  que  le  texte  du  précepte, 
que  la  souscription  impériale  et  que  la  date,  il  n'y  a  aucun  doute  sur  le 
fait  qu'exprime  le  mot  scripsit^  au  lieu  des  termes  courants  :  recognoui 
et  suhscripsi. 

Ceux-ci  étaient  employés  quand  le  précepte  était  j^rossoyé  par  Tun 
des  expéditionnaires  de  la  chancellerie  placés  sous  les  ordres  du 
notaire. 

La  variante  scripsit  convient  au  cas,  exceptionnel,  où  le  notaire 
juj;c  bon  d'expédier  lui-même  le  précepte,  au  lieu  de  se  borner  à  le 
rédif^er  en  minute  ou  à  le  dicler.  Avec  quel  succès  se  tirait  de  cette 
tâche  peu  usuelle  pour  lui  le  notaire  Garnier,.  on  l'a  spécifié  plus 
haut  :  la  collaboration  de  ses  expéditionnaires  n'était  pas  de  trop. 
Non  seulement  ils  écrivaient  mieux,  mais  ils  fixaient  mieux  les  dates. 
Dans  les  préceptes,  on  remarque  quelques  particularités  orthof^ra- 
phiques.  Ainsi,  celui  du  19  octobre  [907J  donne  l'affaiblissement  du  t 
en  d  dans  Teudherli,  adque,  pernianead^  ohlinead.  Le  scribe,  qui  en 
est  l'auteur,  remplace  aussi  quelquefois  le  c  par  1e^  dans  le  groupe  et  ; 
il  écrit  benefilia,  fatianf  ;  de  plus,  après  avoir  écrit  naturellement 
Uienna,  il  se  reprend  de  suite  pour  noter  une  aspiration  entre  les  deux 
voyelles.  Le  précepte  du  16  mai  [908J  donne,  de  son  coté,  l'airaiblis- 
sement  du  /  en  c/,  dans  oblinead,  et  sa  disparition  dans  Teuberlus;  il 
donne  aussi  le  renforcement  contraire  du  d  en  t  dans  aput.  On  y 
remarque  le  remplacement  du  t  par  le  c  dans  racionabililer^  subtrac- 
cionis  ;  la  suppression  de  l'aspirée  initiale  dans  :  o«,  onore  ;  la  suppres- 
sion du  (/dans:  mais  maisque  et,  même,  les  confusions  de  voyelles  a 
pour  e,  dans  Avionensam^  eandani,  dessansu^  ou  bien  à  l'inverse  e 
pour  a,  dans  (jralenler^  et  i  pour  e  dans  niniigii]  la  confusion  de 
iiylhihe  se  ne  ri  la  fem,  Kntin,  le  précepte  du  i  avril  912  présente  la  sub- 
stitution inverse  du  t  au  d  dans  quof^  à  trois  reprises,  et  dans  ^ut^ut^, 
la  substitution  analogue  du/) au  b  dans  supliniitali,  la  notation  impré- 
vue de  l'aspirée  dans  hac,  les  graphies  Rothstagnus^  Adveniotiensis, 
diccalam,  qui  dénotent  un  gosier  assez  rude.  Après  les  renforcements 
ou  les  redoublements  de  consonnes,  quelques  abréviations.  Le  scribe 
donne  :  qibus  ol  loqitur;  il  économise  l'aspirée  initiale  dans  ilariores^ 
onore,  abeal.  Quand  deux  mots  se  suivent  dont  le  second  commence 
par  un  son  analogue  à  celui  qui  termine  le  premier,   ce  son  disparait 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  485 

par  liaison,  en  tête  du  second  mot  ;  ainsi  :  qui  os,  pour  qui  vos,  et 
saper  ipam  pour  super  ripam  *.  Il  y  a  confusion  de  consonnes  dans  : 
àbtinenSy  deipceps,  volumtatem.  Le  rédacteur  sait,  d'ailleurs,  mal  le 
latin  ;  il  écrit  ut  fidelibus  suis  rébus  ditarent  quand  il  faudrait 
fidèles  ;  puis  dévote  a  ni mo  ardentes  quand  il  faudrait  devoto.  La  phrase: 
pecierunt...,  ut  quibusdani  de  fidelibus  noslris  Fulcherium  videlicel 
Advenionensis  episcopum  ut  de  rébus  fisci  nostri  copiosius  augere- 
mus  dénote  une  ignorance  fort  regrettable  des  règles  les  plus  élémen- 
taires de  la  grammaire  :  on  y  voit  avec  slupeur  un  cas  régime  passer 
du  pluriel  au  singulier,  de  l'ablatif  à  l'accusatif  et  de  Taccusatif  au 
génitif,  à  moins  que  ce  ne  soit  au  nominatif.  Evidemment,  le  rédac- 
teur a  écrit  quibusdam pour  quemdam,  el  Advenionensis  pour  Avenio- 
nis  ou  Avenionensem.  Finalement,  après  avoir  fait  parler  la  personne 
impériale,  comme  il  convient,  à  la  première  personne  du  pluriel  :  acco- 

modamus..,,  augeremus,.,,  dedimus damus,,.  il  la  réduit,  sans  crier 

gare,  à  la  première  du  singulier  :  per  preceplum  dono..,.  Le  rédac- 
teur avait  évidemment  sous  les  yeux  une  formule  qui  lui  était  fort  utile, 
mais  il  en  remplissait  les  vides  en  homme  étranger  au  latin  correct. 
En  somme,  malgré  les  négligences  qui  paraissent  dans  les  deux  pre- 
miers préceptes,  ils  ne  présentent  rien  de  pareil  à  celui-ci.  L'homme 
quia  écrit  ce  précepte  du  4  avril  912  est  un  barbare:  ce  ne  peut 
être  ni  un  provençal,  ni  un  viennois,  ni  un  bourguignon  de  langue 
française.  Comme  le  prouvent  son  ignorance  du  latin,  l'introduction  de 
Taspirée  dans  ab,  le  renforcement  du  d  en  t,  du  b  en  /),  c'est  tout  au 
plus  un  bourguignon  peu  instruit  de  langue  germanique.  Telle  doit 
être  Torigine  du  diacre  Garnier,  créé  notaire  de  la  chancellerie  impé- 
riale et,  en  cette  qualité,  chef  des  expéditionnaires  auxquels  on  doit 
les  deux  préceptes  précédents.  Ces  expéditionnaires  trahissent  la  dou- 
ceur plus  grande  de  leur  langue  maternelle  par  l'adoucissement  du  t 
en  d:  ils  devaient  être  viennois  de  naissance  et,  en  tout  cas,  bourgui- 
gnon de  langue  provençale  ou  française.  L'un  d'eux,  à  vrai  dire,  donne 
la  graphie  Uihenna  directement  contraire  aux  autres  particularités  de 
son  orthographe.  Mais,  il  faut  remarquer  que,  s'il  adoucit  le  t  en  rf, 

1.  Ce  fait  tendrait  à  prouver  que  le  notaire  écrivait  sous  la  dictée  de 
quelqu'un  :  en  raison  de  son  rang,  ce  ne  pourrait  être  que  de  l'archichan- 
celier  ou  de  l'empereur.  On  hésite  vraiment  à  attribuer  un  pareil  latin  à 
Tarchevêque  de  Vienne,  mais  ce  pourrait  bien  être  un  spécimen  de  l'élo- 
quence impériale  et  le  spécimen  serait  curieux. 


486  LA    PHOVENCK    DU    PUIIMIEK    AU    Xll"*    SIÈCLE 

c'est  de  lui-même;  et,  de  lui-même,  il  avait  écrit  Uienna.  La  graphie 
/!'i7ie/i/icîest  le  fait  d'une  correction  opérée  sur  le  moment  même,  avant 
que  l'encre  ne  fut  sèche.  La  conclusion  à  en  tirer,  c'est  que  l'expédi- 
tionnaire viennois,  travaillant  sous  le  contrôle  du  notaire  de  langue 
germanique,  aura  été  amené  à  se  conformer  à  la  prononciation  de  ce 
notaire.  Le  précepte  où  ce  fait  se  produit  est  du  19  octobre  1K)7,  c'est- 
à-dire  du  moment  où  le  notaire  étranji^er  venait  d'entrer  en  fonctions  : 
dans  les  préceptes  suivants,  on  voit  que  les  expéditionnaires  viennois 
reviennent  sagement  à  la  forme  courante  Vienna  et  le  notaire  Gar- 
nier  arrive  à  s'y  conformer  lui-même  dans  le  précepte  qu'il  voulut 
écrire  en  9r2. 

Le  renforcement  de  apui,  dans  le  précepte  du  16  mai  908,  semble 
bien  avoir  la  même  raison  d'être  que  la  graphie  Uihenna  :  car,  si  l'expé- 
ditionnaire de  ce  précepte  avait  été  de  langue  germanique,  il  n'aurait 
pas  écrit  :  oblinead  et  surtout  Teubertus. 

Il  est  remarquable  que  le  texte  du  précepte  de  912,  écrit  par  le 
notaire  lui-même,  ne  présente,  dans  son  texte,  aucune  syllabe,  aucun 
mot,  répété  maladroitement  ou  corrigé  :  Garnier  n'a  eu  d'hésiLilion 
matérielle  que  sur  l'endroit  exact  où  placer  la  souscription  impériale, 
formule  qu'il  s'agissait  de  mettre  en  relief  et  en  bonne  place,  conformé- 
mont  au  protocole  des  expéditionnaires. 

Par  contre,  le  texte  des  préceptes  de  9()7  et  de  908,  écrit  par  les 
expéditionnaires  placés  sous  la  direction  du  notaire,  donne  impertur- 
bablement les  formes  extérieures  de  la  calligraphie  qui  étaient  établies 
par  le  protocole  ;  mais  le  premier  présente  deux  ou  trois  hésitaticmset 
corrections  dans  les  termes  de  la  souscription  et  de  la  date  ;  le  second 
présente,  dans  le  texte  même,  des  syllabes  et  des  mots  répétés  à  tort 
qu'il  a  fallu  exponctuer.  Ce  sont  là  des  erreurs  apportant  la  preuve 
que  les  expéditionnaires  grossoyaicnt,  avec  plus  ou  moins  d'attention, 
la  minute  du  précepte  qui  était  éUiblie  par  le  notaire.  Ils  mettaient 
cette  minute  en  latin  quand  elle  ne  Tétait  pas  suffisamment,  car  on 
sait  que  Garnier  n'écrivait  pas  correctement,  et,  le  plus  souvent,  ils 
adoptaient  des  graphies  plus  conformes  à  leur  langue  adoucie  ;  quel- 
quefois cependant,  ils  conservaient  les  graphies  rudes  du  notaire, 
comme  dans  apul  et  Uihenna.  Pour  la  date,  l'an  du  règne  est  indi- 
qué par  le  substantif  regni  ou  imperii  depuis  le  remplacement  de 
Hainfroy  par  Alexandre  :  cependant  le  précepte  de  912,  écrit  par  le 
notaire  lui-même,   remplace  ce  substantif  par  le  participe  iniperanle , 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  487 

On  a  dit  que  rexpédilionnaire  du  précepte  de  907  avait  d'abord  écrit, 
lui  aussi,  régnante^  mais  qu'il  s'était  corrij;é  de  suite  et  avait  mis  le 
substantif  regni.  Il  est  probable  que  la  minute  établie  par  le  notaire 
portait  régnante  et  que  l'expéditionnaire,  plus  formaliste,  est  l'auteur 
de  la  correction  nécessaire  pour  se  conformer  au  nouveau  protocole. 
Ces  corrections  et  cette  dernière  particularité  pourraient  être  un  indice 
que  les  expéditionnaires  transcrivaient  le  texte,  non  pas  sous  la  dictée 
du  notaire,  mais  avec  sa  minute  sous  leurs  yeux,  avec  le  loisir  de  la 
mettre  au  net.  L'expéditionnaire  de  908  est  plus  inattentif  que  celui 
de  907;  il  lui  arrive  d'écrire  deux  fois  de  suite  les  mêmes  syllabes 
qu'il  copie.  Cette  répétition  semble  être  surtout  le  fait  d'une  dictée 
où  le  lecteur  répète  deux  fois  certains  mots,  certaines  syllabes  et  où 
le  copiste  écrit,  par  inattention,  toutes  les  syllabes  qu'il  entend  dicter, 
même  si  elles  se  répètent.  A  la  rijj^ueur  cependant,  il  peut  arriver  à  un 
copiste  inatlentif,  quilit  les  syllabes  et  les  mots  d'un  texte  pour  le  trans- 
crire, de  lire  deux  fois  de  suite  certaines  syllabes  et  de  les  écrire  de 
même  :  tout  dépend  du  degré  de  son  étourderieet  de  son  intelligence. 

Voilà  ce  qu'on  peut  entrevoir  de  la  chancellerie  impériale  sous 
Alexandre,  jusqu'en  912.  Cet  archichancelicr  est  précisément  celui  qui 
reprit,  comme  archevêque  de  Vienne,  et  étendit  l'cuuvre  de  faussaire 
entamée  par  son  prédécesseur  Audran  pour  éliminer  Arles.  Ce  n'est 
doncpas  unesurprisede  constater  que,  dès  son  arrivée,  iléloignelechan- 
celier  provençal  Arnoux  et  le  remplace  parle  diacre  Garnier  d'origine 
étrangère.  Ce  n'est  pas  merveille  si,  désormais,  les  alfa  ires  provençales 
sont  soumises  au  contrôle  de  l'archevêque  de  Vienne.  Les  faits  se  lient 
d'eux-mêmes,  dès  qu'on  les  connaît.  Ainsi,  Alexandre  était  débarrassé 
d'un  témoin  provençal  gênant;  il  était  placé  comme  intermédiaire 
obligatoire  entre  la  Provence  et  le  souverain.  Celui-ci,  d'autre  part, 
était  dominé  par  le  comte  de  A'iennois.  La  Provence  était  désormais, 
dans  le  royaume  de  Provence,  sous  le  pouvoir  de  Vienne.  Il  restait 
à  Arles  ses  archives  et  sa  prééminence  religieuse  pour  confondre, 
auprès  du  pape,  les  prétentions  de  sa  rivale.  Bien  vite,  Alexandre 
s'en  fabrique  autant,  de  toutes  pièces. 

Les  préceptes  de  la  chancellerie,  octroyés,  sous  ce  régime,  à  une 
cité  provençale,  peuvent  faire  démasquer  l'auteur  des  faux  viennois  par 
la  main  de  ses  complices. 

On  se  bornera,  pour  le  moment,  à  jeter  un  coup  d'œil  dans  le  Ms. 


488  lA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    XII*  SIÈCLE 

lat.  1452  *.  Ce  manuscrit,  donne  en  168J  par  les  chanoines  du  Puy  à 
la  bibliothèque  de  Colbert,  avait  clé  offert  à  N.-D.  du  Puy  par  son 
évêque  Adalard  (915-9'2t>i.  Il  se  compose  de  24  cahiers  signés  et  pri- 
mitifs, ayant  8  feuillets  chacun,  auxquels  fut  ajouté  un  cahier  supplé- 
mentaire de  10  feuillets.  Ce  manuscrit  contient  la  transcription  du 
recueil  des  canons  du  |)ape  Hadrien,  offert  par  lui  à  Charlemagne 
quand  le  roi  des  Francs  vint  en  774  à  Rome.  Chaque  métropole  dut 
être  munie  de  ce  recueil  :  celle  transcription,  qui  date  du  ix^  siècle, 
paraît  avoir  été  destinée  îi  Té/^Iise  de  A'ienne.  Du  moins,  elle  luiap{)ar- 
tenait  dès  l'époque  de  son  archevêque  Adon  et,  dès  lors,  le  cahier 
sup[)lémentairc  de  10  feuillets  y  avait  été  joint.  En  effet,  en  S69,  le 
verso  du  feuillet  196,  qui  se  trouvait  libre,  a  servi  à  Adon  pour  trans- 
crire, soit  de  sa  main,  soit  de  la  main  d'un  des  clercs,  trois  mande- 
ments reçus  successivement  de  Tempereur  Louis  II,  de  son  frère 
Lothaire  II  et  de  Charles  le  Chauve,  leur  oncle,  pour  désigner  Bernier 
comme  évéque  de  Grenoble.  Adon  révèle  ses  habitudes  de  precision 
en  faisant  suivre  chacune  de  ces  lettres  des  souverains  de  la  date  à 
laquelle  elles  lui  étaient  parvenues  :1a  première  le  14  juillet,  la  seconde 
le  1**^  août  à  A'ienne  et  la  troisième  le  26  septembre.  Comme  particu- 
larités orthographiques,  il  n'y  a  a  relever  dans  ces  transcriptions  que 
les  graphies  :  quaem  pour  i/nam,  frai rae  \)our  fratre,  orpor(e(  pour 
oportel  et  episcapalum  pour  episcopalum. 

Ainsi,  dès  809,  le  manuscrit  appartenait  à  l'église  de  Vienne;  à  celte 
époque,  celle-ci  ne  s'était  pas  encore  mise  à  fabriquer  des  faux.  Lais- 
sant cette  j)remière  addition  de  date  certaine  et  le  feuillet  196  verso 
où  elle  a  été  insérée,  il  faut  se  reporter  au  dernier  feuillet  du  manu- 
scrit pour  essayer  de  déterminer  l'époque  à  laquelle  il  a  été  écrit,  la 
main  à  qui  on  peut  l'attribuer.  Ce  feuillet  202  porte  un  texte  qui, 
déposé  sur  deux  colonnes,  occupe  le  recto  tout  entier  et  se  termine  au 
sommet  de  la  K^  colonne  du  verso.  En  voici  le  titre,  Tincipit  et  l'ex- 
plicit  : 

1.  Bibl.  Nat.,  ms.  lat.  1452,  jadis  nctfius  3S87  «t,  et  plus  anciennement 
Co(L  Coll.  4i9. 

f°  l  r®  :  «  Hune  codicem  canonici  Aniconses  bibliotheca»  Colbertina?  dona- 
runt  anno  MDCLXXXI  »  {sùjné  :)  Sloph.   Baluzius. 

fo  2  r"  :  u  LinEH  oblatits  ad  altare  sancte  Marie  Anitiensis  ecclesie  donc 
Adelardi  oiusdein  sçdis  episcopi.  Sit  uleiiLi  gratia,  largitori  uenia,  frau- 
danti  anathema.  » 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  489 

a  Auctoritas  quod  ex  aniiquo  Moriensis  ecclesia  Viennensi  ecclesie 
melropoli  subdita  fuit.  In  diebus  precellentissimi  régis  Gon- 
tramni  mulierquedam,  Tygris  nomine  ex  territorio  Mauriginense. 
vici  Maurigenne  subditum  esse  decrevil  ». 

Le  reste  de  la  1"  colonne  du  verso  est  resté  vide,  sauf  la  dernière 
ligne  où  se  trouve,  en  grandes  lettres  de  chancellerie,  la  transcription 
d'un  incipit  de  précepte  royal  : 

IN  NOMING  '  SCE  ET  INDIUIDUETRIMTATIS  RODILFUS^  UEX 

La  2*  colonne  du  verso  est  également  vide. 

Si  le  scribe  de  cette  dernière  ligne  avait  voulu  transcrire  le  texte  d'un 
précepte,  il  est  naturel  de  croire  qu'il  n'aurait  pas  commencé  sa  trans- 
cription sur  la  dernière  ligne  de  la  1*^"  colonne  du  manuscrit  pour  avoir 
à  remonter  immédiatement  de  bas  en  haut.  Il  aurait  débuté  sur  la 
première  ligne  de  la  deuxième  colonne,  pour  remplir  cette  colonne 
qui  lui  offrait  un  espace  suffisant  :  dans  le  cas  où  il  aurait  estimé  que 
cette  2*  colonne  ne  lui  suffirait  pas,  il  aurait  alors  utilisé  toul  l'es- 
pace libre  de  la  page  et  aurait  placé  son  incipit  là  où  finit  le  texte 
précédent. 

Par  conséquent,  le  scribe  n'a  jamais  voulu  en  écrire  davantage  que 
ce  qu'il  a  écrit  avec  les  huit  mots  qui  composent  l'invocation  et  la 
suscription  du  précepte.  C'est  un  essai  de  plume.  A  vrai  dire,  le 
manuscrit  ayant  appartenu  à  l'église  du  Puy  à  partir  d'Adalard  (915- 
926),  il  serait  indiqué  de  voir,  dans  cet  essai,  la  copie  figurée  du  début 
d'un  précepte  émané  du  roi  de  France  Raoul  (13  juillet 923,  •[  15  janv. 
936)  en  faveur  de  cette  église.  Toutefois,  rien  n'empêche  de  comparer 
la  main  qui  a  tracé  ces  lettres  avec  celles  auxquelles  on  doit  les  pré- 
ceptes émanés  de  la  chancellerie  de  Louis  l'Aveugle,  afin  de  vérifier 
s'il  existe  entre  elles  des  rapports  ou  des  divergences  sensibles. 

Les  préceptes  d'Avignon,  à  eux  seuls,  donnent  l'invocation  à  Dieu  et 
au  Sauveur  en  9(»3  (8  avril-25  décembre),  en  907,  en  908,  en  917  et  en 
919:  l'invocation  à  la  Trinité  se  renconlre  en  897,  le  17  septembre 
903  et  en  912.  Toutes  deux  s'employaient  donc,  quel  que  fût  l'archi- 
chancelier,   et  il  n'y  a  rien  à  en  tirer. 

La  forme  des  lettres  est  plus  intéressante.  A  propos  du  mot  initial 
IN,  on   observe  que  la  lettre  n  se  trouve  figurée  en  capitale  dans  les 

1.  Sic. 

2.  Sic. 


490  LA    PROVENCE   DU    PREMIEK    AU    XII**    SIÈCLE 

préceptes  de  897,  de  917  el  de  919  :  dans  ces  deux  derniers,  les  deux 
lettres  du  mot  sont  liées,  ce  qui  n'a  pas  lieu  en  897.  On  observe  que  la 
lettre  n  se  trouve  li^'uréeen  minuscule  dans  les  préceptes  de  ^K)3,  907, 
908  et  912  ;  mais  dans  les  trois  premiers,  dus  à  la  plume  d'expédition- 
naires viennois,  le  trait  supérieur,  qui  unit  le  second  jambage  de  la 
lettre  au  premier,  est  arrondi.  Cet  aspect  arrondi  caractérise  les  deux 
nasales  m  et  n.  Cependant,  dans  le  précepte  de  907  dont  le  début  est 
d'une  calligraphie  arrondie  très  soignée,  on  remarque  à  la  fin  de  la 
première  ligne,  moins  soignée  que  le  début,  une  lettre  m  à  jambage 
aigu  :  c'est  la  lettre  finale  du  mot  reuerentiam.  Dans  le  précepte  de 
912  dû  à  la  plume  du  notaire  Garnier,  le  trait,  qui  unit  le  premier 
jambage  au  second,  part  du  premier  en  remontant  sans  décrire  de 
courbe  et  rejoint  le  second  de  manière  à  former  avec  lui  un  angle 
aigu  très  prononcé.  Les  nasales  m  et  n  prennent  ainsi  un  aspect 
hérissé  et  pointu  qui  les  difFérencie  très  nettement  de  celles  qui  sont 
dues  aux  calligraphcs  viennois. 

Le  d  se  présente  avec  la  panse  arrondie  dans  les  préceptes  de  897, 
907,  908,  917  et  919.  Cependant,  dans  celui  de  908,  le  premier, 
employé  pour  figurer  le  mot  Dei\  fait  exception.  De  même,  dans  celui 
de  917,  celui  qui,  pour  la  souscription  notariale,  figure  au  nom  Uhbol- 
dus.  Ce  (/  particulier  n'est  pas  formé  d'une  panse  unique  :  il  est  tracé 
par  deux  panses  superposées  et  arrondies  qui  s'appuient  sur  la  haste 
verticale.  Il  en  est  de  même  dans  les  préceptes  de  903  (avril-décembre) 
et  de  912. 

Le  t,  dans  le  précepte  de  897,  se  compose  d'un  trait  supérieur  et 
horizontal  qui  surmonte  le  trait  vertical,  sans  s'appuyer  sur  lui,  par 
une  panse  à  gauche.  Dans  tous  les  autres  préceptes,  ce  trait  supérieur 
s'appuie  sur  le  vertical  par  une  panse  qui  vient  le  rejoindre  en  dessous 
et  à  gauche.  Mais,  il  y  a  une  particularité  :  dans  les  préceptes  de  903 
(avril-décembre),  908,  917  et  919,  cette  panse  dépasse,  sur  la  droite, 
après  avoir  rejoint  le  trait  vertical  et  elle  tend  à  s'enrouler  autour  de 
lui.  Dans  les  préceptes  de  907  et  912,  la  panse  ne  dépasse  pas  le  trait 
vertical  après  l'avoir  joint  et  avoir  servi  d'appui  au  trait  supérieur. 

Le  c,  dans  le  précepte  de  903  (avril-décembre),  se  compose  de  deux 
courbes  superposées  et  arrondies,  exactement  comme  les  deux  panses 
qui  caractérisent  les  d  de  ce  même  précepte.  Dans  tous  les  autres  pré- 
ceptes, il  se  compose  de  la  courbe  unique  qui  caractérise  la  forme 
ordinaire  de  cette  lettre.  De  plus,  le  c  est  par  excellence,  dans  récri- 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  491 

lure  solennelle  des  préceptes,  la  lettre  à  panache.  Ce  panache  proémi- 
nent s'observe  sans  exception  depuis  897  jusqu'en  919  :  chaque  scribe 
le  développe  plus  ou  moins.  Mais  un  détail  frappe  dans  la  série.  Tous 
les  préceptes,  sauf  un,  présentent  un  c  dont  la  hauteur  égale  celle  des 
autres  lettres  :  le  panache,  qui  le  surmonte,  se  détache  donc,  de  la 
courbe  qui  forme  la  lettre  proprement  dite,  au  niveau  de  Talignement 
constitué  par  les  sommets  de  toutes  les  lettres  dépourvues  d'apex. 
Par  exception,  le  précepte  de  912  olfre  des  c  dont  la  courbe  atteint  à 
peine  la  moitié  de  la  hauteur  des  lettres  normales  de  la  ligne.  Le 
panache  occupe  donc  le  surplus  de  la  hauteur,  entre  les  lettres  voi- 
sines, avant  de  surgir  au-dessus  de  leur  niveau  supérieur  et  sa  proémi- 
nence en  est  réduite  d'autant. 

La  lettre  *  se  compose  d'un  trait  vertical  dont  le  jambage  inférieur 
dépasse  toujours  le  bas  de  la  ligne,  Mais,  dans  le  précepte  de  907  seul, 
ce  trait  surmonte  de  beaucoup  le  sommet  de  la  ligne,  de  manière  à 
former  un  apex  ou  pointe  à  panache  très  proéminent.  Dans  les  autres 
préceptes,  le  trait  vertical  ne  dépasse  pas  le  sommet  de  la  ligne,  ou 
bien  il  ne  le  dépasse  guère.  L's  n'est  donc  pas  une  lettre  à  apex, 
comme  le  rf,  l'A,  17. 

La  lettre  /*  n'appelle  pas  d'observation  relative  à  quelque  diversité 
bien  sensible  de  forme. 

La  lettre  r  dépasse  toujours  plus  ou  moins  le  niveau  inférieur  de  la 
ligne  par  son  jambage  vertical.  Dans  les  préceptes  de  897,  903,  907, 
917  et  919,  le  petit  trait  supérieur,  qui  s'en  détache  à  droite,  ne  s'élève 
pas  au-dessus  de  l'alignement.  C'est  tout  au  plus  si,  dans  le  mot  impe- 
ralor  de  903  où  la  lettré  en  question  figure  comme  finale,  on  peut 
constater  une  tendance  à  élever  la  fin  de  ce  trait  au-dessus  du  niveau 
de  la  ligne.  De  plus,  dans  celui  de  907,  il  s*élève  résolument  dans  le 
cas  où  les  lettres  r  et  e  forment  le  groupe  re. 

La  tendance,  qui  est  exceptionnelle  dans  ces  préceptes,  se  développe 
dans  celui  de  908.  La  première  ligne  en  grandes  lettres,  de  cd  dernier 
acte,  contient  onze  fois  la  lettre  r  ;  sur  ce  total,  il  y  a  six  exemples  du 
trait  supérieur  qui  reste  au  niveau  de  la  ligne  et  cinq  exemples  où  il 
s'élève,  de  biais,  au-dessus  d'elle.  Enfin,  dans  le  précepte  de  912,  ce 
trait  se  termine  toujours  en  s'élevant  au-dessus  du  niveau  supérieur 
delà  ligne. 

Après  avoir  ainsi  passé  en  revue  les  formes  diverses  que  revêtent 
les  consonnes  nasales  m  et  n,  dentales  d  et  /,  sifflantes  c  et  *,  labiale  f 


402  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

et  liquide  r  dans  les  préceptes  de  Louis  TAveugle,  il  reste  à  grouper 
les  mêmes  remarques  relatives  aux  voyelles. 

L'a,  plus  ou  moins  penché,  n'oiîre  jamais,  comme  forme  théorique, 
de  dilFérence  bien  caractéristique  d'un  précepte  à  l'autre,  en  dehors 
de  la  tendance  spéciale  à  chaque  scribe  de  tracer  tous  les  traits. 

L'c  offre  plus  d'intérêt.  Cette  voyelle  est  une  lettre  à  deux  étages, 
car  elle  se  compose  essentiellement  de  deux  panses  superposées  :  la 
plus  haute  forme  l'amorce  d'une  boucle  fermée,  la  plus  basse  est 
ouverte.  Dans  les  préceptes  de  897,  de  9<>3  et  de  907,  Tétage  supérieur 
occupe  presque  toute  la  hauteur,  l'inférieur  est  donc  fort  bas.  Mais  le 
précepte  de  907  offre  deux  exceptions  :  le  groupe  ne  de  nomine  et  le 
premier  groupe  re  dans  reverenliam  parce  que  Ve  y  est  lié  à  la  lettre 
pi*écédente  :  l'étage  inférieur  de  la  lettre  y  disparaît.  Dans  les  pré- 
ceptes de  908,  de  912,  917,  c'est  l'inverse,  car  l'étage  inférieur  est 
fort  élevé.  Finalement,  dans  le  précepte  de  919,  chacun  des  étages  offre 
à  r<ril  ù  peu  prés  le  même  développement.  En  dehors  de  cette  ques- 
tion des  proportions  variables  de  chaque  étage,  il  y  a  lieu  d'observer 
que  la  panse  inférieure  est,  en  général,  fort  rebondie:  par  contre,  dans 
le  précepte  de  908,  elle  maigrit  au  point  de  n'être  plus  qu'un  trait 
vertical.  Le  mode  de  liaison  des  deux  panses  varie  :  dans  les  préceptes 
de  1M)3,  907  et  912,  ces  deux  panses  se  soudent  tout  simplement  l'une  à 
l'autre  par  leur  extrémité  commune  ;  dans  ceux  de  897,  908,  917  et 
919,  par  contre,  le  trait  de  la  panse  supérieure  ne  finit  pas  au  point 
oij  il  rencontre  le  trait  de  l'inférieure,  il  le  dépasse  en  descendant  et 
en  se  recourbant.  Les  deux  panses  esquissent  alors,  par  leur  ensemble, 
le  tracé  d'un  8  incomplet. 

L'i  se  compose  du  trait  vertical  ordinaire  en  897,  1K)3,  907,  908, 
917  et  919  :  en  912,  sur  21  spécimens  de  celle  voyelle,  il  y  en  a  12  de 
conformes  à  celte  tradition,  mais  les  9  autres  se  composent  d'un  trait 
ondulé  par  le  sommet, 

L'o  se  compose  d'une  boucle  fermée.  Dans  les  préceptes  de  897, 
908  et  912,  cette  boucle  est  de  la  hauteur  des  autres  lettres  de  la 
ligne.  Dans  ceux  de  903,  907,  917  et  919,  elle  se  réduit  à  une  boucle 
étroite  au  bas  de  la  ligne  et  le  reste  de  la  hauteur,  que  les  lettres 
occupent,  est  rempli  par  un  trait  qui  s'élève  après  avoir  fermé  la 
boucle.  Far  exception,  le  mot  oA  du  précepte  de 907  donne  une  boucle 
qui  occupe  toute  la  hauteur.  Dans  les  préceptes  de  897,  903,  908,  917 
et  910,  le  trait  qui  s'élève  au-dessus   de    la  boucle  fermée  ne  dépasse 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  493 

pas  le  niveau  supérieur  de  la  ligne  :  dans  celui  de  907,  il  le  dépasse 
légèrement,  dans  celui  de  912  il  le  dépasse  tout  à  fait,  de  manière  à 
former  un  apex  proéminent  bien  caractérisé.  Généralement,  pour  for- 
mer la  boucle  de  To,  la  main  du  scribe,  qui  se  dirige  de  haut  en  bas 
puis  de  bas  en  haut,  se  déplace  de  gauche  à  droite  pour  eiFectuer  cette 
courbe  :  il  en  est  ainsi  dans  tous  les  préceptes  d'une  manière  cou- 
rante. Cependant,  il  arrive  aussi  que  la  main  se  déplace  de  droite  à 
gauche.  Ainsi,  dans  le  précepte  de  903  pour  le  groupe  om  du  mot 
omnium^  à  titre  exceptionnel.  Dans  le  précepte  de  908,  il  est  facile  de 
constater  le  mouvement  ordinaire  dans  le  texte  proprement  dit  de 
Facle  :  ainsi,  dans  retribucionibus.  Mais  la  première  ligne  en  grandes 
lettres,  la  seule  sur  laquelle  porte  le  présent  examen,  paraît  bien  don- 
ner le  mouvement  inverse  et  exceptionnel.  La  chose  n'est  pas  facile  à 
déterminer,  parce  que  la  boucle  se  ferme  en  pointe  avec  une  calligra- 
phie soignée:  cependant,  ce  fait  paraît  ressortir  du  mot  ordinanle  et 
du  second  o  de  nostrorum^  où  la  jointure  des  deux  traits  qui  ferment 
la  boucle  est  moins  parfaite.  Dans  le  précepte  de  912,  le  texte  propre- 
ment dit  provoque  la  même  remarque  que  celui  de  908  :  ainsi  à  la  neu- 
vième ligne,  le  mot  poleril  donne,  à  n'en  pas  douter,  le  mouvement 
usuel  de  gauche  à  droite  ;  de  même,  à  la  première  ligne,  le  mot  :  avco- 
modamus.  Cependant,  sauf  erreur,  dans  le  mot  nomine^  il  faudrait 
constater  le  mouvement  de  droite  à  gauche  :  de  même  dans  eorum. 

Enfin  Vu  ne  donne  pas  lieu  à  des  observations  sur  une  divergence 
de  formes  :  le  tracé  en  est  plus  ou  moins  anguleux  ou  arrondi,  suivant 
les  tendances  personnelles  de  chaque  scribe  et  suivant  le  degré  de  soin 
que  celui-ci  mettait  à  sa  calligraphie. 

Ces  observations  faites,  il  convient  de  voir  avec  quel  groupe  de  pré- 
ceptes les  caractères  de  l'invocation  et  la  suscription  placées  au  f"  202 
v°  du  ms.  lat.  1452  oifrent  le  plus  d'analogie  comme  forme  théorique. 
Ces  caractères  offrent  les  particularités  suivantes,  en  harmonie  avec 
les  préceptes  cités  ci-contre  : 

La  lettre  n  en  minuscule  dans  le  mot  initial  :  903,  907,  908,  912. 

Les  nasales  m  et  n  à  jambages  pointus  :  907  {reverenUam)^  912. 

Le  c/  à  deux  panses  :  903,  908  (Del),  912,  917  [Lbholdus. 

Le  t  à  panse  qui  ne  dépasse  pas  le  trait  vertical  :  907,  912. 

Le  c  de  hauteur  un  peu  inférieure  à  la  ligne,  avec  panache  :  912. 

Le  5  non  proéminent  :  897,  903,  908,  912,  917,  919. 

Le  r  non  proéminent  :  897,  903  (sauf  impcralor),  907  (moins  le 
groupe  rc),  908  (six  cas  sur  onze),  917  et  919. 


491  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XIl*^   SIÈCLE 

I/e  à  panse  inférieure  élevée:  9()8,  912,  917. 

Vi  droit  :  897,  903,  9<)7, 1K)8,  912  (douze  cas  sur  vingt-un,  917,  919. 

I/o  à  boucle  étroite  au  bas  de  la  lip^ne  :  903,  1H)7  (sauf  oh\  917,  919. 

I/o  à  trait  non  proéminent  :  897, 1K)3,  908,  917,  919. 

I/o  dirij;é  en  descendant  de  droite  à  j^auche  :  903  {omnium),  908 
(T''  ligne),  912  {m^mi'ne,  eorum). 

Sur  12  particularités,  il  y  en  a  donc  4  qui  rappellent  le  précepte 
de  897,  8  celui  de  903,  0  celui  de  907,  8  celui  de  908,  9  celui  de  912, 
7  celui  de  917  et  5  celui  de  919.  C'est  donc  le  groupe  des  préceptes 
délivrés  sous  l'archichancelier  Alexandre  et  de  908  à  917  qui  oiFre 
davantage  de  points  de  ressemblance  comme  forme  théorique.  Dans  ce 
groupe,  c'est  précisément  le  précepte  dû  à  la  main  du  notaire  lui- 
même  qui  en  olFre  le  plus,  puisque  les  trois  quarts  des  formes  théo- 
riques observées  y  figurent.  Ce  résultat  est  d'autant  plus  remarquable 
que  l'écriture  du  précepte  de  912  est  la  moins  calligraphique,  c'est-à- 
dire  la  moins  conventionnelle  et  la  plus  personnelle  de  toutes. 

On  peut  donc  dire  cjue  l'invocation  du  précepte  de  Raoul,  placée  dans 
le  ms.  lat.  1452,  a  dû  être  transcrite  à  Vienne  sous  l'influence  du  notaire 
Garnier.  La  forme  des  c  qui  lui  est  propre  suflirait  à  le  caractériser. 
Mais  il  est  difficile  de  croire  qu'elle  y  a  été  transcrite  par  lui-même. 
Son  précepte  autographe  de  912  |)résente  des  r,  des  o,  des  e,  dont  le 
tracé  en  diffère  trop.  L'invocation  a  donc  été  transcrite  par  un  des 
expéditionnaires  de  la  chancellerie  viennoise  imitant  Técriture  du 
notaire  Garnier.  Dans  /io//ii/ie,  il  écrit  par  mégarde  un  c  au  lieu  d'un 
e  ;  dans  liodulfus^  il  omet  par  mégarde  le  second  jambage  de  Vu  :  c'est 
un  essai  de  plume  qui  cherchait,  fort  probablement,  à  rendre  l'aspect 
d'un  précepte  de  Raoul  dû  à  la  main  du  notaire,  ou  à  une  main  presque 
identique  à  la  sienne.  On  a  dit  que  Garnier  paraissait  être  de  langue 
germanique  :  il  pourrait  donc  bien  être  originaire  de  la  Bourgogne 
jurane  où  se  parlait  cette  langue  et  avoir  été,  d'abord,  dans  la  chancel- 
lerie du  roi  de  Hourgogne  jurane  Rodolphe  (888,  -j-  25  octobre  912). 
Il  est  légitime  de  penser  que  les  quehpies  particularités  des  carac- 
tères de  l'invocation,  qui  sont  en  opï)osition  avec  les  formes  employées 
par  (iarnier,  caractérisent  la  main  du  copiste  lui-même  :  cette  main, 
s'écartiint  du  modèle,  y  reprend  plus  ou  moins  son  naturel.  Les  pré- 
ceptes de  Wl  et  de  908  font  connaître,  chacun,  un  expéditionnaire  de 
la  chancellerie  viennoise.  Cette  chancellerie  ne  devait  pas  en  avoir 
beaucoup  plus.  La  main  de  ÎM)8  trace  la  boucle  des  o  aussi  haute  que 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  495 

les  autres  lettres,  dirigée  de  droite  à  gauche  et  sans  trait  proéminent  : 
la  queue  de  IV  est  proéminente  dans  cinq  exemples  sur  onze.  La  main 
de  907  trace  la  boucle  des  o  fort  étroite  au  bas  de  la  ligne,  dirigée  de 
gauche  à  droite  avec  un  trait  vertical  à  peine  proéminent  :  la  queue  de 
IV  n'est  pas  proéminente,  sauf  dans  le  groupe  re.  Aucun  de  ces  détails 
particuliers,  soit  au  scribe  de  908,  soit  à  celui  de  907,  ne  se  retrouve 
donc,  d'une  manière  identique,  dans  les  détails  de  l'invocation  trans- 
crite, qui  sont  contraires  aux  habitudes  du  notaire  Garnier.  Le  tracé 
des  e,  dans  l'invocation  et  dans  le  précepte  de  912  dû  à  Garnier, 
offre  une  similitude  de  proportions  puisque,  des  deux  côtés,  la  panse 
inférieure  est  élevée  ;  mais  dans  le  précepte  de  912,  les  deux  panses  se 
soudent  par  leur  extrémité  commune  et,  dans  l'invocation,  il  n*en  est 
pas  ainsi.  Dans  l'invocation,  la  panse  inférieure  est  rebondie;  de  plus, 
la  forme  de  la  lettre  affecte  le  tracé  en  8.  Ces  deux  caractères  réunis 
ne  se  rencontrent  ni  chez  le  scribe  de  907,  ni  chez  celui  de  908,  dans 
les  lignes  en  grandes  lettres.  La  seule  ressemblance  notable,  relative 
aux  e,  entre  leurs  mains  et  la  main  de  l'invocation,  est  fournie  par  le 
groupe  re  dans  la  souscription  notariale  de  907  tracée  en  petites  lettres  : 
cette  ressemblance  est  insulïisante.  En  dehors  des  préceptes  de  907  et 
908,  ceux  qui  offrent  le  plus  d'analogies  avec  l'invocation  sont  ceux 
de  903  et  de  917.  Dans  celui  de  903,  le  mot  omnium  offre  un  exemple 
isolé  d'o  dirigé  de  droite  à  gauche,  qui  est  à  rapprocher  de  la  forme 
adoptée  dans  l'invocation  ;  mais  la  forme  des  e  en  est  totalement 
différente.  Dans  le  précepte  de  917,  les  o  sont  tous  dirigés  de  gauche 
à  droite,  mais  la  forme  des  e,  en  8  plus  ou  moins  complet,  offre  les 
plus  grandes  analogies  avec  celle  des  e  qui  figurent  dans  l'invocation  : 
le  groupe  re  dans  la  souscription  notariale  du  précepte  au  mot  reco- 
gnoui  ne  diffère  guère  du  groupe  re  dans  le  mot  rex  de  l'invocation. 

Pour  ces  motifs,  il  est  à  présumer  que  l'invocation  de  précepte  pla- 
cée au  f^  202  et  dernier  du  ms.  lat.  1452  est  quelque  essai  de  plume 
dû  à  l'un  des  expéditionnaires  de  la  chancellerie  impériale.  Ce  scribe 
s'efforçait  d'y  figurer  le  début  d'un  acte  au  nom  de  Rodolphe,  roi  de 
Bourgogne  jurane  qu'il  avait  sous  les  yeux  :  l'acte  lui-même  devait  être 
écrit  de  la  main  du  notaire  de  la  chancellerie  Garnier.  Celui-ci  ayant  été 
notaire  à  Vienne,  de  907  à  912,  et  l'expéditionnaire  en  question  étant 
l'auteur  du  précepte  de  917,  plutôt  que  ceux  des  préceptes  précédents 
de  907  et  908,  il  est  certain  que  cet  essai  de  plume  fut  tracé  sous  l'archi- 
chancelier  Alexandre,  à  la  fin  plutôt  qu'au  début  de  l'époque  où  Garnier 
exerça  ses  fonctions  de  notaire  à  Vienne,  c'est-ji-dire  vers  912. 


496  lA    PROVKNCE    DL'    PREMIER    AU    XII*'    SIÈCLE 

On  a  dit  que  le  manuscrit  avait  été  donné  à  N.-l).  du  Puy  par  son 
évêque  Adalard  qui  sié^^ea  de  915  environ  à  9*26;  il  résulte  de  là  que 
Fessai  de  plume  placé  à  la  fin  y  fut  transcrit  à  la  veille  du  moment  où 
le  volume  allait  être  transporté  de  Vienne  au  Puy. 

La  première  addition  au  f"  196  v»  remontant  à  869  et  la  dernière 
au  f**  202  v°  datant  de  912  environ,  les  additions  intermédiaires  sont 
donc  ou  bien  de  la  lin  du  ix*,  ou  bien  du  début  du  x*  siècle.  11 
serait  hors  de  propos  d'examiner  ici  la  notice  des  Gaules  remaniée  et 
faussée  à  l'avantage  de  Vienne  qui  s'y  trouve  d'abord.  Un  mot  suffira 
sur  la  notice  spéciale,  relative  à  la  Maurienne,  qui  occupe  le  feuillet 
202. 

Sous  le  prétexte  de  raconter  la  vie  de  sainte  Tygre,  ce  texte  n'a 
qu'un  but  :  fournir  un  titre  d'apparence  ancienne  pour  prouver  que  la 
Maurienne  dépendait  de  la  métropole  viennoise  *  et  que,  accessoire- 
ment, la  vallée  de  Suse  dépendait  de  la  Maurienne  '.  Sitôt  que  les 
phrases  essentielles  sont  écrites,  l'auteur  s'arrête  :  il  juge  inutile  de  se 
fatiguer  à  poursuivre  la  vie  de  la  sainte  et  surtout  de  raconter  sa 
mort.  Le  titre  de  la  notice,  à  lui  seul,  dévoile  d'ailleurs  sans  détour  le 
motif  de  sa  transcription  ^. 

La  notice  présente  quelques  particularités  orthographiques:  Morien- 
sis,  dans  le  titre,  puis  Mmiriginense,  Morigenney  Aforiginensem  et 
plus  simplement,  Morienna;  soiiam  et  sotiaia]  baplista,  puis  hahlis- 
lœ  à  deux  reprises;  pignerum,  finalement  at  et  hah. 

D'une  part,  donc,  un  alîaiblissemcnt  répété  de />  en/»  dans  hahlista; 
de  l'autre,  un  renforcement  de  d  en  /,  dans  at,  et  la  notation  d'une 
aspirée  initiale  dans  hah. 

C'est  la  caractéristique  présentée  déjà  par  les  préceptes  de  907  et 
908  transcrits  de  la  main  d'un  expéditionnaire  viennois  sous  l'influence 
d'une  minute  rédigée  par  le  notaire  de  langue  germanique  Garnier. 
Les  graphies  a/ et  hah  pour  ad  et  ah  se  rencontrent  précisément  dans 
le  précepte  autographe  de  ce   notaire,  daté  de  912  :   l'expéditionnaire 

1   ......  civilali   Viennensi  ipsam  Moriennam  ecclesiam  cum  consensu 

episcoporum  subjoclam  fecil. . .  » 

2.  «...  Seusiam  civilntom^jamdudum  hab  Italis  acceptam,  cum  omnibus 
pagensis  ipsius  loci  siibjectam  fecit  et,  consensu  etiain  Romani  pontificis, 
Viennensi  ecclesie  jure  perenni  episcopum  civitatis  et  vici  Maurigenne  sub- 
ditum  esse  decrevit.  » 

3.  «  Auctoritas  quod  ox  anticpio  Morionsis  ecclesia  Viennensi  ecclesie 
metropoli  subdila  fuit.  » 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  497 

de  908  notait  aput  contrairement  à  ses  habitudes,  sous  l'influence  de 
Garnier.  Celui  qui  transcrit  la  notice  de  la  Maurienne  en  fait  autant 
pour  al  et  hab,  quand,  de  lui-même,  il  atténue  baptisla  en  hnhtisla.  Il 
écrit  soliam  et  soliatay  comme  celui  de  907  écrivait  Aene/i //a  elfaU'ant. 
Il  écrit  pigneru m,  comme  celui  de  908  écrivait  gratenler  :  cette  nota- 
tion se  retrouvera  dans  le  pignerihus  d'un  autre  acte  viennois  %  du 
temps  de  Tarchevêque  Thibaud.  11  écrit  Moriensis  au  lieu  de  MorÎEy- 
ensis.  comme  celui  de  908  écrivait  Avionenseni  au  lieu  de  Aviyionensem, 
Ces  rapprochements  sont  assez  probants  pour  croire  que  le  texte  de  la 
notice,  établi  par  le  notaire  Garnier,  a  dû  être  transcrit  par  l'expédi- 
tionnaire du  précepte  de  908.  Que  le  texte  transcrit  au  f"  202  soit  une 
expédition  et  non  pas  une  minute,  cela  ressort  des  hésitations  maté- 
rielles du  scribe  qui  écrit  :  ,,,in  vigiliis  seu  vigihliis  jejuniis perse- 
verahant  en  répétant  à  tort  vigihliis  au  lieu  de  passer  hje/uniis,  puis, 
,,,sancloIsychio  sacrare perœcepiL  Dans  le  mol perœcepil,  le  premier  e 
est  exponctué,  ce  qui  donne  prœcepit  :  il  en  ressort  que  le  scribe, 
transcrivant  son  texte,  avait  écrit  d'abord  per^  par  erreur,  au  lieu  de 
prx.  Cette  erreur  est  une  erreur  de  vue  plutôt  qu'une  erreur  d'ouïe  : 
il  écrivait  donc  en  ayant  sous  les  yeux  la  minute  de  Garnier  et  on  ne 
la  lui  dictait  pas.  C'est  la  conclusion  à  laquelle  faisait  déjà  arriver 
l'examen  des  préceptes  de  907  et  de  908. 

Ce  qui  achève  de  faire  croire  que  le  texte  de  la  notice  a  été  trans- 
crit par  l'expéditionnaire  du  précepte  de  908  plutôt  que  par  celui  de 
907,  sans  même  en  avoir  la  paléographie  sous  les  yeux,  c'est  que  le 
mot  vigihliis  répété  à  tort  se  trouve  exponctué  et  non  pas  souligné  ou 
eiïacé  avec  le  doigt. 

L'exponctuation  a  été  remarquée  à  deux  reprises  dans  le  précepte 
de  908. 

Ainsi  la  notice  consacrée  à  la  dépendance  de  la  Maurienne  a  dû  être 
établie  pour  l'archevêque  de  Vienne  Alexandre,  par  le  notaire  Gar- 
nier, et  transcrite  au  f**  202  par  l'expéditionnaire  du  préceï)te  de  908. 
Sa  composition  se  place  donc  entre  les  années  907  et  915. 

Garnier  s'inspire  d'un  passage  de  Grégoire  de  Toui^s  qui  lui  sert  de 
point  de  départ  ;  mais  l'historien  mérovingien  ne  donnait  pas  le  nom 
de  la  femme. 

Il  est  curieux  de  constater  que,  précisément,  le  21  avril  910  [ou 

1.  Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart,  de  Sainl-Maurice,  n®  87.  —  Sainl-André' 
le-Bas,  Appendix,  n.  115*. 

Mém,  et  Doc.  de  V École  des  Chartes,  — VU.  33 


198  LA   PROVENCE    DU   PREMIER    AV   XII*   SIÈCLE 

ÎKH)  ?^  vivait  en  Viennois  une  personne  du  nom  de  Tigris^  femme  de 
Rodolphe,  qui,  ce  jour,  o[)ère  un  échange  avec  l'archevêque  à  Chapon- 
nay,  localité  dé[>endant  du  paysd'Ozon  '.  Cette  personne  ne  parait  pas 
avoir  orcuj>é  un  rang  bien  remarquable  et,  avant  la  conclusion  de  l'acte 
concernant  son  mari,  qui.  semble-t-il.  était  meunier,  la  chancellerie 
devait  en  ignorer  l'existence.  Il  est  très  probable  que  le  notaire  Gar- 
nier  s*e«t  emparé  de  son  nom,  assez  peu  répandu,  pour  dépouiPer  de 
son  anonymat  l'héroïne  de  Grégoire.  Il  aurait  donc,  dans  ce  cas, 
rédigé  la  notice  peu  après  le  !21  avril  910  :  de  toute  manière  elle  est 
[>o^térieure  au  19  mai  9(>8,  puisque,  dans  la  dernière  phrase,  il  fait  allu- 
sion au  faux  privilège  de  Serge  III  de  cette  date.  Dans  le  cas  très 
probable,  où  Vienne  n'aurait  osé  commettre  ce  faux  qu'après  la  mort 
du  pape,  la  composition  de  la  notice  par  Garnier,  qui  en  tient  compte, 
serait  même  postérieure  au  23  mai  911  '.  Mais  elle  est  antérieure  au 
18  janvier  9I.*>. 

Hii  effet,  sitôt  les  faux  conimis,  l'archevêque  Alexandre,  prêt  à  s'en 
servir,  parait  s'être  débarrassé  de  son  principal  complice.  Le  précepte 
du  \  avril  912  est  le  dernier  où  le  diacre  Garnier  figure  comme 
notaire.  Dès  le  18  janvier  '915'  l'an  14*"  du  règne  impérial,  il  a  comme 
successeur  le  prêtre  Uboud  ^.  Celui-ci  était  un  Viennois  de  Vienne, 
puisqu'il  était  le  neveu  du  notaire  Thion  *;  il  devint  chanoine  de 
Saint-Maurice  ^\  Jadis  Thion  faisait  ex[)édier  les  préceptes  pour  la 
Viennoise,  tandis  qu'Arnoux,  puis  Garnier,  remplissaient  le  même 
office  pour  la  Provence.  Désormais,  Uboud  les  fait  expédier,  et  lui 
seul,  pour  tout  le  royaume. 

Le  style  se  réduit  de  plus  en  plus.  Garnier,  en  abandonnant  l'an  de 
l'incarnation,  donnait  encore  Tan  du  règne  et  Tindiction  :   maintenant 

1.  Ul.  Chevalier,  Descr.  du  Cart,  de  Saint-Maurice ^  n*  149. 

2.  Dom  Grospcllicr,  sans  utiliser  les  données  que  i>eul  fournir  la  chan- 
cellerie impériale,  vient  d'aboutir  aux  mêmes  conclusions,  puisqull  place 
u  vers  912  »  la  fabrication  du  groupe  des  faux  privilèges  datés  de  707  à  908, 
ainsi  que  la  rédaction  de  VAuctoritas  relative  à  la  Maurienne  et  la  troi- 
sième édition  revue,  augmentée  de  la  liste  épiscopale  de  Vienne  {Mélanges 
d'haf/iof/raphie  dauphinoise,  p.  64). 

3.  L'I.  Chevalier,  Descr,  du  Cari,  de  Saint-Maurice,  n®  196.  —  Saint- 
André-le-Has.  Appendix,  n^  16*. 

4.  Précepte  du  26  octobre  905  ;  Saint-Maurice,  n*  174.  —  Bouquet,  VIII, 
410. 

5.  28  sept3mbre  [942],  l'an 2;  Saint-Maurice,  n»  110.  —  Saint-André-le- 
Bas,  Appendix,  n^  23*. 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  i99 

Uboud  supprime  Tindiclion  et  ne  conserve  ainsi  que  l'an  du  règne. 
De  même,  il  insère  Tacte  de  lieu  dans  le  début  de  la  date  de  temps. 
L'acte  et  la  date  ne  font  plus  qu'un. 

Voici  les  souscriptions  des  deux  préceptes  relatifs  à  Avignon,  avec 
celle  du  précepte  relatif  à  Arles,  joints  au  premier  et  aux  deux  der- 
niers de  ceux  qui  concernent  Vienne  : 

1°  Précepte  de  Louis,  sur  la  demande  de  sa  femme  Alix,  en  faveur 
de  Girard,  disposant  de  biens  en  Viennois  ^  : 

«  Uboldus  notarius,  ad  vicem  Alexandri  archicancellarii  recognovi. 
Datum  est  hoc  preceptum  Vienne  publice  XV.  kalendas  februarii, 
anno  XIIIL  imperii  domni  nostri  Ludovici  augusti  in  Christi  nomine 
féliciter,  amen.  » 

2^  Précepte  en  faveur  de  l'église  d'Avignon,  sur  la  demande  du 
comte  [d'Avignon]  Boson  et  de  l'évêque  d'Avignon  Fouquier  '  : 

«  Ubboldus  notharius  ad  uicem  Alexandri  archicancellarii  recognoui 
ets[ub  (jceaa)]s[cripsi]  (arec  ruche). 

Datum  est  hohc  preceptum  vienne  publice  anno  DCCCXXIIIL  XV. 
kalendas  Septembris  anno  etiam  XVII  Imperii  domni  nostri  Hluduuici 
augusti.  Indicione  VIII.  In  xpisti  nomine  féliciter,  amen.  » 

3*  Précepte,  en  faveurdeS/ercAeriu*,  lui  concédant,  sur  la  demande 
du  comte  [d'Avignon]  Boson,  un  domaine  fiscal  au  comté  d'Avignon  '  : 

«  Uboldus  notharius  ad  uicem  Alexandri  archicancellarii  recognovit 
(sceau)  {ruche)  [subscripsit  *]. 

Datum  est  hoc  preceptum  vienne  publice  .II.  idus  maii,anno  XVIIIÏ 
Imperii  domni  nostri  Luduuici  serenissimi  Augusti,  in  xpisti  nomine 
féliciter,  amen^  » 

49  Précepte  en  faveur  de  Manassès,  archevêque  d'Arles  "'  : 

«  Uboldus  notarius  ad  vicem  Alexandri  archicancellarii  recognovi. 
Datum  est  hoc  preceptum  Vienne  publice  kalendis  februarii,  anno  XX 
imperii  domni  nostri  Ludovici  augusti  in  Christi  nomine  féliciter,  amen.  » 

5°  Précepte  en  faveur  de  Saint-Maurice  de  Vienne,  église  où  sont 
inhumés  le  père  et  la  mère  de  l'empereur  *  : 

1.  Voir  la  note  3  de  la  page  précédente. 

2.  Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  f»  11. 

3.  Arch.  de  Vaucluse,  G.  6,  f.  9. 

4.  Sic. 

5.  Albanès,  Gallia  Christiana  novissima  :  Arles,  col.  98-09,  n®  243. 

6.  Chevalier,  Descr,  du  Cari,  de  Saint-Maurice,  n®  192.  —  Saint-André-lc* 
Bas,  Appendix,  n^'  21*. 


300  LA    PROVENCE   DU   PREMIER   AU    Xll®   SIÈCLE 

«  Uboldus  nolarius,  jussu  domni  imperatoris  scripsit. 

Dalum  est  hoc  preceptum  Vienne  .W  kalendas  decembris,  anno 
XWII  imperii  domni  noslri  lUudovici  augusti  in  Christi  nomine, 
amen.   » 

6*^  Précepte  de  Louis,  sur  la  demande  du  comte  [de  Viennois], 
Charles,  son  fils,  et  de  l'archevêque  de  Vienne  Sobon,  en  faveur  de 
réf,Hisede  Vienne  ^  : 

«  Ubboldus  notarius  scripsit. 

Datum  est  hoc  prœceptum  Vienna;  publice  .VIII.  Kalendas  januarii, 
anno  XXMI  Domini  nostri  Hludovici  augusti.  In  Christi  nomine. 
Amen.  » 

Si  l'ère  impériale  est  bien  calculée,  le  premier  de  ces  préceptes  est 
daté  de  Vienne  le  '^mercredil  18  janvier  [9151,  Tan  14';  le  troisième 
de  Vienne,  le  [vendredi]  14  mai  [919j,  l'an  19*^;  le  quatrième  de  Vienne, 
le  [jeudi',  P*"  février  [021]  ;  le  cinquième  de  Vienne,  le  [mardi]  27  no- 
vembre "927 1;  le  sixième  de  la  Noël  [927]. 

Par  exception  aux  habitudes  du  notaire  Uboud,  le  second  précepte 
note  l'indiction  ;  ce  précepte  note  même  Tan  de  l'incarnation,  ce  que 
son  prédécesseur  (iarnier  omettait  comme  lui  de  faire.  La  raison,  de 
ce  retour  anormal  aux  traditions  des  archichanceliers  antérieurs,  doit 
se  trouver  dans  le  fait  que  le  précepte  en  question  a  dû  être  considéré 
comme  un  précepte  très  solennel.  Par  suite,  Tomission  habituelle  de 
l'année  de  l'incarnation  dans  le  style  d'Alexandre  et  l'omission  acces- 
soire de  l'indiction  par  le  notaire  Uboud  doivent  être  considérées,  non 
pas  comme  une  preuve  d'ij^norance,  mais  comme  une  preuve  d'indiffé- 
rence. La  date  de  mois  et  l'an  de  rè^ne  paraissaient  alors  être  les  deux 
éléments  essentiels  et  suffisants  du  style  de  la  chancellerie  officielle. 

Le  précepte  serait  du  mercredi,  18  août  924,  l'an  17**,  dans  l'indic- 
tion 8".  Mais  l'an  X\*Il"de  l'empire  s'étend,  selon  le  style  moderne,  du 
L")  février  917  au  22  février  918;  quant  à  la  8"  indiction,  prise  en  sep- 
tembre, conformément  au  précédent  donné  par  le  précepte  du  lundi 
19  octobre  ilK)7],  elle  serait  exacte,  selon  le  style  moderne,  de  sej)- 
Icmbre  919  jusqu'en  septembre  920. 

L'un  avec  l'autre,  aucun  de  ces  trois  éléments  ne  concorde.  Ce  n'est 
pas  la  première  fois  que  pareille  difllculté  se  présente  :  avant  d'accuser 
la  chancellerie  d'ignorance  ou  de  né^^li^^ence,  il  importe  d'employer  la 
méthode  naturellement  suivie  jusqu'à  présent  et  d'examiner  l'original. 

1.  Chevalier,  Deacr.  du  Cari,  de  Saint-Mauricey  n.  191.  —  Gallia  Chris- 
liana,  t.  XVI,  iiislr.  col.  15-16,  n^  XX. 


APPENDICE    DIPLOMATIQUE  301 

Une  couche  de  réactif  déshonore  ce  parchemin  ;  elle  n'a  pas  servi 
beaucoup  les  éditeurs  qui  Tont  appliquée  et  elle  incommode  leurs  suc- 
cesseurs, car  Tencre  est  toujours  aussi  pâle  pendant  que  les  lignes 
demeurent  noircies  de  cet  insupportable  badig^eon.  Malgré  ce  voile 
inopportun,  Tœil  attentif  s'assure  que  les  groupes  de  chiffres  HlH-  de 
rindictionet  XVII  de  Tère  impériale  sont  absolument  intacts.  Pour  le 
millésime,  il  n'en  est  pas  de  même.  La  fin  paraît  en  avoir  clé  grattée 
et  elle  se  trouve,  en  tout  cas,  assez  effacée,  sans  que  le  badigeon  ait 
réussi  à  la  faire  ressortir.  On  y  lit  actuellement  DGCCCXhHI  et  ce 
sont  les  quatre  derniers  traits  qui  ont  à  peu  près  disparu.  Il  semble 
certain  que  l'expéditionnaire  impérial  avait  écrit  tout  d'abord 
DCCCCX4ÏII,  c'est-à-dire  918  avec  le  V  figuré  H  selon  son  habitude 
qui  se  répète  dans  les  chiffres  de  l'indiction  et  de  Tan  du  règne.  Puis, 
une  main  différente  a  substitué  920  en  intercalant  le  second  trait  de  X 
sur  le  premier  de  H  et  en  supprimant  le  second  trait  de  H  avec  les 
trois  unités  finales.  Il  reste  donc  devant  l'œil  le  groupe  DGCCCXXllII] 
qu'on  pouvait  prendre  tout  d'abord  pour  924.  La  restitution  qui  s'im- 
pose est  donc  la  suivante  : 

«  Datum  est  hohc  preceptum  vienne  publiée  anno  DGGCCXVIII  .XV. 
kalendas  septembris  anno  etiam  XVII.  impcrii  domni  noslri  Illudu- 
vici  augusti.  Indicione  VIII.  In  xpisti  nomine  féliciter,  amen.  » 

L'an  XVH*  s'étendant,  selon  le  style  moderne,  du  15  juin  917  au 
22  février  918,  le  mardi  18  août  918,  dans  ce  même  style,  ne  corres- 
pondrait pas  à  Tan  XV11°  mais  à  l'an  XMII'^.  La  question  est  de  savoir 
quel  était,  sous  l'archichancelier  Alexandre,  le  style  employé  par  la 
chancellerie.  Le  plaid  de  912  a  permis,  plus  haut,  de  dire  que  ce  style 
n'était  ni  le  style  de  Pâques  propre  à  Rainfroy,  ni  le  style  florentin  de 
TAnnonciation,  ni  même  celui  du  1***"  mars  employé  par  la  chancelle- 
rie en  Lombardie.  Restait  à  choisir  entre  le  style  pisan  de  l'Annoncia- 
tion propre  à  Barnoin  et  le  style  de  Noël.  Le  précepte  actuel  permet 
heureusement  de  préciser  tout  à  fait.  En  raison  de  l'an  du  règne,  la 
date  a  été  établie  le  lundi  18  août  [917],  selon  le  style  actuel,  et  non 
pas  le  mardi  18août[918].  Par  conséquent,  Tarchichancelier  Alexandre 
a  fait  revivre  à  la  chancellerie  le  style  pisan  de  l'Annonciation  déjà 
employé  par  son  prédécesseur  Barnoin.  Le  précepte  est  donc  du  lundi 
18  août  918/7,  l'an  XVII«  du  règne.  Le  précepte  étant  du  18  août 
918/7,  Terreur  sur  Tindiction  est  de  trois  unités  en  trop,  car  il  aurait 
fallu  indiquer  l'indiction  V®  jusqu'en  septembre  et  la  VI*  à  partir  de 


502  LA    PROVENCE    DU    PREMIER   AU    Xli®   SIÈCLE 

septembre  918/7  seulement.  Cette  erreur  est  forte,  mais  il  faut  s'esti- 
mer satisfait  d'avoir  une  concordance  entre  deux  éléments  de  la  date 
9UV  trois,  d'autant  mieux  que  ces  deux  sont  les  plus  importants. 

Déjà  le  précepte  de  912  avait  fait  constater  le  manque  d'une  unité 
dans  le  calcul  de  Tindiction  par  le  notaire  Garnier  lui-même  :  mainte- 
nant, il  y  a  surnombre  de  deux  unités  dans  ce  calcul,  c'est-à-dire  une 
erreur  double  et  inverse.  Comme  la  chancellerie  n'indiquait  plus  les 
indiotions  dans  les  dates  des  préceptes  ordinaires,  il  n'est  pas  surpre- 
nant que  la  né^^ligence  ou  l'incertitude  existant  du  temps  de  Garnier 
continue  et  s'accroisse.  Mais  le  millésime  est  toujours  exact  quand  on 
le  note.  Cela  va  de  soi;  les  scribes,  hommes  d'Église,  connaissaient 
l'ère  du  Christ,  dans  le  style  adopté,  mieux  que  l'indiction. 

Jusqu'ici,  trois  préceptes  relatifs  à  Avij^non,  sur  sept,  ont  eu  leur 
date  interpolée. 

Dans  le  premier,  on  a  remplacé  :  anni  Domini  ,DCCCCIII.  Indi- 
cione  .  VI.  Anno  lercio,  par  :  anni  Domini  ,DCCCCIIIL  Indicione  .  VI, 
An  no  lercio. 

Dans  le  second,  on  a  remplacé  :  indicione  XI,  anno  VIII ,  par  Indi- 
cione XI III  anno  VI III, 

Dans  le  troisième,  on  a    remplacé  :  anno  DCCCCXVIII anno 

etiam  XVII,.,  Indicione  VIII,  par  :  anno  DCCCCXX. 

Ces  interpolations  n'ont  pu  avoir  lieu  à  la  chancellerie  qui  a 
délivré  les  préceptes  :  en  eifet,  les  modifications  portent  soit  sur  le 
millésime,  soit  sur  l'an  du  règne,  de  manière  à  détruire  la  concordance 
réelle  exisUint  entre  les  divers  éléments  de  la  date.  Or,  les  expédition- 
naires de  la  chancellerie  savaient  en  quelle  année  du  règne  et  en  quel 
millésime  ils  se  trouvaient  :  dans  le  cas  oii  une  erreur  leur  eût  échappé, 
ils  auraient  rétabli  la  concordance  entre  les  éléments  par  .une  correc- 
tion raisonnée  au  lieu  de  la  détruire  par  une  correction  maladroite. 

Puisque  ces  interpréUitions  n'ont  pas  eu  lieu  à  Vienne,  elles  ont  eu 
lieu  dans  Avignon.  La  chancellerie  épiscopale  aurait-elle  eu  la  préten- 
tion de  corriger  à  sa  guise,  au  fur  et  à  mesure  qu'elle  les  recevait,  les 
dates  des  préceptes  impériaux  qui  étaient  concédés  à  Tévêque  ;  c'est  peu 
probable,  d'autant  mieux  qu'elle  n'était  pas  assez  ignorante  pour  ajou- 
ter deux  unités  d'un  coup  au  millésime  courant.  Il  faut  donc  que  ces 
interpolations  se  soient  produites  dans  Avignon,  au  bout  d'un  certain 
temps  écoulé,  après  la  mort  de  Louis  l'Aveugle  en  tout  cas,  quand  les 
scribes  épiscopaux,  ayant  la  collection  tout  entière  des  préceptes  sous 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  503 

leurs  yeux,  purent  croire  que  leurs  dates  ne  pouvaient  se  concilier 
entre  elles.  Ce  n*est  pas  d'aujourd'hui  qu'on  a  la  prétention  de  corri- 
ger les  documents  avant  d'être  bien  assuré  qu'ils  sont  fautifs  ;  les 
scribes  d'Avignon  étaient  donc  persuadés  que  leurs  prédécesseurs  de 
Vienne  n'y  entendaient  rien  et  qu'eux-mêmes  ne  se  tromperaient  pas 
en  modifiant  les  dates  originales. 

En  apparence,  les  corrections  s'imposaient.  D'une  part,  les  scribes 
d'Avignon  avaient  le  testament  de  l'évêque  Fouquier  :  anno  incarna- 
lione  Doniini  DCCCCXVL  Indiclione  II IL  VI  Nonas  Mail.  In  die 
ascensionis  domini^  XIII  Anno  Imperanle  ludouuico  Imperatore  filio 
Bosonis,  Evidemment,  dans  l'esprit  des  Avignonnais,  le  compatriote  qui 
avait  établi  cette  date  savait  ce  qu'il  écrivait  et  ne  s'était  pas  trompé  : 
quant  aux  Viennois,  leurs  dates  incohérentes  et  incomplètes  ne 
disaient  rien  qui  vaille.  Ne  faisaient-ils  pas  cadrer,  par  exemple,  l'an 
918  avec  l'an  XVII  du  règne  et  l'indiction  VIÏI?  Il  suffira  de  transfor- 
mer 918  en  920  pour  que  ce  nouveau  millésime  cadre  admirablement 
avec  rindiction  VIII  et  avec  l'an  XVII.  En  elfet,  si  Louis,  ce  fils  de 
Boson,  était  en  916  dans  la  XIII"  année  de  son  règne,  il  sera  bien  en 
920  dans  la  XVII®.  Cette  concordance  est  tellement  nette  et  complète, 
que  l'ignorance  du  Viennois,  auteur  du  précepte,  semble  passer  les 
limites  du  vraisemblable. 

On  voit  ainsi  fort  bien  le  motif  qui  a  fait  agir  l'interpolaleur  avi- 
gnonnais dans  le  précepte  de  918/7,  parce  qu'on  possède  encore  le  tes- 
tament de  916,  de  date  voisine,  qui  a  servi  de  point  de  départ  à  ses 
corrections.  On  voit  moins  pourquoi  il  n'a  pas  interpolé  les  préceptes 
plus  anciens  de  912  et  de  907  suivant  les  mêmes  principes.  On  voit 
encore  moins  le  motif  de  ses  interpolations  dans  ceux  de  908  et  de 
903,  puisqu'il  laissait  ceux  de  912  et  de  907  intacts.  Mais  cela  importe 
peu. 

Ce  travail  d'interpolation  maladroite  était  chose  faite  avant  la  trans- 
cription du  cartulaire  d'Avignon  et,  par  conséquent,  avant  le  xii* 
siècle. 

Conformément  à  l'usage  adopté  depuis  Alexandre,  la  souscription 
du  notaire  Uboud  est  donnée  toujours  en  qualité  de  vice-gérant  de  l'ar- 
chichancelier,  que  le  précepte  concerne  le  Viennois,  ce  qui  va  de  soi, 
ou  qu'il  concerne  la  Provence  : 

tt  Uboldus  notarius  ad  vicem  Alexandri  archicancellarii  recognovi 
et  subscripsi.  » 


504  LA   PROVENCE   DU    PREMIER    AU   XII*    SIÈCXE 

A  celte  rèfjle,  il  y  a  une  exception  fournie  par  l\'ivant-dernier  pré- 
cepte cité,  avec  une  souscription  notariale  ainsi  conçue  : 

a   Uboldus  notarius  jussu  domni  imperatoris  scripsit.  » 

D'abord,  la  substitution  du  mot  scn'psil  aux  mots  habituels  reco- 
gnovi  et  suhscn'psi  indique  que  ce  précepte,  au  lieu  d'être  |;rossoyé 
par  un  expéditionnaire,  a  été  écrit  par  le  notaire  lui-même.  Si  Fori^- 
nal  de  ce  précepte  avait  été  conservé,  comme  l'est  celui  de  912,  les 
paléop^raphes  pourraient  maintenant  comparer  la  main  du  notaire 
Uboud  avec  celle  de  son  prédécesseur  Garnier. 

Kn  second  lieu,  la  souscription  du  précepte  appelle  une  remarque 
importante.  I/observateur  a  déjà  noté  que  les  préceptes  relatifs  à  la 
Provence,  délivrés  du  temps  de  l'archevêque  Rainfroy,  devaient  échap- 
per au  contrôle  administratif  de  l'archichancelier,  en  raison  du  fait 
qu'ils  étaient  établis  jussu  imperatoris.  Le  notaire  Arnoux,  promu 
chancelier,  devait  donc  diriger,  sous  les  ordres  directs  du  souverain,  le 
bureau  de  la  chancellerie  où  se  délivraient  ces  préceptes  et  la  Provence 
devait  jouir,  par  ce  fait,  d'une  autonomie  véritable  dans  le  royaume. 

Si  ces  vues  sont  exactes,  le  précepte  du  notaire  Uboud,  délivré,  lui 
aussi,  jiiMU  domni  imperatoris^  a  dîi  échapper  pour  la  même  raison  au 
contrôle  hiérarchique  de  l'archichancelier  et  être  établi  sur  les  ordres 
directs  émanés  du  souverain.  Cependant,  il  n'est  plus  question  d'au- 
tonomie pour  la  Provence  depuis  la  venue  d'Alexandre  et,  par  surcroît, 
le  précepte  concerne  le  Viennois. 

Comment  penser  qu'un  précepte  relatif  au  Viennois  ait  pu  ne  pas 
passer  par  les  mains  de  l'archichancelier  puisque  celui-ci  était  préci- 
sément l'archevêque  de  Vienne  ?  Il  sulïit  de  rappeler  la  date  de  ce 
précepte  anormal  pour  voir  s'évanouir  toute  difficulté  et  pour  asseoir 
encore  plus  solidement  les  observations  précédentes  relatives  aux 
préceptes  provençaux  émanés  du  chancelier  Arnoux.  Le  précepte 
d'L'boud  fut  délivré  jussu  imperatoris  le  mardi  27  novembre  927- 
C'est  que,  à  cette  date,  il  n'y  avait  plus  d'archichancelier.  En 
elîel,  Alexandre,  encore  vivant  le  13  novembre  926,  était  mort  le 
dimanche  17  décembre  suivant.  Son  successeur,  Sobon,  déjà  arche- 
vêque le  25  décembre  927,  avait  été  sacré  le  vendredi  21  décembre 
précédent,  en  la  fête  de  saint  Thomas,  apôtre,  après  une  vacaaice  d'un 
an  et  quatre  jours  *.  Pendant  la  vacance  du  sièf^e  et  à  défaut  d'archi- 

1.  G.  de  Maiiteyer,  Les  origines  de  la  maison  de  Savoie  en  Bourgogne. 
Notes  additionnelles  [Moyen  Age,  t.  XIV,  pp.  262-264). 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  505 

chancelier,  le  notaire  de  la  chancellerie  se  trouvait  sous  les  ordres 
directs  de  son  souverain. 

La  souscription  du  dernier  précepte,  délivré  solennellement  le  jour 
de  Noël  927,  prouve  enfin  que  Tarchevêque  Sobon,  sacré  quatre  jours 
auparavant,  n'était  pas  encore  installé  comme  archichancelier  à  cette 
date. 

Les  préceptes  qui  ont  pu  être  délivrés  depuis  lors  sous  l'autorité  de 
Tarchichancelier  Sobon  sont  inconnus. 

L'empereur  ne  tarda  d'ailleurs  pas  à  mourir.  La  partie  la  plus 
ancienne  du  nécrologe  de  Saint-André  de  Turin  *  a  été,  d'après  son 
éditeur,  copiée  en  bloc  dans  la  première  moitié  du  xii®  siècle  sur  un 
nécroloj;^e  plus  ancien  de  la  Novalaise  ^.  L'époque  à  laquelle  ce  nécro- 
lof^e  plus  ancien  avait  été  lui-même  transcrit  peut  s'établir  par  la 
suite  des  abbés  et  surtout  par  celle  des  évéques  qui  y  possèdent  leur 
obit.  On  n'y  remarque,  en  particulier,  que  trois  évéques  de  Turin, 
Ref;nimir  au  27  janvier,  Landolf  au  12  février  et  Guillaume  au  18  fé- 
vrier ^  :  le  premier  a  vécu  vers  la  fin  du  ix®  siècle,  le  troisième  dans 
la  première  moitié  du  xi®  et  le  second  au  début  du  x®  siècle.  Outre  ces 
obits  d'évêques,  le  nécrologe  plus  ancien  de  la  Novalaise  transmet 
à  celui  de  Saint-André  deux  mentions  d'empereurs  :  au  28  janvier, 
Deposiiio  domni  Karoli  imperaloris  ^,  et  au  5  juin,  Deposilio  domni 
Ludowîcî  imperatoris  ^, 

La  première  est  certainement  un  souvenir  de  Charlemagne  et  cela 
se  comprend,  en  raison  de  la  protection  spéciale  accordée  par  lui  à  la 
Novalaise,  en  raison  aussi  du  soin  particulier  avec  lequel  on  conser- 
vait la  mémoire  du  grand  empereur.  Dans  la  seconde,  M.  Cipolla  voit 
le  souvenir  de  Louis  le  Pieux  mort,  en  réalité,  le  20  juin  :  mais  rien 
ne  prouve  que  la  Novalaise  ait  noté  l'obit  de  tous  les  empereurs  qui 
se  succédèrent  après  Charlemagne.  Cette  attribution  supposerait  une 
erreur  de  quinze  jours  entre  le  Xll^des  calendes  de  juillet  et  les  nones 
de  juin  ;  vraiment,  encore  une  fois,  on  ne  saurait  trop  réagir  contre 


i.  «  Necrologium  Sancti  Andreœ  Taurinensis  »  (Carlo  Cipolla,  Monu- 
nienta  Novaliciensia  vetustiora,  vol.  1,  Roma,  Lincei,  1898,  pp.  309-346).  La 
fin  de  ce  nécrologc,  du  20  juillet  au  31  décembre,  n'a  pas  été  retrouvée. 

2.  Ibid,,  p.  310. 

3.  Ibid.,  pp.  319,  321,  323. 

4.  Ibid,,  p.  319. 

5.  Ibid.,  p.  340. 


306  LA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII*   SIÈCLE 

cette  tendance  qui  consiste  à  supposer,  sans  nécessité,  une  erreur 
petite  ou  jurande  des  textes,  pour  éviter  d'avoir  à  les  élucider 
quand  ils  sont  embarrassants.  Précisément,  sur  trois  évêques  de 
Turin  nommés  par  le  nécrologe,  deux  sont  de  la  fin  du  ix**  et  du  début 
du  X**  siècle.  Les  vraisemblances  sont  donc  pour  que  ce  nécroloj^e 
mentionne  en  même  temps  les  souverains  de  cette  époque  et  non  pas 
ceux  de  l'époque  antérieure.  Ainsi,  la  mention  de  Tempereur  Louis 
s'applique  forcément  à  Louis  TAveuj^le  qui  a  été  inhumé  le  jeudi 
5  juin  [9'28].  C'est  ce  que  M.  René  Poupardin  a  eu  le  mérite  de  soup- 
çonner et  de  dire  *,  Mais  le  terme  deposilio  indique,  à  proprement 
parler,  la  sépulture  et  non  pas  la  mort.  Le  -8  janvier,  date  à  laquelle 
figure  la  deposilio  de  Charlemagne,  correspond  bien,  sans  doute,  à  la 
date  connue  de  la  mort  de  celui-ci  ;  mais  il  avait  été  inhumé  le  jour 
même  de  sa  mort  et  le  terme  de  deposilio  reste  exact  en  ce  qui  le 
concerne.  Pour  Louis  TAveugle,  on  ne  peut  aflîrmer  qu'il  ait  été 
inhumé  si  rapidement.  A  ce  moment,  le  Viennois  Hugues  était  roi  de 
Lombardie  ;  rien  n'empêchait  donc  la  Novalaise  d'enregistrer  la  mort 
de  Louis  l'Aveugle  et  tout  l'y  invitait. 

Neuf  jours  après  les  obsèques  de  Louis,  c'est-à-dire  le  14  juin  ^,  la 
vieille  comtesse  Alix,  sa  tante,  veuve  du  duc  de  Bourgogne  Richard, 
faisait  une  donation  pieuse  pour  le  repos  de  Tâme  des  membres 
de  sa  famille  :  elle  ne  dit  pas  expressément  que  son  neveu  soit  mort, 
mais  il  est  évident  que  ce  deuil  récent  est  le  mobile  de  sa  libéralité. 
La  localité  de  Bougy  en  Genevois,  d'où  elle  date  cet  acte,  se  trouve 
entre  Annecy  et  Genève,  à  environ  150  kilomètres  de  Vienne.  C'est 
sans  doute  le  fils  de  l'empereur,  Rodolphe,  qui  venait  d'en  arriver, 
pour  lui  porter  la  nouvelle  de  l'événement,  car  sa  souscription  figure 
à   l'acte.    L'empressement  de   Rodolphe  s'explique,  car  Alix,    tante 


i.  Poupardin,  pp.  226,  note  5. 

Corriger,  en  ce  sens,  G.  de  Man loyer,  Les  orig.  de  /a  Maison  de  Savoie 
{MM.  darch,  el  dhisL  de  C École  de  Borne,  XIX,  pp.  428-429,  et  ExtraU, 
pp.  70-71,  208-209)  qui  avait  le  tort  de  s'appuyer  sur  Gingins  la  Sarra. 

2.  Bougy,  14  juin  [928],  Tan  5«  de  Raoul,  indiction  2'  (Bruel,  Rec,  des 
Ch,  de  Cluny,  n°  379).  —  Bougy,  Haute-Savoie,  arr.  Saint-Jullien,  comm. 
Cruseilles.  —  M.  Bruel  date  cet  acie  de  929,  ce  qui  ne  s'explique  guère 
puis(fue  Raoul  avait  été  sacré  le  13  juillet  923et  que  l'acte  est  passé  dans  la 
r»«  année  de  son  règne.  L'erreur  doit  porter  plutôt  sur  Tindiction  (jue  sur 
l'an  du  règne  (Cf.  Mantoyer,  Les  origines  de  la  Maison  de  Savoie  ;  MéL 
d'arch.  eM'/iis/.,  XIX,  p.  429,  n.  2). 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  507 

de  l'empereur,  était  aussi  mère  du  roi  de  France  et  celui-ci  devenait 
l'arbitre  de  la  situation  :  il  n'avait  à  compter  qu'avec  le  roi  de  Lom- 
bardie.  Naturellement,  les  fils  de  l'empereur  recouraient  à  l'influence 
de  la  vieille  princesse  pour  chercher  à  sauvegarder  leurs  intérêts. 

Le  roi  de  Lombardie  accourut  aussitôt  pour  avoir  une  entrevue  avec 
le  roi  de  France  :  il  passe  ensuite  à  Vienne,  le  12  novembre  \  et  h 
Valence  le  25  ',  pour  rentrer  en  Italie  par  la  Provence.  Ce  va-et-vient 
combiné  de  princes  et  les  préceptes  délivrés  par  Hugues  dans  le 
royaume  de  Provence  et  de  Viennoise  même,  pour  des  abbayes  de  ce 
royaume,  indiquent  bien  que  Louis  venait  de  mourir. 

Mais,  provisoirement,  la  couronne  reste  vacante  :  les  rois  de  France 
et  de  Lombardie  se  reconnaissent  mutuellement  une  zone  d'influence 
dans  le  royaume  et  c'est  tout. 

Aussi  les  scribes,  faute  de  roi  vivant,  continuent  à  mentionner  le 
règne  du  souverain  défunt,  absolument  comme  s'il  existait  encore. 

En  Viennoise,  cela  se  produit  tout  au  moins  jusqu'au  2  juillet  [932]  ^ 
et  en  Provence  jusqu'au  18  juin  [934J  *. 

En  général,  les  actes  privés  simplifiaient  encore  davantage  le  style 
de  leur  date,  en  se  bornant  aux  trois  éléments  les  plus  usuels  :  ils 
renoncent  au  quantième  et  indiquent  simplement  le  jour  de  la  semaine 
avec  le  mois  et  l'an  de  règne.  En  Provence,  les  actes  des  chancelle- 
ries privées,  soit  à  Avignon,  soit  à  Arles,  soit  à  Marseille,  rappellent 

1.  Vienne,  i2  novembre  928.  Prcccpte  en  faveur  de  Saint-Chef  (Bouquet, 
IX,  690). 

2.  Valence,  25  novembre  928.  Précepte  en  faveur  de  Tabbaye  de  Romans 
{Cart.  de  Saint-Barnard,  2«  éd.,  n*»  il). 

3.  Jeudi  de  décembre  [928]  :  anno  XX  VIII  régnante  Ludovico  impera- 
tore.  Donation  en  Viennois  (Cart.  de  Saint-André-le-Bas,  n^  131). —  Mardi 
de  mai  [932]  :  anno  XXXII  régnante  Ludovico  imperatore.  Donation  en 
Viennois  {Ibid,,  n°  132).  Ces  actes  émanent  de  Bernard,  notaire  de  l'abbaye 
de  Saint-André-le-Bas,  connu  depuis  le  début  du  règne  de  Louis  jusqu'à 
celui  de  Conrad,  et  de  ses  clercs.  —  2  juillet  [932]  :  anno  XXXII  imporii 
domni  Ludooici  imperatoris.  Donation  en  Viennois  {Cart,  de  Saint-Bar- 
nard  de  Romans,  2^  éd.,  n°  12).  Cet  acte  a  été  écrit  par  Uboud,  l'ancien 
notaire  de  la  chancellerie  impériale. 

4.  Arles,  [juin  933]  :  anno  XXXIII  régnante  Ludoico  rege  et  imperatore 
filio  Bosoni  régis  )k  Concession  par  l'archevêque  d'Arles  (Albanès,  Gallia 
novissima  :  Arles,  n*  244,  daté  à  tort  de  923,  col.  99-100).  —  Aries,  18  juin 
[934]  :  anno  XXXIIII  régnante  et  imperante  Illudovico,  plio  Bosoni  régis. 
Concession  parl'évêque  de  Marseille  (Cart.  de  Saint-Victor,  n<'1040;  Alba- 
nès,  Gallia  novissima,  Marseille,  n^  64). 


508  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xl^   SIÈCLE 

que  Louis  était  fils  de  Boson,  pour  éviter  toute  confusion  :    en  Vien- 
noise, la  précaution  est  inutile,  chacun  y  sait  à  quoi  s'en  tenir. 

V.  —  Conclusions. 

Voici  les  faits  qui  sedégaj;ent  de  Tétude  précédente. 

Les  chancelleries  secondaires,  épiscopales  et  abbatiales,  en  Pro- 
vence et  en  Viennoise,  paraissent  avoir  établi  correctement  le  millé- 
sime ;  elles  étaient  moins  sûres  de  Tindiction  et  elles  Tétaient  encore 
moins,  semble-t-il,  de  l'ère  impériale  dans  la  dernière  période  du 
règ^ne.  L'erreur  de  calcul  pouvait  atteindre  un  manque  de  trois  ans  à 
Avij^non,  en  1)16,  et  de  deux  à  Vienne,  en  9"26. 

Louis,  fils  de  Boson,  a  été  élu,  puis  sacré  roi  de  Provence  entre  le 
Ojuin  et  le  11  août  81K),  peut-être  même  entre  le  6  et  le  22  juin,  c'est- 
à-dire,  en  définitive,  le  dimanche  7,  le  jeudi  1 1,  le  dimanche  14  ou  le 
dimanche  21  juin  890.  Sa  chancellerie  emploie  le  style  pisan  de  l'An- 
nonciation sous  la  direction  de  l'archevêque  de  Vienne,  Barnoin  (•}- 
UJ  janvier  899;  et  l'autorité  du  notaire  d'origine  provençale,  Arnoux, 
soit  pour  la  Viennoise,  soit  pour  la  Provence. 

L'indiction  parait  avoir  été  anticipée  d'un  an  sur  le  style  moderne 
pour  continuer  de  cadrer  avec  le  millésime  également  en  avance  de 
neuf  mois. 

Le  style  pisan  était  alors  également  usité  à  Arles,  mais  sans  antici- 
pation de  l'indiction. 

Dès  son  arrivée,  l'archevêque  Rainfroy  (28  janvier  899  ■}-  30  avril 
907)  fait  adopter  par  la  chancellerie  du  royaume  le  style  de  Pâques, 
en  prenant  le  millésime  à  la  deuxième  fête  seulement,  c'est-à-dire  au 
lundi.  La  date  comporte  généralement  cinq  éléments,  c'est-à-dire  le 
quantième,  le  mois,  le  millésime.  Tan  de  règne  et  l'indiction. 

Louis  ayant  été  appelé  en  Lombardie  dont  il  fut  couronné  roi  à 
Pavie,  le  12  octobre  900,  sa  chancellerie  y  est  placée  sous  la  direction 
de  l'archichancelier  Liutward,  évêque  de  Côme.  Il  n'y  a  que  le 
chef  de  la  chancellerie  de  changé,  en  passant  d'un  royaume  à  l'autre. 
Le  souverain  garde  le  même  notaire  arlésicn,  Arnoux,  auprès  de  lui. 
En  Lombardie,  la  chancellerie  suit  le  style  du  1"  mars  ;  elle  prend 
l'indiction  en  octobre  à  dater  de  900. 

Sur  ces  entrefaites,  Louis  ayant  reçu  le  diadème  impérial  à  Rome, 
le  15  ou  le  22  février  901,  le  nouvel  archevêque  de  Vienne,  Rainfroy, 
dirige  désormais,  avec  le  titre  d'archichancelicr,  la  chancellerie  pour 


At>PENDICE   DIPLOMATIQUE  S09 

le  royaume  de  Provence,  comme  Liutward  la  dirigeait  pour  le  royaume 
de  Lombardie.  Cependant  la  compétence  administrative  de  Tarchi- 
chancelier  se  trouve  limitée  à  la  Viennoise  et  le  notaire  viennois  Thion 
dicte  les  préceptes  pour  ce  pays  sous  sa  direction.  Le  notaire  Arnoux 
est,  de  son  côté,  promu  chancelier  et  il  dirige,  sous  les  ordres  directs 
du  souverain,  la  chancellerie  pour  la  Provence  proprement  dite,  à 
laquelle  Louis  avait,  semble-t-il,  annexé  Turin  et  Asti  pendant  qu'il 
possédait  la  Lombardie. 

Le  Valentinois  dépend  toujours  de  la  Viennoise  et,  à  ce  titre,  ses 
affaires  passent  par  le  contrôle  de  Tarchichancelier,  exactement  comme 
celles  du  Lyonnais  et  des  autres  cités  non  provençales.  Kn  901,  la 
chancellerie  impériale  attend  Noël  pour  prendre  Tindiction  :  mais 
Louis-  ne  tarde  pas  à  rentrer  dans  le  royaume  de  Provence  et,  par 
suite,  le  style  du  1*"'  mars  disparaît. 

Rainfroy,  étant  mort,  se  trouve  remplacé  comme  archevêque  de 
Vienne  et  comme  archichancelier  du  royaume  de  Provence  par 
Alexandre  ("J*  17  décembre  926).  En  même  temps  disparaît  le  chance- 
lier de  Provence  Arnoux  et  Taulonomie  de  ce  dernier  pays.  Toutes 
les  aiîaires  sont  désormais  soumises  à  Tarchichancelier  :  il  en  était 
ainsi  sous  Barnoin,  mais  alors  Tarchevêque  de  Vienne  avait  un  colla- 
borateur d'origine  provençale  en  la  personne  d' Arnoux.  Avec 
Alexandre,  le  notaire  Thion  reste  préposé  aux  affaires  viennoises  ;  le 
chancelier  Arnoux  est  remplacé,  pour  dicler  les  préceptes  provençaux, 
par  le  notaire  (larnier,  bourguignon  de  langue  germanique.  Ia\  Pro- 
vence n'a  plus  de  représentant  auprès  de  la  personne  de  Tcmpereur  et 
Tarchichancelier,  avec  l'aide  de  Garnier,  crée  tout  un  groupe  de  faux 
destinés  à  faire  disparaître  Arles  devant  Vienne. 

Alexandre  reprend  le  style  pisan  usité  précédemment  par  Barnoin  ; 
toutefois,  il  n'y  a  pas  anticipation  de  l'indiclion  qui  est  prise  en  sep- 
tembre. Le  notaire  Garnier  supprime  le  millésime  dans  la  date  qui 
conserve,  comme  éléments,  le  quantième,  le  mois,  l'an  de  règne  et 
l'indiction. 

En  somme,  chaque  archichancelier  apporte  son  style  à  la  chancel- 
lerie ;  sous  sa  direction,  le  notaire  dicte  les  préceptes  à  ses  divers 
expéditionnaires  :  plus  exactement,  celui-ci  établit  la  minute  du  pré- 
cepte que  l'un  des  expéditionnaires  sera  chargé  de  grossoyer.  Quelque- 
fois, cependant,  le  notaire  se  charge  d'expédier  lui-même  le  précepte. 
Sous  Rainfroy  et  pendant  les  premières   années   d'Alexandre,    il  y  a 


310  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    Xll*   SIÈCLE 

deux  notaires  au  lieu  d'un  :  le  premier  dicte  les  préceptes  pour  la 
région  viennoise,  le  second  pour  la  région  provençale.  Mais,  il  faut  le 
répéter,  sous  Rainfroy,  le  notaire  de  Provence  était  indépendant  avec 
le  titre  de  chancelier;  sous  Alexandre,  il  dépend  de  Tarchichancelier. 

Les  faux  à  peine  commis,  le  notaire  Garnier  disparait  :  de  même, 
son  collègue  Thion  dont  Tâge  devait  être  déjà  avancé.  I^e  neveu  de 
celui-ci,  Uboud,  les  remplace  tous  deux.  Ce  dernier  supprime  en  géné- 
ral Tindiction  dans  la  date  ;  il  ne  conserve  que  le  quantième  et  le  mois, 
avec  Tan  de  règne.  De  plus,  il  inscrit  Vactum  du  lieu  dans  la  date. 
L'organisation  du  personnel  revient  à  ce  qu'elle  était  au  début  du 
règne,  sous  Barnoin  :  mais  alors,  c'était  un  nol^aire  provençal  qui  éta- 
blissait les  préceptes  du  royaume  entier  sous  l'autorité  de  Tarchevêque 
de  Vienne.  Maintenant,  c'est  un  notaire  viennois  qui  les  établit  sous 
la  même  autorité.  Quand  l'archichancelier  vient  à  mourir,  le  notaire 
prend  directement  les  ordres  de  l'empereur  pendant  l'intérim.  Il  les 
prend  de  même,  quand  le  précepte  doit  concerner  un  prince  de  la 
famille  impériale.  On  ne  connaît  aucun  précepte  émané  de  Sobon 
comme  archichancelier. 

Louis  l'Aveugle  étant  mort  et  ayant  été  inhumé  le  5  juin  ^8,  sa 
chancellerie  disparait,  bien  entendu  ;  mais  les  chancelleries  secon- 
daires mentionnent  son  règne  en  Viennoise,  jusqu'en  juillet  932,  et  en 
Provence  jusqu'en  juin  931. 

Comme  style,  Barnoin  a  fait  suivre  le  pisan,  Rainfroy  celui  de 
Pâques  et  Alexandi^,  de  nouveau,  le  pisan.  La  date  de  la  chancellerie 
royale  comportait  cinq  éléments  au  début,  puis  seulement  trois  en 
omettant  le  quantième  et  le  mois.  La  date  de  la  chancellerie  impériale 
se  simplifie  de  plus  en  plus  :  elle  comporte  cinq  éléments  sous  Rain- 
froy, quatre  du  temps  de  Garnier  et  trois  seulement  du  temps  d'U- 
boud  qui  fond  le  datum  et  Vaclum  en  une  seule  phrase.  Les  préceptes 
solennels  peuvent  cependant  recevoir  une  date  plus  complète  que  les 
autres.  Parmi  les  préceptes  datés  du  quantième,  qui  ont  été  étudiés  ou 
mentionnés  plus  haut,  il  en  est  de  tous  les  jours  de  la  semaine,  sauf 
du  dimanche.  Par  exception,  un  précepte  solennel  a  été  délivré  le 
jour  de  Pâques  et  on  en  a  un  autre  du  jour  de  Noël  :  le  souverain 
tenait  évidemment  à  faire  coïncider  certaines  grâces  spéciales  avec  ces 
grandes  fêtes.  Les  préceptes  ordinaires  sont  donc  délivres  tous  les  jours, 
sauf  le  dimanche:  mais  il  yen  a,  semble-t-il,  un  nombre  prépondérant 
qui  datent  soit  du  premier,  soit  du  dernier  jour  de  la  semaine  et,  par 


APPENDICE   DIPLOMATIQUE  511 

contre,  il  n'y  en  a  presque  point  du  vendredi.  En  effet,  4  datent  du 
lundi,  2  du  mardi,  2  du  mercredi,  2  du  jeudi,  1  seul  du  vendredi  et  5 
du  samedi. 

Kn  ce  qui  concerne  le  personnel,  Thistoire  de  la  chancellerie  du 
royaume  de  Provence  comprend  quatre  phases  et  elle  se  résume  en  une 
élimination  prof^ressive  de  Télément  provençal  au  profit  de  Tèlé- 
ment  viennois.  De  890  à  899,  il  y  a  collaboration  administrative 
entre  les  deux  pays  qui  composent  le  royaume  :  Tarchevéque  de 
Vienne  contrôle  et  le  notaire  arlésien  dicte  tous  les  préceptes,  soit 
pour  la  Viennoise,  soit  pour  la  Provence. 

De  899  à  907,  il  y  a  séparation  administrative  des  deux  pays  et 
chacun  d*eux  a  son  notariat  autonome.  L*archevêque  de  Vienne  con- 
trôle et  un  notaire  viennois  dicte  les  préceptes  relatifs  seulement  à  la 
région  viennoise.  Le  notaire  arlésien,  avec  le  titre  de  chancelier,  dicte 
les  préceptes  relatifs  à  la  Provence  sous  les  ordres  directs  du  souve- 
rain. 

De  907  à  912,  il  y  a  sujétion  administrative  de  la  Provence  à  la 
Viennoise,  mais  le  notariat  assujetti  de  Provence  subsiste.  L'arche- 
vêque de  Vienne  contrôle  tous  les  préceptes  :  un  notaire  viennois  dicte 
ceux  de  la  région  viennoise,  un  autre  notaire,  d'origine  étrangère  à  la 
Provence,  dicte  ceux  de  la  Provence. 

De  915  à  927,  il  a  absorption  complète  de  la  Provence  dans  les  ser- 
vices de  la  chancellerie.  Le  notaire  de  Provence,  même  dirigé  par  un 
étranger,  n'existe  plus.  Un  seul  notaire,  viennois,  dicte  tous  les  pré- 
ceptes, soit  pour  la  Viennoise,  soit  pour  la  Provence. 


PIÈCES  JUSTIFICATIVES 


I 

24  novembre  [979?]. 
Don  par  le  comte  Boubaud  et  son  frère  Guillaume,  au  monastère 
Saint-Pierre  de  Psalmody  et  à  Vahbé  Garnier,  de  V église  Notre- 
Dame,  au  village  de  Vergerio,  dans  le  pays  dWix,  quils  tiennent 
en  alleu,  avec  son  cimetière  et  la  moitié  des  dîmes  qui  en 
dépendent. 

A.  Original  perdu.  — B.  Transcription  du  xvii«  siècle  :  Cartulaire  de 
Psalmody  (Arch.  du  Gard,  Il  106,  f»*  21  v«-22  r»  :  «  Carta  Rodbald 
comitis  de  Ecclesia  Sanctœ  Mariœ  de  Vergerio.  » 

Dum  fragilitas  humani  generis  pertimescit  vltimum  vitœ  tempus 
subitanea  Iraiispositione  veiiturum,  oportet  ut  non  inveniat  vnum- 
quemque  imparatum  ne  sine  aliquo  boni  operis  respeclu  migret  de 
seculo,  sed,  dum  in  suo  jure  et  potcslate  consistit,  preparet  sibi  viam 
salutis  per  quam  ad  œternam  valeat  beatitudinem  pervenire.  Ideoque, 
in  Dei  nomine,  Rodbaldus  cornes  et  Guillclmus  frater  meus,  pro  reme- 
dium  animas  nostras  et  de  genitoribus  nostris  et  remissionem  peccato- 
rum  nostrorum,  ut  veniam  in  futuro  consequi  mereamur,  cedimus 
alque  donamus  ad  locum  sacrum  Sancti  Pétri,  qui  est  in  insula  Psal- 
modîensi  hujus  monasterii  vel  Sancti  Juliani,  ubi  Warnerius  abbas 
preesse  videtur,  et  ad  monachis  ibidem  Deo  famulantibus,  tam  presen- 

tibus  quam  futuris,  nos  ergo  pariter  donamus  eadem  ecclesia  [ 

vel  ad   ipsos]  monachos,  aliquid   de  alo- 

dem  [nostrum,  qui  nobis  legibus  obvenit,  in  pago  Aqu]ense,  in  villa 

quap  dicitur  [Vergerio ]  vel 

ecclesias  Sancta^   Maria?,   cum  cimeterio  vel  medietatem  de  décimas 
qui  ibidem  pertinent,  habet  ipse  nionasterius  in  circuilu  ecclesia*  tam 

Mém.  et  Doc.  de  VÉcole  des  Charles,  —  VU,  33 


31  i  LA    PROVENCE   DU    PREMIER  AU    XII*^   SIÈCLE 

(lesuper  quam  et  desubtus,  de  ambasque  partes  de  oriente  et  de  occi- 
dente,  dextros  XLIlll,  de  cercio  dextros  V^I  et,  de  meridie,  dextros 
XXVI II  et  in  alio  loco,  subtus  ipsa  uilla,  campum  I  prope  uiam 
publica,  qui  uenit  de  Viuarolos,  qui  confrontât  in  ipsum  campum  et 
vadit  ipsa  uia  ad  Canelo  et  habet  ipse  campus,  de  oriente,  dextros 
LXX*V,  de  occidente,  dextrosLII,  de  meridie,  habet  dextros  C,  de  cir- 
cio  habet  dextros  CXVII.  Ista  omnia  suprascripta  donamus  ad  domno 

nostro  Sancto  Petro  [. .  ^ ]  et   ad  proprium  tradimus  cum 

omni  voce  [ ],  per  remedium  animarum 

noslrarum,  ut,  quando  venerimus  ante  conspectum  Domini,  dignam 
mereamur  inuenire  retributionem  et  vos  monachi  pra»scntes,  qui  ad 
ipsum  altarium  adstatis  in  seruitio  vel  illi  qui  posl  obitum  noslrum 
successuri  erunt,  ipsum  alodem  suprascriptum  eemper  omnique  tem- 
pore  habeatis  uel  teneatis  in  uestra  communia  et,  si  abbas  de  ipso  loco 
vel  ullusqualisqne  homo  de  ipsa  communia  abstrahere  volueritvel  fece- 
rit,  impriniis  iram  l)ei  omnipotentis  supra  illum  incurrat  et  a  liminibus 
sanctaî  I)ci  ccclesia'  extrancus  fiât  et  cum  Juda  Iradilore,  qui  Domi- 
num  tradidil,  in  infernum  pcrnas  habeat  et  substineat  et  cum  Datan  et 
Abiron  particcps  fiat  et  habeat  lepram  sicut  Naaman  syrus  et  fiât  ille 
nialediclus  et  cxcommunicatus  in  secula  seculorum,  amen.  Sic  fiat  et 
insuper  non  valeat  vindicare  quod  repetit,  sed  componat  ipsum  alodem 
suprascriptum  duplum  melioratum  et  inantea  presens  donatio  ista 
firma  et  stabilis  permaneat  omnique  tempore  et  omnem  firmitatcm 
cum  stipulatione  subnixa.  Facta  carta  donatione  ista  in  mense  nouem- 
brio,  octauo  calendas  deccmbris,  anno  XL"  régnante  Conrado  rege 
Alamandorum.  Signum  Hodbaldus  comes  qui  banc  cartam  donatione 

[fecit ]  et   testes  firmare    rogauil.   Signum  Guillclmus. 

Signum  Aldeberto.  Signum  Bonifilio.  Signum  Amico.  Signum  Poncio. 


II-III-IV-V 

juin  [981]. 

Don,  par  Guillaume  comte  de  Provence  et  sa  [première]  femme 
Arsinde,  au  monastère  de  Montmajour,  de  ce  qu'il  possède  dans  le 
village  de  Pertuis^  comme  donataire  dEngelran^  évêque  deCavail- 
Ion  y  et  de  Nouvion,  vicomte  de  Cavaillon. 


PIÈCES  JUSTIFICATIVES  513 

Avignon,  25  septembre  1000. 
Confirmation  de  ce  don  par  Alix  [deuxième  femme  et  veuve  du  comte 
Guillaume]^  ainsi  que  par  leur  fils  Guillaume^  en  présence  dAmal- 
rie,  archevêque  d'Aix. 


1002. 
Don  par  Roubaud,  comte  de  Provence^  et  sa  femme  Ermengarde  à 
Montmajour,  de  ce  quil  lient  à  Pertuis  par  précepte  du  roi.  Con- 
firmation de  ce  don  par  son  neveu  Guillaume  et  sa  belle-sœur  la 
comtesse  Alix. 


4  août  1018. 
Don  par  Raynaud,  Guillaume  et  Leufroy,  à  Montmajour^  de  la  moi-^ 
lié  du  territoire  de  Pertuis  qu'ils  tiennent  en  usufruit, 

A.  Originaux  perdus,  —  B.    Transcription  du  xvir  siècle  :  Chantelou, 
pp.  56-57,  90-91,  72-73,  127-128. 


816 


LA   PROVENCE  DU    PREMIER    AU    XU^   SIECLE 


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PIÈGES   JUSTIFICATIVES  517 


VI 

[Avignon],  29  août  [993]. 
Don,  par  Guillaume,  comte  de  Provence,  sa  femme  Alix,  son  frère 
Roubaudy  son  fils  Guillaume,  au  monastère  de  Psalmody  et  k 
Vabbé  Garnier,  des  deux  églises  des  saints  Côme  et  Damien  et  de 
Notre-Dame  de  Candillargues  au  terroir  de  la  cité  de  Maguelone^ 
dans  la  banlieue  du  château  de  Sustanson, 

A.  Original  perdu.  —  B.  Transcription  du  xvii«  siècle  :  Carlulaire  de 
Psalmody  (Arch.  du  Gard,  H  106,  f"  15,  avec  la  rubrique  :  De  ecciesia 
sancti  Cosmœ  et  sancti  Damianiet  sanctae  MarUe,  et,  h  la  fin  :  ExplicU), 

Dum  quis  consislet  homo  in  hoc  seculo,  de  futuro  semper  débet 
tractare  ut,  quando  ad  suum  venerit  transilum,  porta;  ei  aperiantur 
justitiae.  Quamobrem,  ego  Guillelmus  cornes  et  uxor  mea  Adalaiz  et 
germanus  meus  Rodbaldus  et  filius  meus  Guillelmus  cogitavimus  ca- 
sum  humanaî  fragilitatis,  Deo  propitiante,  sana  mente  integroque 
consilio,  hune  testamentum  nostrum  brevi  annotatione  lieri  eligimus 
ut,  quando  e  rébus  humanis  discesserimus  et  debitum  compleverimus, 
quidquid  dederimus  vel  in  hoc  testamento  nominatim  expresserimus, 
firmum  et  stabilitum  omni  tempore  permaneat.  Igitur  pncdictus  Guil- 
lelmus comes  et  uxor  mea  jam  suprascripla  et  frater  meus  Rodbaldus 
et  filius  meus  Willelmus  donamus,  propler  reniedium  animas  nostrjis 
et  propter  œternam  bonam  retributionem,  ad  monasterium  qui  dicilur 
Psalmodium,  qui  est  situs  in  pago  Nemausensi  ubi  Rodanus  vel  Vitu- 
salus  Vesterque  [iterj  faciunt,  quod  constructus  in  honore  sanctœ  Dei 
genitricis  virginis  Mariae  et  sancti  Pétri  principis  apostolorum  et 
sancti  Johannis  et  sancti  Victoris  et  sancti  Marcelli  vel  aliorum  sanc- 
torum  necnon  et  sancti  Juliani  Cornelianicus  ubi  preest  vir  venerabi- 
lis  Garnerius  abbas  preesse  videtur,  ego  jamdictus  Guillelmus  et  uxor 
mea  jam  suprascripla  et  germanus  meus  Rodbaldus  et  filius  meus  Wil- 
lelmus nos  pariter  donamus,  ad  ipsas  casas  Deisuprascriptas,  ecclesiam 
qua;  est  consecrata  in  honore  sancti  Cosmœ  et  sancti  Damiani  et  alia 
ecciesia  quae  est  consecrata  in  honore  sanctie  Mariie  quéc  est  in  ipsa 
villa  cum  ipso  clauso  et  cum  ipsas  mansiones.  Et  sunt  ipsas  res  in 
territorio  civitatis  Magalonensis,  in  suburbio  castri  Substantionensis 
in  terminium  de  villa  Calditianicas,  cum   cellulis  vel  appendiciis  suis 


518  lA    PROVENCE   DU    PREMIER    AU    XII®    SIÈCLE 

et  cum  appendiliis  suis  et  cum  omnibus  ndjacentiis  et  quidquid  ad 
ipsas  ecclesias  pertinet  vel  ad  ipsas  res  suprascriptas,  in  taie  vero 
ratioue  ut  ipsi  monachi,  qui  ibidem  Deo  serviunt,  habeant  in  commu- 
nia ipsi  et  successores  illorum  tam  pncseutes  quam  et  futures.  Et,  quis 
contra  banc  carlam  donalione  ista  vencrit  ad  inrumpendum  aut  nos 
donatores  venerimus  vei  uUa  amissa  persona  qui  contra  banc  cartani 
donationc  ista  infrangere  aut  inquietare  vel  de  communia  abstrabere 
voluerit,  non  vindicet  quod  repetit  sed  inprimis  iram  Dei  incurrat  et 
deglutiat  eum  terra  sicut  deglutivit  Datan  et  Abiron  et  babeat  lepram 
sicut  Naaman  sirus  abuit  et  cum  Juda  Scariotb  partem  abeat  in  infcr- 
num.  Et,  insuper,  componatad  Sanctum  Petrum  ipsas  res  suprascrip- 
tas  duples  melioratas  et  inantea  firma  et  stabilia  permaneat  omniquc 
temporecum  omni  stipulalione  intcrposita  subnixa.  Facta  carta  dona- 
tione  ista  Illl  calendas  seplembris,  anno  septimo  quod  usurpavit  Ugo 
ad  Carolum  filium  Ludovici  regem. 

SS.  Guillelmus  comcs  et  uxor  mea  Adalaiz  et  frater  meus  Rodbal- 
dus  et  niius  meus  Wilelmus,  qui  banc  carta  donalione  ista  fieri  jussi> 
mus  et  manu  nostras  firmavimus  et  testes  firmare    rogavimus. 

S.  Gaucelmo  ;  S.  alium  Gaucelmo  ;  S.  Odone  ;  S.  Gairan  ;  S.  Pon 
tione;  S.  Alcber;  S.  Petro  ;  S.  (iodrannus  ;  S.  Bernardus;  S.  Ugone; 
S.  Rostagno;  S.  Pontione;  S.  Bernardus;  S.  Beraldo;  S.  Villelmus; 
S.  Gigone;  S.  Aymarico;  S.  Pontione  vicario;  S.  Hotfredo  vicario;  S. 
Pétrone  clerico  ;  S.  Nartollum  ;  S.  Dominicus  Pomellum  ;  S.  Duran- 
lius;  S.  Stcpbanus;  S.  Domine  Eguarizia. 

Ranbertus  monacus  scripsit. 

VII 

998. 
Don  par  Guillaume,  comle  de   Toulouse,  sa  femme  Emma  et  leurs 
enfants,  au  monastère  Saint-Pierre  de  Psalmody  et  à  Vabbé  Gar- 
nier,  du  quart  de  Saint- Julien  de  Cornillac  au  comté  de  Nimes. 

A.  Original  parch.  :  478""*  large  X541"°  haut.  Lignes  à  14^»  tracées 
au  verso;  25°»™  de  marge  à  droite  et  à  gauche;  lettre  de  3»™.  Ini- 
tiale de  14™"».  Arch.  du  Gard,  H  142.  —  B.  Transcription  du  xvii*  siècle: 
Cartulaire  de  Psalmody,  t.  I,  collationné  sur  Toriginal  en  parchemin 
cotté  n°  2j  par  Loys,  conseiller  et  commissaire.  Arch.  du  Gard, 
II  106,  ff.  81  ro-v». 

Omnium  regnorum  prouisor  &  gubernator  Deus,  preuidens  cuncta 
ab  initio  seculi  ad  hoc  mundi  terminos,  uoluit  dilatare  atque  dispo- 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  519 

nere  ut  queque  génies  |  atque  régna  prîncipibus  ac  polestatibus  domi- 
narentur  proprioque  dominalui  jure  ierreno  subjacerent.  Emensis 
denique  pluriniis  annorum  curriculis,  cum  |  mundus  jam  iongo  tem- 
poris  lenore  senescer&,  suscepla  Deus  Deique  filius  nostrç  humanita- 
lis  forma,  interrogantibus  utrum  deberciur  Cesari  solui  tributa  |  , 
inquiens  dixit  :  «  reddite  ergo  que  sunt  Cesaris  Cesari  &  que  sunt 
Dei  Deo  ».  Sacratissimum  itaque  eleclionis  uas  &  multarum  gentium 
prudenlissimus  doc  |  ton,  inier  cetera  doctrinç  suç  moniia,  ita  premo- 
nuit  dicens  :  «  omnis  anima  polestatibus  sublimioribus  subdita  sit  » 
&  ilerum  :  «  non  est  enim  potestas  nisi  |  a  Deo  ».  Que  autem  sunt, 
a  Deo  ordinata  sunt  :  itaque,  qui  potestati  resislit,  Dei  ordinationi 
resistit.  Sicque,  clementia  Dei  ordinante,  Wilelmus  comes  Tho  |  lose 
priEcellentissinus,  presidens  amplissima  terrarum  régna,  inter  alia 
possid&  Nemausensem  comitatum  ubi  habentur  satis  ut  credimus 
Deo  placita  mo  |  nachorum  cenobia,  inter  que  etiam  Psalmodiacum 
Beati  P&ri  cenobium  regimen  ten&  monasticum,  celeb[er  ub]  errimis 
agellulis  atque aliis  possessionibus  |  monachorum  stipendiis  adtribuiis, 
adraodum  vid&urreffertum.  De  quibus  possessionibus,  prefatus  Wilel- 
mus &  uxor  eius  aliquam  portionem  |  suo  dominio  r&inentes,  uideli- 
c&  quartam  parlem  Beati  Juliani  non  longe  ipsi  moiiasterio  adiacen- 
tem  &  justicias  jamdicte  uille  Sancti  Julia  |  ni,  assensuni  prebuerunt 
ut,  pro  amore  Dei,  traderent  ipsam  quartam  parteni  cum  omnibus 
pertinentibus  adiacentiis  atque  cum  justiciis  ex  integro  omnibus  | 
prefate  ville  &  omnium  locorum  ad  jamdictum  monasterium  perli- 
nentium  atque  firmarent  adipsum  cçnobium&  ad  abbatem  Warnerium 
&  ad  ipsius  loci  |  cohabitantes  monachos&ad  alios  futuros  perhenni- 
ter  ad  abenda  &  ad  usus  monachorum  proprie  possidenda.  Pro  hac 
autem  donatione  vel  fir  |  matione  atque  guirpitione,  amore  habendi  & 
patienter  possidendi,  donauerunt  abitatores  supradicti  cenobii  Warne- 
rius  abbas  &  Amalricus  |  eo  tempore  priore  &  Rodulphus  &  Arnaldus 
&  cuncta  congregatio  ipsius  loci,  ad  Wilelmum  comitem  &  ad  Emam 
uxorem  eius  Ôc  ad  filios  eorum  |  uidelic&  Raimundum  Ôc  Aialricum  & 
Pontium  &  Bertrannum  mille  septingentos  solidos,  tali  &enimmodo  ut, 
ab  hodiernodie  inantea,  |  habeant  &  teneant  abbates  &  cuncti  habita- 
tores  ipsius  loci  présentes  &  futuri  nemine  contradicente.  Et,  si  fuerit 
ulla  potestas,  quod  absit,  |  comes  uel  comitissa,  filius  uel  filii  ucl  uUa 
quelib&  persona  [uolenjs,  irrumpere  hanc  donationem  uel  firmatio- 
nem,  ut  non  sit  perhenniter  |  ad  ipsum  monasterium  ad  usus  monacho- 


520  LA    PROVENCE   DU    PREMIER   AU    XII*   SIÈCLE 

rum  ibi  cohabitancium,  sit  anathematizatus  &  excommunicaius  ex 
parte  omiiipolentis  Dei  &  Beati  P&ri  |  apostoli,  cuius  honore  conse- 
cratus  uid&ur  ipse  locus  &  omnium  sanctorum  &  ex  potestate  collata 
atque  aslipulaiione  Froterii  episoopi,  ad  cujus  diocesim  per  |  tin& 
ipsc  locus,  &  ex  parle  omnium  episcoporum,  abbatum,  monachorum 
&  ceterorum  clericorum,  ita  ut  quisquis  hoc  nefas  perp&rare  ausus 
fuerit,  I  a  liminibus  Sanctç  Dei  ecclesie  in  hoc  scculo  extraneus  &  a 
cetibus  omnium  catholicorum  se^^'regatus  &  in  futurum  nullam  ueniam 
repericnsigniinextin^ui  |  bili  cumJudamagistri  proditore  &cum omni- 
bus iniquis  trndatur  perp&ualiter  cruciandus.  F'acta  carta  donationis 
atque  guirpitionis  ista  |  anno  a  passione  Domini  nongentesimo  nonage- 
simo  .VIII.,  inditionc  XII,  instante  feria  .III.,  régnante  Rotberto  rege. 
Signum  Wilclmo  |  comité  &  uxore  sua  Ema,  qui  cartam  donationis  is- 
tanimanibuspropriisfirmauerunt&firraari  fecerunt. Signum  Raimundo 
filio  Wilclnii.  |  Signum  Aianrico.  Signum  Pontio,  Signum  Bertranno. 
Isti  omnes  sunt  filii  Wilelmi.  Signum  Ricardo  uicecomite.  Signum 
Armando  de  Viuario.  Signum  Hugo  |  ne.  Signum  Emenone.  Signum 
Gaucelmo  cum  filiissuis.  Isti  omnes  donationem  istam  &  guirpitionem 
oculis  uiderunt  &  manibus  propriis  firmaucrunt.  |  Signum  FROTlv 
RIO  episcopo.  Signum  Atone  pâtre  eius.  Signum  Rostagno  cum  filiis 
suis.  Signum  Vgone  fratrecius  cum  filiis  suis.  Signum  Gauzfredo  cum 
nepotibus  |  suis.  Signum  P>amaldo.  Signum  P&rone  Pontione.  Signum 
Bernardo  &  fratre  suo  P&rone  sacresUno  |  RICARDUS  MONACHUS 
SCRIPSIT.  I 

VIII 

1004. 

Don  par  Amie  et  Lambert,  frères,  leurs  femmes  Bellelrude  et  Lié- 
garde,  leur  mère  Bonne  fille,  au  monastère  Saint-Pierre  de  Psal- 
mody  et  à  Vahbé  Garnier,  de  Vaugines,  dans  le  comté  d'Aix, 
pour  le  repos  de  Vàme  de  leur  père  Annon, 

A.  Original  perdu.  —  B.  Transcription  du  xvn«  siècle  :  Cartulaire  de 
pHalmody^  l.  I,  collationné,  sur  extraict  tiré  du  mesme  liure,  par 
moy«  lieutenant,  conseiller  du  Roy  et  commissaire  député  soub- 
signé.  Peyret,  lieutenant  et  commissaire.  Ne  varietur  :  Loys,  con- 
seiller et  commissaire  (Arch.  du  Gard,  H  106,  ff.  18  v»-19  r«  : 
Caria  de  valle  Amala,  hoc  est  valle  Jouina), 

Inspirante   omnipotentis  Dei   clemenlia,   cuius   bonitatis   sinus  eo 
usque  dilatatur  ut  omnes  homines  cupiat  saluos  fîeri  et  ad  agnitionem 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  S21 

veritatis  venire,  radiumque  sui  luminis  non  solum  super  justos  verum 
et  super  iniusios  precipit  oriri  ac  pluit  super  insontes  sontesque,  qui 
etiam  eadem  inefîabili  bonitate  sua  in  tantum  nos  dilexit,  ut  unicum 
filium  suum  pro  nobis  traderei,  qui  ore  benedicto  iter  nobis,  per  quod 
ad  celestia  scàndere  valeamus,  ostendere  est  dignatus,  dicens  :  «  facile 
vobis  seculos  non  veterescenles  Ihesaurum  indefîcienlem  in  cœlis, 
ubi  neque  erugo  neque  tinea  demolitur  et  ubi  fures  non  effodiunt  nec 
furantur.  »  Itemque  :  «  date  »,  inquiens,  «  elemosinam  et  ecce  omnia 
munda  sunt  vobis.  »  Cuius  amore  succensi,  ego,  in  Dei  nomine,  Bona- 
filia  et  ego  Amicus  et  uxor  mea  Belletrudes  et  ego  Lambertus  et  uxor 
inea  Leodgarda,  nos  omnes,  de  salute  animarum  nostrarum  solliciti 
ac  de  instantis  judicii  diem  pauidi,  in  qua  omnes  audituri  sunt  ini- 
qui  :  f'  discedite  a  me  omnes  operarii  iniquitatis,  quia  esuriui  et  non 
dedistis  mihi  manducarc,  sitiui  et  non  dedistis  mihi  bibcre,  hospes 
eram  et  non  collegislis  me  »  et  cjctera  quœ  secuntur  improperia,  ad 
ullimum  :  «  ite  maledictiin  ignem  a^ternum,  qui  paralus  est  diabolo  et 
angelis  eius.  »  Ut  banc  horrendam  sententiam  euadere  valeamus  et  ut 
ab  hoc  auditu  malo  non  timeamus,  sed  potius  cum  his  qui  ad  dexte- 
ram  segregandi  erunt  :  «  Venite  benedicti  Patris  mei,  percipite 
regnum  quod  vobis  ab  initio  mundi  prépara tum  est  »  audire  merea- 
mur  et  cum  eis  in  œterna  illa  patria  regnare  possimus,  facimus  nos 
omnes  suprascripti  banc  elcmosinariam  cartam  cum  filiis  ac  filiabus 
nostris,  tam  presentibus  quam  futuris,  omnipotenti  Domino  et  sancto 
Petro  apostolo  Psalmodiensis  monasterio  ac  domno  abbati  Warnerio 
cuncteque  congregationi  sue  de  ipsam  vallem,  que  est  in  comitatu 
Aqueuse,  que  vocatur  Amata,  vbi  multi  fontes  oriuntur  et  habet  ter- 
minationes  ipsa  vallis,  de  uno  latere  via  publica  que  discurrit  de  cas> 
tro  Cucurone  in  valle  Spéculum,  de  alio  lalcre  sicut  ascendit  de  ipsa 
via  per  cacumina  montium  vsque  in  superiore  monte,  ita  vtaqua  dis- 
currit in  ipsa  valle,  de  alio  vero  latere  sicut  de  priedicto  superiori 
monte  descendit  supra  ipsam  rupam  quam  vocant  Juuinam  et  discur- 
rit super  ipsa  pineta  vsque  in  iamdicta  via  publica.  Hhîc  omnia, 
id  est  ipsam  vallcm,  cum  omnia  quœ  ad  eampertincre  videntur,  quan- 
tum nos  habemus  vel  pro  aliqua  qualicumque  voce  habcre  debemus, 
pro  animabus  nostris  et  pro  anima  senioris  ac  patris  nostri  Annonis, 
de  cuius  hereditari  iure  hec  et  alia  nobis  plura  obuenerunt,  aliorum- 
que  parentorum  nostrorum,  viuorum  scilicct  ac  dcfunctorum,  cum 
omni   integrilate  cedimus,  tradimus  atque  donamus  et  de  noslro  iure 


522  LA    PROVENCE   DU   PREMIER   AU   XII®   SIÈCLE 

in  omnipotentis  Dei  vel  sancti  Pétri  apostolorum  principis,  cui  col- 
lata  est  potestas  in  celo  et  in  terra  ligandi  et  soluendi,  domnique 
abbatis  Warnerii  ac  monachorum  eius  transfundimus  ditione  eadem- 
que  ratione  eoque  tenore  vt  idem  locus  ab  eis  construatur  ad  laudeni 
et  gloriam  saluatoris  nostri  Jesu  Xpisti  domini,  ita  vt  serui  eius  regu- 
lariter  viuentes  inibi  semper  inhabitent  prout  facuUas  possessionis 
consenserit  vel  locus  potuerit  et  ut  serui  Dei,  abbates  scilicet  ac 
monachi,  présentes  ac  secuturi,  pro  nostra  omniumque  salute  fide- 
lium  semper  intercédant,  quatenus  penas  euadere  queannis  inferni  ac 
polorum  C(L*tibus,  auxiliante  nos  Domino,  mereamur  interscri.  Sane,  si 
aliquis  ex  nobis  aut  ex  heredibus  vel  successoiibus  noslris  aut  aliqua 
potestas  seu  cuiuslibet  generis  vel  ordinis  Homo  contra  hanc  scriptu- 
ram  insurgere  voluerit  vel  eleemosinam  ac  donationem  istam  îrrum- 
pere  conatus  fuerit,  inprimis  omnipotentis  Dei  iram  vel  maledictionem 
incurrat  et  sancti  Pétri  apostolorum  principis  omniumque  sanctorum 
Dei  sit  extraneus  ac  segregatus  a  consortio  omnium  sanctorum  sitque 
damnatus  et  adgrcgatus  in  numéro  reproborum  [et  maledictorumj  et 
hiereticorum  et  in  inferno  damnatorum,  cum  Juda  scilicet  tradi- 
tore,  cum  Simone  etiam  mago  cum  Arrio  dcnique  et  Sabellio,  qui 
sanctam  TriniUitem  blasphémantes  perierunt,  et  neque  in  hoc  seculo 
neque  in  futuro  remissionem  accipiant.  Amen.  Et  insuper  reddere 
rogantur  in  vinculo  auri  libras  ccc*"  ac  de  reliquo  scriptura  isla 
(irma  stabilisque  permaneat  in  perpetuum.  Facta  carta  ista  eleemo- 
sinaria,  anno  incarnationis  Domini  millesimo  quarto,  indictione  ter- 
tia,  régnante  Rodulpho  rege  Alamannorum  siue  Prouincia;.  Signum 
Amici.  Signum  Lamberti.  Signum  Bonalilia.  Signum  Bellitrudes. 
Signum  Leodgnrda.  Lambertus  filius  Amici  firmauit.  Vgo  firmauit. 
Petrus  firmnuit.  Amiens  firmauit.  Rodulfus  firmauit.  Adalbertus  fir- 
mauit. Tcodtfanus  firmauit.  Hanbertus  monachus  scripsit. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  323 

IX 

1008. 
Don  par  Engelran,  évêque  de  Cavaillon,  du  conseil  de  ses  chanoines, 
à  l'église  Saint-Marcel  sur  la  Sorgue,  ruinée  par  les  barbares,  de 
quelques  biens  voisins  d'elle^  dépendant  de  Saint-Véran  de  Cavail- 
lon^  cest'k-dire  des  terres  et  des  vignes  sis  aux  lieux  dits  Tovos  et 
Rondalone  ;  de  plus,  l'eau  de  la  Sorgue  depuis  le  pont  jusqu'à  la 
roche  qui  domine  cette  eau,  les  dîmes  dépendant  de  Véglise  de 
Saint-Saturnin  et,  dans  Cavaillon^  une  maison,  avec  la  prébende 
canoniale  que  tient  le  prêtre  Christian,  Venant,  ensuite,  dans  le 
monastère  de  Notre-Dame  et  Saint-Véran,  t évêque  prie  la  dame 
abbesse  Berthe,  pour  l'amour  de  Dieu  et  de  saint  Marcel,  de 
mettre,  dans  l'église  ainsi  dotée,  des  vierges  sacrées  sous  la  règle 
du  très  bienheureux  Césaire  et  de  celle-ci,  déférant  à  sa  demande^ 
lui  donne  pour  Saint-Marcel  trois  de  ses  vierges,  dame  Apollonie, 
dame  Fritgarde,  dame  Barnéoude,  pour  y  élever  un  monastère  de 
filles,  sous  la  règle  de  saint  Césaire;  ce  monastère  restera  soumis 
à  l'autorité  de  V abbesse  Berthe  de  Saint-Véran,  sa  vie  durant,  et, 
après  elle,  il  se  choisira  une  abbesse  particulière,  du  conseil  de 
f  évêque  de  Cavaillon. 
Confirmation  immédiate  de  ce  don  par  Pons,  archevêque  d'Arles,  et 

par  le  vicomte  [de  Cavaillon]  Jsnard. 
Confirmation  postérieure   de  tout    ce  que  dessus  par   les  vicomtes 

Bainaud,  Guillaume  et  Leufroy,  par  l'illustre  comte  Guillaume, 
Confirmations  successives  par   les    évêques   de   Cavaillon  Clément, 
Baoux,  Disdier,  Bertrand^  Pierre  Amie, 

A.  Original,  parchemin  :  290"°*  do  large  X  770"««  de  haul.  Lignes 
tracées,  au  verso,  à  la  pointe  sèche,  distantes  de  lO'*»".  Lettres  de 
2mm.  marges  de  20™"  à  dextre,  de  20""  à  sénestre,  de  30"™  en 
haut.  Le  scribe  ponctue  très  soigneusement.  Il  emploie  1\^  le  plus 
souvent,  mais  quelquefois  œ,  par  exception;  il  emploie  le  &  et  lie, 
en  capitales,  les  lettres  NT  dans  Tintérieur  des  mots.  Au  dos,  cote 
du  xv«  siècle  :  Fundaiio  antiqua  ecclesie  Sancii  \  Marcelli  de  super 
Sorgia.  Puis,  cote  du  xvii*  siècle  :  K.  |  1008.  Donnation  faicte  par 
Engilram  |  ou  Anguerran,  euesque  de  Cavaillon.  à  l'église  de  Saint- 
Marcel,  scituée  au  bort  de  la  Sorgue  |  des  pièces  et  propriétés  y 
désignées  |  et  confrontées.  |  Cauaillon,  |  n<>  2.  |  Fondations.  | 
Armoire  des  titres  généraux,  |  4*  tiroir,  19*  liasse  »  |  (Arch.  dépar- 
tementales de  Vaucluse,  E.  Duché  de  Caderousse). 

In  nomine  DomiNI  T^ostri  Ihesu  Xpi5^i.  Dum  calholica  &  apo^tolica 


521  LA    PROVENCE    DU    PREMIER    AU    XU*^    SIÈCLE 

auctoritate  persislimus,  non  acliua  sed  con  |  lemplatiua  uita  perscru- 
tare  debcmu^  [dijccnte  Domino  :  «  dum  in  hoc  seculo  uiuimus,  bonomm 
operum  operando  cessare  non  debcmus  ».  Et,  ideo  pc^rficiamus  in  hoc 
présent!  seculo  ut,  in  futuro,  cum  sanc7is  mereamurportionem  habere, 
I  testante  Salomon  :  «  bene  fac  iusto&  inuenies  r&ributione  niaf^na,si 
non  ab  ipso,  certe  a  Domino  ;  no[n]  |  est  bene  qui  assidue  est 
malus  &  elcmosinam  non  danti  ;  &,  qui  domum  Dei  aedifîcat, 
infernum  non  tini&,  |  certe  domus  Dei  domus  oralionis  uocabi- 
tur  »  ;  Apostolo  teste,  qui  ait  :  «  dum  tempus  abemii^,  quod  lic&, 
modo  debemu*  |  cogitare  quod  non  lic&  »  ;  sicut  in  lege  patrum 
antiquorum  legimus  :  «  diHgamus  domnium  Deum  ex  toto  corde  & 
ex  I  tota  anima  &  ex  om/ii  mente  »,  ut,  cum  exlrema  dies  aduenerit, 
audiamus  eum  dicentem  :  «  uenite  bene  |  dicti  palris  mei,  perci- 
pite  regnum  quod  uobi'«  paratum  e^^  ab  origine  mundi  ».  Tune  ego 
[Injgilramnus,  tpiscopus  sanc/e]  |  sedis  Gauillone/isis,  audiens  hanc 
seriem  scripturarum,  tactus  amore  diuino,  cogitaui  casu  anime 
meae,  |  ut  Deus  omnipo/ens  dimittat  omnia  peccata  mea  per  interces- 
siones  sanctoruni  uel  orationes  sacerdotum  atque  sacrarum  uir  |  gi- 
num,  dono  aliquid,  de  rébus  beatissimi  Uerani  confessons  Xpi«fi,  ad 
aecclesiam  sancd  Marcelli  almi  martiris,  |  qui  est  sita  in  ripam  Sor- 
giae  &  a  barbarorum  gente  solatio  destituta.  Et  hec  e*^  dos,  in  ipso 
episcopatu  |  ,  iuxta  ipsam  aeccle^ia,  terra  cum  orto  &  mansos  & 
clauso  &  molinos  et  exegos  &  plateas  in  circuitu  pertinentes.  Ab&  | 
ipsa  terra,  per  longum,  destros  CXXX  &,  in  uno  fronte  cum  clauso 
de  uinea  antiqua  &  prato  ibidem  tenente  |  ,  destros  XXVII IJ.  Et,  de 
alio  fronte,  destros  XIII  &  torrente  de  ipso  molinos  usque  in  uia  pu- 
blica.  Con  |  sortes,  de  uno  latu5,  ipsa  uia,  de  alio  latu5,  fluuium  Sor- 
gia  &  in  ipso  monte,  super  ipsa  aeccle^i'a,  in  loco  que  uocant  | 
Touos,  de  uinea  culta,  petia  una  qui  ab&,  per  longum,  destros  LVII, 
de  uno  fronte,  destros  XX,  de  alio  uero  |  fronte,  XVII.  &,  in  alio 
loco,  ad  monte  que  dicunt  Bondalone,  de  uinea  culta,  pecias  dues  inier 
duo  I  loca.  Ab&  una  pecia,  in  uno  latu^,  destros  XVIII,  in  uno 
fronte,  XIll,  in  alio  latu5,  similiter.  &,  in  alio  fron  |  te,  similiter. 
Consortes,  de  très  partes,  terra  Sa/ic/a  Maria,  dequarta  uero,Oddone 
&  Riculfo.  &  alia  p&ia  ab&  |  ,  per  longum,  destros  XXI ,  de  uno 
fronte,  XIII,  de  alio  uero,  similiter.  Consorles,  de  ambos  latu5,  Belal- 
do,  de  ambos  |  frontes,  terra  Sanc^a  Maria;  uel  si  quis  [alii]  sunt 
consortes.  &  dono  aqua  Sorgia,  ad  opus  earum,  de  ipso  ponte  usque 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES 


828 


I  ad  incisa  roca  que  est  super  ipsum  fluuium  [&]  décimas  que  perti- 
nent ad  aecclesf'am  Sânc^i  Saiurnini.  &,  in  ciuitate  Gauillo  |  ne,  una 
mansione  cooperta,  cum  terra,  cum  curte  &  exago.  Et  ab&  ipse  man- 
sus  consortes,  de  uno  latus,  Xpi«/ia  |  no  pre^biVero,  de  alio  latus, 
Archimberto  [uel]  heredes  suos,  in  uno  fronte^  Albarico  pre^biVero,  in 
alio,  uia  publica.  |  Et  dono  ipsa  canonica,  quod  Xpistianu^  pre^bi- 
ter  tenet,  cum  totis  apendiciis.  Poslea,  uero,  uenit  domnus  epwco- 
pus  Ingil  I  ramnus  in  monasterio  Sancte  Marie  &  Sanc^i  Uerani  (?), 
rogauit  domna  abbatissa,  Berla  nomine,  ut,  pro  amore  Dei  omnipo- 
lentis  I  &  sancl'i  Marcelli,  loca  eorum  preslar&  solatio;  &,  subtus 
regulam  sanct'i  bac  beatissimi  Cesarii,  ibi  sacras  uirgines  con  |  gre- 
gar&.  Quam,  ut  audiens,  domna  abbatissa  cessit  illi  p&icionem 
suam.  Dédit,  in  ipso  loco  Sancti  Marcel  |  li,  très  de  sacratas  uirgi- 
nes, quarum  bec  sunt  nomina  :  domna  Apollonia,  domna  Frit- 
garda,  domna  Barnilde  |  ;  dédit  &  uuirpicionem  fecit,  in  manu  domno 
episcopo  Ingilramno,  eotenus  ut  ibi  cenobium  puellarum  constru  |  ant 
&  cum  régula  beatissimi  Cesarii  diligenter  uiuant  ;  &,  du/n  domna 
abbatissa  Berla  uiuit,  iugum  teneat  ;  |  post  obitum  suum,  nullum 
monasterium  se  subiug&,  sed,  ipsas  inter  se  eligant  unam  qualecum- 
que  uoluerint,  cum  |  consilio  domno  episcopo  sedis  sanctae  Cauillo- 
nensis.  Sane,  si  quis  ulla  opposita  persona,  qui  contra  banc  causam 
do  I  nationis  scu  absolutionis  locum  irrugere,  destruere  &  inqui&are 
&  de  régula  sacrarum  uirginum  |  obicere  uoluerit,  prinii7us  ira/n  Dei 
om/iipoten^is  incurrat  &  sanclorum  mérita,  si  episcopus^  cum  luda 
traditore  dampn&ur  &  |  cum  Fotiiio  &  Sabellio,  si  pre^biter,  cum 
Arrio  particip&ur,  si  leuita,  cum  Iuliano  apostata,  si  clericus,  cum 
eis  qui  |  dixerunt  domino  Deo  :  «  recède  a  nobi5,  scientiam  uiarum 
tuarum  nolumus  »,  si  laicus,  qualib&  persona,  cum  Anania  '  &  Sa- 
phira  &  cum  Pilato  &  Cayphan.  &  insuper  sit  analema^  maranatha, 
&,  postea,  non  uindic&,  sed  conpo  |  nat  in  uinculum  auri  obtimi  libras 
C  &,  inantea,  monaslerius  ille,  cum  ip^is  as  res  quod  superius  dicit, 
fîrmus  &  I  stubilis  &  integer  permaneat  omaique  tempore.  Rogo 
Ingilramnus  ego,  q[ui  dicte  sedijs  [exi]g[uu]s  episcopus  peccator  &  | 
indignus,  domnos  possessores  meos,  uos  qui  post  me  eritis,  ut  non 
tristetis  de  hoc,  sed  magis  magisque  gau  |  dete  &,  secundum  quod 
ue*^ra  nobilitas  est  &    uester  decus,  obtate  ipsas  uirgines    in  iilias, 

1.  La  IcUre  e  est  surmonléedii  signe  h. 


326  LA    PROVENCE    DU    PREMIER  AU    Xll'   SIÈCLE 

(iiligitc  &  honoraie  cas.  |  Ego  aulem  minimus  sum  uobt5,  fragilis  et 
pauper,  non  possum  amplificarc  ma  gis  hune  locum,  scd  tanlumli  |  be- 
ro  &  soiuo,  ut  nulia  dominatio  homini  ibi  liât,  nisi  dominis  posses- 
soribus  meis,  qui  ipsum  locum  consiliu/)i  prévient  &  benc  studeant 
ipsas  sacras  uirgines  &  doceant  regulani  beatissimi  almi  Cesarii 
conîessorîs,  Consi  |  derate,  k^m^imi,  quia  dies  illa  iudicii  inigna  & 
terribilis  instat  ;  pretereunt  dies  no«/ri  &  uelociter  aduenit  |  prccla- 
rus  aduenlus  Domini.  Jani,  crebro  sono,  nos  ortatiir  &  dicit,  prius- 
quam  liostium  paradisi  claudatur,  unusquis  |  uestrum  cito  proper& 
ut  introcat  in  a&ernum  cum  domino  regn&.  Pracparate  uosmetipsos, 
ut  uidcatis  inmortalem  |  sponsum  et  possideatis  régna  celoriim. 
Ecce  mater  nostrà  Iherusalem  cum  magno  afrectu,  clamât  ad  nos  & 
dicit  I  :  (c  uenite,  fili  mei  dilectissimi,  uenite  ad  me.  »  Ilanc  uocem 
mereamîni  audire,  ipso  prestante  qui  cum  Pâtre  &  SpiW/u  sancio 
I  uiuit  &  régnât  in  secula  sec/ilonim,  Amen.  Facta  carta,  ut  ad 
salutem  pn)fîcer&  animarum,  firmata  et  coroborata  |  anno  incarna- 
tionis  dominice  millesimo  VIII,  indicione  VII.  I)omnii«  Ingilramnus 
ep/.?co/)Ms  scribere  |  fecit,  cum  consi lio  canon icis  sa/ic^e  sedis  Cauil- 
lonensis,  &  manu  propria  lirmauit  &  firmare  fecit  suis  |  canonicis  : 
domni  Albarici,  domni  Rudoini,  domni  Teuderici,  domni  loba/i/ii, 
domni  Bertrtiudi^,  domni  Ger  |  runcH,  domni  Appollonii,  domni 
Oddoni,  domni  Uuigoni,  domni  Stephani,  domni  Pontioni, 
domni  Geyraldi,  domni  Xpt^dani.  Domnus  Pontius  archiepi>co/)iis 
Arelatensis   lirmauit.  | 

Ysnardus  ^  uice  comes   lirmauit.    Rodstagnus  de    Opeda  ùrmauiL 
Siluius  de  Saumanna  lirmaui/.  KIdegerius  de  Corteudone  ^  Virmaull. 
I  Ingiramnu*  pre^biVer  firmaui'/.  Kldramnus  preshiler  i\rmauii,   Ber- 
mundu^  clcricu^   firmaui/,  Rodstagnus  de  Auribello  lirmaiiiV. 

Leutfredu5    VirmauH,    Bernardus     iirmauit.     Ingilerius     firmamV. 
Glemens  clericus  firmauiV.  Vdalbertus  firmaui/  ^.  | 

Rainaldus^  uice  chomis  /îrmauit.  Wilelmus  uice  comis  /îrmauit 
Leufredus  uice  comis  /îrmauit.  | 

4.  SiCf  pour  Bertrandi, 

2.  D'abord  Costeudone  ;  le  scribe  a  corrigé  s  en  r. 

3.  Depuis  Ysnardus }usi{u'k  Auribello  firmauit,  de  la  niômc  encre;  mais, 
d'une  main  plus  serrée. 

4.  Les  souscriptions  deClemens  cl  d'Udalbcr tus  sont  d'une  encre  grise 
et,  chacune,  d*une  main  difTérente. 

5.  Les  souscriptions    de  Bainaldus,    Willelmus,  Leufredus    sont  d'une 
encre  jaune. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES  ,       527 

VVilelmus  '  inclitus  comis  ^rmauit.  | 

ALbaricus  preshiler  scripsit.  | 

&  ^  POSTEA  DOMNUS  ClEMENS  EPlSCOpUS  SBTlCtx  SEDIS  CAiriLLONENSlS 
UOLUIT  &  CONSBNSIT  &  FIRMAUIT  |  &  UUIRPITIONE/ll  FECIT  IN  MANU  DOMNA 
ABBalisSA  AGELRURGA   IN   HONORE  Sanctl  MaRCELLI    UARtyrîS,   \ 

DOMNUS  3  RODVLFVS    Incli    tus   ipiscopuS  voluit,    consensit 

ATQUe  FIRMAUIT.    | 

DoMNUS  DiSDERIUS  EPlSCOpUS  SIMILITer  FIRMAUIT.  DoMNUS  BeRTRANDII5 
EPlSCOpUS  SIMlLITCr  FIRMAUIT.  DOMNU«  PeTRIS  I  AmICUS  EvisCOpUS  DIGNÇ 
MEMORIE   FIRMAUIT.    | 


1.  Celte  souscription  est  d'une  autre  main. 

2.  Pour  ce  paragraphe,  autre  encre,  autre  main. 

3.  Chaque  souscription  de  ce  dernier  paragraphe  est  d'une  main  diiïc- 
rente. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


CHAPITRE  I«' 

LA  PROVINCE  ROMAINE  ET  BARBARE  (VERS  420  AV.  J.-C.— 
536  APR.  J.-C). 

I.  La  province  proconsulaire  et  prétorienne  (vers  120  av.  pages 

J.-C.-VERS  267  APR.  J.-C.) 1-6 

IL  La  Narbonnaise  et  la  Viennoise  (vers  267-450) 6-14 

III.  La   Provence  gothique    et  la   Viennoise   bourguignonne 

(450-536) 14-25 

CHAPITRE  II 

LA  PROVENCE  FRANQUE  ET  SES  PATRICES  (536-751). 

I.  La  Provence   franco-auvergnate  et  la  Provence  franco- 

boumguignonne  (561-679) 26-28 

§  l""*.  Les  Icrres  adjacentes,  enclaves  de  la  Provence  bour- 
guignonne           28-35 

§  2.  Les  postes  militaires  auvergnats  aux  frontières 35-37 

§  3.  Les  saints  auvergnats  protecteurs  des  frontières  et  les 
légendes  provençales 37-70 

II.  La  Provence  franque  et  les  derniers  patrices  (679-751) . . .         70-72 

CHAPITRE  III 

LA  PROVENCE  CAROLINGIENNE  (751-879). 

I.  Le  roi-patrice  et  les  comtes  (751-840) 72-75 

IL  Lhs  duchés  carolingiens  de  Provence  et  de  Lyonnais  (840- 

879) 75-81 

CHAPITRE  IV 

LE  ROYAUME  DE  PROVENCE  VIENNOIS  (879-948). 

I.  Lutte  de  Vienne  contre  Arles  pour  la  primauté 82-90 

IL  Le  comte  viennois  Thibert  vicaire  du  roi  dans  le  duché 

DE  Provence  (879-908) 90-101 

III.  Le  marquis  de  Viennoise  Hugues,    duc  de  Provence  (911- 

928) 101-124 

IV.  Le  roi   de  Lombardie    Hugues,  duc  de  Provence,   et  le 

trône  de  Provence  vacant  (928-934) 124-132 

V.  Le   duché  de  Provence  au  royaume  de  Bourgogne  et  en 

possession  du  roi  de  Lombardie  Hugues  (934-947) 132-150 

VI.  Les  comtes  d'Arles  (926-948) 150-162 

Méni.  et  doc,  de  l'Ecole  des  Chartes.  —  VIL  34 


530  LA   PUOVE.NCK    DU    PREMU:K    ai:    XII**    SIÈCLE 

ClIAPITHK  V 

LE  HOYALME  1)K  BOUHGOGNE-l^HOVKNCE  (1)40-1032)  ET  LA 
MAHCllE  DE  PUOVENCE  i070-1174). 

\.    LiMITKS    I)H    LA    PuOVENCE    MKUIKVALE 1C3-166 

§  l«•^  Liiniles  occiclonltilos 100-108 

S  2.  LiiiiiU's  so|)U'iilrionales 100-170 

§  3.  L'uni los  siurccssivrs  de  l'Em!)riinais 170-187 

§  4.  Limilos  orirnlaK-s 188-100 

|5  r».  Limitos  nuM'idionales 100-191 

S  0.   Limilos  des  trois  provinces  ecclésiastiques  proven- 
çales    191-198 

II.  Les  comtes  d'Avkinon,  li:s  comtks  n'Ain.Ks,  i.ks  comtks  de 

Glam»kvk  (OtO-070) 108-207 

III.  L'oiiKiiNi:  ai;veiu;natk  ou   .maconnaisk  ni-:    Hoi'baid,   pkre 

DES  comtes  h'AhLES  ET   D*Avi(iNON 208  -221 

IV.  Gril-LAIME,  PHEMIEIl  COMTE    DE  PllOVIINCE    ET    PHEMIEU    MAR- 

Qiis  (07(U993). 

s  1'^  Guillaume  comte  de  Provence  .070-970) 222-233 

î;  2.  L'érection  de  la  marche  de  Provence    070) 233-236 

S  3.  L'expulsion  des  Sarrasins  par  le  manpiis  (083; 237-250 

Jî  4.  Le  rôle  administratif  du  manpiis 251-253 

Jî  ;i.   Les  deux  femmes  du  manpiis  Guillaume 254-258 

§  0.  (juillaume,    mari  d'Arsinde,   n'est  pas  dilTérent  de 

Guillaume,  mari    d'Alix 250-260 

V.  HornAiJD  MAityris  de  Piiovenc:e  (OOi-vers  1010; 200-268 

VI.  Guillaume  MAiigns  de  Provence  (vers   1010-lOiO) 268-278 

VIL     KoULyrES-HERTRANDD'AvKiNON  ET  (ïEOKFROV  d'ArLES,    MAR- 
QUIS DE  Provence  (vers  1040-vers  1060) 278-294 

VI IL  Guillaume  Hertrand    et  Geoffroy   d'Avkinon,    marquis 

DE  Provence  (vers  1000-vers   1005) 29i-300 

IX.  Hertrand  d'Arles,  marquis  de  PRovENr:E  (vers  1005-vers 

1003) 300-303 

X.   Haymond  de  Toulouse,  marquis  de  Provence  (1004-1105}     30^-312 
XL  Les  PARTAGES  de  la  marche  en  trois  marquisats,  comtés  de 

Provence,  de  Forcah^uier  et  de  Venaissin  (l  105-1 17i).     321  -328 

CII APITHK  VI 

LA  HIÉHAHCIIIE  ADMIMSTHATIVE  DANS  LE  RÉGIME  FÉO- 
DAL (733-1  I03j. 

I.   Lus  jr  (iES  DE  Provence  (733-lOfO| 320-344 

IL   Les  vicomtes  des  cités  de  la  récion  d'Avignon  ^016-1105). 
§   l*»".  IIu<;ues  vicomte  dans  Avi«»;non  scms  Boson  comte 

de  Vaison  (010 3*4-345 

§  2.  Nivion  vicomte  à  (^availlonsous  Guillaume  cl  Boson 

comtes  d'Avi^nion   ;;049-900) 345-351 


TABLE   DES   MATIÈRES  531 

§  3.  Brémond   vicomte  sous  Roubaud  comte  d'Avignon 

(976) 3r»l  -352 

§  4.  Les    vicomtes  d'Avignon  sur   la    rive  gauche  de  la 

Durance,  seigneurs  de Mézoargues  (1004-4150) 353-358 

§  5.  Les  vicomtes  d'Avignon  sur  la  rive  droite  de  la  Du- 

rance,  seigneurs  du  Pont  de  Sorgues(i018-1195) 358-402 

§  6.  Les  Amie,  seigneurs  de  Védène  (4001-4136),  et  les 

Sabran  leurs  héritiers 402-414 

III.  Les  Renard,  viguiers  ou  mistraux  du  canton   d'Avignon 

(1045-1125) 415-437 

IV,  Les  CHATELAINS  DU  CHATEAU  d'Avignon  (1037-1193) 437-449 

CONCLUSIONS 449 

APPENDICE 

LES  STYLES  SUCCESSIVEMENT  ADOPTÉS  PAR  LA  CHAN- 
CELLERIE DE  LOUIS  L'AVEUGLE  ET  SON  PER- 
SONNEL. 

Objet  des  rech erches 451-452 

I.  Chancelleries  épiscopale  et  abbatiales. 

§  1".  Chancellerie  de  l'éveque  d'Avignon. 452-454 

§  2.  Chancellerie  de  l'abbaye  Saint-Barnard  de  Romans.     454-455 
§  3.  Chancellerie   de  l'abbaye   Saint -André -le -Bas  de 

Vienne 455-456 

II.  Chancellerie  RovALE  sous  l'archevêque  DE  Vienne  Barnoin.     456-460 

III.  Chancellerie  impériale  sous  l'arciiichancelier  Rainfroy, 

archevêque  de  Vienne 460-477 

IV.  Chancellerie  impériale  sous  l'arciiichancelier  Alexandre, 

ARCHEVÊQUE  DE  ViENNE 477  -  508 

V.  Conclusions 508-511 

PIÈGES  JUSTIFICATIVES 

I.  24  NOVEMBRE  [979  ?] 513-514 

II-HI-IV-V.  Juin    [981].    —  iô    septembre   1000.  —  1002.  — 

4  AOUT  1018 514-516 

VI.  29  août  [993' 517-518 

VII.  998 518-520 

VIII.  1004 520-522 

IX.  1008 523-527 


MAÇON,  PHOTAT  FRÈRES,  IMPRIMEURS. 


HIHLIOTIli-Qn-:  DE  LKCOLK  DKS  CIIAHTKS 

lievuf  tlvrndit'utn  rfins.tm'f  Hprcinlonu'ul  à  Ir/utlo  thi  ruof/rn  ;it/e. 

Or  roiMieil  j»:iniîl  Imu>  \v^  dv\\\  mois,  par  livr.  di»  Tï  -i  ",  fiMiilIcs,  ri  l'omit» 
Iniis  li's  ,mv  iiii  \(»|iii)h*  (-tMiipiU'l  •;rainl  iii-S'cli'  plu-  dv  io  rciiille>. 

Soixjml('lniilii'*nir    aiiinM».  -     190*. 

Ahoimcmcnl  :  loir,  par  au.  jiour  Paris;  \'2  IV.  jxuir  les  dt-parl.,  cl 
1.')  IV.  pour  rt'lraiiiii'r. 

(]lia<pH'  volume    <im\\'  \o>  aiuu'cs  ('puisées 10  l'r. 

Tahl.»  (Il*    1H:o-70,  I    v<.l.  in-S" :>l'r. 

'l'ahlc  iVMlij;ée  par  l\.  l-cli»ui:.  des  aunée>  I S" 0-1  S**.).  »»ui\ir  de  ipialre 
lahlrs  j:éuéi'alrs  souimaireN  de>  tome>  la  \\\1:  I  lahle  alpliai>éli(pie 
des  arlirl«*s  jiar  uouis  d'auleurs:  *J  '  lahh*  mélliodi(pi<'  «le>  ailicio  : 
IV'  (aille  ehroiiolo!;i(|U4'  dr>  docuniiMiN  ;  \"  laide  de^  î'ai  •>iuulr^.  df»- 
siu^  el   |)lan»«.  I   vol.  iu-S"  .iii-'i*JO  p >  iV. 

Table  rédigée  par  A.  hieudoiiué  i\r<  aiuu'e>  ISSO  à  ISSU.  sui\ie  i\i'< 
laMes  j;ênérale>  sommaiie>  de»*  lomes  l-l\:  I  •  l.d>li*alphal)i'!iipiepar 
uoms  d'aulem*-  :  '2'  lal)le  ehrf)nolo«;i(ph«  d»>  doeunieuls  :  H"  lahle  dtrs 
rae-siniilé«*,  dessiusd    plans.   l*.'o:^.  I  \<d.  lu-S''    i.-!iH)  p.  ...        •'»   iV. 

Livret  de  l'École  des  Chartes    |n:.M-|.s*.m  ,  pnhiir  parla  Soel.U'di- DjoIi' 

des  Charles,  iionv.  édil.  relondne  «»l  aii^^inrnléc  de  la  l»ildio|;raphie  des 
llièse.-..    |Si«>  ISIH.  Paris.  !si»|.  |  xid.  ui-U>  dr  .M  4  p *-'  IV 

Livret  de rÉcole  des  Chartes.  Siipplriumi  :mi  IimcI  pnliliêen  is'.M.  I  \«>l. 
in- 12      H.:»  p I    IV. 

Extraits  des  comptes  et  mômoriaux  du  roi  René,  poi.?  M'r\ir  ii  l'iiisioirc 

«les  ;u*K  an  x\*  sie«*Ie.  publies  daprrs  N-^  iini;in;ui\  ««es  arelii\es  nalio- 
u;des,  par  l.ecoN   dr  la  Marehe.  iN'.».!.  |  \o|.  lu-N" '•   iV. 

Cartulaire  de  l'abbaye  de    Conques   en  Rouergue,  pulilit-  par  (insiaxe 

De^j.u-tiins,   |n:'.i.  I    \m|.   ui  S" \1   fr. 

Mémoires  et  documents  pni>lit'>^    par    la    S.M'i.lr  dr     ll-xol»-    des    CliarU-s. 

I.  f.r  i'rnrrs  ,lr  (iiiirh.tf/.  rtrtfiii' tit'  Trof/rs  I .'{dS- I .'il .'i  ,  |>ar  AbelOi- 
^anll,  anhix  islr-pal«Mi«rra|.lir,  allaihr  an  nuni-«lire  des  AlVaires  rlran- 
*^ôvr-^,   I.N'.iT.   I   M.ï\.   ui-.S"  de    \ii   el   Hi»»  |, 10  IV.  li»» 

Pour  1rs  ahnuni's  a  la  Oililidlli.  <le  l'Ileol»»  il«'s  (  liaih-s '»   IV.  '.»<> 

II.  /./•  sniilrrrint'nt  »h's  frnr.tilh'urs  ,'n  .\n;/ii'h'rn'  m  i:iSL  |»ar  .\ndré 
lirvilii',  pr(j<*i'^srnr  à  liMisri^nciiuMil  populaire  supi-rienr  «le  Paris. 
Kindrs  ri  dncnsniMils  puhlir^  a\iM'  niu>  uHrodnrhon  hisl(ui«pu'  par  (di. 
l'e'il  hnladiis,  .-haïur  d.-  mnis  .,  Il  inxtTsilé  de  Lillr.  IM»S.  I  \nl. 
in-^"    •  \\\\  I  ;•.  it'   p.   .     I    I  ai  h'  .  .  .  rpui**è. 

III  /..v  ///■;»//»/.•  r //.*//..//./•/.' /i,,/^.,/,.    ,/    l'.ji.,  ilihi.it  ths    h'Ilns  lUlfUii.r.  iif 

r.in'fnwnfnf    '/>•    /'hihi^j.o  ,lr    \  .//o/s     .    I.i    /inthi.W'    sirrlr     i:i:^S-fUtO. 

part).  Morel.  ar.|ii\ .  .le  r.\iu.  I  \ol.  iu-S*    mm  :\'^'1\k  .  I  I  lii;..  -  |d.  Ii.  'iiMV. 

Pour  les  al»<»nnes  il    la    Pililiolliôipu-  de   IKi-olf  drs  «  .harles 1*-   I». 

I\.       I\>s:ii  stir  h-  rrtinr  ,i  M,  j  tKi:,,,}inrnt'   liiSl-IIIS  .  pai  l'frd.Cilialandon. 

nn-nd».  .|«'l  r.'-nlc  riaïu'.j.lf  Oouie.  I  \ .  in  *^'    iniiTip.    2hélit»^r.     I  2   IV. 
Pour  le^  ahruun'-.  .•  la  pMi'.|n.|lir'.|ui'   «It-  ILinU'   desl.harles    . '.  ',    IV.    *'•«» 

\'.         h'.r.i/n.  n    rriti'/uf  r/.  .s    tj,:trtt'>  )h-n>rini/i*'nnr:s  rt    t ..imiintflrnnrs     «/»' 

/"./AA»//«w/#'^'fi//>/..,  |,;,|  1.,;,,,,  |.|.\iUain.P.«'»2.l  xol.iii-*^'    \iii-i^^2     .    I-IV.      • 

Pïuu-  lis  al.MUU.s  .1  |;i  p.:|,|inlh('..|ut'de-    ri:.-Mli'  de^  «diarle^ "    IV.    ••'» 

VI.         /'.N.sv//  sur  l>'s  Sfiiirrrs  tl,'  /  hisfiiin-  »/.'s  .Wj/;7/.»s  //vwj  ..;//«•.%■     /  iil:ihHi  i  , 

par  .la(M|u«'-.  d«-  hanipiein-,   P.Hii.  [   yo\.  i.,S'    \i-J  IS n  li.   '»0 

Pour  II»,  aliiunu'-^  à  la   iJihliollM'.jur  ^Jr   I  l^roj.-  Hih  Charlts.  .  .  .         a  l'i .   'iO 
\  W."-  /.,'i  tn.iisnfi  ir.\rni:t;fthii'  .Ht  W'  s/'n7i'i7  /-v  •/#•/•///»'•/•»••{  hitirsiii' l.i  rontLi- 

lifrti'ins  h'  wiih    »/.•    li    l'>;uirt\\\\:\\    xWx.    Sauia-.au,     P.HIS.   i    \f»|.in-N"     \\I- 

•»2»  j*.  .  CarItM'u  .nuliMirs.  .  .  .  ,* l*'»  Ir. 

Pi.ui  1rs  alionnè^  à  la    Pd)liolluM|ni-  .le  ri:<-oli-  dr-  «lliarli^s P»  IV. 

VIII.  -     /../  /Vrir/'//iv  iln  firotnirr'  .tu  'iuuzit'ith'  sirrf,\  pai'  (i.   de   Manies er, 

P.'OS,   I  vïd.   in-N"    :i:il  p I'»  tv. 

l'oui   les  abonnes  à  la  P/ihliolln-ipir  dt-  1  K«<di'  îles  (".hartes H»  IV.